| n° 20406 | Fiche technique | 116923 caractères | 116923Temps de lecture estimé : 65 mn | 03/08/21 |
| Résumé: Chiche que les prochaines vacances, c’est toi qui organise, me lança-t-elle alors que nous en définissions justement la date. Sans prendre cette mission comme un défi à relever, mais comme une attente, j’ai dit top-la. | ||||
| Critères: fh ff 2couples couplus candaul collègues poilu(e)s fépilée vacances plage hotel voir nudisme noculotte fmast hmast caresses fellation cunnilingu pénétratio -couple | ||||
| Auteur : Enzoric Envoi mini-message | ||||
Elle laissa traîner un doigt le long de mon sexe tendu, puis se coucha sur le dos.
Depuis deux semaines elle me questionnait. Parfois avec tact, mais, la date approchant, ce jeudi soir, veille de notre départ, c’était avec ses gros sabots qu’elle tentait de me soutirer ne serait-ce qu’un détail. Si elle pensait que j’allais céder si près du jour J, elle se fourrait le doigt dans l’œil. Mais elle est tenace, et ce n’est pas dans l’œil qu’elle le fourra, ce doigt :
Durant plus d’un quart d’heure, j’ai ressenti le lent mouvement du matelas. La garce, elle me connaît bien ! Aussi pris-je sur moi, décidé à tenir tête à cette tentative, résolu à dormir effectivement dessus. À mesure qu’elle se caressait, calmement, consciente qu’elle faisait grandir plus encore mon désir, inconsciemment elle intensifiait ma volonté de ne pas faiblir. Pire, je m’étais juré, quitte à ne pas fermer l’œil de la nuit, de relever ce défi.
Rarement elle se masturbe, et si ce geste calculé m’aurait en temps normal mis en appétit, sa jambe, glissée entre les miennes, et sa cuisse surtout, posée sur mon sexe qu’elle flattait de quelques caresses plus écrasantes que délicates, ainsi que le bruit, que je devinais être son majeur tourner, aller venir sur un clito mûr à point, ce tout me frustrait tout autant que renforçait ma détermination. J’avais passé un mois à tout préparer, tout organiser, alors non, je ne lâcherais pas le moindre indice !
Ma réponse fut le coup de grâce. Sa jambe se contracta, signe avant-coureur qu’elle allait jouir. Cette tension extrême, que j’adore ressentir lorsque je la possède encore après avoir joui, je la perçus pour la première fois en externe. Différence frustrante, mais pas désagréable pour autant. Je ne voyais rien, mais l’ouïe comblait cette absence d’une perception qui m’avait échappée jusqu’alors. Elle qui d’ordinaire retient son plaisir l’exprima, sans pour autant le hurler, d’un long râle jusqu’au dernier tour de doigt. Ensuite, comme toujours, je savais qu’après la tempête ce serait le calme plat. De boule de nerf, elle deviendrait amorphe et demeurerait ainsi, inerte, déconnectée de tout, de moi y compris, tant que sa respiration n’aurait pas repris un rythme normal. Ça, je le sais pour admirer cet état végétatif comme preuve, si besoin est, que les jouissances que l’on partage sont réelles.
J’aime tout autant la regarder revenir à la vie que provoquer cette petite mort. Durant cette petite minute, je me régale, pas de corps, mais de cœur. Si la beauté est subjective, cette poignée de secondes m’en révèle une autre, plus subtile, profonde : la renaissance après l’abandon.
ooOoo
Deux heures. Il m’en aura fallu pas moins de deux avant de trouver le sommeil, moi qui d’ordinaire sombre sitôt la tête sur l’oreiller. Mais ce jeudi soir, peu avant minuit, ma coquine m’avait tenu éveillé tout en dormant profondément, elle. Non d’un manque, mais d’une envie plus excitante : faire de cette semaine de vacances sept jours surprenants.
Depuis toujours, soit depuis que nous nous connaissons, c’est elle qui organise tout. Sorties, repas entre amis, et bien évidemment, vacances. Pas que je suive sans rien dire : elle propose toujours plusieurs options et nous décidons ensemble. Mais pour ces prochaines, tout est parti d’un… comment dire… quiproquo. Certains diraient embrouille, dispute, mais en ce qui nous concerne le différend ne s’est jamais immiscé au sein de notre couple.
Tout était parti d’un chiche : « Chiche que les prochaines vacances, c’est toi qui organises », me lança-t-elle alors que nous en définissions justement la date. Sans prendre cette mission comme un défi à relever, mais plutôt comme une attente, j’ai dit tope-là.
Sa première surprise, de taille, fut de me découvrir attablé au petit matin.
Elle ne releva pas, ne posa pas la moindre question. Elle m’observa tout autant que je la contemplai manger.
Le trajet fut silencieux. Elle m’épiait, et moi je jubilais. Je savourais ma seconde surprise.
Un petit bisou, et hop ! je détalais. La journée allait être chargée. Si le plus gros était déjà bouclé, il me restait quelques détails à finaliser. À commencer par la valise, que je fis sitôt rentré. Je commençai par mes vêtements, ce qui me prit, au plus, quinze minutes. Mais prévoir les siens, bien que sachant le lieu et la durée m’en demanda presque trois. Pourquoi les femmes ont-elles tant d’habits ?
J’en avais sélectionné bien trop pour que ce tant rejoigne le peu des miens, alors je fis un second tri, puis un troisième. Au quatrième, la valise était bouclée. Enfin, c’est ce que je crus avant de devoir faire les trousses de toilette. La mienne était sommaire : rasoir, mousse à raser, après-rasage, gel douche et shampooing. Sans oublier le déodorant. Mais quand je dus choisir pour elle, tout se compliqua.
Parfum, évident mon préféré, mais… pour le reste ? Alors j’ai pris un peu de ceci, un peu de cela, sans réellement savoir si mes choix étaient les bons. Je me suis maudit. Comment peut-on aimer une femme à ce point et ne pas connaître ce qu’elle aurait, elle, mis dans sa trousse de toilette ?
Un peu désabusé, et l’heure galopant à grands pas, j’abandonnai. Après tout, si j’avais merdé il serait toujours temps d’acheter sur place cet oubli. Car oui, je mimerais l’oubli et non une réelle méconnaissance. Parfois, souvent j’avoue, je préfère la fuite au combat. Ce n’est pas de la lâcheté… enfin, j’ai espoir que non.
Bagage dans le coffre, se résumant à une valise-cabine, je déjeunai rapidement. Gamelles pleines, et deux bols d’eau fraîche déposés, je caressai longuement nos trois chats, leur promettant que cette absence était un mal nécessaire pour eux, et un bien vital pour nous. Clefs remises à notre voisine, habituée à s’occuper d’eux, après lui avoir rabâché vingt fois les mêmes conseils, je partais enfin. Trajet déduit, il ne me restait que deux petites heures pour finaliser cette première et la surprendre à la hauteur de sa confiance en moi.
À seize heures quarante, elle sortait enfin. La connaissant, je savais qu’elle avait dû ranger son bureau, saluer ses trois collègues, et leur certifier qu’elle était à jour avant de me rejoindre. Ainsi est-elle, et ainsi je l’aime : perfectionniste jusqu’au bout des ongles, toujours impeccablement vernis.
J’abattais ma troisième surprise : la prendre de court. Ayant prévu un quelconque inattendu, j’ai fait quelques détours avant de me garer.
Elle me regarda prendre son sac à main, ne comprenant plus rien à rien.
C’est beau l’amour. Plus puissant que n’importe quoi. Rien ne peut surpasser l’amour. Absolument rien. Elle se jetait dans la gueule du loup, parce que moi, son berger pour une semaine, je l’avais menée jusque-là. Mais je jouais à quitte ou double. Ça passait ou ça cassait, même si j’avais un plan, enfin, une esquisse pour dire vrai, amorcé depuis ce matin et qui s’était déroulé jusque-là comme prévu.
J’ai fumé clope sur clope, les yeux rivés sur la porte par laquelle elle ressortirait, la même ou presque. J’avais sélectionné cet institut plus qu’un autre pour un détail. Anodin pour beaucoup, mais crucial pour moi. Cette folie allait peut-être mettre un terme à tout ce que j’avais échafaudé, mais qu’importe ! Parfois le risque paye. Et puis qui ne tente rien n’a rien.
