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n° 20396Fiche technique45741 caractères45741
Temps de lecture estimé : 26 mn
29/07/21
Résumé:  Souvenirs, attention, danger.
Critères:  f fh médical religion poilu(e)s campagne fmast caresses pénétratio fdanus init nostalgie -humour -voisins
Auteur : radagast      Envoi mini-message
Le mas




Cela va bientôt faire vingt ans que je n’ai plus mis les pieds dans cette demeure.

La dernière fois, c’était lors de l’enterrement de ma grand-mère.


J’ouvre les volets et aussitôt une foule de souvenirs me reviennent en mémoire.

Le chant des cigales, le vent dans les branches des micocouliers et des oliviers où piaillent des oiseaux, et les montagnes bleutées au loin. Et cette odeur de foin fraîchement coupé.

Le massif de fleurs et de lavandes est toujours là, plus fouillis que jamais. Des abeilles y butinent, ajoutant leur bourdonnement au bruit ambiant.


La maison ne semble pas avoir trop souffert du passage des années, mais je vais avoir un sacré boulot pour tout nettoyer. Les araignées et, je suppose, des souris s’en sont données à cœur joie. Je hais ces bestioles, sans oublier la poussière omniprésente qui va me faire éternuer.


Travailler m’occupera l’esprit, l’année que je viens de passer m’a laissée sonnée, KO debout.

L’homme que j’aimais, que je chérissais, cet homme me trompait depuis des années.

Cet animal lubrique se tapait ses secrétaires. Comme toujours, la principale intéressée fut la dernière informée, toutes mes amies savaient, aucune ne daigna m’en avertir, je suppose qu’il se les faisait aussi.


Je demandais le divorce, et obtenais une belle indemnité de départ ! Longue vie à toi et à ta pétasse de vingt-deux ans. Je ne lui donne pas longtemps avant de porter des cornes à son tour. À cinquante ans passés, il faut assurer au pieu, même avec l’aide des petites pilules bleues.

- Bref, oublie ma grande, cesse de te faire du souci pour lui. Pense à toi.


Quarante-six ans, seule et une vie en ruines. Je suis venue me réfugier et lécher mes plaies dans le seul endroit où je possède de bons souvenirs.

Jusqu’à l’âge de 20 ans, je passais mes vacances ici. Le mas de ma Grand-Mère.

Avant de connaître l’abruti qui me servit d’époux pendant presque vingt ans, j’écrivais. Je vais m’y remettre, mon éditeur ne m’a pas oubliée. Je pense pouvoir vivre correctement avec ce que mon avocat a réussi à soutirer de mon enfoiré d’ex-mari.


Sitôt couchée et la lumière éteinte, j’entends des bruits, des craquements, des trottinements partout. La nature semble déjà bien réveillée en ce milieu du mois de juin et de ce fait je ne dors que d’un œil.


Ce matin, je vais à la grande ville voisine faire des courses. J’ai besoin de plein de choses : balai, aspirateur, et tous les produits possibles pour nettoyer. Je vais devoir aussi acheter matelas et rideaux, bien mal en point, mais les meubles ont bien résisté. Il me faut aussi des sécateurs, des gants pour le jardin, avec en prime des vêtements de travail et des pièges à souris.

Je passe la journée dans des grandes surfaces de bricolage et jardinage. Avec un petit arrêt au restaurant le midi. J’achète également de la nourriture et de la boisson pour tenir un siège. Je rentre fatiguée, mais heureuse comme je ne l’ai plus été depuis longtemps. Les gros volumes seront livrés demain en camionnette, par le magasin.


Le soleil commence à s’enfoncer derrière les collines, dans un virage je suis éblouie, la voiture dérape et je me retrouve à moitié dans le fossé. Heureusement que je ne roule jamais vite sinon, adieu, ma jolie. Je sors difficilement et fais le tour du véhicule pour constater les dégâts. La carrosserie est bien un peu rayée et cabossée, mais des rayures se rajoutent à d’autres rayures. Ma conduite automobile laisse à désirer. Un des pneus n’a pas supporté le choc et dans la position où se trouve mon bolide, impossible de réparer. Me voici en rade à cinq kilomètres de chez moi, la nuit va tomber et rares sont les automobilistes qui passent sur cette route perdue.

