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Temps de lecture estimé : 14 mn
12/10/22
Résumé:  Les voisins sont aussi mes meilleurs amis, sinon les seuls, jusqu’au jour où...
Critères:  fh extracon voisins -extraconj
Auteur : Arpenteur      Envoi mini-message
Une voisine infidèle

Divorcé depuis dix ans déjà, j’habite désormais seul dans un vieux corps de ferme que j’ai acheté lors de ma séparation. Situé aux environs de nulle part, dans un petit hameau au sein de la France profonde. J’y vois très peu de gens, des femmes encore moins souvent, je vis un peu comme un vieil ermite désabusé et décrépi. Retraité par anticipation, je n’ai plus trop envie de m’investir dans quoi que ce soit et me déplace uniquement quand le placard est vide.


Franck et Laurianne sont mes plus proches voisins, je les considère également comme des amis, Franck en particulier, nous avons beaucoup de points communs. Sa compagne est plus réservée et plus distante, une petite blonde boulotte, timide et effacée, qui apparaît généralement comme suiveuse et, lorsqu’il nous arrive de passer une soirée ensemble tous les trois, nous l’entendons à peine parler. Pourtant, elle est intelligente et très cultivée, elle a fait de longues études de lettres, avant de s’orienter vers les beaux-arts. Officiellement, elle est artiste peintre, mais dans la pratique, elle s’occupe surtout de ses moutons et de ses poules, c’est une fille du terroir solidement ancrée dans cette terre, elle est née près d’ici d’ailleurs. Son arme fatale, elle fait délicieusement bien la cuisine, ce que ni son mari ni moi ne savons faire, mais nous sommes toujours là pour déguster.

Le couple n’a pas d’enfants et aborder ce sujet avec eux reste problématique et conduit inévitablement à des non-dits qui cachent un grand malaise. À 45 ans passés, Laurianne ne pourra probablement plus en avoir.


Depuis quelque temps déjà, Franck a décidé de changer d’orientation professionnelle. Un peu contraint et forcé, car sa boîte a procédé à des réductions d’effectif. Je le trouve courageux car à 49 ans, il a repris ses études et il fait presque tous les jours le chemin pour aller au lycée agricole de la ville la plus proche. Il veut se lancer dans l’agriculture bio et dans le maraîchage.



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Le jour où cette histoire prend racine, leur chien était chez moi. Il n’y a pas de barrière ni chez eux ni chez moi, et étant donné que je laisse très souvent la porte ouverte, il rentre et il sort comme ça lui convient. C’est un épagneul breton, un peu fou-fou mais très sympa. Il répond au nom de Kola, mais rien à voir avec le coca, il paraît que c’est d’origine bretonne. Toujours est-il qu’à un moment donné, attirés par un couinement étrange, mes yeux se tournent vers lui, il est allongé sur le flanc dans la cuisine et peine à respirer et ses gémissements sont comme des appels de détresse.


« Putain, merde ! » Je me penche vers lui mais ne sais trop quoi faire, déjà que je serais incapable de soigner un humain.

Pris de panique, je fonce chez les voisins et ouvre la porte sans réfléchir.



Je crie plus que je ne parle, mais le seul bruit qui vient en retour provient du bureau qui est dans le prolongement de la salle à manger. La porte est grande ouverte. Une femme nue est penchée en avant contre le meuble, un homme nu derrière elle est en train de la besogner. Paniquée, elle se dégage, se retourne vers moi, évidemment j’ai déjà tout vu, même ses seins lourds bien en évidence.



Me sentant inopportun, je décide de battre en retraite, « Putain, quel con, j’aurais dû frapper ! Mais comment je vais faire ? Elle ne va pas pouvoir venir dans cet état. Il faut que j’appelle un vétérinaire ». C’est le genre de trucs qui me passent par la tête à cet instant précis.

Kola respire toujours mais avec difficulté, il n’a pas l’air beaucoup plus alerte et ses couinements font pitié. Je mets en charge mon téléphone qui est vide, comme souvent, et allume mon ordinateur qui se traîne lamentablement. Je devrais peut-être mettre tout simplement l’animal dans la voiture et l’emmener quelque part, mais où ? J’ignore où ils crèchent ces foutus vétos.


J’en suis là dans mes réflexions quand quelqu’un cogne à la porte, Laurianne fait irruption dans la pièce juste après.



C’est à ce moment-là que je remarque qu’elle s’est armée d’une seringue. Elle se penche et lui fait une injection. De quoi, je n’en sais foutre rien.



Que dire d’autre ? Je lui tends le plaid qui couvrait le canapé. Elle le pose sur l’animal puis se redresse. Mais il y a désormais comme un gros malaise entre nous. Nos yeux sont fuyants. Nous sommes gênés et avons hâte que cette entrevue s’arrête.



« Bien sûr » est la seule chose que je trouve à répondre, soulagé de la voir disparaître hors de ma vue dans la cour.


J’imagine déjà la prochaine fois où je vais aller faire du VTT avec Franck, je ne vais pas me sentir bien. Partant du principe que ce ne sont pas mes oignons, je ne vais rien lui raconter. Mais une telle omission faite à un ami me classe d’emblée parmi les hommes peu fiables et même parmi les traîtres.

J’essaie de me convaincre : « Mais, après tout, j’aurais très bien pu ne rien voir, et je suppose que ce n’est pas Laurianne qui va aller lui raconter tout ça ». Alors pourquoi ça me perturbe ? Ça fait partie des épreuves de la vie, mais il y a trop d’épreuves dans la vie, je préfère les éviter. Moi je préfère quand tout est lisse.