Vlan ! Prends ça dans ta gueule ! Je m’y attendais, pour dire vrai. Elle avait gardé bonne figure durant ces deux heures, je le savais pour la connaître mieux que quiconque. Cent vingt longues minutes entièrement consacrées, pour elle à ruminer sa colère, et pour moi à l’imaginer la contenir, cette explosion. Mais ce revers de médaille, je l’accueillis comme un espoir.
On roula silencieusement. Elle à fumer, et moi à savourer cette première réelle petite victoire.
Débattre était inutile, tout autant que tenter de la faire changer d’avis. Je n’en espérais pas moins, et j’étais conscient que ce préparatif n’était que le début. Tout comme elle se doutait que j’allais la repousser dans ses moindres retranchements.
Elle but une gorgée.
Je regardais la route, mais j’entendis chaque gorgée. Huit. Huit fois elle déglutit avant de remettre la bouteille de whisky-coca dans le sac isotherme.
J’ai avalé les cent premiers kilomètres au rythme du claquement de son talon sur la moquette. Quand elle monte dans les tours, il lui faut du temps avant de retrouver son calme. Durant ces moments-là, j’ai l’impression d’être le mari d’une autre. Surprenantes les cinq premières minutes, quant aux suivantes, elles sont aussi pesantes que savoureuses. Pour moi, du moins.
J’adore lorsqu’elle sort de ses gonds. Je la sais franche, déterminée, profondément honnête et toujours maître d’elle-même, alors ce pétage de plomb, prévu et engendré était à la hauteur de mon espoir. Je flirtais avec une limite, délicate et risquée, mais l’amour, notre amour, en sortirait indemne. Sinon plus puissant encore. Tout reposait sur moi dorénavant, et je comptais bien la maintenir dans cet état, à la lisière de la colère sans ne jamais franchir la limite. Sinon mon plan tombait à l’eau.
Pendant qu’elle allait se soulager, j’achetai sandwichs, chips et muffins à la boutique. Elle me retrouva devant la station. Rien qu’à ses pas, je savais qu’elle était toujours en pétard, sinon plus. Mais ce que je crus être de me voir sandwichs en main n’en était pas la cause.
Je fixai quelques secondes ce qu’elle venait de me donner, heureux que ce manque de papier toilette me la rende furax.
Elle en prit un au hasard, puis partit d’un pas rapide vers la voiture. Je pris le temps de savourer de la vue ce cul, rond à souhait, moulé dans une jupe l’épousant à merveille, le sachant dorénavant nu. Après avoir senti à plusieurs reprises le string humide dans lequel elle venait de s’essuyer, je la rejoignis.
Le silence était assourdissant. Seul résonnait le croustillant du pain que je mordais à pleines dents, fixant de temps à autre ce que j’avais déposé sur le tableau de bord.
Poulet, pas mon préféré, mais le sien. Mais je ne me voyais pas lui dire : « Mamour on échange ? », alors je fis contre mauvais casse-croûte, bon chauffeur. J’avais fini le mien et elle, à peine croqué dans sa demi-baguette lorsque me vint l’idée de meubler l’habitacle d’un peu de musique. Erreur fatale
… me regarde à peine
Plus rien ne la surprend
Sur la nature humaine
C’est pourquoi elle voudrait
Enfin si je le permets
Déjeuner en paix
Déjeuner en…
J’ai pouffé dès les premières notes. J’ai lutté, mais… j’ai été faible ; alors j’ai éclaté de rire. Elle a d’abord mimé l’indifférence, mais plus je hoquetais, plus je savais que ce calme, contenu, j’allais me le prendre en pleine poire puissance mille.
Ne rien dire. Surtout ne pas répondre, me répétais-je en boucle. Mais l’instant était trop irréel. Vouloir coller ces paroles au présent était impossible ! Alors j’ai rigolé durant plus d’un kilomètre, si rapide lancé à cent trente kilomètres-heure, et si long pour elle. J’en avais les larmes aux yeux, tant que je dus les essuyer sous peine de nous conduire à une mort certaine.
Voilà, mission remplie : elle perdait ses mots. Deux seules choses le peuvent. Lorsqu’elle jouit, instant magique que je savoure avec plaisir, et lorsqu’elle est énervée, moment tout aussi jouissif qu’égoïste. J’aurais dû me taire, mais l’occasion fait le larron, non ?
C’était presque gagné. Non seulement elle réalisait que cette semaine serait particulièrement chargée en hormones, mais surtout il me semblait qu’elle en acceptait l’idée. J’allais devoir la jouer fine, ne pas la laisser reprendre le contrôle en la surprenant, sans ne jamais pousser le bouchon trop loin. Sinon, au mieux, retour à la case départ, au pire, mort dans l’œuf.
À loucher sur le string plus que regarder les panneaux, j’avais évidemment raté la sortie.
Je suis nul, mais alors vraiment nul niveau orientation. Même dans ma ville natale, celle où j’ai grandi, celle où je travaille, j’arrive encore à trouver des routes qui ne mènent nulle part. Donc, en territoires inconnus, c’était couru d’avance !
J’optai pour celui de mon smartphone, ne voulant pas lui dévoiler notre destination en inscrivant l’adresse sur celui intégré à la console de la voiture. On roula une vingtaine de minutes jusqu’à ce qu’une voix féminine annonce « … puis votre destination se trouvera sur votre droite ». Recommandation inutile puisque l’impasse ne comportait qu’une bâtisse.
À nouveau, cette perte de répartie me combla.
Il est vrai que lorsque j’avais cherché un point de chute pour ce premier soir, j’avais eu la même impression en consultant leur site internet. Isolé, ce petit manoir laissait supposer à un lieu de ce style.
Chambre spacieuse, lit king size, déco d’un âge certain. Le dépaysement était parfait.
À mon retour, elle était encore sous la douche. Valise ouverte, mon choix se porta sur une jupe en cuir que je lui avais offerte et qu’elle n’avait portée qu’une fois, pour me faire plaisir plus que par envie, il est vrai. À sa décharge, sa petitesse en limitait un port réservé aux soirées spéciales. Évidemment, j’assortis les bas. Pour le haut, un caraco, noir lui aussi, tout en fines dentelles jusque dessous les seins.
Sans bruit, je déposai ce léger tout sur le lavabo.
Ce qu’elle ignorait encore, et qu’elle découvrit en entendant : « Room service », était que j’avais déjà payé le repas en chambre lors de la réservation. On dîna donc en tête à tête, confortablement installés à la table dont disposait la suite. Elle tenta à maintes reprises de découvrir ce que j’avais mijoté, mais je m’étais préparé. Aussi n’en apprit-elle pas plus que ce qu’elle savait déjà, à savoir : rien.
Elle fixa la porte ouverte, puis se décida à la franchir. Nicotine, je t’aime !
Hormis la femme qui nous avait accueillis, on ne croisa personne. Cigarette aux lèvres, ricanant en silence, j’ouvris le coffre et lui tendis son imper.
Je réussis à la convaincre d’une balade dans l’énorme parc de l’hôtel. Elle accepta, plus pour ne pas faire le pied de grue devant l’entrée que pour me faire plaisir, mais je savourai l’instant de marcher à son côté, regardant ses jambes se dévoiler à ma vue plus que le sol.
Seconde cigarette fumée, nous étions enfin revenus au point de départ. Galamment, je la laissai me précéder. Jamais je ne me lasserai de le mater, ce cul.
La chemise de nuit n’était pas un oubli. C’était volontaire. Qu’elle soit en rogne de devoir dormir nue était plus que prémédité. C’était dans le haut de la liste.
La chambre était dans le noir, une aubaine. Je la savais ruminer, elle qui regardait toujours la télévision avant de s’endormir, alors je mis longtemps après m’être douché avant de la rejoindre.
Couché, je cherchai sa cuisse et posai la main dessus. Il n’est pas un soir depuis que l’on dort dans le même lit sans que je ne lui caresse la cuisse avant de m’endormir.
