| n° 20552 | Fiche technique | 36685 caractères | 36685 5777 Temps de lecture estimé : 20 mn |
27/10/21 |
| Présentation: Petit "plane trip" rocambolesque | ||||
| Résumé: Une Française, deux toubibs, trois malades et un DC3 pour un vol au-dessus de la Colombie. | ||||
| Critères: fh fhh fhhh médical voyage avion pénétratio double sandwich fsodo aventure -aventure | ||||
| Auteur : Charlie67 Envoi mini-message | ||||
L’antique Douglas DC3 venait de décoller de l’aéroport de San José, qui, même vétuste, pouvait encore se qualifier de ce nom pompeux car pour leur arrivée à Perdida, il n’y avait qu’un semblant de piste enherbée, boueuse et glissante à souhait sur laquelle le commandant de bord allait aborder comme sur le meilleur spot de surfeur.
Juan n’y pensait plus, tellement il avait l’habitude de ce trajet. Il partait pour un mois dans cette cambrousse en remplacement de son collègue au dispensaire. Un voyage régulier qui l’avait insensibilisé au risque. Ce vol mensuel était le cordon ombilical de la petite ville. Il y avait certes quelques passagers, mais c’était le fret qui encombrait la plus grande partie de la carlingue. Un filet la barrait sur toute la longueur pour ne laisser que peu de place aux passagers, tous alignés sur un siège de toile le dos aux hublots.
Juan ne réfléchissait pas à ces conditions de transport précaires, de toute façon, comme tout colombien, il était philosophe et résigné. « A la gracia de Dios » disait-il, quoique réellement il ne pensait absolument pas au voyage. De temps à autre, il jetait un regard sur sa gauche, tout là-bas à l’autre extrémité de cette longue file de passagers assis. Il la regardait toujours aussi stoïque et imperturbable. « La Francésa » comme on la surnommait à Perdida.
Voilà bien cinq ans qu’elle était arrivée d’on ne savait où pour reprendre cette petite plantation. Cette région des llanos à l’orée de la grande forêt avait bien attiré quelques aventuriers, quelques trafiquants de coca et même de temps à autre les FARC, mais ils étaient tous repartis. Il n’y avait rien à gagner et pas grand-chose à voler dans cette région oubliée de dieu et du gouvernement.
« La Francésa »… ! Un petit sourire lui vint aux lèvres en pensant à elle. La plupart des jeunes coqs de la ville se vantaient de l’avoir sautée. Lui ne s’en vantait pas, mais il l’avait fait… ! Il fermait les yeux et son esprit essayait de se replonger dans ce doux souvenir quand il perçut un murmure à son oreille.
Juan rouvrit les yeux pour voir Luis, le copilote, penché sur lui. Il connaissait très bien tout l’équipage, Raoul le commandant, Ramon le mécano et Luis le copilote, bien sûr. Il n’y avait aucun personnel de cabine, cet avion avait été racheté à l’armée américaine après-guerre et avait gardé le confort spartiate des troupes aéroportées.
Le médecin, en regardant l’homme toujours à quelques centimètres de lui, comprit immédiatement qu’il y avait un problème, un très sérieux problème. Le navigant était blanc comme un linceul, suait à grosses gouttes et chancelait.
Juan porta, plus qu’il ne suivit, le second. La cabine de pilotage n’était peut-être séparée du reste de l’avion que par un simple rideau, mais celui-ci masquait l’odeur pestilentielle qui y régnait. Ramon était en position fœtale et vomissait sang et boyaux. Raoul, le commandant de bord était sans connaissance dans son fauteuil avec sa chemise maculée par tout ce que contenait son estomac.
Le jeune médecin jugea rapidement de la situation.
Parole qui fut suivie de l’effet et le carabin eut juste le temps de récupérer l’officier et de le poser au sol avec le moins de dommages possibles. Le praticien resta un moment dubitatif en examinant les hommes inanimés. Manifestement, ils souffraient tous les trois du même mal et c’était très probablement une intoxication alimentaire. Il n’avait aucun moyen de soigner ces personnes, le seul était d’atterrir le plus rapidement possible près d’un hôpital. Regardant le cockpit maintenant vide, il sombra dans un abîme de réflexion.
