| n° 19915 | Fiche technique | 20805 caractères | 20805Temps de lecture estimé : 12 mn | 26/11/20 |
| Résumé: Comme un épisode de « Vis ma vie » au cœur d'un territoire aride. | ||||
| Critères: prost fellation cunnilingu préservati pénétratio portrait -tarifé | ||||
| Auteur : Amarcord Envoi mini-message | ||||
On pourrait se dire : à quoi bon ça bosse un zek, et des dix ans de suite ? Suffirait qu’il ne veuille pas et qu’il frime jusqu’au soir : la nuit est à nous, hein ?
Alexandre Soljenitsyne – Une journée d’Ivan Dessinovitch
Le premier client est un vieux venu de sa province. D’ailleurs, vieux, ce n’est même pas certain, tant on a l’impression qu’il l’a été à tout âge ; chez lui, c’est presque un style. Visage rubicond marqué de couperose, lunettes métalliques aux verres teintés et double menton. Plutôt débonnaire et pas très exigeant, le pépère.
Il a conservé son tricot, ses chaussettes. Pour un peu, il aurait gardé la casquette. Assis au bord du lit, il attend patiemment. Il faut le conduire par la main jusqu’à la pièce d’eau, savonner sa queue flasque, et s’armer de patience pour ranimer un peu la nouille avant de tenter l’exploit.
Impression d’être une infirmière en gériatrie, de lui parler trop fort et en bêtifiant : sa petite toilette, sa petite quéquette, sa petite gâterie, sa petite offrande. On lui essore le poireau comme on lui mettrait l’urinal.
Bien souvent, c’est en vain, le vieux part la queue entre les jambes, et pourtant le sourire aux lèvres. Il a pu palper un peu de chair fraîche en compensation. Et puis c’est toujours ça de pris pour l’hygiène.
Mais là, hélas, le mollusque réagit, il a dû bien planifier la prise des pilules. Il faut encore le gober, se mettre à l’ouvrage. L’escargot finit par dégorger dans sa coquille de latex. Il lui donne une petite tape affectueuse sur la joue, comme on féliciterait un bambin qui s’applique à manger la panade, et tant pis s’il a recraché tout le contenu de la cuiller sur le bavoir.
*
Le suivant est peu loquace.
La mine est soucieuse, le corps s’enlise dans les premières masses adipeuses qui affleurent. Il prend un appel au téléphone, écoute le correspondant sans beaucoup de patience, s’inquiète des détails, donne des instructions. La livraison est-elle bien parvenue aux entrepôts du client ? C’est à peine s’il lui a accordé un regard, depuis son arrivée. Elle en profite pour appliquer une noix de gel lubrifiant.
Et puis les affaires ne traînent pas.
Il lui laisse le soin de le préparer, puis il la retourne, la pénètre sans délicatesse. Il y va de bon cœur, son souffle est sonore, il transpire à grosses gouttes, on ne saurait dire si tirer sa crampe est pour lui une récréation ou une épreuve.
Un jour, il va claquer au claque, c’est certain.
Il ne met pas longtemps à jouir.
Efficace.
*
Vient le tour de l’inquiet.
Il veut être rassuré. Elle doit le complimenter sur les proportions de son membre, dont ni le calibre ni l’aspect ne sont pourtant très flatteurs, l’encourager de ses gémissements factices. Un connaisseur : il a choisi la totale. Est-il vraiment si con, au point de ne pas voir qu’elle simule ? Est-ce à force de désespérer de faire un jour trembler bobonne ?
*
À midi arrive un couple qu’elle devine illégitime, compte tenu de l’horaire. La femme est un peu nerveuse, ce doit être sa première expérience du genre. Blonde sans grâce dans la quarantaine, les hanches un peu larges et les fesses pleines. Elle la trouve émouvante, elle le fait manifestement pour lui faire plaisir, à lui, se montre embarrassée quand Liviana la déshabille, ainsi qu’il le souhaite. L’homme se contente d’abord de regarder, lui réclame avec une politesse détachée les gestes à poser sur sa compagne. La femme est toujours un peu crispée, mais elle finit par réagir au traitement qu’elle lui réserve. L’odeur de sa chatte est un peu fade. Quand vient le tour de la femme de lui rendre la pareille, l’homme défait sa ceinture, soulève le cul de sa lécheuse et la pénètre.
