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n° 20550Fiche technique22904 caractères22904
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Temps de lecture estimé : 16 mn
26/10/21
Résumé:  Une punkette, malade, droguée en manque, à la dérive, est recueillie par un hospitalier sauveteur normand (d’adoption).
Critères:  fh hagé
Auteur : Iovan            Envoi mini-message
Bunker

J’étais revenu mettre mes pas dans nos pas, au Home, sur cette plage de Normandie qui nous avait vus grandir vacances après vacances.


Du camping où nous étions établis, quelques centaines de mètres, qui ne faisaient qu’accroître et aiguiser l’impatience que nous avions à retrouver notre magnifique terrain de jeu, nous séparaient de la plage et de la dune.


Devant nos yeux d’enfants, les frères, les sœurs, les cousins, les copains, le monde s’ouvrait, riche, plein de promesses : le soleil haut dans le bleu, le vent chargé de grains de sable qui piquait notre peau nue et nous faisait rire, les nuages pommelés irisés de lumière qui nous émerveillaient sans qu’on y accorde le moindre intérêt, étaient les garants de ce qui était devant nous, de ce qui nous attendait, confiants.

Les baignades, dans une eau que nos enthousiasmes parvenaient parfois à réchauffer, la pêche aux crevettes, aux coques, les poursuites dans les dunes et l’invention des pires tours pendables, étaient autant de richesses et de terrains d’expérience pour nos imaginations d’enfants !


C’est pourquoi, sans même y avoir réfléchi, après avoir marché sur l’estran de Cabourg à Franceville…, la tête pleine de souvenirs, je m’arrêtai au Home et, avisant les blockhaus où nous jouions quand nous étions mômes, je ne pus faire autrement que de retourner les « explorer » comme nous l’avions fait tant de fois.


Cyclopes dérisoires, leur œil étroit tourné vers un horizon, d’où il ne viendrait rien, les bunkers veillaient sur l’absence, sentinelles absurdes et impassibles.

Le temps y continuait patiemment son travail de sape, les déchaussant un peu plus chaque hiver, au gré des tempêtes.

Le « Pluskat », ainsi que nous avions baptisé cet énorme blockhaus lors de nos jeux guerriers, masse colossale de béton et d’acier, était soulevé de guingois, et la porte d’entrée que nous empruntions, faisant cracher nos armes imaginaires pendant les féroces combats qui ensanglantèrent ce point stratégique de la côte durant une bonne partie de nos vacances, se trouvait maintenant à deux mètres de hauteur.

Pour achever de défigurer le souvenir que j’en gardais, les parois décrépites du blockhaus, rongées d’embruns et de rouille, étaient couvertes de tags degré zéro de la création, motifs égotiques, imbéciles, répétés ad libitum.

J’empruntai le boyau bétonné, en chicane, presque comblé par le sable, et me dirigeai vers la seconde casemate qui se trouvait en retrait.

J’étais sur le point d’y entrer quand un grognement suivi d’une série d’aboiements agressifs m’arrêta net. Une voix de femme ordonna :



Puis, à mon adresse :



J’entrai prudemment, le chien grondant toujours sourdement… Je vis la silhouette, accotée au mur du fond, lui donner une tape et la bête cessa immédiatement. Tout en essayant de ménager mon odorat, une odeur infecte régnait dans ce bouge, j’essayai d’adapter ma vision, à la pénombre.

Le sol était jonché de détritus, bouteilles vides, papiers gras, boîtes de bière, vêtements en charpie, et au fond de ce dépotoir, adossée au mur, au milieu d’un tas de sacs, une jeune femme, engoncée dans un informe paquet de vêtements, un énorme chien couché à ses côtés, qui, tête dressée, ne me quittait pas du regard.


J’étais déconcerté. Quelqu’un ne peut pas vivre, ne serait-ce que quelques heures, dans un endroit pareil !

Avant que j’aie pu me reprendre, la question rituelle tomba :



Et je sortis, écœuré par la puanteur.