Une seule solution, prendre quelques victuailles et rentrer à pied. Demain, j’appellerai un garagiste. La galère ! À peine suis-je en train de me préparer un sac que j’entends un bruit de moteur. Je mets les feux de détresse et regarde arriver un hypothétique Saint Bernard… ou Saint-Christophe.

Un tracteur antédiluvien sort du virage, conduit par le plus étonnant des personnages. Une sorte de gros ours avec un béret sur la tête. Un Marcel sur le torse, un short en jean, aussi troués et tachés l’un que l’autre, et des poils de partout, sur le menton, les bras, les jambes, les mains. Une touffe de poils ambulante.



Je m’exprime en morse, tellement je suis soulagée. Puis un peu moins rassurée. Le bestiau qui descend de son tracteur fait au moins le double de ma taille et doit être aussi large que haut. Il me parle avec un accent à couper au couteau et une voix de basse sortie du gouffre de Padirac.



Il rajoute une dizaine de RRRR et de NNN à chaque mot. Il possède des mains comme des battoirs, les cheveux lui tombent aux épaules, roux avec des reflets gris. Une barbe de trois jours et des yeux bleus, comme la mer autour des îles sous le vent, de fines pattes d’oies lui décorent le regard.

Il me semble encore plus poilu de près, certaines de mes connaissances appréciant le style rustique l’adopteraient illico. Il sort un câble d’un fouillis sous son siège, attache la voiture au tracteur, et en un tournemain elle se retrouve sur la route. Il farfouille dans mon coffre pour récupérer la roue de secours et le cric.



En voyant ses bras, je me dis qu’il n’a pas besoin de cric !



Il s’arrête, se relève et me regarde intensément. J’ai dû dire un truc qu’il ne fallait pas. Il va me sauter dessus.



Je reste bouche bée.



Jean-Baptiste, il venait toujours traîner à la maison lorsque je passais mes vacances chez ma grand-mère.



Rapidement, ma voiture retrouve ses quatre « pattes »



Je rentre à la maison, toute retournée par ces aventures. Ce que j’ai omis de lui rappeler, à cette grosse peluche de Jean-Baptiste, c’était qu’un soir, alors que nous étions assis sur la terrasse il posa ses lèvres sur les miennes. C’était mon premier baiser. Le sien aussi je crois.


Nous venions d’avoir quinze ans.

Je m’en souviens encore. Un baiser au clair de lune ne s’oublie pas.

Surtout le premier. Les grillons et les rainettes chantaient, quelques papillons de nuit voletaient autour de nous. C’était par une douce nuit de la fin de l’été, ses lèvres étaient tendres, ses doigts aussi, lui qui me caressait la joue. C’était un baiser très chaste si je puis dire, juste ses lèvres sur les miennes. Mais que c’était bon, qu’il était doux ! L’obscurité complice lui avait donné le courage. Mon cœur battait la chamade, je me sentais incapable de faire un geste.

Le lendemain, je repartais chez mes parents, la rentrée m’attendait.

Jamais plus il ne renouvela son exploit. Pourtant je crois que ce soir-là, je pouvais sauter le pas.



oOo



Les jours suivants, je nettoie, brique, ponce, taille. Le matin je jardine, l’après-midi je fais le ménage.

Deux squatters apparaissent par magie un beau matin, certainement attirés par les odeurs de cuisine. Un chien brun et famélique, d’une race indéterminée, qui me regarde de loin en remuant la queue par intermittence, interrogatif, puis un chaton noir et blanc se ramène aussi. Ma première intention est de les chasser, mais je craque devant leurs yeux implorants.

De plus, un chien dans cette maison isolée n’est pas un luxe. Le chat s’occupera des rongeurs. Je dépose quelques morceaux de viande, un peu de lait en guise de bonne volonté. Je dois retourner en ville bientôt, je ramènerai des croquettes.


Le samedi, en début d’après-midi une vieille 4L bringuebalante arrive dans ma cour, précédée par un grand bruit de ferraille. Jean-Baptiste sort de la voiture, attrape à l’arrière la roue de secours et vient vers moi, tout sourire dehors.



Nous rions quelques instants, nous nous installons sur la terrasse pour boire le café.



Je lui raconte un peu ma vie, les raisons de mon retour.



Il passe tellement vite sur son mariage que je sens le sujet douloureux.

La fin de l’après-midi approche quand il se lève.



