| n° 21053 | Fiche technique | 24217 caractères | 24217Temps de lecture estimé : 13 mn | 11/08/22 |
| Résumé: Le malheureux choisit de rester dans le doute de l’infidélité de son épouse afin de préserver leur union sans pour autant pardonner et oublier. | ||||
| Critères: fhh hagé asie candaul hotel amour cérébral photofilm journal -couple | ||||
| Auteur : morisse.pol75 Envoi mini-message | ||||
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Résumé des épisodes précédents :
Résumé du chapitre 1 : Un jeune homme assiste à un échange téléphonique ambigu entre son épouse et un démarcheur qui cherche à établir un certificat énergétique. Éloigné de son épouse, les échanges téléphoniques plongent le jeune homme dans une démarche suicidaire pour son couple.
Résumé du chapitre 2 : La rencontre avec un collègue en voie de séparation met à mal la confiance du jeune homme dans la fidélité de son épouse. Des échanges avec cette dernière confirment ses doutes et les transforment en certitudes.
Jeudi, Genève, 22 h
La main qui tient mon Smartphone tremble. J’ai l’impression que tout s’est arrêté autour de moi. J’ai peur soudain, peur d’apprendre cette vérité qui m’apparaît évidente. La colère qui m’habitait quelques secondes auparavant a entièrement disparu. Je ne sais pourquoi, mais je n’ai pas envie d’entendre ce que je considère comme une sentence. La sentence d’apprendre qu’elle veut me quitter, partir comme le film que je me suis fait ces derniers jours.
Alors, je ne veux pas savoir, je plonge dans le déni d’une réalité que je veux encore pouvoir contrôler avant que des mots définitifs ne soient prononcés.
À ces mots, ses pleurs redoublent. À mon tour, je ne peux contenir mes larmes et ma voix se met à trembler.
Cette dernière phrase, je veux encore moins l’entendre, je sais trop bien qu’elle est synonyme d’aveu. Lâchement, je fais celui qui n’a rien entendu. Celui qui peut encore croire que tout n’est pas fini, celui qui est prêt à tout pardonner.
Les pleurs de l’autre côté du fil semblent diminuer. Je choisis lâchement de botter en touche avec un mensonge que j’espère convaincant.
Je me rends compte combien ces derniers mots de ce mensonge sont incroyablement hypocrites et pitoyables et montrent ma soumission totale. La tentative de sauvetage d’un naufrage. Aucun de nous deux ne relève qu’il est bien tard pour aller dîner.
Je l’entends reprendre son souffle et renifler une ou deux fois.
Mes larmes aussi se sont taries. Je suis rassuré d’avoir empêché les mots fatals.
Mais lentement, là, je comprends que rien n’est franchement résolu. À l’évidence elle m’a trompé et suis-je vraiment disposé à pardonner ?
En matière d’amour le pardon n’est pas une simple décision intellectuelle ou religieuse. Il doit s’accompagner d’un retour à la confiance et surtout du désir amoureux et sexuel. Rien n’est moins sûr pour moi.
Combien de couples ont capoté après s’être pardonné un écart, même quand l’adultère n’est pas consommé et qu’un simple désir est ressenti déjà comme la trahison.
Pourtant en cet instant, rien ne me prouve qu’elle a baisé avec ce Rayan – ou/et – avec son collègue. Et si elle culpabilisait simplement d’être sortie au restaurant puis dans la boîte de nuit avant d’être raccompagnée par deux gentlemen ?
C’est ça oui, c’est bien cela. Encore une fois, ma jalousie entrave un raisonnement sain et logique.
Le cœur léger, rasséréné, je me sens une grande faim. Au restaurant de l’hôtel, je trouve mon compagnon d’infortune attablé seul, le nez dans son assiette à finir son dîner.
Il a le sourire forcé en me voyant m’approcher. Pourtant, il m’offre de m’asseoir à sa table pour l’accompagner dans son dîner. Je passe commande d’un simple plat froid et rapide.