Au bout d’un long moment, je la vis arriver, escortée par son molosse, marchant à pas incertains, voûtée, montrant tous les signes d’un état de faiblesse évident. Couverte d’un duvet crasseux, elle portait son uniforme de « punk à chien », pantalons de treillis, chemise à carreaux nouée autour de la taille, rangers déglinguées…


Elle toussait beaucoup. Elle montrait une pauvre petite gueule, amaigrie et pâle. Dans les orbites creuses, de magnifiques yeux bleus. Cette fille ne devait pas avoir vingt-cinq ans.


Elle s’assit à côté de moi. Son chien se coucha à son côté.



Un rire désabusé… suivi d’une quinte de toux. Provocation… fierté, quand même !



Je lui tendis mon paquet de Gitanes.



Elle tétait sa cigarette… Ça ne l’empêchait pas de tousser.



Je laissai le sujet, pour l’instant.



Elle me regarda…essaya un sourire.



Elle se regimba :



Elle se pencha, je posai ma main sur son front. Il était brûlant de fièvre.

Ma décision était prise, maintenant, je devais convaincre.



Je la regardai, droit dans les yeux, et je la vis ciller… Pour dissiper sa gêne, je lançai :



Elle toussa.

Je hochai la tête.



Elle fit semblant d’hésiter.



Deux heures plus tard, j’étais devant le bunker, j’enlevai son paquet de sacs, et nous partîmes vers la voiture, que j’avais garée à quelques centaines de mètres, en contrebas de la dune. Elle me suivait, secouée de quintes de toux, le pas traînant. Son molosse trottant devant elle et se retournant tous les dix mètres pour s’assurer, inquiet, de sa présence, la bête sentait sa maîtresse en difficulté.


Nous arrivâmes à la maison, et la première chose que je fis fut de lui faire prendre une douche, après lui avoir fait avaler une aspirine.

Pendant qu’elle se douchait, son chien montant la garde à la porte de la salle de bains, je préparai un « sugo », mis à cuire quelques pâtes, et battis trois œufs en omelette.


Je lui préparai un T-shirt, un sweater et une de mes robes de chambre. Quand, au bout d’un long moment, les cheveux mouillés, elle sortit et revint dans la cuisine, Fix toujours sur les talons, je lui tendis les vêtements.



Elle repartit, lasse et agacée vers la salle de bains, où elle se changea, pour revenir fringuée comme un épouvantail, mais propre et au chaud.



Je lui servis les pennes à la sauce tomate et parmesan, finis de lui faire cuire une omelette, et lui servis un verre de vin.

Au début, elle chipota dans son assiette, mais l’appétit lui vint, elle finit son repas et, en même temps qu’un soupir, j’eus droit à un compliment :



J’avais fait décongeler deux steaks hachés et, les mélangeant à du pain et du lait, les apportai à Fix qui se jeta dessus et nettoya la gamelle à la vitesse de l’éclair. La pauvre bête crevait de faim.



Je lui préparai une autre aspirine et l’amenai à sa chambre, à l’étage, où un lit l’attendait. Fix, qui ne l’avait pas quittée d’un mètre entra à sa suite.

Avant de refermer la porte, je lui lançai :



Elle me regarda avec un pauvre sourire et haussa les épaules. Et alors que je refermai la porte :



Elle eut une nouvelle quinte de toux.

Je redescendis l’escalier, en pensant que je ne savais même pas comment elle s’appelait.

Je repensai à notre rencontre, toute cette crasse, cette déglingue, cette dérive fiévreuse parfumée au malaise, et au milieu de tout ça, son beau regard bleu…la chanson de Dylan me traversa… « It’s all over now, Baby Blue. » je croisai les doigts en souhaitant que l’avenir fasse mentir la première partie de la phrase.


J’allai me coucher en pensant que je venais sûrement de me coller un sacré paquet d’emmerdes sur le dos…


Baby Blue… ça lui allait bien !