Il m’embrasse sur les joues et repart dans un nuage de poussière. Je suis heureuse et en même temps mélancolique. Cette discussion a fait remonter une foule de souvenirs.



oOo



Après quelques jours de travail, je dois me rendre rapidement à la pharmacie, mes deux locataires reprennent du poil de la bête, mais sont couverts de puces. Je n’ai pas encore eu l’occasion de me promener dans le village, je profite du samedi pour réparer cet oubli. C’est aussi le jour du marché. Les parasites de mes bestioles me donnent le prétexte de baguenauder.

Je flâne dans les ruelles du petit bourg. Chaque coin de rue me rappelant un souvenir, une anecdote. J’ai passé la totalité de mes vacances dans cet endroit, ce durant toute ma jeunesse.

Je regarde chaque étal de fruits, de légumes ou de charcuterie, ils me ramènent plus de quarante ans en arrière. Je crois reconnaître quelques visages, sans certitudes. En tout cas, personne ne m’interpelle.


En avions-nous fait des bêtises, moi et toute une bande de gamins et gamines à faire les 400 coups, à courir la campagne.

Sûrement les meilleures années de ma vie.



Qu’y a-t-il encore ? Un autre souvenir sur pattes ? Je vois arriver en trottinant un petit homme trapu, une tête ronde posée sur deux épaules larges de talonneur. Aucune hésitation.



À ce moment, je remarque sur sa veste une petite croix.



Assis dans la salle à manger, nous ressassons nos vieux souvenirs comme d’anciens combattants. Il me donne des nouvelles de l’une ou l’autre de mes anciennes amies. C’est lui qui me renseigne sur le drame de Jean-Baptiste. Il avait épousé une fille du village voisin, avait trois enfants. La malheureuse était morte dans un accident de la circulation. Il y a dix ans de cela.



Il ne perdait jamais une occasion de caresser les seins de toutes les filles de la bande, même s’il avouait un faible pour les miens qui commençaient à prendre des proportions intéressantes – pour les hommes s’entend – n’hésitant pas à reluquer ouvertement nos décolletés. Je me souviens même qu’il profitait de nos séjours à la plage pour dénouer nos hauts de bikini. Je le revois encore agiter au-dessus de sa tête quelques-uns de ses trophées en riant à gorge déployée. Et nous de lui courir après en cachant tant bien que mal nos attributs.



Sur ces fortes paroles, nous éclatons de rire en nous séparant.

Sitôt sortie de chez lui toute joyeuse, je fais un passage chez l’apothicaire.

La pharmacienne m’explique les différents types d’insecticides.



Elle en est là de ses explications lorsque je me fais interpeller.



Je regarde l’individu qui vient d’entrer. Un chauve, à peu près de ma taille, des lunettes sur le nez, un grand sourire aux lèvres. Je ne sais s’il sourit parce qu’il est content ou pour montrer ses dents trop blanches pour être vraies.



Il me fait la bise, nous devisons de choses et d’autres. Face à moi se dresse le médecin généraliste du patelin et de ses environs. Les médecins sont frappés du même syndrome que les curés, ils se font rares et le sont souvent de père en fils ! Je lui explique les raisons de ma présence ici.



Il sort après m’avoir embrassée de nouveau. Un peu trop près des lèvres à mon goût.




J’y avais goûté, moi aussi, au civet. Il devait avoir vingt ans. Moi dix-huit. C’était ma première fois. Lui non.

D’après mes lectures, je m’attendais à entendre les cloches de Notre-Dame, la neuvième symphonie, faire un voyage dans les étoiles. Au lieu de cela je n’ai eu droit qu’à un coït de lapin – déjà – un garçon ne cherchant qu’à étoffer son tableau de chasse.

Je me suis déshabillée, très intimidée, il me regarda à peine, je n’avais d’yeux que pour son machin en érection ; lui aussi. Il en était tout fier, me le présentait comme la huitième merveille du canton.

Je voyais la chose en vrai pour la première fois. Il m’allongea sur la paille qui me piquait les fesses et me rentrait dans la raie du cul.

Moi qui rêvais de le faire dans un lit à baldaquin, sur des draps de satin, j’étais servie !


Les préliminaires ? Connaît-pas ! Les caresses et mots tendres, itou ! À peine prit-il le temps de me peloter les seins, de me caresser la toison et de glisser un doigt entre mes lèvres, de l’insinuer dans mon pertuis. Il me pénétra sans fioritures ni délicatesse. Il avait pris la précaution de se couvrir, il ne tenait pas à se retrouver à la tête d’une portée de lapereaux !

