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Temps de lecture estimé : 34 mn
19/05/21
Résumé:  Tentative de roman policier qui commence par un crime bien gore.
Critères:  fh hplusag policier -policier
Auteur : Domi Dupon  (Une antiquité sur le site)            Envoi mini-message

Série : Fatale Fellation

Chapitre 01 / 09
Mise en bouche

PROLOGUE


Samedi soir (4 mai 2019)

Paolo, énervé, avait accéléré sans attendre l’ouverture totale des battants. Conséquence, le montant droit du portail érafla l’aile droite de la Mercedes.



Il freina brusquement devant son garage, attendant cette fois que la porte sectionnelle soit entièrement remontée avant d’avancer. Lorsqu’il fit le tour de la voiture, il constata qu’une visite chez son carrossier serait nécessaire. Sa colère augmenta d’autant.


Passant par son bar alcôve, il s’empara d’un verre et d’une bouteille de 15 ans d’âge. Dans son bureau, il s’avachit dans son fauteuil club réservé à ces instants de sieste. À ce stade d’énervement, la sieste n’était vraiment pas une option. Il se servit une copieuse rasade du divin breuvage qu’il but d’un seul trait comme si ça avait été de l’eau. Il s’en versa immédiatement une seconde dose qu’il sirota plus lentement.



Cela avait commencé avec cette petite chochotte de Roma qui avait ses nerfs. Il avait dépassé les bornes, lui avait-elle couiné dessus. Il n’avait aucun respect pour elle. Qu’est-ce qu’elle avait cette pouffiasse ? Il ne lui avait pas dit s’il te plaît avant de l’enculer ? Même pas ! Juste une envie qu’il avait eue ! Envie qu’elle avait trouvée franchement dégueulasse ! Cette salope qui lui nettoyait consciencieusement la bite après usage avait vu rouge pour un petit désir de rien du tout. Ses jérémiades avaient fini par l’excéder alors, oubliant le fantasme qu’il aurait voulu réaliser, il l’avait foutue dehors sans même tenter de la sodomiser en abandonnant. La trique qu’il avait au réveil n’avait pas résisté aux prétentions de cette pétasse.


Ensuite l’anniversaire ! Léa, son unique petite fille, fêtait ses 15 ans. Il l’aimait bien cette gamine et il avait espéré passer un bon moment. Manque de bol, sa belle-fille avait cru bon d’inviter son frère, un connard de première. Il avait dû supporter son discours écolo-gaucho durant tout le repas et les reproches à peine voilés sur ses importations de produits chinois à bas coûts. S’il savait, ce crétin !


Quelques heures plus tôt.


Jusqu’à l’heure du gâteau, Rosette, son ex, la grand-mère de Léa, s’était tenue à peu près correctement. Malheureusement, elle n’avait pu s’empêcher de biberonner. Bien imbibée, inhibitions levées, rien ne l’empêcha alors de lancer des insinuations apparemment innocentes, mais qui faisaient mouche. Alors qu’il taquinait sa petite-fille sur ses futurs flirts, elle avertit Léa sur le danger représenté par les vieux libidineux qui aimaient la chair fraîche, sous-entendu comme ton grand-père. Évidemment, elle ne tint pas ce discours, elle usa d’un mode plaisant, mais il comprit bien le message. Message capté aussi par sa belle-fille qu’il avait troussée avant qu’elle ne rencontre son fils et qu’elle ne soit majeure. Elle fit cause commune avec sa belle-mère, soulignant qu’elle avait, à son âge, échappé de peu à un dépravé de cet acabit. La salope qui criait « encore » quand il la niquait et qui, aujourd’hui, jouait la « Sainte-Nitouche », il l’aurait volontiers baffée. Quant à Mario, son crétin de fils qui béait devant sa moitié, il n’avait aucun soutien à attendre de lui. Il espérait qu’elle le cocufiait.


Léa profita de cette passe d’armes pour s’esquiver : des copains l’attendaient. Quelle aubaine pour Rosette qui embraya sur son sujet favori et récurrent : la première aventure qu’il avait eue et qu’il l’avait obligée de partager. Depuis longtemps, Paolo avait renoncé à discuter avec son ex-moitié qui, de cette histoire, ne se souvenait que de ce qui l’arrangeait. Sa petite-fille partie, rester ne l’intéressait guère. Sa belle-fille, avant de se marier et de pouponner, avait été une bonne affaire. Mais sa prise de kg et de respectabilité ne parvenait plus à cacher sa stupidité. Quant à son fils, cette couille molle, il préférait oublier. Il prétexta un rendez-vous urgent et s’esquiva à son tour non sans que Rosette lui demande perfidement de demander sa carte d’identité à son rancard afin de vérifier son âge.