Le lendemain, je fis venir un médecin, qui diagnostiqua une congestion pulmonaire, prescrivit un traitement à base d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires. Je lui parlai aussi de son problème d’addiction et là, il tiqua. Je dus batailler ferme pour qu’il finisse par lui prescrire de la méthadone. Il se fit payer et ajouta avant de partir :



Je ne lui dis pas que ça, je m’en doutais un peu…

Je sortis immédiatement après lui, et me rendis à la pharmacie, où j’achetai le traitement.

Je fis quelques courses et rentrai retrouver ma punkette et son gardien.

Quand je poussai la porte d’entrée, Fix se mit à grogner, je hurlai :



À ma surprise, l’animal se détourna, et me tourna le dos, queue entre les pattes : attitude de soumission !

Ce succès inattendu me surprit.

Si Fix était là, elle n’était pas loin. Je la trouvai dans la cuisine, assise à la table, une clope au bec, j’avais eu le tort de laisser traîner mes Gitanes sur le meuble de cuisine.



Je gardai mon calme,



Je posai le sac sur la table. J’avais pris la précaution de planquer la méthadone dans le garage.



Et je sortis, ne rentrant qu’au soir. La maison empestait le hasch.


Je la trouvai au salon, étendue sur le sofa, engoncée dans mon sweater et ma robe de chambre.

L’herbe qui fait rire… ! Laisse-moi rigoler ! Sa séance de fumette l’avait complètement dévastée. Du fond de son délire, un concentré de détresse… Elle dérivait. Je me suis assis à côté d’elle, elle a tendu la main vers moi ; elle la laissa retomber, ne pouvant pas aller plus loin, et détourna son visage. Ses larmes coulaient, sans un sanglot… ça pissait.


Bordel ! J’étais désemparé.

Je me levai, enfilai mon blouson. Le chien était assis, en attente. Il n’était pas sorti de la journée.



Nous sortîmes tous les deux, dans la nuit attiédie par le vent d’ouest qui sentait l’air marin et la pluie. Il pissa un grand coup, dès que nous fûmes sortis, mais en garda sous le pied, pour lever la patte, à plusieurs reprises, couvrant les marques des autres mâles, passés avant lui.


Je marchai longtemps, essayant de me vider la tête, d’oublier le fardeau que j’avais bien voulu me coller sur le dos et dont une partie trottinait à côté de moi… peut-être la plus légère.


Fix avait cette manière de se mouvoir, qui me faisait penser aux grands prédateurs, une allure oblique constamment aux aguets, qui m’aurait inquiété si j’avais dû le croiser sur un quelconque trottoir.

Je notai qu’il me jetait, en permanence, des regards rapides, épiant le moindre signal dans mon attitude, lui indiquant d’adapter son comportement.

J’étais confondu : toute son allure me montrait qu’il me reconnaissait en tant que dominant.


Il était plus de minuit à notre retour.

Je la trouvai, toujours allongée dans le canapé, les yeux grands ouverts, elle n’avait sûrement pas bougé.

Fix se précipita vers elle, elle tressaillit, semblant s’éveiller, tourna la tête, et tendit une main que le chien se mit aussitôt à lécher. Elle me regarda.



Je ne répondis pas, et partis vers la cuisine. J’appelai :



J’entendis ses griffes cliqueter sur le carrelage, il entra et se mit à tourner en rond, impatiemment. J’ouvris une boîte et vidai la pâtée dans une assiette creuse que je lui avais désignée comme écuelle. L’odeur le fit redoubler d’impatience.



J’appuyai fortement sur son arrière-train, répétant l’ordre plusieurs fois sans succès.

Il me regardait, regardait l’assiette, me regardait à nouveau, ne comprenant pas et ayant l’air de dire : « Alors, vas-y ! Donne-la-moi. Qu’est-ce que tu attends ? ». Il avait une expression intriguée, presque humaine, qui me fit sourire.

Je répétai l’ordre, ainsi que le geste. Tournant la tête à courtes saccades, il me regardait avec les mêmes mimiques presque attendrissantes… Allez, on verrait demain ! Je posai l’assiette devant lui.


Je retournai au salon. J’étais allé chercher une couverture dont je la couvris.



Je m’assis sur le bord du sofa, et mis la main sur son front.



