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Temps de lecture estimé : 45 mn
30/12/21
Résumé:  Milly reçoit la mission de débriefer tout le monde impliqué dans la « bataille aux cinq espions » et dans la mission dit « de l’Aristo ». Elle a la conviction que ces deux dossiers sont liés… mais les antagonistes ont d’autres projets.
Critères:  #policier #travesti fdomine contrainte fellation attache
Auteur : Samir Erwan            Envoi mini-message

Série : Une licorne sur le corps

Chapitre 03 / 04
Entre espionnage et western

Résumé de l’épisode précédent :

L’espion-narrateur, qui se travestit en Milly, est devenu amoureux de Malika, ce qui le chamboule complètement. Doit-il tout avouer, lui dire qu’il est un agent du renseignement en infiltration ? Doit-il se dévoiler, l’informer de son penchant pour le travestisme ?

Au final, il se livre, et décide d’écrire toutes les histoires qu’il a vécues.

Entretemps, il a participé à une mission, à New York, où il devait remplacer au pied levé William, pour voler des documents à l’Aristo.

Et une violente bataille a eu lieu dans la maison de Charlène : personne ne sait pourquoi.







– 18 –


Quelques jours après m’être complètement dévoilé à Malika – à la toute fin de cette aventure en fait – je me suis mis à écrire, comme nous en avions causé au lit, après la bataille dans l’appartement de Charlène. J’y racontais ma vie, mon œuvre, ces balises qui jalonnent une existence. J’ai écrit « 1000fleurs » en quelques jours. J’ai réfléchi plus longtemps pour savoir comment j’allais aborder « Secret de mission », mais je crois avoir enregistré cette histoire en une nuit, dans l’ordinateur. J’avais attaqué « Jalousie et meurtrière » en parallèle, je l’ai finalisé peu après.

Malika me posait des questions sur mes avancées, j’éludais la question : « Je te ferai lire plus tard. », car cette aventure n’était pas terminée encore. Et je voulais la relater dans le détail.



– 19 –


Trois jours après « la bataille des cinq espions », comme nous nous sommes plu à nommer la violence survenue dans l’appartement de Charlène, une femme est assise devant un homme, dans une planque secrète du Service. Un de ses talons hauts noirs pendouille au bout des orteils de son pied droit. Ses jambes croisées sont fines, à peine voilées par des bas à résilles larges, à jarretière élastique à mi-cuisse qu’elle laisse paraître. Sa jupe courte, ample, rouge, est surmontée par un top blanc, sexy et serré sur son ventre plat. De petits seins bien ronds sont suggérés. La femme appuie son coude sur l’accoudoir du fauteuil confortable, la main au menton. Ses cheveux, lissés sur le côté, touchent son épaule. Elle fixe son interlocuteur devant elle de ses yeux perçants, sous un doux maquillage subtil.


L’homme, habillé tout de noir, nonchalamment assis, les jambes larges comme s’il veut mettre son entrejambe en valeur, a le visage amoché de celui qui a reçu des coups. Un œil sombre, une plaie à la lèvre. Mais il sourit tout de même, reluquant la femme devant lui, comme s’il se sentait en position de supériorité.

Lorsqu’il est entré dans la planque, escorté par un agent du Service, il a regardé partout, mais la femme l’a invité directement à s’asseoir. Il a obéi tranquillement, zyeutant les jambes de la dame qui allait le débriefer. Il a cherché du regard les zones sombres de la planque, les plafonds, les angles des murs. Puis a regardé l’agente devant lui.



L’agente en jupe rouge a nié de la tête en amorçant un petit sourire :



L’homme a hoché la tête, s’est assis confortablement, a écarté les jambes. La femme, attentive à tous les gestes qu’il effectuait, a remarqué sa nervosité malgré ses allures de je-m’en-fichisme. Elle commence l’entretien :



Il évite le regard de la femme, cherche ailleurs dans la planque, cherche quelque chose à répondre, revient vers elle, longe de ses yeux les jambes aux bas résille, la jarretière élastique à mi-cuisse, les petits seins. Il sourit avant de déclarer, goujat :



William a confiance en lui et en son charme, qu’il ne manque pas d’ailleurs. Mais cette fois-ci, il joue de son charisme sans tactique, à la volée. La femme ne relève pas et n’est pas choquée par la boutade emplie de sous-entendus sexuels. Elle fait seulement un petit sourire et encourage l’homme devant elle, intéressée par la défense qu’il veut emprunter :



La mince agente en jupe rouge hoche la tête, quelque peu surprise par la technique de drague de William pour faire dévier le sujet. Celui-ci reluque sans se cacher les jambes de l’agente. Il sourit, sûr de lui, écarte les jambes, relax, exhibant presque son entrejambe sous son jeans.



La femme en jupe rouge esquisse un sourire de manière curieuse tout en hochant la tête de gauche à droite, démontrant une forme d’exaspération :



Ce n’était pas pour ce dossier que William avait été convoqué, c’était pour « la bataille aux cinq espions » : il s’était fait prendre à attaquer une collègue. (Mais comme les deux affaires étaient liées, je m’étais dit qu’il valait mieux éviter « la bataille » et engager les hostilités avec l’Aristo.) La réaction de William est cette fois-ci une surprise non feinte. Bien qu’il soit bien formé, et probablement un bon agent, il ne peut réprimer une sorte de soulagement à l’idée que la femme devant lui n’aborde pas la bataille chez Charlène.



Il acquiesce, stoïque un court moment, réfléchissant probablement au quart de tour aux conséquences que tout cela peut avoir sur sa carrière, et sur certaines informations qu’il a en sa possession. Puis il reprend ses esprits, fait un sourire ravageur (je comprends l’attirance qu’avait pu avoir Raïssa envers lui) et réattaque la femme devant lui, aguicheuse et laissant paraître son porte-jarretelles :



Ses yeux montrent le lit qu’il y a dans la planque du Service, non loin du salon où se tient l’entretien. La femme ne s’indigne pas :



Milly se penche ensuite vers le micro sur la table basse, décroisant ses cuisses et laissant entrevoir le décolleté de son top blanc, semble cliquer sur le bouton « Enregistrement » de l’appareil, puis récite à destination des analystes le jour et l’heure :



Et comme Milly reprend place sur son fauteuil, William touche sans vergogne son sexe par-dessus son jeans, et envoie des petits baisers soufflés à l’agente devant lui, tout en montrant de ses yeux le lit dans l’autre pièce. Y a-t-il vraiment des femmes qui tombent dans ce piège à la con ? Pendant ce temps, mon téléphone enregistre tout ce qui se passe et l’envoie à une complice, en « live ».