Avec son hypocrisie habituelle, elle lui balança cette ultime vacherie alors qu’elle le raccompagnait jusqu’à la porte. En retour, il se vengea en lui montrant la photo que Hailey, sa jeune maîtresse anglaise, lui avait envoyée quelques minutes auparavant. Plus que suggestive, elle présentait à l’objectif, Hailey, enfin ses adorables fesses largement ouvertes, avec ce commentaire délicat :


  • — Sorry Darling, pas enculer me tonight ! Elle précisait ensuite qu’elle ne pourrait le rejoindre, car John, son mari rentrait de Londres, plus tôt que prévu.

Il ne résista pas à l’envie d’enfoncer Rosette un peu plus. Il lui envoya dans la gueule que c’était autre chose que ses vieilles fesses de sexagénaire toute fripées, lui rappelant, avec cynisme, un épisode humiliant que son ex aurait voulu oublier.


Il ajouta avant de claquer la porte qu’il allait passer une soirée tranquille avec une bouteille de single malt qui lui ferait oublier cet après-midi de chiottes et sa gueule de vieille salope défraîchie.


Sur le chemin du retour, il laissa éclater sa rage. Hailey ne pourrait pas le rejoindre chez lui à 20 heures comme ils l’avaient programmé. Après cet après-midi de chiotte, il se serait bien défoulé sur le corps d’adolescente de la jeune Anglaise. Défoulé, car elle ne l’excitait plus vraiment. Il la baisait depuis deux mois et elle commençait à le lasser. Quand il l’avait rencontrée, il avait été séduit par sa silhouette androgyne, sa jeunesse. Il avait apprécié sa gouaille, son français approximatif et bien sûr son ravissant accent british. Au pieu, elle se comportait en vraie salope que rien ne rebutait. Elle se prêtait, avec bonne humeur, à tous ses fantasmes. Il adorait quand elle arborait deux longues couettes blondes et s’habillait en school-girl. Mais il avait fait le tour de la question et cherchait comment la larguer sans qu’elle fasse de vagues.


Le signal d’arrivée d’un message sur son smartphone retentit : Achab. Il devait y avoir urgence pour qu’il le contacte directement. Ce connard lui avait envoyé un mail à peine codé. La poisse continuait. Après l’avoir effacé, il appela son associé pour le prévenir du report, au lundi, de la livraison, prévue ce soir. Il devait aussi avertir ses clients et leur expliquer que la date de mise à disposition de la marchandise serait retardée de quelques jours. Pour ce faire, il fit un détour par son bureau dans le coffre duquel se trouvaient les portables anonymes et le laptop qu’il utilisait pour correspondre avec plusieurs d’entre eux via le darknet. Certains, surtout un, qui avait prévu une petite fête le dimanche soir, n’avaient pas aimé. Il palabra avec celui-ci, par TOR interposé, pendant presque une heure, sans trouver de solution. Quand son interlocuteur proféra des menaces, il mit fin brutalement à la conversation. En d’autres circonstances, il aurait louvoyé, car, même si l’autre avait bien plus à perdre que lui, il avait beaucoup d’influence dans certains milieux et pouvait lui causer du tort. Mais là, il avait trop les nerfs. Alors ses menaces, il pouvait se les carrer dans le fion.



La soirée était à peine entamée et il se trouvait, comme un con, son troisième whisky à la main en train de se lamenter sur son sort. Il n’avait pas envie de passer la soirée seul. Si cette conne de Roma n’avait pas pété une durite, il aurait pu passer sa rage sur elle. S’il l’appelait maintenant, elle allait se la jouer grande dame, voire lui demander de s’excuser. Ça, jamais ! Cependant, il hésitait. L’alcool aidant, sa volonté fléchissait. Après tout, il pouvait bien entrer dans son jeu. Libre à lui de lui faire payer très cher quand elle serait là. Ça risquait même de lui plaire à cette pouffiasse. Sauf qu’il avait eu sa dose de gourdasses pour la journée. Il avait une meilleure idée. Il prit un smartphone dans son bureau. Il composa un message.


Alors qu’il allait le valider, le carillon résonna. Qui pouvait bien venir le déranger à cette heure-là. Cette pute d’Hailey ? Elle l’aurait prévenue… Il n’était plus d’humeur à jouer les papas gâteaux et la faire sauter sur ses genoux. Il lui fallait du hardcore. Il eut envie de jouer à l’homme invisible. Et si c’était Roma qui voulait se faire pardonner ? Il se leva, jeta un œil à l’écran de son interphone. L’ampoule du luminaire qui éclairait son entrée avait dû griller. Il distinguait vaguement une silhouette féminine portant une cape et le visage partiellement dissimulé par un chapeau à large bord. Tout à fait le style de cette pétasse. Pour la forme, il l’interrogea :



Dans un murmure, elle lui répondit. Il crut comprendre qu’elle acquiesçait. La petite salope, elle regrettait son éclat de ce matin. Il se frottait déjà les mains, et sentait sa bite battre dans son pantalon. Elle allait le regretter. Si elle se pointait, c’est qu’elle avait décidé d’accepter de réaliser sa petite envie. Elle n’allait pas être déçue !



