Après plusieurs mois de lutte, de chimio et de radiothérapie, ma mère fut transportée à l’hôpital pour une récidive. Maudit crabe ! Mon père se mit en congé pour pouvoir l’accompagner autant qu’il le pouvait. C’est qu’ils s’aimaient ces deux-là, unis « pour le meilleur et pour le pire ». Nous étions dans le pire.
Et moi, dans tout ça ? Pas question de ne pas continuer à suivre mes cours au lycée, l’année était trop importante, le bac au bout. Et puis j’avais déjà une année de retard, une seconde complètement ratée à cause d’une mauvaise orientation : les maths et moi, ça fait deux. On se résolut donc à faire appel à la meilleure amie de ma mère, Françoise qui se faisait appeler « Frane », qui avait lancé un jour cette proposition sans trop y réfléchir, ce que l’on fait parfois quand une amie est dans la difficulté. C’est ainsi que je débarquai chez Frane, amené par mon père avec armes et bagages. Une valise avec l’essentiel de vêtements et d’affaires de toilettes, deux gros sacs et mon sac à dos avec mes bouquins, mes classeurs et mes cahiers. Il voulut lui donner de l’argent pour ma « pension », elle refusa, alors il me donna la somme en me disant de participer autant que je le pourrai aux dépenses que j’engendrerai. Oui papa. Je n’avais guère le moral, comme tout le monde, donc pas de gros besoins, pas d’envies ni de sorties, et de plus je déjeunais au self du lycée.
Ma mère avait connu Frane après son premier cancer du sein, lorsque l’oncologue lui avait conseillé de faire fonctionner son bras pour qu’il n’enfle pas, suite à l’ablation des ganglions lymphatiques. Elle s’était donc inscrite dans une salle de sport, et c’est là qu’elle avait fait la connaissance de cette jeune femme aussi différente d’elle que possible. Frane était jeune, en pleine santé, gaie et tonique, et faisait du sport pour entretenir son joli corps. Son métier de marchande d’art avait plus tendance à la confiner qu’à lui donner de l’exercice, elle essayait de compenser. Aisée et cultivée, elle avait tout de suite éprouvé admiration et sympathie pour cette petite bonne femme qui luttait courageusement contre la terrible maladie. Elles se retrouvaient donc pour suer ensemble deux fois par semaine, et rapidement prolongèrent leurs exercices physiques par de petites sorties, salons de thé, boutiques, etc. Deux vraies copines, et la perception positive et optimiste de la vie de Frane faisait beaucoup de bien à ma mère qui, au moins pendant ce temps-là, pensait à autre chose qu’au mal qui la rongeait. Si bien qu’elle se crut guérie pendant deux ans, jusqu’à ce que des analyses de contrôle affichent un affolement des compteurs. Cette fois, ça semblait plus grave encore.
J’avais vu Frane une fois ou deux à la maison, mais c’était la première fois que je découvrais son univers. Un univers de petite taille, mais situé dans un des quartiers les plus prisés et les plus chers, ceci expliquant cela. Du coup, son appartement se résumait à une entrée, un couloir étroit, toilettes, cuisine, salle de bains à droite, chambre au fond et pièce à vivre à gauche. Et quand je dis « pièce à vivre », c’est qu’elle était la plus grande pièce de l’appartement avec ses vingt-huit mètres carrés, la moitié de la surface. Elle servait à la fois de salon, de salle à manger, de bureau et, en l’occurrence, de chambre d’amis grâce à un canapé convertible. C’est là qu’elle m’installa.
- — Tu vois, commença-t-elle, je te dis « tu » ce sera plus simple et tu en fais autant, j’ai acheté l’appartement pour cette pièce. Je la trouve grande, lumineuse avec ses deux fenêtres et j’ai l’impression d’être « au large ». Le reste est un peu rikiki, on fera attention de ne pas se marcher sur les pieds. Je te demande juste de ne rien déplacer et de ne pas trop salir.
- — Je ferai de mon mieux, je suis désolé de t’envahir. N’hésite pas à me dire ce qui ne va pas. Mais du lundi au vendredi, je suis parti dix heures par jour, j’ai des cours de huit heures à dix-huit heures.
- — Houlà ! Huit heures ? Ça veut dire que tu te lèves vers sept heures ?
- — Oui, c’est ça.
- — Euh… tu prends quoi le matin ?
- — Un grand bol de chocolat. Mais il suffit d’un peu de lait et du micro-ondes, j’ai rapporté une boîte de chocolat entamée.
- — Bien, si tu te débrouilles, c’est parfait. Compte sur moi pour le dîner, c’est mon meilleur repas de la journée. Mais le matin, je suis dans le potage jusque vers dix heures. Tiens, tant que j’y pense, je te donne une clé.
- — Merci, j’essaierais de ne pas faire de bruit.
- — Parfait. En revanche le soir, sonne avant de rentrer, je pourrais être occupée. Il m’arrive de recevoir des clients ici.
Cette remarque me titilla un brin, et je me demandai soudain de quel « commerce » elle faisait profession. Elle n’avait pas vraiment l’air de quelqu’un qui fait celui de son corps, mais… À y regarder de plus près, elle était plutôt bien faite, très bien même. Très classe, jolis vêtements, très hauts talons, poitrine et postérieur apparemment bien pommés, longues assez musclées, mains fines aux ongles très longs et très soignés. Son visage était plus agréable de face que de profil, à cause d’un nez légèrement busqué qui traduisait un caractère fort et têtu. Je chassai vite toute pensée malsaine de mon esprit, surtout lorsqu’elle déplaça des piles entières de revues et de catalogues d’art pour loger mes affaires.
- — En quoi ça consiste ton métier ?
- — Eh bien, j’essaie de repérer dans les ventes des pièces rares, ou des pièces qui correspondent aux goûts de mes clients. Ensuite, j’essaie de les acheter, le moins cher possible, bien sûr, et puis je les revends le plus cher possible, évidemment. La différence est pour moi. Parfois, je ne joue que le rôle d’intermédiaire entre un vendeur et un acheteur, et là je perçois une commission. Et j’espère qu’un jour j’aurai une galerie où je pourrai exposer mes œuvres, pour donner envie de les acheter. Mais il faut un local bien situé, et c’est très cher. Les charges, le loyer, le chauffage, l’éclairage et l’aménagement de départ. C’est très particulier comme boutique.
- — Je comprends. Ça a l’air très intéressant. Et ça gagne bien ?
- — C’est très aléatoire, parfois oui, parfois non. Il y a des périodes plus ou moins favorables. Tu sais, ce sont les riches qui achètent de l’art, alors quand la bourse va bien, je vends bien parce qu’ils ont beaucoup d’argent. Ou alors, il faut que la bourse aille très très mal, et ils achètent de l’art pour placer le pognon qu’ils ont pu sauver.
- — Ah ? J’aurais cru que c’étaient des amateurs, des gens qui cherchent à se faire plaisir.
- — Il y en a, mais souvent ils n’ont pas de pognon. Je leur case de petites œuvres d’artistes moins connus, des croquis, des petits trucs à deux ou trois mille euros et ça leur fait plaisir. Mais je ne gagne que quelques centaines d’euros. Alors que lorsque je vends une toile à cinq millions, je ramasse un jackpot de cinq cent mille !
- — Ah la vache ! Quand même… Et ça t’arrive souvent ?
- — Hélas non, ça m’est arrivé une fois, et j’ai acheté cet appartement. Et puis il y a des pépins. J’ai acheté cette toile de Vlaminck aux enchères, certaine qu’elle plairait à l’un de mes clients. Vingt-huit mille euros. Et elle ne lui a pas plu. C’est pour ça qu’elle est au mur, j’en profite.
- — Putain ! Vingt-huit mille boules ! La vache !
- — Tu remarqueras que c’est pour ça que ma porte est blindée. Tu évites d’en parler à tes copains, OK ?
- — Bouche cousue. Merci de ta confiance.
Les nouvelles n’étaient pas bonnes. La récidive, c’était en fait une leucémie. Il fallait que ma mère subisse une autogreffe de moelle osseuse. Je n’étais pas près de la revoir, pendant quinze jours elle était en chambre stérile. Avec Frane, ça ne se passait pas mal. Elle était vraiment sympa. Autant elle m’incitait à bosser et à ne pas poser de problèmes à mon père, qui en avait suffisamment, autant elle essayait de me divertir et de me changer les idées. Alors le samedi soir, elle me sortait… Petit resto, puis un ciné ou un concert. Je n’avais pas trop de vêtements de sortie, alors c’était elle qui se mettait à mon diapason, jean moulant, bottines, blouson. Je trouvais cela délicat de sa part, même si ses trucs étaient tous de marque et coûtaient un bras. Elle laissait ses cheveux détachés, et l’on aurait pu passer pour deux copains, ou un mec et sa nana. Des fois ça me faisait bander. Surtout quand elle m’emmenait en boîte et qu’on se frottait pendant quelques slows, pressés par la foule. Elle faisait comme si de rien n’était. C’était dans ces moments-là que je trouvais qu’elle sentait vachement bon, un parfum sans sillage, mais qui enivrait à quelques centimètres. Ça non plus, ça ne devait pas être donné. Et puis, il y avait cette intimité dans quelques mètres carrés, alors évidemment… Le samedi ou le dimanche matin, elle émergeait vers dix heures, la tête dans le seau, nue dans son petit peignoir de satin. J’avais préparé le café, elle se vautrait sur le canapé que j’avais refermé en grognant :
Je me remettais à bosser en la surveillant du coin de l’œil, récompensé parfois, surtout quand elle se relevait pour aller se doucher, par un sein qui s’échappait ou la vision fugace de son « ticket de métro » soigneusement taillé. Tu parles d’un voyage qu’on devait pouvoir faire avec un ticket comme ça ! Je bandais et parfois je filais aux chiottes me masturber comme un fou. Et puis dans la petite salle de bain, il y avait la machine à laver et le panier de linge sale dans lequel je trouvais ses petites culottes, très petites et généralement très sexy, imprégnées de son odeur de femme. L’occasion encore de me branler sous la douche. Mais ça n’allait pas plus loin. C’était une femme, elle me considérait comme un gamin, du moins le supposais-je.
Bien sûr, au lycée, je « dragouillais » comme tous mes potes de classe. Des filles de ma classe ou d’autres. Une en particulier qui m’invitait régulièrement chez elle pour bosser quand on n’avait pas cours, elle habitait à deux pas du bahut. Elle était bonne en maths, moi pas, j’étais plutôt littéraire et branché histoire. Alors on s’entraidait. Ce n’était pas une beauté, mais une jolie frimousse avec des lunettes, un peu ronde sans être grosse, avec une peau sublime de la blancheur du lait. Lorsqu’elle arborait une de ces mini-jupes à la mode et qu’elle repliait ses jambes sous elle sur le canapé, je dégustais ses cuisses des yeux. Mais rien à faire, sa mère ne travaillant pas était tout le temps sur notre dos. Bref, une vie de lycéen avec la bite sous le bras, comme la plupart d’entre nous, sauf les vantards qui nous racontaient leurs « expériences » pompées chez Arlequin. Jusqu’au jour où…
Affreux mal à la tête, front brûlant, jambes en coton. J’ose aller frapper à la porte de Frane. Une fois, deux fois, j’appelle… rien. Alors j’ouvre doucement la porte de sa chambre. Madone ! Elle était à poil sur son lit, draps de satin bleu nuit, à demi à plat ventre, un pied sous les draps repoussés, l’autre jambe repliée. C’était nul d’être aussi vaseux en voyant ça. Je lui posai une main sur l’épaule en l’appelant, elle se réveilla enfin.
- — Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Il y a le feu ?
- — Non, je suis désolé de te réveiller, mais… ça va pas. J’ai mal au crâne, je crois que j’ai de la fièvre, j’ai du mal à avaler…
- — Merde ! Qu’est-ce qu’il faut faire ? Oh là là, je ne suis pas préparée à ça, moi pas maman…
Sans se soucier de sa nudité, elle fonça à la salle de bains et revint avec un thermomètre.
- — Colle-toi ça où je pense, j’arrive.
Mon pénis s’autorisa tout de même quelques sursauts timides, mais j’avais les couilles au fond du sac, pendant lamentablement. Pourtant, ce que j’avais vu c’était du sublime, de la nana de luxe, bronzée à la lampe absolument partout et gaulée comme une déesse. Merde ! C’était bien ma veine d’être H. S. Remarque, sans cela je n’aurais jamais vu tout ça. Verdict du suppositoire réutilisable, 39° 5. Pas bon.
- — Vache, maugréa-t-elle, qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là ? Toubib. (elle cherche dans son carnet) Gynéco, non, dermato, non, dentiste, non… Ah, la voilà.
Elle appela, la secrétaire lui répondit : consultations sur rendez-vous, mais pas de visite à domicile.
- — Merde ! Mais qu’est-ce que je fais ?
- — Allez aux urgences ou appelez SOS Médecins !
Ce qu’elle fit. Une heure après, un… pakistanais, peut-être, me dit ravi que j’avais une superbe angine. Ordonnance, Frane fonça à la pharmacie du coin.
- — Tiens, prends vite ça, l’antibio, le doliprane, et puis je t’ai pris des bonbons au miel pour t’adoucir la gorge. Bon, maintenant il va falloir te déménager. Je suis désolée, mais j’ai un client qui doit venir en fin de matinée. Tu vas aller te coucher dans mon lit.
- — Attends, je vais refaire celui-ci et refermer le canapé…
- — Non, non, je m’en occupe. Ça va aller ?
- — Je pense, j’espère…
Elle est venue dans la chambre poser mes affaires, je crois que je dormais déjà. Peut-être est-ce le tintement de la sonnette qui m’a tiré du sommeil, je ne me souviens pas trop, j’étais dans le coaltar. Je sais juste que j’ai eu envie de pisser, alors je me suis levé pour aller discrètement aux toilettes. En passant près de la porte du salon entrouverte, j’ai saisi quelques bribes de conversation.
- — Oh ! Et celui-ci, dites-moi, il est magnifique ! C’est…
- — Oui, Vlaminck. Je l’adore.
- — Il est absolument éclatant, lumineux. Comment s’appelle-t-il ?
- — Tout simplement « Rue de village ». Je l’ai acheté il y a quelques années et je ne m’en lasse pas.
- — Combien ?
- — Je l’ai eu pour environ quarante mille.
- — Je vous en offre quarante-cinq.
- — Ah non, mais il n’est pas à vendre, j’y tiens trop.
- — Cinquante.
- — Monsieur de la Croupe, je vous dis, non, je souhaite le garder. C’était un coup de cœur…
- — Je comprends, j’ai le même en ce moment. Allez, à soixante, votre cœur s’entrouvre ?
- — Je ne voudrais pas vous voler, mon cher. Si je l’estimais aujourd’hui, je serais certainement entre cinquante et soixante, en effet. Donc à soixante, je préfère le garder.
- — Ah, vous êtes dure ! Allez, soixante-quinze, mais ce sera, avec regrets, ma dernière offre.
- — Oh là là ! J’ai vraiment envie de vous faire plaisir… mais c’est un déchirement.
- — C’est vrai ? Magnifique. Tenez, je rédige le chèque immédiatement…
Je suis retourné dans la chambre, j’avais un peu froid. Elle l’a bien eu, le pépère. Maligne, la Frane ! J’ai entendu le bonhomme prendre congé et la porte s’est entrouverte.
- — Tu dors ?
- — Non.
- — Ça va ?
- — Oui, je me sens mieux.
- — Ah ! Alors tout est parfait. Regarde, les deux beaux chèques ! Oh, je suis heureuse…
- — Tout s’est bien passé, alors ?
- — Mieux que ça ! Ça y est, je me suis débarrassée du de Vlaminck ! Et bien en plus, acheté vingt-huit, vendu soixante-quinze.
- — Putain ! Une culbute de quarante-sept mille… Ben dis donc !
- — Surtout que l’ayant eu sur les bras pendant deux ans, son achat est épongé depuis. Et puis l’autre chèque, il n’est pas tout pour moi. Je n’ai que la commission. Mais une toute petite feuille de papier, un dessin cochon signé Pablo Picasso, c’est cinquante mille euros, dont cinq pour moi. Tu te rends compte ? Une journée à quatre-vingt mille boules ? Ce soir, c’est champagne. Oh, dis donc, mais tu es trempé…
- — Oui, j’ai dormi et j’ai beaucoup sué…
- — C’est le mal qui s’en va, disait mon père. Tu ne peux pas rester comme ça. On va te changer, tu seras mieux.
- — C’est que… mon autre pyjama est au sale.
- — Ah merde ! Pas grave, tu mettras un t-shirt. Il faudrait te laver aussi, sinon ça va sentir ! Je vais chercher ce qu’il faut. Ne bouge surtout pas.
- — Mais attends, je vais aller prendre une douche.
- — Non non non, surtout pas. Tout mouillé tu vas prendre froid. Un bain, à la rigueur, mais je n’ai pas assez de place pour une baignoire. On va procéder morceau par morceau, laisse-moi faire et pose ton pyjama.
