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Temps de lecture estimé : 31 mn
19/10/22
Résumé:  Un peu calmé par son passage à la clinique Saint-Roch, notre carabin, devenu thésard, part en Bretagne à la recherche d’une amie disparue.
Critères:  fh médical amour fellation pénétratio policier -policier
Auteur : Volovent      Envoi mini-message

Série : Enquête bretonne

Chapitre 01 / 03
Enquête bretonne 1

Chapitre I : Anna



Zut, le téléphone. Juste au moment où Bilbo ramasse un anneau dans une grotte habitée par une créature étrange. Je soupire.



  • — Allo, oui !
  • — Jean ?
  • — Anna, quelle bonne surprise ! Que me vaut l’honneur ?
  • — Est-ce que je peux passer te voir ?
  • — Bien sûr, quand tu veux, je ne travaille plus à la clinique, je prépare ma thèse à la maison. Donc à ton entière disposition.


Enfin, il ne faut pas exagérer quand même, mais ça leur fait plaisir ce genre d’affirmation. Elle doit avoir quelque chose d’important à me demander, pas vraiment une partie de jambes en l’air.



  • — Ce soir ?
  • — Parfait, à l’heure qui te convient.
  • — Merci, disons après 20 h.


Bien, surtout ne pas s’affoler, se ca-ca-calmer et réflé-flé-flé-chiiir. Je respire un grand coup. Je l’aime bien, Anna. Elle a beau m’avoir plaqué, nous avons fait nos premières armes ensemble, elle était vierge et moi quasi puceau. Ça compte. En plus, elle est sympa, toujours prête à donner un coup de main pour préparer un partiel, écrire une synthèse…

Pas la peine d’échafauder des hypothèses farfelues, elle me dira bien ce qu’elle veut ce soir. Il me reste juste le temps de cuisiner un petit dessert. Une ch’tite mousse au choc’ ? Allez, c’est parti. Et on ne traîne pas, elle n’est jamais en retard.



*

* *



20 h 30, l’interphone. C’est elle. Une triple bise plus tard, nous nous installons devant ma planche-bureau. Elle a la mine défaite, pas vraiment son genre. De plus, elle a maigri.



Elle sourit et rougit un peu. Elle a oublié qu’on se connaissait bien quand même.



Et paf, ça, c’est pour moi. Visiblement, si j’ai été vexé de me faire plaquer, elle n’a pas vraiment digéré le fait que je me console avec sa sœur. Dont acte. Je mets mon mouchoir par-dessus et fais celui qui n’a rien entendu.



Des larmes gonflent ses paupières.



Elle est en larmes, avec de gros sanglots dans la voix. Je ne l’ai jamais vu comme ça, elle qui maîtrise tout, jusqu’à ses émotions d’habitude.



Elle est défigurée, tremblante, claquant des dents. Les larmes lui sillonnent les joues et ses doigts ; crispée sur les manches de son pull, elle semble vouloir arracher quelque chose de son corps. Elle avait dû disjoncter grave à cette époque. Je décide une pause « mousse ». Il est temps, je crois. La mousse au choc’ lui fait reprendre des couleurs, ou bien est-ce le verre de Bordeaux servi avec ? Elle reste cependant tendue comme une corde de piano. Tant qu’elle n’a pas tout extirpé. Ce n’est pas pour avouer quelque chose, ce n’est pas son genre, plutôt pour se vider de tout ça, se psychanalyser peut-être, rejeter cette période sombre pour pouvoir repartir d’un bon pied.

Elle a fini sa mousse. Elle sourit, enfin.



Elle rosit légèrement et se tortille sur sa chaise. Je sers un autre verre de vin, ça désinhibe bien. Elle bafouille un peu.



Elle est devenue pivoine. À ma connaissance, elle n’a jamais demandé d’aide à personne, elle est beaucoup trop fière pour ça. Et elle ne sait pas le faire, parce que question pommade elle en tartine un maximum.



Les larmes se remettent à couler. Je n’ai jamais su résister à une femme qui pleure. C’est grave, docteur ? Elle se lève et titube un peu en direction de la porte. Je l’attrape et l’assois sur mes genoux, puis colle sa tête contre mon épaule.



Elle enroule ses bras autour de mon cou, me sert très fort et se remet à trembler et à pleurer comme une Madeleine. Je ne sais plus quoi faire. Enfin, si, mais ce n’est peut-être pas le moment d’avoir une érection. Attendons qu’elle se calme.



