| n° 20907 | Fiche technique | 9502 caractères | 9502Temps de lecture estimé : 7 mn | 09/05/22 |
| Résumé: Texte rapide sur une relation en sauna gay... | ||||
| Critères: hh hhh extracon inconnu grossexe sauna cérébral hmast fellation partouze -gay -lieusexe | ||||
| Auteur : Flar Envoi mini-message | ||||
Je suis marié depuis 20 ans. 20 ans… et, comme les autres couples, le mien a évolué. On n’y croit jamais quand on est jeune. On pense que ce qu’on vit est hors norme, que l’amour qui nous lie à l’être cher est si pur, si beau, qu’il résistera au temps qui passe, à l’habitude, nos ennemis (« dis-moi que oui, dis-moi que oui » comme dirait Michel). Bref, après un âge d’or qui pour nous dura tout de même une quinzaine d’années, le retour de bâton est assez violent : un désir évanoui chez ma femme non seulement de partager le lit pour autre chose que pour dormir, mais aussi de partager sa vie pour tout autre projet me concernant. Il faut dire que l’abstinence a des effets assez désagréables sur mon humeur, ceci expliquant certainement en partie cela. Et ça y est, avant même d’en être conscient, nous voici dans un cercle bien vicieux (mais dans le mauvais sens du terme). On assiste alors impuissant au délitement de ce qui fut notre raison d’être pendant des années, et les arrangements pour prolonger notre couple n’y firent pas grand-chose.
Nous nous sommes autorisés l’un l’autre la culture d’un large jardin secret où rien n’était interdit. J’y fis personnellement fleurir quelques maîtresses, rapidement fanées quand elles se rendirent compte que je ne pensais pas quitter ma femme pour elles. Et la situation devint plus difficile encore, car cette « liberté » était finalement bien stérile. Cependant, aujourd’hui, cette liberté, elle m’a conduit dans un sauna gay. Parce que je me dis « bi ». Parce que j’en ai envie. Parce que, très prosaïquement, ça fait trop longtemps que j’ai envie de baiser et que c’est tellement plus simple avec les hommes ; un regard et c’est (dé)plié. C’est bien ce dont j’ai besoin aujourd’hui. Je rentre donc dans l’établissement le plus discrètement possible (bon, ce n’est jamais glorieux…) et me dirige vers le hammam, l’endroit que je préfère. Pas sûr que cela simplifie ma situation, mais après tout, qu’est ce qui définit mieux la vie que la complexité ?
Il est de ces moments où tout bascule. L’instant d’avant, il semble que la situation est tranquille, sous contrôle, et l’instant d’après, tout se précipite. Au fond du hammam, juste à l’entrée de la pièce plongée dans la vapeur la plus dense et l’obscurité la plus totale. Une sorte de back room qui ne dit pas son nom mais dont s’échappent des soupirs, des bruits de mouvements saccadés, des visions à peine esquissées de corps qui se meuvent.
Je ne suis pas entré, je suis juste sur le seuil, encore éclairé par la pâle lumière qui baigne la pièce principale du hammam. Les habitants de la partie sombre ne peuvent me toucher sans s’exposer au regard des autres, à la relative lueur qui persiste ici. Je me sens encore en sécurité. Non pas que je me sois senti une seule fois en danger en ces lieux. Il existe ici un respect que l’on n’imagine pas. S’il est un endroit sur cette Terre où le mot « consentement » prend tout son sens, c’est bien ici. Non, si danger il y a, c’est plus en moi qu’il pourrait exister. Dans mon envie de faire bander un homme, de me faire chienne, de l’accueillir en moi, d’envoyer balader des décennies de conditionnement hétéro, des années de compromis(sions) liées au mariage. Juste deux pas, et je pourrais entrer dans cet antre et me laisser aller, découvrir ce dont je n’ose pas depuis toujours. Vais-je le faire ? Déjà quelques minutes que je stationne, hésitant, à l’entrée de la fournaise noire.
Quelle pensée, quel ultime argument me pousse à franchir les quelques centimètres qui me séparent de mes envies les moins avouables ? Je ne sais. Ce que je sais, c’est que je vois mes jambes faire ces deux mouvements qui me font disparaître, me fondre dans cette obscurité perverse et si tentante. À peine le temps de réaliser que je suis dedans que je bute presque sur un homme assis qui se penche instantanément vers mon sexe et l’embouche. Il me suce bien. Un autre homme est entré à son tour. Il est contre moi. Je tends ma main et trouve son sexe. Je le caresse pendant que l’homme de l’ombre (mais nous le sommes désormais tous) continue à s’activer sur mon sexe, devenu bien dur.