J’ai envie de lui dire que tout va bien pour moi, mais en réalité, malicieux, je veux qu’il me parle à nouveau de son trouble à regarder sa femme en train de sucer la bite d’un inconnu. Moi aussi j’ai été surpris par une érection quand il me l’a raconté la première fois. Et j’ai éjaculé dans mes draps la nuit, excité par un rêve érotique.
Il me faisait vraiment de la peine surtout que je restais rassuré quant au devenir égoïste de mon propre couple et que ce n’était pas le cas pour le sien. J’avais envie de lui être agréable.
Il a levé le nez de son assiette et m’a regardé interloqué.
J’étais KO devant sa révélation, même si on ne pouvait pas comparer nos malheurs conjugaux du moment. Il poursuit :
En disant ces mots, je ne pus m’empêcher de penser que je venais de réagir de la même façon avec Chantal. Je m’étais dévalué à ses yeux, plutôt qu’affronter une réalité qui me faisait mal. Très mal.
Je me découvrais de la sympathie et de la compassion pour lui, car je ne pouvais qu’imaginer une issue à ses dépens.
Il termine son verre de vin rouge avant de continuer.
Je ne pouvais pas m’empêcher de penser que tout cela pouvait nous arriver, car ces mêmes fantasmes m’habitaient, enfouis dans ma libido certes, et j’en avais fait confidence à ma chérie.
Nous avions fini de dîner. Il était minuit. J’étais abasourdi par l’histoire incroyable de mon collègue.
Je lui raconte ses appels qui m’avaient convaincu de son infidélité sans pour autant lui livrer tous les détails.
À peine a-t-il fini sa phrase que me reviennent les propos d’une amie qui m’avait expliqué un jour comment elle avait découvert que son mari la trompait.
Quand il sortait du lit de sa maîtresse, le salaud avait besoin de s’assurer que tout allait bien chez lui en me téléphonant. Il pouvait alors rentrer au foyer assuré de son impunité. J’ai fini par le confondre au ton de sa voix à chacun de ses appels. En plus, l’ordure m’a avoué qu’en quittant sa salope, il avait un sentiment de culpabilité à mon égard et que me parler le soulageait de ce ressentiment.
Il me devenait alors évident que les appels de ma chérie m’avaient consentis était de la même nature. Me rassurer après avoir fauté. Mais quelle faute ?
Je me mis à avoir mal. Tout mon optimisme avait fondu en quelques secondes. C’est mon collègue qui me ramena au présent.
Je restais néanmoins circonspect concernant l’excitation qu’il avait ressentie, jusqu’à en jouir au-delà de l’humiliation, en voyant sa femme baiser avec deux autres hommes. Cette fois cependant, mon sexe ne s’était pas manifesté, mais ma curiosité restait bien ancrée et enfouie dans mon subconscient.
J’eus soudain une folle envie de regagner ma chambre pour téléphoner à la femme de ma vie sachant que nous avions convenu de nous appeler en rentrant du restaurant.
Je reçus un coup dans l’estomac quand mon appel aboutit plusieurs fois à son répondeur. Dépité, je laissais un message en précisant mon heure d’arrivée à CdG : demain après-midi, dans l’espoir qu’elle vienne me chercher.
Je recommençais à déprimer. Son absence ce soir est inexcusable et incompréhensible. Je sentais la colère reprendre le dessus sur ma tristesse.
Et c’est cette colère qui soudain me rappelle un détail : j’avais le numéro personnel de ce Rayan. Je l’avais recopié discrètement le vendredi à la maison. Habité d’une fureur froide et assassine, je composais depuis le fixe de l’hôtel et malgré l’heure tardive, le numéro en 06.
Après quelques sonneries, je tombai sur une messagerie qui citait simplement le numéro appelé. Anonyme. Je raccrochais sans laisser de message.