Un long silence s’installa. Même si elle acceptait que j’aie la main posée sur sa cuisse, immobile certes, je la sentais crispée.
ooOoo
J’ai dormi comme un loir. Pas jouis, mais pas important. Au réveil j’avais encore le goût de cette victoire en bouche, fier de n’avoir pas craqué.
À la faible lumière matinale perçant les doubles rideaux, j’ai pris un incroyable plaisir à la regarder, allongée au-dessus du drap. L’absence de climatisation m’aura offert cette vision : ma femme somnolente sur le dos. Une première.
Malgré nos douze années de vie commune, jamais elle ne s’était endormie sans nuisette. Alors j’ai savouré l’instant, longtemps, me demandant si glisser entre ses cuisses de si bon matin me serait permis. Je ne sais que trop qu’elle n’est pas du matin. Niveau câlin, j’entends. Pas que je le sois vraiment plus, mais de la voir ainsi, si offerte, éveilla en moi une folie. Plus je la contemplais, et plus je ne pensais qu’à cela : la réveiller en la suçant. Risqué, mais trop tentant, alors…
Elle a joui. Fort. Aussi fortement qu’elle me tenait la tête plaquée. Même si elle n’a pas crié, elle ne le fait jamais hors du domicile, son corps avait parlé pour elle.
Parfois les mots sont inutiles. Superflus. Mal placés. Aux paroles je préfère le langage du corps. Nature, sans retenue, sans… tabous.
Pendant qu’elle se rafraîchissait, je m’habillai et bouclai la valise. Elle n’a rien dit en sortant de la salle de bain. Avait-elle compris que j’allais bousculer toutes nos habitudes, ou était-elle encore euphorique d’avoir joui si tôt qu’elle s’habilla rapidement ?
J’avais troqué la mini-jupe pour une lui tombant sous le genou. Caraco enfilé, elle passa la veste assortie, se chaussa, et me suivit, imper sous son bras. Tout étant déjà payé, j’ai simplement rendu la clé pendant qu’elle fumait.
Valise dans le coffre, ceintures bouclées, je démarrai.
Longtemps elle regarda le string qu’elle portait la veille et que je lui tendais.
Lorsque j’ai ouvert la fenêtre, sans doute pensa-t-elle que j’allais fumer moi aussi, mais lorsque j’ai jeté le string, elle a éclaté de rire. Ce qu’elle ignorait, et que j’espérais de ces vacances, était qu’elle n’en porte pas durant une semaine.
J’ai savouré cet abandon comme les prémices d’un idéal de vie qu’elle allait d’ici peu, soit rejeter en bloc, soit apprécier.
Le GPS de mon smartphone, programmé à l’accueil, nous mena en centre-ville. On petit-déjeuna comme si de rien n’était. Elle était sur ses gardes, mais je n’avais rien prévu de plus que manger. Estomacs rassasiés, on reprit la route.
Frontière belge passée, elle admira le changement de paysage. Il est vrai que tant les habitations que la campagne belge ne ressemblent guère à chez nous. En touriste, elle scrutait par la fenêtre le paysage, oubliant l’heure et les kilomètres avalés tout en lisant les panneaux.
On déjeuna dans une station-service. Repas typique. Pour dessert, elle opta pour une gaufre, qu’elle jugea bonne elle aussi, mais sans plus. Elle était détendue, calme. Pas prévu, mais je lui devais bien cela après m’avoir offert cette inespérée jouissance matinale. Et puis, surtout, elle était belle à voir, ignorant encore que la tempête couvait, effroyable, alors que moi, oui.
Ce tourisme routier nous mena jusqu’en Hollande. Pays tout aussi charmant que vert. Là-bas, les éoliennes poussent comme les lampadaires chez nous. Impressionnant. Absorbée par la vue, elle me laissa conduire en silence, sans chercher à savoir quand nous arriverions. Auquel cas, j’avais prévu une réponse toute faite : bientôt.
Ce ne fut que lorsqu’elle décrypta le panneau à l’entrée qu’elle hurla :
Il m’aura fallu plus de dix minutes avant de la convaincre de m’accompagner à l’accueil afin qu’elle vérifie elle-même mes dires.
En bon français, je ne parle que le français. Je baragouine un peu l’anglais, mais si mal que personne ne comprend rien. Alors j’avais imprimé la traduction. Peine inutile.
Le jeune hollandais qui nous accueillit fut des plus convaincants. Vingt-cinq ans au plus, mais un charisme digne d’un quinquagénaire : rassurant, à l’écoute et drôle surtout. Une perle pour le lieu. Je me suis promis de le remercier dignement avant la fin de notre séjour.
Bungalow comme sur les photos du site. J’avais opté pour le nommé luxe. Guère plus cher que le standard, mais bien plus grand. Et tout confort surtout ! Elle en fit le tour, ouvrant placards, tiroirs, puis testa le matelas.
Aussi paumés l’un que l’autre, on a pris quelques paquets de ceci, plusieurs boîtes de cela, trois bouteilles dont l’étiquette semblait indiquer qu’elles contenaient un pourcentage d’alcool, et divers autres trucs ressemblants à du café en poudre, du sucre, et des gâteaux.
Main dans la main, on retournait au mobil-home, lorsque :
J’ai stoppé net ! Putain !, faire des centaines de kilomètres, prévoir jusqu’aux moindres détails ce voyage et me retrouver dans le même camping que lui !
Lui, c’était Alfred. Un collègue d’un autre étage. Bref, un type que j’avais déjà vu sans réellement savoir dans quel service il bossait. Même pas une connaissance. On s’était déjà croisé, mais dire qu’on s’était déjà parlé serait mentir. Ou alors j’avais oublié, vu qu’il n’avait pas l’air d’être très intéressant comme pote.
Pas le temps de réagir qu’elle me faisait une accolade et deux bises humides.
On les a regardés s’éloigner, aussi médusés l’un que l’autre.
J’étais abasourdi. Était-ce du fait de cette improbable rencontre, ou que ma femme les trouve sympas que je suis resté planté raide comme piquet au milieu de la route.
Même si je ne n’avais réellement rien prévu de spécial pour ce soir, je n’avais plus qu’une idée en tête : recadrer la situation.
Elle n’avait pas tort. Sans réellement parler de fantasmes, j’avais dressé une liste de choses à tenter, sinon réaliser, et cette inopportune presque connaissance risquait de chambouler tous mes projets.
Emplettes rangées, je me suis avalé une bière tiède, presque chaude. Immonde donc, mais Lou tardait à sortir de la salle d’eau, et moi j’avais besoin d’un remontant.
J’avais tout prévu, sauf ne serait-ce qu’un seul vêtement décent. Alors j’ai fait contre mauvaise prévision le choix le moins pire.
Vêtue simplement d’une robe fourreau, mettant en valeur plus qu’accentuer ses jolies formes, elle se prit elle aussi un apéritif le temps que je me douche.
Depuis plusieurs années, dès que nous étions en vacances, c’était devenu un rituel : chacun choisissait les habits de l’autre. Alors, pas de raisons que cela change.
Elle sélectionna un pantacourt blanc et une chemise beige clair en lin, que je passai devant elle.
Aux indications des panneaux, on prit le chemin du numéro 208. Si jusqu’à arriver à une sorte de portique elle semblait guillerette, elle perdit instantanément son sourire, contrairement à moi qui me retenais d’éclater de rire.
Elle a lu, relu, et re-relu le panneau.
Je l’ai regardée pousser le tourniquet, ébahi, ravi.
Le dîner fut sympa. Même si la conversation tourna essentiellement autour du naturisme, dont ils nous firent l’éloge sans pour autant tenter de nous rallier à ce style de vie.
J’étais abasourdi. Je m’étais donné une semaine pour faire voler en éclat ses préjugés, et il avait suffi d’une soirée pour que deux presque inconnus la rallient à ma cause. Sans même le savoir sans doute !
Ces quelque cent mètres furent les plus extraordinaires de ma vie. Marcher à la lueur jaunâtre du balisage, en tenant la main de mon épouse qui ne semblait pas gênée, presque plus ravie que moi d’être nue me combla comme jamais.
