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n° 19902Fiche technique137846 caractères137846
Temps de lecture estimé : 78 mn
15/11/20
Résumé:  Une anomalie génétique qui peut rapporter gros.
Critères:  fh hplusag frousses médical nympho amour fsoumise cérébral revede voir fellation cunnilingu pénétratio mélo -rencontre
Auteur : Roy Suffer  (Vieil épicurien)            Envoi mini-message
Cas clinique



Ils quittent le bloc et marchent d’un pas vif jusqu’aux urgences. Ça hurle :



Une heure et demie plus tard, l’interne épuisé confie la suture finale à son confrère :



Il va se laver, poser sa tenue ensanglantée et se passe la tête sous l’eau. Un café, un clope à fumer sous l’auvent en compagnie de son assistante, les yeux cernés. Toujours comme ça quand la pression retombe.



Caroline n’est pas une patiente facile, elle fait chier tout le service. Mais comme c’est la nana de l’interne sympa, on lui passe tout. Lui, il fait ce qu’il peut dans cette folle ambiance des urgences. Dès qu’il a cinq minutes, il monte à la chambre 216.




La première nuit, il l’a passée près d’elle, dans le fauteuil basculant. Mais il s’est réveillé plus fatigué que la veille. Désormais, il lui file un comprimé de sommeil chimique et rentre chez eux, un joli petit nid dans le 6e. Il ne l’a pas acheté, il n’aurait jamais pu se le permettre. C’est sa tante qui avait acheté son premier studio là avant la guerre, pas très cher, au sixième étage sans ascenseur, les toilettes au fond du couloir. Quelques années plus tard, elle a acheté une autre chambre sur le même palier. Et puis elle a fait venir sa sœur de province quand l’autre studio s’est libéré. Jérôme a hérité soixante ans plus tard de tout cet étage, qui possède maintenant un ascenseur, dans un des quartiers les plus prisés de Paris. Quand il est venu y faire ses études de médecine, les deux tantes avaient déjà déménagé Avenue du Maine et louaient le Cherche-Midi. Elles ont vite rompu les baux et lui en ont fait donation, manière pour ces deux vieilles filles de laisser une trace à leur unique postérité.


Au fil du temps et de ses rentrées d’argent, le jeune homme avait cassé de nombreuses cloisons, racheté le couloir à la copropriété, et aménagé agréablement cet espace d’une centaine de mètres carrés, une perle dans ce quartier. Depuis, les tantines étaient mortes en lui laissant en plus des assurances-vie qui furent les bienvenues. Car depuis douze ans qu’il étudiait la médecine puis la chirurgie sans véritable salaire, il fallait avoir les reins solides, et ses parents étaient modestes. Chaque soir, il faisait un peu des tâches ménagères que Caroline assurait précédemment avec une parfaite bonne volonté. Elle était restauratrice, non, pas dans une pizzeria, mais dans les antiquités. Ils s’étaient connus cinq ans auparavant alors qu’il visitait une chapelle, un de ces petits bijoux niché dans un quartier perdu, au fond d’une vieille allée pavée. Elle grattait des couches d’enduits et de peintures appliquées au fil des siècles sur des gravures polychromes de toute beauté. Sa dextérité l’avait fasciné :



Depuis, ils ne s’étaient plus quittés. Il avait trouvé une compagne jolie, agréable et cultivée, elle se voyait déjà l’épouse d’un mandarin de la chirurgie. Il y avait peut-être plus de raison que de passion dans leur relation, mais chacun se disait que c’était peut-être le secret des relations durables. Ils s’en satisfaisaient pleinement. Et le vide que créait l’absence de Caroline dans cet appartement, qui semblait soudain avoir perdu son âme, prouvait à Jérôme combien il était attaché à sa compagne. C’était décidé, attendre la fin de ses études était vraiment trop long, l’été prochain il l’épouserait.



De jour en jour, Caroline se remet. Elle déambule maintenant dans les couloirs avec ses cannes anglaises et le support à roulettes de ses perfusions. Progressivement, on diminue la morphine en compensant avec des antalgiques oraux, du paracétamol. Mais elle devient de plus en plus nerveuse.



Bizarre ce soudain appétit sexuel pour une nana plutôt calme de ce côté-là. Habituellement, c’était toujours Jérôme le demandeur, toujours lui qui entamait les caresses et les sollicitations, les soirs où il n’était pas trop épuisé par sa journée, c’est à dire assez rarement. Elle se laissait faire avec beaucoup de bienveillance, mais n’était jamais demandeuse. Or là. L’interne est étonné, voire désappointé. Il met ça sur le compte du choc et n’y pense plus. L’important est que le scanner soit bon et qu’elle se remette rapidement. Chaque soir avant de rentrer, il la masse avec des onguents à base d’arnica sur tous ses hématomes qui se résorbent rapidement. Elle ne se rend même pas compte de sa chance : pour les autres on laisse faire la nature.