C’est presque absente qu’elle les regarde prendre leur pied.
*
À 15 heures, voilà le chaste, un homme assez jeune, plutôt beau garçon. Il s’assied sur le lit ; elle le rejoint, il se confesse. Ses problèmes, ses angoisses, sa solitude aussi. Il est doux et touchant, mais se doute-t-il que là aussi, elle simule ? Elle n’est pas psychologue, et encore moins la Sainte Vierge ; les états d’âme des autres, il y a longtemps qu’elle ne les écoute que poliment, elle a bien foutu les siens propres à la poubelle. Parfois, il ne lui en faut pas davantage, parfois il demande la permission de téter gentiment un sein, ou de poser la main sur son sexe, ça doit être sa façon de prier. Et puis il s’en va, exaucé de si peu, et elle doute qu’il en soit soulagé.
*
Celui-là est un habitué, s’il la tutoie, c’est avec respect, affection même. Il a la trentaine conquérante, il est souriant, soigné, plein d’humour, vêtu de Boss. C’est un dépendant au sexe, celui qu’il pratique gratuitement – et abondamment – ne lui suffit plus. Il lui faut des compléments, comme un sportif redouble l’entraînement en se gavant de créatine. Il est toujours charmant, réclame sincèrement de ses nouvelles ; elle le trouve amusant, sympathique, elle en oublie presque qu’il s’agit d’une passe, tant leurs ébats sont traversés par un effort de séduction pourtant inutile, mais il parvient à la faire rire. Tout en forniquant, il demande des conseils, comme si elle était une monitrice sur le terrain de golf, capable d’améliorer son swing. Il se rhabille, plaisante, laisse toujours un généreux complément au montant convenu.
Avant de partir, il pose trois bises sur ses joues, et pour une fois, elle ne se dérobe pas : cet homme-là est charmant, léger, et visiblement heureux ; il se comporte avec elle comme il le fait avec ses conquêtes, avec désir et gratitude.
*
À 17 heures 30, c’est la sortie des bureaux.
Merde ! Non, pas lui ! Elle l’avait oublié. Un petit homme terne et sec, habillé d’un costume gris à la coupe démodée. Celui-là est bien connu, son surnom est « psychopathe », et elle est une des rares qui l’acceptent, contre copieux supplément. Non pas qu’on ait vraiment peur pour les filles, mais plutôt pour lui. Il n’est pas bien costaud, l’étrangler ne serait pas si difficile.
Ouverture de l’armoire aux accessoires, placement sur le lit de ceux qu’il est susceptible d’utiliser, bien que ce soit assez rare. Martinet, cravache, bandeau. Il ne lui en faut pas davantage, il connaît les limites des prestations qu’elle assure. Pour tout traitement plus rude, il faut se tourner vers des filles bien plus spécialisées.
De toute façon, la violence de son fantasme est essentiellement psychologique, elle n’en est que plus immonde. Il aime humilier, il jouit davantage d’infliger la honte que la douleur.
« Sale pute ! » grince-t-il d’emblée. Il déverse sur elle des torrents de mépris comme il se soulagerait d’un ruban de pisse, lui destine froidement des mots de pure méchanceté. Elle débite les aveux qu’il croit lui arracher en cinglant mollement ses fesses. « Je ne suis qu’une bouche à pipe, un sac à foutre, un trou à queues. » Elle doit le répéter, encore et encore, et si elle a la bonne idée d’y ajouter des sanglots ou des pleurs simulés, il ne tardera pas à se soulager de son foutre, ni à verser une prime de satisfaction.
Il bredouillera bien encore quelques « salope », mais dès la sortie du sas de la salle de bains, il sera poli et courtois.
Pour un peu, il lui ferait le baise-main.
