| n° 20173 | Fiche technique | 18375 caractères | 18375 3166 Temps de lecture estimé : 13 mn |
01/04/21 |
Résumé: L'excursion se termine, l'amour se dessine, la soirée se précise. L'une suivant l'autre, chacune dans sa voiture s'interroge, craint et espère. Qu'en sera-t-il de leurs souhaits ? | ||||
Critères: #épistolaire #lesbienne ff fplusag forêt voiture amour revede voir nudisme noculotte odeurs | ||||
| Auteur : Dyonisia (Rêves et autofictions... Ou souvenirs et confidences) Envoi mini-message | ||||
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Résumé des épisodes précédents :
Promenade pour Chantal, balade pour Colette, cette innocente occupation d’un jour férié les amène, à leur corps et leur cœur consentants, à abandonner toutes pudibonderies et retenues dans leurs échanges. Réciproquement attentionnées, tentant sans succès de randonner nues comme de se désaltérer, elles égaient leur parcours de pauses fiévreuses et compensent leur déception d’eau pure par un lavage, sommaire et peu orthodoxe, dont émergent de rudes et déroutants fantasmes insoupçonnés. D’abord inquiètes des débordements où les entraîne leur déraison, elles s’assurent de leur affection mutuelle dans un énième entracte sexuel. Ce pourrait bien être cependant le premier acte d’une romance qu’elles abordent timidement en retournant vers la réalité sur un chemin jalonné de bonnes et mauvaises surprises.
Promenade au bois
Je ne pensais pas que nous déboucherions aussi vite sur la route départementale. Sans la vive réaction de Colette, le passage de la voiture nous aurait surprises cul nu sur le bas-côté. J’ai bondi avec elle dans les broussailles et ma pauvre chatte a retrouvé le contact douloureux des feuilles épineuses. Ça devient lassant !
Le calme revenu, j’extirpe d’entre mes lèvres une de ces maudites feuilles qui a eu le toupet de s’y planter, en me promettant de faire une remarque bien sentie à une certaine personne sur ses prétentions cartographiques. Pour l’instant, ladite personne est partie à la recherche de sa voiture, supposée toute proche.
Je récupère mon sac de promenade. Inutile de le laisser traîner bien en vue de la route, il n’y a guère de circulation, mais quand même. Puis, je risque un œil à mon tour, à droite, à gauche. Mais où est-elle, son auto ?
Colette revient vers moi, l’œil piteux.
C’est peut-être bon signe. Nous nous sommes trompées, certes, mais au moins personne n’a volé la voiture de Colette. Rassurées sur ce point, nous reprenons la carte. Ce n’est pas très évident pour nous, néanmoins. Décidément, je devrais apprendre à lire ces trucs avant de me balader à l’aventure.
En réunissant nos faibles moyens, nous estimons finalement que le trait noir, là, qui va de la route au point bleu, c’est le chemin que nous avons descendu, et que l’autre trait noir, un peu plus loin, doit être celui auquel pensait Colette. Bon, arrêtons de stresser et voyons comment résoudre le problème de notre tenue indécente pour rejoindre au plus vite cet autre endroit qui ne semble pas trop éloigné.
C’est une solution, et comme je n’en vois pas d’autre, aussitôt dit, aussitôt fait ! Tant mieux, parce que j’ai à peine enfilé le short qu’une autre auto arrive. Une famille en promenade qui nous salue d’un grand sourire. Colette tient innocemment le sac devant elle et se paye le luxe de répondre d’un signe aimable. Ouf !
Inutile de dire que nous ne traînons pas. Le jean en écharpe sur les épaules, je cours derrière Colette. Derrière les fesses de Colette, devrais-je dire, car son chemisier volette à chaque enjambée. Je me concentre sur cette vue pour oublier la pointe d’anxiété qui persiste dans mon esprit. Si par malchance, nous avions encore fait erreur…
L’exclamation de joie de Colette est immédiatement suivie d’un cri d’angoisse.
C’est gentil, mais non, c’est juste qu’il m’est déjà arrivé de perdre mes clés de voiture en balade. Mais ça, je ne le lui dis pas… D’ailleurs, je reprends mon souffle en la regardant ouvrir son coffre et en sortir deux espèces de chiffons, ou de vieilles serviettes.
Bonne idée, quitter le short m’aérera la minette. Et dans l’état où elle est, comme la sienne probablement, sans parler de nos fesses, protéger les sièges est une bonne précaution. Nous nous asseyons avec satisfaction et je lui rends son short.
Ça me va. Je le lui dis en l’embrassant sur sa bouche souriante.
Elle rit. J’ai l’impression qu’elle est heureuse et soulagée que j’accepte.