Avant que je ne retire ma main, elle la prit et l’embrassa. Elle me jeta son beau regard de trois quarts folle.



Elle tenait toujours ma main. J’ébouriffai sa coiffure de punkette.



Je me penchai et embrassai son front brûlant.



Fix tournait autour de la table, dans l’attente de pouvoir rafler quelque miette tombée.

Je pris l’assiette encore à moitié pleine et la posai à terre, le temps de me redresser elle était pratiquement nettoyée.

Elle regardait son chien avec un sourire attendri.



Elle planta ses yeux dans les miens… Elle savait que je savais… Son beau regard me demandant si j’avais quoi que ce soit à y redire.



Je l’accompagnai à sa chambre.



J’allai chercher le flacon de méthadone, versai les gouttes dans un verre et le lui tendis.



M’essayant à la diction traînante du truculent Jean Carmé.



Elle éclata de rire… Elle aussi, elle était fine.



Ça me plaisait : dans son rapport à l’autre, elle avait quitté l’immédiateté du face-à-face, et se montrait capable de décalage et de retour sur elle-même.



Et déconnant pour cacher ma gêne, je fredonnai : « Car je suis un…sentimental… »

Elle sourit.



Je posai un baiser sur son front. Elle caressa mon bras, alors que je me levai. Fix, couché sur la descente de lit, me suivit du regard, alors que je sortai. Je refermai la porte.


Quelques jours passèrent, nous étions parvenus à mettre en place un modus vivendi et les choses se passaient à peu près bien. Elle se remettait de jour en jour, ne toussait presque plus. Son visage était reposé et avait perdu cette expression tendue et angoissée qui la défigurait. Elle commençait à récupérer la jolie petite gueule qui devait être la sienne.


Le gros souci était son problème de manque qui la faisait énormément souffrir, tant physiquement que moralement. Je sentais parfois chez elle une agressivité qu’elle arrivait la plupart du temps à maîtriser et à masquer, mais je la sentais à fleur de peau. Elle était parfois saisie de crises d’angoisse qui la faisaient pleurer, et je savais alors que je ne pouvais rien faire pour l’apaiser. Après deux ou trois tentatives pour essayer de l’aider à se calmer, je vis que la meilleure chose à faire était de la laisser seule.


Physiquement aussi je voyais qu’elle prenait cher, se tenant parfois le ventre à deux mains, en grimaçant, ou marchant comme une petite vieille quand une crise la tenait. J’avais augmenté sa dose de méthadone, de quarante par jour, je passai aux soixante millilitres autorisés, et même si cela la soulageait beaucoup, la première semaine fut difficile. Elle faisait montre de courage et tenait bon. Les choses allaient plutôt dans le bon sens. La drogue ne l’avait peut-être pas encore totalement bousillée.


La maison était parfumée au hasch… Pour le moment, elle n’avait pas repiqué à la dure, mais elle devait avoir un joli stock de shit dans lequel elle puisait régulièrement et s’organisait des séances de fumette quand je n’étais pas là. Ça m’emmerdait, mais je me faisais une patience…

Nous parlions souvent, et même si elle se montrait parfois évasive sur certains sujets, ou se fermait comme une huître comme le jour où j’avais tenté d’aborder le sujet de la famille, nous discutions beaucoup, surtout aux repas. Je la savais abîmée, mais je découvrais, aussi, une fille intelligente, sensible et cultivée.

Elle ne sortait pas, aussi j’emmenais souvent Fix avec moi, et des liens discrets mais tangibles commençaient à se tisser entre l’animal et moi.


Au bout de deux semaines, je la sentis totalement guérie de sa congestion. Annabelle n’avait plus de fièvre et avait remarquablement récupéré. Un régime alimentaire normal et équilibré l’avait remise en forme et il me semblait qu’elle ne souffrait plus, ou de façon bien moindre, de ses crises de manque. Cela se voyait à son comportement plus enjoué, et à toute une attitude qui se montrait presque libre et détendue.