Il libéra le pêne de la porte d’entrée et retourna à son fauteuil. Il avait toujours son téléphone à la main se demandant s’il devait envoyer son texto. Ça pourrait amener un peu de piment à la soirée. Un bruit de pas dans l’entrée annonça l’arrivée de son invitée surprise. Elle s’encadra dans la porte.



Après une hésitation…




***********




CHAPITRE 1


Lundi matin (6 mai)


Aménager le salon et la chambre de la petite maison que je venais d’acquérir avait occupé mon week-end. Le notaire m’avait remis les clés, le vendredi après-midi après la signature de l’acte de vente. Samedi, avec Anna et Bryce, nous avions débarrassé le container dans lequel étaient stockés quelques meubles ainsi que mes affaires personnelles. Leur aide m’avait été précieuse pour déplacer les plus lourdes charges.


Sinistre épilogue à 10 ans de vie commune.


Qu’elle ait rencontré un nouvel amour, je pouvais le comprendre. Qu’elle ait eu envie de vivre avec, je le concevais. Mais elle aurait pu, par respect pour l’histoire que nous avions vécue, me permettre de me retourner. Que nenni ! Depuis plusieurs mois, nous n’étions plus que des colocataires, chacun sa chambre… chacun sa vie. Je connaissais son aventure avec cette « merveille » d’Alice. De mon côté, si j’en avais eu le temps et l’opportunité, je ne me serais pas gênée. Mon boulot m’accaparait et il avait sans doute contribué à l’échec de notre couple.


Ce vendredi de février, alors que je rentrai, crevée comme d’habitude, elle m’avait scotchée. Madame n’avait pas fait dans la dentelle. Madame, étant propriétaire de la maison où nous vivions, m’avait posé un ultimatum. Alice emménageant avec elle, je devais avoir quitté les lieux, avant la fin du week-end, en emmenant tout ce qui m’appartenait. La scène qui avait suivi avait été épique genre théâtre de boulevard endiablé. Je lui avais tout crié, insistant sur sa sexualité défaillante, sa peur de la vieillesse et son besoin de se rassurer avec une gamine. J’avais même insinué qu’Alice avait surtout été séduite par son fric. Ce qui relevait de la méchanceté pure, celle-ci issue d’une famille plus qu’aisée n’avait aucunement de jouer les croqueuses de diamants. Dans ma fureur, quelques bibelots auxquels elle tenait particulièrement avaient rencontré le sol avec une telle violence que seule la poubelle pouvait encore leur servir d’écrin. Quand je l’avais quittée pas vraiment en bons termes, c’était Bagdad dans son salon.


En cata, j’avais réussi à louer un container et j’avais fait appel à Bryce, mon second, pour m’aider. Il avait réquisitionné trois copains. Le dimanche soir, je jetai les clés dans sa boîte aux lettres après avoir craché dessus. Pendant deux mois, j’avais squatté dans un hôtel minable tout en cherchant un logement à acheter.


J’aurais voulu un appart dans Lyon, pas trop loin de la rue Marius Berliet. Pas dans les prix d’un commandant de police, même dans la proche banlieue. Pas question pour moi d’acheter dans certains quartiers chauds. Pas par peur, seulement, je n’avais aucune envie de croiser mes « clients » en dehors des heures de service. À force d’agrandir le cercle de mes recherches, la bonne affaire se présenta. Une maison à Bressoles, bled de l’Ain situé à une distance correcte de Lyon. Petite, quatre pièces sur un garage/atelier. Elle appartenait à un vieux monsieur récemment décédé. Les héritiers ayant hâte de s’en débarrasser, le marché fut vite conclu. J’y campais depuis une semaine.


Comme je n’avais pas d’affaire urgente en cours, j’avais obtenu l’accord de mon boss d’arriver en milieu de matinée à l’hôtel de police et d’en partir plus tard le soir. Des horaires décalés en quelque sorte. Cet arrangement me permettait d’éviter le gros des embouteillages. Ce lundi matin, je débarquai tranquille, dans l’espèce de hall que les pontes avaient, pompeusement, britannisé en open space, avec une sérénité que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. En voyant Bryce, je compris que cet état de béatitude n’allait pas durer.



En prononçant ses paroles, je réalisai que je disais une connerie. France Info m’aurait avertie avant mon arrivée.