– 20 –


Une heure plus tôt, les pas de Milly claquaient sur le trottoir d’une avenue commerciale. Les rayons du soleil matinal filtraient à travers les feuilles des arbres urbains et la petite brise se faufilait entre ses jambes. Sur ses talons, elle faisait de longues enjambées tout en roulant des hanches. Elle ne pouvait faire autrement, c’est de cette manière qu’elle avait appris à marcher avec des talons. Avec cette sexytude, les hommes se retournaient sur son passage. Elle allait altière, presque arrogante, remarquant du coin de l’œil les regards des promeneurs comme elle, mais en les ignorant. Milly était seule dans son monde, fière de marcher dans les rues de ma ville en plein jour et que personne ne remarque la supercherie. Au contraire. Le passing de Milly était parfait.

À un point tel que de l’autre côté de l’avenue, elle a entendu quelqu’un crier son nom : « Milly ! »

Elle s’est arrêtée pour voir Jojo traverser la rue, tout heureuse de la revoir. Jojo, la travailleuse sociale qui faisait partie de son cercle intime du Saloon, avec Marco et Freddy, lorsque Milly fréquentait le Village. Jojo comprenait le genre de Milly :



Milly a haussé les épaules, a rétorqué que son boulot lui demandait beaucoup, qu’elle avait peu de temps, qu’il lui fallait se lever tôt le matin :



Milly avait déjà fait trois pas pour continuer sa route.



Milly s’est retournée pour regarder Jojo. Cette dernière semblait dans son rôle de travailleuses sociales qui vient en aide aux LGBTQIA+, et non dans celui de l’amie de Milly, avec qui elle pouvait prendre des bières ou du vin en tentant de refaire le monde et l’histoire du Genre.



Milly est retournée vers son amie, elle l’a prise dans ses bras avec une tendresse de réconfort. Jojo en a profité pour lui chuchoter :



Je lui ai alors grandement souri en la regardant dans les yeux, et Milly a rétorqué :



Milly lui a envoyé un baiser soufflé de sa main en partant, et Jojo lui a regardé le cul, car elle avait toujours été attirée par Milly, dont elle ignorait qui se cachait dessous… Si Jojo eût été une espionne, elle aurait suivi Milly qui poursuivait sa déambulation diurne à travers la ville, ne serait-ce que pour savoir où elle se rendait et peut-être pour découvrir son métier. Mais Jojo était une travailleuse sociale et elle a regardé partir son amie en soupirant. Peut-être la reverra-t-elle un soir au Saloon ?



– 21 –


Milly avait rendez-vous. Elle avait reçu une mission, la veille. Elle aurait pu décliner. Mais elle l’a accepté sans rechigner. Avec crainte, oui, mais avec courage.

Alors que Malika et moi supervisions les déménageurs trimballant nos cartons et nos meubles de mon ancien appartement au camion, puis à notre logis commun, j’ai reçu la visite de Raïssa. Elle s’est immobilisée les bras croisés, observant le travail d’hommes en sueur et dédaignant Malika qui demandait aux employés de poser ce meuble dans la chambre du fond. J’ai été surpris de voir mon agente sur les lieux et j’ai été la rejoindre, après avoir déposé un carton dans la bibliothèque.



Nous avons rapidement marché sans parler avant de tourner dans une ruelle. Mes sens d’agent opérationnel sont instinctifs, j’ai regardé à gauche, à droite, dans le miroir d’une voiture pour vérifier que nous n’étions pas suivis. Raïssa a fait descendre une échelle menant au toit d’un bâtiment voisin, nous avons grimpé prestement, elle devant moi, et j’ai eu le temps de jeter un œil à son cul musclé. Bien que je sois amoureux de Malika et que j’ai pris l’initiative – sans l’aval du Service – que nous aménagions ensemble et que la perspective d’une vie à deux se faufilait, Raïssa, sa personne, son esprit, son intelligence, son imagination, son corps, ses fesses, ses seins, ses yeux, tout m’attirerait toujours… !

Sur le toit, Charlène, Richard, en pleine discussion. Richard toujours aussi rond, bedonnant, avec son pantalon et sa chemise trop ample et Charlène, toujours aussi fine et sexy dans son jeans serré. Raïssa et moi n’avons pas entendu ce qu’ils se disaient, mais Richard nous a interpellés dès notre arrivée :



Charlène et Raïssa ont hoché la tête en même temps. Richard a pointé un doigt rageur sur moi :



J’ai souri avec un air narquois et angélique :



Richard s’est détourné et a fait trois pas, les mains sur les hanches, expirant et inspirant, en sueur. Puis de nouveau vers moi :



Charlène a pris la parole, interrompant l’ambiance qui allait s’électrisant :



Richard m’a regardé dans les yeux. Son regard, habituellement doux, avait une teinte d’acier, dur et froid. Il a soufflé tranquillement, a baissé la tête, a botté dans un caillou :



Je n’ai pas relevé, mais j’ai additionné dans ma tête les sentiments que j’avais envers Raïssa, qu’elle avait pour moi, et ses réactions envers Malika lorsque nous étions dans l’appartement de Charlène, après la bataille : Raïssa était jalouse ! J’ai dit à Richard :



Richard est resté songeur un temps, les mains toujours sur ses hanches en embonpoint, en râlant un : « Ouais, ouais… ». Charlène restait coite, Raïssa aussi, je me demandais ce que je faisais sur ce toit avant que Richard n’aille droit au but. Il a prononcé mon nom :



Je me suis retourné vers Raïssa, qui hochait la tête subtilement, voulait me dire : « Accepte, accepte… » les yeux pleins d’espoir. Richard a continué :



J’ai baissé la tête, donné un coup de pied dans le même caillou que Richard précédemment, ai rapidement réfléchi :



Charlène est alors intervenue :



J’ai hoché la tête, songeur. Je n’avais plus eu de nouvelle de Juliette depuis notre séjour à New York, dans cette mission étrange dite de l’Aristo. Raïssa a alors déchiré le voile :



Richard a acquiescé, stoïque. Charlène est restée immobile comme si la question ne la concernait pas, et moi, je me suis tourné vers Raïssa :



Raïssa s’est avancée vers moi encore en hochant la tête subtilement, m’a glissé un papier dans la main tandis que Richard regardait ailleurs, réfléchissant avant de prendre une décision.



