- — Oh ! Mais ! Noooon allez, rangez ça !
Émilie fait non de la main en riant et part à la cuisine poser les assiettes. J’adore la voir un peu gênée comme ça. Elle rougit facilement, et là c’est un feu tricolore qui s’est allumé sur son visage quand Clément lui montre, ainsi qu’à tous nos invités, la vidéo très porno d’une fille au milieu de trois hommes.
Bon, forcément, au deuxième cubi de rosé, c’est pas des conversations sur le PIB du Danemark que l’on a en général à un barbecue entre amis au bord de la piscine, mais là, ils y sont allés un peu fort. Ils la connaissent pourtant, ils nous connaissent même.
- — Waaahh !! Ce qu’ils lui mettent !
Si la femme de Clément s’y met aussi… Je suis à mon tour gêné et rejoins Émilie en cuisine en emportant les derniers plats vides. Elle est en train de ranger, et l’espace d’un instant, je la regarde. Après cinq années de mariage, elle m’éblouit toujours comme au premier jour, feu tricolore ou pas. Ses cheveux longs et roux reflètent la lumière quand elle les balance d’un coup de tête sur le côté. Sa petite robe d’été, saumon aujourd’hui, vole avec le courant d’air des portes grandes ouvertes.
- — Aide-moi au lieu de rester planté là, beau gosse !
- — Oui Madame !
On range, essuie, et prépare le dessert. Colonels Poire et liqueur Poire-Williams. Émilie me regarde soudain, avant de verser.
- — T’es sûr pour la liqueur ? Ça va encore les… Bref, ils vont continuer de montrer leurs vidéos… Beehhh ! dit-elle en secouant la tête. Je savais même pas que des filles faisaient ça !
- — C’est juste du porno, et je crois que ça les fait marrer de nous… secouer un peu, réponds-je timidement.
- — Pourquoi ? Ça va, on n’est pas des prudes quand même…
- — Non mais… Enfin, tu vois bien comme ils sont, eux. Toi et moi sommes plus réservés, je pense.
- — Mouais. Tu penses qu’on est prudes, donc.
Je lui prends la pile d’assiettes des mains, la pose, et la serre dans mes bras, son visage face au mien.
- — On est comme on est, et je trouve qu’on fait une jolie paire, non ?
- — Oui ! dit-elle encore un peu bougonne tandis que je l’embrasse doucement. Mais toi, tu… as déjà regardé… des trucs comme ça ?
Je n’ai pas le temps de lui répondre, Leila et Sophie entrent en trombe dans la cuisine.
- — Alors, ça cuisine ou ça copule ici ?
Elles éclatent de rire de leur vanne, Émilie rougit à nouveau, se dégage de mon étreinte et emporte le plateau de glaces à l’extérieur. Je reste planté devant l’évier tandis que les deux furies s’approchent de moi comme deux barracudas d’un banc de petits poissons.
- — Dis donc, Yann, on se demandait avec Sophie si tu rougissais aussi vite qu’Émilie ?
- — Euh… je…
- — Par exemple, la dernière fois que t’as baisé ta femme, tu l’as prise comment ?
Bingo ! Je sens le feu passer au rouge sur mes joues.
- — Waaaahh !!! Ça marche aussi bien ! dit Leila en s’esclaffant à nouveau avec l’autre barracuda.
J’attrape la chantilly comme Lebron James intercepterait au vol une passe et je sors rejoindre la tablée.
**********
Quand je sors de la douche, Émilie est adossée à ses quarante-deux oreillers, sous la couette, un livre devant ses lunettes. Concentrée sur ce qui semble être encore un de ces traités de psychologie, elle tourne les pages pendant que j’enfile un bas de jogging. Je me glisse de mon côté et avant même que je n’aie pu attraper mon livre elle m’interpelle sans quitter sa lecture. Un doublé que je ne saurai jamais faire :
- — Tu crois qu’on rate des trucs ?
- — Là, c’est moi qui ai dû rater quelque chose, lui demandé-je un peu perdu.
Elle pose son livre sèchement, et se retourne vers moi de la même manière.
- — Eh bien, on a un peu l’air de deux bêtas parfois. Moi surtout… j’ai souvent l’impression d’être… à côté de la plaque. Regarde ce midi : je me suis enfuie !
- — Eh bien, déjà on est deux timides, ce qui est assez cool vu qu’on se ressemble et qu’on se connaît du coup.