Malgré notre amitié, Bryce ne m’avait jamais tutoyée alors qu’il avait le tutoiement facile. Au cours d’une soirée arrosée, je lui en avais demandé la raison. Il avait perdu son assurance habituelle pour finalement m’avouer en balbutiant que je l’impressionnais trop. Je lui avais ri au nez, mais nous n’en avions jamais reparlé. Plus jeune que moi d’une dizaine d’années, célibataire endurci, si je n’avais été une lesbienne orthodoxe, il m’aurait fait craquer. Ceci est une autre histoire.



La lieutenante Carlossant, Anna, pour les intimes, était un membre indispensable de notre équipe. La reine des scènes de crime, rien ne lui échappait. En outre la meilleure pour mener un interrogatoire.



Sans m’attendre, il se dirigea vers l’escalier qui menait au garage. Je lui emboîtai le pas.



Elle louait un appart dans cette banlieue bourgeoise de la couronne lyonnaise.



Notre petit échange nous avait amenés au garage où nous attendait une voiture banalisée. Je détestais conduire, particulièrement en ville. Adepte farouche des transports en commun, j’avais dû ressortir ma Renault depuis mon déménagement forcé. Bryce, connaissant mon aversion, s’installa au volant sans même me consulter.


Il n’eut pas besoin de la vingtaine de minutes que prenait le trajet pour me briefer, car il avait peu d’information. La victime serait un homme d’affaires ou chef d’entreprise. Mon adjoint ne semblait pas très fixé. En tout cas, un mec qui brassait pas mal de pognon. Très classiquement, le crime avait été découvert par la femme de ménage à sa prise de service vers 7 heures du matin. Alors que je m’étonnais de cette arrivée matinale, il m’apprit qu’elle préparait le petit-déj de la victime.

Anna n’avait rien voulu lui dire de plus sinon que la technicienne de surface lui avait salopé sa scène de crime et que ce ne pouvait être ni un suicide ni un accident.


Plusieurs voitures garées à la « va comme je te pousse » encombraient la rue et nous empêchèrent de rentrer dans la propriété. Bryce se gara, comme il put, derrière un fourgon de la Police scientifique. Alors que nous empruntions l’allée qui conduisait à la maison, nous dépassâmes une Zoé que je connaissais trop bien.



Il avait tenté l’approche humoristique en retour, il bénéficia d’un :



Fait rarissime, il posa une main sur mon bras.



Anna qui nous avait vus arriver vint à notre rencontre. Elle me tapa la bise et gratifia Bryce d’un simple « Re ».



Si Bryce Martineau n’était jamais parvenu à me tutoyer, Anna Carlossant l’avait fait naturellement avec une faconde qui lui était naturelle. Plus hétéro qu’elle, tu ne pouvais pas. Du moins, c’est ce que je pensais. Dès sa nomination, le courant était passé entre nous. Malgré notre différence d’âge et de grade, nous étions devenues proches. Jusqu’à ce jour, je la considérai un peu comme ma petite sœur. Arrivée dans l’équipe depuis deux ans, elle avait su imposer sa personnalité atypique. Physiquement, elle égalait n’importe laquelle de ces pétasses qu’on voyait à la télé, avec toutefois un déficit en taille et une délicatesse à l’œil droit qui loin de la handicaper lui donnait un charme supplémentaire. Dotée d’un charisme qui lui permettait d’aplanir tous les conflits qu’une enquête pouvait générer, elle n’avait nul besoin d’utiliser sa plastique pour se mettre en valeur. Face à un suspect, elle trouvait toujours le ton adapté.



Si quelqu’un d’autre avait parlé de moi comme ça, il aurait sans doute pris mon poing dans la gueule. Mais Anna, c’était différent. Et ceux qui oseraient prétendre que j’ai un petit faible pour elle, eux, ils risquent de le prendre.



Mon adjointe détestait Gabrielle et ne cherchait pas à le cacher. Celle-ci choisit cet instant pour se pointer. Même dans sa combinaison blanche de scène de crime, elle me faisait toujours de l’effet. Ses yeux qui hésitaient entre le bleu et le vert, sa petite bouche aux lèvres ourlées et par-dessus tout cette aura de sensualité animale qu’elle dégageait à chacun de ses mouvements déclenchait invariablement une crispation incontrôlable dans mon bas-ventre. Son attaque « bille en tête » m’épargna de la saluer courtoisement.



La salope ! Je détestais, et elle le savait, qu’elle m’appelle sa p’tite Colette. J’allais lui répondre sèchement, mais déjà, elle prenait le large non sans déclarer :



Dernière pirouette avant de monter dans sa voiturette électrique.



