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Temps de lecture estimé : 32 mn
28/02/21
Résumé:  Un week-end de travail pour une femme en uniforme... Un anniversaire et quelques rencontres.
Critères:  f fh inconnu amour fmast fellation pénétratio portrait -rencontre
Auteur : Jane Does      Envoi mini-message

Série : Amour et justice

Chapitre 01 / 02
Le temps qui s'arrête

Il est vingt-deux heures quinze lorsque le téléphone fait sursauter Hélène. Elle relève la tête de la fiche sur laquelle elle s’escrime depuis plus d’une heure. Sa patte fine se tend vers l’ébonite qui grelotte. Aussitôt le tintement s’arrête.



Le silence est revenu. Pas tout à fait. Au vu des paroles du portier, le greffe de la maison d’arrêt va s’animer dans quelques secondes. Déjà une cavalcade dans les escaliers qui donnent sur la salle de repos des surveillants. Les gars renseignés par le préposé au sas d’entrée sont pressés d’en finir avec la horde de personnes qui vont cette nuit coucher en prison. Hélène vient de sortir des fiches et des dossiers. Une quinzaine pour ce flot de pauvres types qui sont dans le camion des flics.


Puis c’est un énorme brouhaha qui interfère avec les oreilles de la femme qui va devoir recevoir un à un ces nouveaux, souvent paumés par ce qui leur arrive. Le premier à descendre les escaliers métalliques qui donnent sur le « bar » du bureau d’Hélène est un uniforme bleu comme celui des surveillants. Mais il s’agit là d’un policier. La valise qu’il tient à la main renferme les titres de détention de chacun des hommes qui sont dans le véhicule. Et une seconde mallette va ensuite après le travail d’écrou, déverser une paperasserie que la greffière devra inventorier.


Les juges font transiter toutes leurs ordonnances par le biais de cette navette et c’est chaque soir le même cinéma. Bon là, il s’agit d’un vendredi soir et de ce fait, la maison poulaga a vidé ses cages du commissariat dans la perspective d’un long week-end qui se profile à l’horizon. Quant à Hélène, la responsable de l’écrou du greffe de cette baraque, elle a donc du pain sur la planche. Et comme c’est la règle, celui ou celle qui prend la permanence de fin de semaine ferme le vendredi soir. Ce qui explique la présence de la quadragénaire à son poste.



Hélène fait comme chaque fois, des gestes mille fois répétés. Les juges, le procureur de la République, ces grands pontes de la magistrature collent des tas de types en taule et derrière, l’administration pénitentiaire se doit de gérer cette lie. Facile de se débarrasser de ces problèmes en les envoyant au secret d’une prison. Les keufs quittent l’établissement et les surveillants s’affairent en compagnie de la gradée qui gère les entrées. Un à un, en fonction des titres de détention, elle doit les recevoir tous. Prises d’empreintes, questionnaire pour s’assurer de leur identité, puis les « arrivants » sont ensuite dirigés vers un quartier de la détention.


Celui des arrivants est un lieu de transit où treize de ces types vont dormir. Le quatorzième, lui, sera dirigé vers une autre aile, compte tenu de son interdiction de rencontrer son complice. Il n’en reste plus que deux avant que la cheffe de ce service en ait terminé avec ce travail ingrat. Et le type que le surveillant lui amène est dans une sorte de désarroi total.



L’autre donne son nom, prénom et répond aux questions que lui pose la femme brune qui lui fait face. Visiblement il tremble et ne sait plus trop où il habite. L’écrou tire à sa fin et l’homme est très nerveux.



L’équipe de nuit embarque le détenu qui ne semble pas très convaincu, mais il est vrai que si Hélène devait s’apitoyer sur tous les types qui pleurnichent dès qu’ils sont entre ces murs, elle n’aurait plus de larmes depuis bien longtemps. Le surveillant qu’elle a hélé est près d’elle.