Je sens encore son engin aller et venir en moi, ne cherchant que son plaisir, oubliant le mien.

Presque un soudard. Que dis-je, un vrai soudard ! Et surtout une douleur et une crainte qui m’ont bloquée pendant longtemps, me faisant hésiter à recommencer.




Le lapin continue ses exploits, me semble-t-il.

Le lendemain, j’entreprends de laver mes deux bestioles. Un shampoing antipuce, puis une lotion à déposer sur la peau, avant de filer les gélules.


Si j’avais su, je ne me serais jamais lancée dans ce genre d’opération. Un carnage, le déluge, un tsunami, rien ne saurait définir ce qui se passe dans la salle de bain. Moïse dans la mer Rouge n’a pas flanqué un bordel de cette sorte.

Le chien tout d’abord, tellement terrorisé qu’il me fait presque un malaise, mais à la fin il trouve tout de même l’opération amusante et agréable. Après s’être bien secoué sur moi, je suis aussi trempée que lui et fleure bon le chien mouillé.

Bien évidemment lorsque vous entreprenez ce genre d’opération, un emmerdeur vient vous emmerder. L’emmerdeur en question étant André, le toubib. Il vient prendre de mes nouvelles, battre le fer tant qu’il est chaud, me dis-je.


L’ennui c’est que m’étant changée avant d’entreprendre l’opération Overlord, je ne suis vêtue que d’un vieux tee-shirt et un d’un jean troué de toutes parts.

Tellement trempée comme une soupe, que je pourrais participer à un de ces concours de tee-shirt mouillés et même le gagner. Presque plus indécente qu’entièrement nue. Comme une idiote, j’ai aussi retiré mon soutien-gorge, avant le grand nettoyage animalier, pour ne pas l’abîmer.

Me voilà en compagnie du Dr Chaud Lapin, avec les tétons bien apparents. Je le vois reluquer mes seins, c’est tout juste s’il ne tire pas la langue comme le loup de Tex Avery.



Je le prends de court, il ne s’attend pas à celle-là. Je chope la minette par surprise, heureusement après avoir enfilé des gants. Une astuce vue sur internet me permet de tétaniser le félin, mais elle a tout de même réussi à nous griffer les mains et les bras.

Pendant que je la savonne, André en profite pour frôler mes nénés, des gestes innocents se terminent par de sournoises palpations sur mes tétons ou mes seins.

L’opération terminée, il tient à nettoyer les griffures sur mes bras.



À sa tête, je sens qu’il aimerait me savonner.



Je douche aussi ses espérances.



Je lui offre un apéritif et il déguerpit.

Il peut toujours rêver pour espérer plus.


Marie-Camille, si mes souvenirs sont exacts, était une petite jeune fille timide, plutôt mignonne. Elle a dû succomber elle aussi au charme ravageur du Roger Rabbit local. Et ensuite, ne pas poser trop de questions sur les conquêtes d’un jour de notre Dr Folamour. Si lui est un lapin, elle doit ressembler à une bête à cornes.



oOo



L’été rapplique avec sa cohorte de touristes. Certains me demandant si je ne loue pas des gîtes. Il est vrai qu’une aile de ma bâtisse reste vide, que je pourrais aménager et louer pour la saison. L’idée ne semble pas idiote.


Jean-Baptiste vient parfois m’aider, il amène du matériel lourd, tracteur, tronçonneuse et autres engins, quelques travaux nécessitant des compétences que je ne possède pas, comme ramener un peu de bois de chauffage, extraire une vieille souche d’un champ. Souvent, Marcellin l’accompagne.

Je me fais à ma nouvelle vie. Comme promis, le curé organise une petite fête en mon honneur. Il a fait le tour de ses ouailles et rameuté toutes nos anciennes connaissances. Trop d’anciennes connaissances, dont une qui me fit pleurer plus d’une fois.


Mélanie Zettofray. Si je me souviens de cette chipie ! Son grand plaisir étant d’essayer de me piquer mes petits copains de l’époque. Elle avait fait du charme à René, parti à la ville voisine monter son garage.

André, avec qui elle n’avait eu aucun mal, elle fut dans les premières à se faire visiter le terrier par le lapin de garenne.