Il est évidemment monstrueux et malsain, ce type. Que lui a fait sa mère pour être un tel fils de pute et leur en vouloir à toutes ? Que veut-il que ça lui fasse, l’imbécile, que croit-il donc lui apprendre ?
Et qui sait ce dont il est réellement capable, le « psychopathe » ? Au moins, ici, on le contrôle, on lui permet de vomir un bon coup sa haine et purger sa prostate, et puis on le tient à l’œil, et en permanence, via l’œil planqué dans le luminaire. Elle se doute que derrière l’écran, le surveillant serre les poings. Ce n’est pas un enfant de chœur, mais entre les filles et lui, il y a la place pour une distante, mais affectueuse camaraderie. Il lui a déjà dit qu’avec ce salopard, il doit lutter pour ne pas détourner le regard, conscient qu’il doit au contraire être doublement vigilant. Il redoute un jour de craquer, et obliger le mec à bouffer sa propre merde.
Elle s’en fout pas mal. De toute façon, rien ne peut plus l’atteindre, depuis ses débuts involontaires, le passage au cabanon en retrait de la grand-route, à des milliers de kilomètres d’ici.
Les camions et les voitures faisaient la queue sur le parking en gravillons, et les queues, elle les prenait elle-même, sans arrêt, à l’abattage, jusqu’à vingt passes par jour ou davantage. Elle était la nouvelle, elle était un peu plus jeune et un peu plus jolie, ils payaient un prix plus élevé, et puis ils lui faisaient eux-mêmes payer très cher son reste d’innocence, prenant plaisir à salir ce qui n’était pas encore tout à fait corrompu.
Alors ce n’est ni aujourd’hui ni ici qu’elle va se mettre à pleurer autrement que sur commande. Elle ne fait plus le tapin, tout est plus discret. Elle n’a plus à craindre d’être battue, et de toute façon, ceux qui le firent autrefois n’en voyaient eux-mêmes plus l’utilité, tant ils la savaient résignée. Achetée 3 000 euros, revendue 25 000, on ne dira tout de même pas que ce fut sa chance, mais au moins changea-t-elle de réseau, et au bon moment. Celui-ci tâchait justement de se mettre à carreau.
Elle n’a même plus de maquereau, elle n’est, paraît-il, plus une pute : elle est la femme chaude en manque de sexe qui t’envoie des courriels, la soi-disant mère de famille délaissée, l’hôtesse aux doigts d’or qui te propose des massages, et pour un petit supplément, mon chéri, sa gorge veloutée. Elle est la collaboratrice exemplaire d’une organisation « qui a su se réinventer et s’adapter aux évolutions, contraintes et valeurs d’un marché qui se professionnalise », dixit le message qui lui est parvenu récemment.
Tout est business, et efficace encore bien. Prendre rendez-vous, sélectionner ses préférences, mémoriser ses favorites et bien entendu payer, tout se fait en ligne, tout est anonyme, crypté, sécurisé. La contribution importante qu’elle abandonne elle-même sur le montant de ses prestations est volontaire, et d’ailleurs, on préfère désormais parler d’investissement. Elle couvre le loyer de la chambre, son nettoyage, le système de sécurité et gardiennage, l’accès au parking, la couverture médicale et puis le travail de l’armada de webmasters qui envoient le chalut. Officiellement, l’organisation ne vend aucune prestation au client, elle fournit et facture des services aux filles, présentées comme des entrepreneuses indépendantes, dont la petite entreprise ne connaît pas la crise.
Désormais, à défaut d’être véritablement respectable, l’organisation est performante et discrète. Et à tout prendre, mieux vaut sucer ici qu’ailleurs. Bien sûr, il y a les cadences à tenir et les normes de qualité à respecter. Bientôt, les a-t-on d’ailleurs prévenues, l’organisation se prépare à innover, avec une grille d’évaluation récompensant les plus performantes. Ne le prenez pas comme une contrainte, leur a dit le regional manager, mais plutôt comme une opportunité. Ceci nous permettra en échange d’augmenter nos tarifs, d’attirer un public en quête de véritable valeur ajoutée, sensible à des pratiques plus sûres et équitables, capables de le déculpabiliser, et tout ceci, vous en profiterez aussi, chères partenaires.