Richard s’est alors croisé les bras et m’a regardé d’un air curieux :



Richard avait son œil pervers, l’œil de celui qui voulait garder les fichiers vidéo des trop nombreuses baises enregistrés dans mon AirBnB de la tour Elizabeth. Je n’ai pas répondu à sa dernière phrase :



Sur le papier que Raïssa m’avait glissé dans la main : « rdv demain matin, 6 h, ton ancien appart ». J’ai couru vers mon nouvel appartement et les déménageurs semblaient avoir presque terminé leur travail. Malika m’a reçu comme une mégère :



J’ai tenté de la raisonner, une amie m’avait demandé de l’accompagner :



Les déménageurs, qui avaient fini leur boulot, rigolaient et se donnaient des coups de coude devant la scène de ménage que Malika et moi offrions. Notre vie commune commençait bien !

À travers les cartons empilés et les meubles mal placés, Malika et moi avons pris nos aises et la crise est rapidement passée. Une bouteille ouverte, des cartons éventrés à la recherche de coupes et de disques de musique, Malika et moi avons apprécié cette nouvelle douceur, avec l’angle de la lumière, le chant des oiseaux, le vin était bon : il était inutile de nous engueuler pour des broutilles.



Et je l’ai prise debout puis en levrette, à travers les cartons empilés, et les cris de Malika m’ont fait sourire : les nouveaux voisins apprendront bien à nous connaître !



– 22 –


Tôt le lendemain matin, j’étais de retour dans mon ancien appartement qui était redevenu une simple planque du Service. Raïssa y avait dormi, en témoignait le tapis de sol et le sac de couchage. Le reste de l’appartement était entièrement vide : j’étais parti avec tout le mobilier.



Elle a fait du café et m’a expliqué les tenants et aboutissants de la mission confiée à Milly. Je me suis transformé, elle m’a aidé, nous avons rigolé, ressassé quelques souvenirs, elle m’a questionné tandis qu’elle peignait mes cheveux :



Nous avons ri, elle s’est accroupie pour me regarder dans les yeux, j’avais envie de deux choses : soit de l’embrasser, soit de lui dire : « Suce ! » en sortant mon chibre. Je n’ai fait ni l’un ni l’autre, Raïssa me souriait et c’était suffisant :



Avant qu’elle ne sorte de la planque du Service, Milly s’est retournée vers Raïssa, quelque peu anxieuse :



Milly est donc sortie dans les rues, a rencontré Jojo la travailleuse sociale qui lui a confirmé que son passing était parfait, a bifurqué dans une ruelle avant de traverser un parc puis de s’engouffrer dans une autre ruelle. Quelques chats ont fui derrière les poubelles lorsqu’ils ont entendu les talons de Milly claquer le bitume. Puis elle s’est arrêtée pour observer : les arrière-cours typiques des quartiers résidentiels de la Métropole, des clôtures grillagées, des murs de briques rouges, grises, ou peintes de couleur pétante. Personne à l’horizon, aucun gamin jouant au ballon. Des voitures stationnées, personnes à l’intérieur. Le calme d’un jour de semaine, les oiseaux volant entre les fils des poteaux électriques, un chien aboyant au loin, trop loin pour être inquiétant.

Milly a continué sa marche, s’est avancée vers la seule cour de la ruelle cachée par des murs bétonnés, a ouvert le portail en métal qui n’a fait aucun bruit sur ses gonds, avant de refermer derrière elle. Deux hommes l’observaient, intrigués. L’un d’eux, debout, une cicatrice au menton, avait sa main cachée dans un blouson, il tenait assurément une arme. Milly lui a souri et s’est tournée vers le second homme, assis à une table de pique-nique, qui lui a demandé :



Le second agent, gardant sa main sur son arme à l’intérieur de son blouson, a reculé d’un pas devant le passage de son collègue et de Milly le suivant.

Un appartement standard, une table ronde, quatre chaises au centre de la cuisine, une machine à café. Un salon fonctionnel, un canapé, une table basse, une télévision. Un couloir sombre, trois portes.



Alain semblait avoir la trentaine, brun, barbe en broussaille, cheveux en pétard, une sorte de hipster pouvant fréquenter le Ninnata musica. Il regardait Milly en tant que professionnel : il avait le mandat d’aider cette agente à ce que le débriefing des « détenus » se passe bien.



Milly a hoché la tête et a souri à Alain :



Et Milly est entrée dans la chambre de débriefing sans un autre regard pour Alain qui, pour la première fois, est sorti de son rôle d’agent opérationnel pour être ébloui par la prestance de cette petite femme d’une quarantaine d’années qui semblait sûre d’elle et qui l’avait charmé en quelques mots, quelques gestes…



– 23 –


Le deuxième homme que Milly a rencontré lors de cette mission de débriefing était Nicolas, celui que j’ai toujours surnommé le Grand Dadais. Il était mon distinguo au magasin de disque, je devais m’y référer. Nicolas avait déjà rencontré Milly, dans un hôtel d’un pays du sud : il s’était laissé prendre dans un piège et j’avais pu récupérer de nombreuses informations.

En toute honnêteté, il ne m’avait jamais impressionné. Nicolas devait être le fils, le filleul ou le gendre d’un quelconque Supérieur du Service et avait gagné sa place par piston. Il était un mauvais agent, facile à manipuler.

Quelle n’a pas été sa surprise lorsque, escorté par Alain, il est entré dans la chambre où, debout, une main sur la hanche, Milly l’attendait. Il a stoppé net sa marche, a regardé Milly, les yeux estomaqués, en bafouillant : « V-v-v-vous ? » Milly a acquiescé, un doux sourire aux lèvres :



Alain a lancé un regard à Milly signifiant un : « Ça va ? », Milly a acquiescé, Alain a fermé la porte, laissant un Nicolas confus, regardant le fauteuil où Milly l’avait convié, le micro au centre de la table basse. Il a aussi remarqué les quelques gouttes de sang sur la moquette… puis, sans faire d’histoire, comme un mouton mené à l’abattoir, il s’est dirigé vers le fauteuil et s’y est assis, résigné. Pauvre Nicolas…

Milly a tranquillement lissé sa jupe sur ses cuisses avant de s’asseoir en croisant ses jambes. Nicolas évitait de les regarder. Il y revenait toujours. Milly a souri. A pris une respiration sensuelle tout en le fixant. Puis, tout comme avec William, l’agent qu’elle avait rencontré avant, Milly s’est penchée vers le micro sur la table basse, décroisant ses cuisses et laissant entrevoir le décolleté de son top blanc. Elle a récité le jour et l’heure :



Milly s’est redressée, a de nouveau tenté de capter le regard de Nicolas :



Milly a souri d’un côté du visage, contente de son effet, devant un Nicolas troublé.