- — Oui, et tu sais que j’aime que tu me comprennes ! Mais parfois, surtout à côté de nos amis, j’ai vraiment le sentiment d’avoir manqué des étapes, des épisodes à ma propre série ! Eux, ils se marraient de regarder cette vidéo, et moi j’étais gênée comme si c’était moi qu’on avait filmée… Enfin, non, mais… je… Ooooh regarde, même là ça me gêne !
Elle croise les bras et s’enfonce entre le douzième et le vingtième oreiller en fronçant les sourcils. Je m’approche doucement et pose la main sur son bras.
- — Je te l’ai dit à midi, on est comme on est. Deux gros timides. Mais je ne pensais pas que ça te turlupinait autant.
- — J’aime pas être celle qui rougit à chaque vanne.
- — Moi j’aime bien quand tu rougis, t’es sexy.
Elle sourit et ses yeux derrière ses grandes lunettes tombent dans les miens. Elle fronce bouche et nez, mimant une fausse moue bougonne cette fois.
- — Maintenant, continué-je, on pourrait essayer de faire une upgrade de nos OS.
Nos deux regards d’ingénieur en systèmes informatiques et gestionnaire de réseaux se comprennent à la vitesse grand Bit. Elle se redresse, se pose en tailleur face à moi en dégageant la couette.
- — OK. Mise à jour de nos systèmes. Tu vois ça comment ? Vas-y, uploade moi.
- — Là comme ça je ne sais pas trop mais… Bon. OK.
Je la rejoins dans la même position face à elle. Deux yogis prêts à tout sauf à méditer.
- — Déjà, un point sur la version actuelle et ses failles, lancé-je en essayant de concrétiser un plan.
- — OK.
- — On rougit tous les deux à quels types de choses ?
Émilie se concentre et se met à énumérer les yeux baissés.
- — Les situations embarrassantes ; les allusions grivoises sur nous, enfin sur notre vie sexuelle ; les images et les blagues un peu olé olé…
- — Donc, les trois quarts du temps, ça a un rapport avec…
- — Le sexe, l’intimité, termine-t-elle.
- — OK mais quoi d’autre ?
- — Quand on est mis dans une situation de honte.
- — On a honte de quoi, mis à part les sujets olé olé comme tu dis ?
- — Je sais pas… Hmm… La dernière fois pour moi c’était… au supermarché. La caissière était une vraie poissonnière et elle m’a vociféré dessus parce que je prenais trop de temps pour emballer les courses. Je savais plus où me mettre. Et toi ?
- — Un peu pareil. Le garagiste quand il m’a escroqué sur la main-d’œuvre. Quatre heures pour des plaquettes, j’ai pas osé dire quoi que ce soit.
- — On est deux gros nuls, Bébé, dit-elle avec ce regard sur moi que j’aime tant.
On rit d’un coup de nos propres conneries. C’est déjà ça.
- — On fait quoi alors ? continue-t-elle.
- — Eh bien, sur le point confiance face à la caissière j’ai pas d’idée, là. Mais par contre, il y a un sujet sur lequel on peut se pencher.
- — Lequel ?
- — Le cul.
Elle me regarde à nouveau mais cette fois comme quand elle se penche sur un programme en Python : elle ne sait pas où on va, mais on y va.
- — Faut qu’on se mette à jour sur ça, t’as raison, dit-elle. C’est 50 à 70 % de nos interactions au quotidien. Avec les humains et entre nous cher Zaarklib.
- — Tout à fait Zorglub.
Émilie et Yann VS le reste du monde.
- — D’abord, encore un point sur la version actuelle ! démarre-t-elle.
- — Okay.
- — Tu regardes du porno ?
- — Plus depuis qu’on est ensemble.
- — Même à l’hôtel en déplacement ?
- — C’est pas mon truc quand t’es pas là. J’ai essayé quelques fois mais… j’ai coupé assez vite et… maintenant je m’occupe en pensant à toi.
Et c’est vrai, en plus.
- — Et toi ? lui demandé-je à mon tour.
- — Le dernier truc que j’ai regardé c’était avec un copain, un ex, il y a longtemps. Mais bon…
Elle rougit encore.
- — Continue, combat la gêne en restant dans le descriptif, le pragmatique, lui dis-je le plus doucement possible.
- — OK. Donc on était un peu gauche question… tralala. Du coup, il m’avait demandé si je voulais voir des trucs sur les positions et on était allé sur l’ordi de ses parents, dans le bureau. On a regardé quelques vidéos, un moment et… bon, ben ensuite ça nous avait un peu chauffé alors on a arrêté et… enfin, t’as compris, quoi !
- — Eh bien oui, j’ai compris, mais essaye de me le dire.
- — Ça ne te dérange pas que je parle de… d’un ex ?