Au bout d’une quinzaine de jours, Jérôme ne peut plus tirer sur la ficelle, il faut libérer la chambre occupée sans réelle justification. On remmène Caroline dans l’appartement, évidemment pas assez propre ni bien rangé à son goût. Jérôme subit sans mot dire, tentant d’effectuer la liste de courses chez l’épicier arabe du coin, seul encore ouvert à ses heures de liberté. Il a pris la précaution de se munir d’une réserve de pilules de sommeil artificiel qui lui laissent au moins quelques heures pour se reposer. Il y a retour à la case-hôpital pour retirer le plâtre, on verra dans quelques mois pour retirer la plaque lors d’une dernière intervention. Clopinant avec une seule canne, Caroline n’a plus qu’une séance quotidienne de kiné pour se remettre. Son premier travail de « femme libérée » est de solliciter son compagnon qui n’a plus d’entrave pour la lutiner.


Comme la privation a été partagée, Jérôme se fait une joie d’accéder aux désirs de sa dulcinée et de la faire bénéficier de ses fonds de réserve. Bien vite épuisés, comme lui du reste. Par devant, par-derrière, par-dessus, par dessous, rien ne semble pouvoir assouvir les besoins démentiels de sa partenaire. L’épuisement seul et la pilule de sommeil en viennent à bout. Et dès le lendemain, elle attend son chéri derrière la porte pour le mettre à l’ouvrage avant même d’avoir grignoté un morceau. Cette furie sexuelle, pour inhabituelle qu’elle soit, n’est pas franchement désagréable, mais un brin épuisante et perturbante. Jérôme croyait que ça allait se tasser, pensant toujours que c’était une conséquence du choc. Mais les semaines passent et Caroline est toujours aussi furieusement gourmande.


Et puis il y a ce triste épisode de l’installation de la fibre. Le très haut débit, la télé haute définition, le téléphone, tout dans un fil de verre plus fin qu’un cheveu. Jérôme en demande l’installation. Un matin, Caroline l’appelle pendant le boulot pour lui demander si elle doit laisser entrer les installateurs, un sous-traitant de sous-traitant de France Télécon. Il lui répond « bien sûr » et qu’il viendra dès qu’il le pourra, ce qu’elle interprète pour « ce soir ». Or c’est un de ces rares jours calmes aux urgences, où en plus ils sont deux internes de permanence. Jérôme s’éclipse et fait un saut à son appartement. Il trouve sur le palier un rouleau de câble et une caisse à outils, preuve que les ouvriers sont toujours là, et la porte entrouverte. Il entre sans bruit grâce à la moquette et perçoit quelques gémissements. Personne dans la cuisine ni dans le salon, il pousse jusqu’à la chambre où il reste tétanisé devant la porte à demi ouverte. Deux salopettes gisent sur le sol au pied du lit sur lequel Caroline, sa Caroline, sa future femme, sa chérie depuis cinq ans, se fait embrocher à quatre pattes par un gros black et un grand maigrichon. Le black pistonne sa chérie furieusement avec des bruits humides et une collerette de mayonnaise autour du zob, prouvant que l’endroit a déjà servi, et l’autre se fait sucer fougueusement par cette salope qui s’interrompt juste pour lui dire :



Ce qui ne manque pas d’arriver dans l’instant. Elle bascule sur le côté, fait étendre le black et le chevauche, invitant l’autre à la sodomiser profond, ce qu’elle a toujours refusé à Jérôme, il n’a d’ailleurs jamais insisté. Il recule de trois pas, il vient de prendre un direct de Mike Tyson. Il fait demi-tour, descend quelques marches de l’escalier en colimaçon autour de la cage d’ascenseur et s’assied là, sonné. Il plaque ses mains sur ses oreilles pour ne plus entendre les braiments de plaisir de sa compagne et finit par descendre jusqu’à la rue, par les escaliers comme autrefois. Il fume un clope nerveusement, il ne sait plus quoi faire. Pour la première fois de sa vie, le jeune chirurgien urgentiste est complètement désemparé et n’a aucune réponse à l’urgence. Il chemine sans but précis le long du trottoir et entre dans le premier bistrot.



Il avale son verre d’un trait, faillit en commander un second puis se ravise. S’il avait une intervention cet après-midi, sa main ne devait en aucun cas trembler. Il paye et sort. Là-bas, les deux gugusses rangent leurs outils dans la camionnette. Il remonte chez lui, par l’ascenseur cette fois. Il marche droit sur Caroline qui sort de la douche.



Il tourne les talons et regagne son service, livide.



L’infirmière-chef ferme le verrou et bascule les stores à lamelles du bureau. L’interne se lâche et, en racontant, pleure pour la première fois. Émue, la grande femme blonde, d’une quarantaine elle aussi, mais sans maquillage, les yeux embués, fait le tour du bureau, lui prend la main et serre sa tête contre sa poitrine.