Sans se presser, on a fait les deux cent cinquante derniers mètres comme deux gosses. J’étais aux anges. Même si à cette heure matinale on ne croisa personne, chaque pas nous menant au logis effaçait, un à un, les détours que j’avais prévu d’emprunter. Tant et si bien qu’enfin arrivé à destination, j’étais résolu à brûler toutes les étapes que j’avais si soigneusement programmées.
ooOoo
J’étais encore fatigué lorsque j’ouvris les yeux, mais m’offrir quelques heures supplémentaires de sommeil risquait de mettre en péril ma détermination.
Lorsqu’elle se leva enfin, tout était prêt. Son bol n’attendait qu’à être chauffé, deux croissants, enfin, ce qui dans ce pays devait l’être, trônant à côté.
Après lui avoir fait un chaste bisou sur le front, j’ai filé dans la chambre. Sans doute pensa-t-elle que j’allais me doucher, aussi mit-elle simplement à chauffer son lait en baillant.
Ce qu’elle ignorait encore était que j’avais décidé de battre le fer tant qu’il était encore tiède. Elle m’avait tendu une perche monumentale il n’y avait que quelques heures, et si je voulais en profiter, je devais, quitte à en subir les foudres de ma Lou, ne pas laisser retomber la mayonnaise.
J’avais très peu de temps, aussi fis-je au plus rapide. Elle lavait son bol lorsque je la rejoignis.
Sans poser plus de questions, elle passa le mini-short que je lui tendis. Pendant qu’elle fumait, j’ai chargé le peu de bagage dans le coffre, puis j’ai attendu qu’elle finisse sa cigarette. Installée, elle boucla sa ceinture de sécurité puis me dit :
Elle est maligne ma femme, et surtout elle me connaît très bien. Trop pour que je puisse la surprendre à l’évidence.
Moins de dix minutes plus tard, je posai valise et sachets de victuailles au numéro 312.
Je la cherchai des yeux, mais elle avait disparu. Je la croyais dans la chambre, mais je la découvris confortablement allongée sur le transat de la terrasse à profiter du soleil.
Je l’ai généreusement tartinée, appréciant la vue de ce corps nu briller comme jamais. Pour le coup, ce fut moi le plus surpris. Non qu’elle tienne parole, elle va toujours au bout de ses engagements, et ne dit jamais rien sans le penser, mais surtout de la découvrir d’un autre œil. La nudité qu’elle exposait si naturellement aux yeux de tous me sidérait.
Sans qu’elle n’ait jamais eu réellement honte de son corps, durant longtemps sa pudeur m’avait privé d’admirer la beauté de celui-ci en plein jour. Alors, la découvrir si à l’aise, si calme, me foudroyait d’un sentiment plus intense encore que l’envie d’en profiter. J’étais charmé plus qu’excité, respectueux plus qu’envieux. Le cœur, débordant d’un amour platonique, je suis rentré ranger valise et courses. Puis le soleil étant au zénith, j’ai déroulé le store banne et me suis endormi à l’ombre, tout aussi nu qu’elle.
Des murmures m’ont réveillé. Rien de compréhensible, mais une intonation que je reconnus de suite chuchotait non loin. J’ai mimé dormir, tendant l’oreille. Mais je ne discernais qu’un brouhaha inintelligible. Il me suffisait d’ouvrir, ne serait-ce qu’un œil pour voir avec qui elle conversait, mais j’ai préféré imaginer. L’imaginer. D’autant que je savais avec qui elle était. C’est pourquoi m’immiscer dans cette conversation aurait brisé le charme de ce que j’imaginais. : je les visualisais, tous les trois aussi nus que je l’étais, debout dans l’allée. Que se disaient-ils ? Je m’en foutais royalement. Seul importait qu’elle, ma femme, parle avec eux.
Une planche des trois marches en bois menant à la terrasse grinça.
On a passé une bonne partie de l’après-midi à se balader et découvrir les installations mises à disposition des vacanciers. Étrangement, nous promener nus au milieu d’autres, pour certains seuls ou en couple, pour d’autres, venus en famille, se fit naturellement. On se croisait, se regardait, se saluait, mais sans pour autant juger la nudité de mise dans cette partie du camp de vacances. Tout au plus remarquait-on les nouveaux arrivés, peut-être nouveaux convertis, de corps aussi blanc que nous, et les habitués à leurs bronzages uniformes.
Vers dix-sept heures, on repassa le portique. La supérette jouxtant l’accueil, nous étions vêtus, pour elle d’un long t-shirt, et pour moi d’un boxer de bain. Les consignes étaient claires et affichées dans toutes les langues. Si d’un côté la nudité était de mise, de l’autre elle était interdite.
À nouveau on prit un peu de tout sans vraiment savoir ce que nous achetions, ni même si nos invités apprécieraient. Lou se dévêtit sitôt le portique franchi avec une telle facilité que j’en fus à nouveau médusé, et fier. Je m’étais tant creusé la tête durant des semaines pour tenter de lui faire franchir cette barrière que de la voir si facilement le faire, loin d’être déçu, j’étais admiratif.
Vingt heures approchaient, et nous ne savions toujours pas quoi faire pour le dîner. Alors, comme souvent elle prit la bonne décision.
Vingt minutes qu’elle était dans la salle d’eau, et moi à regarder les minutes défiler sans qu’elle ne semble vouloir en sortir que ceux qui devaient arriver frappaient à la porte.
Pour sûr qu’ils m’avaient vu nu, et même au meilleur de ma forme. Comme tout homme normalement constitué, je bande en dormant, donc oui, ils m’avaient vu, comme quiconque passant devant notre terrasse la queue dressée. Même si cet état n’était qu’une manifestation, somme toute banale, normale et inconsciente, j’avais pour l’heure une appréhension. Les recevoir nu dans cette section du camp n’était pas en soi déplacé, pourtant j’aurais préféré le contraire.
Je me sentais un peu bizarre. Était-ce d’être la seule personne nue, ou d’avoir, presque effrontément, détaillé Germaine de la tête aux pieds ? Les deux sans doute. D’autant qu’elle avait fait dans la résille et la dentelle ! Pour le haut, une brassière blanche en maille large soutenait une généreuse poitrine, quant au bas, une jupette assortie, tricotée, je pense, ne cachait guère un pubis aux poils tout aussi longs et fournis que noirs. Pour le coup, aurait-elle été nue qu’elle n’aurait pas éveillé en moi un tel voyeurisme.
Me retournant après avoir fermé la porte, de voir ma femme caresser, d’abord le sein droit, puis le haut de la cuisse de Germaine, j’ai eu une absence.
Malgré le bruit de l’eau, j’entendais que ça riait à tout va dans la cuisine. Presque trop à mon goût, alors j’ai pris la plus rapide douche de ma vie. Je finissais de boutonner ma chemise en les rejoignant lorsque je la vis, debout à tourner sur elle-même devant Germaine.
Une nouvelle absence, brève, mais palpable me laissa pantois et planté devant elles.
Je les déposais au centre de la table lorsque Alfred entra sans frapper, traînant un cabas derrière lui. Étonné, je le regardai sortir la bouteille de jaune, puis rouler ce chariot jusque devant nos femmes.
Une heure durant, on assista, Alfred et moi à un défilé. Inédit pour moi, mais j’en étais convaincu loin d’être une première pour lui. L’alcool dans lequel j’avais cherché refuge dès le premier essayage faisant effet, je ne manquais plus de commenter chaque tenue, appréciant tout autant l’habit que celle qui le portait.
Merde ! Avais-je été si peu discret en matant avec plaisir tant le corps de ma Lou que celui de Germaine ? À ma décharge, il était difficile de faire autrement que lorgner seins et sexes que ce peu de laine mettait en valeur plutôt que cacher !
Alfred éclata de rire.
Tous trois, on la regarda sortir son chéquier, en remplir un, le signer, le détacher, le plier en deux puis le jeter au fond du cabas.
Sans attendre sa réponse, Lou le resservit.
