| n° 20062 | Fiche technique | 25653 caractères | 25653Temps de lecture estimé : 19 mn | 15/02/21 corrigé 31/05/21 |
Résumé: Est-ce si important de pardonner ? Un accro dans un couple, nous ne sommes pas les premiers, nous ne serons pas les derniers. | ||||
Critères: fh extracon caférestau amour mélo -rupture | ||||
| Auteur : Patrick Paris Envoi mini-message | ||||
Pour écrire une histoire, il faut un déclic, l’idée qui jaillit on ne sait trop pourquoi, ni comment.
Perdu dans ses pensées lors d’une balade. La nuit, alors que l’on cherche le sommeil après s’être levé, pris d’une envie pressante. En regardant un film, en entendant une chanson… Ou en lisant un récit sur REVEBEBE.
Justement, je relisais pour la dixième fois « Alice et Fred : Un moment d’égarement », le récit de Lætitia. J’en étais au moment où Fred, qui a suivi son épouse, la voit attablée au restaurant avec celui qui l’a draguée lors du mariage, il hésite. J’essaie de l’encourager « Vas-y Fred. Vas-y, fais un scandale, fous ton poing dans la gueule de ce salaud ». Il ne m’écoute pas, ça ne lui a pas suffi, cette fois encore il regarde Alice partir au bras celui qui va devenir son amant.
Et là, LE DÉCLIC, « et s’il était entré dans le restaurant ? ».
Sur cette simple idée, j’ai bâti une histoire qui n’a rien à voir avec celle de Lætitia. Mais que cela ne vous empêche pas d’aller la lire ou la relire, si par un hasard bien improbable vous l’avez manquée. Ce qui me semble inconcevable.
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Je l’aime. Elle m’aime.
Est-ce si important de pardonner ? Un accro dans un couple, nous ne sommes pas les premiers, nous ne serons pas les derniers. Le pardon est la meilleure preuve d’amour, mais ça veut dire quoi pardonner ? Moi, j’essaie surtout d’oublier.
Elle a regretté rapidement, m’a juré que c’était la première fois, que ce serait la seule. M’a juré n’aimer que moi, que c’était une erreur. Qu’elle ne comprenait pas pourquoi. Qu’elle avait honte d’elle, qu’elle ne voulait pas me perdre, ni surtout me faire souffrir.
Je l’ai crue. C’était ça le plus important, enfin pour moi. Pourquoi chercher une raison. C’est le passé, on ne peut pas revenir en arrière.
Je lui en ai voulu. Je n’arrivais pas à admettre ses mensonges, sa trahison, imaginer un autre l’embrassant, la pénétrant, l’imaginer avec une bite dans la bouche, y prenant du plaisir. Je n’arrivais pas à accepter qu’elle ait pu me tromper.
Trompé, c’est le mot. Impossible de dire « cocu », c’est sordide, un peu sale. Ce n’est pas ce qu’elle voulait. Je la crois.
Ça m’a fait réfléchir, c’est tout ce que je pouvais faire. J’ai compris combien je tenais à elle, combien je l’aimais. J’étais prêt à fermer les yeux pour ne pas la perdre. Mais j’avais mal.
Elle regrettait ce mal qu’elle me faisait, s’en voulait d’avoir cassé notre si belle entente, notre complicité. Regrettait-elle les moments passés avec lui ? Le plaisir qu’il lui a donné ? Car elle a joui avec lui, elle a écarté les cuisses pour lui. Comment oublier ces images qui m’obsèdent ? Disons plutôt, qui m’obsédaient quand j’ai su.
J’ai compris ses remords, elle était sincère. Pourquoi vouloir chercher plus loin. Soit, je partais, finie notre vie à deux, soit, c’est ce que j’ai choisi, je voulais vieillir avec elle, avoir des enfants avec elle, parce que c’était elle, aussi simple que ça. Ça ne pouvait pas être avec une autre.
