| n° 20661 | Fiche technique | 14784 caractères | 14784Temps de lecture estimé : 9 mn | 26/12/21 |
| Résumé: Quand l’Amour se vit avec des cheveux blancs, imperméable au passage du temps | ||||
| Critères: fh hagé fagée couple amour caresses pénétratio confession mélo portrait | ||||
| Auteur : Mlle Fanchette (Myosotis et Compagnie) Envoi mini-message | ||||
Une main menue appuyée sur le bois patiné d’un vieux buffet de campagne, elle regarde les photos. Toute sa vie est là, toute sa famille : les enfants, les petits-enfants, les arrière-petits-enfants. Ils sont tous là en plusieurs exemplaires et elle les contemple en silence, un sourire serein illuminant son visage parcheminé.
Il apparaît dans l’encadrement de la porte et la rejoint à petits pas.
Il hoche la tête en lui adressant l’un de ses sourires qu’il ne garde que pour elle, en venant se poster derrière elle pour embrasser du regard les clichés. Avec une caresse tendre, il vient poser sa grosse main calleuse de travailleur du bois sur la frêle épaule de sa dentellière d’épouse. Elle se blottit contre lui, à cette place qui a toujours été la sienne.
Elle s’amuse de leur photo de mariage.
Il rit doucement avant de répondre :
Elle sourit et se tourne pour poser un baiser tendrement tremblotant sur la joue fraîche et ridée de son homme. Ensemble, ils se détournent et, bras dessus, bras dessous, l’une appuyée sur sa canne, l’autre sur le mur, ils regagnent à petits pas prudents leur chambre. Comme chaque soir, il lui enlève délicatement sa robe de chambre un peu élimée pour l’accrocher à la patère derrière la porte. Il se déshabille à son tour et accroche la sienne juste à côté, avant de rejoindre le robuste lit qu’il a lui-même fabriqué pour elle, voilà bien longtemps. Elle tapote les oreillers à la fragile lumière d’une antique lampe de chevet au charme vieillot.
Il se glisse près d’elle dans les draps de flanelle à qui l’usure a donné une douceur particulière. Sans même y penser, elle lisse les broderies qu’elle a patiemment cousues, un point après l’autre du temps où ses yeux le lui permettaient. Leurs os craquent tandis qu’ils s’installent confortablement, lui, sur le dos et elle, blottie contre son torse, la tête coiffée de neige vaporeuse nichée au creux du bras de son amoureux. Pensive, elle effleure distraitement la solide chemise de coton blanc pendant qu’il lui caresse lentement les épaules.
Un rire tremblotant la secoue soudain :
Il ferme les paupières en poussant un grognement inarticulé.
Elle appuie un peu plus la tête en égrainant un nouveau petit rire tendre. Sous les antiques fleurs du drap, leurs doigts se cherchent et se trouvent de caresses tendres en chaleureux souvenirs.
Il sourit en lui caressant le dos :
Il s’assombrit soudain et gronde :
À ces mots, elle éclate d’un rire étonnamment frais. Il a toujours aimé ce rire… Certes avec le temps, il s’est fait plus rare, plus retenu, plus fragile mais au fond, c’est toujours le même que lorsqu’elle lui portait à boire à l’atelier dans la gloire de ses 16 ans.
Faisant mine de retrouver son sérieux en regardant ses ongles, elle lance avec espièglerie :
Une fois encore, elle égraine quelques notes, amusée avant de répondre avec un air innocent qui ne cache rien de sa malice :
Il resserre un bras possessif autour de sa moitié :
Radouci, il a repris ses caresses amoureuses. Après un silence, il enfouit son nez dans les mèches vaporeuses de sa femme et avoue dans un soupir :
Rieuse, elle lui fait remarquer :
Elle se redresse tant bien que mal dans le lit pour le regarder et lui fait une caresse tendre sur la joue :
Son œil s’allume et à son tour, il se redresse sur un coude noueux en faisant craquer le bois du lit :
Joignant le geste à la parole, avec d’infinies précautions et beaucoup de douceur, comme si c’était la première fois, il embrasse sa tendre moitié dans le cou, glissant imperceptiblement vers la lisière de la chemise de nuit. Les yeux de sa femme pétillent tels deux joyaux parmi les rides qui gardent l’empreinte de tous ses sourires. Jean les a tous aimés et ce soir, il les salue de baisers, juste là, au coin des joues, sur les fossettes marquées par le temps. C’est si doux, si doux.