Le surveillant est un jeune. Enfin pour elle qui a quarante piges, il fait figure de gamin avec ses vingt-cinq ou vingt-six balais. Hélène quitte l’établissement aux environs de minuit et quart. Oh ! Elle n’a pas vraiment un long chemin à faire pour rentrer dans l’appartement mis à sa disposition par l’administration. Juste quelque cent mètres et elle peut enfin prendre une douche pour se nettoyer de toute la crasse du monde qui lui pèse sur l’estomac. Une petite vie étriquée, une petite existence de misère. Un mariage qui n’aura résisté que six ans aux assauts de ce travail ingrat. Rémy, un soir, a quitté la maison.


Il avait trouvé ailleurs une femme qui n’avait pas des horaires merdiques, qui prenait soin de lui et qui ne bossait pas les samedis, voire les dimanches. Mais la quadra se remémore parfois ces instants magiques que peut créer une vie de couple. Elles lui manquent, les pattes de son Rémy qui les prête désormais à une autre. Et ce sont bien ces pensées-là qui remontent à la surface de son crâne alors qu’elle se douche. Alors, pour oublier cette misère, cette saloperie de vie quoi de mieux encore que de se caresser ? Et puisque sous le jet tiède, il fait bon, et bien… Hélène laisse ses paluches errer sur ces endroits en jachère depuis sa séparation.


Les jambes simplement fléchies, elle se masturbe lentement, savourant chacun des passages de ses doigts sur ce violon libre de droits. Elle chantonne aussi quelques gémissements qui se perdent sous la cataracte d’eau que lui déverse la pomme de douche. Voilà ! Une petite jouissance qui emporte un peu de son désespoir. Mais déjà il lui faut se coucher. Demain, bon gré mal gré, elle doit faire l’ouverture à cinq heures quarante-cinq. Et elle se sent vaseuse. Ses paupières se ferment sur des images troubles, et puis… elle doit se l’avouer sur une petite lumière qui clignote sous ses tifs bruns. Un type qui pose de drôles de questions… Bon ! Il sera toujours temps de vérifier demain ! Non tout à l’heure même !




— xxxXXxxx —





La greffière plonge alors dans son boulot. En premier lieu, reprendre un à un les dossiers de ces personnes arrivées la nuit dernière. Ce n’est pas une mince affaire que de préparer quatorze fiches pénales, de vérifier un à un les éléments de ces nouveaux cas. Pour les titres de détentions émanant des juges d’instruction, il n’y a guère de problèmes. Il s’agit juste de s’assurer qu’aucune erreur de transcription n’a été faite. Pour les extraits de jugement, ils doivent tous être passés au crible et s’assurer que tout est bien en ordre. Ça prend à la quadra un temps fou. Et il est neuf heures du matin lorsqu’elle est sortie de ses pensées par le téléphone interne.



Bon. Ça va lui laisser le temps de préparer son dossier. Et Hélène se tape une page d’écriture :

Écroué le xxxx, sous le numéro d’Écrou xxx en vertu d’un extrait de jugement du TGI de Paris. S’ensuit un savant calcul pour que sur la page de droite apparaisse une date de libération compte tenu d’un crédit de peine immédiat, équivalent pour une peine inférieure à un an, à sept jours de remise de peine par mois. La greffière va donc ainsi être en mesure de tenir informé le condamné de sa date de sortie si tout se déroule bien. Et elle en est là de ses réflexions lorsque le surveillant et le détenu se présentent à son « bar ».



Hier, j’allais moi aussi à mon boulot et d’un coup, ma vie bascule. Je tombe en moins de vingt-quatre heures au fond du trou. Je vais sans doute perdre mon travail, mon appartement et puis… mes potes, mes amis, mes parents tout le monde va croire que je suis un voyou.



Le type pleure alors qu’il repart vers sa cellule. Le surveillant qui le prend en charge a rapporté un café à la greffière. Et elle apprécie du coup ce jeune homme qui semble courtois. Boulot de merde que de gérer la misère humaine. Combien en a-t-elle déjà croisé de ces mecs qui affirment avec un aplomb sans faille « leur vérité » ? Mais par acquit de conscience, Hélène décroche son téléphone et compose le numéro du greffe de la plus grande taule de France. Une voix aussi fatiguée que la sienne lui répond.



Consciencieusement Hélène répond à toutes les demandes de son homologue pas très lointain finalement.