Je ne veux pas savoir, je ne veux plus savoir.
Il y a un an, j’ai décidé de lui faire confiance. Il le fallait, sans réserve. Dire que pour une bêtise… un dérapage… mais pour elle c’était sûrement plus, beaucoup plus, c’est ce qui m’a fait mal. Je ne veux plus y penser.
Le temps a passé. Lui seul sait apaiser les douleurs. Sa passion retrouvée entre mes bras. Le même désir l’un pour l’autre. L’avenir, notre avenir, à bâtir ensemble.
Lors des dernières vacances, nous avons retrouvé notre complicité. Ironie, c’est le jour où Lisa a accepté que je la sodomise que nous avons évoqué le projet de faire un bébé. Nous nous sommes appliqués, alternant les plaisirs.
On ne gagne pas à tous les coups… vingt fois sur le métier… Ce n’était pas pour me déplaire.
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Comment le doute s’est-il infiltré en moi ? Comment ce doute s’est-il transformé en soupçon ? Toujours est-il, j’avais l’impression de revivre le même cauchemar qu’il y a un an.
Un SMS qu’elle ne lit pas si je suis à côté d’elle, son ordinateur qu’elle ferme quand je m’approche, son téléphone qui ne traîne plus dans le salon, ses appels rapides à voix basse dans la cuisine quand je regarde un film à la télé. Des petits riens, qui vous pourrissent la vie.
Quand je la regarde, comme ça, parce que c’est ma femme, que je la trouve belle, toujours aussi belle, elle se sent gênée, me renvoie un sourire que je sens forcé. Si ça, ce n’est pas un indice.
Au lit, tout est parfait, trop parfait même. Toujours demandeuse, jamais à me repousser comme ça arrive inévitablement dans tous les couples, la fatigue, le manque d’envie. Toujours prête à me satisfaire, comme si… comme si elle avait quelque chose à se faire pardonner.
Comme l’an dernier, comme… non, ce n’est pas possible.
Bien sûr, nos relations en pâtissent, je suis plus nerveux, je lui réponds parfois de façon brusque. Elle aussi, parfois plus tendre, trop tendre, parfois, elle me rabroue pour des motifs futiles.
Ce soir, elle a l’air perturbée, « quelle journée ! Je suis crevée », me dit-elle. Nous parlons peu, elle a l’air soucieuse. Une fois couchés, elle me repousse gentiment quand je la prends dans mes bras.
De temps en temps, elle va faire du shopping avec ses amies, je n’y ai jamais trouvé à redire, normal de sortir avec ses amies. Et puis, je n’ai pas la patience. Mais aujourd’hui, vendredi, après-midi de RTT pour nous deux, en prenant le café, ça fait tilt lorsqu’elle me dit :
Pourquoi ai-je du mal à la croire ? Pourquoi cette boule dans mon ventre ? Pourquoi aujourd’hui, ai-je envie de la suivre ?
Je n’ose pas lui parler directement. Je ne suis sûr de rien… Je veux savoir, en avoir le cœur net.
Je la suis de loin. Avec la circulation, elle ne peut pas me voir. Ne pas la perdre de vue. Elle se dirige vers le centre-ville, là où se trouvent toutes les boutiques qu’elle a l’habitude de dévaliser avec ses amies.
Elle va les retrouver. J’ai encore l’espoir de passer pour un idiot. Le mari jaloux qui suit sa femme, la honte… Je me suis fait tout un cinéma pour rien.
Une petite rue, elle se gare. Vite, trouver une place libre un peu plus loin. Où est-elle ? Il ne faudrait pas que je lui tombe dessus, j’aurais l’air malin.
Là-bas. Je la vois traverser la rue d’un pas assuré, elle sait où elle va, droit sur un des cafés qui bordent cette place très animée à cette heure de la journée. Directement vers une table déjà occupée, ni par Julie ni par Monique. Il est là, lui, je ne l’ai aperçu qu’une fois, mais je le reconnais, aucun doute, celui que j’espérais ne jamais revoir.