Ils vont déjeuner. Pour éviter les brasseries bruyantes et les chinois puant l’huile rance, il l’invite dans un resto haut de gamme à l’ambiance feutrée. Les yeux bleus le scannent plus puissamment qu’un rayon gamma.



Quelques jours passent, avec toute la difficulté de tirer un trait sur cinq ans de vie commune, comme sur des images que le pressing du coin ne peut effacer en lavant la literie. Jérôme traîne son spleen et le boulot est un refuge salutaire, avec des journées intenses. Françoise, son assistante, lui glisse un mot entre deux interventions :



Elle part la première, il fait encore deux ou trois consultations relevant de « bobologie » puis quitte l’hôpital vers vingt et une heure. Il fait nuit, il a plu, il aurait envie d’aller se coucher, mais il veut savoir. Un bus l’emmène près de chez Françoise qui l’attend patiemment, table dressée pour deux.



Ils discutent encore longtemps, et il est près de deux heures du matin quand Jérôme s’apprête à partir.



La grande infirmière, malgré son âge, est en fort bel état et semble ravie de se faire lutiner par son chef de service. Ils y vont de bon cœur tous les deux et se donnent mutuellement beaucoup de plaisir, ce qui vide pour un temps la tête du toubib des tracas qui le torturent.


Le samedi, n’étant pas de permanence de week-end, Jérôme se rend à l’adresse indiquée. Aucun nom sur les boîtes aux lettres ne correspond à celui déclaré : Mathilde Le Vissec. Un nom aux consonances bretonnes. Il se lance donc dans un laborieux porte-à-porte. Et bien sûr, le samedi, nombre de portes restent sans réponse : on part en week-end ou on va faire les courses pour la semaine. Et quand on lui répond, c’est toujours le même visage étonné :



Il lui faut arriver au dernier étage, sous les toits, dans les appartements les plus modestes pour qu’un type hirsute, pas rasé et en T-shirt sale, visiblement tiré de sa sieste, lui ouvre de façon peu amène :



Il est trop tard pour foncer en Bretagne, d’autant qu’il doit reprendre une garde de nuit dès le dimanche soir. Le week-end suivant il est aussi de garde, la seule possibilité serait de poser des RTT pour le week-end prolongé de l’Ascension. Il va tenter le coup auprès des confrères, juste retour d’ascenseur pour lui, habituellement si disponible. Mais en attendant, la Mathilde Le Vissec risque de faire encore des dégâts si elle continue de donner son sang. Il faut l’en empêcher sans l’affoler. Il recherche sur Internet le numéro des Le Vissec et appelle :



Les semaines qui suivent sont les plus longues de la vie du jeune toubib. Il travaille éperdument pour accélérer le temps, mais la Bretagne l’obsède autant que cette Mathilde inconnue. Le week-end de l’Ascension arrive enfin. Il prend la route, désespérément longue elle aussi. Bien sûr, comme il n’a pas réservé, il ne trouve pas de chambre disponible dans l’unique hôtel de Trévou-Tréguignec. Et il doit se rabattre sur Perros-Guirec. Là, il peut enfin rappeler Mathilde et lui donner rendez-vous le lendemain, sur le parking de la salle polyvalente de Trévou.


Rien qu’à son allure, la fille le surprend. Une grande rousse déliée, athlétique et saine, vêtue d’une robe légère de cotonnade chamarrée, marchant à grands pas, superbe dans le soleil et dans le vent.



Il lui tend une enveloppe « recyclée » à l’en-tête de l’EFS, Établissement Français du Sang, où il a glissé un billet de cinquante euros et un bla-bla de félicitations. La jeune fille semble ravie. Ils marchent environ cinq cents mètres jusqu’à une adorable petite crique jonchée de blocs de granit rose, face à l’île Tomé, l’une des fameuses « Sept Îles ». L’endroit est charmant et parfaitement désert.



Jérôme a préparé une mallette très complète en prévision de cet examen, fut-ce même dans une chambre d’hôtel. Il pose sa veste, enfile une blouse blanche, psychologiquement importante pour rassurer sa patiente avant de lui demander de se dévêtir complètement. Elle le fait sans difficulté. Mais là, c’est lui qui reste un instant la mâchoire pendante.



Des seins qu’elle a superbes, avec de larges bases bien accrochées qui propulsent en avant deux coupoles parfaitement rigides surmontées de deux tétons roses dressés pointant droit sur le toubib. Thorax en V sur une taille fine, ventre plat et musclé, hanches rondes, fessier pommé, jambes aux muscles saillants sans excès, chevilles et poignets fins, mains et pieds petits, le tout d’une blancheur immaculée, des taches de rousseur se cantonnant au visage et aux bras. Une déesse à la gloire de la féminité.