Encore un dragueur impénitent ? Ils sont légion dans cette administration très « fermée ». L’employée de bureau se remet à la tâche. Cette histoire du gaillard qui se plaint ne lui semble pas très bien engagée. Elle songe que parfois les pauvres bougres happés par un système judiciaire aveugle sont des proies trop faciles. Puis à douze heures quarante-cinq, c’est l’heure du second appel de la journée et la détention lui rapporte des chiffres qui correspondent bien à son effectif. Guy va donc bientôt arriver et ensemble, ils iront fêter l’anniversaire de Maryse. Neuf ans déjà… la fillette et Hélène, une longue histoire qui a débuté pendant le mariage de la greffière.


Finalement la pénitentiaire est une grande famille. Le déjeuner chez Marie et Guy est un moment de détente dans un samedi de permanence de la gradée. Elle et Guy portent les mêmes galons et qui se ressemble s’assemble, du moins en qualité de personnels de l’administration pénitentiaire. Pour le reste le couple que son collègue forme avec sa compagne Marie est d’une rare solidité. Il en faut pour traverser les ans sans se déchirer. Et ce qu’elle et son ex-mari n’ont pas su faire, ces deux-là paraissent l’avoir réussi. Marie est un petit bout de femme très joyeuse qui cocoone son homme et sa fille.


Le bonheur de ses amis lui prouve que sa vie est un immense désert. Pas d’enfant pour égayer ses soirées, juste un travail qui lui vole presque tout son temps. Les bisous de la fillette à qui elle remet un petit billet pour se faire pardonner de ne pas avoir acheté de cadeau sont rafraîchissants. Et le frère de Guy, Martin est aussi de la partie. Cet homme doit bien avoir un âge avoisinant celui d’Hélène et lui aussi se retrouve célibataire. Pas pour des raisons analogues à celles de la greffière, non. Lui c’est plus dramatique. Son épouse est décédée dans un accident de la circulation et il est inconsolable.


Pourtant à la table de son frangin, il fait bonne figure, et Maryse semble apprécier ce tonton triste. C’est la première fois que les deux célibataires, par la force des choses, se rencontrent. Alors bien sûr, ils font connaissance autour du repas qu’a concocté une Marie ravie de voir que le courant passe entre ces gens qu’elle aime. Guy lui, semble plus réservé. Alors à quatorze heures, le retour au boulot de la responsable du greffe laisse Martin pensif. Il prend un digestif avec son frère dans le salon, alors que Marie et sa fille font bande à part dans la cuisine.


Quelques mots s’échangent là dans la discrétion de cet appartement de fonction.





— xxxXXxxx —




Le gars de Fleury a tenu sa promesse. À son retour dans son immense bureau vide, Hélène voit le rouleau de papier du fax qui l’attend. Plusieurs feuillets à la suite, dont la fiche d’écrou. Celle-ci comporte bien une photo du prévenu qui a effectué quatre jours de détention provisoire dans la plus grande prison de France. Et pas besoin d’une loupe pour comprendre qu’entre l’individu en photo et celui qui était devant elle le matin même, il y a une énorme différence. L’image prise au greffe de Fleury est d’une couleur ébène. Puis rien ne colle. Sans être une spécialiste non plus des empreintes, au premier coup d’œil, la quadra remarque de suite qu’elles sont toutes différentes.


Ce n’est en soi, pas une bonne nouvelle. Elle va devoir rédiger un rapport, mais au préalable, il lui faut immédiatement avertir le représentant du parquet de Versailles de l’anomalie constatée. Elle passe une bonne heure au téléphone avec un substitut qui ne veut rien entendre. Alors elle s’applique à rédiger un rapport circonstancié en fournissant des copies de tout ce qui cloche. Mais elle sait déjà que ça va être coton pour faire entendre raison à ces gens qui sont peu enclins à reconnaître leur bourde. Et comme ils sont les seuls à pouvoir donner un ordre de levée d’écrou… le pauvre type risque de rester encore plusieurs nuits en cellule.


À l’issue de sa journée de boulot, elle rentre donc chez elle. Il fait déjà bien sombre lorsqu’elle prend un café sur sa terrasse. Au-dessus d’elle, une voix la hèle soudain.