Ce dernier a regardé dans la pièce au loin, puis de l’autre côté, ignorant la présence de Milly avant de hocher la tête de haut en bas rapidement.



À cette question enfin, Nicolas a regardé les yeux de Milly : il était surpris, confus, ne comprenant visiblement pas où l’agente devant lui voulait en venir. Il a pu le formuler :



Milly s’est levée, en lissant sa jupe sur ses cuisses lascivement, puis en contournant la table basse. Nicolas l’a regardé se lever, complètement figé, la bouche mi-ouverte, hypnotisé. Il a bégayé :



Milly s’était agenouillée devant lui, entre ses jambes, alors qu’il tentait de terminer sa phrase. Avec un doux sourire engageant, elle a levé le visage vers lui, tout en lui touchant le pantalon :



Milly venait de déboutonner son pantalon, puis elle a parlé plus fort pour que le micro n’enregistre pas la fermeture éclair qui descendait.



Milly avait engouffré sa main dans son pantalon et avait sorti son sexe. Elle en avait eu envie depuis qu’il était entré dans la pièce de débriefing. Même si au fond d’elle, Nicolas était considéré comme un dadais incompétent, elle se souvenait qu’elle avait bien aimé lui offrir une fellation dans cet hôtel du pays du sud. Son sexe n’était pas si long, mais il était large, ferme, elle avait dû bien ouvrir la bouche pour le prendre. Et quand, accompagné d’Alain, Nicolas était entré dans cette pièce de la planque, un peu gauche, un peu niais, Milly avait salivé, elle venait de trouver la manière la plus facile pour l’amadouer. Et de se satisfaire en même temps.


Alors qu’elle suçotait son gland sans faire de bruit, elle songeait : « Se servir du sexe pour obtenir des renseignements ne fait pas partie des opérations les plus nobles de l’espionnage. Raïssa obtenait-elle des infos de cette manière ? Et Charlène ? Et MOI ? », mais Milly s’en fichait au final de ces réflexions : elle n’était pas fichée dans le Service, elle n’existait même pas. Et Nicolas déballait tout sans chercher ses mots. Milly l’encourageait de temps en temps en quittant son sexe, en le regardant tout en continuant à le masturber, et en lui posant quelques questions. Nicolas a tout avoué. Comme prévu.



– 24 –


Obtenir des informations avec William, le premier agent que Milly a rencontré, avait été quelque peu différent. Cela n’avait pas été aussi simple et facile qu’avec Nicolas, bien que certains gestes aient été les mêmes.

Avec William, après que Milly se soit penchée vers le micro sur la table basse, décroisant ses cuisses et laissant entrevoir le décolleté de son top blanc, après qu’elle ait récité à destination des analystes le jour et l’heure :



William touchait son sexe sans vergogne par-dessus son jeans. Il envoyait des petits baisers soufflés à l’agente devant lui, tout en montrant de ses yeux le lit dans l’autre pièce. Milly a pensé : « Y a-t-il vraiment des femmes qui tombent dans ce piège à la con ? » Elle a joué le jeu voulu par William. Avec un petit sourire empli de sous-entendus, Milly s’est levée de son fauteuil toujours en lissant ses cuisses. Tranquillement, pour attiser un certain désir que William s’imaginait, elle a fait quelques pas vers lui. Rendue à ses côtés, alors qu’il la regardait d’un œil surpris de convoitise et que sa ruse absurde ait fonctionné, Milly a caressé délicatement son épaule de ses doigts.



En même temps, Milly lui caressait les cheveux puis s’est faufilée derrière le fauteuil que l’agent du Service Action occupait. Milly avait tout prévu. Debout derrière lui, elle lui massait les épaules tendrement alors que William récitait :



Et en quelques secondes, Milly a saisi les bras de l’agent, soudainement surpris. Elle les a rapidement ramenés derrière le dossier du fauteuil puis les a enferrés dans deux anneaux qui se sont refermés sur ses poignets en un « clac » retentissant. Ces anneaux étaient liés au dossier du fauteuil, William y était arrimé :



William ne se sentait plus en position de force, garrotté au fauteuil face à une petite femme qui semblait avoir un but caché.



Milly n’a pas répondu. Elle a plutôt cherché dans son sac à main un objet qu’elle a caché derrière son dos comme une gamine avant de revenir vers William, les jambes écartées, les bras attachés. Elle a rigolé tout en s’agenouillant puis en dégrafant son pantalon d’une main experte. Dans une autre vie, Milly avait déjà vu le sexe de William, alors que Raïssa chevauchait son visage sur un lit d’une chambre d’hôtel à New York. Cette queue lui avait fait envie et vu la réaction de cet agent trop sûr de lui, Milly avait décidé de passer à la manière forte.

D’ailleurs, quelques heures avant, Raïssa lui avait glissé, les yeux pleins de fureur : « Si tu as à le torturer, n’hésite pas ! » Milly avait tout prévu.


Le pénis de William a jailli de son pantalon et Milly a feint un petit cri de surprise, mettant sa main devant sa bouche. En effet, il était beau cet engin, mais son propriétaire en était trop fier. Large et long, solide et en veine, circoncis, un beau gland rouge qui pourrait être tout doux sous la langue… mais Milly avait d’autres intentions. Pendant ce temps, observant les gestes de Milly, William ronronnait du plaisir s’approchant, de plus en plus excité : « Rhooo rhooo, ouais… » Puis, en l’espace de quelques secondes, cette belle queue s’est fait entourer par des dents de Kali : un anneau possédant douze dents qui se sont plantées dans la fine peau de sa verge. William s’est mis à hurler !

Et Milly n’avait jamais déclenché le mode « Enregistrement » du micro posé sur la table. Le seul enregistrement existant était celui de mon téléphone, qui transmettait en « live » les discussions au téléphone de Raïssa. Raïssa, actuellement aux aguets, probablement, écoutant tout ce qui se passait dans cette chambre. Elle devait sourire en entendant William beugler. Milly a regardé vers la porte, soudainement inquiète : parfait, Alain l’avait écouté, il n’était pas entré dans la chambre.


Milly s’est relevée, fière de son coup, alors que William la suppliait de la libérer, des larmes dans les yeux, les bras attachés derrière le dossier du fauteuil, la bite à l’air, entourée par ce cockring à piques. Malika avait acheté ces dents de kali sur un coup de tête. Pour moi. Nous ne nous en étions jamais servi. J’avais refusé. Puis je l’avais chipé.