Certaines choses ne changeraient jamais. En 10 ans de vie commune, je n’avais jamais eu le dernier mot et ça continuait.


Mes deux compères avaient déjà disparu à l’intérieur de la maison. Le spectacle qui nous attendait dans le bureau était des plus croquignoles comme l’aurait dit tonton Georges. L’assassin avait des talents de metteur en scène. La victime, un homme… enfin, un homme avant que… était assise dans un grand fauteuil. Entièrement nu, ses jambes pendaient de part et d’autre des bras dudit fauteuil. La plaie béante et sanguinolente à l’emplacement de son service trois-pièces montrait sans équivoque qu’on lui avait fait une ablation totale. Pas très grave en soi ! Vu son état de mort avancée, sa bite ne lui aurait pas été d’une grande utilité. La question qui me vint à l’esprit et qui eut une réponse rapide : mais qu’avait-on fait de ses bijoux de famille ? Il me suffit de lever les yeux. L’assassin avait des dons artistiques indéniables. Il avait enfourné le pénis dans la bouche du mort plaçant de part et d’autre les testicules dans une ultime fellation.


En me penchant sur le corps, je constatai que, non content de lui imposer cette pipe post-mortem, notre artiste l’avait sodomisé avec un plug, et pas un « taille jeune pucelle effarouchée », me sembla-t-il. Touche finale : entre les doigts de sa main gauche, on avait coincé une petite culotte noire en dentelle. Dans la droite posée sur un guéridon, il « tenait » un verre de ce qui semblait être du whisky. À la couleur ambrée du liquide, je devinais un single malt genre Islay, pas de la bibine de super marché. J’aurais bien goûté, mais bon ça allait faire désordre.


Je me plantai sur le pas de la porte et je balayai la pièce d’un œil négligent. Comme d’habitude, rien ne me frappa sauf l’évidence : ce n’était pas un cambriolage qui avait mal tourné.



La petite nouvelle ! Petite, pas vraiment ! La brigadière Sarah Toustra me dépassait d’une bonne tête et devait bien me rendre une dizaine de kilos. Ce qui donnait un rapport de 190 sur 80. Pas hommasse pour autant, mais plutôt géante sculpturale. Fraîchement sortie de formation, ce serait sa première affaire avec nous.



J’aperçus le regard malicieux qu’échangèrent mes deux lascars. L’un comme l’autre connaissait mon désamour des scènes de crime. J’y venais par obligation. Malgré mes vingt ans de brigade criminelle, la mort me mettait toujours mal à l’aise. Surtout que les cadavres que je fréquentais n’étaient généralement pas passés paisiblement de l’autre côté. Cette faille altérait mon jugement. Je préférais laisser travailler les pros et avec Anna, nous avions une pointure.


Dans la voiture, nous échangeâmes nos impressions. Je préférais ces discussions impromptues aux grands exposés en salle de conf. La lecture de la scène de crime nous paraissait facile. Deux possibilités, soit on avait affaire à un tueur en série, mais pas très courant par chez nous. On n’était pas aux States. Soit, plus probablement, un mobile d’ordre passionnel. Le caractère sexuel sautait aux yeux. La nudité, l’émasculation, la petite culotte, tout pointait dans cette direction. Ça impliquait un suspect qui connaissait Paolo Sanmarco, directement ou indirectement. On allait devoir fouiller dans l’intimité de ce monsieur.



Avec son habituel esprit de contradiction, il insinua ensuite qu’on avait peut-être affaire à une exécution dissimulée et il partit dans un délire impliquant la CIA ou le MOSSAD.



* Bocuse : pour les non-Lyonnais ou non-initiés, Monsieur Paul a créé une école hôtelière dans un château à Écully (https://www.Institutpaulbocuse.Com)



**********



CHAPITRE 2


Quand nous rentrâmes, l’heure du casse-croûte avait sonné. Je proposai à Martineau d’aller prendre un en-cas au troquet à côté de la Martinière. Il me planta, prétextant une affaire urgente à régler. Je soupçonnais ladite affaire d’avoir un joli cul, fantasme récurrent de mon jeune adjoint.


Les deux autres membres de l’équipe nous avaient rejoints quelques semaines auparavant. Ils me considéraient comme la patronne et je n’avais pas envie de gâcher leur pause déjeuner. Pour l’une, la question ne se posait pas : la brigadier (brigadière, ça sonne vraiment trop mal) Toustra avait été réquisitionnée par Anna et connaissant celle-ci, elles ne rentreraient pas avant d’avoir fini. Quant au lieutenant Ampépeur, ce geek parisien, fraîchement promu qui avait demandé sa mut. À Lyon pour une raison qui m’échappait, j’avais dû lui adresser la parole deux ou trois fois. Je ne me sentais pas de lui imposer ma présence. Je me réfugiai dans mon burlingue avec une quatre fromages et une mousse.