Même Jean-Baptiste faillit se faire prendre dans ses filets, paraît-il.

Célibataire, et toujours aussi chaude du cul, elle est le pendant féminin du toubib.

Elle voit d’un très mauvais œil mon intrusion dans ce petit monde bien réglé. Elle se serait bien vue en Madame Dansac. Elle me perçoit en rivale potentielle, la nichonnée.

Merci bien, je lui cède volontiers la place.


Nous buvons quelques verres de vin blanc, grignotant quelques petits fours. Marcellin et le maire font un petit discours, heureux d’accueillir, qui une nouvelle paroissienne, qui une nouvelle habitante, et aussi une électrice.



oOo



Jean-Baptiste m’invite à venir dîner un soir. Une belle soirée de fin août. Je suis déjà allée chez lui, prendre un café ou chercher quelques fromages de chèvre. Il ressemble toujours au même gamin timide. Il m’offre souvent des fleurs de son jardin ou du miel.

Je pense qu’il me fait la cour à sa façon. Si je ne sortais pas d’une tourmente sentimentale, peut-être me laisserais-je tenter. Il semble si attendrissant.


Cette fois cependant il me joue un tour de chenapan. Nous ne sommes pas seuls. Ses trois filles sont venues, soi-disant pour l’aider à faire la cuisine. Plutôt pour faire des présentations informelles, petit cachottier. Je me sens gênée, mais ses filles sont adorables. Alors que nous débarrassons la table, nous discutons toutes les quatre, lui parti s’occuper de ses chèvres.



Les deux autres sourient de ma répartie, mais ne s’avouent pas vaincues.



Je quitte la ferme toute chamboulée. Je ne pensais pas que Jean-Baptiste puisse discuter de moi avec ses filles. Cela me semblait une bonne idée de venir me réfugier ici, mais trop de souvenirs, trop de fantômes d’enfance errent dans les parages. Souvenirs, attention, danger !


Discuter avec Jean-Baptiste et ses filles m’a révélé une chose, je n’avais pas pensé qu’une présence masculine me manquerait autant. Pas tellement le sexe, mais une épaule où m’appuyer, quelqu’un à qui parler. La solitude me pèse.

Seulement, chatte échaudée craint l’eau froide. Quelques énergumènes sont bien venus faire les beaux après mon divorce. Soit ils ne venaient que pour coucher, soit ils étaient mariés et ne cherchaient qu’une relation temporaire. Je ne voulais pas faire subir à une femme ce que je venais de subir moi-même.

Un gamin qui aurait pu être mon fils tenta même sa chance. Une petite pointe d’orgueil me fit dire que je pouvais plaire encore.

J’envoyais toutefois paître tout ce beau monde.



oOo



De plus, les années passent et se rappellent à votre souvenir.

J’ai toujours aimé ma poitrine. Pas très grosse, mais ferme et se tenant bien pour mon âge. Le fait qu’ils ne soient pas très gros représente un avantage, ils ne pendouillent pas.

Par contre, je crains toujours une cochonnerie, un tantinet hypocondriaque, je suppose. Aussi vais-je consulter régulièrement un gynéco. Ayant eu l’impression qu’un truc bizarre se trame dans mon sein gauche, je me précipite aussitôt chez le médecin du coin, il me faudrait attendre six mois pour avoir un rendez-vous chez le spécialiste.

Le médecin du coin étant malheureusement le lapin chaud.



Il me palpe les seins, peut-être pas de façon très professionnelle.



Alors qu’il me dit ça, il passe ses pouces sur mes tétons et me les fait se dresser. Je frissonne sous la caresse, mais je me reprends vite. Je me dégage de ses mains et enfile prestement mon soutien-gorge.

Je suis toute retournée. Il y a bien longtemps qu’un homme ne m’a caressée. Mais je n’ai pas envie que ce soit lui.

Pas même envie d’un homme tout court, ils m’ont trop fait souffrir. Et puis je le vois venir avec ses gros sabots. Il n’a qu’une envie, c’est de me culbuter sur la table d’auscultation. La pauvre Marie-Camille porte déjà assez de bois sur la tête, je me vois mal lui rajouter un andouiller supplémentaire.



oOo



Il y a bien longtemps qu’un homme ne m’a caressée, me dis-je allongée dans mon bain. Les attouchements de l’autre idiot réveillent de lointains, mais agréables souvenirs.