Ma voiture est de l’autre côté de la colline. Il nous faut une demi-heure pour y arriver et la nuit tombe lorsqu’elle me dépose.
Balade en forêt
Je suis une gourde qui ne sait pas lire une carte IGN. Maintenant, j’en suis sûre. Chantal n’est pas meilleure que moi, c’est certain aussi. Là-dessus, nous faisons la paire ! C’est peut-être un bon présage.
J’aurais malgré tout pu me rendre compte toute seule que ce n’était pas à cet endroit que j’avais laissé ma voiture. Heureusement, Chantal a pris mon erreur avec calme. Je ne suis pas particulièrement parano, mais j’avoue avoir eu froid dans le dos et en deux mots elle m’a détrompée. Finalement, à deux c’est mieux. Pour se promener, au moins, et pour repérer le bon coin, espérons-le. Et allons-y vite !
J’apprécie aussi qu’elle ne rechigne pas quand je lui propose des solutions plus ou moins futées pour ne pas créer une émeute sur la route. Comme remettre mon short, par exemple. Je suis consciente que courir avec la couture qui lui scie la fente ne lui est pas facile. J’imagine assez bien ce qui en découlera – au sens propre, si j’ose dire – et du coup je me demande s’il n’y avait pas un brin d’égoïsme dans ma proposition…
Nouvelle alerte en arrivant, enfin, à ma voiture. J’ai complètement oublié ce que j’ai fait des clefs, surtout qu’il y a celles de la maison avec. Encore une fois, Chantal me rassure. Quelle bonne idée que d’avoir eu la prévoyance de les ranger à l’abri dans le sac. Elle est géniale, cette fille !
Je bénis en pensée la cousine qui m’avait suggéré de conserver quelques serviettes de toilette dans le coffre. Nous pouvons poser nos fesses poussiéreuses et nos fourches poisseuses sur les coussins des sièges sans les tacher. Et je peux tout de suite récupérer mon short pour m’en enivrer. Qu’est-ce que j’aime ce mélange de nos odeurs intimes !
J’ai envie de garder pour toujours avec moi Chantal et ses parfums. C’est puéril. Tant pis, je ne peux m’empêcher de le lui dire. Elle élude gentiment mon souhait. Elle préfère que nous restions des amantes et des amies. Elle a peut-être raison. Mais elle accepte de venir chez moi ce soir et cette nuit. Ma tristesse passe vite.
J’essaie d’en apprendre un peu plus sur elle, sur sa vie, etc., pendant que nous allons chercher sa voiture. Sans grand succès, elle est très réservée. Je n’ose pas lui demander l’âge de ses filles. Assez grandes, sans doute, puisqu’elle peut les laisser seules. En fait, je parle surtout de moi, de mon travail au musée, de mon célibat, de mes sorties entre copines, de ma quête infructueuse d’un couple stable… Aura-t-elle compris que je suis bisexuelle ? Elle ne fait aucune remarque. Il semble que cela lui soit égal. Je l’espère.
Nous arrivons trop rapidement pour que j’en sois sûre. J’éteins mes phares pour qu’elle passe dans l’obscurité de ma voiture à la sienne. Je crayonne mon adresse et téléphone, par précaution, et je lui donne une serviette. Elle démarre. Je repars. Elle me suit.
Promenade au bois
Je n’ai encore jamais conduit à poil, ou presque. Le soutien-gorge maintient un semblant de décence quand je croise un véhicule ou en traversant une zone éclairée. Je remercie mentalement Colette pour la serviette. En sortant de sa voiture, elle restée coincée, ou collée, entre mes fesses. Sans son prêt, j’aurais probablement laissé une jolie tache sur mon siège. Mes filles, Michèle ou Christine n’auraient pas manqué de me taquiner.
Je ne quitte pas des yeux les feux arrière de ma guide. Surtout, ne pas les perdre. J’ai bien l’adresse, mais ce serait plus compliqué. Je me concentre et j’éclate de rire toute seule. Ça devient une habitude de suivre les culs de Colette. Quand ce n’est pas le sien, c’est celui de sa voiture. C’est cocasse… cocasse ? Et si c’était une addiction ?
Que sais-je d’elle ? Voyons. Je récapitule dans ma tête les évènements du jour. Colette m’a surprise nue en train de pisser ; j’aurais dû être scandalisée, eh bien non. Elle m’a imitée, et au lieu de m’éloigner, je lui ai quasiment proposé de la lécher. Mieux que ça, je l’ai laissée sucer mes orteils… sales ! Et encore pire, je suis allé chercher – avec mes dents ! – une épine plantée dans sa raie, tout près de son trou du cul…
Bon, admettons que jusque-là ce soit un coup de folie. L’anonymat, les hormones, l’appel du sexe, n’importe quoi d’autre pour l’expliquer. Mais après ? J’aurais pu m’enfuir, prendre mes cliques et mes claques et disparaître. Pas du tout ! Je suis restée avec elle et nous nous sommes caressées, masturbées, branlées… comme des cochonnes. Moi la première.