Bref, c’est du win-win.
Il ne paie pas de mine, le manager. Il n’a ni la physionomie menaçante, ni les muscles, ni sans doute la queue répugnante du caïd qui régnait sur le cabanon pour routiers slaves, celui qui l’avait dressée de façon ignoble, trois semaines d’enfer jusqu’à ce qu’elle plie.
Il a plutôt la bouille du premier de la classe à l’école de commerce, jonglant entre tableurs Excel et présentations PowerPoint bourrées d’images pseudo-motivantes, où seul the sky est la vraie limite. Elle ne va pas l’accabler ni lui prétendre, sachant d’où elle vient, qu’ici les choses n’ont pas un peu changé en l’éloignant du pire, et le pire n’est pas exclusivement lointain.
Mais pour la main-d’œuvre, la bien nommée, rien de vraiment neuf sous le soleil, c’est l’éternel défilé des bites, les bites à branler, les bites à sucer, les bites à chevaucher. On s’y fait.
On se fait à tout.
En attendant, elle met de l’argent de côté et surveille ses dépenses, elle ne sait que trop le labeur qu’il faut pour le réunir au lit, ce matelas. La carrière d’une pute n’est pas tellement plus longue que celle d’un footballeur, surtout lorsque comme Liviana, elle refuse d’envisager la déchéance. Après, elle ira… où ira-t-elle, à vrai dire ? Elle n’en sait rien. « Chez elle » n’existe plus, son pays est nulle part, ce sont juste les 90 m² de l’appartement très confortable qu’elle s’est offert, le cocon où elle se sent bien.
~~oOo~~
Aujourd’hui est un jour particulier.
Elle procède à un minimum de rangement, verrouille la porte de cette chambre aussi fonctionnelle qu’impersonnelle, adresse un salut amical en passant sous la caméra de surveillance du couloir, et rentre chez elle, où elle se fait aussitôt couler un bain.
Elle ôte la perruque, les cuissardes, les vêtements, enfin tout, jusqu’au maquillage effacé sous le disque de coton.
Elle relit la lettre qu’il lui a envoyée par courrier électronique.
Il s’y remémore à nouveau l’histoire de leur rencontre, un soir qu’ils attendaient tous deux à la station de taxis une voiture qui tardait à se présenter. Il engagea la conversation, il était sympathique et spontané, avait une chaleureuse pointe d’accent du Midi, et lui dit trouver le sien à la fois subtil et plein de charme, tout en la complimentant pour son français. Il évoqua sa timidité de provincial dans la capitale, parla de son pays, de la convivialité de ses habitants, la douceur de ses paysages. Lorsque le taxi finit par arriver, il proposa de lui céder sa place. Elle commença par décliner, et puis ils finirent par partager la course, puisqu’elle devait les emmener dans le même arrondissement. Au moment de sortir et de prendre congé, il lui adressa un sourire, hésita, et puis vainquit sa timidité pour lui laisser sa carte.
Quelques jours plus tard, elle finit par le rappeler. Alors, à chacun de ses brefs séjours dans la capitale, ils se retrouvèrent et s’apprivoisèrent avec mille précautions. Il lui fit une cour patiente, à l’ancienne, lui offrant bouquets de roses et gerbes de compliments, sans jamais oser réclamer davantage que sa présence, son bras, son regard. Un comble.
Il lui dit aujourd’hui la gratitude qui est la sienne qu’elle ait accepté cette nouvelle invitation. Nous irons mardi à Pleyel, rappelle-t-il, puisqu’elle aime la musique, et dînerons ensuite ensemble. Il dit compter les jours, les heures et lui offre son cœur.
Liviana goûte encore quelques minutes la douceur vaporeuse du bain moussant, le premier contact de la journée qui lui soit agréable, sans doute. Elle se résout à s’en extraire à regret.