Milly s’est penchée vers le visage de William, un sourire malicieux aux lèvres, a planté ses yeux dans les siens et du doigt lui a caressé le bout du gland :




– 25 –


Les deux agents qui nous ont attaqués chez Charlène, Nicolas et William, tout ce qu’ils ont dit à Milly lors de ces interrogatoires, je le savais déjà. Raïssa me l’avait raconté à l’aube du même jour, alors qu’elle m’aidait à me transformer en une Milly stupéfiante qui devait jouer un rôle en plein soleil. J’étais assis, elle était accroupie et m’aidait à attacher le porte-jarretelles.


Alors que j’enquêtais sur MoonWar, l’un de nos informateurs, appelons-le X, m’a transmis un message. J’appréciais bien travailler avec X : il était direct, ne tentait pas de m’embobiner avec une suite de détails qui ne faisaient rien avancer, il prenait l’argent sans rechigner, ou sans avoir de remords de conscience de « trahir » son pays ou quoi que ce soit. Non. X rapportait des infos brutes, acceptait la rémunération proposée, n’était pas gourmand. Oui, j’appréciais le rencontrer chaque mois pour collecter ce qu’il avait à dire. De plus, il ne tentait pas de flirter avec moi. Il était un pro. Nous le connaissions sous toutes les coutures et savions qu’il était aussi informateur pour un autre pays.



Donc, sachant aussi qu’il donnait des infos à un autre pays, je l’utilisais avec parcimonie pour désinformer nos concurrents. Je ne sais pas si X était dupe à ce jeu, mais il prenait l’argent de tous les râteliers. Et avec les infos qu’il nous rapportait, les membres de mon équipe et moi faisions bien attention à ne pas tout gober. L’ennemi – pardon, je sais, nous ne sommes plus en Guerre Froide, le Service concurrent, plutôt – agissait peut-être de la même manière avec nous que nous avec eux, peut-être tentait-il de nous désinformer aussi… Anyway…



Jusqu’au jour où X m’a transmis un message différent. Il m’affirmait qu’un agent étranger souhaitait nous rencontrer.


  • — Pourquoi ? je lui ai demandé.
  • — Il a des infos, qu’il m’a dit. 

Alors j’ai suivi le canal de communication lorsque nous avons de tels renseignements. Les boucliers se sont levés à tous les niveaux, nous devions analyser la situation, X était déjà affublé du titre de « désinformateur » ! J’étais plutôt curieuse de ce qu’il pouvait nous apporter. Alors que la Direction ne voulait rien savoir de ce supposé agent étranger qui voulait nous rencontrer, j’ai tout de même pu manœuvrer pour obtenir une première rencontre :


  • — Je serai prudente, ai-je dit.

Et j’avais raison, au final.


Raïssa me racontait tout ça alors qu’elle scrutait les pores de ma peau, appliquant un fin maquillage sur les joues, mes lèvres, coiffant les cheveux pour que Milly ait l’air plus crédible que d’habitude. J’appréciais cette attention, car Milly sort de nuit, où tous les chats sont gris. À la lumière du soleil, on voit les imperfections.


L’informateur X a donc pu organiser un rendez-vous. Je devais me rendre dans son propre pays…



Je devais me rendre donc aux States, pour rencontrer l’agent étranger. Mon équipe avec qui je travaillais sur MoonWar m’a fourni deux surveillants, mais nous avons désinformé le Comité d’Action, car je ne souhaitais pas qu’il envoie l’artillerie lourde. Sachant que l’agent étranger choisissait le lieu et l’heure de rendez-vous, j’étais certaine que Richard aurait refusé net toute rencontre. « Trop dangereux, trop de variables, trop de ci, trop de ça.



Elle s’est penchée pour me regarder dans les yeux. Qu’elle était belle ! La profonde noirceur qu’elle cachait dans son regard :



J’ai acquiescé alors qu’elle s’était remise à boucler mes cheveux, elle a continué :


L’Aristo m’attendait dans une chambre d’hôtel. La première fois, nous nous sommes vus que trente minutes. Nous avons fait connaissance, je lui ai demandé pourquoi il voulait divulguer des renseignements, il m’a donné des dossiers sans offrir de réponse claire, nous avons convenu d’une prochaine rencontre. L’analyse des documents fournis a fait hurler de joies nos équipes : on venait de corroborer des renseignements qui relançaient certaines enquêtes au point mort, sur l’Érythrée entre autres. J’ai donc revu l’Aristo, dans un autre hôtel. Nous avons passé plus de temps ensemble, il a fourni de nouvelles données et de nouveau, nos équipes d’analystes ont déclaré, enjouées : « Il ne faut pas perdre cette source ! » En tout, j’ai dû le voir sept fois. Et chaque fois, il fournissait des renseignements qui, après analyse, se révélaient véridiques, de haute importance et irremplaçable. Il travaillait dans un des Services états-uniens et nous prouvait que les States nous espionnaient… Richard, le directeur actuel du Comité d’Action, a été naturellement mis au courant. Il m’a encouragé à « encourager » l’Aristo. J’ai donc suivi les ordres, mais je n’aurais pas dû. J’aurais dû me fier à mon instinct. Parce qu’au final, l’Aristo…


Raïssa s’est tue dans sa narration, se mordant la lèvre, voulant énoncer des phrases, mais je voyais bien qu’elle se retenait de tout dire.



J’ai eu des flashs, des visions de mon visage masculin, des visions de mon visage féminin, des visions de mes visages, ce MOI était où, c’était qui, j’étais qui, Milly était-elle moi, étais-je Milly, est-ce que ? J’ai répété :



Je me suis tu parce que Raïssa était énervée. Elle se promenait dans la planque en se prenant les cheveux, elle respirait avec rage et je savais qu’elle en avait contre ce fichu patriarcat où ces hommes se croient dans le bon droit parce qu’ils sont forts, et matures, et virils ! Je voulais la laisser décanter. Je l’ai arrêté lorsqu’elle a repris le rouge à lèvres pour en appliquer une nouvelle fois sur mes lèvres :



Elle m’a regardé, surprise, étonnée, voyant qu’en effet elle avait terminé ma transformation. Elle a éclaté de rire :



Elle est redevenue opérationnelle en me prenant par les épaules. En me regardant dans les yeux, elle m’a raconté d’une traite :

J’ai appelé du renfort. On m’a envoyé William. Lui et moi nous rencontrions pour la première fois, nous nous sommes plu et avons bien bossé avant mon prochain rendez-vous avec l’Aristo. Le plan était que je refuse les avances de notre informateur et que William, en planque, débarque pour lui faire comprendre qu’on n’agit pas de la sorte avec une femme. Notre plan était simple : nos analystes avaient découvert l’identité réelle de l’Aristo, nous pouvions le faire chanter, nous pouvions… lui faire comprendre que… que ces rapports de domination hommes/femmes ne servaient à rien dans notre monde contemporain ! Mais William et moi nous sommes plantés.