Les yeux fermés, je laisse mes mains glisser sur mon corps, presser mes seins, imaginer qu’un homme me le fait. Pincer les tétins, les faire rouler sous mes doigts, grossir, se roidir et envoyer des ondes bienfaisantes à travers tout mon corps. Tandis que la gauche caresse toujours ma poitrine, la droite part en reconnaissance sous la mousse, elle trouve mon nombril, puis découvre mon pubis à la pilosité imposante. Je me suis laissé aller ces derniers temps, laissant la végétation envahir le mont de Vénus ! Mes doigts lissent ces boucles de sauvageonne, s’enhardissent, cherchent mes lèvres sensibles et gonflées, déjà accueillantes grâce à mes caresses. L’index se glisse entre elles, les écarte, vient fouiller mes petites babines et les électrise. Mon majeur s’insinue dans ma grotte sacrée et s’y active. Ma main gauche abandonne mes seins et cherche mon bourgeon, le trouve, l’encercle de caresses, le fait frémir et se dresser alors que mon majeur et mon index s’activent de plus en plus vite, plus profondément un peu plus bas.


Je ferme les yeux, resserre les jambes. L’eau clapote autour de moi, j’ouvre la bouche en un cri muet, l’air me manque. Je tombe dans une petite mort, inerte et abasourdie. Je reviens à moi alors que l’eau se refroidit et que la mousse disparaît.

Depuis combien de temps n’ai-je pas joui, n’ai-je pas ressenti de plaisir ? Mon corps ne s’en souvient plus… mais bon Dieu que c’était bon. Mes caresses m’ont donné une idée, je vais me renseigner sur les sex-toys, ça doit bien se trouver, si ce n’est pas au supermarché du coin, sûrement sur Internet !

Je me sèche, passe une nuisette, et m’endors presque de suite, épuisée, mais apaisée.



oOo


Je me suis remise à écrire, je demande aussi à des entrepreneurs des devis pour des travaux, cette histoire de gîte me tente de plus en plus. Les semaines et les mois passent. L’automne et ses champignons succèdent aux chaleurs estivales. J’aime cette saison, ses ors, ses pourpres, ses verts sombres, ses lumières pastel et ses brumes.


Nounours me fait une cour délicate, détournée, m’offre des fruits de ses vergers et des fleurs. Sous le colosse, le petit garçon timide n’est pas loin.


Le docteur, lui, devient franchement collant. Il ne se passe pas une semaine sans qu’il vienne me voir. Il m’a même invitée chez lui, j’ai revu son épouse avec plaisir, mais ai passé une soirée épouvantable.

Comment réagir en se faisant draguer par le Casanova du canton, devant son épouse qui sait parfaitement ce que son mari a derrière le crâne en peau de fesse, une femme qui vous observe avec un petit sourire triste ? En prenant congé, je l’ai embrassée et lui ai murmuré à l’oreille :



Il en a été pour ses frais. Rien, je ne lui ai laissé aucun espoir. Ce qui ne l’empêche pas de revenir à la charge. Je ne suis pourtant pas la seule nénette du coin, pas la plus jeune ni la plus jolie…

Quoique, depuis que je vis ici je suis bronzée, le teint lumineux. Je ne suis pas miss France, mais elle a du souci à se faire !



oOo



Les fêtes de fin d’année approchent. Jean-Baptiste décide cette année d’organiser un marché de Noël. Tous les artisans, producteurs et agriculteurs du coin sont mis à contribution. Ce marché est installé sur la place et dans les rues adjacentes, trois cents artisans ont répondu à l’appel du maire. Les étals en bois exposent de bien belles choses.


Des producteurs de miel ou de foie gras, des fabricants de bougies et de jouets en bois, des confiseurs, charcutiers, nombre de viticulteurs, des maraîchers présentant des légumes oubliés aux formes improbables, mais aussi des jongleurs et cracheurs de feu, des musiciens de rue.

L’espace d’un week-end, le village remonte dans le temps et retrouve ses racines médiévales avec ses troubadours en tenue d’époque. Je viens y faire un tour, acheter quelques bricoles qui me manquent pour les fêtes. Je vais les passer seule, mais je ne vais pas me priver, une truffe, un peu de foie gras, des châtaignes, j’achète un peu de tout, même une crèche avec de petits santons.