Mathilde avait remarqué l’entrée de Juan et s’amusait des yeux de merlans dont il la couvait. Certes, ils avaient couché souvent ensemble et c’était un très bon amant, mais elle s’était encore plus amusée quand c’est lui qui voulait prendre l’initiative et qu’elle l’avait rabroué. Comme tous les passagers, elle avait remarqué Luis, le copilote et sa tête d’enterrement, lui qui était toujours d’humeur joviale… ! C’était un rigolo, même au lit. Peut-être moins bon que Juan, moins sensuel, mais plus distrayant. C’était un facétieux qui arrivait à raconter une blague tout en faisant l’amour. Elle repensa au fou rire qu’elle avait piqué alors que l’orgasme montait, grandiose… !
Dans l’enfilade elle voyait aussi Carlos, El canté mañana, (le beau parleur) qui depuis une altercation ne parlait d’elle que comme une puta (prostituée). Il y avait aussi quelques militaires et la belle Conception qui venait voir ses parents, rien de plus. C’était déjà beaucoup de personnes par rapport à l’ordinaire. Elle vit aussi Juan ressortir du cockpit, remonter péniblement la file de passagers en s’accrochant au filet et en enjambant tous ces pieds repliés. La progression était pénible. Carlos l’interpella :
Il continua sa lente progression pour rejoindre Mathilde et en se penchant à son oreille, il lui murmura :
« Une pensée fugace lui revint. Elle avait toujours aimé piloter. Un des plus beaux jours de sa vie avait été son embauche dans cette petite société de jets privés, des Falcons. Bien sûr, elle aurait préféré être aux commandes d’un Rafale, comme sa formation à l’école de l’air l’y prédestinait. Les aléas et surtout un mauvais classement en avaient décidé autrement. »
La femme se leva et suivit le médecin pour un lent retour vers l’avant de l’aéronef, quand leur progression fut stoppée net par le pied que Carlos appuyait contre le filet.
Juan s’apprêtait à parlementer quand la voix sèche et péremptoire de Mathilde retentit derrière lui :
Le garçon, d’abord surpris, dévisagea la femme avec un air de défi teinté de mépris, mais ôta tout de même sa jambe et les laissa passer.
Juan reprit sa lente progression avec maintenant le sourire aux lèvres. Il repensait à cette scène :
« Cela devait s’être passé la première année de la venue de la Francésa. Comme à son habitude, Carlos faisait le matamore et interpellait la jeune femme avec des paroles et des gestes obscènes. Carlos était le fils du caïd local et avait sa cour de jeunes coqs oisifs. Le chômage sévissait durement dans les llanos favorisant cette petite délinquance. Mathilde prenait cela avec indifférence, surtout qu’elle fréquentait peu le village, plus occupée à sa plantation. Peut-être encouragé par l’absence de réponse, le marlou devint de plus en plus pressant. Mal lui en prit le jour où il tenta de peloter les fesses de Mathilde. Peu de personnes peuvent décrire ce qui se passa dans les cinq secondes suivantes, mais le résultat fut un Carlos le nez dans la poussière, le genou de l’offensée sur la nuque et le bras retourné dans le dos. Cela eut deux effets : en premier de lui assurer une certaine tranquillité, et en deuxième de se voir affublée du surnom de la « puta Francésa. »
Juan fit entrer Mathilde dans le cockpit. De voir les officiers de bord inanimés ne l’émut pas plus que ça, sa première répartie fut :
Ils œuvrèrent en soufflant et ahanant car Raoul pesait son poids, puis assumèrent chacun leur poste sans avoir besoin de plus se concerter. Juan prit les dispositions pour que la survie immédiate du personnel de bord soit assurée tout en entendant Mathilde, maintenant installée dans le fauteuil du commandant prononcer à la radio les mots fatidiques « Mayday, mayday, mayday ».
Après avoir œuvré et sûr qu’il ne pouvait en faire plus, le médecin s’installa dans le fauteuil du copilote et observa la remplaçante du chef de bord. Manifestement, elle était en relation radio avec un autre pilote au sol qui lui expliquait toutes les subtilités de ce musée volant. Il en profita pour la détailler, vraiment pas une nana ordinaire en Colombie. Trop grande et trop blonde pour passer inaperçue ici. Toujours habillée de ce genre de treillis et chaussée de rangers, elle ne faisait absolument aucun effort pour être attrayante. La regardant toujours se former pour le pilotage de cet appareil, il replongea dans ses souvenirs et ses rêveries.