Tout en grignotant, je lançai une recherche pour savoir si le sieur Sanmarco était connu de nos services. Casier vierge. Quelques contredanses pour excès de vitesse. Une main courante qui n’avait pas été suivie de dépôt de plainte pour attouchement sur une mineure de 17 ans. Une seule autre entrée dans nos fichiers concernant des importations illégales de viagra chinois, sans poursuite pour manque de preuves. Des broutilles.


Le seul élément ténu qui pouvait avoir rapport avec le meurtre, l’attouchement sur mineur se révéla être une main au cul. Il avait eu lieu cinq ans auparavant au cours d’une soirée arrosée. Comme mobile, on pouvait trouver mieux.


Par le net, j’appris qu’il dirigeait effectivement une affaire d’import-export. Rien que le mot, ça fait bander et penser à des tas de trucs pas clairs. Mais apparemment, lui et son associé, Pârk Sen Trahl, Coréen d’origine comme son nom l’indique, se contentaient d’importer des cochonneries à bas prix d’Asie pour les refourguer à des chaînes discount. Bryce approfondira. On convoquera cet associé. Il pourra sans doute nous renseigner sur les fréquentations et habitudes du mort.


Je n’avais trouvé aucune trace de lui dans les réseaux sociaux, mais je n’étais vraiment pas une pointure quand il s’agissait de flirter sur la toile. Notre petit nouveau, qui, d’après son curriculum, parlait à l’oreille des bécanes s’en chargerait. Quand on parle du loup… Le lieutenant Ampépeur passait devant la porte de mon bureau portant un volumineux carton qui semblait pesant. Je l’interpellai.



Il s’arrêta, me regarda d’un air interrogateur, imperméable à mon humour de comptoir.



Je sentis comme une hésitation.



Il rougit comme une jeune pucelle.



Il était pas possible, ce petit nouveau À croquer. Anna allait n’en faire qu’une bouchée.



Craquant, ce petit ! Sa timidité, sa facilité à rougir ! Si je n’étais pas lesbienne et si j’avais 15 ans de moins. Oui, je sais, je dis ça aussi pour Martineau. Peut-être qu’avec l’âge, mon orthodoxie me pèse. À moins que ce soit le manque.



D’un petit geste de la main, je le congédiai, retournai à mon écran et lui aux siens. Mes faibles facultés m’ayant permis de découvrir le nom très original de sa société (Société lyonnaise d’Import Pârk & Sanmarco, autrement dit, la SLIPS… je vous jure que je n’invente rien), j’appelai le siège où je tombai sur une standardiste à l’accent asiatique prononcé. Je me présentai et lui dis que je voulais parler à Sanmarco. Elle me répondit que Paolo n’était pas là, mais qu’elle pouvait me passer Sen Trahl. J’acceptai en pensant dans ma ford intérieur (la Mustang pas la Focus) que cette employée me semblait bien familière avec ses patrons.


Contrairement à la dame du téléphone, rien n’indiquait l’origine asiatique de Pârk. Je ne voulais pas d’un interrogatoire à distance, je lui demandais simplement de se présenter immédiatement au 40 rue Marius Berliet, on avait besoin de lui parler le plus rapidement possible. Je lui précisais pour ne pas trop l’affoler que nous avions besoin de ses lumières à propos d’une affaire en cours, mais rien ne le concernant directement. Il avait un rendez-vous qu’il ne pouvait déplacer ni se faire remplacer : son associé étant aux abonnés absents depuis ce matin. Apparemment, personne ne l’avait averti du décès prématuré de Sanmarco. J’avais cru déceler un « je-ne-sais-quoi » d’inquiet dans son ton. Devais-je l’attribuer à l’absence de son associé ou à mon appel ? Compréhensive, j’acceptai qu’il vienne après son rendez-vous.


Martineau arriva comme une fleur au moment où je raccrochais.



Elle était éculée, mais je n’ai pu m’en empêcher.



M’adressant à Ampépeur :



En attendant que mes vaillantes troupes accomplissent le travail pour lequel un état généreux les paie grassement, je mis la dernière main à deux dossiers mineurs que je devais refiler au parquet avant la fin de la journée.


Une demi-heure plus tard, arrivée inopinée et désagréable de LA médecin légiste, autrement dit de cette salope de Gabrielle, alors que je refermai la première pochette. Elle cala, négligemment, son épaule contre le chambranle de la porte. Un ensemble sweat/jean, que n’aurait pas désavoué ma fille si j’en avais eu une, remplaçait avantageusement sa combinaison blanche. Un maquillage approprié lissait son visage et lui rendait une fausse, mais très crédible jeunesse. Fallait bien ça quand on avait dans son lit une nana qui avait vingt ans de moins au compteur. Je devais tourner la page. Pour l’instant, je n’y arrivais pas. En public, je donnais le change, mais là, seule derrière mon bureau, j’étais partagée entre deux envies : lui foutre ma main dans la gueule ou la glisser entre ses cuisses.