Il la mesure, la pèse avec la balance extra-plate apportée, inspecte ses yeux, ses oreilles, son nez, sa bouche, écoute son cœur, ses poumons, prend sa tension, lui donne un bocal pour son urine qu’il analyse ensuite avec des bandelettes. Et il note tout scrupuleusement sur des fiches. Vient ensuite le moment des palpations, du ventre, des ganglions du cou, sous les bras, dans les aines, puis des seins, ce qui l’excite furieusement. Heureusement, avec un pantalon et une blouse, elle ne peut pas remarquer qu’il bande comme un bourricot.



Quand tout est terminé, elle se rhabille au vif regret de l’interne. Il lui demande le nom de son toubib local et l’appelle, espérant qu’il soit là ce vendredi. Il est bien là, très au fait de la situation de la famille Le Vissec. Il le prie instamment d’intervenir auprès de la mère pour qu’elle soit traitée, et son confrère lui promet de s’en occuper dès le lundi. Mathilde le remercie chaleureusement et lui demande de la raccompagner à Trévou, à l’endroit où il l’a prise.



Jérôme retourne flâner au bord de la mer et, poussant un peu plus loin que la baie des Choux, découvre le charmant Port Le Goff, qui n’a de port que le nom et les quelques embarcations amarrées à des bouées.

De son côté, Mathilde en rentrant croise son père légal qui l’interpelle vivement :



Elle lui jette l’enveloppe à la figure et rentre précipitamment retrouver sa mère, ivre morte comme d’habitude. En sanglotant, elle lui fait un café très fort et l’aide à vomir. Ça ne peut plus durer, elle n’en peut plus. Se faire traiter de pute, c’est la dernière étape, montrant bien comment il la considère. Sa mère absente, c’est sûr que plus rien n’empêchera cet abruti de passer à l’acte, il ne fera pas que la mater. La seule solution serait peut-être d’accompagner sa mère, à Rennes ou à Brest, c’est le docteur de famille qui le dira lundi. Mais surtout ne pas rester là, dans les griffes du loup.


De son côté, Jérôme pense à Mathilde. En permanence, et même par-dessus les superbes paysages de ces rochers roses et de la mer bleue dans le couchant, l’image du corps superbe de cette fille revient devant ses yeux. Elle n’a rien de ces mannequins frelatées et maigrichonnes qu’on voit dans les magazines. Au contraire, c’est plus l’archétype de la fille saine, baraquée sans excès, fine de taille et des attaches. Et intelligente par-dessus le marché, un langage parfait, un esprit vif, le bac à seize ans. Et vierge, de surcroît ! Quel gâchis ! Elle aurait sûrement pu faire une excellente infirmière, et elle croupit dans ce trou, agréable pour des vacances, mais pour y vivre de petits boulots sans intérêt sous le joug d’un tyran. Il a peut-être des raisons de ne pas être heureux, ce Le Vissec, le sentiment de s’être fait avoir, mais la jeune fille n’y est pour rien. Il appelle Françoise et lui narre sa rencontre, lui demandant son avis.



C’est bien ce qu’il y a de mieux à faire, en effet. Jérôme le savait déjà, mais il avait besoin de l’encouragement de sa collègue et amie pour sauter le pas. Il craignait que son jugement soit faussé par l’attrait qu’il éprouve déjà pour cette fille. Il attend son appel en bouillant d’impatience. Sa nuit est tourmentée et le lendemain matin il n’ose pas sortir. Il a bêtement oublié de lui donner son numéro de mobile, elle ne peut l’appeler qu’à l’hôtel. Il déjeune donc sur place, elle n’appelle que vers quinze heures trente.



Une sorte d’allégresse emplit soudain la poitrine de l’interne, qui traîne sa grande carcasse jusqu’à la falaise surplombant la mer et une petite anse où des gamins font des châteaux de sable. Il se promène ensuite dans la petite ville, dîne d’une crêpe et d’une bolée de cidre et rentre vite se coucher, programmant à cinq heures son portable et son réveil de voyage, par sécurité.


Au bout du chemin, dans un léger brouillard, Mathilde l’attend déjà assise sur sa valise, bardée des bandoulières de deux sacs de voyage et de son sac à main. Ils ne disent pas un mot, il ferme le coffre silencieusement en s’appuyant dessus et ils regagnent la rue principale.



Ils traversent le village de Plougrescant où elle lui montre le clocher tordu, puis descendent jusqu’au Four, lieu improbable où une maisonnette est construite en bord de mer entre deux énormes blocs de granit. Sur la quatre voies, la BMW oublie un peu la limitation de vitesse, au prétexte que les gendarmes ne sont pas encore réveillés. Mais après Rennes, le régulateur fait son office. Ils sortent de l’autoroute à Chartres pour déjeuner, Jérôme redoutant la cuisine des aires d’autoroutes, et Paris s’annonce vers quinze heures trente, heure idéale pour éviter les bouchons du dimanche. En entrant dans l’appartement, Mathilde est stupéfaite :



Jérôme s’enferme dans son bureau pour contacter l’un de ses camarades de promotion qui travaille en tant que chercheur dans un labo privé et dispose de gros moyens techniques. Il lui fera porter deux des tubes prélevés dès le lendemain. Ensuite il passe un coup de fil à Françoise pour l’inviter à dîner puis range ses affaires de voyage. Mathilde réapparaît vêtue de la même petite robe, avec juste une courte veste en plus.