Je me suis levé et Lou a pris ma place. Germaine s’est assise face à eux. En mode automatique j’ai fait bouillir de l’eau avant d’y plonger ce qui ressemblait à des pâtes. Je me sentais petit. Minable. Je n’osais même pas me retourner. Pire, j’appréhendais de devoir le faire sous peu. D’autant que le silence régnait depuis que les chuchotements, incompréhensibles d’où j’étais avaient cessé.
Qu’avaient-ils manigancé dans mon dos ? Me foutre plus encore le nez face à ma connerie ?
Impossible ! J’étais déjà au fond du trou. Alors, avec le peu de courage qui m’animait encore, je les ai rejoints, saladier de pâtes en main.
Six yeux me scrutaient. Dans quatre, je lisais de la compassion, dans deux un soupçon de déception noyé dans un regard de malice.
Ma femme était assise entre eux, sur un banc prévu pour deux. Passé la surprise de la voir si étroitement proche, c’est en déposant le saladier que je vis enfin qu’aucun n’avait les mains sur la table. Et pour cause !
Aujourd’hui encore j’ignore toujours ce qui m’a le plus interloqué. Était-ce de voir cette main masculine, pas la mienne, partageant avec cette autre féminine, pas celle de ma femme, la douceur de ce sexe fraîchement épilé, ou la droite de mon épouse aller et venir lentement sur un sexe masculin, pas le mien, tandis que la gauche se frayait un passage dans la toison pubienne que j’avais si longuement eue sous les yeux ?
J’ai mangé sans faim, sans quitter du regard mon assiette, et sans ne jamais participer à la conversation d’une banalité étonnante vu la situation. En revanche j’ai bu. Beaucoup, surtout que mon épouse ne semblait pas décidée à m’en empêcher.
Je suis sorti aux pas de course. M’ont-ils pris pour un mari soumis que je m’en foutais, mais me voir les yeux brillants… alors j’ai fui plus qu’obéi, par pudeur. Pudeur mal placée d’ailleurs.
L’air frais me fit un bien fou. De corps, car l’esprit était toujours aussi perdu. C’est en passant le portique que, comme par magie, tout devint clair. Ma femme, mon adorable et aimée femme jouait. Elle se jouait de moi, mais surtout elle s’amusait à me faire croire qu’un de mes fantasmes, qu’elle semblait vouloir réaliser, était peut-être en passe de devenir réalité.
Devais-je être rassuré plutôt qu’excité ? Peu m’importait alors. J’avais la ferme certitude qu’elle paradait plus que vouloir passer à l’action, aussi je retrouvai une allure normale, un léger sourire aux lèvres, et décidai de moi aussi entrer enfin dans la partie.
J’ai bu trois bières. Lentement. Très, très lentement. J’ai hésité à en commander une quatrième, mais une petite voix m’a ramené à la raison. Glaces en mains, j’ai marché sans hâte. Évidemment elles fondaient. Évidemment, je les ai léchées.
Portique franchi, non sans mal je me suis mis nu. Puisqu’ils voulaient jouer, jouons !
De ne pas les voir attendre mon retour autour de la table m’inquiéta. Mais rien de comparable avec la panique qui me gagna de ne trouver aucune trace d’eux dans le mobil-home. Où pouvaient-ils être ?
J’allais d’une pièce à l’autre, laissant derrière moi la trace sucrée de ces allées et venues. Rarement je ne me suis senti aussi seul, aussi perdu sans elle. J’étais en arrêt total, planté au milieu de la cuisine lorsque la porte s’ouvrit.
Elle criait. Mais pas de colère. Elle hurlait de peur. Peur que moi, son mari, se soit véritablement enfui.
Elle s’est ruée sur moi. Elle m’a enlacé, elle m’a embrassé, et on a fait l’amour sur la table de la cuisine couverte de glace fondue, porte d’entrée grande ouverte. J’ignore quand mon collègue et sa femme sont partis, mais de les avoir vus dans l’encadrement, je ne doute pas que d’avoir assisté à nos retrouvailles leurs ait donné envie de rentrer chez eux rapidement.
ooOoo
Je n’avais plus souvenir de m’être couché. La seule chose dont j’étais certain était que je devais en tenir une bonne. J’avais la bouche pâteuse, et des relents désagréables me rappelaient cet abus lorsque j’ouvris enfin les yeux. Étonné d’être le seul encore alité, de lire l’heure sur le radio réveil me rassura : midi vingt-deux.
Tant bien que mal je me levai. Ça ne tournait pas, mais j’avais les jambes faibles. Traînant les pieds, je suis d’abord allé aux toilettes avant de prendre la direction de la cuisine.
Ma femme n’était pas là. Ce qui doit s’appeler une miche de pain en ce pays m’attendait sagement, posée sur une feuille :
« Suis à la plage. Rejoins-nous si l’envie te dit. Je t’aime, crétin. »
Envie de la rejoindre, je l’avais évidemment, en revanche en avoir la force, pas sûr !
Je me suis forcé à avaler une tartine et à boire un bol de café noir, puis je me suis douché, comptant sur cette pluie froide pour finir de réveiller un corps peinant à m’obéir. Second café avalé, presque apprécié, serviette en bandoulière j’ai pris le chemin de la plage. Il faisait chaud. Très chaud. Trop chaud. Alors j’ai mis la serviette sur mes épaules que je sentais cuire.
Bien qu’elle soit réservée, il y avait foule sur le sable. Après un rapide tour d’horizon, n’ayant pas aperçu mon épouse, j’ai marché, regardant tous ces corps allongés.
Nombreux furent celles et ceux qui croisèrent mon regard. Il est vrai que j’avais tout d’un fauve parti en chasse. Mais peu importait qu’ils me prennent pour un type seul à la recherche d’une proie. Je n’avais qu’un but, ignoré de tous, mais primordial pour moi.
Étaient-ils allés consciemment jusqu’à la limite de cette plage privée, ou était-ce simplement le seul endroit suffisamment dépeuplé pour poser leurs serviettes, que je les découvris tous trois allongés sur le ventre. Sans annoncer ma venue, j’ai fait comme eux.
Durant une dizaine de minutes, mon regard est passé de l’un à l’autre. Sans réellement en avoir conscience dans un premier temps, puis consciemment ensuite, je me suis mis à comparer ces trois corps somnolents, m’attardant plus sur deux.
Plus pulpeuse que mon épouse, Germaine avait, de mon point de vue, un cul fort agréable à regarder.
Lorsqu’elle se retourna, je stoppai d’un chut muet son envie de révéler ma présence. En appui sur ses coudes elle me regarda, d’abord étonnée que je la fasse taire, puis elle me sourit avant de s’allonger. Tête en appui sur mes mains, je fis alors la comparaison de ce qu’elle exposait à un mètre de moi, à savoir un sexe aussi touffu que celui de ma bien-aimée était lisse et doux.
J’allais me lever lorsqu’elle écarta les jambes. Cette ouverture m’offrit alors une vision tout autre. Si elle avait le pubis d’un noir bouclé, dessous cette luxuriante garrigue gisaient les deux lèvres les plus charnues que toutes celles que j’avais déjà vues. Sur le net surtout.
Lorsqu’elle posa son pied sur le mollet de son mari, il se retourna. Nos regards se croisèrent. Tout comme Germaine, il m’a souri puis s’est rallongé, sans que je n’aie besoin de lui demander de se taire. Tout comme sa femme, il a écarté ses jambes. Tout comme je venais de le faire, j’ai alors plongé mon regard entre.
Le contraste entre ces deux sexes, dont l’un semblait être à l’abandon total, niveau entretien j’entends, alors que l’autre était aussi rasé que le mien me surprit. De ne pas avoir remarqué qu’il avait couilles et corps entièrement glabres me fit m’attarder sur ce double de moi-même.