Pendant qu’elle se rend plus présentable, je téléphone à deux copains bretons pour savoir comment démarrer là-bas. Pour eux, pas d’autres possibilités que de confier l’enquête à un Breton, sinon toutes les portes seront fermées. L’un, sympa, me propose une chambre libre pour le temps que je veux ; elle appartient à ses vieux. Je saute sur l’occasion. Anna revient dans la pièce, nettement plus « présentable » comme elle dit. Elle a cependant les joues rouges, les yeux gonflés, la bouche crispée. Mais elle s’est recoiffée et donc se sent mieux.



Et hop, j’ai droit à une bise. Du coup, c’est moi qui rougis. C’est dingue ce que ça leur fait, à toutes les femmes, le coup de la mousse au choc ». Je n’ai jamais vraiment compris, mais c’est très utile pour les amadouer.



La suite est indescriptible : elle me saute au cou et m’embrasse comme une folle (sur la bouche, s’il vous plaît) en riant et pleurant à la fois.



Et re-smack ! Et re-re-smack ! Je vais finir par craquer.



Elle me regarde, émerveillée, un grand sourire sur le visage et repart sur ma bouche. Elle ne peut quand même pas ignorer qu’elle me fait beaucoup d’effet. Elle se lève brusquement et en quelques secondes elle est nue devant moi, à l’exception d’un string en dentelle qui fait ressortir ses fesses et de ses escarpins qu’elle ne quitte jamais (comme les cow-boys avec leurs bottes) sauf pour aller au lit, et encore pas toujours ! Moi, je suis un gars simple, une fille, un lit et hop ! c’est parti. Enfin, là c’est un peu spécial. C’est une ex, donc, allons-y doucement. Je l’attire vers moi et l’embrasse le plus tendrement possible, tout en caressant son corps. Je m’attarde sur ses seins, qui m’ont toujours fasciné, deux obus fièrement dressés, à son image, face à l’adversité, puis empoigne ses fesses, une dans chaque main, et nous basculons sur le lit. Je ne suis pas pressé, savourant le moment, me frottant sur son corps. Elle gémit, et c’est elle qui prend ma queue et s’enfonce dessus. Son bassin part dans une danse effrénée, alternant les va-et-vient rapides et les « ronds de jambe » plus sensuels. Je suis au paradis. Je retrouve son corps magnifique, sa façon unique de serrer et desserrer l’étau de son périnée sur ma queue en fonction de ses envies et de ses besoins. Je n’ai jamais su si elle jouissait vraiment autrefois, tellement elle se maîtrisait, mais quand, après quelques violents mouvements du bassin, je l’entends râler et la sens couler sur ma queue, je n’ai plus aucun doute. Je n’ai pas mon compte, aussi nous poursuivons la séance un bon moment. J’utilise mon Kamasutra personnel longuement avant de finir par exploser avec elle. Nous sommes en sueur, mais nous continuons à nous frotter l’un contre l’autre en nous bécotant tendrement.

Je me lève pour prendre une douche. À mon retour, elle dort, apaisée, avec cette petite figure calme et souriante que je lui connaissais bien. Je ne le dérange pas, je récupère une couverture et m’allonge sur la moquette. C’est curieux quand même cette propension qu’ont ces dames à s’endormir chez moi. Si c’est un effet lénifiant, c’est vexant. Je préférerais un effet tonique, quoique… Allez, bonne nuit, les petits, tout cela nous a amenés bien tard.



*

* *



Le lendemain matin, un peu courbaturé, je me fais offrir le café croissant au troquet du coin pour une mise au point nécessaire.



Au fur et à mesure que je parle, je la vois se détendre et sourire. Elle me prend les mains et les effleure de ses lèvres.



Elle se jette dans mes bras.



En partant du café, le garçon qui nous surveillait du coin de l’œil me fait un signe « poing fermé pouce levé » accompagné d’un grand sourire.




Chapitre II : Rennes



Lundi matin. Le train roule depuis deux heures déjà. Anna a réussi à trouver 1000 F. Elle a dû faire son sourire « fire power avec roulement à billes » au banquier, comme disait Tillieux. J’ai l’impression d’être Crésus ! Elle est même venue m’accompagner à la gare ce matin à l’aube. Ça la démolit complètement cette histoire. Elle est bien sûr très inquiète pour sa sœur, mais en plus elle pense qu’elle est responsable de tout ce bazar.