Je la regardais s’éloigner, très classe dans sa petite robe taupe, d’une matière qui ressemblait à de la croûte de cuir, mais en beaucoup plus fin et souple, collant parfaitement à ses formes, avec un grand revers d’un seul côté l’autre semblant refermé en dessous, jusqu’au ras du cou. Ceinture noire, collants noirs et escarpins noirs, elle avait tout fait pour séduire son client par sa sobre élégance. Surprise lorsqu’elle revint avec une cuvette, un gant de toilette et une serviette, la robe avait disparu.
- — Eh bien, mon petit Jérôme, tu ne m’as jamais vue, se moqua-t-elle devant ma bouche ouverte ? Eh, ce matin tu m’as vue totalement à poil. Là, je suis habillée. Peu, c’est vrai. Mais je me méfie, je ne suis pas très habile et cette robe en alcantara a horreur de l’eau. Un jour, il s’est mis à pleuvoir, pourtant j’avais un parapluie. Quelques gouttes ont suffi pour lui laisser des marques. J’ai été obligée de l’apporter à un teinturier spécialisé qui l’a bien ramenée, mais ça m’a coûté cent vingt euros. Je n’ai pas envie de recommencer…
Non, elle n’était pas nue. Juste en soutif et string de dentelle noire, avec en plus un porte-jarretelles assorti tenant des bas que j’avais pris, a priori, pour des collants. C’était… ahurissant. Je n’avais encore jamais rien vu de tel et mon attribut masculin se mit immédiatement au beau fixe. Elle s’est assise près de moi sur le lit, posant la cuvette sur une chaise. Les jarretelles creusaient délicatement la chair tendre de ses hanches sur quelques millimètres et ses bas, comprimant légèrement ses cuisses, formaient juste au-dessus un délicat bourrelet où la lumière rasante jouait. Quelle belle femme ! Elle me débarbouilla en jacassant, je ne sais même pas ce qu’elle disait, seul le son de sa voix me caressait délicieusement les trompes d’eustache comme la mélodie d’une chanson d’amour. Elle me sécha le visage et posa sa main sur mon front.
- — C’est bien, tu es beaucoup moins chaud que ce matin. Allez, le torse maintenant.
Avec précaution, je repliai le drap jusqu’au nombril. Elle m’astiqua la poitrine et les dessous de bras un à un, me provoquant des sursauts et des contractions.
- — Eh, voyez-vous ça comme il est chatouilleux ce grand garçon… Allez, enfile ce t-shirt, et à la suite !
Sans que je m’y attende, elle rejeta le drap loin sur mes pieds et là… surprise. Mister Popaul en grand épanouissement ! C’est elle qui resta mâchoire pendante.
- — Excuse-moi, Frane… Je… Enfin…
- — Mais… mais, mais… ne t’excuse pas mon petit chéri. Euh… serait-ce en mon honneur ?
- — Ben… je ne vois personne d’autre ici…
- — Punaise ! … Mais tu as quel âge ?
- — Encore dix-sept ans, mais plus que pour huit jours seulement.
- — Ça veut dire que dans huit jours tu es majeur ? Oh, ça se fête ça ! Je te promets qu’on se fera une java d’enfer. Avec tout le pognon que j’ai pris aujourd’hui, on peut bien se le permettre.
Elle se mettait à parler, parler pour dissimuler son trouble, mais sans quitter mon sexe érigé de ses yeux de chatte gourmande.
- — Merci pour cet hommage muet, mais néanmoins très parlant. Bon, eh bien on va laver « la bête »…
Elle me passa le gant sur le ventre, soulevant délicatement mon engin de l’autre main qui, lui, ne cherchait qu’à retourner s’y coller. Ce contact me fit l’effet d’une décharge de 380 V. Je fermai les yeux, n’osant plus regarder. Quand le gant attaqua mon membre, ce fut l’extase dans un premier temps. Puis arriva le tour du gland qui, par la puissance de l’érection, s’était décalotté. C’est rêche ces machins-là, malgré le savon. Ma soudaine aspiration et ma grimace lui firent prendre conscience qu’elle me faisait un peu mal. Pas une vraie douleur, juste une irritation désagréable.
- — Oh pardon mon ange. Je vais procéder à mains nues, ce sera plus doux.
Mains au pluriel, parce qu’elle y mit les deux après les avoir bien savonnées. L’une tenait le mât à la verticale, et l’autre courait dessus, de bas en haut et de haut en bas. Et elle s’extasiait :
- — Putain c’est pas possible, je n’arrive même pas à en faire le tour avec mes doigts. Jamais vu ça…
- — Frane, chevrotai-je…
- — Oui mon chéri ?
- — Oh Frane, tu me fais du bien…
- — Je ne fais que le nettoyer.
- — Oui, frotte fort, il est très sale…
- — Coquin !
- — Tu crois ? Ce ne serait pas toi, la coquine ?
- — Alors nous sommes deux. À huit jours de ta majorité, tu ne vas pas me traîner devant le tribunal pour détournement de mineur ?
- — Oh non. Je t’y traînerai si tu arrêtes, pour manque de soins à un enfant dont tu as la garde.
- — Ha ha ha ! C’est qu’il aime ça, le bougre…
- — Oh oui… c’est trop bon… continue…
- — Attends, je vais le rincer parce que j’ai horreur de manger du savon.
Elle rinça, essuya très méticuleusement et mon mât se retrouva dans la chaleur douce et humide de ses lèvres. Nom d’une sensation inouïe ! Je n’en aurais pas rêvé, je n’aurais pas pu l’imaginer. C’était fabuleux et j’en grognais de plaisir, agité de soubresauts incoercibles. Visiblement, ce n’était pas sa première sucette. J’aurais pu croire que sa bouche ne contenait pas de dents, et sa langue de chatte, à la fois douce et râpeuse, savait exactement où effectuer ses entrechats. Je voguais sur un océan de plaisir, porté par un banc tourbillonnant de sensations nouvelles et fabuleuses. Ma respiration s’accéléra, elle accéléra ses mouvements, creusant les joues pour aspirer tout ce que je voudrais bien lui donner. Et ses mains, celle qui jouait avec mes couilles comme avec des boules chinoises anti-stress, et celle qui serrait fermement ma hampe en se secouant frénétiquement. Mes spasmes augmentèrent et se rapprochèrent, elle se redressa soudain, en fine connaisseuse, et laissa sa main terminer seule le travail, profitant de la salive pour astiquer mon gland du pouce. Le premier jet partit avec une violence inouïe, atteignant presque le plafond, puis trois autres qu’elle dirigea vers ma poitrine, enfin elle expulsa sur sa main quelques reliquats en me pressant de bas en haut comme un tube de gouache que l’on vide. Elle lécha sa main.
- — Hummmm… et en plus, il est délicieux. Tu m’as donné chaud, tu sais, je suis toute en sueur.
Elle reprit le gant et me nettoya le torse, puis la queue délicatement. Enfin, elle chercha où avait pu atterrir le premier jet, et finit par trouver une tache nacrée dégoulinant lentement sur le mur au-dessus du lit.
- — Passe-moi un kleenex, s’il te plaît.
Elle grimpa sur le lit et se mit en devoir d’essuyer le papier peint qui, hélas, s’était déjà un peu imbibé.
- — Tant pis si ça fait une tache, ce sera un très beau souvenir.
- — Oh Frane, je ne sais pas comment dire… je ne trouve pas d’autre mot, désolé, mais ton cul ! Il est trop beau…
- — Ah merci, dit-elle en se trémoussant. Voilà qu’il te fait envie ? Mais… mais tu bandes à nouveau ? Cette jeunesse, c’est merveilleux. Allez mon grand, sais-tu qu’il est deux heures et que nous n’avons pas déjeuné ? Que veux-tu manger ?
- — Quand j’étais petit et malade, ma mère me faisait des coquillettes et du jambon blanc. J’aimerais bien retrouver ce goût.
- — Impeccable ! C’est dans mes cordes et dans mes stocks.
- — Frane, je peux te demander une faveur ?
- — Dis toujours ?
- — De rester comme ça, sans remettre ta robe. Tu es si belle…
- — Ha ha ! Il est gonflé ! Allez, c’est pour faire du bien à un malade et aussi parce que c’est un jour exceptionnel. Tiens, j’ai une demi-bouteille de champagne et l’on va fêter la vente du Vlaminck.
- — Je n’aime pas trop le champagne… Je préférerais un truc fort qui m’aseptise la gorge.
- — Et ça boit quoi de fort un lycéen de nos jours ?
- — Euh… Martini-gin, si tu as ?
- — Habille-toi et va te le préparer ? Je crois qu’il y a ce qu’il faut dans le bar sous la télé.
Je me suis préparé un cocktail sévère, avec plus de gin que de martini. Mais pendant ce temps, Frane avait remis sa robe et ses idées en place.
- — Ce n’est pas sérieux, mon p’tit loup. Tes parents m’ont fait confiance, il n’est pas question que je te pervertisse. Ce qui est arrivé tout à l’heure n’aurait jamais dû avoir lieu. C’est de ma faute, je suis « l’adulte », je n’aurais jamais dû faire ça. J’étais dans cette euphorie d’avoir enfin vendu ce tableau et je n’ai pas réfléchi. Je te demande pardon, ça ne se reproduira plus.
- — Ça ne va pas, Frane ? Bois un peu de champagne, à la tienne. Tu l’as dit toi-même, je suis majeur dans une semaine. Et je vais aller me plaindre parce que tu m’as fait du bien ? Je dois aller au séminaire parce que tu me fais bander ? Vous êtes bizarres, les grandes personnes. Quand vous êtes agréables, ça ne dure jamais longtemps. Vous trouvez toujours de mauvaises raisons pour vous pourrir la vie. Ben moi, je n’ai aucune envie de devenir comme ça…
- — Mais oui, je te comprends, mais bon… Mets-toi à ma place un instant… Et à la place de tes parents. Ils me font confiance, et c’est un honneur, une preuve de grande amitié. Et moi, j’ai la sensation de les trahir…
- — Baratin ! Tu ne fais que mon éducation, sur un terrain où eux seraient incompétents. C’est pas ma mère qui m’aurait branlé et je n’aurais pas bandé pour ma mère. En plus, si elle n’était pas à l’hosto, va savoir si je ne serais pas tombé amoureux de toi quand tu viens à la maison. Si ça se trouve, je serais ici en cachette pour te prouver ma flamme en espérant que tu me fasses du bien, comme tu as fait.
- — Peut-être… Avec des si… Mais la réalité est là, et je ne suis pas fière de moi.
- — C’est ça, sens-toi bien coupable de me rendre heureux malgré tout ce qui m’arrive. C’est chiant la vie…
- — Oh non, ne sois pas triste ni ronchon, dit-elle en me prenant dans ses bras. Tu vois, je suis là, tu es là, on est bien, on s’entend bien, rien n’a changé depuis hier…
- — Alors ? … Pose ta robe et je serai le plus heureux du monde.
- — Non, mangeons sagement, et après il faut que je téléphone à ton lycée pour prévenir de ton absence.
- — Pffffffff !
L’après-midi s’est déroulé calmement. J’ai fait une sieste, elle est allée à la poste pour envoyer le paiement à son vendeur suisse du dessin de Picasso.
- — Tu vois, me dit-elle au dîner, j’ai fait une journée à cinquante-deux mille euros de bénéfice brut… Mais c’est une journée exceptionnelle. Il y en a une, deux, parfois trois dans l’année, et parfois pas du tout. C’est pour ça qu’il ne faut cracher sur rien, et même si une petite vente ne rapporte que cinq cents euros, il ne faut pas la manquer. Il faudra pouvoir manger demain…
- — Mais en moyenne, tu gagnes combien ?
- — Je dirais qu’en moyenne, tout étalé dans le temps, je m’en tire avec dix mille euros par mois. Mais il faut retirer les charges, d’entreprise, d’assurances qui sont parfois énormes, maladie, retraite, impôts, frais d’emballage, d’envoi… Disons qu’il me reste cinq mille net, à peu près. Pas de quoi me plaindre.
- — Non, c’est quand même pas mal, surtout que tu n’as pas d’horaires, tu t’organises comme tu veux.
- — Exact. Je n’aurais jamais supporté un patron. Mais tu vois, pour être efficace, il faut pouvoir réinvestir sans cesse, acheter à l’avance même sans avoir le client. C’est pour ça que j’ai séparé deux comptes : celui de l’entreprise, qui gonfle pas mal ces derniers temps, et le mien. Je ne me prends qu’un fixe de trois mille par mois, ce qui est très suffisant pour vivre correctement. Mon plus gros chapitre de dépenses, ce sont les fringues ; d’abord parce que j’aime ça, et ensuite parce que je suis une « commerciale » de luxe.
- — D’accord. Et celui de l’entreprise te permet de faire des achats par anticipation.
- — Tout à fait. Mais je reste aussi toujours dans l’optique d’ouvrir une galerie, et là il me faudrait pratiquement un million d’avance… Et encore.
- — Et tu en es où, et au bout de combien de temps ?
- — Presque à la moitié en huit ans d’activité. Ça me déçoit un peu, je m’étais donné dix ans et, à moins de deux ou trois très gros coups, je n’y serai pas. Ce serait pour moi une étape importante, un autre échelon dans le métier. Je passerai de courtier à galeriste, c’est une autre envergure. Il y a plein de métiers comme ça : antiquaire, restaurateur, commissaire-priseur, critique, expert. Pour moi, expert c’est le top. Mais il faut avoir eu dans les mains des milliers d’œuvres et connaître chaque technique, chacun des travers de chaque artiste. Souvent, c’étaient des crève-la-faim, capables de barbouiller n’importe quoi pour une bonne bouffe. Mais aujourd’hui, ce « n’importe quoi » est considéré comme un chef-d’œuvre. À moi de le dégoter.
- — Et quelle formation faut-il faire pour ces métiers ?
- — Il y a plein de boîtes privées, « Institut Machin », « École Internationale Chose », c’est payant, très cher, et en général tu es pris pour un rigolo dans le métier… Le must, ça reste l’École du Louvre ; là, c’est reconnu. Mais il est aussi difficile d’y entrer que d’obtenir le diplôme. Pas de mystère, il faut faire une prépa avant et bosser énormément.
- — C’est ce que tu as fait ?
- — Oui, et je ne le regrette pas. Quatre ans de bagne à bosser quinze heures par jour, mais à vingt-trois ans, tu sais de quoi tu parles quand tu vois une toile.
- — Ça me plairait bien, moi qui suis plutôt littéraire. Mais jusque-là, je ne me suis pas beaucoup intéressé à l’art, je n’y comprends rien…
- — Mais je suis là ! Je peux t’initier, au moins pour voir si ça te plaît vraiment.
- — C’est vrai ? Oh, ça ce serait sympa !
- — Eh bien voilà, au lieu d’aller en boîte, on ira au musée.
- — On peut peut-être faire les deux, c’est pas les mêmes horaires !
- — Ha ha ! Tu ne perds pas le nord. Tu devrais aller te coucher, tu as l’air fatigué.
- — C’est vrai, la fièvre, les antibios, je suis crevé. Je vais préparer mon lit.
- — Pas la peine, reste encore dans le mien. Comme ça si tu n’es pas bien je le saurai tout de suite.
Là, ce n’est pas moi qui ai demandé. Elle s’est déshabillée devant moi, avec cette élégance qu’ont les femmes quand elles posent leurs bas. Je bandais comme un âne. Elle s’est glissée dans le lit près de moi, nous étions allongés sur le dos, côte à côte, interdits.
- — Je peux éteindre, demanda-t-elle ?
- — Non, pas tout de suite, j’ai envie de te regarder…
- — Ah oui, mais ça ne va pas aller, ça, je ne peux pas dormir avec la lumière…
- — Juste un peu… J’ai tellement envie de te regarder, de te caresser, de me frotter à toi, de t’embrasser partout, de téter tes seins, de…
- — STOP ! Attends Jérôme, d’abord écoute-moi. J’ai décidé de te garder dans mon lit avec moi, et je me doutais bien de tout ça et de comment ça finirait. Mais mettons les choses au point, qu’on soit bien d’accord. En faisant cela, je prends le risque de me fâcher définitivement avec tes parents, tellement qu’ils t’interdiront de ne plus jamais me voir. Mais j’ai trente et un ans, encore pas trop vieille, et moi aussi, comme toi, la séance de ce matin m’a… chavirée. Ben oui, moi aussi j’ai une libido, des envies, des désirs. Ce plumard n’a pas vu un homme depuis des mois, tellement que je ne me souviens même plus qui c’était. Peu importe. Mais aujourd’hui, il y a dedans un beau jeune homme, fringant et vigoureux, doté d’une belle queue qu’il m’a été donné de voir et toucher. Alors je me suis dit : merde ! Je n’ai qu’une vie, des occasions comme celle-là ça ne se laisse pas passer. Et tant pis pour le reste. Tu comprends ce que je te dis ?