Ils descendent la rue du Cherche-Midi jusqu’au Boulevard Raspail, prennent la rue de Sèvres jusqu’à la rue du Dragon, tout près de Saint-Germain-des-Prés. C’est là que se trouve un de ses restaurants favoris, spécialisé dans les produits du sud-ouest.



Françoise est déjà là, elle est venue en taxi.



Quelques canapés de foie gras accompagnés d’un verre de Saussignac pour la mise en jambes, puis une cassolette de cassoulet au confit avec une bouteille de Montravel à tomber.



Ils la regardent s’empiffrer goulûment, Françoise cale à mi-chemin, mais le grand chirurgien termine allègrement son assiette. Ils conversent tranquillement de l’épopée bretonne quand la jeune fille intervient à nouveau :



Cette fois, ils rient de la voir manger de si bon cœur, saucer son assiette avec du pain et terminer son verre de rouge. Le serveur qui avait observé le manège du coin de l’œil vient même lui proposer un petit supplément.



En sortant du restaurant, c’est comme si la porte avait rétréci pour Mathilde. Jérôme se charge du lourd cabas, ils disent bonsoir à l’infirmière et la jeune fille sécurise ses pas incertains en s’accrochant au bras du chirurgien.



Elle semble avoir recouvré toutes ses capacités et pourtant elle reste accrochée à son bras, elle se sent bien au contact de ce grand bonhomme si sympa avec elle. Et lui aime particulièrement se sentir frôlé par un sein, une hanche, et percevoir le rayonnement de ce corps chaud qu’il sait si beau. Quand Jérôme est couché, son portable gronde. SMS de Françoise :



Le lendemain soir, quand il rentre, une bonne odeur flotte dans l’appartement.



Elle fait le service pieds nus, en T-shirt et petite jupette, ses cheveux flamboyants attachés en touffe derrière la tête. Il y a chez elle un reste du côté petite fille attendrissant, et puis ces longues jambes musclées et ces pointes de seins qui tendent le coton de femme fatale.



Dans la journée du mercredi, Jérôme reçoit un appel de son copain chercheur.



L’urgentiste laisse Sébastien et Françoise terminer les consultations en cours et s’éclipse. Le chercheur le fait entrer avec son badge et ils se rendent dans son labo.



Après avoir chaleureusement remercié son copain, Jérôme rentre chez lui, à pied et pensif. Dans sa tête trottent ses cours de biologie. Le sang se renouvelle un peu tous les jours, les globules rouges vivent le plus longtemps, environ trois mois, un peu plus dans certains organes, le foie ou la rate. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, au bout de six mois, Caroline doit être redevenue parfaitement normale. Mais c’est trop tard, il l’a perdue. Et Mathilde, la « bombe ambulante », pourquoi est-elle encore vierge et apparemment si tranquille ? Tranquille, mais tellement attirante. Est-ce que c’est lié ? Est-ce que l’attrait qu’il ressent pour elle est lié au fait qu’elle est potentiellement une bombe sexuelle ? Est-ce une affaire de phéromones ? Mais non, c’est seulement qu’elle est très belle et qu’il est seul et qu’elle vit chez lui. Il en est là de ses réflexions quand il ouvre sa porte, pensant la trouver. Déception, elle n’est pas là, à son grand étonnement. Il trouve un mot sur le comptoir de la cuisine :



Bien la salade, comme il aime, avec des oignons, du thon, des œufs durs et du maïs. Il aurait pu lui donner la recette. Et en plus elle a décroché un petit boulot en trois jours, elle est étonnante. Avant de s’endormir, il passe un coup de fil à Françoise, lui donne les résultats et lui fait part de son questionnement.



Peu importe pour Jérôme, inutile de déstabiliser cette jeune fille, il ne lui donne que des résultats partiels. Elle est ravie qu’il soit confirmé qu’elle est « normale ». D’autant qu’elle semble heureuse de vivre ici, commence à être reconnue par les commerçants du quartier, recommandée comme baby-sitter par le bouche-à-oreille. Ses soirées de garde lui rapportent en général une soixantaine d’euros, ce qui lui permet de s’acheter quelques vêtements. Un soir, quand l’urgentiste rentre, elle termine de mettre leurs couverts dans une petite robe noire moulante et décolletée, juchée sur des escarpins noirs à talons hauts.



Sans se démonter, elle se baisse, soulève le bas de sa robe et retire sa culotte.