En réalité, je ne vais pas à Rennes, mais à Merdrignac, où m’attend l’adjudant Le Guellec. Donc train + bus, je devrais y être en début d’après-midi.

Pas mal cet adjudant, futé, comprenant vite et bien, sachant lire entre les lignes. Il m’a obligé à en raconter plus que je n’aurais souhaité. Mais il m’a laissé peu d’espoir : pas de signe d’un délit quelconque, tout se passe entre adultes consentants. Le seul point qui le fait tiquer est l’absence inhabituelle de communication avec la famille. Avec sa sœur, on pourrait le concevoir, vu le contexte, mais avec les parents, cela semble louche. Un peu faiblard comme indice pour démarrer une enquête. Et si elle est tombée sur un pervers, on est foutu de ne jamais la retrouver. Bref, ça se présente mal. Il accepte cependant de faire un signalement, mais qui ne sera diffusé qu’en Bretagne et seulement dans les gendarmeries. Je lui laisse des adresses et téléphones pour me joindre. Il sourit.



Je le quitte passablement marri de tout cela et décide de rejoindre Rennes au plus vite pour m’occuper de mon logement. Coup de chance, une estafette de gendarmerie part pour la « capitale » et l’on me propose de jouer au prisonnier ! Sympa. C’est donc en panier à salade que je regagne Rennes. Ils poussent la gentillesse jusqu’à me déposer à un arrêt de bus direct pour aller chez les parents du copain. Je fais sensation en descendant de l’estafette. Les gens s’écartent de moi comme si j’étais un pestiféré.

À 18 h 30, je sonne chez eux. Le père, truculent, me fait les honneurs de la maison. Ils sont ravis d’avoir des nouvelles du fiston et, après avoir laissé mes affaires dans un réduit sous les toits, j’ai droit à l’apéritif breton, une spécialité innommable dont j’ai, heureusement, oublié le nom. Après les avoir chaudement remerciés, je leur promets de passer les voir en fin de semaine.

Allez, sandwich jambon beurre et une bière pour me finir. Le plus urgent : contacter Patricia. Le troquet a le téléphone, vraiment tout baigne aujourd’hui.



  • — Patricia ? C’est Jean.
  • — Alors, bien arrivé dans notre belle province ?
  • — Non seulement bien arrivé, mais bien accueilli partout.
  • — Les Bretons sont comme les routiers, sympas. Quand veux-tu qu’on se voie ?
  • — Demain midi, si tu as le temps.
  • — Pas trop à midi. C’est un peu serré et les horaires sont très élastiques. Demain soir plutôt, tu auras tout le temps de me raconter ton histoire.
  • — Parfait, je passe te prendre et on se fait un petit restaurant typique.
  • — OK, à demain.


La journée a été très longue, aussi je remets la lecture de Ballard à plus tard et je plonge direct dans les bras de Morphée.



*

* *



Mardi. Levé de bonne heure, comme toujours dans un environnement étranger. J’ai la journée devant moi à ne pas savoir trop quoi faire. Allons visiter Rennes. Je rejoins d’abord l’ancienne adresse du copain de Clara. Chance, une gardienne.



Et paf ! Bingo ! Merci adjudant. Je décide de ne pas aller tout de suite chez les quincailliers, il me faut des billes et je compte sur Patricia pour m’en amener ce soir. Donc balade culturelle dans Rennes ce matin. Il y a pas mal de choses, mais très peu sont mises en valeur.

Passage à Ouest-France, on va jeter un œil sur les archives du journal. J’y reste tout l’après-midi ! Plein de cadavres dans les placards ou les bois depuis trois mois, mais quasiment tous identifiés. Deux n’ont pas de « propriétaire », mais ce sont des hommes. Ouf !

19 h. J’arrive chez Patricia. Elle habite dans un vieil immeuble, avec des escaliers dans tous les sens. En plus, c’est au 4e étage. Enfin, ça fera huit parce que je me suis trompé d’escalier. Elle m’ouvre la porte et rit en me voyant dyspnéique.



Nous nous faisons la bise (c’est quatre à Rennes, si jamais vous y allez), et direction une crêperie de quartier qui aurait bien besoin d’un petit coup de neuf.



Je souris, elle aussi. Nos regards se croisent et deviennent plus tendres.



Elle rougit, mal à l’aise, et se tortille sur sa chaise.