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L’histoire aurait peut-être pu s’arrêter là, mais le malaise persistait entre la petite blonde et moi. Déjà qu’en temps normal nous ne nous disions pas grand-chose, mais là souvent c’était une vraie torture de me retrouver face à elle. Et quand son mari était là, ça bouillait dans ma tête comme dans une vraie marmite et je n’avais qu’une hâte, celle de m’en aller et de fuir cette situation. J’écourtais les soirées, je trouvais même des prétextes pour les éviter.

Franck s’en était-il aperçu ? S’en était-il confié à sa femme ? Je ne saurais le dire, peu à même de savoir ce qui se passe dans l’intimité des couples.


Toujours est-il qu’un beau matin, deux ou trois mois plus tard, ça devait être en février car une épaisse couche de neige tapissait l’allée, je vois la petite blonde qui se pointe chez moi, nez au vent.



Comment lui refuser ?



Je n’en ai guère envie, mais bon, si ça lui fait plaisir. Le temps de faire réchauffer le café dans un silence assourdissant, on s’assoit autour de la table.



Cela faisait bien longtemps que je ne l’avais pas bisouillée, celle-là. Pas depuis qu’il y avait eu cet incident. De près, elle m’a semblé différente, plus accessible. Laurianne c’est le genre de fille qui ne se maquille pas, sauf quand elle va à la ville, mais même dans ce cas elle reste quand même nature. Blonde, ou plutôt châtain très clair, elle est couverte de taches de rousseur. Elle est plutôt jolie mais d’une beauté toute campagnarde, avec un zest de gaminerie en elle.


Je l’ai prise doucement dans mes bras pendant un long moment et je l’ai embrassée tendrement sur la joue. Elle est restée blottie encore une longue minute et ne s’est dégagée qu’avec la certitude que nous étions en paix.



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Une fois cette mise au point effectuée, les relations avec mes deux voisins et amis avaient pu reprendre un cours normal. Nous nous voyions à nouveau une ou deux fois par semaine pour passer les soirées ensemble et j’avais repris, le week-end, mes après-midi VTT avec Franck, qui continuait toujours sa formation au lycée agricole.

Je me demandais parfois comment Laurianne ferait pour découcher quand son mari serait là à temps complet, ce serait plus compliqué pour elle. En attendant, je surveillais la venue des hommes qui défilaient dans sa maison. Souvent, ils laissaient leurs véhicules en haut sur la petite route et empruntaient le chemin peu carrossable à pied. D’autres, plus téméraires, se mettaient à pester quand ils manquaient de s’enliser ou qu’ils entendaient des cailloux taper contre leurs bas de caisses. Bien sûr, il n’en venait pas tous les jours des hommes, mais au minimum un par semaine, quand ce n’était pas plus, d’après ce que j’avais pu constater. Évidemment cela ne me regardait nullement, je ne pouvais néanmoins pas m’empêcher de surveiller toutes ces allées et venues, j’en devenais réellement addict, et je dois avouer qu’à chaque fois que je voyais se pointer quelqu’un, une pointe de jalousie malsaine m’étreignait.

Je ne sais trop comment Laurianne s’est aperçue de mon état d’esprit, mais…


Un jour la voici qui vient cogner à ma porte, c’était en mai, le soleil était radieux et les petits oiseaux gazouillaient dans les branches. Nous nous retrouvons à nouveau autour de la table en train de siroter un mauvais café.



Elle resta un long moment un peu rêveuse à tourner la cuillère dans sa tasse, la tête visiblement ailleurs. Puis elle reprit :



Le temps que je débarrasse celle-ci, le temps que l’on se déshabille, le temps aussi que je constate que sa chatte est effectivement en eau, le temps qu’elle s’aperçoive que ma trique est raide et bien dressée et nous voici bientôt perchés tous les deux sur la grande table en bois, elle à quatre pattes ses grosses fesses bien offertes et moi derrière elle à la fouailler en la fessant de belle manière. Je repense à cet homme qui la limait avec ardeur l’autre jour dans le bureau car, depuis ce jour-là, je rêvais d’en faire de même.


Heureusement qu’elle avait pensé à amener des préservatifs, preuve qu’elle avait déjà en venant sa petite idée derrière la tête, car moi j’aurais bien été incapable de retrouver les miens, n’ayant pas fait l’amour depuis fort longtemps.



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C’est ainsi que nous sommes devenus amants, la voisine et moi, et que nous le sommes restés toutes ces années durant. Bien sûr, j’enrage encore quand je sais qu’elle se donne aussi parfois à d’autres hommes, même si c’est moins souvent qu’avant. Je lui fais parfois des crises de jalousie mais je l’excuse aussi vite, car je sais que, quelque part, elle ne peut pas s’en empêcher. Je sais qu’elle me trompe aussi avec le beau Ludo quand elle va le voir dans sa galerie, mais elle sait se faire pardonner quand elle revient, en étant encore plus chatte que d’habitude.


Quant à Franck, il ne sait toujours rien ou, plutôt, préfère ne rien savoir. Seul un aveugle pourrait ne rien voir, et encore, les aveugles ont l’ouïe et l’odorat fort développés et ce qui n’est pas visible avec les yeux, peut se pressentir aisément d’une tout autre façon.

Alors je considère le fait qu’il n’a pas changé ses habitudes vis-à-vis de moi et qu’il prend toujours autant de plaisir à ma venue comme un accord tacite.