« C’était il y a plus de trois ans, quand elle était venue au dispensaire avec un de ses péons qui s’était blessé à la main. Pas très reluisante, comme blessure, il fallait intervenir chirurgicalement. Au dispensaire, loin de tout, le maître mot était : la démerde… !
Elle s’improvisa donc infirmière et avait été à la hauteur. Ni le sang ni le charcutage des chairs ne l’avait perturbée. Une fois l’opération terminée, la nuit était bien avancée et un retour à la plantation n’était plus envisageable. Le patient maintenant endormi, ils pouvaient se reposer.
Elle avait cette faculté à se trouver chez elle n’importe où. Elle se déshabilla devant lui, prit une douche, puis en ressortant lui demanda :
Ils se couchèrent donc un à côté de l’autre… Platoniquement. Il n’osait rien faire, en la regardant se déshabiller, il avait vu ce pistolet dans son étui, sagement accroché dans le dos à la ceinture du pantalon, il avait aussi remarqué un poignard dissimulé le long de la tige de sa ranger. Il resta donc figé dans son lit ne sachant que penser.
C’est elle qui, telle une chatte, vint se lover contre lui avec une main inquisitrice qui palpait ses attributs.
C’est ainsi que débuta leur relation, renouvelée au gré des permanences que Juan effectuait au dispensaire. »
Il observait toujours Mathilde qui venait de terminer sa conversation avec son homologue au sol. Le pilote automatique enclenché, elle était sereine, le coude sur l’accoudoir et le menton dans sa main. Il la regardait et se demandait pourquoi il avait couché aussi souvent avec elle. Elle n’était pas vraiment belle et quelque part lui faisait plutôt peur avec ses sautes d’humeur imprévisibles. Et puis il y avait ces armes qu’elle portait toujours. Lui, dans ce pays bien instable, était un non-violent convaincu.
Pourtant, pourtant, plus il la regardait et plus il bandait. Cela devenait oppressif, mais il n’osait y porter la main, qui néanmoins pourrait être apaisante. Non, il endurait la chose, il rêvait, il supputait toutes les positions érotiques qu’il pourrait exécuter avec la Francésa.
C’est elle qui sortit la première de ses pensées.
Vu le visage du jeune médecin qui commençait à se décomposer, elle ajouta :
Juan regardait la femme qu’il voyait à nouveau de profil. Son assurance l’impressionnait. Avec elle, tout semblait normal et sans problème. Il avait de plus en plus envie d’elle, il prit son courage à deux mains et l’interpella.
Elle n’en dit pas plus, appuya sur quelques boutons pour désactiver le pilote automatique, prit le manche à balai à deux mains et posa ses pieds sur le palonnier. Son regard était concentré sur le compas et sur l’assiette. Il ressentit des mouvements insolites de l’avion et comprit que la pilote par intérim testait doucement l’avion comme pour voir ses réactions et pouvoir le prendre en main. Cela ne le rassura pas.
Elle continuait à œuvrer et il sentit bien l’avion perdre de l’altitude avec un fort tangage. Tout ce qu’il fallait pour lui donner la nausée. Son envie de sexe n’avait pas disparu et il regardait intensément la pilote.
Ce fut le moment que choisit Carlos qui, rongé par la curiosité, souleva le rideau de séparation entre le cockpit et la cabine. D’abord un peu stupéfait par la situation, voyant les trois navigants en PLS et inanimés, il partit d’un long cri :
Les militaires se levèrent promptement, leur sergent dégaina même son pistolet. La belle Conception partit dans un cri hystérique et Juan regardait tout cela d’un air médusé. Le sous-officier se précipita dans le cockpit, arme au poing et mit en joue Mathilde.