- — Oui, bien sûr. Je suis content que tu aies pris cette décision. Et moi, ben… je suis dans un lit pour la première fois de ma vie avec une fille, qui se trouve être une femme fabuleuse. J’ai un trac aussi fort que mon désir, et ce n’est pas rien, regarde, dis-je en rejetant le drap…
- — Oh putain ! C’est pas possible. Je crois bien qu’elle est encore plus gonflée que ce matin, je n’arrive pas à m’habituer. Vas-y, tripote-moi, fais-moi tout ce que tu veux…
J’étais très hésitant. J’ai avancé mon bras doucement et je l’ai effleurée du bout des doigts, timidement. Elle frémissait, sa peau se crispait en chair de poule. J’ai parcouru tout son corps comme ça, étonné par l’infinie douceur de sa peau. J’ai vu la pointe de ses seins se dresser, ses aréoles se contracter, je les ai touchées, puis j’ai avancé ma bouche pour les gober. Merveilleuse sensation remontant potentiellement à la petite enfance. Elle a mis sa main sur la mienne pour m’inciter à presser plus fort ses globes tendres. Ce simple geste m’a rendu fou et je me suis mis à la peloter, à pétrir ses seins, ses fesses… Son ticket de métro se soulevait parfois à la rencontre de ma main, réclamant des caresses. Comme je ne savais pas trop comment faire, je me contentais d’y passer le plat de la main. Alors Frane sentit qu’il lui fallait intervenir.
- — Tu as déjà vu le sexe d’une femme, mon petit chéri ?
- — Euh… non, pas en vrai. En dessins et en photos…
- — Bon. On va remédier à ça. Il faut tout de même que tu saches où tu vas fourrer ta belle queue.
Elle ouvrit largement ses cuisses et se lança dans un cours d’anatomie. J’en appris plus en cinq minutes que dans les dix-huit années précédentes. Les éléments, les zones sensibles et la façon de les utiliser. Y avait plus qu’à, exercices pratiques. J’en avais mal au filet, sous ma langue, à force de la plonger loin dans cette grotte merveilleuse et d’y laper ce liquide légèrement visqueux et poivré, totalement enivrant. J’ai décapuchonné, aspiré et fouetté du bout de la langue le petit bouton d’amour qui la faisait tant sursauter. J’ai fourré mes doigts partout, j’ai enduit toutes ses chairs apparentes de ce bon jus si goûtu, je l’ai fait râler, sursauter, tressauter et supplier :
- — Oh oui… oh oui, mon chéri… oh, je t’en supplie ne t’arrête pas… Oh oui, je jouis !
J’eus la surprise de voir ce cataclysme neurologique tétaniser cette jolie femme, la faire crier et exploser en gestes désordonnés. J’étais à la fois étonné, ravi et fier d’entendre ses compliments et l’invitation qui suivit :
- — Merveilleux ! Allez, maintenant viens en moi. Mais fais doucement, une femme c’est fragile.
Elle me guida de sa menotte. J’avais trouvé sa bouche incroyablement délicieuse, mais là c’était bien au-delà, bien plus que mon imagination l’avait supposé. C’était chaud et humide, tout serré autour de mon gland, et ça s’écartait sur mon passage pour se resserrer derrière, et tout du long. Ses lèvres puissance cent ! J’ai senti que je touchais le fond, mais j’avais encore deux ou trois centimètres à entrer, j’ai poussé doucement, comme elle m’avait dit.
- — Ouf ! … Nom d’un chien, ça, c’est une expérience…
- — Je te fais mal ?
- — Non, pas vraiment, mais tu me chamboules tout le ventre. Fais doucement, ne bouge plus, il faut que je m’habitue…
Mes parents ne m’avaient pas donné le mode d’emploi. Soit ils l’avaient perdu, soit ils n’imaginaient pas que j’en aurais besoin. Malgré tout, il doit y avoir certains automatismes inscrits dans les gènes. J’ai su tout de suite que coulisser dans ce fourreau délicat allait me faire le plus grand bien, à la manière de ma main quand je me tripotais ou de celle de Frane ce matin. Dès qu’elle me donna le feu vert pour m’agiter, j’ai lancé le piston de la locomotive.
- — Holà, holà, holà, s’écria-t-elle ! Doucement mon lapin. Parce que tu fais le lapin, là. Faire l’amour, ce n’est pas une corvée dont on se débarrasse le plus vite possible en vidant ses couilles dans le ventre de la dame. C’est d’abord et avant tout un partage. Et la dame elle a besoin de temps, de douceur, de tendresse. De violence aussi parfois, mais pas là. Ne cherche pas que ton plaisir, pense au mien. Prends le temps, apprends à gérer ton plaisir, essaie de l’accorder sur le mien. N’arrête pas de me cajoler, de me caresser, de chercher à m’émouvoir. Attends, laisse-moi faire…
D’un coup de reins, elle me bascula sur le dos, toujours enfilée sur mon mât de beaupré. Elle me fit des petits bisous partout, sur ma bouche, sur mes joues, mon cou, mes oreilles, ma poitrine, mes tétons, et son bassin ne cessait de se trémousser torturant délicieusement ma queue. Elle s’est redressée, m’a pris les mains pour les poser sur ses seins et s’est lancée dans une folle chevauchée, parfois montant et descendant en utilisant le rebond du lit, parfois en basculant son bassin d’avant en arrière. Elle grondait et marmonnait des « oh oui… oh, c’est bon… ». Elle se coucha sur moi, cuisses repliées et tressauta longtemps sur ma queue. J’adorais ça. Pour continuer de la câliner, j’ai posé mes mains sur son dos, mais sa peau ne glissait plus, elle était couverte d’une fine buée. Je suis descendu jusqu’à ses fesses, rondes, ouvertes, dilatées par sa position. J’ai baladé mes doigts dans son sillon, touchant la base de mon pénis. C’était trempé. Et malgré ça, j’ai senti qu’à chaque fois que son cul montait, ses petites lèvres restaient étirées autour de ma hampe puis se retournaient à l’intérieur lorsqu’elle descendait. J’ai tripoté tout ça et, grâce à son jus bien glissant, toutes les parties accessibles de sa vulve jusqu’à son petit trou du cul. Elle semblait adorer, j’ai continué. Et soudain, elle s’est cabrée, a rugi et s’est écroulée sur moi agitée de soubresauts multiples.
- — Putain ce pied, mon petit chéri… Houuuuuu ! Merci ! … C’est bien, tu m’as bien donné le temps de jouir. Mais je vais te récompenser…
Elle s’extirpa de mon sexe et se plaça à quatre pattes à côté de moi, m’invitant à venir derrière elle. Ah oui ! Ah trois fois oui ! Comme son cul pouvait être superbe ainsi ! On aurait dit… un cœur à l’envers. Et son sillon bien ouvert, sa vulve qui giclait vers moi entre ses cuisses écartées. J’ai tout compris, je présentai ma queue, et toc ! Droit au fond. Elle se déroba un peu puis revint à sa position initiale. Eh oui, je sentais encore mieux le fond, comme ça. Mais en plus, j’avais les mains libres. Je pouvais me cramponner à ses hanches, tripoter ses seins… Ça me plut énormément. Alors je m’en donnai à cœur joie. Locomotive, pétrissage de seins, pincement des tétons, ah ! Et tiens, en me penchant sur son dos, je pouvais même accéder à son petit bouton. Oh, elle aimait ça, et moi aussi. Je sentis que là, prête ou pas, je ne pourrais pas attendre longtemps. Elle m’excitait tellement, je ne pouvais m’empêcher d’accélérer. Oh que c’était bon, je sentais que c’était de meilleur en meilleur, mes mains se crispaient mon corps tout entier bouillonnait et soudain ce fut mon tour de tétaniser. Feu d’artifice dans ma tête, fulgurance dans mes reins et geyser au bout de ma queue, tout là-bas au fond de son ventre. Je criai, elle aussi, je la tirai sur ma queue par les hanches pour les trois dernières grosses secousses, jusqu’à ce que les jets se calment, elle couinait comme une peluche d’enfant que l’on secoue. Puis elle devint toute molle entre mes mains, elle s’écroula sur le lit en m’entraînant, toujours au fond d’elle. Elle respirait comme un soufflet de forge :
- — Hhhhrrrr… hhhhrrrr… tu m’as tuée… tu m’as démolie… j’en peux plus…
Je voulus me retirer de sur elle pour lui laisser un peu d’air, nos corps étaient collés par nos sueurs. Elle cria :
- — Non, reste ! Reste, je t’en prie, c’est trop bon… Si tu te retires maintenant, je crois que tu m’arracheras tout le ventre…
Je repris mes esprits et mon souffle aussi, j’écartai doucement ses cheveux collés et je lui posai plein de bisous sur la joue et sur l’oreille. Je venais de vivre le plus beau jour de ma vie, je n’étais plus puceau, et de quelle manière, avec quelle femme ! J’étais prodigieusement heureux. C’est certain, la masturbation allait perdre un adepte et je ne regarderai plus jamais les femmes de la même manière. Ce que j’étais bien dans sa chatte, ça en faisait palpiter ma queue. Elle le sentit.
- — Quoi ? Mais tu bandes encore ? C’est beau la jeunesse, moi je vous le dis. Allez, je vais aller finir ma petite bouteille de champagne, ça vaut bien ça ! Et toi ? Martini-gin bien sûr ?
Elle courut aux toilettes parce que ça coulait puis fila à la douche. J’ai préparé nos boissons et je suis allé me doucher aussi. Elle m’attendait, se hissa sur la pointe des pieds pour me mettre les bras autour du cou et me donner un long et délicieux baiser.
- — Tu vois, je viens de faire quelque chose de pas bien du tout. Eh bien, tu veux savoir ? Je ne regrette absolument pas. À la tienne !
Maman, ton amie est vraiment super. Merci. Nous nous sommes recouchés, tendrement enlacés et vite endormis. Le toubib m’avait fait un certificat jusqu’à la fin de la semaine, nous l’avons passée à faire l’amour, il me semble en pratiquant tout ce qui est possible. Nous étions déchaînés, mus par une folie des sens qui ne retombait que par épuisement ou pour les autres actes essentiels à la survie. Je découvrais tout avec ravissement, y compris un appétit sexuel et des ressources insoupçonnés jusque-là. Mon sexe était douloureux, hypersensible, et ne reprenait même plus la taille de repos que je lui connaissais auparavant. Frane, de son côté, semblait totalement ravie de jouer son rôle d’égérie et de me voir reprendre aussi vite vigueur. Elle s’offrait en quelque sorte le luxe d’une folle parenthèse dans une vie plutôt calme sur ce plan, révélant une animalité bien enfouie sous une carapace de bienséance sociale.
Hélas, les meilleures choses ayant une fin, le lundi arriva avec le retour au lycée. On me trouva pâlot et fatigué, je n’avais pas besoin de simuler un retour de maladie. Ma petite copine Sandra me proposa aussitôt de me fournir les cours manqués, je passai donc chez elle le mardi en début d’après-midi, nous avions un trou de deux heures. Assurément, mon regard avait changé sur la gent féminine. Je détaillais cette fille dodue à la peau blanche, la voyant pratiquement nue sous son pull moulant et sa jupette, des formes généreuses, des nichons lourds et tendres, une chair où les doigts doivent délicieusement s’enfoncer, une foufoune en jachère…
- — Jérôme ! Tu m’écoutes ?
- — Oui, oui. Je te regarde et je t’écoute…
- — Excuse-moi, mais tu as l’air… absent, ailleurs.
- — Je te trouve… très désirable.
- — Oh Jérôme ! Tu vas me faire rougir…
Elle était comme à son habitude, assise sur le canapé, ses jambes repliées sous elle, genoux et cuisses dépassant partiellement de sa jupe. J’y posai une main, elle tressaillit.
- — Jérôme, que fais-tu ? murmura-t-elle dans un souffle.
- — Hum… que tu es douce et chaude.
- — Mais Jérôme…
- — Chut ! Donne-moi ta bouche.
Je l’embrassai doucement, tendrement, ne pas effaroucher la poulette. Elle gémissait par le nez tandis que ma langue fouillait sa bouche et que mon autre main lui pressait un sein, exactement comme je l’attendais, gros, souple et encore bien ferme. C’était très agréable. Elle reprit son souffle.
- — Il ne faut pas, ma mère est là, elle peut entrer à tout moment…
- — — On ne fait rien de mal, juste un petit baiser…
Je repris sa bouche et c’est elle qui me passa un bras autour du cou, me laissant toujours mes deux mains libres. Cuisses généreuses, hanches charnues, taille peu marquée, gros nichons, l’exploration tactile confirmait mes impressions. Mais soudain, nous entendîmes un bruit de talons se rapprocher, elle se rajusta, rouge comme une pivoine.
- — Bonjour, Jérôme, comment allez-vous ? salua Madame Solange Gardien.
- — Mieux, Madame, beaucoup mieux, je vous remercie.
- — De quoi souffriez-vous, alors ?
- — D’une angine.
- — Oh, c’est parfois douloureux et sévère. Vous savez que Sandra était inquiète pour vous. C’est beau l’amitié entre camarades de classe.
- — Tout à fait, et Sandra est adorable. Mais je crois qu’il est temps que nous rejoignions le lycée pour les derniers cours.
- — Bon courage à vous.
- — Au revoir, Madame, et merci pour votre accueil.
- — Vous êtes ici chez vous, mon petit Jérôme. Et dites-moi, comment va votre maman ?
- — Hélas, les nouvelles ne sont pas fameuses. Elle a subi une autogreffe, c’est un peu quitte ou double, nous le saurons très vite.
- — Surtout, si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas. C’est si dur pour vous de préparer le bac dans ces conditions. Vous avez tout notre soutien affectueux. Tenez, je vous embrasse, comme une maman…
Son parfum n’était pas celui de Frane, bien plus capiteux. Mais sa peau était douce aussi et, globalement, elle était bien à l’image de sa fille, ronde sans être grosse, bien pourvue en poitrine et postérieur, un visage encore très jeune et angélique. Je la percevais comme une petite bourgeoise, elle en avait le profil et les manières.
Des nouvelles, nous en eûmes dès le lendemain. Joyeux anniversaire ! Mon père ne me le souhaita pas…
- — Jérôme ? C’est fini, larmoya-t-il au téléphone…
Pas le resto prévu évidemment. Nous allâmes ensemble à l’hôpital. Mon père était effondré. Je n’avais pas pu voir ma mère depuis qu’elle était en chambre stérile, sa pauvre petite dépouille était horriblement maigre et torturée, avec tous les stigmates des perfusions, intubations et autres mauvais traitements qui s’étaient avérés inutiles. Cette image était d’une violence inouïe, je fus bouleversé à en chialer, Frane pleurait également à chaudes larmes. Quant à mon père, il était complètement à l’ouest, répétant « chérie… chérie… ma chérie… » devant le petit cadavre. En une semaine, je suis passé de l’Everest à la fosse des Mariannes. L’horreur ! Merci Frane de m’offrir ton épaule pour pleurer et de supporter mes insomnies. Mon père a été mis sous tranquillisants, il a très mal géré les obsèques. Il a dû se faire avoir par les pompes funèbres qui lui ont refilé un cercueil somptueux horriblement cher, et bien peu de gens étaient informés et accompagnèrent ma mère à sa dernière demeure. Le bouche-à-oreille a mieux fonctionné, Madame Gardien et sa fille étaient là, côte à côte, presque identiques en sombre. Les voir ainsi m’a soudain donné l’envie de les baiser toutes les deux, pensée déplacée que j’ai bien vite chassée. Le proviseur adjoint du lycée avait également fait le déplacement pour représenter l’établissement, et ce, grâce à Sandra. Je soutenais mon père avec ma maîtresse. Mais peu à peu, au fil de la cérémonie, des condoléances, du trajet pour le cimetière et des longueurs imposées par ces gens qui font métier de la mort, les médocs perdaient de leur effet. Il s’est à nouveau effondré devant la tombe en criant sa même litanie, « chérie… chérie… oh ma chérie… ». Nous l’avons vite ramené à l’hôpital. Le toubib m’a dit qu’il envisageait une cure de sommeil pour que son cerveau absorbe le choc, et en le perfusant pour que son corps reprenne quelques forces. Moi je me disais que la cure allait simplement repousser le choc à plus tard, sans le résoudre. Ce qu’il lui fallait, c’est une aide psy pour le surmonter. Tout le temps que je suis resté avec lui, je lui ai répété qu’il fallait qu’il tienne bon, que j’avais besoin de lui. Mais je crois qu’il ne m’entendait même pas. Je suis rentré vidé.
- — Tu as quelque chose de plus fort que le Martini-gin, demandai-je à Frane ?
- — J’ai du whisky, d’après le chiffre sur la bouteille, c’est plus fort.
- — C’est ce qu’il me faut.
- — Sers-m’en un aussi, s’il te plaît… Merci.
- — Tu te rends compte, si je ne t’avais pas ? Ce soir, je serais rentré dans une maison vide et pleine de souvenirs… De quoi se flinguer.
- — Ne dis pas cela, mon chéri. Chasse ces mauvaises pensées. Regarde, je suis là, avec toi, je partage ta souffrance et ici tu dois n’avoir que de bons souvenirs, non ?