Fut-ce de me savoir les regarder, ou le pied de sa femme qui lui caressait le tibia qui la réveilla cette queue ? Je l’ignore. Mais c’était la première fois que je contemplais un sexe masculin, autre que le mien évidemment, s’ériger ainsi. Alors je l’ai fixé et, étonnamment, j’ai trouvé beau ce début d’érection. Voir ce sexe sortir de sa léthargie, le voir passer d’inerte à demi-molle, puis fièrement tendu, me fascinait. Étrange ressenti que d’admirer ce petit bout de chair sans vie grandir jusqu’à devenir aussi dur que le mien qui se frayait une place dans le sable. Il bandait, je bandais, et le sexe de Germaine brillait dans les rayons du soleil. Ils me savaient voyeur, et je les contemplais exhibitionnistes, tandis que ma femme bronzait sans se douter de rien.
Je crois que si elle ne s’était pas retournée, l’instant aurait certainement glissé vers une masturbation à trois mains.
Il était inutile de nier, aussi me contentai-je de sourire.
Cet aveu me laissa pantois. Que devais-je comprendre ? Que j’étais seul juge et arbitre ?
Elle se rallongea et, comme Germaine et Alfred qui n’avait pas bougé, mais que je devinais sourire, elle écarta les jambes jusqu’à poser son pied sur le tibia de sa voisine.
J’avais maintenant une vue imprenable sur deux sexes féminins, aussi différents qu’anatomiquement mêmes, et d’un masculin, toujours aussi en forme que le mien.
Je n’avais pas trente-six options : soit je profitais plus amplement encore de la vue, soit je baissais la tête.
Je me suis endormi, front en appui sur mes mains sans avoir débandé.
Elle disait vrai. Le simple frottement de la serviette sur mes épaules était insupportable, alors on est rentré rapidement et j’ai attendu son retour de la supérette, allongé sur le ventre, à l’ombre du store banne de notre terrasse.
Longuement, délicatement, elle étala de généreuses couches de Biafine que ma peau buvait tel un alcoolique avale d’un trait sa dose.
On rigolait encore lorsque :
Déjà étonnés de devoir passer le portique pour rejoindre leurs vieux amis, notre surprise fut totale lorsqu’ils firent les présentations. Par vieux amis, on avait compris, Lou et moi, qu’on avait à tort entendu amis de longue date et non âgés. Très âgés, même. Quant aux cours de danse, que l’on avait imaginé privés, c’était en réalité un cours ouvert à tous.
Durant le show que ce couple sexagénaire offrit, Germaine nous apprit qu’ils venaient, année après année, dispenser deux fois par semaine leur savoir. En échange ils étaient nourris et logés gratuitement.
Le parking servant, de jour, à accueillir les nouveaux arrivants, avait été transformé en piste de danse. Tout autour de celle-ci, tables et chaises permettaient d’apprécier le spectacle. Évidemment un bar avait été installé, ainsi qu’un van aménagé afin de nourrir tous les danseurs. Comme partout, et surtout en tels lieux, business is business !
Après les avoir remerciés pour la vingtième fois devant notre porte, Germaine et Alfred regagnèrent leur mobil-home. J’étais crevé, alors je me suis couché sans attendre. Sur le ventre, il va sans dire ! Puis après un rapide passage par la salle de bain, Lou me tartina le dos.
ooOoo
S’allonger sur le ventre n’est pas la position idéale pour dormir. Enfin, pour moi du moins ! D’autant que cette brève conversation, couplée à la même pose m’ayant permis de détailler il n’y avait que quelques heures, corps, et sexes surtout de nos partenaires de danses, avaient produit le même effet. À mon réveil j’avais l’impression de ne pas avoir débandé de la nuit.
Lou dormait encore. Sans bruit, je suis allé aux toilettes puis je suis revenu la contempler, admiratif. Allongée sur le dos, cuisses légèrement écartées, je me suis félicité d’avoir laissé toutes ses chemises de nuit chez nous. Étrange constat que d’être plus excité de la voir dormir nue alors que depuis peu nous l’étions quasiment en permanence. Germaine avait sans doute raison, réalisai-je enfin en repensant à ce qu’elle nous avait dit : « c’est pas la nudité qui est érotique. Quand tout le monde est nu, on ne voit plus les corps pareils ».
Je l’ai regardée un long moment, laissant grandir en moi un plaisir nouveau. Parcourir simplement des yeux chaque millimètre carré du corps de ma femme me la rendit encore plus désirable, et moi fier d’être son mari. Étrangement, je n’avais pas la moindre envie d’en profiter autrement. Alors j’ai imprimé en moi chaque détail de ce qu’elle m’offrait ainsi, somnolente.
Partant de son bras gauche, qu’elle avait replié au-dessus de sa tête, je me suis d’abord attardé sur l’alliance. Des milliers de fois, je l’avais déjà vue pourtant, mais ce matin-là, sans comprendre pourquoi, je la trouvais plus brillante, et surtout plus symbolique que jamais. Plus encore que le jour où je lui avais passé au doigt. J’en avais les larmes aux yeux.
Larmes qui coulèrent lorsque mon regard buta sur son bracelet.
Je lui avais offert lors de notre première Saint-Valentin. Bien qu’en or, il était un peu usé et terni de n’avoir jamais quitté son poignet. Elle avait été catégorique le jour où je lui avais suggéré de lui donner un coup de neuf : « même morte on m’enterrera avec, OK ! » Ce jour-là aussi j’avais pleuré comme un gosse.
Après avoir parcouru son bras, que je trouvai charmant et plus musclé que je l’imaginais, passé l’aisselle déjà brillante de si bon matin, je me surpris d’ignorer qu’elle avait un sein légèrement plus volumineux que l’autre. Bien que cette zone, pour beaucoup, soit érogène, chez elle cette partie est trop chatouilleuse. Pour autant j’aurais dû, depuis tant d’années, remarquer cette légère différence. Mieux vaut tard que jamais, me rassurai-je avant de me décider à découvrir plus finement un corps que je pensais connaître pourtant.
Son ventre, s’il avait perdu en arrondi de cette horizontale posture, me creusait plus profondément les deux sillons que j’avais toujours trouvés délicieusement tentants. Elle n’était pas de mon avis, mais avec le temps, et devant le plaisir évident que je prenais à enfouir mes doigts aux creux de ses flancs, et parcourir sans relâche ces bourrelets qu’elle jugeait disgracieux, elle n’en était presque plus complexée maintenant.
Évidemment je fis un long arrêt sur son sexe. Ce sexe si offert à ma vue, si impudiquement mis à nu. Rien de comparable avec celui de Germaine, si à l’abri de ses longs poils. Celui de ma femme, que je connaissais depuis toujours parfaitement épilé, au plus légèrement duveteux avant de passer entre les mains de son esthéticienne, je le trouvai encore plus extraordinairement accessible que d’ordinaire. Était-ce d’en avoir vu tant d’autres qui au moins taillaient cette brousse plus que défricher, pas comme Germaine, ou simplement le fait que c’était le puits d’amour de mon adorable femme ? Sans doute un peu des deux !
Elle me fixa, pas franchement surprise. Elle savait depuis longtemps qu’un de mes fantasmes était de la partager, avec ou sans moi. Même si on en avait déjà discuté, toujours franchement, pour la première fois je décelais dans son regard un début de compréhension. Je ne la sentais pas encore prête à franchir ce gouffre qui l’apeurait toujours, persuadée que cet acte altérerait notre amour, mais j’avais le sentiment que, peut-être, cette énième discussion entrouvrait une porte jusqu’alors fermée à double tour. J’en eus la certitude lorsqu’elle clôtura le débat d’un : « En attendant, la femme dit pas non à son cocu rêveur ».
Le reste de la journée fut exclusivement consacrée à visiter la région. Nos mains ne s’étaient lâchées que lorsque je devais conduire. Sans doute était-on, elle comme moi, en manque de complicité, de tendresse, sinon de solitude partagée à deux.
Après avoir dîné en ville, on rentra fatigués, mais ressourcés.
Main dans la main, on prit le chemin menant à la plage.
Je n’ai pas répondu, mais la perspective d’un peu plus que nager remit en marche mon imagination. Tant, que je dus nouer la serviette autour de ma taille. Même si je savais que ce début d’érection que je venais de tenter de cacher n’était pas passé inaperçu, Lou ne releva pas.