L’Aristo avait sa propre garde rapprochée. Il y a eu fusillade lorsque William a voulu intervenir, nous avons fui. Et tu es arrivé, quatre jours plus tard, à New York, alors que l’Aristo avait repris contact avec moi en s’excusant…

Mais tu es venu avec Juliette…



Raïssa, de nouveau, a éclaté de rire et Milly l’a prise dans ses bras.



– 26 –


Avec des dents de kali autour de sa bite, William pouvait tout avouer. Avec des lèvres chaudes autour de sa bite, Nicolas pouvait tout avouer. Les hommes étaient faciles à manipuler, chacun à leur manière. Le plus difficile restait à faire. Juliette.

Après avoir soustrait les informations de Nicolas, Milly a toqué à la porte quatre fois rapidement, puis deux fois espacées. Alain a déverrouillé de l’extérieur puis a laissé sortir Nicolas, la tête basse.



Nicolas a lancé un regard triste et coupable à Milly qui n’en a fait fi. « Quel minable ce Dadais – même s’il a une belle queue », a-t-elle pensé en avalant sa salive mélangée au reste de son sperme.

Lorsqu’elle a toqué pour faire sortir un William à la queue douloureuse et rougeâtre, Alain n’a pas ouvert de suite. Milly avait détaché le détenu, lui avait remonté le pantalon en lui laissant les dents de kali autour de son membre.



William avait été docile, devait songer au reste de sa vie sexuelle…



Malgré ces encouragements, William aussi avait la tête basse et se tenait l’entrejambe de ses deux mains. Déjà, toute envie de se battre et de se débattre s’était évaporée.

En ouvrant la porte, Milly a remarqué les yeux d’Alain, attendant dans le corridor, inquiet. Milly ne lui a pas laissé le temps de parler en clamant :



Alain a fermement pris par le bras un William confus et défait pour l’enfermer dans la chambre en face. Puis, il est revenu vers Milly, aux aguets :



Milly est restée dans le couloir, les mains sur les hanches, à attendre le troisième agent du Service à débriefer : Juliette. Celle-ci est arrivée avec son assurance naturelle de femme qui se sait belle et qui se sait au-dessus de tout soupçon. Qui sait que personne ne peut rien lui refuser ! Milly est restée de marbre, alors que les yeux bleus tentaient de découvrir qui était cette agente qui la débrieferait et qu’elle n’avait jamais rencontrée. Juliette, plus grande que Milly, a tenté d’imposer sa superbe, étant plus jeune qu’elle, avec ses longs cheveux blonds coiffés en natte le long de son épaule, sa chemisette échancrée et sa jupe courte au-dessus des genoux. Milly a pensé : « C’est une actrice porno ? Ou une Ursulla Andress un peu vulgaire ? » D’un geste du bras, Milly l’a invité à pénétrer dans la chambre :



Juliette a fait une moue de dédain : « On ne me la fera pas à l’envers ! » et Milly a émis un petit rire sarcastique – pourquoi donc y a-t-il de la compétition entre deux femmes de pouvoir ? – avant de la suivre et de fermer la porte derrière elle :



Juliette a obéi sans rouspéter, hautaine, fermée, prête à répondre à toutes questions, mais selon son angle de vue. Milly a songé qu’il faudra faire tomber certaines barrières, alors qu’elle s’asseyait à son tour. Le soleil commençait à se décliner et jetait des rayons d’or à travers les stores. Les stries jaunes chevauchaient les cheveux platine de Juliette, son visage stoïque, son corps ferme, en chaire, ses cuisses… La lumière du soleil couchant tentait de s’immiscer dans le sillon entre ses seins… Juliette était une belle femme et Milly s’en rendait compte. Même qu’un éclair a parcouru son ventre et son entrejambe tandis que Juliette la fixait. Milly a dû se déplacer sur son fauteuil pour ne pas laisser voir l’érection qui pouvait pointer malencontreusement. Juliette la troublait et au fond d’elle, tout au fond de moi, je me faisais du mauvais sang : Milly se trouvait devant la responsable adjointe du Service Action, elle pouvait tant la reconnaître, reconnaître ce qu’il y avait à cacher ! Mais à quoi, Raïssa et Charlène, ont-elles pensé ? Et ce MOI ?

Juliette a plissé les yeux, premier signe de soupçon, puis Milly s’est penchée vers le micro pour démarrer l’entretien :



Juliette, froide statue blonde qui ferait craquer plusieurs hommes, sinon tous, a à son tour lâché un petit rire en prononçant :



Milly s’est redressée, a repoussé sa jupe sur ses genoux en se présentant courtoisement. Juliette a tiqué :



Milly a souri, soudainement sûre d’elle :



Milly a feint de prendre une grande respiration puis a souri de manière diplomatique alors qu’elle remarquait les rayons de soleil descendre sur le corps de Juliette, jouant avec la commissure de ses lèvres, avec les courbes de ses seins. Quelles que soient les barrières que Juliette s’était mises avant de venir à cet interrogatoire, il était temps de les faire tomber et de comprendre, enfin, le nœud du problème.



Juliette a regardé par-delà l’épaule de Milly, comme si elle voulait discerner ce qui se passait à l’extérieur, derrière les stores filtrant la lumière sur son corps. Elle gardait le silence et Milly, attentionnée, attendait…

Cette rencontre avec Juliette n’était pas essentielle dans la séance de débriefing sur la bataille aux cinq espions. Raïssa en premier avait tout raconté à Milly. William avait ensuite corroboré ses déductions. Puis Nicolas le dadais avait tout confirmé.