Les militaires maîtrisèrent Carlos et Juan prit tendrement la belle Conception dans ses bras, la laissant pleurer sur son épaule tout en ayant un peu honte de son érection qui reprenait de plus belle. Pendant ce temps, Mathilde affinait son approche de la piste. Elle était courte, très courte, il fallait raser les arbres à l’arrivée pour profiter du maximum de longueur. Quand le train d’atterrissage toucha le sol, elle sentit immédiatement que la piste enherbée était molle, détrempée par les pluies de la nuit. Au premier freinage l’avion partit un peu sur le côté, elle relâcha, la terre grasse participait à son ralentissement, mais pouvait la faire capoter en une fraction de seconde. Elle actionna donc ses commandes avec parcimonie et délicatesse. Néanmoins, il restait encore plus de cent mètres quand son erre fut compatible avec un demi-tour pour regagner le simili aérogare.
Une fois garée sur le pseudo tarmac, elle coupa les moteurs et regarda avec un peu d’inquiétude le comité d’accueil. Il y avait Aurélio, l’autre toubib, avec ses brancardiers, il y avait bien sûr toute la population de Perdida, car même en temps ordinaire, l’arrivée du DC3 était un évènement. Non, ce qui l’inquiétait c’était ces deux hommes, dont l’un portait une grosse caméra à l’épaule.
Elle laissa les médecins opérer le débarquement des malades, puis ce fut la cohue avec force cris et suppliques à la Vierge Marie, bref un capharnaüm dont Mathilde voulait bien profiter pour disparaître discrètement. C’était sans compter avec le professionnalisme des journalistes présents. Une équipe de reporters européens était malencontreusement sur place pour un film sur la vie dans les llanos. Elle s’était déjà éloignée de trente pas quand une voix baragouinant un langage franco-anglo-hispanique l’interpella.
Elle fit la sourde oreille et continua son chemin. Bien sûr, le propre d’un journaliste était d’être tenace, et ces deux-là ne dérogeaient pas à la règle. Elle eut beau leur débiter quelques « no comprendo » ou quelques « no se », les journalistes s’accrochaient. Elle sut qu’elle devait changer de tactique quand l’un d’eux lui dit :
Mathilde arrêta sa progression et se retourna vers ses harceleurs. Pointant du doigt le caméraman, elle lui dit :
Mathilde le transperça de son regard bleu d’acier, porta sa main sous sa veste et à son dos. Dégainant son pistolet, elle ne tira qu’une seule balle qui traversa l’objectif et toute la machinerie de l’appareil que l’opérateur portait sur l’épaule, celui-ci en devint blanc comme un linge. Elle rangea tranquillement l’arme sur ses reins puis demanda :
Le technicien s’empressa fébrilement à exécuter l’ordre et tendit le petit carré de plastique à la femme.
L’homme lui tendit son briquet qu’elle utilisa pour consumer la mémoire visuelle et compromettante… !
Sans plus se préoccuper des reporters médusés, elle se dirigea vers son véhicule, un antique BJ40 parfaitement adapté à son utilisation dans les llanos. Derrière son volant, elle resta pensive. Avait-elle eu raison d’être aussi violente ? Les journalistes allaient maintenant creuser la question et ils trouveront, forcément. La situation n’évoluait pas comme elle l’avait programmée. Sa tranquillité dans sa plantation risquait d’être remise en cause.
Elle allait démarrer quand elle vit Juan courir vers elle, et c’est hors d’haleine qu’il l’interpella :
Elle regarda pendant un moment le médecin avant de lui répondre. Elle réfléchissait à la situation et peut être que c’était la solution : repartir avec l’avion !
Mathilde réfléchit un bref moment. De toute façon, elle était dans la mouise et il valait mieux foncer que d’attendre que le ciel vous tombe sur la tête. Elle quitta donc sa voiture et, endossant son sac à dos, suivit le carabin. L’avion était en plein déchargement et rechargement. L’équipage, resté sur les civières, bénéficiait de la surveillance d’Aurélio.
Aurélio était aussi un bel homme, d’origine brésilienne, il avait la peau très sombre et le cheveu noir luisant. L’amour avec lui était un éternel combat où aucun des deux ne s’avouait jamais vaincu. Le jeune homme était « le macho », l’homme comme on dit dans sa langue. Il s’énervait facilement des résistances de Mathilde, mais bombait encore plus le torse quand il arrivait à ses fins, « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire »… ! C’était dans ces moments d’autosatisfaction que la femme reprenait l’offensive pour une nouvelle joute qui le laissait sur les rotules. Autant elle aimait la délicatesse et le sentimentalisme de Juan autant elle appréciait la sauvagerie d’Aurélio.