Et puis elle commence le travail à l’envers. Le maquillage, d’abord. Rien à voir. Léger, subtil, aérien, lumineux, à peine perceptible, il rendrait presque à son regard un éclat d’insouciance.
Elle rassemble ses cheveux en chignon, choisit sans hésitation une robe unie, simple et de bon goût. Pas trop sévère, mais surtout pas trop suggestive.
Elle enfile un trench-coat, se regarde dans la glace. Elle n’a pas l’air d’une pute se dit-elle, mais elle redoute pourtant que la supercherie ne trompe personne. Laquelle des deux femmes est-elle la plus sincère ?
*
À 19 heures 30, le taxi la dépose. Elle l’aperçoit qui lui adresse un signe, ses yeux brillent. Il a l’élégance de ne pas lui voler un baiser, de lui laisser le choix, et d’accueillir celui qu’elle pose sur sa joue sans déception visible.
Le concert se termine. Il a réservé une table dans une brasserie. En chemin, il s’arrête un instant pour lui dire combien elle est aujourd’hui ravissante, d’une telle fraîcheur. La robe lui plaît, il apprécie. Elle ne s’était pas trompée.
Il lui pose des questions sur son métier. Ce doit être très intéressant, le secteur des événements. Riche de contacts. Organiser des salons, accueillir des délégations, des hommes d’affaires… Lui-même en fréquente plusieurs pour promouvoir ses vins. À Bordeaux, en Allemagne, et même en Chine et en Amérique…
Et vous, Liviana, parlez-moi de votre pays. Elle est bien ukrainienne, c’est ça ? Ah non ? Au temps pour lui. Il ne connaît pas la Moldavie, on y produit du vin, pourtant. Et par quel heureux hasard est-elle arrivée à Paris ?
En sortant de la brasserie, ils attendent un taxi. Il le lui fait remarquer : comme le soir de leur rencontre. Le vent est froid, il lui redresse le col, réajuste l’écharpe, et puis la serre contre lui en humant son parfum.
Elle préfère ne pas aller chez elle, ils se rendent donc à l’hôtel où il est descendu, charmant et romantique, une vraie bonbonnière. Il lui dit des mots d’amour, caresse sa nuque d’un geste tendre.
Bien sûr, vingt ans les séparent, reconnaît-il. Il en aura bientôt cinquante. Que ne donnerait-il pas pour les effacer ? A-t-elle jamais voulu des enfants ? N’est-ce pas le moment d’y penser ?
Il lui fait l’amour de façon délicate, recherche son plaisir, le sien attendra, dit-il.
Avant le sommeil, il lui parle encore de sa maison dans le Midi, au cœur des vignes. Avant d’être l’œuvre d’une vie, ce fut un rêve d’enfant. Celui-là est accompli. Le chai tourne à plein régime, ses vins sont réputés. Peut-être pourrait-elle l’aider pour la communication, ou l’export, avec sa connaissance des langues ?
*
Au matin, il s’habille en hâte, il est pressé, il a son TGV à prendre.
Il ne parle plus de projets, ni d’amour, ni de rien. Il lui pose juste une question, en la fixant de son regard brun :
Elle laisse flotter un long silence.
Le voilà parti.
Elle ouvre la fenêtre et, bien que ce soit interdit, allume une cigarette, regarde la fumée s’élever dans la cour. Autant en profiter. Ici, au moins, les caméras sont absentes.
Dans deux heures, le premier client arrive. Vite, repasser à l’appartement. Le maquillage, la perruque, tout l’attirail. La journée sera chargée. Un salon de l’électronique ouvre ses portes, il y aura sûrement un flot de Coréens voulant se vider les burnes.
Elle rassemble ses affaires, saisit le feuillet qu’elle avait imprimé pour le lire dans le bain, aperçoit le titre de l’envoi : « Scénario & Instructions ». Elle le déchire, laisse pleuvoir les fragments de papier dans la corbeille.
Elle ramasse la liasse de billets qu’il a laissée sur la table. Un joli pourboire.
De tous, celui-là est bien le plus pervers.