Et il bande comme un âne toute la soirée. Elle semble tellement naturelle et spontanée. Il ne sait plus si elle le fait exprès pour le provoquer ou… Non, c’est vrai qu’il l’a vue nue pendant près de deux heures à Perros, donc il est normal qu’elle n’ait plus de pudeur avec lui. Mais merde ! Pour être toubib, il n’en est pas moins homme. Le lendemain, il dit à Françoise :



Arrivé chez Françoise, il n’y va pas par quatre chemins :



L’infirmière gardait en mémoire la séance épique qui suivit la perte de Caroline, mais cette fois il la démonte carrément en la pilonnant comme un forcené. Quand ils refont surface, elle s’exclame lucidement :



Il part sans un mot. Mathilde est en baby-sitting, il avale rapidement le croque-monsieur qu’elle a préparé sans même le faire réchauffer et va dormir. Un mois s’écoule dans cet équilibre précaire où Mathilde joue sans le savoir le rôle de « boute-en-train », ce jeune étalon utilisé pour exciter la jument avant une saillie, et c’est Françoise qui se fait saillir par son jeune patron n’en pouvant plus de désir. Un week-end, Mathilde s’installe sur la table du salon avec sa trousse et des feuilles de papier, et demande à Jérôme de lui choisir un sujet entre les trois disponibles et de la surveiller dans les conditions d’un examen. Ils règlent la minuterie du four sur quatre heures et elle compose. Le week-end suivant, Françoise s’annonce pour donner la correction, ils l’invitent à déjeuner et Mathilde se surpasse aux fourneaux avec un bar en croûte de sel, une fondue de poireaux et un far breton en dessert.



C’est vrai que pour Jérôme, de les voir ainsi toutes les deux, c’est assez difficile : celle qu’il baise, mais ne désire pas et celle qu’il désire, mais ne baise pas. Il descend vers la Seine, pousse jusqu’à la pointe du Vert-Galant et remonte par la rue Dauphine, une belle balade de près de deux heures qui le vide de son trop-plein d’énergie. En regagnant son immeuble, il tombe sur Françoise qui en part.



Jérôme prend l’ascenseur en bougonnant.



Il rentre bourru, encore perdu dans ses pensées. Elle est déjà en train de préparer le dîner.



Quand Jérôme sort de la douche, une serviette autour de la taille, il s’arrête interdit sur le seuil de sa chambre. Elle est étendue, nue, sur son lit ouvert, fabuleux bronze dans l’orangé du jour déclinant. Son attitude n’a rien de provocant ou de prétentieux, du genre « admire comme je suis belle ». Non, elle l’attend tout simplement, mais résolument. Elle plante son regard vert dans ses yeux et déclare :



Il s’allonge près d’elle et fait ce qu’il rêve de faire depuis des semaines, il couvre sa bouche pour un long et tendre baiser. Elle y répond assez maladroitement, mais quelle importance ? Elle l’entoure d’un bras et le serre contre elle, avide de sentir sa peau contre la sienne. Sa peau, si douce, si chaude. Même étendue, ses seins gardent toute leur arrogance, dressés vers le plafond. Les tétons érigés trouvent l’un après l’autre refuge dans la bouche et la main gourmandes du docteur. Il n’en finit pas de parcourir les courbes harmonieuses de ce corps parfait, d’en palper les monts et les vaux, d’en éprouver la douceur et la fermeté. La langue fouille le creux du nombril alors qu’une main s’attarde encore sur un téton et que l’autre plonge ses doigts dans l’épaisseur de la toison flamboyante. Instinctivement, les cuisses s’écartent pour mieux s’offrir et le sillon s’ouvre avec un bruit de bulle de savon qui éclate. Les doigts agiles viennent s’y engouffrer et en palper tous les recoins déjà humides. À gestes lents, l’homme en érection s’installe entre les longues jambes musclées, observe longuement ce coquillage grand ouvert avant de le déguster à grands coups de langue. Mathilde halète et geint doucement, murmurant les mots de ses rêves :



Les doigts de Jérôme explorent l’entrée du temple d’amour et rencontrent l’obstacle de la fine membrane de l’hymen. Elle est effectivement parfaitement vierge. C’est la première fois qu’une authentique pucelle s’offre à lui, les autres disaient toutes qu’elles s’étaient dépucelées malencontreusement avec des tampons ou leurs applicateurs, baratin servi à lui, à ses prédécesseurs et à ses successeurs. Mais là, c’est bien vrai. Il se souvient des quelques pages sur le sujet qu’il avait dévorées, comme ses copains, au tout début de ses études, disant qu’il valait mieux fragiliser cette membrane avec l’ongle avant la première pénétration. Il se dit que c’était le moment d’utiliser tout son doigté de chirurgien et toute sa psychologie aussi.