Alors que Milly avait le sexe de Nicolas dans la bouche, celui-ci ne bégayait plus et déballait tout, disant que ce n’était pas sa faute, que William était venu le voir, lui avait mis de la pression, qu’il avait besoin d’un acolyte sur une mission importante. Milly suçotait son gland et avait murmuré :



Nicolas avait soufflé un grand soupir : William lui avait proposé une bonne somme d’argent pour l’accompagner, cagoulé, dans l’appartement de Charlène. Milly, tout en léchant son méat, avait demandé :



Nicolas avait alors lâché :



Celle-ci s’était ensuite relevée, essuyant sa lèvre : 



Car William, alors qu’il avait les bras attachés derrière le dossier de son fauteuil, la queue enferrée dans des dents de kali et que Milly lui tapotait le gland du bout de son doigt mouillé pour l’exciter de plus en plus, et lui faire mal de plus en plus, William s’était excusé, de plus en plus en souffrance :



Et Milly a continué à titiller le gland turgescent de William :



Finalement, William avait failli dans sa mission de récupérer les documents à New York et avait organisé une opération pour tenter de les récupérer chez Charlène.



Milly lui a libéré les bras, mais a laissé sa bite prise au piège, puis elle lui a remonté le pantalon en le rassurant :



Et toujours plus tôt, alors que Milly se faisait appliquer une dernière touche de fard à joues par Raïssa, celle-ci lui a révélé ce que contenaient les documents que j’avais réussi à voler dans la suite de l’Aristo, tandis que Juliette le divertissait :



Raïssa a baissé les yeux en hésitant à répondre.



Raïssa a relevé la tête, gênée :



Tout le monde craquait pour Raïssa. Même Milly qui aurait voulu la prendre dans ses bras pour calmer son angoisse. Mais ç’aurait abîmé sa nouvelle coupe de cheveux…



Milly a demandé à voir. Raïssa a fouillé dans son sac, est revenue avec les documents que j’avais déjà touchés, a tourné des feuilles, fébrile.

Pendant ce temps, une réminiscence a jailli en flash : Juliette, avec moi, à New York, alors que l’Aristo arrive dans la grande salle. Je m’étais tourné vers Juliette pour l’encourager, mais je l’avais observé. Elle était hypnotisée, surprise, un peu déconvenue. Elle retenait son souffle et ne quittait pas des yeux l’Aristo, cet homme en rouge, au chapeau et à la canne au pommeau d’or.



Tranquillement, elle avait tourné son visage vers la voix qui lui parlait, la mienne. Ses yeux semblaient perdus, sa bouche tombante.



Elle s’était soudainement ébouriffée, m’avait reconnu puis était partie à la rencontre de l’Aristo, diversion pour que je puisse chiper les documents que Raïssa montrait à Milly. Un extrait d’un rapport d’opération écrit par l’Aristo. Juliette y est décrite physiquement. On ne pouvait pas se tromper : « … a beautiful tall woman, blonde, with generous forms, breasts to revive hope, hair so soft : a cold statue… ». Textuellement, c’était Juliette.

L’Aristo déclarait à ses employeurs l’avoir retournée.

Raïssa, Milly et moi nous sommes regardés, estomaqués. Milly ne voyait pas les tenants et aboutissants. Moi, un peu trop, mais j’étais incapable de bouger. Raïssa a alors déclaré :



Ainsi, devant cette espionne double ou triple, alors que le soleil tombait dans le sillon de ses seins, Milly a attaqué une Juliette surprise par le ton masculin que l’agente venait de prendre en disant :



La statue froide et blonde qu’était Juliette avait fait une réapparition, malgré son hésitation. Mais doucement, tranquillement, Milly a remarqué le visage de Juliette se défaire, sa moue habituellement fière tomber, ses yeux se perdre dans la vague, sa tête se pencher, son menton contre son cou puis, Juliette s’est mise à pleurer.

Milly a attendu, quelque peu empathique. Elle avait besoin de confession. Elle observait Juliette, ma Supérieure, pleurer, derrière ce décor de rayons d’or du soleil couchant. Milly était ébahie par le grain de peau de Juliette, convoitait la lumière sur son corps, remarquait de petits personnages-silhouettes marcher sur les stores en ombres. Ces petits personnages – ils étaient deux – qui couraient en noir sur le corps de Juliette s’accroupissaient et s’installaient pour pointer un bâton vers l’agente en sanglot, victime d’un maître-espion. Les personnages-silhouettes n’étaient pas sur le corps de Juliette. Les personnages-silhouettes étaient des ombres. Des ombres en contre-jour. En contre-jour sur le toit en face de notre planque. Notre planque assaillie par des snipers, selon les dires d’Alain.

Milly s’est élancée et a renversé Juliette. Un poc étouffé, un éclat de bois a jailli d’on ne sait où. Des snipers ! Avec des silencieux !



– 27 –


Plus tard, Alain racontera que tout s’est passé si rapidement qu’il n’a pas saisi la dangerosité de la situation. « Par contre, a-t-il ajouté, impressionné, votre agente, Milly… elle, elle a tout compris. Et elle a tout géré… »

Milly s’est immédiatement relevée en restant accroupie. Elle a jeté un œil à la ruelle, entre les stores : deux hommes sur un toit en face, un autre qui mettait en joue Mickaël à la balafre, l’acolyte d’Alain, avec un fusil d’assaut. Mickaël a levé les bras pour se rendre, tenant son arme par le canon, mais l’assaillant en continuant d’avancer vers lui a fait feu. Mickaël s’est effondré et son arme s’est retrouvée vers la porte d’entrée. Milly s’est de nouveau cachée. Une pensée lui a traversé la tête comme une balle perdue : c’est la première fois que je me battrai en jupe, en bas, en femme. Je me sens si nue… Elle a saisi le poignet de Juliette, recroquevillée derrière un fauteuil, et lui a ordonné de la suivre. Juliette a hoché la tête, et s’est laissé emporter par la soudaine vigueur de Milly. Cette dernière a ouvert la porte de la chambre où elle avait passé les dernières heures à interroger des agents et a poussé Juliette dans le corridor. Un nouveau poc et un nouvel éclat de cadre de porte a volé. Alain a recueilli sa Supérieure dans ses bras et Milly a rugi : « Gardez-la avec vous, protégez les autres aussi » en désignant l’autre chambre où étaient enfermés William et Nicolas. Alain a hoché la tête et Milly a continué : « Je m’en occupe ! », elle était déjà partie dans la cuisine.


Alain confiera plus tard, à des camarades « Je l’ai trouvé si belle : ses jambes musclées sous ses bas noirs, son petit corps, sa jupe rouge volant autour d’elle et ses cheveux… Elle a pris la direction des opérations et je me suis dit : elle pourrait prendre toutes les initiatives avec moi, quand elle le veut… »

Milly a récupéré un couteau de cuisine et s’est cachée derrière le frigo, loin des fenêtres, mais près de la porte, attendant que le tueur de Mickaël pénètre dans la planque. Assurément, ils étaient des assassins, et leur but était qu’il n’y ait aucun témoin de débriefing du dossier 9413 : tout le monde y passerait ! De deux gestes rapides, elle a enlevé ses talons hauts pour les laisser dans un coin.