- — Oui, c’est vrai. J’ai de la chance que tu sois devenue amie avec maman.
- — Tu vois, tu es né sous une bonne étoile qui te protège. Allez, il faut penser à ton avenir, à ton bac et ne plus penser qu’à ça. Tiens, on fait un deal : si tu as ton bac, je te paye ton permis de conduire.
- — Non ? Tu ferais ça ?
- — Oh oui, parce qu’avec ce que tu vis, tu l’auras bien mérité.
- — Tu es trop !
- — Ce qui ne nous empêchera pas d’aller passer quelques vacances à la mer, n’est-ce pas ? Avec le permis, on louera une voiture et hop, direction la côte. Tu vois ? Tu souris…
- — Oui, j’ai vraiment de la chance. Et pourtant je ne la mérite pas.
- — Pourquoi ?
- — Tu as vu ma copine Sandra et sa mère à l’enterrement.
- — Oui, tout à fait comme tu me les as décrites !
- — Eh bien c’est incroyablement odieux et déplacé. Mais en les voyant toutes les deux si semblables, j’ai eu envie de les sauter toutes les deux.
- — Rhooo ! C’est vrai que l’idée était déplacée. Et tu sais pourquoi cette envie soudaine ?
- — Non, pas vraiment. Parce que je les côtoie fréquemment peut-être, ou parce qu’elles sont l’opposé de toi avec ton corps ferme, musclé, entretenu, bronzé, et elles avec leurs corps dodus, blancs, mous… Je ne sais pas.
- — Mon cher Jérôme, surtout ne te gêne pas. Quand on a ton âge, il faut en profiter au maximum et satisfaire ses envies. Elles ne s’en plaindront pas.
- — Tu me dis ça… mais tu ne serais pas jalouse ?
- — Eh, nous ne sommes pas mariés, ni même en couple. Nous deux, c’est juste un accident. Quelques jours, quelques semaines, quelques mois ensemble, tant mieux pour moi, j’en profite. Mais je suis beaucoup trop vieille pour que nous restions ensemble. Quelques mois dans ta jeune vie, ce n’est rien du tout. Tu ne m’oublieras peut-être pas complètement parce que j’aurais été la première femme que tu as tenue dans tes bras, mais je ne serai pas la dernière. Et puis ce sont des femmes très recommandables, propres et sans maladies. Tu vois, tu me dirais que tu as envie de te taper une junkie qui se pique à l’héro à longueur de journée dans un squat sordide, là ça m’ennuierait. Peur pour toi et moi de choper des maladies…
- — T’es incroyable… J’en apprends des choses sur la vie avec toi. Tiens, je m’en sers un autre. Toi aussi ?
- — Non, être triste est une chose, tomber dans l’alcool en est une autre. Il faut savoir affronter ses douleurs et ses angoisses sans chercher à fuir dans ce genre de produits. Trop addictif.
- — Tu as raison.
Je suis allé me coucher. J’ai dormi, j’ai cauchemardé, Frane était là pour m’apaiser. Je suis reparti au lycée dès le lendemain, tout le monde a été très sympa avec moi. Et la vie a repris. Et j’ai recommencé à faire l’amour avec Frane, certains week-ends avec l’énergie du désespoir, pour oublier dans le plaisir les maux qui me torturaient. Je passais de temps en temps à l’hôpital pour voir mon père. Il est resté six semaines dans le sommeil artificiel. Il paraît qu’au-delà, les produits attaquent le corps, le foie, les reins, le cerveau… Saloperies. Quand il a été enfin réveillé, j’ai pu passer des moments avec lui. La cause de son dérapage était toujours intensément présente. Je lui répétais mon besoin de lui, mais il me disait ne plus avoir la force. Je lui ai même reproché gentiment de ne pas m’avoir souhaité mon anniversaire, pourtant important puisque j’étais désormais majeur. Il m’a juste répondu que j’en aurai beaucoup d’autres, mais que elle, ma mère, n’en aurait plus. Une fois tout de même il m’a demandé si tout se passait bien avec Frane. Ma réponse l’a fait sourire, tellement j’ai loué ses qualités avec enthousiasme.
- — Doucement, mon garçon, cette femme pourrait être ta mère, non ?
- — Mais non papa, on n’est pas mère à douze ans.
- — Tiens au fait, passe-moi mon portefeuille dans ma veste… Tu lui donneras ça et qu’elle me dise ce que je lui dois exactement pour ta pension.
- — Oh, elle refusera, comme elle l’a déjà fait. C’est un cœur d’or, je te dis.
- — Eh bien, débrouille-toi, fais les courses avant elle, je ne sais pas… En tout cas, prends ça.
Il me donna trois cents euros que j’empochais, actuellement il n’avait besoin de rien. La fois suivante, il était encore plus sombre. Il semblait ne pas entendre ce que je lui disais, il ne répondait pas ou par des onomatopées distraites. Puis soudain, il se redressa et me demanda :
- — Rappelle-moi. Tu m’as bien dit que tu avais eu dix-huit ans ?
- — Oui papa, le jour du décès de maman… Elle m’a bizarrement souhaité mon anniversaire…
- — Je finis par croire que rien n’est dû au hasard. Donc maintenant, tu es majeur ?
- — Eh oui, je suis entré dans la cour des « grands » !
- — Donc je ne suis plus responsable de toi.
- — Exact, si je fais une bêtise, c’est désormais moi qui aurai les ennuis.
- — Et donc tu peux prétendre à toutes les tractations d’une personne adulte et responsable. C’est bien, ça…
Je n’avais évidemment pas percuté sur le coup de ce que cela pouvait sous-entendre. Je n’ai compris que deux semaines plus tard, aux vacances de Pâques. Un coup de fil de l’hôpital. Il avait mis fin à ses jours…
De nouveau, la Terre se dérobait sous mes pieds. Mais cette fois, j’étais aussi très en colère. Comment un malade pouvait-il mettre fin à ses jours dans l’hôpital où il est soigné ? Que s’est-il passé ? Comment a-t-il fait ? Pourquoi personne n’est-il intervenu à temps ? C’est le directeur en personne et le toubib-chef du service qui m’ont reçu. Ils étaient très embarrassés, bien sûr, leur responsabilité était engagée, mais il avait prémédité son acte. Alors qu’il semblait aller un peu mieux, qu’il passait des nuits sans déranger l’infirmière de garde, en fait il ne prenait pas les comprimés qu’on lui donnait pour dormir. Il les stockait depuis plus de trois semaines. Jusqu’au soir où il les a pris tous d’un coup. Vingt-cinq comprimés d’un puissant sédatif, une dose mortelle, surtout sur un organisme fatigué. On ne s’en est aperçu que le lendemain matin, il était déjà froid…
Il y eut procès, l’hôpital fut condamné à me verser une forte somme, qui s’ajoutait à celle des assurances. Et il avait prémédité son acte jusqu’à transférer tout ce que lui et ma mère possédaient sur mon compte, sachant que dans tous les cas j’hériterai de leur petite maison de banlieue. Ainsi, financièrement, je pouvais envisager des études avec sérénité. Il n’empêche que j’étais désormais orphelin… seul au monde… Non, pas vraiment, il y avait Frane, toujours là, solide au poste. Je lui devrai tout, à cette femme remarquable. Elle passa des jours et des jours à me convaincre de penser à moi, rien qu’à moi, à moi et à mon avenir, à moi, orphelin, mais vivant. C’est grâce à elle que j’ai repris le lycée et que je me suis noyé dans le travail. Un mercredi, je calais sur un devoir de maths. Frane était sortie pour assister à une vente aux enchères. Je suis allé chez Sandra pour me faire dépanner. C’est sa mère qui m’ouvrit et qui me dit que, le mercredi après-midi, Sandra allait au conservatoire où elle suivait des cours de second cycle et de violon. Elle ne rentrerait pas avant au moins dix-huit heures. J’allais repartir déçu, mais elle me fit entrer tout de même.
- — Entrez, entrez, mon cher Jérôme. Si, si, j’y tiens. Je ne vous ai pas revu depuis ce second… terrible deuil qui vous a touché. Mon pauvre. On a beaucoup prié pour vous. Comment allez-vous ?
- — Comme je peux, Madame, comme je peux…
- — Hélas, mon pauvre garçon… Je peux vous offrir un thé, ou un jus de fruits peut-être ?
- — Je vous remercie, non, je n’ai envie de rien… je n’ai plus envie de rien…
Elle était visiblement embêtée, se disant sûrement qu’elle n’aurait pas dû me faire entrer. Mais la charité chrétienne… Elle avait un peu changé de look, s’était fait friser les cheveux, les tirant sur les côtés pour un petit chignon au sommet de la tête. Elle paraissait ainsi un peu plus grande, et ses talons aussi devaient être plus hauts. Elle portait un chemisier blanc avec des broderies, et une petite jupe étroite. Tout cela mettait, sagement, ses formes en valeur. Je me surpris à bander en entrevoyant le début de la courbe d’un sein par son décolleté.
- — Voyez-vous ce qui manque le plus dans le fait d’être soudain seul au monde, c’est la tendresse, l’affection, larmoyai-je un tantinet faux-cul.
- — Oh mon pauvre… bien sûr que je comprends. Mais c’est quelque chose qu’on peut vous offrir, chez nous. Vous savez à quel point on tient à vous, à quel point Sandra vous tient en haute estime dans son cœur ! Et moi aussi d’ailleurs. Venez, laissez-vous aller, pleurez si vous en avez besoin, je vous ouvre les bras…
C’est bien ce qu’elle fit et je jouais le jeu à fond, pleurnichant sur son épaule, collé à elle, tandis qu’elle me caressait le dos. Fourrant le nez dans son cou, je lui dis combien sa peau était douce et combien elle sentait bon.
- — Pourtant je n’ai pas mis de parfum aujourd’hui, comme je n’avais pas à sortir…
- — Hum ! … Alors c’est vous, votre peau, qui sent si bon la cannelle, la mangue ou je ne sais quel fruit exotique…
- — Oh que vous êtes mignon… Humez, mon chéri, si cela vous fait plaisir…
Mon nez s’est promené autour de son cou pour descendre dans son décolleté, tandis que mes mains lui prenaient la taille et la serraient contre moi. Elle ne pouvait pas ne pas sentir la gaule qui palpitait contre sa hanche puis son ventre. Ses mains continuaient de se promener dans mon dos, sa respiration se fit plus courte. Je passai de humer simplement à déposer de petits bisous un peu partout, et notamment sur la naissance de ses seins, zone très douce et très tendre. Elle fit mine de vouloir s’écarter, mais avec très peu de conviction, rien que je ne pus maîtriser en plaquant une main sur ses fesses.
- — Oh ! … Oh ! … Mais Jérôme, que faites-vous ?
- — Je me régale, Madame. C’est si bon…
- — Tout de même… Vous allez un peu loin…
- — Hum… votre peau… je voudrais pouvoir la lécher… la croquer… vous êtes si douce… si tendre… si délicate… je voudrais vous déguster partout…
- — Hou ! … Hou ! … Jérôme… soyez sage…
- — Mais comment rester sage devant une telle gourmandise ? … Hum… Solange… vous êtes délicieuse… j’ai une envie folle de votre bouche…
- — Hum… hum… rôme… hummmmmm…
Baiser profond, très profond, très très long, accompagné d’un pétrissage en règle d’une fesse et d’un sein. Elle réussit à se dégager, écarlate et embuée d’une légère sueur.
- — Jé… Jérôme… mais que nous arrive-t-il ? … Il ne faut pas… Ce n’est vraiment pas bien…
- — Ce n’est sûrement pas bien, mais qu’est-ce que c’est bon ! Dans vos bras, j’ai l’impression de revivre, lui dis-je et l’attrapant par une main pour la rapprocher de moi.
On va bien voir si Frane a raison et si je suis susceptible d’éveiller des tentations. Je dégrafe mon jean et sors mon sexe dressé, lui plaquant la main dessus.
- — Regardez comme vous me faites envie. Touchez ma verge tendue pour vous, belle dame, faites-moi du bien, donnez-moi du bonheur…
- — Oooohhhh ! Mon Dieu, Jérôme ! Vous êtes… magnifique ! Quel beau mâle ! Quel bel engin ! Oh… mais qu’est-ce que je dis, moi, une femme mariée ? Mon Dieu, pardonnez-moi… (elle se signa)
- — De quoi donc ? Vous n’avez pas encore fauté. Mais je suis sûr que vous en mourrez d’envie. Faites voir ?
Je relevai d’un coup sa jupe et lui mis une main entre les cuisses. Elle eut comme un hoquet.
- — Mais vous êtes toute mouillée, Solange.
- — Hui ! (c’était un « oui » haut perché comme le cri d’un serin).
- — Donne-moi tes seins, Solange. Donne-moi tes fesses, donne-moi tes cuisses, donne-moi ta chatte…
- — Hui ! … hui, hui !
En quelques secondes elle fut nue et moi aussi. Elle avait gardé ses escarpins pour être plus « à hauteur », mais malgré tout, elle ne m’arrivait qu’à l’épaule. En me penchant sur elle, je ne cessais de lui fouiller la bouche en pétrissant ses fesses grâce à mes longs bras. Elle s’était emparée de mon sexe et ne le lâchait plus, fascinée par « la bête ». Si bien qu’elle tomba à genoux sur le tapis pour entamer une délicieuse fellation. Hé ! Pas maladroite, la bourgeoise ! Ses gros nichons ballottaient lourdement. Elle était vraiment dodue, et je me pris à me demander ce que je faisais là alors que j’allais retrouver une si belle nana en rentrant. Mais trop tard. L’interdit, le sentiment de n’avoir plus rien à perdre, une revanche sur la vie, il fallait que je saute cette femme potelée et molle. Sa toison était en friche, bien qu’assez peu fournie. Je la basculai sur le dos, lui laissant pomper mon dard, et j’engouffrai mon groin entre ses lourdes cuisses, infiniment douces, je dois le reconnaître. Elle couinait et mouillait abondamment. Ma queue n’eut aucun mal à la pénétrer, mais sa dimension lui fit aspirer l’air d’un coup, comme une soudaine surprise. Moi aussi je fus surpris, par cette sensation étrange d’une chatte grassouillette à l’intérieur, comme son corps à l’extérieur, une grotte tapissée d’un molleton moelleux très agréable qui épouse bien le dard qui la pénètre. Ensuite, ce ne furent que râles et gémissements avant qu’un grand cri sonne sa première reddition. Le moment de la retourner à quatre pattes et de lui pulvériser les entrailles en levrette.
- — Tu as des amants, Solange ?
- — N… non ?
- — Menteuse, criai-je en lui assénant une grande claque sur les fesses ! Tu as des amants ?
- — Oui… oui… j’en ai eu un… il y a longtemps…
- — Pas bien ça, Solange ! (nouvelle claque)
- — C’est… c’était un jeune curé… mais il est parti très loin… à Mayotte… « loin de sa tentatrice », a-t-il dit…
- — Un curé ! Tu n’as pas honte, cochonne ? (nouvelle volée de claques, son cul rougit)
- — Aaahhh ! … Si, j’ai honte… J’ai imploré le pardon de Dieu…
- — Ha ha ha ! Et tu as raconté ça à confesse ?
- — N… non… je n’ai pas osé…
- — Alors tu es damnée pour l’éternité ! Profites-en, je vais t’emmener visiter le paradis !
Je l’ai bourrée comme un forcené. En fait, je n’en avais plus très envie, il fallait vraiment que le réflexe mécanique finisse par provoquer l’éjaculation, sans l’aide du fantasme. Cela prit du temps, ce qui lui permit de jouir comme une perdue, une fois, deux fois, puis sans arrêt jusqu’à ce que mes jets de semence explosent dans son ventre. Elle hurla. Bonjour le voisinage ! Elle se retrouva dévastée, en sueur, le visage et les yeux écarlates avec de gros cernes sombres, les seins et les fesses rougis par mes mauvais traitements. Des pets humides et incongrus sortaient de son vagin, elle y mit sa main en coupe et courut aux toilettes. Quand elle revint, à peine rafraîchie et toujours nue, je la trouvai ridicule. J’étais déjà rhabillé, elle se pendit à mon cou, m’implorant de revenir très vite, la semaine suivante.
- — Ça dépend de toi, lui dis-je, de toi et de ta fille…
Je rentrai me plonger sous la douche, confiant hypocritement à l’eau tiède le soin d’effacer cet instant d’égarement que je regrettais déjà. Mais je ne pus faire autrement que de me confesser à Frane dès qu’elle rentra, portant une grande sacoche plate, excitée et les joues empourprées.
- — J’ai sauté Solange Gardien…
- — Ah oui ? Et alors ?
- — Ne vaut pas le détour…
- — Eh bien, tu devrais me tromper plus souvent. Moi j’ai fait une affaire, si ce n’est du siècle, c’est au moins celle de l’année. Regarde, intima-t-elle en dépliant son emballage…
- — Des dessins ? … Signés Marcel… Duchamp ? Connais pas…
- — Comment ça « connais pas » ? Mais c’est le pape de l’art contemporain, le casseur de tous les codes, l’inspirateur de tous les courants, une sorte de touche-à-tout de génie !