Alors que je m’intéresse aux cèpes, je sens une main caresser mes fesses et même se glisser entre mes cuisses. Je me retourne et balance une mandale de compétition. L’individu devant moi n’est autre que le toubib, j’éprouve des difficultés à ne pas lui en remettre une seconde, je ne voudrais pas créer un esclandre.



Ma voix porte plus que je ne l’aurais désiré.



À ce moment, une grande carcasse se place dans mon dos.



Je ne pensais pas que cette journée allait se terminer de cette façon. Je vais me terrer au fond de ma cave et en ressortir dans quelques années. Je deviens le centre de l’attention générale.



Je me demande si le médecin n’a pas trop butiné à tous les stands de viticulteurs.



Et le médecin de se mettre en position de combat, jambes écartées, poings repliés, poussant des cris de chat en rut. Il regarde trop de films de kung-fu.



Interloqué, le Bruce Lee local se retourne pour tomber nez à nez avec Marcellin. Curé ou pas, il s’apprête à lui envoyer une torgnole.



La diversion de Marcellin porte ses fruits. Jean-Baptiste balance au toubib un drop dans les particules, un de ces trucs qu’il a dû apprendre avec Sir Johnny Wilkinson. Rien qu’à entendre le son, j’ai mal pour lui. Marie-Cécile et les femmes de la région vont être tranquilles quelques semaines. Il n’est pourtant pas au bout de ses peines, le curé ne pardonne pas les offenses faites à ses paroissiennes. Il attrape sur l’étal du charcutier un énorme jambon à l’os. Un truc de la taille d’une raquette de tennis, d’au moins cinq kilos. Il prend son élan et hurle :



Il balance le morceau de viande de toutes ses forces dans le visage du médecin, qui tombe raide.



Le chaud lapin a dû passer par là aussi.



Je me cache, je fuis, je m’esquive. Je ne veux plus rester ici. Je vais fuir ce village. Je ne peux plus regarder les gens dans les yeux, à cause de moi trois hommes se sont battus en plein milieu du bourg, en pleine fête.

Et quels hommes ! Le maire, le médecin et le curé.

Je voudrais mourir, là de suite, un truc bien rapide.

Que suis-je venue foutre ici ?


Je rumine chez moi quatre jours, jusqu’au 24 décembre. Je vais fêter Noël toute seule, avec mon chat et mon chien. Puis après la nouvelle année, je vendrai et partirai loin, très loin.


Le jour du réveillon, vers 14 heures, mon chien aboie et j’entends du boucan dans la cour. Je me cache, je ne veux voir personne. Des hommes s’engueulent sur la terrasse.



Intriguée, j’ouvre la porte et tombe nez à nez avec Jean-Baptiste et Marcellin, ils traînent un énorme sapin derrière eux.



J’installe le sapin et la crèche pendant qu’ils préparent le repas. Je suis persona non grata dans ma propre cuisine.



Nous buvons, rions comme au bon vieux temps. La fine équipe est réunie. Vers minuit, Marcellin nous annonce son intention de rentrer chez lui.



Nous partons d’un immense fou rire. Le curé s’éclipse. Je me retrouve dans les bras de Jean-Baptiste, nous ne rions plus. Il se penche sur moi. Punaise que ses lèvres sont douces, il embrasse toujours aussi bien.

J’aperçois Marcellin, qui du haut de l’escalier nous bénit.



Jean-Baptiste me soulève et m’emporte sans peine. La pleine lune éclaire la chambre d’une douce lumière argentée. Il me déshabille tout en m’embrassant. Je viens de rajeunir plusieurs décennies. Que c’est bon de se laisser aller ! Il reprend le baiser abandonné il y a plus de trente ans.

Ce Nounours est vraiment une grosse peluche, toute de douceur. Ses paluches larges comme des pelles à pizzas peuvent assommer un homme – je l’ai vu à l’œuvre il y a peu – et pourtant elles me caressent comme si j’étais un bibelot de porcelaine.

Ses lèvres viennent chercher mes mamelons, les agacent, les mordillent, j’en ai la chair de poule. Il me fait tellement tourner la tête que je ne sens même pas ma jupe tomber sur mes chevilles. Ses doigts se glissent sous l’élastique de ma sage culotte, il m’embrasse, sa bouche fait des va-et-vient entre ma bouche et mes tétons qu’il fait se dresser. Sa langue cherche la mienne, il mordille mes lèvres, mes mamelons. Ses cheveux longs ajoutent à la torture en me chatouillant eux aussi de leurs pointes. Ma Lejaby rejoint ma jupe sur le parquet.