Hélène lève la tête et chez Guy et Marie, le frère, Martin est là qui la surplombe. Il fume et semble lui sourire. Il reprend.



En riant, elle montre à Martin l’enceinte de la prison. Alors sans trop réfléchir, il lui lance brièvement.



Un court moment, Hélène se traite de folle. Pourquoi avoir ainsi invité le frère de ses voisins ? Elle est toute remuée par son audace soudaine. Quelque chose en elle se met en mouvement. Quoi ? Elle ne saurait le dire. Juste un sentiment bizarre, comme si tout son corps se réveillait. Enfin, elle n’a guère le loisir de se poser d’autres grandes questions existentielles. Martin frappe déjà dans sa porte.



Il vient d’entrer. Grand ! Elle ne s’en était pas vraiment rendu compte lors du repas de midi. Il a un sourire malicieux.



La brune se met à rire et il fait de même. Ces petites plaisanteries les rapprochent. En fait comme elle se trouve près de lui et qu’elle vient de lui servir son jus, il tend soudain le bras. Sa main happe le poignet qui tient toujours la verseuse à café. Une étrange lueur passe alors dans les deux paires d’yeux qui sont rivées les unes dans les autres. Elle sait, elle pressent ce qui va arriver. Pas un geste, pas un mouvement pour s’en défendre ou lui interdire de faire ce qu’il projette. Alors les lèvres qui se rapprochent font s’entrouvrir les siennes. Un baiser inespéré clôt un début de dialogue sans importance vitale.


Cette langue qui la fouille, qui s’emmêle avec la sienne, ce souffle qui se trouve d’un coup coupé par une pelle inattendue, lui fait grimper en flèche une température déjà sous pression. Elle ne repousse pas Martin qui se sent légitime dans le renouvellement de son palot. Le reste s’enchaîne dans une sorte de brouillard et les mains qui parcourent son corps l’ont débarrassé du récipient encore au trois quarts remplis du liquide noir. Tout va très vite, sans qu’Hélène ne veuille seulement y réfléchir. L’appartement n’est pas si grand et le lit proche accueille deux corps rapidement dépouillés de tout oripeau.


La femme se jette à fond dans cette guerre qui consiste à frotter sa peau à celle de cet homme qui bande. Ça lui suffit pour chercher un peu de plaisir dans un corps à corps dont il ne ressort ni gagnant ni perdant. Il n’y a chez aucun d’eux de calcul savant, de spéculation d’aucune sorte. Juste une offrande, un don de soi pour un moment de délivrance. Et elle refait avec ce Martin, des mouvements qui ne s’oublient jamais. Ses doigts parcourent le torse de ce gars, pour s’emparer d’un éperon qui se montre viril et mâle. Pas de faux-semblants, de faux fuyants, simplement deux envies qui se télescopent et les transforment en personnes avides de sexe.


Si c’est très court, c’en est pas moins intense et elle comme lui se répandent en gémissements, en plaintes amoureuses qui inondent le ciel de ce deux-pièces où ils font l’amour avec sauvagerie. À tel point que les ongles féminins labourent les épaules de ce type qui la prend et reprend là, sans arrière-pensées, avec seulement la force d’une trop longue faim. Finalement au prix d’un dernier effort ou d’un réflexe, le sexe raide s’échappe de son gîte profond pour pleurer sur le bas-ventre de cette Hélène qui tremble de partout. L’orgasme qui lui tétanise tous les muscles se poursuit encore quelques minutes, bien après que la queue qui vient de la labourer se soit retirée d’elle.


Lui et elle restent un long moment silencieux, chacun savourant diversement ce qui vient de se passer. Il rompt le premier ce silence qui les protège pourtant.