Et cette randonnée « nature » ? D’accord, le naturisme, j’adore ça. C’est mon côté exhibitionniste éhonté, bien que je sache n’avoir pas un corps de déesse. Ça m’excitait d’être reluquée par une inconnue. Je pouvais néanmoins me dispenser d’en rajouter dans l’indécence. Sauf que je dois bien m’avouer que c’était pour l’inciter à aller plus loin, elle aussi, et me délecter de ses formes et des détails de son intimité.
Quant à la suite, même en considérant calmement les choses, ni je la comprends, ni je me reconnais. J’avais déjà fait des tas de trucs idiots ou inconvenables pour la morale ordinaire, avec plaisir et sans remords, mais je n’avais jamais poussé une camarade de jeu à se faire pisser dessus ni à réclamer une fessée débridée. Et pourtant, si j’en ai été mal à l’aise sur le moment, je n’en éprouve aucun sentiment de regret.
C’est ça le plus ahurissant. Je ne me sens pas coupable. Peut-être parce qu’elle ne m’en a pas voulu. Au contraire, elle m’a presque remerciée… Non, pas presque : elle m’a dit merci en me déclarant son amour. D’ailleurs, après, nous avons recommencé nos baises et nos branlettes avec plus de passion. Dans la joie et le bonheur, comme on dit.
Rien qu’aux images qui me reviennent et au souvenir de nos jouissances partagées, j’ai chaud au cœur et au ventre. Disons-le tout net, quand j’y repense, je remouille ! Mais pas seulement. Je ressens aussi un grand élan d’affection. Est-ce de l’amour ? J’aimerais et je m’en inquiète. Si ce n’était que de l’orgueil ? Être admirée, désirée, voire aimée par une fille plus jeune, c’est flatteur !
Au fond, qu’ai-je appris sur elle ? Pas grand-chose, sinon qu’elle est sans doute bi. Qu’a-t-elle appris sur moi ? Rien, sinon mon âge, vaguement, et que j’ai des filles. Je ne sais plus que penser, alors, continuons, nous verrons bien.
Oups ! J’ai failli la perdre et rater le dernier tournant. Elle s’arrête. Nous devons être arrivées chez elle. Je dois me reprendre.
Balade en forêt
Je conduis plus lentement que d’habitude, je ne veux pas distancer Chantal. Je surveille les phares de sa voiture dans mon rétroviseur. Avec la nuit, il devient difficile d’être sûre que c’est bien elle. Si elle s’égarait, peut-être déciderait-elle de rentrer chez elle ? Je lui ai donné mon adresse, un peu comme une bouée de secours. Pas pour elle, pour moi, car j’ai une peur sourde qu’elle ne vienne pas.
J’ai encore envie d’elle, de la sentir contre moi. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. Je veux dire, d’éprouver une impulsion irraisonnée pour une fille. En général, ça retombe assez vite. Parfois, ça dure un peu. Mais au bout de quelques heures, il se passe comme une déception. Quelques fois, c’était avec un mec. Toujours décevant, là. Sauf une fois où ça a duré deux ou trois mois, et puis basta !
En général aussi, je m’en console rapidement. Puisque ça ne colle pas, eh bien je passe à autre chose. Sans regret. C’est peut-être pour ça que je suis célibataire. Je suis libre. Je peux draguer à mon gré. Je n’ai pas froid aux yeux, d’après des copines lesbiennes. En réalité, je change de sujet dès que je sens que la fille n’est pas réceptive, ou qu’elle est choquée. Ce qui arrive souvent. Mais je tente toujours de faire connaissance, et plus, si je suis attirée par un corps, un comportement ou une conversation séduisante.
C’est dans cet état d’esprit que j’ai abordé Chantal. Ou plutôt que je l’ai surprise. Voir une fille pisser, j’aime ça. Ce n’est pas correct, je le sais. Je me suis longtemps demandé pourquoi. Je crois que depuis cet après-midi, je commence à comprendre. Bref, si elle m’avait rabrouée, insultée – elle en aurait eu le droit ! – ou même si elle était restée simplement stupéfaite, je me serais excusée et j’aurais disparu. Mais non, elle m’a laissé m’exhiber à mon tour pour faire comme elle, et elle s’est mise à rire franchement de cette situation incongrue au lieu d’en être scandalisée.