- — Ah bon. Et alors ?
- — Vente aux enchères dans un vieux garage. Le commissaire-priseur, un ami, m’avait passé un coup de fil pour me la signaler, sans savoir ce que j’allais y trouver. Je visite. Des vieilles bagnoles pièces de collection, de l’outillage en quantité, des machines et tout le contenu de la maison, meubles, linge, électroménager, bibelots sans intérêt, etc. Et je tombe en arrêt sur ces trois dessins posés sur le coin d’une table. Et là, le commissaire qui va s’installer pour la vente passe et me fait un clin d’œil. Les acheteurs, que des professionnels de la mécanique et des gens « ordinaires » qui viennent pour le mobilier. Pas un seul spécialiste d’art. Tu me suis ?
- — Oui, oui, je vois…
- — La vente commence, et ça dure des heures. Les lots s’arrachent comme des petits pains. J’avais le cœur qui tapait comme dans l’ascension du Mont-Blanc. Quand enfin arrive le lot de trois dessins d’art moderne, mise à prix cent euros, personne ne réagit. Ils s’en foutent et ne trouvent pas ça beau, « pas fini, gribouillage » entendais-je autour de moi. Un type lève quand même la main, pas très convaincu, juste parce que le commissaire insistait. Alors j’annonce cent cinquante, les gens me regardent, je rougis. « Une fois, deux fois, trois fois, adjugé à Madame pour cent cinquante euros. » Tu te rends compte ?
- — Non, pas vraiment. Explique ?
- — C’est simple : chaque dessin vaut… au moins vingt-cinq mille euros !
- — Noooonnnn ?
- — Si, mon p’tit chéri ! Ta Frane vient de gagner soixante-quinze mille euros cet après-midi ! J’envoie de ce pas une bouteille de Dom Pérignon au commissaire-priseur. C’était trop chouette de sa part.
Elle téléphona à un caviste, se foutant bien, apparemment, de ce que j’avais fait. Il est vrai que ça ne m’avait pas rapporté grand-chose, sinon l’admiration sans bornes de Solange Gardien. J’aurais presque été gêné le lendemain en retrouvant Sandra au lycée, lorsqu’elle m’a expliqué que le mercredi elle bossait la musique au conservatoire.
- — Ma mère t’a expliqué, je crois. Elle était très émue par ta visite, tu sais, elle a dû beaucoup pleurer après ton départ. Elle avait une tête ! …
J’ai beaucoup revu Solange, pratiquement tous les mercredis. J’ai également souvent revu Sandra, pour préparer le bac, les révisions, les fiches… Et bien sûr, je n’ai pas pu m’empêcher de passer à l’action, ne serait-ce que pour comparer la mère et la fille. Ce n’est pas difficile, la fille, c’est la même en plus frais. Au début, je me suis arrêté au pelotage et au doigt dans la culotte. Je craignais de lui faire mal la première fois. Mais au fil de nos rencontres fréquentes, j’allais de plus en plus loin, et elle se laissait faire avec complaisance, ne craignant qu’une chose, l’irruption subite de sa mère. Un jour qu’elle était nue, étendue sur le sofa, je lui suçais les seins et lui astiquais le bouton d’amour, et mes doigts allèrent plus loin, puiser le précieux lubrifiant à la source. M’enhardissant en l’absence de protestation, j’avançai plus loin mon exploration tactile, puis très loin, jusqu’au bout de la longueur de mes doigts, sans rencontrer le moindre obstacle.
- — Mais… tu n’es plus vierge, questionnai-je étonné ?
- — Euh… non, désolée, fit-elle en rougissant.
- — Il n’y a pas de mal à ça, simplement j’en suis très étonné. Je l’aurais parié. Toi, en apparence si sage, et moi qui n’osais pas…
- — Oh, c’est une sale histoire…
- — Un viol ? Victime d’un pédophile ?
- — Non… enfin, oui et non. Nous sommes très catholiques et pratiquants, comme tu le sais. Monsieur le curé venait déjeuner chez nous presque chaque dimanche. Il régnait donc une grande confiance, et c’est moi qui étais chargée d’organiser la quête de chaque grand’messe, puis ensuite de compter l’argent récolté dans la sacristie. À l’époque, c’était un jeune curé très beau, et je crois que nous en étions toutes amoureuses. Alors quand un dimanche il m’a caressé la tête pendant que je faisais mes comptes, j’en fus plutôt fière. Et puis il est passé de la tête aux épaules, des épaules à la poitrine, me disant que pour mon âge j’étais déjà à une jolie jeune femme. Et puis il a sorti son sexe et il m’a dit que, comme j’étais une bonne chrétienne, j’aurai droit non seulement à la communion, mais, comme lui pendant la messe, à boire la liqueur divine.
- — Il t’a… forcé à le sucer ?
- — Non, j’ai pris ça comme une récompense, sachant qu’une demi-heure plus tard nous déjeunions à la même table.
- — Oh le malaise, je vois ça d’ici.
- — Tu vois mal. Parce qu’à table, mon père et ma mère étaient assis côte à côte, et donc moi près du curé qui continuait à me tripoter sous la nappe. Et mes parents ne disaient rien, semblaient ne s’apercevoir de rien. C’était peut-être normal, convenu d’avance entre adultes.
- — À mon avis, sûrement pas.
- — Bien sûr, mais à l’époque, c’était mon ressenti. Il n’y avait donc personne pour s’y opposer j’étais à sa merci. Le dimanche suivant, il a tenu à me confesser, dans la sacristie. La porte était fermée à clé, nous sortions par une porte dérobée dans les lambris, qui donne dans une remise où l’on entasse tous les objets qui ne servent plus, les vieux ciboires, les vieux tableaux, tout ce que contenait l’église avant d’être restaurée.
- — Ah oui ? Tiens, je ne savais pas. Et ça donne sur la rue ?
- — Oui, à l’arrière, une petite rue tranquille pleine de vieilles maisons. Donc il m’a confessée, me disant que j’étais une grande pécheresse et que je méritais une punition : réciter dix « Notre Père » et dix « Je vous salue Marie », nue, à genoux sur un prie-Dieu.
- — Oh le salaud !
- — Oui, et comme il me menaçait de damnation, d’enfer, et tout, j’étais terrorisée.
- — Et tu l’as fait…
- — Eh oui. Et il en a profité. Les voies du Seigneur sont impénétrables, mais pas les miennes.
- — Alors ?
- — Alors… ben j’ai seulement eu un peu mal et le dimanche suivant j’ai mis le thermomètre sur ma lampe de chevet et j’ai annoncé à ma mère que j’avais trente-neuf.
- — Dis-moi, ce curé, ce ne serait pas celui qui est parti je ne sais où, sur une île ?
- — À Mayotte, oui c’est ça. Tu le connais ?
- — Non, mais j’en ai entendu parler. Je crois que tu n’es pas la seule à avoir été abusée par ce sale type.
Après cette… confession, Sandra se sentit soulagée, libérée. C’était la première fois qu’elle osait en parler, et en plus je n’avais fait aucun commentaire et je ne la rejetais pas pour autant. Ça lui donna des ailes, et elle me suça aussi, mais en disant que cette fois elle en avait vraiment envie. Elle trouva cependant que mon sexe était beaucoup plus gros que celui du curé et qu’elle avait encore peur d’avoir mal. Je la laissai faire et s’embrocher elle-même, à son rythme. Dès lors, nos séances de révisions tournèrent en parties de jambes en l’air. C’était plutôt agréable car, bien qu’elle ressemble beaucoup à sa mère physiquement, elle était cependant plus fine, plus légère, la taille plus marquée, le ventre plus plat et la chatte plus étroite. Un jour, ce qui devait arriver arriva. Solange revenant de courses entra dans la pièce sans prévenir. Elle eut comme un haut-le-cœur et porta sa main à sa bouche, les yeux exorbités, et se retira aussitôt, marmonnant « …scusez-moi ». Il est vrai que nous étions nus, que j’étais assis sur le canapé, que Sandra était assise sur moi les cuisses largement écartées et ma bite enfoncée dans sa chatte jusqu’à la garde. Elle voulut immédiatement se sauver, je l’en empêchai en la plaquant contre ma poitrine mes mains sur ses gros nibards en enroulant mes jambes autour des siennes.
- — Solange ! SOLANGE, gueulai-je, ENTRE, VIENS ICI !
La porte se rouvrit lentement, Sandra se retourna pour me regarder avec des yeux ronds.
- — Ben oui, Solange, je baise aussi ta fille. Et alors ? C’est une bonne petite baiseuse, tu sais, bien fraîche et bien serrée. Allez, mets-toi à poil.
- — Comment tu parles à ma mère ? s’étonna Sandra.
- — Ne t’inquiète pas, elle aime ça… Allez, Solange, dépêche-toi. Fais-moi voir ton gros cucul ! Allez vite ! … Tu vois bien qu’elle aime ça, elle le fait… Allez, pose tout, sauf tes godasses, tu es moins petite avec. Viens là que je tâte ce cul… Hum… Mais dis donc tu es déjà toute mouillée, dis-je en retirant ma main d’entre ses fesses. Ça t’excite de me voir baiser ta fille, et tu espères y avoir droit aussi ? Hein ? Allez, à genoux entre nos cuisses et lèche-moi les couilles.
- — Mais Jérôme… devant ma fille…
- — Et alors ? C’est une femme, non ? Et puis comme ça, ça reste en famille. Allez, obéis sinon tu n’auras pas droit à ma grosse bite dans ta grosse chatte. Allez ! … Comme ça, oui… et masse-les aussi.
Elle le fit, timidement d’abord, puis quand elle sentit sa fille s’enflammer, elle y mit tout son cœur. Je trouvai la chose extrêmement jouissive et je me pris un pied monstrueux. J’éjaculai dans la bouche de Solange, qui manqua s’étouffer, n’ayant pas envie de mettre Sandra en cloque et d’être obligé de l’épouser. Je les mis ensuite côte à côte à genoux sur le canapé, palpant et fourrageant ces deux culs à la fois si semblables et si différents. La même peau, mais plus tendue chez Sandra et la fesse plus tonique, alors que Solange était la tendresse même. J’enfilai la mère tout en ramonant du doigt la chatte de la fille, les deux gémissaient et ahanaient. Difficile de jouir dans plus mou quand on vient de baiser. Alors, pour ne pas y passer la journée, j’écartai largement ses fesses et laissai couler un gros filet de salive sur sa rosette.
- — Regarde Sandra, elle mouille tellement, ta salope de mère, que c’est en train de faire de la mayonnaise. Alors on va changer de trou !
- — Oh non ! Oh… Jérôme… tu ne vas pas faire ça ?
- — Et que crois-tu que l’on fasse le mercredi quand tu es au conservatoire ? Qu’on enfile des perles ? Allez, ma Solange, pousse bien sur ton gros cul !
L’intromission fut un peu difficile, mais avec deux bonnes claques le sphincter se détendit, et Solange se mit à brailler et à frapper le canapé.
- — Ça va maman ? demanda Sandra d’une voix chevrotante.
- — Oui… oui… grognait l’autre. Vas-y Jérôme, inonde-moi… c’est trop bon…
Elle faisait partie de ces femmes qui adorent être sodomisées et y trouvent un plaisir différent, mais bien plus puissant. Solange partit au septième ciel, et ses contractions me filèrent un prodigieux orgasme. Belle expérience, sans lendemain. Le bac arrivant, notre aventure prit fin un peu en « queue de poisson ».
Je l’ai eu, mention « Bien ». Pas si mal, vu l’année. Frane a voulu fêter cela en grand, histoire de rattraper mon anniversaire raté. Elle marchait sur des nuages, depuis qu’elle avait réussi à vendre ses trois Duchamp à un collectionneur japonais pour quatre-vingt-dix mille dollars, plus de quatre-vingt mille euros. Elle m’a emmené chez un tailleur et m’a fait faire un costume, un vrai, un très beau, exactement à ma taille et tout. Godasses pareilles. Elle s’est fait faire une robe fourreau en soie sauvage dans laquelle elle était époustouflante. Elle m’a offert une soirée dans un trois étoiles, incroyable dîner aux chandelles, soirée dansante avec un véritable orchestre auquel on pouvait demander le morceau qu’on souhaitait… Plongée dans un monde inconnu, de luxe et de raffinement. Frane y était comme un poisson dans l’eau, reconnaissait des gens, me présentait. J’étais à la fois émerveillé, intimidé et très fier.
- — J’ai peut-être un cadeau pour toi, lui dis-je le lendemain. Je ne sais pas si les églises renferment des trésors cachés, mais je sais que celle de la rue de la Tour a été vidée de ses vieilleries avant restauration. Tout ça est stocké dans une remise qui jouxte la sacristie. Peut-être qu’on pourrait se proposer de la débarrasser ?
- — Hum… ça m’étonnerait, les trésors sont rares. La plupart du temps, ce qu’ils considèrent comme « trésors », ce sont soit des reliques, soit des objets en métal précieux, or ou vermeil, avec des pierres incrustées. Mais il faut voir, il peut y avoir de bonnes surprises. Et puis ça ne coûte pas grand-chose. On loue une camionnette, on regarde, et s’il n’y a rien d’intéressant on fourgue le tout pour quelques sous à un marchand des puces. Y en a qui aiment. Ça remboursera au moins la location.
Elle prit contact avec le nouveau curé qui, manquant de place, fut ravi qu’on lui propose de débarrasser son fatras. Il y avait surtout une collection de chaises à la paille percée et de bancs brinquebalants. Tout cela prit la direction d’un broc’ des Puces. Ne restaient plus que des objets de culte périmés, usagés ou endommagés, encensoirs, ostensoirs, ciboires en métal doré incrustés de fausses pierres. Sans intérêt. En revanche, Frane tomba en arrêt devant un petit retable d’environ un mètre vingt sur quatre-vingts, triptyque qui faisait cent soixante une fois déployé. Le bois ouvragé avait perdu l’essentiel de sa dorure originale et la fumée des cierges avait totalement noirci la peinture, au point qu’on ne distinguait plus que de grandes masses plus ou moins sombres. Elle rapporta la chose à la maison, étendit une bâche sur la table de salle à manger et s’équipa comme je ne l’avais jamais vue : blouse blanche, visière loupe, bocaux de produits et grands cotons-tiges. Elle se mit à l’ouvrage avec une grande délicatesse.
- — Eh oui, mon chéri, on apprend aussi ça à l’École du Louvre. Mais je n’aurais jamais pu être restauratrice, je n’ai pas la patience…
Pourtant, elle en eut suffisamment pour faire apparaître de magnifiques couleurs, des rouges, des pourpres, des ocres, puis des visages, des mains… L’un des petits panneaux latéraux reprit vie sous ses doigts de fée.
- — Il n’y a pas de signature, dit-elle dépitée. Pourtant, ça me fait penser, dans le style, à l’école flamande, mais quel peintre ? Va savoir…
Elle y passa la nuit, cherchant dans ses bouquins, sur Internet… Vers quatre heures du matin, elle me réveilla :
- — J’ai trouvé ! Décidément mon chéri, tu travailles bien avec ta queue. À chaque fois que tu baises une Gardienne, mère ou fille, ça me rapporte gros ! Je pense qu’il s’agit d’un peintre français qui a beaucoup vécu en Flandres et qui a adopté le style flamand, un certain Gabriel Clouet qui vivait à Cambrai au XVIe siècle. Ses œuvres connues sont extrêmement rares, même si leur valeur est faible. Retable, peinture sur bois et surtout les traits de l’un des personnages. Souvent, les peintres se représentaient eux-mêmes, une façon de « signer » leur œuvre… Tu m’écoutes ?
- — Hum ! Mouais… Tu as bien mérité de te reposer, il est bien tôt…
- — Ah non ! Je le photographie et j’envoie la photo à l’expert spécialisé dans le domaine.
- — Bon, eh bien moi je me rendors… Bonne nuit !
Elle avait raison, à 90 % dit l’expert. Valeur estimée, entre cinquante et cent mille euros. Elle décida donc de terminer le nettoyage, notamment de la boiserie sculptée et de la redorer à la feuille.
- — Ce n’est pas l’or qui coûte cher, me dit-elle, il n’y en a pas lourd. C’est la main-d’œuvre…
Nous passâmes deux semaines dans les paillettes d’or ! Quand elle fut satisfaite, elle décida de « renvoyer l’ascenseur » à son pote commissaire-priseur, et mit le retable en vente aux enchères, mise à prix cinquante mille. Il partit pour les États-Unis à cent trente mille ! Elle était ravie :
- — Un pas de plus vers la galerie ! J’ai engrangé sept cent mille, plus que trois cents…
En ce qui me concerne, j’ai vite replongé dans la réalité et les ennuis, la succession de mes parents. Qu’allais-je faire de leur maison ? Elle était plus grande que le petit appartement de Frane, mais beaucoup moins bien située, donc nous n’allions pas l’occuper. Heureusement qu’elle était là, avec son esprit pragmatique, car pour moi cette maison fut un sacré choc, une plongée dans le passé. Elle en fit le tour, regarda tout.
