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Temps de lecture estimé : 7 mn
12/01/22
Résumé:  Une femme trompée accepte tout par amour.
Critères:  fh couple extracon fsoumise cérébral mélo -couple
Auteur : Anaclem      Envoi mini-message
Femme trompée






I’m like a bird.


Anne avait senti la présence de cette autre femme à l’instant même où elle était entrée dans l’appartement. Des odeurs de foutre, des draps tachés de sperme à moitié enlevé, des tasses dans l’évier… Elle ne dit rien et retira les draps du lit ainsi que les serviettes de la salle de bains pour les mettre dans la machine à laver.


Prendre sur soi était de loin la meilleure solution, « faire comme si de rien n’était ». Elle s’était fait une promesse, celle de lui rendre la vie facile à chacun de ses retours à Paris. C’était difficile mais Paolo avait fait son choix. Il avait fait venir cette autre femme dans ce lieu qu’Anne croyait à elle.


Elle avait ensuite passé quinze jours enfermée chez elle, pour réfléchir, pleurer, essayer de comprendre, pour finalement arriver à la conclusion qu’il n’y avait rien à comprendre. C’était ainsi, il n’avait jamais rien dit, rien promis. Anne avait attendu son retour depuis si longtemps qu’elle s’était sentie trahie, bafouée, mais ce n’était que dans sa tête, dans son monde et son imaginaire. Elle avait construit une relation qui n’existait pas.


Rien n’avait été simple depuis le début. Les choses entre eux s’étaient faites naturellement. Paolo rentrait d’un voyage. elle, séparée de son mari depuis peu. Ils s’étaient retrouvés dans le même lit pour des caresses consolatrices. Peu à peu, elle s’était habituée à sa présence mais avait peur de ce que pouvait devenir leur relation. Peur de s’enchaîner, de l’enchaîner, lui qu’elle aimait déjà pour sa liberté, sa façon d’être. Peur de ne pas être capable de remplacer celle qu’il aimait par-dessus tout ; peur de lui, de ce qu’il était capable de faire sous l’emprise de l’alcool. Quand il buvait, ses yeux flottaient par-dessus le monde. Seul un musicien pouvait comprendre la musique qui dansait dans sa tête, il était libre, dangereusement libre : libre de ressentir, d’être tendre ou violent, d’aimer ou de haïr, de dire oui ou non, rien ne l’intéressait plus, ni lui ni les autres. Il ne trouvait de répit que dans la boisson et quand il n’y avait plus de répit, il y avait l’oubli.


Anne aimait les matins d’avant où il la réveillait en faisant courir ses mains sur son corps. Le dos d’abord, puis il se collait à elle et elle sentait son sexe en érection contre elle. Elle n’osait jamais bouger, de peur qu’il s’arrête. Elle ne tournait même pas la tête. Elle le laissait faire tout en frottant ses fesses contre lui. Une façon de dire qu’il pouvait continuer. Il arrivait à la faire jouir chaque fois qu’il la sentait défaillir. Puis elle se tournait vers lui et prenait son sexe dans sa bouche, elle faisait jouer sa langue sur son gland, l’aspirait et le pompait jusqu’à ce qu’il vienne dans sa bouche. Elle avalait son sperme avec délectation, n’en perdant pas une goutte. Avec lui, c’était tendre, calme. Il ne l’avait pénétrée qu’une seule fois, le reste n’étant que caresses, baisers, câlins furtifs.


C’était désormais fini, juste le droit de dormir dans le même lit, pas de frôlement, pas de caresses. À ses côtés, elle crevait d’envie mais ne disait rien car elle avait peur qu’il lui enlève ce dernier bonheur. La dernière fois qu’ils avaient fait l’amour, ce fut fait avec tant d’ardeur qu’elle avait été marquée dans son âme et dans son corps. Il lui suffisait de repenser à ce moment pour sentir son entrejambe se mouiller, son cœur s’accélérer. Paolo regrettait, elle non. Anne avait pris ça avec le plaisir et la souffrance qui avait suivi, deux sentiments pour le prix d’un.


Anne avait mis des mots sans se soucier des conséquences, des mots de sa propre réalité si longtemps enfouis au fond de sa gorge. Elle ne maniait les mots que depuis peu et n’avait pas conscience de leur pouvoir. Mettre des mots sur les sentiments, sur les actes donnait à Paolo l’impression d’être en prison. Alors que pour elle, c’était juste une façon d’essayer d’être honnête envers elle, pas de prison dans sa tête. Juste comprendre, juste des mots dits au jour le jour en fonction de ses sensations, de ses sentiments, mots de colère ou d’amertume, mots oubliés une fois qu’ils avaient passé la barrière de sa bouche, mots rassurants ou mots d’amour déguisés. Pour lui, la cage s’est refermée, pour Anne, elle s’ouvrait car elle croyait être aimée et ça lui donnait un sentiment de liberté. Comme un bateau qui part et qui peut revenir à son port d’attache à tout moment sans se perdre. Elle aussi avait peur des cages et des contraintes, c’est pour cela qu’avant Paolo et pendant, toutes ses relations s’étaient terminé dans les larmes. Larmes de regret, de dégoût envers elle-même et de colère envers cet autre qui n’avait pas su la comprendre.