Et mon imagination reprenait de plus belle. Étaient-ils ensemble ? Une dernière fois ? Son appel n’était-il pas pour s’assurer que j’étais encore à Genève, comme j’avais envisagé un retour précipité ?
J’éteins mon portable de rage. À cet instant, je pense qu’elle joue avec mes nerfs, mais je n’arrive pas à me convaincre qu’elle ait décidé de me quitter. Surtout, je ne veux pas !
Vendredi matin
J’ai mal dormi. Je crois même que je suis resté toute la nuit dans un demi-sommeil. Ce n’est pas une surprise cette fois quand je constate que mes draps sont encore tachés de sperme. Je n’ai pas rêvé, j’ai simplement imaginé ma Chantal dans les scènes pornos que m’a révélées mon collègue. Je réalise à peine que ces descriptions me troublent au point de tenter de les refouler dans mon jardin secret. Tout cela me semble malsain.
Je n’irai pas au congrès. Mon vol est pour la fin de matinée et il est hors de question de le rater.
En prenant ma douche, je refais le film de ces quatre jours. Je suis passé par des moments de forte déprime quand l’infidélité de mon épouse me sautait aux yeux. L’éloignement qui me rendait impuissant à agir, les confidences de mon collègue qui vivait apparemment la fin de son couple, les échanges brutalement interrompus avec Chantal, tout contribuait à me foutre le moral en l’air.
Maintenant, j’avais la conviction que pour sauver mon couple, je devais pardonner. Cela me semblait d’autant plus évident que les preuves de mon infortune n’étaient pas tangibles. Et pourquoi pas le fruit de ma jalousie et des conditions imposées par la situation ? Cela m’arrangeait bien !
À un moment toutefois, alors que je séchais mes cheveux, le prénom diabolique surgit et déclenche ma colère. Je sautais une nouvelle fois sur le combiné de l’hôtel pour appeler ce Rayan. Il était 9 heures. On décroche au bout d’une seule sonnerie. C’est une voix avec cet accent affreux !
Surpris, je ne sais comment aborder l’échange.
J’ai à peine prononcé son nom que je me mords la lèvre. Quel con je suis !
Le ton est neutre, chaleureux, presque enjoué, mais certainement pas professionnel.
Ce type se fout de ma gueule. J’éclate. « Comment va Chantal - comment va Chantal ? » Quelle familiarité ! Et pourquoi pas une intimité déclarée ?
Aveuglé par la colère, je mesure à peine le ridicule de la situation et de ma phrase qui n’est même pas en français correct. L’autre au bout du fil ne se répartit pas de son calme.
Je tombe sur le cul, j’aurais dû imaginer cette réaction évidente. Impossible de lui répondre tant je suis frappé de stupeur et humilié.
Quel rustre ! Il a raccroché brutalement. Je reste bouche bée, incapable de réagir. Incapable d’interpréter ses propos qui au demeurant – j’en conviens – n’évoquent aucune trahison de Chantal ni de lui. Enfin, c’est ce que je veux croire et avaler sur le moment, profondément honteux par ma réaction imbécile.
Je finis de me préparer à partir, bouleversé par ce coup de téléphone. D’autant plus quand je réalise qu’il a peut-être déjà appelé Chantal pour me ridiculiser.
Dans le taxi qui m’emmène à l’aéroport, je ne peux m’empêcher de l’appeler. Merde ! Merde ! Elle se fout de moi. Toujours le répondeur. Je ne laisse pas de message.
Vendredi début d’après midi.
Mon cœur se met à battre à mille pulsations quand je l’aperçois parmi les personnes venues accueillir un passager. Elle est belle dans une robe d’été que je lui ai offerte et dont elle sait que j’aime qu’elle la porte.
Son sourire, quand elle me voit, ne laisse aucun doute sur sa joie de me retrouver. Je respire, convaincu qu’elle m’aime toujours.