« Le praticien la regardait, pensif. Il ne connaissait pas d’autres femmes qui aimaient autant le sexe. De toute façon, avec les filles de famille, c’était impossible, et les autres, pour les allonger, fallait déjà allonger les pesos pour ensuite écarter les cuisses et attendre que ça se passe… Lassant… !
La Francésa, c’était une sauvage, une tigresse. Depuis quelques années, elle ne ratait pas la nuit de l’arrivée de l’avion qui ne repartait que le lendemain. Pour ce moment, ils devaient assurer… Souvent les deux ensembles, un devant et un derrière, ou ce que la fille préférait, le relais… Surtout quand Luis, le co-pilote participait aussi ! »
Mathilde, la check-list en main, faisait le tour de l’avion pendant que deux hommes remplissaient manuellement le réservoir de carburant et que les militaires fixaient sur le plancher de la cabine des lits picots. Les malades y furent déposés puis soigneusement sanglés. Toute la population de Perdida était encore là et l’ovationnait, il y avait même une banderole qui mentionnait « Viva la Francésa ». Cela la fit sourire quand elle s’installa aux commandes, surtout en pensant à tous les racontars plus ou moins grivois que cette même populace faisait courir à son encontre.
C’était à la fin de son inspection qu’elle vit venir à elle Marco et son père, le « caïd » du village. Avec son costume et son panama blanc, il faisait plus vrai que nature. Un parfait figurant d’un film de série B des années soixante. Le plus vieux l’interpella :
Elle sentit que l’ancien avait quelque chose derrière la tête. Elle le laissa mariner et ne comptait pas lui faciliter la tâche. Elle avait une petite idée de ce qu’il allait lui dire. Le village était petit et même si personne ne parlait, tout se savait. Le patelin, sans être gros producteur de coca, possédait la seule piste d’avion de la région et tout transitait par Perdida, même et surtout la coca. Le caïd et sa bande de marlous contrôlaient la chose.
L’homme eut un petit sourire, mit la main à sa poche et en extirpa une enveloppe qu’il tendit à la femme.
La femme prit l’enveloppe et examina son contenu. Elle fit une moue dubitative.
L’homme soupira puis porta à nouveau la main à la poche intérieure de sa veste, en extirpa deux autres enveloppes. Elle s’en saisit, mais le patriarche les maintenait encore fermement entre ses doigts.
Pendant que les deux médecins vérifiaient que tout allait bien pour leurs patients, Mathilde contactait San José pour connaître la météo sur le parcours et discuter du meilleur cap.
Ils obtempérèrent et suivirent toutes les manœuvres que faisait la jeune femme pour positionner l’appareil en bout de piste. Elle poussa ensuite les moteurs à fond et l’avion s’ébranla, vibra à en perdre son dernier rivet, pour prendre rapidement de la vitesse. Une minute plus tard, les roues quittaient le sol, et bientôt, les garçons entendaient le bruit caractéristique que faisait le train d’atterrissage quand il rentrait. Encore une dizaine de minutes et Mathilde enclencha le pilotage automatique, repoussa le manche à balai, ôta les pieds du palonnier et sortit de son siège en s’étirant.
Aurélio commençait juste à se décrisper, ses doigts étaient encore blancs d’avoir trop serré les accoudoirs, et la boule qu’il avait dans la gorge avait du mal à passer. Juan déjà vacciné à ce genre de péripétie lui répondit rapidement.
Il lui tendit une bouteille qu’elle prit pour prendre une grande rasade. Se rapprochant d’elle, il poursuivit :
Elle avait pris une mine sévère, froncé les sourcils et haussé la voix. Elle s’amusa maintenant de leur mine contrite. Elle adorait manipuler ces deux hommes qui roulaient leurs mécaniques de matamores, mais dont le fond étaient très tendres. Et puis, les rabrouer un peu avant de faire l’amour, cela l’excitait et surtout les mettait en condition. Les petits élancements de son bas ventre lui rappelèrent ses envies et l’heure tournait… !