- — Mon petit chéri, désolée de te le dire, mais il n’y a vraiment rien qui vaille le coup d’être conservé. Donc c’est simple : soit tu la vends, et il faut la vider ; soit tu la loues, et il faut la vider ; soit tu la gardes pour toi, et il faut tout refaire, donc la vider. Récupère ce que tu tiens à garder et l’on appelle un broc’.
- — Un quoi ?
- — Un brocanteur. Il t’en donnera un peu de sous. En revanche, la voiture est impeccable, très peu de kilomètres.
- — Tu penses, on ne l’utilisait qu’une fois par an, pour les vacances.
- — Donc tu as une voiture. Passe vite ton permis et l’on partira en vacances avec.
J’ai fait venir un garagiste, il a changé la batterie et a emmené l’auto pour une révision complète. Moi j’ai pioché et débroussaillé le petit jardin. Un brocanteur est venu, je n’ai conservé que ce qui était au sous-sol, outils, lave-linge, sèche-linge et j’y ai descendu quelques bricoles comme la télé. Une fois vide, je m’y sentais mieux, ou du moins, moins mal.
- — Alors ? Ta décision ?
- — Ben… Le pognon, j’en ai assez. J’ai rempli tous les comptes possibles, comme tu m’as conseillé et il en reste encore pas mal, largement de quoi payer ma prépa. Je n’ai pas envie de vendre. Et puis c’est calme, ici. Si on se l’aménageait pour y passer les week-ends ?
- — C’est marrant, je me disais aussi que je pouvais garder mon appart’ comme lieu de travail et venir habiter là.
- — Prématuré si tu veux mon avis. Tout le temps de ma formation, je serai presque sur place de chez toi.
- — Bien vu, on y gagnera tous les deux en temps de transport. Alors on la refait ?
- — C’est parti !
On a pris des mesures, fait des plans, contacté des entreprises. Évidemment, pendant l’été, inutile de compter sur eux. Mais on a eu quelques devis, de quoi anticiper. Le plus agréable, c’est que nous sommes partis une dizaine de jours en vacances, tous les deux et moi au volant de cette voiture que j’avais rêvé de conduire ado. Super ! Nous avions loué un petit appartement sur la côte landaise. Quel dépaysement ! Le soleil, la mer, les novilladas, la pelote basque, et ma belle naïade qui, déjà bronzée, prenait rapidement une couleur de pain d’épice. Nous ne faisions même pas de cuisine, allant de pizzerias en restos de gastronomie locale, ainsi que plateaux de fruits de mer. Que du bonheur !
Mon année de prépa s’étalait de septembre à mars, et ensuite le concours. J’ai bossé comme jamais, Frane me coachait, explicitait tous les points qui me restaient obscurs. Elle avait vécu le même parcours, achoppé également sur plein de choses, mais son expérience accumulée ensuite lui permettait de me débloquer, d’expliciter avec clarté tous les non-dits et sous-entendus de certains contenus, à l’évidence trop abrégés. Et puis elle possédait une montagne de documents et bouquins dans lesquels je piochais allègrement. Je fus reçu ! Nouvelle fête…
Ce qui a changé, c’est que j’ai attrapé le « virus », la passion. Cette fois, nos vacances ont consisté à entamer un tour de France des musées. Pendant mes trois années à l’école du Louvre, nous l’avons complété, l’élargissant aux autres grands musées européens. Et puis un jour, je fus diplômé de l’école du Louvre, dans les deux options que j’avais choisies, courtier et galeriste. Grosse, grosse fête !
- — Eh bien voilà, Jérôme, j’ai rempli ma mission, la promesse faite à ta mère. Maintenant, tes études sont terminées, tu as un métier entre les mains. Mon rôle s’arrête là. Tu peux voler de tes propres ailes.
- — Tu es… sérieuse ?
- — Parfaitement. Quoi qu’il m’en coûte, je me dois de t’ouvrir grand les portes de la cage. Tu es libre.
- — En fait, c’est le contraire. C’est toi qui reprends ta liberté. Tu ne veux plus de moi, tu en as marre. Peut-être as-tu rencontré quelqu’un ?
- — Tu es bête. Évidemment non. Mais il faut que tu prennes conscience de cela, de tout. J’ai douze ans de plus que toi, c’est énorme. Tu as le droit de choisir une fille bien plus jeune, plus fraîche, plus jolie… Ma parenthèse dans ta vie se referme.
- — Ridicule ! J’ai autre chose à te proposer. De combien disposes-tu pour ouvrir ta galerie ?
- — Hum… environ sept cent cinquante mille, les trois-quarts.
- — Bien. Si j’apporte le quart manquant, entre ce que j’ai et un emprunt, tu m’accepterais comme associé ?
- — Wow ! Voilà une idée… séduisante. Tu es sûr ?
- — Totalement.
- — Oh, c’est merveilleux, mon chéri…
Nous avons acheté un ancien magasin de fringues, assez bien placé dans les vieux quartiers, avec un logement au-dessus. Frane a vendu son appartement, ce qui a augmenté fortement notre potentiel d’investissement. Nous nous sommes mis en société, et nous habitions le plus souvent ma maison, utilisant l’appartement de la galerie en dépannage. Les affaires furent difficiles au début, il faut le temps de se lancer, d’être connus et reconnus sur le marché. Et puis les gens ont commencé à venir, surtout attirés par les petits fours et le champagne de nos inaugurations, il faut bien le dire. Les acheteurs, eux, venaient seuls et fuyaient la foule, on ne vend pas des chaussettes, que diable. Au bout de quelques mois, nous avons fait un point, assez peu brillant, à peine encourageant.
Pour tenter d’avoir une vision objective de notre situation, j’ai mis le maximum d’éléments sur un tableur et j’ai fait des tris dans tous les sens. Il s’est avéré que le plus parlant fut la durée de détention d’une œuvre en galerie. Un paysage, par exemple, y reste très longtemps. Les meilleures ventes se font là la période des fêtes ou fêtes des mères ou des grand-mères. Ce sont de gentils cadeaux. En revanche, toutes les œuvres comportant un certain érotisme, les nus, les postures amoureuses ou les dessins et tableaux coquins ne restent pas plus de trois semaines, en moyenne, sur les murs de la galerie. De là à penser… le pas fut vite franchi : nous nous sommes spécialisés, sans exclusive cependant, dans l’art érotique.
Et dieu sait qu’il y en a, tous les peintres ou presque ont donné dans ce domaine, fantasmes ou réalité, occasion également de sauter leurs modèles sous couvert d’art. En quelques semaines, le chiffre d’affaires a explosé, il était temps. Murs et sellettes furent désormais remplis de tableaux, dessins, lithos, croquis préparatoires, aquarelles, mais aussi sculptures, modelages, bronzes et poteries. Et ça marchait ! Si Frane faisait merveille dans la galerie, par ailleurs son expertise était de plus en plus appréciée et recherchée. Moi je m’occupais plutôt de notre site Internet, de la veille sur les ventes et des ventes aux enchères. Notre équipe fonctionnait bien, sur tous les plans. Notre libido n’avait pas forcément besoin de ça, mais évoluer au milieu de représentations de nus, de bites et de chattes est assez stimulant. Notre regret, c’est que les pièces de grande valeur dans ce créneau sont rares, et donc les « gros coups » aussi. C’est pourquoi nous menions d’autres recherches, achats et ventes en marge de la galerie.
Frane était allée à une vente aux enchères, j’étais seul sur mon ordinateur dans un espace privé au fond de la boutique. Les clochettes de la porte tintinnabulèrent. Je bloquai ma recherche et allais voir quel était le petit coquin qui voulait rêver ou plus sur nos toiles. Raté, c’était une coquine, petite, assez ronde, qui passait d’œuvre en œuvre sans s’attarder. Soit elle cherchait quelque chose de précis, soit elle était entrée par hasard.
- — Hum, hum… Puis-je vous aider ? (elle se retourna d’un sursaut)
- — C’est bien toi… Bonjour Jérôme.
- — Non ! Sandra ! Bonjour, ravi de te revoir depuis tout ce temps. Comment vas-tu ? On s’embrasse, hein ?
- — Oui bien sûr… ça va… Toi, je vois que ça va bien. Tu as trouvé un style qui… te convient à merveille…
- — Ha ha ! Ce n’est qu’un choix purement commercial, figure-toi. Il s’est avéré que c’était le créneau qui marchait le mieux.
- — Non… Même dans l’art ? …
- — Eh oui, la nature humaine. Mais attends, je vais fermer momentanément que nous ayons le temps de discuter… Voilà… la petite pancarte… Suis-moi, on a un appartement au-dessus.
- — Tu ne vis pas seul, bien sûr…
- — Non, j’ai une associée qui se trouve être également ma compagne. Elle est sur une vente en ce moment. Mais au fait, tu la connais. Souviens-toi, aux enterrements de mes parents, l’amie de ma mère, Frane, qui m’hébergeait à l’époque. Un peu toujours maintenant, puisqu’elle est majoritaire dans la société, ayant plus d’ancienneté dans le métier.
- — Ah oui ? Elle a donc l’âge de ta mère ?
- — Non, elle était bien plus jeune, heureusement. Alors et toi ? Que deviens-tu ? Que fais-tu ? Et surtout que bois-tu ?
- — Je veux bien… un porto, si tu as. Aux autres questions, il n’y a qu’une seule réponse :
rien !
- — Hou là ! Que s’est-il passé ? Raconte, à la tienne…
- — Tchin ! Eh bien… j’ai beaucoup pensé à toi, j’ai vécu presque le même scénario. Mais je n’ai pas ton courage ni ta force mentale, je me suis fait laminer. Après le bac, je me suis lancée à fond dans ce qui me plaisait, la musique. Tu te souviens ? Les cours de violon du mercredi. Mon objectif était de réussir le concours du conservatoire, bien sûr, en sortant première, seule chance ou à peu près d’être recrutée par un grand orchestre et de devenir premier violon, voire soliste. J’ai bossé comme une abrutie, mais avec des résultats. Tous mes profs, mes maîtres, me voyaient réussir sans problème. Et puis, quelques semaines avant ce fichu concours, mon père a eu un AVC et il est décédé quelques jours plus tard, sans avoir repris connaissance malgré trois opérations.
- — Ah merde ! Je suis navré… J’avoue humblement que la rubrique nécrologique n’est pas ma favorite.
- — Oh, ce n’est pas grave, je ne t’en veux pas pour ça.
- — Tu devrais, toi qui m’a soutenu dans mes épreuves, et moi je n’étais pas là pour toi. Je le regrette très sincèrement…
- — Je n’en doute pas et je t’en remercie. Depuis, ma mère a pété quelques fusibles, mais pas le même genre que ton père. Elle, elle est persuadée que Dieu l’a punie pour sa mauvaise conduite, avec le curé et avec toi, et que c’est elle qui est responsable de la mort de papa.
- — Pfff ! Foutaises. Je ne connaissais pas ton père, mais j’avais vu quelques photos, il avait le profil, non ?
- — Oui, il était beaucoup trop gros, abusait de tout sauf de sport, des repas d’affaires qu’il provoquait le cas échéant par pure gourmandise. En dehors du repas de Noël, il considérait qu’à la maison il était au régime. Et voilà… Mais impossible de lui faire entendre ça, à Solange. Donc elle passe sa vie en prières, se mortifie autant qu’elle le peut. Elle a tellement maigri qu’elle est méconnaissable. Et moi, j’ai foiré royalement mon concours, j’ai abandonné le soir de la première journée…
- — Je suis navré. Quel dommage ! Quel gâchis !
À cet instant, mon portable vibre. C’est Frane à la porte qui voudrait bien entrer. Je descends et l’aide à rentrer quelques paquets. Elle a l’air de mauvais poil, elle a raté un objet intéressant. Elle découvre Sandra dans le salon, on lui fait un résumé des épisodes précédents. Frane écoute en sifflant deux whiskys coup sur coup.
- — Voilà, reprend Sandra. Du coup, je n’en suis nulle part sauf au bord de la catastrophe et de la précarité. Pas de boulot, évidemment sans diplôme, plus d’argent, ma mère cinglée… Je ne sais plus quoi faire, termine-t-elle en sanglotant.
Ce n’est pas bon plan. Je connais Frane, elle a horreur des pleurs et des jérémiades. Sans surprise, elle la prend de haut :
- — Mais dites, votre père n’avait pas une assurance-vie, des économies ? Son employeur ne vous a rien versé ?
- — Si bien sûr, ça représentait des sommes considérables. Il avait tout prévu au cas où il lui arrive quelque chose, il savait bien les risques qu’il prenait avec sa santé, son médecin nous l’a dit. Mais ma mère, dans sa folie coupable, a tout versé au Secours catholique.
- — Il vous reste la maison, non ?
- — Oui, enfin moi je n’en ai que la moitié, et je l’ai empêchée de la vendre. Mais une maison comme ça, ça coûte cher à entretenir, à chauffer, et puis les impôts… Je n’y arrive plus. Je pense qu’elle va être saisie. On a les huissiers presque toutes les semaines…
- — Eh bien ma p’tite, il va falloir réagir. Il ne faut pas vous laisser entraîner dans le fond du gouffre. Il faut foutre le camp et aller vivre votre vie ailleurs. Et votre mère, il faut une expertise psychiatrique et la faire mettre sous tutelle, voire interner.
- — Mais c’est ma mère, je ne peux pas lui faire ça…
- — Alors, ne vous plaignez pas et subissez. Qu’est-ce qu’on peut faire pour vous si vous ne réagissez pas ?
- — Frane, interviens-je, doucement, calme-toi. Elle n’est pas venue là pour se faire engueuler.
- — C’est vrai que tu aimais bien son petit cul. Bon, mais à part ça, quand on reste les bras ballants et qu’on ne fait rien pour changer le cours des choses, il ne faut pas s’étonner.
- — Frane, dans des circonstances similaires, j’ai eu la chance de t’avoir près de moi. Sans toi, j’aurais peut-être fait pareil.
- — Écoute, parfois une bonne engueulade remet les idées en place. Tiens, un exemple : Sandra, les sommes que les assurances et tout le reste ont versées, elles étaient à quel nom ? Votre mère exclusivement ou vous et votre mère ?
- — Je l’ignore…
- — Commencez donc par là. Contactez-les et exigez des preuves. Si vous étiez concernée, ce qui est probable, alors vous pouvez faire annuler les dons de votre mère qui ne lui appartenaient pas en totalité. Même pour un euro, en étant majeure, elle ne pouvait pas décider à votre place. Vous n’avez rien signé, vous ? Documents, chèques…
- — Non, non. Elle s’est occupée de tout.
- — Ensuite, et c’est peut-être par là qu’il faut commencer, votre toubib, il exerce toujours ?
- — Oui, c’était le médecin de mon père, mais aussi le médecin de famille.
- — Bon, eh bien il faut l’appeler, lui faire constater l’état dépressif et, quelque part, suicidaire de votre maman, faire constater son irresponsabilité et ordonner qu’elle suive un traitement approprié. Ce n’est pas vous qui en décidez, vous comprenez ? C’est son état mental qui fera que son médecin la fera soigner.
- — Sandra, tu veux un autre porto ?
- — Je veux bien oui. Tout ça me perturbe tellement…
- — Je vais me doucher, dit Frane.
Ma belle et dure chérie s’éclipsa une dizaine de minutes. Sandra me confia à voix basse qu’elle ne la trouvait pas commode, je lui expliquais qu’elle avait eu une journée difficile, que les ventes c’est un peu comme une partie de poker menteur, qu’aujourd’hui elle avait perdu, or elle n’aimait pas perdre. Quand elle fit sa réapparition dans un peignoir minimaliste, afin de bien montrer qui était la plus belle, servant une troisième tournée d’apéro, j’en étais à ce questionnement.
- — Qu’est-ce que tu étais venue chercher en venant ici ?
- — Je me disais que… dans toute ma formation en musique, il y avait beaucoup d’histoire de l’art. Surtout de l’histoire de la musique, certes, mais replacée dans le contexte des arts en général. J’ai donc pas mal de notions dans votre domaine. Donc, si éventuellement vous aviez eu besoin de quelqu’un, je ne sais pas, pour tenir la boutique, par exemple, ça m’aurait fait un peu de travail…
Au troisième whisky, ce n’est pas le genre de propos qu’il fallait tenir devant Frane, la passionnée, la bosseuse.
- — Dites, ma p’tite. Jérôme et moi avons fait l’École du Louvre. Nous sommes courtiers en art, Jérôme est aussi galeriste et je suis en passe de devenir expert. Malgré l’aspect un peu léger de notre galerie, qui n’est pas une « boutique », nous ne vendons pas ici des baguettes et des croissants. Être capable de donner pour chaque œuvre présentée ses caractéristiques techniques, son histoire, l’histoire de son auteur et les circonstances particulières qui l’ont amené à la produire, c’est un métier, notre métier. Maintenant si vous voulez faire quotidiennement le ménage dans la galerie, dans cet appartement et même dans notre pavillon de banlieue, j’en serais bien débarrassée !