Au sortir des démarches de police, elle se jette sur moi et m’étreint amoureusement. Je suis heureux de retrouver ma Chantal après ces derniers jours d’enfer.
Nous sommes tous les deux détendus quand on roule pour regagner notre domicile. Personne n’a abordé le sujet qui est prégnant pourtant. Moi je prie en silence pour qu’il en soit toujours ainsi. J’ai peur de découvrir une vérité qui amènerait des prises de position sans retour possible. Je suis dans un déni total de sa trahison éventuelle.
Une fois à la maison, elle me propose de me reposer pendant qu’elle nous prépare une boisson. Et c’est quand elle revient de la cuisine que le couperet tombe.
Je dissimule comme je peux mon angoisse. Je me doute bien sûr que l’autre salopard a dû lui faire part de mon appel de ce matin et de mes soupçons.
Je tente une pirouette.
Elle sourit à ma blague plutôt nulle.
Je l’interromps :
Elle reste interdite, le regard braqué sur moi.
En disant cela, je tends la main pour l’attirer à moi. Je la vois hésiter. Son sourire est figé. Je comprends qu’elle cogite, cherchant quelle attitude prendre. Je ne la laisse pas se reprendre.
Je la fixe droit dans les yeux, un regard qui signifie que je ne suis pas enclin à oublier ni à pardonner. Oublier quoi ? Mes élucubrations ? Mon imagination, ses silences, ses aveux ? Rien n’a été dit de façon incontestable, tout est fondé sur des non-dits.
L’important est ce qui reste, non ? Je l’aime et j’ai envie de me laisser aller à croire qu’elle aussi m’aime.
Avec une expression incrédule et heureuse, elle se laisse venir à moi et nous échangeons un baiser.
Elle sanglote doucement, ses yeux sont pleins de larmes. J’y vois comme un remerciement. Elle aussi accepte ces silences qui protègent notre couple. Pour l’instant.
Notre étreinte aboutit dans notre chambre. Nos habits s’éparpillent et, nus dans les draps, on fait l’amour comme deux adolescents.
Je n’ai plus aucun ressentiment à son égard. J’ai choisi, j’assume.
Mon érection est la preuve que le pardon amoureux si sensible est notre complice, sinon je ne pourrais pas lui faire l’amour.
Et c’est pour ne pas nous abandonner à connaître et reconnaître la vérité que nous pouvons repartir dans une vie nouvelle. Ou du moins, je le pense en cet instant.
Épilogue
Une année est passée, notre couple s’est agrandi d’un élément. Un petit garçon.
Mes pulsions candaulistes sont restées enfouies dans ma libido.
Un vendredi midi, le téléphone sonne.
Et je raccroche et adresse un sourire de connivence à Chantal qui, à mes côtés, a compris.
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Un jour, je suis pris d’une envie de déblayer les vieux papiers. Je découvre, dans un vieux carton au grenier, un cahier que je devine être un journal intime. C’est l’écriture de Chantal.
Tranquille, je lui fais part de ma découverte au nom de notre confiance réciproque.
Son visage marque d’abord la surprise. Je la sens tendue, irritée, avec un regard chargé de reproches. Je la rassure immédiatement.
Après seulement quelques secondes de réflexion, son visage change brutalement d’expression et redevient serein.
Sa réponse me surprend, car je ne lis aucune inquiétude dans ses mots ni sur son visage. Et je n’avais pas du tout pensé à ce moment difficile pour nous.
Mais cela excite ma curiosité. N’aurait-elle rien à cacher ou seulement quelques écarts véniels, ou pire ? Et boum la claque : et si…
Nous connaissons très bien tous les deux le sens de notre accord passé. Le non-dit pour sauver notre couple. Je m’apprête à renoncer à lire son journal intime quand elle m’annonce soudain :
Pourquoi cette photo de mon collègue surgit-elle brutalement de ma mémoire ? Et cette érection que j’ai du mal à lui dissimuler ?
Mais cela est une autre histoire…
à suivre…