Avant son départ, un autre départ, Paolo avait accepté de partir avec elle à Londres pour trois jours. Histoire de changer d’air, peut-être avait-il senti que son appartement était de plus en plus étouffant pour elle, que partout, elle voyait l’autre, celle qu’il allait retrouver plus tard. Anne pleurait en cachette dans les toilettes puis remettait sur son visage le masque de la joie et de la bonne humeur pour ne pas gâcher leurs derniers instants. Il n’aurait pas compris pourquoi malgré tout elle recherchait sa présence, il n’aurait pas compris ce besoin de lui. Elle-même ne le comprenait pas.


La première nuit d’hôtel fut terrible, elle avait espéré qu’un changement de cadre, son départ imminent, lui redonnerait du désir mais c’était illusoire, encore une histoire qu’elle s’était racontée dans sa tête. Elle était tellement emplie de désir pour lui qu’elle sentait son clitoris enfler, elle sentait ses caresses et sa main entre ses jambes.


Anne se leva pour aller dans la salle de bain, elle enleva sa chemise de nuit et commença à se caresser les seins, à titiller ses mamelons jusqu’à ce qu’ils se dressent. Puis, elle appuya sur son ventre pour finalement descendre vers son entrecuisse humide. Elle commença à se caresser, à faire pénétrer ses doigts dans son intimité. Seul son pouce continuait à toucher son clitoris. Anne suça alors les doigts de son autre main et la dirigea vers son anus. D’un mouvement rapide, elle introduisit un doigt dans son cul, puis deux puis trois, tout en faisant pénétrer son autre main dans son vagin. Elle jouit sans retenue très rapidement, se leva, se doucha et retourna se coucher à ses côtés. Paolo lui tournait le dos, il ne réagit même pas.

Anne sentit les larmes couler sur ses joues, elle essaya de ne pas faire de bruit mais au premier spasme de sanglot, elle se résolut à se lever et partit se promener dans les rues de la ville. Toujours emplie de désir de lui.


Lorsqu’elle retourna à l’hôtel plus tard, Paolo était déjà réveillé. Il ne lui demanda rien, n’avait jamais rien demandé. Il préférait critiquer sa façon d’être, de dire les choses, de voir la vie, ça s’amplifiait le soir, avec l’alcool. Anne ne savait jamais si le lendemain il se souvenait de ce qu’il avait dit. Elle pardonnait tout, acceptait tout… toujours ce besoin de lui plus fort que tout le reste. Plusieurs fois, elle avait rêvé de mourir avant lui pour se dégager de cette emprise qu’il avait sur elle, mais c’était dans un autre monde.


Il allait bientôt repartir et Anne décida de passer le peu de temps qu’il restait avec lui. Il ne lui accorda pas la moindre attention. Le dernier soir, il sortit avec ses amis sans même lui proposer de venir. Encore une chose qu’ils ne faisaient jamais ensemble.


Paolo rentra saoul à trois heures du matin. Anne lui sourit du fond du lit, juste un sourire de bienvenue. Il a pris ça pour un reproche et les mots ont jailli de sa bouche comme des poignards. Elle était laide, bête, elle le collait et l’étouffait, le faisait vomir. À ces mots, elle se leva pour partir mais il la rattrapa à la porte par les cheveux et la tira jusqu’au lit. Elle gardait la bouche fermée, pas un cri ne sortait de ses lèvres. Il la frappa alors sur le visage, un coup de poing qui procura à Anne une sensation de vertige, un brouillard se forma alors devant ses yeux, brouillard de larmes et de colère.


Pour Paolo, la raideur du corps d’Anne, le silence de sa gorge était meilleur que ses rires et sa joie. Cet acte de désir et d’interdit l’excita au plus haut point. Il la déshabilla violemment, se déshabilla aussi vivement et la pilonna aussi violemment qu’il l’avait jetée sur le lit. Pour sa plus grande honte, Anne sentit son entrecuisse humide, elle l’avait enfin à elle mais le dégoût de lui prit le dessus. Elle refusa sa bouche, tourna la tête pour ne pas sentir son haleine imprégnée d’alcool. Une fois qu’il eut giclé en elle, il se retourna et sans un regard pour elle, il s’endormit. Anne resta là sans bouger, elle ne tira même pas la couverture sur elle. Elle sentait le goût du sang dans sa bouche et n’arrivait même pas à lui en vouloir. Sans doute l’avait-elle cherché ?


Le matin, il se réveilla comme si de rien n’était. Il regarda à peine le visage tuméfié d’Anne. Elle ne dit rien, proposa un café et il partit chercher les croissants. La journée se déroula tranquillement. Chacun vacant à ses occupations, ils s’adressaient des banalités… lui parlait de son retour dans son pays d’adoption. Anne se posait la même question que tous les lendemains de beuverie, se souvenait-il ? Vu son comportement, elle pensait que oui car il était gentil mais il ne fit rien pour s’excuser.


Dans l’après-midi, l’angoisse au ventre, elle le conduisit à l’aéroport. Paolo glissa un baiser furtif sur sa joue avant de se glisser sous le portique d’embarquement. Anne n’avait rien dit, rien fait pour le retenir. Elle savait déjà qu’elle ne le verrait plus. Elle retourna dans l’appartement, ouvrit la baie vitrée qui donnait sur la terrasse, se pencha par-dessus la balustrade, regarda le vide et fredonna dans sa tête une chanson entendue la veille. C’est Paolo qui la lui avait fait connaître tout en lui disant que ce serait facile pour elle d’être un oiseau, il lui suffisait de sauter.


Plus rien ne l’atteignait à cet instant, à part cette chanson : i’m like a bird.