Petites bises. Lisa semble nerveuse, parle de façon saccadée, regarde autour d’elle comme si elle avait peur qu’on les surprenne ensemble.
Alors ils continuent à se voir, malgré ses déclarations d’amour, malgré nos vacances, malgré nos projets… Ils se parlent, il lui prend la main. Elle la retire rapidement. Bien sûr, elle ne veut pas que quelqu’un puisse les voir, puisse comprendre. J’imagine qu’ils vont aller dans un hôtel du quartier, c’est ça son shopping !
Tant pis pour les conséquences, il me faut intervenir. Je vais la prendre la main dans le sac. Cette fois, juré, plus de pardon possible.
Ah ! si François avait pu entendre ce qui se disait à la table, devant le café qui refroidissait dans les tasses.
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Xavier lui prend la main. Elle la retire rapidement :
Lisa sent une présence derrière elle, son ex-amant s’arrête de parler. Elle se retourne instinctivement :
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Je m’avance vers eux. Lisa ne peut pas me voir, mais lui s’arrête de parler. Il ne me connaît pas, il doit être intrigué par l’intrus qui vient les déranger.
Instinctivement, Lisa se retourne. Nos yeux se croisent :
Elle n’ose plus bouger, j’ai l’impression qu’elle se liquéfie.
J’avais prévu la grande scène, les cris, les pleurs, les supplications, et je suis là les bras ballants, sans savoir quoi dire.
J’aurais voulu la regarder fixement, d’un regard accusateur. Mais rien ne se passe comme je l’imaginais, elle ne doit lire que de la tristesse dans mes yeux, même pas de la colère.
Aucun mot. Seule Lisa qui bafouille « non » en hochant la tête, la bouche ouverte de stupeur.
Que faire, que dire ? D’un geste théâtral, je pose mon alliance devant elle. Et je m’en vais sans attendre.
Tiens, j’ai oublié de foutre mon poing dans la gueule de ce salaud, comme j‘avais prévu de le faire.
Sur le trottoir, je marche vite pour rejoindre ma voiture. Des pas derrière moi, Lisa arrive à ma porte, frappe à la vitre, crie, mais je ne l’entends pas. Je démarre sur les chapeaux de roue, rageur, sans même lui jeter le moindre regard. Elle n’existe plus pour moi.
Je pars, sans voir les larmes qui inondent son visage.
---oOo---
De toutes mes forces, je frappe sur la vitre de sa voiture :
Il faut qu’il m’écoute. Je veux lui dire, lui expliquer.
Vite le rejoindre chez nous. Où est ma voiture ? Zut, dans quelle rue me suis-je garée ? Je tourne en rond avant de la retrouver.
En conduisant, je serre dans ma main l’alliance de François.
Je m’en veux. J’aurais dû lui parler, il m’aurait soutenue, il m’aurait aidée. J’aurais dû suivre le conseil de mon amie Isabelle à qui je m’étais confiée, elle m’avait dit de lui faire confiance, de tout lui dire.
J’ai cru être la plus forte. J’ai surtout eu la crainte qu’il ne me croie pas, qu’il se fasse des idées. Il m’a pardonné l’an dernier, mais j’ai toujours peur de le perdre.
Je croyais que Xavier avait compris. Mais non, il a fallu qu’il revienne à la charge.
Il voulait me revoir. Je n’ai pas répondu à son premier message, pensant qu’il comprendrait. Il m’a relancé une fois, deux fois, dix fois. Pendant deux mois, il m’a inondé de messages, de coups de téléphone, au bureau, chez nous. Je n’étais plus moi. J’avais peur que François ne s’en aperçoive.
Par SMS, je lui ai dit que c’était fini, bien fini, que j’aimais mon mari. Ça ne l’a pas calmé. Un soir, j’ai même dû lui parler au téléphone, espérant encore que ce serait suffisant pour qu’il me laisse en paix.