- — Non, c’est pour faire avancer la science Zorglub.
Elle rit. Et ensuite, elle reprend, passant par-dessus son embarras :
- — Eh bien, puisque tu veux du descriptif, nous sommes donc allés dans sa chambre. On s’embrassait en même temps qu’on se déshabillait et…
Elle a du mal, mais continue :
- — … Et on s’est allongé sous les draps. Il s’est mis dans mon dos et il m’a embrassée dans le cou, en me… caressant les seins. Tu sais que ça me fait fondre, ça. Et ensuite, il… m’a demandé si je voulais faire comme sur les photos. J’ai dit oui… et il… enfin, je me suis mise à quatre pattes. Il est venu derrière moi… et m’a prise comme ça. C’était la première fois que je… que je le faisais… de cette manière.
Ses yeux dans les miens brillent, pétillent sans aucune gêne. Le rose à ses joues farde à peine sa peau si pâle.
- — Tu n’es pas… embêté par ce que je t’ai raconté ? s’enquiert-elle.
- — Pas du tout. Je suis même fier, c’est la première fois qu’on… parle de ça ouvertement.
- — On devrait le faire plus souvent, suggère-t-elle. D’ailleurs, faisons-le : est-ce que parfois tu…
Elle s’interrompt.
- — Continue, s’il te plaît, lui demandé-je.
- — Est-ce qu’il y a des choses que tu aimerais essayer avec moi mais que tu n’as jamais osé me dire ?
Elle a lancé toute sa phrase d’un coup sans respirer. Et là, c’est à mon tour. Je réfléchis. Un million d’images aussi érotiques que pornographiques la mettant en scène m’assaillent pendant je j’essaye d’en choisir une qui ne la brusque pas. Elle le devine, presque :
- — Y’en a tant que ça ou bien tu ne sais pas laquelle va me convenir ?
Je sens le picotement sur mes joues qui se fardent à leur tour. Elle se penche alors, et murmure à mon oreille :
- — Je peux tout entendre de toi, absolument tout.
Ragaillardi, je me lance :
- — Les mots. J’ai toujours rêvé que… tu sois verbale. Pendant qu’on… enfin, tu vois.
Deux secondes après, elle me renvoie ma propre réflexion d’encouragement :
- — Oui, je vois, mais essaye de me le dire.
- — J’aimerais que l’on se dise des mots crus, vulgaires même parfois pendant qu’on fait l’amour.
- — Comme « baiser » au lieu de « faire l’amour » ?
- — … oui.
- — Alors, redis-moi ta phrase avec les mots que tu aimerais entendre, me dit-elle.
C’est comme s’enlever un sparadrap qui serait collé depuis 30 ans.
- — J’aimerais t’entendre me dire que tu… que tu aimes comme je te baise, que tu aimes ma… queue en toi. Des choses comme ça.
Elle me regarde visiblement très intéressée.
- — Ça serait un excellent exercice pour des timides, je trouve.
- — En effet, si c’est pour nous rendre meilleurs il ne faudrait pas passer à côté d’une occasion. Mais toi, alors, je… Y a-t-il aussi des choses que… tu aimerais que je te fasse ou… qu’on fasse ?
- — On va s’enfoncer un peu plus dans nos fantasmes, donc, me demande-t-elle en retour.
J’acquiesce en silence.
- — Eh bien, dit-elle toujours en tailleur mais en me prenant les mains, j’aime bien ta suggestion verbale, mais du coup c’est ton fantasme alors il faut que j’en trouve un autre…
- — Et oui Madame, on ne pique les idées des autres s’il vous plaît.
Elle rit doucement.
- — Il y a bien quelque chose que… j’aimerais essayer.
- — Hmm Hmm ?
- — J’aimerais que… tu m’attaches, dit-elle en relevant les yeux vers moi.
- — Ah oui, mais… tu serais à ma merci…
- — Han han… c’est un peu… l’idée.
- — Y aurait-il derrière ce visage timide une jolie perverse cachée ? demandé-je alors en passant le dos de ma main doucement sur son t-shirt où, depuis quelques minutes, un téton darde à travers le tissu.
- — Je crois que oui…
- — C’est très intéressant ça. Et comment puis-je savoir si… Hmm, si cette jeune femme va oser faire le grand saut à mes côtés ?
Elle m’embrasse alors, se penchant au-dessus de moi en se relevant. Elle me pousse à m’allonger et grimpant sur moi, elle quitte le t-shirt qui lui sert de pyjama et, s’approchant de mon oreille, elle me susurre alors :
- — Baise-moi… Baise-moi fort avec ta belle queue.
(À suivre…)