C’était une jolie fille avec son visage mince aux traits fins que mangeait le beau regard bleu, sa coiffure de poule Cayenne, prune, très courte sur les côtés, dégageait de jolies petites oreilles finement ourlées qui les faisaient ressembler à des coquillages, bardées de piercings et de boucles du plus élégant effet… Cette branleuse faisait tout pour s’enlaidir.

Elle était de taille moyenne, mince, joliment faite, la taille bien prise. Je remarquai qu’elle avait une jolie chute de reins et m’imaginais qu’elle devait avoir un beau petit cul qu’elle cachait avec les vêtements les plus déglingue qu’elle pouvait trouver. Deux petites miches de rat pointaient à peine sous son T-shirt… Je trouvais que ça lui allait plutôt bien. Cette gamine se trimballait un refus de son image de femme qui la faisait prendre les chemins de traverse les plus escarpés… Elle venait de frôler le casse-gueule, ce qui aurait été dommage vu qu’elle l’avait bien mignonne.


Je déconnais, et racontais des blagues, elle riait maintenant et l’ambiance à la maison était devenue légère, presque gaie.

Un soir, alors que nous prenions un verre devant le feu de cheminée qui embaumait le bois de pommier, nous parlions de futilités, le chien couché à ses pieds. Je fis une blague sur la félicité, quiète et sage, du parfait petit couple bourgeois, engourdi dans la tranquillité tiède d’un bonheur à deux balles.

J’étais debout près de la cheminée, tisonnant le feu.


Elle était assise dans le sofa. Qu’est-ce que ces quelques paroles anodines, un peu cons, avaient pu éveiller en elle… ? Elle me regarda longuement, de son beau regard bleu, sans rien dire, se leva, vint à moi, puis doucement, me laissant étonné, elle mit ses bras autour de moi, posa sa tête contre ma poitrine. Elle s’y serra… longtemps… Je l’entourais de mes bras, perplexe, effleurant de mes lèvres sa chevelure, m’efforçant d’y mettre une grande douceur. Sans même y penser, j’entamai un imperceptible mouvement lent et calme, la berçant doucement. Elle faisait effort pour respirer calmement. J’essayai de réfléchir à une stratégie… et décidai qu’il n’y en aurait pas : je voulais qu’elle continue à lâcher prise, je devais pour cela être le premier à le faire. Nous étions tous deux, chacun, dans une attente de l’autre…


Caressant ses épaules et son dos, les effleurant à peine, je continuais à embrasser légèrement ses cheveux, cela dura longtemps… Sa respiration s’alentissait. Aucun de nous deux ne parlait.


Nous étions sur « pause ». Un temps blanc… vide… rien… si ce n’était la crainte de faire ce qu’il ne fallait pas faire, de dire ce qu’il ne fallait pas dire… Elle leva vers moi, le bleu de son regard. Il y brillait des larmes qui ne monteraient pas.


Sans brusquerie… Tenter… J’effleurai doucement sa bouche, aux lèvres sèches et fermées. Face à face, l’un contre l’autre…

Cela commença par nos souffles.


Chaud, suave… un mouvement lent et profond encore en devenir, qui se faisait presque une promesse, montait. Son souffle sur ma bouche qu’elle ne faisait plus effort pour maîtriser s’était alenti et je le sentais régulier, apaisé. Je la laissai venir… désir fou, désir flou, encore trop loin. Ne rien faire. Ne rien dire.


J’inspirais son haleine, je la buvais… doucement, elle approchait. Il vint un moment où, sans que nous n’y prenions garde, nos respirations s’accordèrent. Je la respirais, elle me respirait… Un accord, une harmonie montait de nous, en nous, que je sentais une autre rencontre.


Je la sentis se lâcher sous ma main, monter, encore… monter… quelque chose en elle voulait… Elle avait levé la tête, consciemment ou non, ses lèvres d’où s’envolait son haleine touchaient presque les miennes. Elle m’appelait… ?

J’effleurai sa bouche de la mienne, essayant de rendre ce qui était à peine un baiser le plus doux possible… Il me fallait ne pas vouloir conquérir.


Il se passa alors quelque chose que je n’ai jamais retrouvé.