Il commence par détourner l’attention de Mathilde en s’occupant fougueusement de son clitoris, bien décapuchonné, qui finit pincé entre ses lèvres pendant que le bout durci de sa langue le fouette rapidement. Le résultat ne se fait pas attendre, et la belle tremble, s’agite et miaule comme une chatte prise dans une porte. C’est là que son majeur cherche puis trouve les failles de l’hymen, ces ouvertures qui permettent l’évacuation des règles, qu’il les agrandit à petits coups d’ongles sans cesser sa succion. Quand Mathilde se tétanise dans un premier orgasme, tout le doigt de l’homme habile est entré dans le vagin virginal. Il en ressort légèrement maculé de sang, mais surtout inondé d’une cyprine qui coule à flots. Pendant cette opération, il a absorbé une bonne quantité de ce suc fabuleux qu’il trouve délicieux, une vraie liqueur sans presque d’acidité aux pointes de musc et de poivre. Libéré de sa première préoccupation et pensant la jeune fille prête à le recevoir, il prend soudain conscience d’un bouleversement qui s’opère dans son bas-ventre. Son érection n’a plus rien de normale. Son sexe devient hyper dilaté, plus gros, plus long qu’à l’habitude ; ses testicules ramassés en un gros paquet compact roulent sous la peau comme des fous et une vague de chaleur intense diffuse dans son ventre.



Il se redresse et vient se placer sur elle, lui offrant un nouveau baiser. Elle a encore des étoiles dans les yeux et une sorte de lointain sourire de Joconde. Il positionne son gland apoplectique à l’entrée de sa grotte, exerçant une légère pression. Comme miraculeusement, l’orée du vagin s’agrandit comme une bouche avide et gobe la tête ovoïde, se resserrant aussitôt derrière elle. Étonné par l’aisance de cette pénétration, il s’aventure précautionneusement de quelques centimètres supplémentaires et perçoit une sensation incroyable. C’est comme si des vagues successives partant des petites lèvres parcouraient son membre et l’aspiraient vers le fond. C’est comme si sa queue venait d’être avalée par un boa constrictor en train de la digérer. Il lui suffit de se laisser aller pour que ses testicules butent contre la vulve, son gland repoussant et étirant le fond de cet extraordinaire vagin jusqu’alors vierge. Mathilde a les yeux et la bouche écarquillés, ses jambes et ses bras se referment puissamment sur le corps de son amant et elle murmure :



Merveilleuse et adorable déclaration. Cependant, le cerveau de Jérôme mouline à plein régime. Car en bas, les vagues qui lui martyrisent délicieusement la queue continuent sans interruption, et visiblement de façon naturelle et incontrôlée par Mathilde. Il a soudain une réminiscence : les rares fois où Caroline jouissait vraiment, au moment de son orgasme, son vagin avait de telles contractions. Mais une ou deux, tout au plus, pas des vagues permanentes comme cela. C’est bien de penser ainsi à autre chose, car il ne va pas tenir longtemps dans cette… pompe à bite. C’est incroyable, elle a dû piquer un bout de la trayeuse électrique de son père. Contrer le mouvement par d’autres, la seule solution envisageable. Il desserre l’étreinte de Mathilde et commence à la pilonner doucement.


En deux minutes, elle connaît un second orgasme, ce qui renforce encore les contractions de son vagin. Ensuite, Jérôme totalement désorienté et n’obéissant plus qu’à sa queue survoltée sans plus rien maîtriser, se laisse aller à une folle ruée dans le vagin de cette pucelle, tout ce qu’il ne faut, en principe, ne surtout pas faire. Mais Mathilde ne s’en plaint pas, au contraire. Elle rebondit d’orgasme en orgasme, de plus en plus dévastateurs, le souffle court, les yeux injectés de sang, la sueur couvrant son corps en délire. Elle râle, crie, s’agrippe à son amant, lui laboure le dos de ses ongles, lance son bassin vers le sien comme une furie. Jérôme tient le temps qu’il peut, mais à ce rythme et avec cette intensité, il sent les prémisses de son propre orgasme monter dans son ventre. Il veut se retirer, ne pas risquer de la mettre enceinte dès la première fois. Mais impossible de se détacher de la jeune fille, accrochée à lui comme une rescapée du Titanic à une bouée. Quatre ou cinq jets de semence brûlante inondent le fond du vagin fraîchement défloré, et le grand bonhomme retombe vaincu sur sa maîtresse secouée des soubresauts d’un orgasme encore plus dévastateur que les autres. Il roule sur le côté, épuisé et béat, Mathilde se love contre lui, ronronnant comme une chatte.



« Cette femme est une bombe sexuelle ! » Mais à ce point-là, je n’imaginais pas.



Elle ronronne encore contre lui, lui embrasse la poitrine et lui mordille un téton, puis elle se lève pour aller prendre une douche. Un bref instant, elle s’arrête dans son élan pour rattacher ses cheveux, bras levés, un pied au sol, l’autre genou encore sur le lit.



Il court dans le bureau, revient avec son Nikon et se met à mitrailler, tournant autour de Mathilde et shootant sous toutes les coutures.



Ils continuent de s’embrasser, de se caresser en se savonnant mutuellement sous le jet d’eau tiède. Elle va pour mettre une culotte et un peignoir, il l’en empêche et ferme les volets roulants. Il gave son regard de cette silhouette somptueuse qui reste élégante dans les gestes les plus simples de la vie. Ils grignotent rapidement d’un peu de charcuterie et d’une salade, puis elle sort du frigo une petite charlotte aux fraises qu’elle a préparée, plante deux petites bougies dessus et les allume.