Ignorant (ou feignant d’ignorer) le tumulte de mes sentiments, elle attaqua directement par une vacherie.



Ce sont plutôt mes fesses que je serrais et moralement mes poings.



Qu’elle ne compte pas sur ma présence. J’enverrai Bryce.



Je me retins de lui dire que je lui en enfoncerais bien un. Surtout un format XXL… et sans lubrifiant. En fait, je lui répondis très professionnellement.



Là, elle m’intéressait.



Alors qu’elle sortait de mon bureau, m’offrant une vue sublime du balancement de son cul, je lâchai :



Elle avait parlé assez fort pour que Bryce et Ampépeur qui bossaient dans l’open space profitent de sa réplique. À la même seconde, Anna, suivie de la brigadier Zoustra, se matérialisait derrière elle. Mon adjointe qui avait entendu notre bref échange au vitriol ne pouvait laisser la victoire à Gabrielle.



Voilà ce que je ne savais pas faire : une tartine de miel avec une bonne couche de piment en dessous. Gabrielle piqua un fard, mais préféra s’esquiver.



La pauvre Zoustra devait se demander où elle était tombée en entendant Anna me parler ainsi. Elle contemplait ses baskets ne sachant pas trop quelle attitude adopter. Et l’autre qui en rajoutait une couche.



Je me levai de mon bureau et leur fis signe de rejoindre l’espace ouvert.



Bryce qui était pendu au téléphone me fit signe qu’il allait en avoir terminé. Serge leva le nez du laptop qu’il interrogeait. Je m’appuyai contre la cloison, Anna, suivant son habitude, s’assit sur son bureau. Zoustra resta debout, plantée. Je lui indiquai une chaise. Le temps que ces demoiselles s’installent, Bryce avait clos sa conversation.



Je commençai à trépigner.



Sarah rit.



Serge se tut.



Il hocha la tête.



Sentant venir un échange sans fin, j’intervins.



Je regardai mes mousquetaires. Leur silence valait réponse. Un « pling » et la sonnerie de mon téléphone de bureau retentirent en même temps. Ampépeur regarda son écran et me signa un double « ok » pouces levés. Je pris l’appel. Le standard, le brigadier Poilala junior (celui-là, je l’ai piqué à SanA) me signalait l’arrivée de « central parc ». Je lui demandai de l’amener au 421. C’était une salle d’interrogatoire, mais cosy, qu’on avait fait aménager pour recevoir des suspects qu’on voulait embrouiller. On allait peut-être en apprendre un peu plus sur Sanmarco. Pour l’instant, nous n’avions eu que des données impersonnelles. J’avais hâte de parler à quelqu’un qui le connaissait.



Silence radio.




De : Achab [mobydick@gmail.Com]

Envoyé : samedi 4 mai 2019 00 : 41

À : Géronimo [geronimo@hotmail.Fr]

Objet : sans


EH QR2 6 2000


Réponse


De : Geronimo [geronimo@hotmail.Fr]

Envoyé : samedi 4 mai 2019 16 : 14

À : Achab [mobydick@gmail.Com]

Objet : sans


Ok pr PST




Long instant d’un silence. Je voyais presque la fumée sortir des oreilles des cerveaux en surchauffe. La première à réagir fut Sarah.



Je l’avais complètement oublié celui-là. Il allait devoir attendre un peu.



Sur le pas de la porte se tenait une gonzesse, une grande perche en noir et en talon plat. De longs cheveux, noirs aussi, encadraient un visage dissimulé derrière des lunettes à grosses montures, genre écaille. Elle aurait été mignonne si elle n’avait pas été enceinte jusqu’aux oreilles. Devant nos regards interrogateurs, elle se présenta :



Mes yeux s’arrêtèrent sur Ampépeur. Ce que je vis sur son visage me fit chavirer. Il buvait littéralement les paroles de la proc. Je connaissais un seul truc qui faisait cet effet-là : l’amour. Mon nouveau lieutenant était amoureux de cette grande bringue. Au regard qu’ils échangèrent brièvement, la réciprocité paraissait évidente. Serait-ce une explication à sa venue ? Je creuserai quand j’aurai le temps. Les autres, trop concentrés dans leur réflexion, ne s’étaient aperçus de rien. Anna venait de lever un lièvre.



M’adressant à la magistrate.



Je lui fis un clin d’œil et j’eus la satisfaction de le voir rougir. Y’avait anguille sous roche.