Ses mains ne restent pas inactives, elles me massent les seins, me caressent le ventre et les flancs, descendent avec une lenteur calculée vers mon jardin d’Éden. Je m’attends à ce qu’il l’empoigne… Eh ben non, monsieur décide de contourner l’obstacle. Il s’arrête juste à l’orée de ma forêt des Carnutes, glisse sur l’aine, continue sur ma cuisse, revient sur la hanche, et réédite la même opération sur la gauche.


J’écarte les cuisses en une invite non déguisée, rien n’y fait. Imperturbable, il continue sa torture, évite mon mont velu. Je ne le savais pas si démoniaque, puis, alors que n’y tenant plus je m’apprête à m’occuper de moi toute seule, il pose sa grosse paluche sur ma fleur en pleine éclosion. Son gros doigt s’infiltre entre mes deux pétales, son pouce appuie sur mon bouton tandis que son majeur s’insinue dans le cratère de mon volcan à la limite de la nuée ardente. Je perds pied, mon esprit s’égare, tout mon corps est atteint de petits tremblements, sa bouche posée sur la mienne absorbe mon cri de délivrance.

Je reste affalée entre ses bras plusieurs secondes, incapable d’avoir une pensée cohérente. Que m’a-t-il fait, ce plantigrade ?

Je sens quelque chose ramper sur ma cuisse. Je referme mes doigts dessus, mon cœur bat à tout rompre.



Je resserre mes doigts autour de sa chose longue, dure, douce et chaude, qui vibre dans ma main. Elle n’est pas énorme, mais suffisamment imposante pour me donner des frissons, partout, et surtout à un endroit bien précis de mon anatomie. Il mérite vraiment son surnom de Nounours, des poils lui poussent de partout.



Je m’installe sur lui, attrape son gros Jésus et le présente à l’entrée de ma crèche. Je me laisse glisser sur son bâton de berger en poussant un gémissement de plaisir. La lune éclaire son visage barré d’un sourire d’enfant qui vient de recevoir son plus beau cadeau de Noël.


Les mains posées sur ses épaules velues, je tortille du croupion sur sa tige, ce qui me provoque des frissons dans la boîte à délices. Ses grosses mains se placent sous mes fesses et m’incitent à varier les plaisirs. Son piston entame son va-et-vient dans mon cylindre bien lubrifié – j’ai potassé un peu la mécanique ces derniers temps –, je me penche vers lui pour l’embrasser. Je m’active de plus en plus rapidement, j’en ressens l’urgence. Il profite d’un moment d’inattention pour introduire un doigt dans mon fondement.



Je pousse un glapissement pathétique tandis qu’il grogne en m’inondant le ventre. Je m’effondre sur sa poitrine, il me serre dans ses bras et nous recouvre de la couette.


Je m’endors le sourire aux lèvres, il m’embrasse les cheveux, je ne me suis jamais sentie aussi bien depuis un bon nombre d’années.

Nous pourrions remettre le couvert, mais les agapes de ce soir, foie gras, magrets, bûche et surtout Liby rouge et blanc nous ont bien entamés. Ils avaient bien choisi, mes deux gaillards, ce vin se nomme aussi la Cuvée des Amoureuses.



oOo



La lueur de l’aube me réveille, ainsi les gémissements de Zoupette, la chienne. Elle a envie de sortir. Mon gros nounours dort encore à poings fermés, une main posée sur ma hanche et le sourire aux lèvres. Quel bel homme !


Je me lève et jette un regard par la fenêtre, il a neigé durant la nuit. C’est vraiment un Noël de rêve. J’enfile une petite culotte et descends ouvrir à la chienne et préparer le café. Marcellin ne va pas se lever trop tard s’il veut célébrer sa messe de Noël sans gueule de bois.


J’entends un bruit dans l’escalier, je me retourne et découvre mon curé, les cheveux en pétard et les yeux exorbités. Je suis juste vêtue d’une culotte, les seins à l’air, dans une main je tiens un paquet de café, dans l’autre le moulin, incapable de faire un geste devant Marcellin qui arbore le plus grand sourire jamais vu. Il fait le signe de croix, joint les mains et s’écrie :