Dans un quart d’heure, ils auront passé la chaîne de montagnes et il faudra changer de cap. Pas de temps à perdre. Appuyée au dossier du fauteuil du commandant, elle défit rapidement sa ceinture, puis descendit son pantalon et sa culotte. Toujours attentive aux instruments de bord, elle dit :
Le garçon ne se le fit pas dire deux fois et besogna fortement la pilote. Toutefois, cela lui prit un certain temps jusqu’à qu’il prenne son pied. Une fois retirée et la place libre, Mathilde, toujours attentive aux instruments de bord et surtout à l’horizon car la chaîne de montagnes était maintenant toute proche, interpella l’autre carabin.
Celle-ci, toujours imperturbable, examinait par-dessus le dossier du poste de pilotage ses cadrans, tout allait bien pour le moment, mais dans très peu de temps, il faudra sauter dans le fauteuil de pilotage et changer de cap.
Aurélio eut la délicatesse d’éjaculer en elle suffisamment tôt pour qu’elle ait le temps de se rajuster, de sauter dans le fauteuil, de désactiver le pilotage automatique et d’exécuter cette manœuvre d’évitement de montagne avec un brio presque professionnel. Maintenant calmée, elle observait l’horizon. Tout en discutant avec la tour de contrôle de San José le cap était programmé et il n’y avait plus que la grande plaine devant elle. San José était d’une approche facile. Elle avait une bonne demi-heure devant elle. Les moteurs ronronnaient doucement, tout était calme, tout allait bien… Sauf elle… !
Il fallait qu’elle trouve un moyen de fausser compagnie discrètement.
L’arrivée à San José se fit sans aucun problème. Atterrir par beau temps et sur une piste en dur était un vrai plaisir. Un plaisir d’autant plus grand qu’il se fit dans la plus totale indifférence. Sans être un « Hub » international, l’aéroport recevait bon nombre de lignes intérieures, et le DC3 de Mathilde se fondait dans la masse. Elle aurait dû se rendre à la direction de l’aéroport pour un débriefing, mais évidemment court-circuita la procédure.
Juan et Aurelio prirent bien sûr soin de leurs patients et ce n’est que quand ils passèrent la main à leurs collègues des centres hospitaliers qu’ils purent respirer et penser à décompresser. Leur première destination fut le bar de l’aéroport pour s’envoyer quelques bières derrière le paletot. Ils se racontèrent leurs bonnes fortunes et c’est à l’ivresse naissante qu’ils quittèrent l’estaminet.
Aurélio regarda son copain un peu interloqué et reprit en éclatant de rire :
Ce n’est que deux mois plus tard que l’histoire refit surface, quand le capitaine de la police locale interpella Juan.
L’affaire était délicate, autant pour le policier que pour l’envoyé de l’ambassade de France, et peut-être encore plus pour Juan. Le policier lui demanda :
Ils n’insistèrent pas plus et, à son grand étonnement, laissèrent partir le carabin. Il en parla à son collègue Aurélio qui lui dit qu’il avait dû répondre au même genre de convocation.
Les garçons n’étaient pas stupides et firent ce que pourrait faire n’importe quel jeune homme de leur âge, ils consultèrent internet… ! Mathilde Arnold n’y faisait pas vraiment le buzz, mais y était connue, et pas en bien ! On y voyait une photo où elle se ressemblait à peine. En uniforme d’officier naviguant, elle posait à côté d’un jet d’affaires. Elle était mêlée à une sombre affaire de transport de drogue. Coupable ou non, l’article ne le précisait pas. Il relatait uniquement l’évasion rocambolesque qu’elle avait opérée par les toilettes du commissariat.
Les garçons ne furent pas plus inquiétés et continuèrent leurs rotations sanitaires à Perdida. Toutefois, un an plus tard, Aurélio fit venir Juan dans leur bureau et lui tendit une enveloppe.
Le toubib, circonspect, prit la missive et l’examina. Elle provenait du Canada. De Régina dans le Saskatchewan. Il n’y avait qu’une photo d’un nouveau-né, et en retournant la carte, il y avait cette mention : c’est une fille et ne connaissant pas le père, je l’ai appelée « Jeanne Aurélie ».