Rien ne l’arrêtait. Je n’ai pas écouté Isabelle, je n’ai rien dit à François, je n’ai pas pu. En désespoir de cause, j’ai accepté ce rendez-vous, comme ma dernière chance pour lui dire en face que je ne voulais plus le voir.
---oOo---
Arrivé chez nous, je prépare rapidement quelques affaires dans un sac. Je n’avais rien prévu avant, j’espérais tellement me tromper, et revenir tout penaud avec mes soupçons.
Je suis en train de prendre mon ordinateur dans la chambre d’amis, quand j’entends la porte s’ouvrir :
Je fonce dans le salon prendre mon sac et adieu. Lisa se jette sur moi :
Je marche vers la porte :
Je sors et lui lance :
Ne voulant pas attendre l’ascenseur devant elle, je descends quatre à quatre l’escalier. Je l’entends crier :
Et dans un sanglot :
Ce soir, je dors à l’hôtel, demain j’aviserai. Je reviendrai chercher mes affaires quand elle ne sera pas là, j’en ai assez de tous ses mensonges.
Trop bon, trop con. J’aurais dû comprendre l’an dernier, ça nous aurait évité cette scène digne d’un vaudeville.
---oOo---
Me voilà seule dans notre appartement, trop grand pour moi. Comment François pourrait-il me pardonner, il n’y a rien à pardonner. Les apparences sont trompeuses, mais s’il m’aime comme je l’aime, il me croira.
Où es-tu François ? Je n’ose appeler sa famille, ses amis. Au travail, jamais là, ou en réunion, son assistante a dû recevoir des consignes.
Mon toubib m’a arrêtée, impossible de travailler, de me concentrer. Je l’attends.
Tous les soirs, affalée dans mon fauteuil, je n’ai même pas la force de regarder la télé. J’attends un verre à la main. Je me couche tard, de plus en plus tard. Parfois je me réveille au petit matin, mal partout, le verre à mes pieds sur le tapis.
Trois semaines à traîner. Aucune réponse à mes messages. Il faut que je me ressaisisse. D’abord retourner travailler, après je le retrouverais, cette fois il m’écoutera.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
François m’avait pardonné, je pouvais espérer que le passé était oublié.
Nous étions heureux. Pourtant, l’an dernier… Comment ai-je pu ?
Cette foutue soirée !
Ma collègue Patricia a voulu fêter son récent mariage et nous présenter l’heureux élu. À 17 heures, fini de bosser, nous avons rapproché nos bureaux pour faire une grande table, disposer verres et bouteilles pour célébrer, comme il se doit, les jeunes mariés.
Ils étaient mignons tous les deux, lui un peu intimité, ne connaissant personne. Nous nous étions cotisés pour leur offrir un beau cadeau, plus quelques blagues de potaches, comme toujours dans ces circonstances.
Tout le service était là, une bonne trentaine tout de même, plus deux fournisseurs qui se trouvaient là. Quand il y en a pour 30, il y en a pour 32.
Je connaissais Xavier. Enfin comme on connaît un commercial qui passe remplir son carnet de commandes une fois par an. Il s’est approché de moi pour trinquer et tout naturellement nous avons engagé la discussion, le boulot, nos boîtes, nos familles. Habitant Reims, il vient tous les mois à Paris visiter ses clients. Il a une petite fille d’à peine un an, charmant, il m’a montré sa photo, encore un papa gâteux. Je lui ai fait quelques confidences sur notre projet d’agrandir la famille.
Je pensais rentrer rapidement pour que mon chéri ne se fasse pas de soucis. Mais, en entendant la musique, je ne sais plus qui s’est mis à danser. On a poussé les tables, on chantait, on criait, on se trémoussait. Un slow a suivi, quelle idée ! Au boulot tout le monde se fait la bise, mais garde ses distances. Le champagne aidant, les couples se sont formés.