Bien entendu, la suite lui apprend que Martin garde bien une grosse envie. Et ils refont dans cette chambre plusieurs fois l’amour, avec toujours un identique bonheur. Les lèvres d’Hélène ne servent pas qu’à parler, elles s’oublient également dans des câlins à faire rougir bien des gens prudes. Quant à Martin, combien de fois ne ressort-il pas de ce puits accueillant et c’est bien en celui-ci qu’il se met à pleurer les larmes blanches de ses envies plurielles. Ils finissent par jeter l’éponge et s’endorment, collés l’un contre l’autre, se tenant chaud pour une fin de nuit de rêve. Le réveil d’Hélène fait sursauter les deux amants qui se redonnent un peu de courage pour une journée bien longue. Elle dans son greffe, et lui chez son frère à devoir se justifier d’une absence dont il veut taire la destination.




— xxxXXxxx —




Un dimanche ordinaire pour l’employée du greffe. Elle se fane les appels de la détention, mais pas de mouvements de détenus pour venir à son bureau. Pas de libération en fin de peine ou provisoire le jour du Seigneur. Les détenus dont la peine arrive à échéance un dimanche bénéficient toujours d’un bonus et se retrouvent à ce titre, libérés la veille. Hélène déjeune chez elle sur le pouce, regarde un peu la télé. Malgré tout, sans trop savoir comment, elle passe du temps sur sa terrasse à espérer quoi ? Voir le frérot de Guy qui serait lui aussi sur la partie extérieure de l’appartement de fonction de son collègue ?


Elle hausse les épaules au bout d’une quinzaine de minutes passées à scruter avec un regard trop appuyé le balcon de ses amis, pour rien bien entendu. Qu’est-ce qu’elle s’imagine ? Qu’il va être là à l’attendre ? Elle n’aura été qu’un bon coup, un coup d’un soir et voilà tout. Alors c’est bien maussade, qu’elle se retire dans son bureau et qu’elle prépare pour le milieu de la semaine à venir une commission d’application des peines plutôt chargée. Le travail, c’est aussi l’oubli. Et puis, demain sera un autre lundi et elle devra encore faire le forcing pour le zig qui vraisemblablement n’a rien à faire dans une cellule. Un combat pas gagné d’avance s’annonce.


C’est donc la tête farcie de chiffres et de dossiers qu’elle reprend en fin de soirée la direction de son nid. De loin dans le soir tombant, une pointe rougeoyante l’intrigue. Une cigarette ? Au fur et à mesure qu’elle se rapproche des bâtiments de fonction du personnel, elle se sent épiée.



Un grand sursaut au son de cette voix. Pourtant familière, elle sait de suite que c’est bien Martin qui vient de l’interpeller.



De nouveau Martin retrouve le petit loft de la gradée. Elle se prépare une omelette au lard. Et elle lui pose une question.



Elle lui sourit et il baisse les yeux. Pourtant, pas de volée de bois vert, pas de réprimandes. La brune se contente de battre son omelette et de faire chauffer sa poêle. Le bruit de la fourchette qui touille la masse jaune visqueuse masque le silence qui s’est instauré entre l’homme et la femme. Étrange comme Hélène se sent attirée par ce type. Lui n’ose plus un rapprochement qu’elle espère sans le dire. Et elle doit parler pour éviter ce trop long silence gênant.



Le dîner est expédié en deux temps et trois mouvements dans un face à face où les yeux parlent plus que les bouches, occupées à dévorer le repas. Martin ne lui donne pas seulement le temps de desservir la table. Il trinque avec une Hélène complètement sous le charme de cette nouvelle soirée. La logique les pousse sur la couche de la quadragénaire qui ne résiste plus à ses caresses de plus en plus osées. L’effeuillage de la belle se fait en douceur et lui profite aussi des mains douces de la brune. Puis les lèvres féminines se gorgent d’un sucre d’orge dans une fellation digne d’un film porno. Martin adore les câlins qu’elle lui prodigue sans modération. Il se perd donc également dans la fourche que généreusement elle ouvre pour lui.


Ils se rendent caresse pour caresse et chacun y trouve son compte. Les pénétrations ne sont que les aboutissements de leurs envies. Elles sont toutes bien calculées et tantôt la dame chevauche le monsieur, parfois c’est lui qui la prend à la missionnaire ou en levrette, au gré des fantaisies ou des idées qui leurs passent par la caboche. Les ébats des amants sont sources de gémissements, de cris plus ou moins retenus et sans doute que les chambres des surveillants stagiaires qui sont logés tout près, doivent résonner des gloussements féminins qu’elle ne peut contenir. Ils restent aussi calés l’un contre l’autre après leurs exploits corporels, repus, las, ivres de trop de bonne baise.