On aurait pu se quitter là. Pourquoi l’ai-je aussitôt trouvée sympathique ? Pourquoi cet élan d’amitié spontané ? Pourquoi l’ai-je suivie ? J’avais envie d’une aventure sexuelle, bien sûr. J’avais envie de jouir avec une inconnue. Je te fais jouir, tu me fais jouir, on joui ensemble, et on ne se revoie plus. Voilà ce que je pensais au début. Et de fait, non, je l’ai accompagnée. J’ai eu l’envie impérieuse de rester avec elle.
À cause de ses formes, sans doute. Rondes, maternelles, douces, elles m’ont donné un sentiment de sécurité. Je me suis sentie en confiance. À cause de sa façon d’être, aussi. Chantal m’est apparue spontanée, sans chichi ni hypocrisie, lucide et sincère. Comme une amie de longue date, c’est l’impression que j’ai eue tout de suite. À cause de son odeur, peut-être. Ces histoires de phéromones, je ne sais pas trop comment ça marche. Par contre, toutes ses odeurs m’excitent, ça, j’en suis sûre ! Je n’ai qu’à renifler encore une fois le short qu’elle a porté, pour m’inonder la chatte…
En tout cas, je me suis abandonnée à Chantal sans réserve. Je ne m’étais jamais autant livrée à quiconque, pas même à moi. Je me suis mise à nu sans vergogne, d’âme plus que de corps. Et de mon corps, elle n’ignore aucun détail !
Pourtant, je n’ai pas eu la sensation d’être jugée. Je l’avais entraînée dans mon fantasme et j’en avais honte. Sa gentillesse l’a dissipée aussitôt. Sa tendresse, son affection, m’ont conquise. Je n’ai eu qu’une idée en tête : me donner à elle. Et refaire l’amour, bien sûr. Combien de fois nous sommes-nous envoyées en l’air, en quelques heures ?
Zut ! Elle a disparu. Pourvu que je n’aie pas oublié de mettre le clignotant. Le virage est difficile quand on n’est pas prévenu…
Non ! La voilà ! Elle n’a pas manqué l’entrée. Je vais la retrouver.
Promenade au bois
Je regarde alentour et découvre la rue où habite Colette. C’est calme, ce doit être un lieu agréable. Les maisons qui s’alignent semblent disposer d’un petit jardinet. Celle devant laquelle elle s’est garée doit être la sienne. Elle me montre une place libre, un peu plus loin. Juste l’espace d’un créneau, ce qui n’est pas mon fort, mais j’y arrive.
Le seul ennui, c’est le voisinage. Je connais bien ces quartiers dits « tranquilles » dont les habitants sont immanquablement attirés par le bruit d’un moteur, en particulier si la voiture s’arrête. Bien qu’il soit l’heure du repas, je ne peux exclure l’hypothèse d’une tête curieuse, voire de plusieurs, derrière un rideau. Inutile de compter sur l’obscurité que les jolis lampadaires combattent fièrement, donc hors de question de sortir les fesses à l’air.
Personnellement, je m’en ficherais un peu, n’étant pas résidente des lieux, ni même de la commune. Mais je ne veux pas perdre de réputation ma nouvelle amie – amie et plus, qui sait ? – dès ma première visite ! À la réflexion, ce ne serait pas indiqué non plus de se balader ici avec son seul soutien-gorge, quand on travaille à la Mairie d’un village voisin. On ne sait jamais, justement !
J’examine d’un œil hostile mon jean jeté sur le siège du passager et qu’il va bien me falloir renfiler, terre et épines comprises. Tant pis, je le ferai avec joie pour retrouver mon amoureuse.
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[Là s’arrêta cet échange de lettres. Pour des raisons diverses, les heureuses perspectives qu’annonçaient les dernières phrases de Colette et ma réponse ne purent trouver la conclusion espérée.
Bien des années plus tard, en relisant les échanges qui nous avaient longtemps unies dans une relation affectueuse, je considérais avec nostalgie les promesses que nous avions caressées. L’absence d’une fin, quelle qu’elle soit, est toujours frustrante.
Nos rêves sont tenaces dans le souvenir, surtout lorsqu’ils sont beaux. L’envie de les revivre m’a tentée et l’idée de les partager m’a séduite. On ne résiste guère à un exhibitionnisme foncier, fut-il exprimé de façon virtuelle…
En rapportant aussi fidèlement que possible nos écrits respectifs, le désir m’est venu – plaisir, hélas, solitaire – d’imaginer la suite qui aurait pu leur être donnée. Pour ne pas trahir la pensée d’une amie dont le souvenir m’est cher ni m’arroger le monopole de la parole, j’ai pris le parti de concevoir en spectatrice l’aboutissement plausible de notre romance interrompue.
La soirée chez Colette constituera donc l’épilogue onirique et singulier d’une ballade à quatre mains inachevée.]
À suivre