Sans hâte, il écarte le drap et déshabille sa princesse en la couvant d’un œil gourmand. Sous ce regard, elle rougit comme une adolescente et tourne la tête avec coquetterie. Il admire cette peau demeurée lisse et soyeuse là où le soleil ne l’a jamais touchée : ses épaules fines, sa poitrine menue, le creux de son ventre, ses cuisses minces,…
Il sourit en se redressant pour se débarrasser de sa chemise qu’il jette au pied du lit sur celle de sa douce amante. Elle glisse ses mains délicates sur le torse encore large de son homme. Les paupières closes, il se laisse faire et elle ne peut douter un instant qu’il profite de ses caresses tant ses traits s’éclairent. Il se laisse pourtant bientôt rouler près d’elle, le corps lourd.
Ils s’embrassent avec une tendre dévotion, leurs mains échangeant mille chatteries galantes, mille voluptés dans une valse lente dont ils modulent à loisir le tempo. Les souvenirs de toute une vie entrent dans la danse et ils goûtent la saveur de chacun d’eux sans le secours du moindre mot.
Ils se connaissent par cœur et pourtant, ils conservent ce besoin de se découvrir, de s’explorer mutuellement avec pudeur et passion, avec tendresse et modestie.
Sans que rien n’ait été calculé, il se glisse en elle dans un soupir de plaisir pour la caresser de plus près encore. Elle referme ses bras blancs autour de lui. Il s’étonne encore de la façon dont ce petit bout de femme si menu réussit à emprisonner un grand gaillard comme lui. Le trèfle qui avait capturé un ours…
Immobile en elle, il sème mille petits baisers sur ses épaules et son cou, ravi des chatouilles délicieuses qu’il déclenche sous la peau de sa bien-aimée. Elle soupire et rit.
Dieu que c’est bon !
Il est heureux là, à sa place, dans un lit comme dans le foin, tout contre elle, en elle.
Antoinette redresse la tête pour mieux s’offrir à son bel amant. Avec patience, il lui fait redécouvrir l’amour, ce sentiment de plénitude quand, de deux, on ne fait plus qu’un.
Elle aussi a appris bien des choses tout au long des décennies de partages, d’embrouilles et de réconciliations. Elle le serre fort contre elle, sentant contre sa poitrine les picotements de la toison qui coure sur son torse. Avec malice, elle vient lui mordiller la peau du cou, là, juste sous l’oreille comme il l’a fait pour elle. Lui aussi est terriblement sensible à cet endroit-là… Elle le marque avec délice d’un suçon en le faisant gémir doucement. Qu’elle aime ce chant qui déclenche tant d’émoi en elle. Elle en retrouve une vigueur nouvelle et ondule sous lui avec plus d’entrain, le poussant peu à peu vers une chevauchée plus libre.
Avec enthousiasme, il la suit vers les grands prés de leurs jeunes années, dans l’odeur sucrée des pins mêlée à celle des feux de joie, parmi les fleurs sauvages, dans le picotement du foin, dans la grange à l’écart des rires et des chants de la Saint-Jean…
La fatigue, le temps, les joies, les peines… Tout ! Tout est aboli dans leur galop tendre, dans leur étreinte merveilleuse à devenir fou et dans un soupir d’extase partagée, ils entrent dans l’Éternité.