Comme conseillé, et sans se concerter, les pieds dans l’eau, on marcha jusqu’à la limite de cette plage privée, laissant à bonne distance les quelques baigneurs ayant eu la même idée qu’elle. Serviettes tendues sur le sable, on entra dans l’eau. Je fis quelques brasses, mais la chaleur de l’eau, et le sel surtout me picoraient le dos. Alors je nageai en sens inverse.
Assis, bras tendu dans mon dos, en appui sur mes mains, j’ai apprécié le flux des vagues qui, après avoir buté contre mes pieds en éventail, emportait mon sexe que le reflux, lui aussi, ballottait dans son sillage. C’était agréable. Très agréable même que de contempler ma femme nager tout en ressentant ces allées et venues telle une lente masturbation. Sans lutter contre ni vouloir même, j’ai laissé ma queue perdre sa mollesse jusqu’à ce que cette rigidité lutte roidement contre ce courant. Yeux fermés, j’ai fait le vide complet, concentrant tout mon être sur ce seul et même endroit qui fendait l’écume tel un aileron. C’était divin de ressentir, ainsi déconnecté de tout, les inégaux et imprévisibles paquets d’eau s’échouant sur le rivage.
En flagrant plaisir d’avoir la bite qui fend l’eau au clair de lune, un peu honteux, je me suis maudit de ne pas les avoir entendus arriver. Plutôt que me juger, Alfred prit la même pose que moi.
Il ne releva pas. Il se contenta de porter son regard sur mon sexe. J’avais l’impression qu’il attendait que ma plaisanterie ne soit pas sans conséquence. Étrangement, de me faire branler par des paquets d’eau salée devant un collègue de travail ne me mettait pas vraiment mal à l’aise. Je me sentais léger, bien dans ma peau, mais sans plus. En revanche, de constater qu’il avait la sienne aussi verticalement dressée, et de le voir lubriquement fixer mon sexe, je me suis demandé s’il n’allait pas mettre en pratique ce qu’il venait de m’avouer être le top : avoir le gland sucé.
Je crus, en les voyant regagner la plage, que le plus dur était passé. Mais leur retour fut bien plus troublant encore.
Il m’a laissé seul, abandonné sur ce bord de plage, échoué face à moi-même. Je suis resté sans bouger jusqu’à avoir perdu une rigidité qui mit longtemps à enfin se décider à faiblir. Queue mi-molle je les rejoignis.
Tous trois me regardaient. Germaine, nichée entre les jambes d’Alfred, dos plaqué contre son torse, et ma Lou assise en tailleur, son genou contre la cuisse d’Alfred.
J’étais abasourdi. Incapable de délier le vrai du faux. Y avait-il une part de vrai d’ailleurs ?
Sans me laisser le temps de répondre, Germaine s’installa à côté de ma femme, et toutes deux s’allongèrent.
Il ne se fit pas prier.
Couché contre mon collègue, elles m’ont laissée un long moment, enfin, de mon point de vue, passer d’un sexe à l’autre.
Je disais vrai, mais elle ne prit pas cette vérité pour excuse valable.
Durant tout le trajet, j’ai réfléchi à la meilleure réponse que je pourrais donner, sans ni froisser ni décevoir l’une ou l’autre. Évidemment, arrivés à destination je ne savais toujours pas comment me sortir de cette situation.
L’inspection, pardon, la comparaison se fit chez nous. Germaine et ma femme s’allongèrent, et Alfred me convia à le rejoindre. Assis au pied de notre lit, collé à mon collègue, mon regard passa d’un sexe à l’autre.
Glabre, ce que j’avais déjà décelé couvert de poils était encore plus évident. Deux lèvres charnues fermaient, presque hermétiquement, le sexe de Germaine, alors que celui de ma femme laissait entrevoir, d’un rosé prometteur, l’entrée du sien.
Je me croyais tiré d’affaire. Soulagé que cette évidence qu’elle n’était pas sans connaître suffirait, j’allais me lever lorsque résonna ce que je redoutais :
Tout un plat peut-être pas, mais du peu que je connais les femmes c’est qu’aucune n’aime perdre. Surtout pas quand il s’agit d’un lieu si intime ! Alors j’ai tardé. Trop tardé. Tant que :
Que trop ! Elle avait dit que trop ! Un trop bien, fort bien, sur le bout des doigts, par cœur, que sais-je encore, aurait été normal. Attendu même, mais que trop !
Je n’en crus pas mes yeux. Après avoir intimé à Germaine de l’imiter, j’avais devant moi deux sexes largement mis à découvert, et ouverts en grand de surcroît. Chacune, pied contre leurs fesses, nous offrait à Alfred et moi une vue incroyable. Tant que mon collègue, et pas moins spectateur, commença à se branler. Instant impensable il y avait moins d’une semaine, j’avais devant moi deux femmes s’exhibant sans la moindre pudeur et, comble de ce tout, je devais élire lequel de ces deux, luisants et béants était mon préféré.
Albert qui ne quittait pas des yeux celui de ma bien-aimée tout en se caressant aurait dû, en temps normal, soit m’indigner soit me foutre en pétard. Mais, était-ce la solidarité masculine qui nous liait, était-ce l’ordre, car je le pris comme tel, de devoir choisir, que cette lente masturbation m’indifféra avant de flatter mon ego, qui me fit passer outre qui plus était.
Qu’il témoigne ainsi son plaisir, cette envie qu’il palpait d’une main ferme et cadencée m’excita plus que me décevoir. C’est vrai qu’elle est belle la chatte de ma femme. Pour autant, celle de sa femme n’était pas moins agréable à regarder. Différente, mais tout aussi prometteuse.
Ainsi escambillée, Germaine me révéla que ce lieu, que je pensais être universellement commun et même chez toutes pouvait se révéler aussi différent et unique que le sont les empreintes digitales. Outre les grosses lèvres, que je savais déjà plus charnues, je dus mener une inspection minutieuse afin d’en localiser les petites. Elles étaient si ridiculement discrètes, presque inexistantes comparées à celles de ma femme, que j’ai d’abord pensé qu’elle n’en avait pas. Quant au capuchon, énorme lui aussi, étrangement il laissait à découvert un gland monumental. Même l’entrée était… comment dire… démesurément entrebâillée. Albert l’aurait prise la minute précédente qu’elle n’aurait été plus ouverte. Enfin, et pour finir cet état des lieux, gisait aux creux de ces fesses un cratère tout aussi proéminent que celui de mon épouse était plat. Il m’évoquait un volcan prêt à érupter, ou venant de le faire tant ça saillait et béait au sommet. Bref, tout était incroyablement surdimensionné.
Merde ! Moi qui pensais mettre un terme à cet interrogatoire.
Je crus rêver. Était-ce bien ma femme qui demandait la permission à celle d’Alfred ?
Je m’attendais à tout en organisant ces vacances, mais j’étais loin d’imaginer un tel spectacle. Germaine la chevaucha. Placée en soixante-neuf, j’assistai, assis au pied du lit, à une scène que jamais je n’avais imaginée. Nos deux femmes se doigtaient, se léchaient, devant leurs maris, dont un continuait à se branler, et l’autre se retenait de ne pas. Car oui, je luttais.
Vicieuse, Germaine relevait régulièrement la tête, nous dévoilant le sexe de ma femme luisant de salive, avec au sommet un bouton rouge écarlate. Je n’osais même pas imaginer dans quel état était le sien, déjà si énorme avant d’être agacé. Je ne la voyais pas, mais j’imaginais ma Lou aspirer ce gland ainsi qu’elle fait du mien. Cette image de sa bouche, que je visualisais téter un clito tant érigé que je l’assimilais à une petite bite eut raison de moi. Comme Alfred, j’ai empoigné mon sexe.
Germaine, ravie par la caresse que je venais d’amorcer, me sourit. Remplaçant sa langue d’un doigt, elle a roulé, gratouillé même parfois, mais toujours très délicatement, le clito de ma femme sans me quitter du regard. Sans me défier ni me contraindre, elle semblait attendre. Lorsqu’elle baissa le regard et fixa le sexe d’Alfred, j’eus comme un déclic. Ce que je ne comprenais pas la seconde d’avant, je le compris d’un bloc.