- — Au point où j’en suis… j’accepte, si vous voulez bien me prendre à l’essai…
- — Elle est aussi folle que sa mère…
- — Mais non, mais non. Allons, Sandra, réfléchis cinq minutes. Tu vas d’abord faire tout ce que t’a dit Frane avec les assurances et tout va s’arranger. Vraiment, si tu ne trouves pas d’issue, reviens nous voir.
- — Oui, on va faire comme ça… Merci… Au revoir…
- — Je te raccompagne. Frane, je peux fermer et descendre le rideau ?
- — Oui, oui, je n’attends personne…
Quand Sandra s’est levée penaude, on l’a vue chercher un appui dans le vide puis retomber sur le canapé, K. O. Trois portos, possiblement dans un ventre vide, ça suffit pour vous envoyer dans les pommes.
- — Déshabille-la, fais-la vomir et colle-la sous la douche. Je vais préparer le dîner.
J’ai dévêtu Sandra, retrouvant ce corps jeune que j’avais tant caressé. Elle avait maigri, beaucoup, d’une dizaine de kilos peut-être, mais elle avait conservé une poitrine respectable et son cul en paraissait encore plus pommé. Je l’ai calottée sans violence pour la faire revenir à elle.
- — Oh… ça tourne… je suis désolée… j’ai mal au cœur…
- — Mais non, allez viens, tu vas aller vomir.
Je lui ai passé un bras sur mes épaules et l’ai presque traînée aux toilettes. En passant devant Frane, elle fit cette remarque troublante :
- — Hum ! C’est vrai, joli cul ! Bon choix, mon chéri, j’en ferais bien mon dessert…
J’ignorais jusque-là que la plus folle de ma queue avait des tendances lesbiennes. Mais bon, pour l’heure il fallait soutenir cette pauvre fille à genoux, la tête dans la cuvette des chiottes, hoquetant et crachant. Je l’ai conduite livide sous la douche, l’aspergeant d’eau fraîche. Elle suffoquait et grelottait. Je l’ai frottée énergiquement de la tête aux pieds, elle commençait à reprendre des couleurs. De retour au living, Frane annonça :
- — Le dîner est servi !
- — Je… je vais m’habiller, murmura Sandra…
- — Pas utile, il fait chaud. Regarde, je suis presque à poil moi aussi. Tiens, hop ! J’y suis. Il n’y a plus que Jérôme qui soit habillé. Aurais-tu quelque chose à cacher ? Allez, à l’unisson mon chéri ! … Tiens, regarde. Voilà qui est intéressant : pour laquelle de nous deux bande-t-il comme ça ?
- — Mais… pour vous deux, Mesdames ! Qu’est-ce que tu nous as fait de bon ?
- — Repas diététique pour une affamée : radis, steak haché et pâtes. Recommandation à Sandra, mange len-te-ment.
- — Oui, je vais essayer… je n’ai mangé qu’un œuf depuis trois jours…
Nous dînâmes donc tranquillement ce qui, au final, ne fit de mal à personne. L’occasion également d’en apprendre un peu plus sur Sandra et sa vie récente.
- — Et pas de petit copain ?
- — Ben non. Pas le temps, pas envie, pas la tête à ça.
- — Et toi chérie, qu’est-ce qui t’est arrivé qui t’a mise en pétard ?
- — Oh, deux connards. Un acheteur et un commissaire-priseur. Comme d’habitude, je m’étais fixé une somme à ne pas dépasser, et j’avais trouvé un moulage céramique que je trouvais sublime. J’avais même envie de te l’offrir. Comme sortant du support, le bas-ventre d’un homme avec un sexe en érection, ça aurait pu être le tien. Et jaillissant à côté, un bras et une main de femme qui empoigne ce sexe, le tout d’un réalisme surprenant, jusque dans les moindres détails. Signé Tartempion, donc sans réelle valeur marchande, mais ça me plaisait beaucoup. Je me suis donc trouvée au coude à coude avec un type qui semblait faire exprès de faire monter l’enchère. J’ai fini par donner mon prix limite, et là… rien. L’autre semble avoir abandonné. Le commissaire annonce une fois, deux fois, je jubilais intérieurement, mais il traînait cet abruti. Tellement que l’autre s’est ravisé et a surenchéri. J’ai laissé tomber. Ça aurait été mon pote, il faisait un, deux, trois, adjugé à Madame. Et merde !
- — Bah, ce n’est pas grave. Si ça se trouve, tu vas retrouver cette pièce sur le Net en faisant les céramistes.
- — Et si vous aviez eu cette pièce, vous en auriez fait quoi, demanda Sandra ?
- — Je ne sais pas, peut-être que nous l’aurions gardée quelque temps ici ou à la maison, là sur la table basse, histoire d’en profiter avant de la mettre en vente…
- — C’est vraiment passionnant ce que vous faites. Et, sans indiscrétion, c’était cher ?
- — Non, sans signature, je m’étais fixé une limite à deux mille euros.
- — Ah quand même ! Il faut des moyens. La galerie rapporte beaucoup ?
- — Disons que l’on vend en moyenne une douzaine d’œuvres pas mois, un chiffre d’affaires de soixante-cinq mille euros par an et à peu près le double par le site Internet qui marche bien, surtout à l’étranger. Une fois les frais payés, avec ça il ne nous resterait qu’un SMIC chacun. Heureusement qu’il y a les autres « coups », les ventes directes de pièces exceptionnelles. C’est pour ça que nous n’arrêtons pas de fouiner.
- — Et ça, c’est plus rentable ?
- — Ô combien ! Avant la galerie, je ne vivais que de ça, et plutôt bien. Mais je voulais ce « pignon sur rue », être installée, reconnue. Mais la galerie est une « danseuse », elle couvre à peine ses frais de fonctionnement. Je le savais, c’est pour ça que je voulais acheter et non pas louer.
- — Et l’étape suivante, c’est quoi ?
- — Aménager la cave en bunker pour y stocker des œuvres importantes. Il faut non seulement la sécuriser, mais aussi la climatiser et en réguler l’hygrométrie. Mais Jérôme est en train d’étudier le projet.
- — C’est bien. Bon ben… je vais rentrer, merci.
- — Tu plaisantes ? Tu as au moins deux grammes dans le sang et tu viens de t’évanouir. Tu restes !
- — Je… je ne veux pas vous déranger…
- — On va bien trouver une petite compensation, hein chéri ?
Nous la fîmes se coucher entre nous, dans notre lit, et je vis ma chérie excitée comme une puce pétrir la lourde poitrine et caresser tout ce corps voluptueux. Elle ne cessait de s’extasier, sur sa peau, ses seins, ses petits pieds « de bébé », et surtout sur son cul, tellement qu’elle la fit mettre à quatre pattes pour mieux le palper à deux mains. Moi je la regardais faire un brin étonné, palpant au passage les lourdes mamelles qui pointaient vers le lit. Un peu moins fermes, elle avait dû maigrir de là aussi.
- — Eh oui, mon chéri. Au bout de tout ce temps, tu ne sais pas encore tout sur moi. J’ai eu ma période saphique, comme beaucoup de filles, pendant mes études, avec ma coloc’, une danoise superbe. C’est comme ça que je me suis définitivement fâchée avec ma famille. Ils sont passés me voir sans crier gare, et j’étais au plumard avec Birgit.
Et elle se tut pour bouffer la vulve saillante de Sandra qui se mit vite à ronronner.
- — Hum… Délicieuse ! Tu vas être prête pour recevoir la belle grosse queue de mon chéri, j’ai hâte de voir ça. Donne ta queue mon amour, que je te la lubrifie…
Elle me suça avec sa dextérité habituelle puis positionna mon gland à l’entrée de la grotte de Sandra.
- — Attends un peu que je me mette en position…
Avec une souplesse de liane ou de serpent, elle se glissa sous Sandra, la tête entre ses cuisses.
- — Vas-y chéri, de là, j’ai une vue imprenable.
Tu m’étonnes ! Guidé par la main de Frane, je pénétrai lentement Sandra qui soupirait fort. Retrouver sa chatte étroite et moelleuse fut un immense plaisir dont je goûtais chaque instant, chaque millimètre.
- — Oh ce que c’est beau ! Je mouille comme une malade. Bouffe-moi le clito, Sandra…
La petite baissa la tête et enfouit son museau entre les cuisses de Frane, qui se mit à me masser les couilles, les utilisant pour régler à sa convenance mes allers et retours. En fait, c’est Frane qui baisait Sandra en utilisant ma queue. Et alors ? Je profitais de doubles caresses, je n’allais pas me plaindre. J’ai senti le souffle de Frane sur mes testicules, puis la pointe de sa langue sur ma hampe, mais sa cible était surtout le clitoris de Sandra. Elle releva la tête et se mit à bêler. Je tenais ses globes fessiers entre mes mains, les étirant à souhait et avec eux sa chatte, mais aussi son trou de balle qui me regardait en me faisant de l’œil. J’y engouffrai mon pouce après l’avoir sucé. Elle brailla et eut un soubresaut, mais ne se déroba pas. Je crois qu’elle était prête à tout, ce soir-là, surtout à jouir, ce qu’elle fit rapidement une première fois. Ses contractions violentes ont provoqué ma propre jouissance, j’ai éjaculé dans la bouche de Frane. Elles se sont encore caressées, elles m’ont caressé, je les ai baisées l’une après l’autre, j’ai joui entre les seins de Sandra et une autre fois dans le cul de Frane, devant une Sandra stupéfaite de voir un si gros engin passer par un si petit trou. « Un jour, ton trou viendra… », sur l’air de Blanche-Neige !
Nous émergeâmes peu avant midi, moi le premier, ce qui me permit de contempler ces deux chattes endormies côte à côte, leurs membres plus ou moins emmêlées. Je n’avais jamais admiré deux femmes aussi dissemblables, l’une fine, longue, musclée et à la peau mate, respirant l’énergie et la détermination ; l’autre d’une blancheur laiteuse discrètement marbrée de veines bleutées, massive, molle, dolente et abandonnée. Elles étaient aussi attirantes l’une que l’autre, et j’allais promener mon sexe en érection du côté de la cafetière. Frane remonta la mécanique et couvrit Sandra de recommandations, avant qu’elle ne rentre chez elle.
- — Elle me plaît bien, cette petite. Et puis l’amour à trois, ce n’est pas mal, hein ?
- — Je ne dirai pas le contraire…
- — Ce serait bien de la garder sous la main. Faudrait voir si notre trésorerie permet de l’embaucher.
- — Pour faire quoi ?
- — Baiser, pardi ! Et un tas d’autres bricoles. Quand je disais faire du ménage, ce n’était pas pour rien, j’en ai ma claque à force. Mais on trouvera bien quelques tâches plus valorisantes, elle n’est pas sotte.
- — Je te fais le point, salaire, charges et flux moyen de la trésorerie.
Il n’y eut pas besoin de rappeler Sandra, elle revint d’elle-même trois jours plus tard, rouge de fierté.
- — J’ai fait venir le docteur. Vous aviez raison, il fallait l’appeler. Il m’a même engueulée de ne pas l’avoir fait plus tôt. Dénutrition, comportement hystérique, danger pour elle-même et pour moi, elle a été emmenée dans le même hôpital que ton père, Jérôme.
- — Bon, eh bien ça c’est une bonne chose. Tu as eu l’avocat ?
- — Oui, j’ai rendez-vous la semaine prochaine. Je lui ai décrit rapidement la situation, il m’a dit que c’était tout à fait défendable, mais qu’il faudrait du temps.
- — Eh oui, j’imagine, la justice… Et en attendant, comment vas-tu vivre ?
- — Justement, je me disais que… si vous pouviez passer à la maison, je vous ferais visiter et… il y a peut-être des objets de valeur qui me permettraient de vivre en attendant de trouver quelque chose.
- — Ce n’est pas sot, on va le faire. Mais sache que tu as déjà trouvé quelque chose : nous t’embauchons.
- — C’est vrai ? Oh, vous êtes formidables ! Merci, ajouta-t-elle, les larmes aux yeux.
- — Attends, ne saute pas encore en l’air. Nous avons peu de moyens et beaucoup d’investissements à faire. Donc on ne te propose pas la lune. Juste un SMIC, mais on t’offre des petits à côtés comme la nourriture, si tu acceptes de partager notre pitance, surtout quand c’est Frane qui cuisine…
- — Quoi ? Qu’est-ce qu’elle a ma cuisine ? Elle ne te plaît pas ? Va voir ailleurs ! …
- — Euh… par exemple, c’est quelque chose que je pourrais faire, j’adore ça et je réussis pas mal…
- — Ben tu vois qu’elle en a plein des qualités ! Éventuellement, on peut aussi t’héberger si tu acceptes de partager notre lit…
- — Ha ha ! Ça, autant que vous voulez, c’était trop bon. Et autrement, je ferai quoi ?
- — Rien de très précis, nous aider. Tu vois, à chaque fois qu’on est débordés, c’est permettre d’absorber le surplus. Frane disait ironiquement le ménage, mais oui, c’est vrai qu’elle en a un peu marre. Partager la soulagerait.
- — Ce n’est pas un souci. En informatique, je peux aider aussi. Et puis il y a quelque chose qui manque dans votre galerie, si je peux me permettre.
- — Quoi donc ?
- — Une ambiance musicale, j’ai trouvé ça un peu froid. Pas les Rolling Stones à tue-tête, mais un petit fond d’ambiance…
- — Oui, alors j’ai étudié la chose. C’est inabordable. Pas le matériel, mais les droits SACEM dans les lieux publics.
- — Mais on peut contourner le problème. Notamment en musique classique, il y a des tas d’œuvres tombées dans le domaine public. Il fallait qu’on en écoute des quantités, pendant mes études. Et les étudiants n’ont pas de thune, c’est bien connu. Alors on achetait des CD à trois euros, versions tombées dans le domaine public, sans héritiers donc sans droits. J’en ai un stock, je les apporterai.
- — Pas sotte cette fille, pas sotte, commenta Frane.
Puisqu’elle était désormais seule et toujours sans ressources, nous invitâmes Sandra à se joindre à nous pour le week-end. Nous nous arrêtâmes chez elle pour qu’elle récupère quelques affaires et nous fasse visiter. La baraque, je la connaissais, mais que très partiellement : le salon, le couloir, l’escalier et la chambre de Sandra. En fait, elle était vachement grande, du moins pour une maison de ville. Au rez-de-chaussée, petit salon, grand salon et salle à manger attenante, cuisine, bureau de papa, toilettes, escalier, sortie sur une terrasse arrondie à balustres dominant un jardin en contrebas à hauteur de cave. Jardin de ville il s’entend, soit deux cents mètres carrés entre quatre murs, mais rien que ça, c’était un luxe. À l’étage, trois belles chambres dont une avec terrasse dominant celle du salon, et une belle salle de bains, un grand palier avec salon de lecture et bibliothèque. L’escalier, logé dans une tour continue jusqu’à un grand grenier avec quatre fenêtres sur toit à la Mansart. Remarquable ! Le mobilier est luxueux, mais, mis à part quelques meubles de famille, l’essentiel est de fabrication contemporaine dans le respect des styles, Empire ou Louis Philippe. Une valeur certaine, mais aucune pièce exceptionnelle. Sauf peut-être dans le bureau où les yeux de Frane commencèrent à pétiller. D’abord pour un tableau. Il n’avait pas besoin de signature, le style se reconnaissait à cinquante mètres, un Bernard Buffet.
- — Une rue de Paris, ça cote moins qu’un clown, mais ça peut valoir autour de cinquante mille, surtout au Japon, déclara l’experte. Pas mal…
Elle aima bien aussi un petit secrétaire à compartiments secrets de style restauration, qu’elle estima autour de mille cinq cents euros.
- — Voilà ma chérie, déclara-t-elle. C’est une très belle maison qui, elle, vaut certainement une fortune, mais je ne suis pas experte dans ce domaine. Elle est bien meublée, mais hormis la bibliothèque empire du palier et ce petit secrétaire, le reste n’a qu’une valeur marchande du meuble d’occasion, pas de collection, c’est-à-dire quelques milliers d’euros. Remarque, ils collent très bien au style de la maison, même si je les aurais préférés cérusés blanc avec un tissu bleu canard. Même les lustres à pampilles de cristal me paraissent récents. Dis donc, pour nettoyer ça… nid à crottes de mouches et toiles d’araignées !
- — À qui le dites-vous, c’est moi qui le fais depuis une dizaine d’années…
- — Mais comment tu fais ça ? intervins-je.
- — C’est simple, je grimpe sur la table pieds nus, et j’astique ces pendeloques une à une.
- — Tu pourrais te mettre à poil pour nous montrer ?
- — Rah ! Écoutez-le celui-là, toujours prêt pour une cochonnerie. Remarque, je suis assez d’accord, ce doit être intéressant…
- — Promis, je vous fais ça un de ces jours.
- — Bien, pour en revenir à ce qui t’intéresse, tu possèdes la moitié d’une petite fortune, mais dont tu ne peux rien soustraire, puisque ce n’est que la moitié, en partage avec ta mère.