Le tueur au fusil d’assaut a ouvert la porte tout juste après et a fait un pas dans la cuisine, Milly toujours cachée. Bien qu’il ait l’air expérimenté, dirigeant son arme à gauche, à droite, avant de continuer son avancée, Milly a attendu qu’il ait fait deux nouveaux pas avant de viser le côté de son cou avec la pointe du couteau. Ce dernier est entré comme dans du beurre, faisant jaillir du sang et un hurlement de terreur. Milly a seulement eu le temps de laisser l’arme blanche dans le cou de l’attaquant, de tourner la tête vers la ruelle pour voir deux autres hommes s’approcher dangereusement vers la planque, les genoux fléchis, leurs armes prêtes à rugir. Milly a profité de la surprise, s’est précipitée par terre pour récupérer l’arme de Mickaël, de rouler sur elle-même en tirant cinq ou six fois vers les spadassins qui n’ont eu le temps de répliquer, sinon dans les airs, pour rien, en s’affalant. La jupe rouge de Milly, dans ces gestes rapides, s’était relevée sur ses hanches et Alain a observé l’arrondi de ses fesses, sous un slip noir et sexy. Milly s’est redressée et est retournée en cuisine : le premier homme, avec le couteau dans le cou, râlait encore. Milly l’a abattu comme on abat des chevaux avant de demander à Alain :



Alain a hoché la tête. Il dira à ses camarades, plus tard : « C’est à ce moment, quand elle m’a dit ça, que je me suis aperçu que je bandais… vous rendez-vous compte ? En pleine bataille, j’avais une érection ! » Juliette quant à elle était assise par terre, les cheveux en désordre, choquée.



Elle n’a vu aucun des tueurs sur le toit. Elle a vérifié le chargeur de son arme, il lui restait neuf balles. Nouveau coup d’œil, toujours rien, elle est sortie en courant à toute vitesse vers l’autre côté de la ruelle, sans regarder devant, justement franchir cet espace dévoilé, toujours rester en mouvement, ne pas se faire surprendre, courir, s’accroupir derrière des bennes poubelles, essoufflée, en remarquant les échelles si particulières de la Métropole qui donnent accès aux toits. Justement, un des snipers descendait précipitamment, son arme dans son dos. Milly l’a accueilli en bas, en frappant son crâne de sa crosse. L’homme s’est avachi, les yeux exorbités, le sang giclant. Milly a emprunté l’échelle à son tour en bondissant, sa jupe rouge volant au vent.


La suite, Alain a raconté avoir demandé à Juliette de ne pas bouger. Celle-ci a hoché la tête, interdite, son mascara coulant de ses yeux. Alain s’est alors précipité vers la ruelle, a vu les cadavres laissés derrière le passage de Milly, celui avec le couteau toujours planté dans le cou, celui de Mickaël, ceux des deux autres sbires… Puis il a regardé vers les toits : un homme cagoulé, en noir, debout face à Milly, plus petite dont les cheveux virevoltaient dans le vent du soir. Sa jupe suivait le mouvement, flottait autour de ses jambes. Air de western sur le toit, quelques feuilles des arbres qui voltigeaient entre les deux adversaires : un homme robuste, entraîné pour tuer, une arme de poing dans le holster de sa ceinture. Puis une agente, une analyste sûrement, toute féminine, aux cheveux fous et aux petits seins, du sang sur son visage et sa chemisette, une main sur sa hanche, l’autre le long du corps, tenant un flingue.


Alain a dit à ses camarades, plus tard : « Il semble qu’ils aient parlé un peu, quelques paroles. L’agente, Milly, a soulevé le menton, haranguant le chef des provocateurs – c’est eux qui nous ont attaqués ! – qui répondait en tentant de se justifier, les mains devant lui, en signe de paix. Il semblerait que Milly a refusé toute négociation. Elle a fait non de la tête. L’homme a tenté une nouvelle fois de parlementer. Il a enlevé sa cagoule. J’ai remarqué qu’il avait une moustache. Il s’est expliqué de nouveau. Milly a fait de nouveau non de la tête, l’homme a accepté la situation… »

Ils se sont regardés un certain temps, le vent ne cessant de vouloir regarder entre les jambes de Milly. L’homme a approché sa main de la crosse de son arme. Milly a serré les dents. Ne lui a pas laissé le temps. Elle a soulevé son bras, a visé la tête, a fait feu et a fait mouche. Le front de l’homme s’est détaché. La jupe rouge de Milly virevoltait toujours autour de ses jambes et le fracas de l’arme résonnait dans toute la ville.


Milly a retrouvé Alain quelques minutes plus tard. Déjà, les sirènes des voitures de police envahissaient les rues. En même temps, deux fourgons du Service sont arrivés en trombe dans la ruelle. Une équipe de spécialistes de ces cas a surgi d’un des vans et a ramassé les corps pour les empiler à l’arrière du fourgon. Deux d’entre eux sont montés sur le toit, sur ordre de Milly. Ensuite, celle-ci a commandé à Alain d’amener William et Nicolas, toujours prisonniers de la chambre. Milly a récupéré Juliette, toujours immobile.



Juliette abasourdie a regardé Milly. Celle-ci s’est demandé si elle devait lui dire. Elle a opté pour l’affirmation :



Juliette s’est laissé amener, telle une automate. Tous les cinq ont embarqué dans le camion, Milly la dernière. Elle a refermé la porte d’un bruit sec et les deux véhicules du Service ont quitté la ruelle de la fusillade, avant que les policiers, alertés des coups de feu par le voisinage, n’arrivent sur les lieux.


Ils feront une enquête. Mais n’identifieront jamais l’ADN du sang récolté dans la cuisine, dans la ruelle, sur le toit. C’est comme ça, dans les histoires d’espionnage. Il se produit des évènements en coulisse que personne ne peut comprendre. Nous sommes capables d’escamoter la réalité et la refaçonner comme nous voulons la faire voir. C’est un jeu de dupes où chacun peut se déguiser, se transformer, changer d’avis, de veste. Et ce MOI, à l’intérieur de l’homme que je suis, a besoin aussi d’être la femme que je suis. J’ai besoin des deux pour me sentir bien, pour me sentir vivre.

Et dans ce monde d’espionnage et de double miroir, je peux m’infiltrer partout. Je suis plusieurs personnages.