Je n’ai rien dit, j’ai juste tourné la tête et fait un signe. Il hésitait, alors, simplement de ma main dans son dos je lui ai certifié mon accord. Il s’est levé et Germaine a pris sa place. J’ai alors assisté, assis à côté de son épouse, à la finalité d’un fantasme qui n’en était plus un.
De voir ce sexe entrer, lentement, jusqu’à la posséder de toute sa longueur m’en coupa le souffle. Il demeura simplement planté en elle, sans bouger. Sans doute savourait-il à sa manière l’envie qu’il n’avait pas tenté de cacher, mais, j’en étais certain, il m’offrait par cet arrêt l’instant nécessaire pour que j’apprécie de voir ma femme prise jusqu’aux couilles, plutôt qu’éprouver le sentiment, justifié, d’être cocu.
Ma réponse fut le second déclic qui bascula la soirée et le bassin d’Alfred vers le plaisir de tous. J’étais charmé, hypnotisé presque, et si Germaine ne m’avait pas invité à me lever, puis guidé au bord du lit, j’aurais alors raté un spectacle encore plus surprenant.
Ce qui aurait pu me révolter me remplissait de bonheur. De la voir si abandonnée, si offerte, me fit lui caresser le visage. Elle me regardait, pas franchement inquiète, mais juste un peu sur la réserve, je pense. Alors, plus par désir personnel que pour la rassurer, j’ai imploré plus que demander.
Elle ne m’a pas quitté du regard jusqu’à se laisser aller. Elle a joui rapidement, en silence. Peut-être ne sentait-elle pas le droit de profiter longuement de son plaisir, ou de l’exprimer, mais j’ai vu qu’elle en avait pris. Moins que d’ordinaire, mais il était évident, pour moi qui la connais mieux que personne, qu’elle s’était mordu les joues.
Alfred a suivi à la seconde où il a senti le corps de celle qu’il pilonnait se contracter. Lui aussi s’est interdit d’exprimer sa jouissance. Pas comme Germaine qui hurla la sienne. Quant à moi, si j’avais cessé depuis longtemps de me branler, j’avais la queue qui sursautait, et je ressentais les mêmes contractions qu’en jouissant sans que la moindre goutte ne jaillisse pourtant.
Ils sont partis aussitôt, sans prévenir, sans attendre, me laissant planté debout au bord du lit à la regarder. Yeux fermés, elle avait le visage d’une femme endormie, calme. Seul son ventre me témoignait qu’une agitation intérieure grondait. Regrettait-elle ? appréhendait-elle cet après au point de devoir chercher un souffle nouveau ?
Je me suis assis près d’elle, et j’ai posé la main sur son ventre. Sa respiration s’est calmée presque instantanément. Du pouce je l’ai caressée de tendres petits cercles tout en me penchant. Tête dans son cou, je lui ai fait un bisou du bout des lèvres, puis un autre légèrement plus appuyé. Ce simple geste de tendresse eut alors un effet surprenant.
D’ordinaire, après qu’elle ait joui, ne serait-ce que la toucher m’est défendu. Trop encore à fleur de peau, je dois attendre que ce soit elle qui me donne le signal en posant sa main sur moi. Or, plutôt que de me l’interdire elle appréciait.
Que devais-je comprendre ? Devais-je achever un orgasme avorté ? Ou simulé peut-être ? M’invitait-elle à un second round, ou souhaitait-elle que moi, son mari, la couvre simplement de tendresse ?
Lorsque nos regards se sont accrochés, j’ai lu la peur. De quoi ? Je l’ignorais, mais jamais je n’avais ressenti jusqu’alors une telle appréhension chez elle. Elle avait toujours été une femme forte. Souvent plus que moi.
Depuis le premier mot, ses yeux brillaient. J’ai regardé ces larmes dévaler ses joues comme la preuve, s’il m’en fallait une physique autre que cet aveu, de son amour pour moi. Je sentais qu’elle avait besoin de tout me raconter, alors je l’ai laissée déballer son sac.
Elle avait encore le visage humide, mais la source était tarie.
Dubitative, elle me jaugea. Rarement, pour ne pas dire jamais, elle ne m’avait regardé ainsi. Si interdite, si peu… sûre d’elle.
Yeux fermés ses pleurs reprirent. Je ne savais plus quoi dire, à court d’arguments. Sa respiration redevenait agitée. Trop. Et ce silence devenait pire que les mots tus.
Me levant, je reposai ma main droite sur son flanc. Tout en me déplaçant, je la laissai traîner sur elle. Partie du flanc, elle longea sa cuisse, puis passé le genou, elle suivit le mollet. Arrivée à la cheville elle passa sur l’autre.
Elle abandonna, s’abandonna à moi, son mari. Si elle ne résista pas. Plus. Elle mit cependant quelques minutes avant d’apprécier. Elle jouit sans attendre de ma langue. Pas plus bruyamment qu’avec Alfred, mais plus librement. Plus amoureusement.
Elle tremblotait encore lorsque j’ai posé mon gland entre ses lèvres. Je la regardais, conscient qu’elle venait de jouir et que je devais attendre. Mais je voulais qu’elle sache que j’étais prêt. L’attente fut brève, et l’invitation simple.
Ces quelques mots me comblèrent plus que tout. M’aurait-elle dit plus que j’aurais été déçu. Alors j’ai repris possession d’elle. Comme elle aime. Comme j’aime.
D’abord d’une lente avancée, puis d’un aussi lent retour en arrière, tout en admirant ma queue luire du plaisir qu’on venait de lui donner, recouverte çà et là de quelques profonds restes que je remontais à la surface.
À la seconde poussée, je m’allongeai sur elle. On a joui en missionnaire, yeux dans les yeux. Elle avait retrouvé le sourire, et moi la femme que j’aime.
ooOoo
On n’a pas cherché à les éviter. On est allé à la plage, on a assisté et perfectionné nos pas de danse, on s’est baladé dans tout le camp, mais on ne les croisa plus.
Sans réellement en parler, on était d’accord : on ne pouvait pas partir sans leur dire au revoir. Alors on a frappé à leur porte.
Épiloguer semblait inapproprié, alors on a dit en cœur « merci » et on a plié bagage.
J’ai à plusieurs reprises aperçu Alfred au travail, mais sitôt me voyait-il que, soit il changeait de direction, soit il faisait demi-tour. Ni Lou ni moi ne comprenions un tel changement d’attitude. Avions-nous, elle en leur proposant ce qu’elle ne voulait n’être qu’un jeu, et moi en lui offrant ma femme abusée ? Ils se disaient libertins pourtant !
Lou semblait se renfermer à chaque fois que je lui apprenais qu’Alfred m’évitait. Elle ne me le disait pas, mais je sentais que la situation la tracassait. Alors j’ai fait des recherches, auprès des collègues dans un premier temps, qui me confirmèrent qu’il était toujours marié et aussi drôle, puis sur le net.
Elle n’avait pas tort. À notre reprise du travail, une de ses collègues était en arrêt du fait d’une grossesse compliquée, alors, persuadé que c’était la fatigue et non ce que j’imaginais, apparemment à tort, je considérai le sujet clos.
Après dîner on regarda un téléfilm sans grand intérêt, puis elle monta se coucher en bâillant. Dernière cigarette fumée en rechargeant les gamelles de croquettes, après avoir caressé nos trois vieux chats, je montai, moi aussi fatigué. La télé étant éteinte, je m’allongeai en prenant soin de ne pas même effleurer le corps de mon épouse, semblant déjà au pays des rêves. Ravalant mon espoir d’un câlin, et mon envie de soulager l’érection qui se frottait à la couette, j’ai sursauté lorsqu’elle me toucha.
En silence, je me suis glissé entre ses cuisses. Front posé sur le sien, j’ai entamé de lents mouvements de bassin, avant de chuchoter, bouche contre son oreille : « Pour les prochaines vacances, t’as carte blanche ».
Sa réponse m’a laissé pantois. Enfin, après avoir joui, parce que dans le feu de l’action je n’avais pas assez de sang en haut et trop en bas pour comprendre le sous-entendu. Si sous-entendu il y avait.
Mais ça, c’est une autre histoire. Et quelle histoire !