Galant homme, Xavier m’a invitée, avec les formes comme autrefois. J’étais bien dans ses bras, je me laissais guider. Les bulles me faisaient tourner la tête.
Oh, juste une danse, et j’ai décidé de rentrer. Toujours est-il qu’après avoir virevolté ensemble, il m’a proposé de me raccompagner. Nous sommes passés devant son hôtel. Sans réfléchir, j’ai accepté un dernier verre.
Il était sympa, je ne me suis pas méfiée ni de lui ni de moi. Sans savoir comment, je me suis retrouvée allongée sur son lit, ses lèvres sur les miennes, sa main caressant mes seins. Nous avons fait l’amour comme la suite logique de la soirée, j’ai aimé son regard quand j’ai pris une douche avant de partir.
J’étais bien. Je ne savais pas pourquoi j’avais cédé à cet homme. Je n’avais même pas l’impression d’avoir trompé mon mari. Un coup d’un soir comme lorsque j’étais célibataire, rien de plus, pour le fun.
Il est vrai que si j’avais voulu prendre un amant, il était parfait. Ses baisers, ses caresses, le plaisir que j’ai pris à le sucer, et quel orgasme quand il m’a pénétré. Mais voilà, je n’avais aucune envie de prendre un amant.
Chez nous, mon mari n’était pas couché, il regardait la télé. Petite bise :
Quand il m’a rejointe dans le lit, j’ai fait semblant de dormir. Un réflexe. Je ne me sentais pas coupable, mais deux fois dans la même soirée, c’était trop.
Hors de question de recommencer. Avais-je des remords ? Peut-être, je ne saurais le dire. J’aimais mon mari, il m’apportait tout ce qu’une femme peut désirer. Pourquoi un amant, ridicule.
J’allais oublier, quand deux jours plus tard, coup de téléphone de Xavier, il m’invitait à déjeuner. J’ai accepté sans aucune arrière-pensée. Peut-être voulait-il s’excuser, me dire qu’il regrettait d’avoir trompé sa femme. La fin de l’histoire en quelque sorte.
Déjeuner « affaire » au restaurant de son hôtel. Contrairement à ce que j’avais pu penser, il a attendu la fin du repas pour m’inviter à monter dans sa chambre. J’aurais dû dire non. Je m’étais pourtant juré. Une fois c’est un dérapage, deux fois ça devient un adultère.
J’ai aimé qu’il me déshabille, qu’il me regarde nue. J’ai aimé ses caresses. Mais quand je l’ai sucé toujours avec le même plaisir, il a failli jouir dans ma bouche, non, mais ! Sans prévenir sans demander. Heureusement j’ai eu le bon réflexe, j’en avais plein le cou et les seins. Je suis vite partie sous la douche.
Il s’est excusé, je ne lui en voulais pas. Ce côté un peu macho ne m’a pas rebuté, je dois avouer qu’au contraire j’étais encore plus excitée à l’idée de me soumettre à sa volonté, à ses désirs. Nous avons repris nos ébats, cette fois encore j’ai joui quand il m’a pénétrée, il sait y faire.
En me rhabillant, j’ai réalisé ma folie. Je lui ai dit clairement que c’est la dernière fois. J’aime mon mari, il a sa femme, sa fille. Il valait mieux en rester là. Ouf, le lendemain il rentrait chez lui, fin de l’aventure.
Je me suis fait des illusions, il n’avait rien compris du tout. Un mois plus tard, de nouveau à Paris, il a encore voulu me voir. Me voir ? Je savais ce que cela signifiait. J’ai tenu bon, il m’a laissé plusieurs messages, plusieurs SMS, parfois même le soir. J’étais gênée, j’avais peur que François ne s’en rende compte. Je lui répondais enfermée dans les toilettes, j’effaçais nos échanges.
Le mois suivant, il a recommencé. Tant de constance a flatté mon ego, quelle connerie cet ego ! Et puis, je me souvenais du plaisir qu’il m’avait procuré. Un frisson m’a parcourue. Une fois, ce n’est pas une habitude, François ne le saurait pas plus cette fois que les autres fois. Et juré, c’était la dernière.