Je m’assieds alors à côté de mon suceur qui se penche pour continuer son ouvrage. J’approche à mon tour mon visage du sexe du nouveau entré et le prends en moi. Sucer en l’étant soi-même… Mais j’en veux plus ! Je devine des effleurements de l’autre côté, je tends la main et trouve un autre sexe, pas plus long que celui que j’ai en bouche, mais dont le gland est plus imposant. C’est alors que mon suceur se redresse. J’en profite pour me mettre à genou devant lui et le prendre en bouche à son tour, sans lâcher les deux sexes des hommes m’entourant. Le sexe de mon suceur est bien plus imposant que les deux autres, c’est un grand plaisir de le faire coulisser dans ma bouche.
Une envie encore plus perverse me traverse : je me redresse, les trois hommes m’entourent, je tiens un sexe dans chaque main. C’est alors que, sentant le troisième homme derrière moi, je tends les fesses dans l’obscurité vers son sexe. Le message est clair, je le veux en moi. Je frotte son gland entre mes fesses, je suis déchaîné. Ils s’approchent encore plus de moi, tous les trois, je sens leur peau, leur souffle, leurs caresses. Je suis leur femelle, je les excite, ils me veulent. J’ai la tête qui tourne, c’est fort de sentir leurs mains sur moi, leur sexe érigé… Je me retourne alors vers l’homme dans mon dos et me penche, jambes tendues, pour le sucer. C’est mon premier suceur qui se retrouve dans mon dos et je sens son imposant sexe tenter d’entrer en moi, pousser fort entre mes fesses pour me pénétrer. J’en aurais très envie, mais il n’a pas eu le temps d’enfiler une protection et il est hors de question que je prenne ce risque. Je lui dis d’arrêter et de me suivre dans une cabine.
Je quitte donc fébrile l’obscurité et sors, sans me retourner, du hammam. L’homme me suit. Il pourrait être Français et s’appeler Éric, philippin, ou Edwyn ; il pourrait être Maghrébin et s’appeler Karim, slovène, ou Ivan ; ou Italien et s’appeler Guglielmo, qu’importe. Il me suit et j’en suis heureux.
J’entre dans la première cabine que je vois. Il est derrière moi, il ferme la porte. Je me retourne et me retrouve à genou devant son sexe si désirable. Je le reprends en bouche et je m’applique, je savoure chaque parcelle de ce monstre si sympathique qui devient de plus en plus dur au contact de ma bouche, de ma langue, de l’intérieur de mes joues. Il me fait alors me relever et tente de m’embrasser. Quelle idée, je n’embrasse pas ! Je détourne la tête et sa langue pointe sur le coin de ma bouche. C’est alors que je sens ses mains s’activer, une sur mon sexe, l’autre en bas de mon dos. On s’assied sur le matelas. Lui continue ses investigations et me met deux doigts sur mon œillet. Il les bouge, il me masse, c’est bon, mes barrières tombent. Son autre main me caresse de plus en plus fort, je me sens décoller et c’est comme dans un nuage que j’ouvre la bouche pour accepter sa seconde tentative de baiser. Sa langue visite ma bouche, ses doigts mon cul, et rapidement je sombre dans un tourbillon de sensations délicieuses qui me font éjaculer entre ses doigts. C’est la première fois qu’un homme me fait jouir, j’en suis tout retourné (ah ah ah).
Les au revoir peuvent être assez abrupts dans ces lieux où l’on vient pour le sexe et où chaque rencontre, une fois consommée, est rapidement refermée pour passer à autre chose. Ici, à l’inverse ni lui ni moi ne sommes pressés de sortir nous mêler de nouveau aux autres, et, si la tension sexuelle est retombée de mon côté, nous prenons quelques minutes pour faire connaissance, échanger nos prénoms, nous parler de nos vies. Le fait que nous soyons deux inconnus et que nous comptons bien le rester nous aide paradoxalement à ne pas porter de masque, et les paroles que nous échangeons sont empreintes d’une grande sincérité, d’une paix, d’une vérité, d’une compréhension (ou compassion le cas échéant) qu’il est peu courant de croiser au quotidien. Dans ce moment si précieux où la rencontre a vraiment lieu, je mesure la chance d’avoir croisé cet homme-là plutôt qu’un autre. Et puis, après tout, voulons-nous vraiment rester étrangers ?
C’est donc la tête pleine d’images et de souvenirs pour toute une vie que je sors du sauna. Aujourd’hui, j’ai osé, j’ai découvert des aspects insoupçonnés de ma personnalité. J’ai avancé. Comme disait Marguerite Yourcenar « Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison ? ». Eh bien, étrangement, ce sont dans les ténèbres d’une back room qu’une partie de ma prison s’est illuminée… Que me réserve mon avenir anarchique, mon couple moribond et brouillon ? Je ne sais pas, mais ce que je sais, c’est que je serre dans ma main ce petit bout de papier de rien du tout où figure une dizaine de chiffres bien ordonnés, eux.