- — Bon, ben… tant pis. Même le tableau ?
- — Même, tu ne peux pas le vendre sans son accord. Allez, allons faire les courses pour le week-end.
C’est vrai que mon petit pavillon de banlieue faisait pâle figure au regard de la maison de Sandra. Mais nous l’avions assez bien aménagé, et l’intérieur était chaleureux et confortable. Et surtout, au calme ! On pourrait qualifier ces deux jours de week-end de débauche. Et alors… Entre adultes consentants, nous ne faisions de mal à personne et nous nous faisions beaucoup de bien. J’avais fait débuter le contrat de Sandra au premier du mois suivant, pour me simplifier la vie, mais elle ne voulait plus nous quitter et commença dès le lundi. Elle rapporta sa petite chaîne hi-fi personnelle et sa collection de disques classiques, je l’aidais à installer et cacher les enceintes et j’avoue que le fond sonore était agréable. Quand nous étions seuls, nous pouvions nous mettre la radio ou d’autres CD. Sa présence s’avéra appréciable sur de nombreux plans. D’une part, le niveau des repas pris à la maison monta d’une fourchette. Ensuite, elle sut se rendre utile, attentive, apprenant vite et restituant bien. Et puis, il est toujours agréable d’avoir une fille très disponible sous la main baladeuse, toujours prête à satisfaire une petite envie de passage. Elle s’entendait très bien avec Frane qui, elle aussi, profitait largement de sa bonne volonté, et avait également trouvé en elle une complice pour faire les boutiques. Un jour, alors qu’elles me pensaient ailleurs, je surpris une de leurs conversations qui me fit siffler une oreille :
- — Tu comprends, disait Frane, Jérôme est un baiseur exceptionnel. Il me fait jouir comme aucun autre homme, et je tiens à le garder.
- — Je suis bien d’accord avec toi et je te comprends. Mais alors, pourquoi le partager ?
- — Il a de gros besoins d’une part, je ne suis pas toujours là ou disponible d’autre part, et surtout j’ai douze ans de plus que lui. Il suffit d’une petite nana bien futée de passage, quand elle y aura goûté, je perds mon Jérôme. Alors je préfère que la nana soit mon amie, à la maison, que mon Jérôme ait les couilles vides en permanence et n’aille pas chercher ailleurs. À deux, on se le garde…
La maline ! Elle la rhabilla de pied en cape, modelant à son goût la docile jeune femme. Ainsi se laissa-t-elle pousser les cheveux pour les tirer en chignon haut, ce qui, associé à des talons démesurés, lui donna quinze centimètres de plus et une élégance insoupçonnée. Les compétences informatiques de Sandra dépassaient de loin les nôtres, et nous prîmes l’habitude de lui confier l’essentiel des tâches numériques, gestion du site, comptabilité, etc. Je dois avouer que le temps s’écoulait fort agréablement, du moins en ce qui me concernait. Des rentrées d’argent en croissance permanente, un travail plaisant, m’étant délesté sur Sandra de tout ce qui me coûtait, et deux femmes offertes que je baisais frénétiquement ensemble ou séparément trois à quatre fois par jour.
La maman de Sandra, cette bonne Solange, suivit le même chemin que mon père et, sans crier gare, passa l’arme à gauche du jour au lendemain. Tristesse, recueillement, obsèques, puis notaire et tout rentra enfin dans l’ordre pour la jeune femme qui avait également gagné son procès pour récupérer une grosse partie des sommes dilapidées par sa mère. Une fois remise de ce douloureux épisode, elle nous fit un soir cette proposition étonnante :
- — Dites, les amis, j’ai eu une super idée, je ne sais pas ce que vous allez en penser…
- — Dis toujours.
- — Eh bien voilà. Ton pavillon de banlieue, Jérôme, n’est pas mal. Mais c’est loin. Ce que je vous propose, c’est d’habiter chez moi dès maintenant. La maison est spacieuse, agréable, dans un beau quartier assez calme, mais en pleine ville, tout près d’ici. On n’aurait qu’à rafraîchir peintures et papiers peints et, j’avais bien noté, laquer les meubles en blanc cérusé et mettre des coussins et des tentures bleu canard. Qu’en dites-vous ?
- — Ah ! Ça ne me déplairait pas de vivre en bourgeoise, et toi chéri ?
- — Oui, pourquoi pas ? Moi je vous suis si ça vous tente…
- — Je me disais ça parce que ça pourrait permettre une chose : si Jérôme vend ce pavillon devenu inutile, ça donnerait les moyens de faire cette fameuse chambre forte à la cave dont on parle depuis des lustres.
- — Ouh ! Pas mal, ça ! Tu sais que tu me plais ? Des idées comme celle-là, ça confine au génie ! Là, je dis banco !
- — Ça vous dirait que je sois votre associée, désormais ? C’est mon apport…
- — Mais ça va de soi.
Nous nous transformâmes en peintres, puis en déménageurs et la chose se fit de week-end en week-end. Enfin vint le jour de la pendaison de la crémaillère. Grosse fête intime, Sandra avait mis les petits plats dans les grands, faisant même appel à un traiteur pour un repas d’exception. Ça sentait encore un peu la peinture fraîche, mais ce cadre bourgeois était, il faut l’avouer, fort agréable. À la fin du repas, je me penchai en arrière et remarquai :
- — Hum, ce lustre me paraît encore bien poussiéreux !
- — Ha ha ! Tu n’as pas oublié ma promesse, à ce que je vois, réagit Sandra. Eh bien… laisse-moi débarrasser et je m’exécute !
Elle le fit. Cette fille voluptueuse, munie de son chiffon à poussière, grimpa sur la table et commença son petit ménage. Ses bras levés donnaient, en contrebas, une incroyable ampleur à ses seins qui, comme ses fesses, dandinaient au-dessus de nos pupilles dilatées. Je fus le premier à me dévêtir aussi et à lui tripoter toutes les bosses et tous les trous, vite rejoint par Frane qui grimpa, elle aussi, nue sur la table. Magnifique ! En extrême érection, je fis asseoir Sandra au bord de la table pour lui pilonner la chatte et l’anus, debout, ses jambes à mon cou. Frane s’accroupit sur son visage pour se faire bouffer la chatte. Bonheur que de poser son cul sur des fauteuils Louis XVI, la queue engouffrée jusqu’à la garde dans l’anus accueillant de cette petite, tandis que Frane lui enfonçait dans la chatte un gode vibrant qui me fit exploser au fond de son boyau. Un lupanar, la maison bourgeoise de papa !
Durant les travaux de la chambre forte, nous dûmes retirer toutes les œuvres de la galerie, les conservant soigneusement à l’étage. J’avais bien vendu le pavillon de mes parents et ne regardai pas à la dépense. L’espace étant grand, une fois sécurisé en béton lourdement armé, il y avait un immense espace de stockage presque aussi grand que la galerie, une grande table pour préparer les expéditions et éventuellement, effectuer des restaurations, et un petit laboratoire très bien équipé : rayons X, petit scanner, ultraviolets et infrarouges, tomographie laser, microscope optique et à balayage. Tout cela permettant d’analyser des œuvres en surface et en profondeur sans les abîmer pour détecter d’éventuels faux. Frane en fut absolument ravie et en fut la principale utilisatrice. L’outil était à la hauteur de nos prétentions, ce qui nous permit un réel développement, notamment des ventes à distance, par un site complètement remanié par Sandra et extrêmement bien fait. Elle fut également prodigieusement efficace lors d’un contrôle fiscal, chose assez courante dans notre activité, car des fonds importants circulaient de et vers l’étranger. L’inspecteur était un grand gaillard roux, tiré à quatre épingles, très poli, mais d’une froideur et d’une détermination à glacer le sang. Les comptes tenus par Sandra étaient tellement parfaits, toutes preuves matérielles à l’appui qu’il ne nous dénicha qu’un tout petit truc, une erreur de caisse en quelque sorte, ce qui ne nous coûta que trois mille euros, une broutille au regard du volume des transactions. Nous améliorâmes également la sécurité avec un système de vidéo-surveillance et un appel direct au commissariat tout proche. Je crois que c’est ce qui nous libéra l’esprit pour nous permettre de prendre une quinzaine de jours de vraies vacances en Corse, les premières depuis notre installation. La belle vie sous un ciel dégagé !
Le gros nuage arriva sans prévenir, comme un orage de montagne cataclysmique. Nous étions au restaurant de la tour Eiffel, invités par Sandra qui fêtait les cinq ans passés chez nous. Dîner parfait de l’apéritif au dessert, nous en étions au café.
- — J’ai une grande nouvelle à vous annoncer, nous dit-elle tranquillement en souriant. Vous êtes virés !
- — Ha ha ! Quoi tu dis là, pat’on ? ?
- — Hélas pour toi, Jérôme, dit-elle soudain très grave. Je ne plaisante pas. À l’heure qu’il est, vous avez tout perdu, vous n’avez plus rien et, de plus, vous êtes à la rue.
- — Quoi, quoi, quoi, demanda Frane, soudain inquiète. Explique un peu, je ne comprends rien. Tu comprends toi, chéri ?
- — Rien du tout, et comme ce n’est pas possible, c’est un poisson de septembre.
- — Vous habitez chez moi, et je ne veux plus de vous dans MA maison. J’ai le droit, non ?
- — Oui, bien sûr, mais pourquoi ?
- — Pourquoi ? Vous savez ce que c’est que l’esclavage moderne ? C’est ce que je vis, et j’en ai assez. STOP ! Sandra va faire ceci, Sandra va faire cela, le ménage, la cuisine, les paperasses. Et puis en plus, Sandra va donner son cul, son sexe, sa bouche, ses seins pour que Monsieur et Madame prennent leur plaisir. Une esclave, pendant cinq ans, sans un merci, sans me demander mon avis, sans même penser à m’augmenter. Je suis toujours au SMIC de départ, qui devait évoluer quand ça irait mieux. Pourtant c’est moi qui ai développé les ventes, sur Internet notamment. Mais rien.
- — Sandra, tu as pris ta part de plaisir aussi, non ? Tu ne braillais pas que de douleur, que je sache. Et puis pour ton salaire, il suffisait d’en parler, de demander. C’était facile…
- — Mon petit Jérôme, vois-tu, c’est seulement symptomatique de ce que vous êtes tous les deux : des monstres. Des monstres d’égoïsme et de perversion. Tu as humilié ma mère, en la baisant et en la sodomisant devant moi. Tu m’as humiliée en me baisant devant ma propre mère et en m’offrant aux turpitudes perverses de ta vieille gouine de maîtresse. Vous êtes tellement monstrueux, que même entre vous il n’y a rien, que le sexe et la cupidité. En cinq ans, jamais je ne vous ai entendu vous dire « je t’aime ». Des monstres, des cœurs de pierre. Et toi, tu ne te rends compte de rien, tu suis ta queue en laissant ta cervelle en rade, persuadé que tu as la plus belle queue du monde. Eh bien non, il y a beaucoup plus beau et plus endurant, une belle circoncise, toujours le gland à l’air. Qui ? Tu te souviens du contrôle fiscal ? Merci de ton aide ! « Tu as bien géré ça, bravo, Sandra » ! Eh bien ce gentil inspecteur des impôts est devenu mon amant, et je l’aime, et il m’aime. C’est également un homme de bons conseils. Grâce à lui, je suis bordée de partout. Ah, je vais te la réveiller, moi, ta cervelle, tu vas la faire cogiter. Aujourd’hui, donc, ce dîner tient lieu d’assemblée générale annuelle de notre société. Les convocations vous sont parvenues sur vos boîtes mail, mais comme vous ne les consultez jamais… Ce conseil entérine votre démission de la société, après que vous m’ayez vendu vos parts. C’est juste une transaction par Internet, de l’argent fictif qui n’a fait qu’un tour de comptes, de moi à vous et de vous à moi. Tout comme pour l’acte de propriété de la galerie. Le notaire a encaissé mon chèque, mais le banquier était prévenu, et il vous a renvoyé le vôtre, diminué de ses émoluments, ce qui a remis mon compte à flot puisque c’est moi qui effectue les tâches subalternes, comme le courrier. Vous voulez des preuves ? C’est simple : prenez vos portables et consultez vos comptes bancaires. Si vous avez oublié les codes, pas d’inquiétude, je les ai.
Ce que nous fîmes, pour constater le vide jusqu’au dernier euro…
- — Mais enfin, ce n’est pas sérieux, reprit Frane. Après tout ce qu’on a fait pour toi…
- — Ah oui ? Mais quoi donc ? Me baiser dès le premier jour, quand je venais espérer une aide, et juste après m’avoir fait boire et vomir ?
- — Bon, on a sûrement eu tort, mais… on s’en excuse. Mais imagine, Sandra, pour moi c’est toute une vie, presque vingt ans de travail rayés d’un trait de plume…
- — Et ma vie à moi ? Une vie gâchée par deux margoulins sans scrupules ? Combien ça vaut ? Ta vie vaut-elle plus que la mienne ? Je ne me fais pas vraiment de souci pour vous. Âpres au gain comme vous l’êtes, on vous laisse à poil au coin de la rue le premier janvier, et au trente et un décembre vous êtes propriétaires de toute la rue. Assez discuté, vous me dégoûtez.
- — Je crois que j’ai besoin d’un cordial, si tu nous l’offres, bien sûr…
- — Garçon ? Deux cognacs, une coupe de Dom Pérignon et l’addition, s’il vous plaît… Ah, il faut que je vous informe que je vous laisse votre voiture, elle ne m’intéresse pas car je n’ai pas le permis. Et vous avez jusqu’à minuit tapante pour vider la maison de vos affaires personnelles. Moi je prendrai un taxi. N’essayez pas d’aller à la galerie, le code de sécurité est changé. Après minuit, ou si toutefois il m’arrivait quelque chose ce soir ou dans les jours à venir, sachez que le fisc est très intéressé par votre compte au Luxembourg, votre paradis fiscal préféré.
- — Quel compte ? Mais on n’a pas de compte au Luxembourg…
- — Si, si, vous ne le saviez pas, mais je vous l’apprends. À vos noms encore, c’est pas très malin. Ne cherchez pas la banque ni le code, c’est moi qui ai tout. La somme rondelette qui est dessus mérite une dizaine d’années au trou. Ce serait bête ! Il paraît que les geôles de la République sont bien moins confortables que la maison de mes parents. La bouffe aussi, merci pour la cuisinière, vous pourriez la regretter…
Elle a terminé sa flûte, a fait appeler un taxi et est partie. On s’est regardés comme deux cons… Et puis soudain, il a fallu se grouiller pour aller chercher nos frusques. Sièges arrières couchés, nous avons rempli la bagnole, et puis… il a fallu chercher une chambre dans une boîte à sommeil, tant que nos cartes fonctionnaient encore. Mais le sommeil, nous ne l’avons pas trouvé… Tout paraissait tellement impossible, tellement surréaliste, que nous avions du mal à le croire, à l’intégrer. Nous avons tout fait, avocat, notaire, tentative de plainte :
- — Mais pour quel motif ? Vous avez tout signé…
- — Ce sont des faux !
- — Prouvez-le !
L’urgence a été de trouver de l’argent, simplement pour vivre. Quelques relations nous en ont prêté, un peu… Plus durablement, il fallait trouver du boulot. Nous sommes allés au ministère de la Culture, ils avaient quelques postes à pourvoir et nos références étaient suffisantes. Leurs besoins ? Des directeurs de musées de province. C’est ainsi que Frane a été nommée directrice du Musée d’Art et d’Archéologie de Guéret, et moi du Musée du pays d’Ussel. Bonjour la province profonde, et il fallait nous estimer heureux, nous n’étions pas ensemble, mais « à côté » l’un de l’autre… une heure et demie de routes pourries. Et un ennui… redoutable. Bonjour les visites de classes, les clubs du troisième âge et les visiteurs locaux du dimanche. Heureusement, peu après mon arrivée et avant l’hiver, terrible en ces lieux reculés, il s’avéra que la dame de l’accueil avait dépassé la date limite de consommation. Bonne retraite, j’ai dû recruter. Une dizaine de candidatures d’un peu partout. J’ai été séduit par son cul rond, ses gros nichons, ses yeux en amandes et son accent du sud-ouest, Mélanie était de Toulouse. Il lui fallait un logement, je lui ai proposé une sorte de « colocation », une chambre libre dans mon appartement de fonction. Une semaine plus tard, elle était dans mon lit, et ravie d’y être, apparemment. C’est une chose qui m’a profondément rassuré après les déclarations de Sandra. Les jours de fermeture, le lundi et le mardi que nous avons harmonisé avec Guéret, je faisais la route pour rejoindre Frane. J’ai pris la décision de ne pas lui parler de Mélanie, ma nouvelle copine.
Inutile de l’inquiéter, je n’en suis pas vraiment amoureux. Mais je trouve très agréable de vivre avec elle cinq jours sur sept, d’autant qu’elle fait très bien la cuisine de son sud-ouest natal. Au moment où j’écris ces lignes, elle est près de moi, à portée de main, nue sous son petit tablier, son petit cul pommé et ses gros seins directement accessibles…