Je l’ai donc revu, dans une autre chambre d’hôtel. Quel orgasme quand il m’a prise en levrette ! Je me sentais femme, pleinement femme, saillie par un beau mâle.
Reprenant mes esprits, sans savoir pourquoi, tout à coup je me suis sentie mal à l’aise. La honte m’a saisie, je venais de tromper mon mari.
En partant, j’ai fait comprendre à Xavier que c’était la dernière fois. Je suis partie sur un baiser furtif. En poussant la porte chez nous, je culpabilisais. Qu’est-ce qui m’avait pris ? Mon mari m’a toujours comblée, je ne suis plus une midinette tombant dans les bras du premier venu.
Trop tard.
Comment François l’a-t-il appris, je ne le saurais jamais. Toujours est-il que le soir même, il m’a fait une scène comme jamais. Sa colère a été terrible. Le pire, son air abattu, sa tristesse.
Je m’en voulais de le faire souffrir. Je l’avais trahi. Je ne fus pas surprise qu’il parle de séparation. Il est parti une semaine, chez des amis. J’ai eu peur qu’il ne revienne jamais. Impossible de lui parler, il avait éteint son téléphone. Je lui ai laissé des messages, les lisait-il ?
Quelques jours après, j’étais en pleurs dans la pénombre quand il est rentré. Il a allumé, j’avais les yeux rouges, j’étais laide. Il s’est assis à côté de moi sans un mot, je me suis blottie dans ses bras.
Nous sommes restés sans bouger. Je lui ai demandé cent fois pardon. Je lui ai juré. Il m’a embrassée.
Tendrement, nous avons fait l’amour. C’était mieux, cent fois mieux, mille fois mieux. J’ai pris conscience que c’était l’homme de ma vie… plus jamais, juré.
Il m’a pardonné. Il m’aime, je l’aime.
Un an. C’est de l’histoire ancienne, un mauvais souvenir. Pendant nos dernières vacances, quel bonheur ! Nous avons fait l’amour tous les jours, même dans les dunes à l’abri des regards indiscrets. Nous étions jeunes mariés, ou pire des ados…
Au retour, la douche froide, ce SMS de Xavier.
Et voilà où j’en suis… François, je t’aime. C’est trop bête, revient.
---oOo---
Ses messages, je ne les écoute plus. Ses SMS, je ne les lis plus… mensonges, mensonges, toujours la même fable.
Dans un long mail, Lisa m’explique comment il l’a soi-disant relancée à notre retour de vacances. Le harcèlement, sa peur que je ne la croie pas, enfin toujours les mêmes fadaises. Au lieu de me dire clairement qu’elle l’avait choisi lui et pas moi. J’aurais préféré cette franchise.
J’ai voulu mettre de la distance entre nous. Ne plus la voir ne me suffisait pas. Pour le divorce on verra plus tard, je n’ai même pas la force d’aller voir un avocat.
Mon patron, compréhensif, me propose une place dans notre filiale de Bruxelles. Mon installation est facilitée par l’appartement meublé mis à ma disposition par la société.
Lisa, c’est fini. Je vais refaire ma vie…
Un jour, me promenant sur la Grand-Place, j’entends une voix qui m’appelle, c’est Isabelle, la meilleure amie de Lisa. Je n’ai aucune envie de lui parler, elle va sûrement essayer de défendre son amie.
Impossible de lui échapper, elle m’a vu :
Petites bises, je me sens obligé d’engager la conversation :
Ce n’est pas possible. Lisa, ma Lisa. Elle avait peur de me perdre. Et moi, je n’ai jamais voulu l’écouter. C’est ça ma confiance.
Je passe rapidement chez moi prendre quelques affaires.
L’autoroute direction Paris. Seul dans le silence de ma voiture, je crie, je hurle :