Je suis abasourdi. Je tire une tête de six pieds de long et j’ai une grosse boule sur l’estomac. Beaucoup de choses se bousculent dans ma tête. Comment peut-on continuer à vivre avec un homme qui vous laisse des souvenirs comme ça, comment peut-on se laisser aller à ce point-là. Anna avait tout réussi jusque-là et elle était en train de tout gâcher.



Nous sommes retournés chez elle. Dès le pas de la porte, elle m’a pris dans ses bras et embrassé longuement. Elle pressait son corps contre le mien, mais j’avais du mal à chasser toutes mes idées noires. Et puis j’ai regardé ses yeux. Ils étaient incandescents, fougueux, alors j’ai tout oublié, je l’ai transportée dans la chambre et nous avons fait l’amour un peu comme à Paris, gentiment, sensuellement, sans se prendre la tête. Un peu (beaucoup) de plaisir pour tout oublier. Pour se prouver que faire l’amour c’est beau.



*

* *



Le lendemain matin, nous déjeunons ensemble devant des croissants que je suis allé chercher pendant qu’elle se pomponnait pour aller à l’hôpital. Enfin, pomponner est un bien grand mot ; elle est très « nature » sans maquillage ni habillage voyant. C’est plutôt le genre « pull-jean », mais classe le pull et bien taillé le jean. J’adore.

J’aime ces petits déjeuners après une folle nuit. C’est là que les femmes se dévoilent. Elles n’ont pas encore eu le temps de mettre leur masque et sont « toutes nues ». Il y a celles qui regrettent déjà ce qui s’est passé, la figure sévère, le regard intimant l’ordre de dégager vite fait ; celles qui sont complètement détendues et heureuses d’avoir passé une bonne nuit, d’avoir bien baisé ; les amoureuses, qui ne vous laissent pas déjeuner et sont sur vos genoux, les bras autour de votre cou en quémandant quelque baiser ; les sauvages qui ont encore envie et vous plantent la langue dans la bouche tout en s’occupant de votre queue ; les collectionneuses qui vous ont déjà inscrit dans leur carnet avec une note et les mensurations ; celles qui en ont assez de se retrouver avec une nouvelle tête et semblent vous ignorer ; les angoissées qui tournent en rond en se demandant comment elles vont pouvoir cacher leur trouble dans la journée avec les collègues ou la famille ; les rêveuses, qui ont les yeux au plafond et s’imaginent sur un lit de roses ; les apeurées, qui se demandent si vous allez les jeter à la rue, les frapper, les enfermer ou pire, les ramener chez leurs parents ; les perverses qui lèchent un concombre en se caressant la vulve et en vous regardant d’un air gourmand ; les hyperactives qui rangent la maison de la cave au grenier, en faisant disparaître toute trace de turpitude…

Tout cela se lit sur leur figure dans les premières minutes de leur lever. Patricia aime faire l’amour ; elle est heureuse et détendue après. Ses patients vont passer certainement une bonne journée. Tant mieux. Elle dégage une aura de sérénité et de sensualité qui ne peut laisser personne indifférent.



Ça y est, le charme est rompu. Elle me regarde d’un air dur.



Nous nous séparons un peu froidement. Dommage. Je vais essayer de récupérer ça demain. En attendant, je vais rendre une petite visite aux quincailliers. J’ai justement besoin d’une casserole.

La quincaillerie est du genre pompier : voyante et de mauvais goût. Visiblement refaite récemment. Immense à l’intérieur, on trouve vraiment de tout ; la gestion du stock doit être colossale. Zut, ça coûte cher une casserole neuve, je vais me rabattre sur un coupe-pâte.



Et voili et voilà. Chou blanc.

Profitons-en pour faire dans le culturel. Je n’avais pas pris le temps hier de visiter l’Hôtel de Ville et l’Opéra. Et comme tous les bus amènent place de la Mairie… Tiens, je ne savais pas que la Vilaine traversait Rennes de part en part. S’ils aménageaient un peu les rives, ça pourrait faire une promenade sympa.



*

* *



Jeudi matin. Je retourne aux archives Ouest-France. Le récit de Patricia m’a donné des idées. Je cherche toute la matinée des histoires de viols ou d’agression sur de jeunes femmes. Rien. Deux solutions : ou bien le cul n’intéresse pas les Bretons, ou bien ce sont des choses dont on ne peut pas parler dans le journal, peut-être même que ce serait la honte de porter plainte pour ça. En tout cas, rien depuis trois mois. Je devrais peut-être remonter plus loin, sur un an… On avisera plus tard, il est temps de rejoindre Patricia.

