| n° 21092 | Fiche technique | 8973 caractères | 8973Temps de lecture estimé : 6 mn | 25/08/22 |
| Résumé: Le clair de lune suscite des réactions très inattendues, dès que le romantisme se manifeste. | ||||
| Critères: fh ffh couplus voir exhib fsodo humour -humour | ||||
| Auteur : Samuel Envoi mini-message | ||||
La nuit avait été agitée avec Freddo, qui vers trois heures du matin prétendit me prendre sur le balcon sous prétexte qu’il n’avait jamais vu une si belle lune à part mon cul. Je refusai évidemment cette nouvelle lubie. C’est alors que je l’entendis téléphoner à Roxane.
Freddo – Rox, tu as vu cette pleine lune ? C’est une folie ! Je te réveille ?
Roxane – Bien sûr que tu me réveilles ; il est trois heures du mat.
Freddo – Si je me souviens bien, tu as un balcon, toi aussi ?
Roxane – Tu m’appelles à trois heures du matin pour me demander si j’ai un balcon ?!
Freddo – Tu sais l’autre jour, tu voulais que je te fasse incessamment un cunni, et je te l’ai fait, non ?
Roxane – Oui, c’est vrai, j’en avais grande envie, comme disait Madame de Sévigné. Et alors ?
Freddo – Eh bien, aujourd’hui c’est moi qui te demande quelque chose.
Roxane – Et ce quelque chose, c’est quoi ? Une pipe ?
Freddo – Non, je voudrais te prendre sur ton balcon en regardant la lune.
Roxane – Merde, Fred, je dors moi à cette heure-là.
Freddo – Quand tu seras réveillée, la lune sera partie en couille, espèce d’idiote !
Roxane – Et ta bourgeoise, elle ne veut pas se bouger le cul pour une telle occase ?
Freddo – Non, Xavière ne veut pas. Tu comprends, elle est très fatiguée en ce moment, la crise d’adolescence de son père, les soucis de peau de sa mère, plus sa bagnole, qui a été repeinte en vert par erreur. Ça fait beaucoup. Sans compter qu’elle doit expliquer aux flics demain matin qu’elle est droguiste et que ça rien à voir avec la schnouff qu’on a trouvée dans le débardeur de sa petite sœur.
Roxane – La schnouff ?
Freddo – Tu sais bien, Rox, qu’on ne peut pas parler de ça au téléphone. On ne sait jamais. Alors, ma seule solution pour cette nuit magique, c’est une magicienne comme toi.
Roxane – Et comment j’explique ça à Valentin qui dort à côté de moi et qui m’a prise ce soir par tous les trous en même temps ?
Freddo – Tous les trous en même temps ?
Roxane – Ben oui, il a des doigts.
Freddo – Écoute, Valentin, je le connais depuis la maternelle et il m’en a fait de bien pires.
Roxane – Bon, rapplique, mais je te préviens à quatre heures je dors même si la lune resplendit comme du foutre dans un cendrier en verre.
Et voilà mon Freddo qui s’en va sans la moindre explication ; ben oui, si je n’avais pas écouté aux portes, je n’aurais rien su de sa démarche. Ben, mon salaud, je vais te revaloir ça sur-le-champ ! comme aurait dit George Sand. J’appelle aussi vite une pine de mes connaissances, Virgil, un Roumain qui fait des études de lettres, c’est-à-dire qu’il lit le courrier qu’il vole dans les boîtes dans les immeubles du coin pour voir s’il n’y a pas moyen de faire chanter l’un ou l’autre des locataires. Il avait presque réussi avec moi. Il avait dérobé une lettre dans laquelle je disais mon amour à une pétasse dont j’aimais la foufoune, ce qui n’avait aucune importance, mais dans cette correspondance j’expliquais que j’avais volé pour elle un bijou place Vendôme. Un saphir monté en sautoir. Virgil est arrivé, tout fier d’avoir lu mon courrier et me faisant remarquer que j’étais dans un mauvais cas. Car le joaillier avait porté plainte et que j’allais facilement être découverte. Il voulait cinq mille euros. Une paille ! Je lui dis que je n’avais pas cette somme, mais que mon lit était disponible. Bien sûr, il ne renonçait pas à ses prétentions financières et il se disait qu’en attendant il passerait un bon moment. Mal lui en a pris. Il est monté dans la chambre. J’ai tamisé la lumière suffisamment pour qu’il ne sache plus trop où il se trouvait, je l’ai juste branlé un peu et j’ai récupéré la lettre. Puis j’ai immédiatement foutu à la porte ce Virgil qui n’avait rien de bucolique. Il est parti en hurlant en latin ou en roumain ; la seule chose que j’ai comprise c’était : « Tu as de la chance que ma photocopieuse soit tombée en panne ! »