Un énigmatique rictus sur les lèvres de ces deux personnages que l’existence réunit soudain d’une manière très intime. La sonnerie du réveil d’Hélène a une fois de plus perturbé les songes distincts du couple qui gît dans les draps froissés. Pourquoi dans ce cas, ne pas réitérer l’objet du délicieux délit ? Ils ne s’en privent pas vraiment. C’est donc une greffière au visage épanoui qui reprend le chemin de son bureau en ce lundi matin frais. Elle ne peut se sortir du crâne cet abandon dont elle vient encore de faire preuve. Sa reprise de contact avec le sexe la rend joyeuse.

Par contre, au coin de son cerveau, demeure pourtant le fait qu’un pauvre diable est toujours enfermé, pour de mauvaises raisons.




— xxxXXxxx —




Dans les premiers instants de sa reprise du boulot, il lui faut expédier son compte-rendu au magistrat du parquet. Et comme elle se veut prudente, une copie est donc faxée alors que les originaux sont eux, envoyés par le biais de la navette qui, chaque jour ouvré, emporte le courrier vers les bureaux du palais de justice. L’équipe qui complète le greffe est ce matin au complet. Elle leur fait une petite réunion préparatoire sur ce qui s’est passé durant le week-end et s’acquitte des tâches qui lui incombent en qualité de cheffe de service. Les agents sous ses ordres sont au nombre de trois. Et tout ce petit monde fait de son mieux pour gérer les dossiers d’entrée, de sortie et les situations pénales de tous les détenus présents à la maison d’arrêt.


Vers dix heures du matin, le téléphone tire Hélène de la préparation de ses dossiers de libération conditionnelle. Le greffe est chargé de calculer les dates de chaque condamné et de les inviter à préparer leur hypothétique recouvrement d’une possible liberté. Cela se fait en relation avec les services sociaux de l’établissement, mais aussi du tribunal par l’intermédiaire du « CPAL ». Là, au bout du fil, la substitut du procureur de la République qui lui annonce sa venue pour tirer au clair l’histoire du gars écroué par erreur. Finalement son dossier est assez solide pour engendrer un doute légitime ? Ou bien est-ce encore une manœuvre pour se donner le beau rôle après une gaffe monumentale ?


Toujours est-il que la nana, Coralie Titaine, toute fraîchement sortie de l’école de la magistrature de Bordeaux, déboule comme un cheveu sur la soupe à l’heure du déjeuner. Hélène songe qu’elle a rendez-vous avec son amant et que cette pin-up risque bien de perturber son emploi du temps. Enfin… elle discute quelques minutes avec la jeune femme qui semble dépassée par les évènements. Puis une idée germe dans son esprit.



La brune s’est un peu éloignée et elle avertit son cuisinier de circonstance de son retour en compagnie de cette petite nénette qui ne sait pas trop où elle habite.



Il se met à rire.



En raccrochant Hélène mesure combien ce type prend de l’importance dans son existence et ils ne se connaissent que depuis… trois jours ! C’est donc en compagnie de la donzelle du parquet qu’elle rentre dans son appartement. Là, les deux femmes trouvent la table dressée et ça sent très bon le poulet frit.



Les deux nanas rigolent de cet aparté. Cette jeune substitut est d’un abord simple. Et puis elle ne cherche pas à tirer profit de la bourde de son confrère. Celui qui a signé le billet d’écrou sans se poser de questions. S’il avait fait son job et pris quelques renseignements avant de coller un tampon sur l’ordre d’incarcération… peut-être cette conversation n’aurait-elle jamais eu lieu. Et c’est deux presque amies qui regagnent la taule. Le portier qui leur ouvre la porte d’accès à l’établissement le fait d’un geste machinal. Il sait qui est cette cheffe du greffe et sans doute que le surveillant, qui l’a remplacé lors de la relève de treize heures lui a dit qui était la seconde personne.



À suivre…