La vache, elle me fait une conduite à l’arrache. Plus sec, tu meurs. La route est ancienne, étroite, avec pas mal de circulation, de poids lourds. Elle se faufile là-dedans à grands coups d’accélérateur et de freins. J’ai horreur de ça. Même si je conduis assez vite, c’est dans un style « coulé » comme ils disent dans le Joe Bar Team. Et ça va durer une heure ! J’ai déjà l’estomac tout retourné. Ses patients ont dû souffrir ce matin. Pas possible, elle a bouffé du lion.



Je ris. Ça détend un peu l’atmosphère.



Elle est toujours ronchonne, mais conduit un peu moins vite.



Elle s’était radoucie. Un petit sourire, encore crispé, barrait son visage.



Une demi-heure après, nous étions sur une petite route de campagne, à quelques kilomètres de Cancale. Patricia fronçait les sourcils, signe d’une intense réflexion chez elle. Elle avait le nez presque dans le pare-brise. On aurait dit un chien de chasse. Il y allait de son honneur de retrouver les lieux. Nous avions déjà fait deux routes qui ressemblaient plus à des pistes.



Je marche rapidement jusqu’au chemin pendant que Patricia exécute sa manœuvre. Je regarde où elle s’arrête avant de m’enfoncer sous les arbres. Le chemin est légèrement humide. Je ne vois pas de trace récente de pas ou de pneu. Juste une vieille trace qui doit dater d’une semaine ou deux, avant les dernières pluies en tout cas. Il faut que je me renseigne là-dessus. Je longe l’allée en restant dans le sous-bois. Aucun bruit. Même les oiseaux sont silencieux. Il est vrai qu’il n’est que 15 h, et les oiseaux sont toujours silencieux à cette heure-là. Mais ça fait drôle. Ah quand même, le cri d’une buse, elle doit chasser. En arrivant à l’orée du bois, j’aperçois la maison, une vieille ferme bretonne réaménagée à l’arrache par une bande de sagouins. Les volets (en plastique !) sont tous fermés. Je ne sais plus quoi faire. Je n’ai aucune raison valable pour m’introduire chez ces gens, et de plus tout semble désert. Je reste un petit moment à guetter on ne sait quoi, puis je décide de retourner à la voiture. Je hâte le pas, car Patricia doit s’inquiéter un peu. Doux euphémisme ! Elle est blême et s’agite autour de la voiture.



On y trouve même des souvenirs en vente. Deux faux marins, mais vrais imbibés, se raccrochent au bar. J’achète une miche et commande deux cafés.



Un rire gras ponctue la diatribe du poivrot qui titube dès qu’il essaie de quitter le bar.



Je souris, un peu amusé du cinéma des deux gugusses qui se chamaillent maintenant.



Jules est effondré maintenant contre le bar. Ma tournée est la tournée de trop.



Je m’effondre dans la voiture de Patricia, au bord des larmes. C’est pire que ce que je pensais.



Patricia conduit calmement. Elle me regarde de temps en temps, inquiète.



Je suis dans une espèce de brouillard, je l’entends à peine.



À peine arrêtés, je la prends dans mes bras et l’embrasse tendrement d’abord, puis avec fougue.



Tiens, moi ça va nettement mieux. Direction les huîtres et vite.

Une douzaine d’huîtres et un verre de blanc plus tard, nous sourions de nouveau à la vie sur la terrasse du Pied de Cheval. Il fait frais, mais tant pis : tout plutôt que d’être enfermés. Nous avons un besoin vital de la caresse du soleil déclinant. Patricia paraît épuisée, les traits tirés, mais souriante. Elle est incroyable cette fille. Elle encaisse les coups et rebondit à toute allure. Elle fonce calmement, sans que personne ne s’en rende compte. Le temps qu’on se retourne, elle est déjà à trois kilomètres, et en plus dans la bonne direction !



Je souris. Elle a tout compris.



Elle rougit, baisse la tête. Je vois ses lèvres trembler légèrement. Elle murmure sa réponse.



On la sent brusquement très loin de Cancale, de moi, des huîtres. Je la laisse naviguer dans son monde intérieur. Puis :



Elle rougit, et ajoute :



Je n’ai pas le temps de finir. Elle se précipite sur moi et me traite de tous les noms d’oiseaux qu’elle connaît en me martelant la poitrine de ses petits poings. Je l’enlace et ça se termine par un long baiser sous les applaudissements des clients de la terrasse !



À suivre