Je l’appelais donc la nuit dernière. Il était en train de lire, en homme studieux, toute une collection de missives dont quelques-unes étaient prometteuses. Mais il se décida aussitôt à venir me rejoindre. Je lui ouvris, lui proposai une téquila-boum-boum, et crac-boum. Il était grand et fier, et il portait sur la poitrine un superbe tatouage représentant la révolte des haïdouks (haïdouk veut dire hors-la-loi en turc). Ce qui fait que j’ai eu l’impression de faire l’amour avec une troupe entière de guerriers sauvages. L’un d’eux – c’était le chef assurément – portait une tignasse retenue par un anneau et il avait un poignard courbe à la main. Ses yeux me disaient combien il aurait aimé me violer. Je levai alors la tête pour voir celle de Virgil et je compris qu’il était un digne descendant de ces brigands au grand cœur et au petit couteau. Il me provoquait par des gestes brusques, presque brutaux, par des propos salaces, comme je les aime bien, mais il ne faut pas dépasser le quart d’heure de salacité. Dans sa rage copulatrice, je sentais qu’il mettait tout en œuvre pour se venger de sa déception précédente avec moi. Il tenait bien le coup ; sa hampe entrait et sortait dans de joyeuses éclaboussures, comme aurait dit Simone de Beauvoir. Je n’étais pas en reste d’autant que je voulais en finir avant le retour de mon chéri Fred. Virgil accéléra encore un peu ses mouvements et il venait cogner dans ma paroi avec un bruit d’évier qu’on débouche. Puis il poussa un cri définitif : Aou leau ! Ce qui signifie : ou c’est une bonne pute, ou c’est moi qui baise comme un dieu !
Franchement, je ne lui en voulais plus de sa tentative de chantage et lui m’avait pardonné de l’avoir roulé dans la farine. On discutait sereinement, se disant qu’on aurait été bête de rater une telle occasion de s’envoyer en l’air. Il me racontait ses difficultés. Les boîtes aux lettres sont de plus en plus cadenassées. Il y a maintenant des caméras partout. Certaines écritures sont très difficiles à déchiffrer. Je vais finir par m’abîmer les yeux, me dit-il. Et puis, surtout, quand il trouvait un adultère qu’il pensait rémunérateur, il s’apercevait que toutes les personnes impliquées s’en fichaient éperdument. Le mari trompeur disait : « Je veux bien vous donner cinq euros pour vous dédommager de votre peine, mais pas plus, parce que tout le monde le sait bien, que je trompe ma femme. Et elle la première. » Le mari trompé, le cocu, qu’on a connu à une certaine époque prêt à bondir, à tout casser, était devenu conciliant : « Ce matin, je me suis regardé dans la glace et je me suis dit : est-ce que j’ai des cornes sur la tête ? Non, alors, où est le problème ! » La femme adultère, de son côté, ne voyait pas où était le mal : « Oui, c’est cela, je ne vois pas toujours où est le mâle, alors quand j’en trouve un… »
Après ces réflexions sur les mœurs du temps, Virgil se dit qu’il était temps de partir, qu’il avait encore du travail avant le lever du jour et de certains locataires dont il visait le portefeuille.
J’allais me remettre au lit, quand le téléphone me surprit une jambe nue dans les draps et l’autre à poil dans une pantoufle.
Freddo – C’est moi, ma chérie.
Moi – Oui, tu as fini ? On va pouvoir dormir ?
Freddo – Écoute, le temps d’arriver chez Rox – puisque tu sais que je suis chez elle – la lune s’est cachée. En fait, Rox était parfaitement d’accord, elle s’était accoudée à la balustrade de son balcon, cul nu et ouvert, et moi j’arrive bite à l’air et paf la lune se barre !
Moi – Je suis désolée pour toi, comme aurait dit Louise de Vilmorin.
Freddo – Tu sais ce qu’on va faire ? Je t’ai dit que j’avais jamais vu une si belle lune à part ton cul. Alors comme tu es sur le balcon juste en face… si tu veux bien… exhiber ton cul chéri… je suis sûr que ça me fera le même effet que si la lune était restée.
Moi – Tu veux enculer Roxane tout en matant mon cul ?
Freddo – C’est cela, oui, tu as tout compris.
Moi – Putain, mon Freddo, plus romantique que toi, on pourra fouiller tout le bottin, on ne trouvera pas. J’arrive sur le balcon.