Avant d’entrer dans la 421, nous observâmes par le hublot. Pârk Sen Trahl commençait à s’impatienter. Les fesses au bord du fauteuil, il démentait la légendaire impassibilité asiatique en battant nerveusement la mesure sur la moquette. Son regard inquiet ne cessait de balayer la pièce. À notre apparition, il retrouva une attitude souriante, décontractée. Fort le bonhomme. Je nous présentai et m’excusai pour le retard. L’audition se transforma en un aimable entretien où j’eus le plaisir de constater qu’un Asiatique pouvait devenir blanc comme un linge. À moins qu’il ne fût un excellent comédien, il ignorait la mort de Sanmarco et la nouvelle lui mit le trouillomètre à zéro.


Je justifiai sa convocation dans nos locaux par le fait qu’il pouvait nous aider. Certains indices sur la scène de crime indiquaient que c’était l’acte d’un proche, probablement une femme. Nous pensions qu’en tant qu’associé, il le connaissait suffisamment pour savoir si quelqu’un lui en voulait plus particulièrement. C’était bâtard comme explication, mais le fait que nous assimilions l’assassin à une femme en privilégiant un mobile certainement passionnel lui procura un soulagement visible. Malheureusement, il ignorait tout de la vie privée de son associé. Leurs relations, d’après ses dires, restaient très superficielles presque exclusivement professionnelles. Il se montra incapable de nous dire s’il avait une liaison et avoua son ignorance quant à sa vie sociale. Au sein de l’entreprise, aucune amitié ni inimitié particulière à signaler. Quand il nous quitta totalement rassuré, je lui demandai une discrétion totale. Malgré son apparente sérénité de moine bouddhiste, j’étais persuadée qu’il avait menti comme un arracheur de dents.


Il était plus de 18 heures. J’accordai donc une pause à Sarah et Serge leur demandant de me rejoindre à Édouard Herriot pour 19 h 30, armés. Il valait mieux prendre certaines précautions.


Mademoiselle la représentante du parquet ! Je ne m’étais guère inquiétée d’elle jusqu’à là, mais j’aimais bien savoir à qui j’avais affaire. La relation que je pressentais entre elle et mon geek devait-elle m’inquiéter ? La possibilité d’avoir une taupe dans mon unité ne m’enchantait pas. Je comprenais mieux l’arrivée d’Ampépeur : il avait suivi sa dulcinée. J’appelai un contact au palais qui me donna des renseignements contradictoires. Elle avait eu un début en fanfare avec l’affaire Beisse* alors qu’elle n’était que proc adjoint. Ensuite, elle avait supervisé plusieurs affaires de moindre importance, affaires où elle s’était montrée efficiente. Cela n’expliquait pas qu’en à peine trois ans, cette jeunette se retrouve balancée procureur dans la seconde juridiction de France. Ce qui l’expliquait mieux, selon mon interlocutrice : son paternel, juge du siège, avait l’oreille du garde des Sceaux.


Je n’avais pas vraiment suivi l’affaire Beisse, mais je me rappelai que l’enquête de police avait été conduite par Éléonore Riquebit. Elle, je la connaissais bien, même intimement. Nous nous étions rencontrées lors d’un stage. Toutes les deux sous l’emprise d’une déception amoureuse, nous avions sympathisé. Lors d’une soirée plus qu’arrosée, nous nous étions retrouvées dans ma chambre et, bien qu’elle fût hétéro pratiquante, nous nous étions envoyées en l’air comme des grandes. Elle avait dû trouver ça agréable : elle n’avait jamais réutilisé son lit de toute la durée du stage. À l’issue de celui-ci, chacune était repartie de son côté. Nous nous étions revues quelquefois lors de réunions au ministère sans jamais remettre le couvert : elle avait retrouvé le chemin de l’orthodoxie. Je ne risquais rien de l’appeler.


Éléonore n’avait changé ni de numéro de téléphone ni de manière d’être. Cette nana aurait pu devenir commissaire, mais comme moi, elle aimait trop le terrain pour se faire chier derrière un bureau. Justement en train de paperasser, mon appel arriva au meilleur moment. Après avoir évoqué quelques souvenirs d’anciens combattants, elle m’apprit qu’elle avait retrouvé son mec puis nous passâmes aux choses sérieuses.



Confirmation de ce que j’avais vu ! Après quelques banalités et la promesse de se faire une bouffe à ma prochaine descente dans la capitale, nous raccrochâmes. Bon ça, c’était fait. Je faisais entièrement confiance à Éléonore. Une chieuse, je pouvais gérer.

Il était temps que je rejoigne mes troupes à Herriot.



* l’affaire Beisse – autopromotion éhontée, du même auteur dans la même collection :




À suivre