Il met en route la platine CD, la guitare égrène les notes du refrain et la voix de Georges Brassens entonne ses « Quatre-vingt-quinze pour cent ». Mathilde écoute d’abord avec amusement puis avec attention.



Ils retournent à la chambre pour s’aimer jusqu’à n’en plus pouvoir. Mathilde faisait une confiance aveugle à son amant et lui obéissait totalement, apprenant au passage tous les gestes d’amour qu’elle ignorait encore. Le toubib se délectait sans fin de ce corps qu’il trouvait parfait, de cette fraîcheur inédite et de cette gourmandise frénétique à laquelle il n’était pas habitué.


Le lendemain, il arrive à l’hôpital dans un état paradoxal, portant à la fois les stigmates d’une nuit presque blanche, mais également une humeur de jour de fête.



Ils rient et prennent leur service avec entrain, tellement de personnes ont besoin d’aide et de secours. Le bonheur est pour le soir, ouvrir la porte et voir une beauté se pendre à son cou, dressée sur la pointe de ses orteils, toujours pieds nus. Une bouche et des yeux qui vous font oublier d’un coup toutes les affres de la journée. Pourtant rien d’autre n’a changé, l’appartement est propre, comme d’habitude, la cuisine délicieuse, comme d’habitude. Il y a juste un lit pour deux et plein de tendresse à partager. Mathilde a ses règles et Jérôme est HS.


Dans la tête du docteur, un tas de points d’interrogation tournent en permanence, à la fois éthiques et techniques. Maintenant qu’ils sont devenus amants et amoureux, va-t-il l’embêter avec de nouvelles analyses ? Pourtant, il aurait bien aimé savoir un tas de choses : si le fait d’avoir fait l’amour avait changé ses taux d’hormones, si ces mêmes taux changeaient juste avant et juste après avoir fait l’amour, si les règles changeaient ces taux, si la prise du contraceptif allait également les modifier. Et enfin, si ses sécrétions vaginales contenaient également un stimulant masculin, au regard de la réaction qu’il avait eue, une sorte de Viagra naturel. Autant de questions qui mériteraient prélèvements et analyses, mais oserait-il le faire sur sa propre maîtresse ?


Voilà ce qu’il faut éviter, que les sentiments mettent à mal la démarche qui avait débuté comme une simple recherche, à partir de deux évènements. Après plusieurs jours de réflexion, Jérôme remet ses idées en place. La toute première question qu’il faut se poser, c’était bien celle de la direction dans laquelle effectuer des recherches. Les hormones sont certainement en cause, mais pourquoi et comment ? Il décide de prendre l’avis d’un spécialiste, endocrinologue, et lui montre les premières analyses. Le mandarin est sidéré.



Soudain, Jérôme se sentit profondément stupide, il n’avait pas pensé à ça. Le bonhomme continue :



Passionnant, c’est le cas de le dire. Jérôme décide cette fois de mettre cartes sur table avec Mathilde et de lui narrer tout de ses démarches et recherches. Elle en est cependant un peu affectée :



Il adorait ces élans de petite fille chez cette jeune femme par ailleurs si responsable, intelligente et efficace. Il en était follement amoureux. Il avait hâte de rentrer le soir pour la retrouver, l’embrasser, la toucher, la caresser, hâte d’entendre sa voix, de croiser son regard si vert et si profond. Un soir elle lui dit :



Le Docteur Jérôme Rezzin met sa thèse de chirurgie réparatrice en suspens pendant quelque temps, n’enrichissant que son recueil de notes rapides quotidiennes. En revanche, il fait sur son cobaye, Mademoiselle Mathilde Le Vissec, des dizaines de prélèvements et des pages et des pages d’observations. Il devient un habitué du service d’endocrinologie dont le patron l’autorise à utiliser le spectromètre pendant la nuit, quand le service tourne au ralenti. Les découvertes qu’il y fait sont étonnantes. Les taux d’hormones extraordinaires du sujet ne varient pratiquement pas, et restent très élevés. Sauf une : lorsque le sujet est sexuellement très excité, son taux de testostérone diminue drastiquement, alors qu’on aurait pu penser le contraire. En revanche, les prélèvements de cyprine effectués dans ces moments-là présentent un taux extrêmement élevé de testostérone. Ceci explique cela, l’absorption de cette cyprine par un homme revient à peu près à prendre un ou plusieurs comprimés de Viagra. Cependant, rien ne permet d’expliquer comment la testostérone passe du sang dans les sécrétions vaginales ni ce qui provoque ces taux d’hormones anormalement élevés. L’endocrinologue penche, lui, pour un rôle combiné de la sérotonine et de la dopamine. Mais d’où, pourquoi, comment ? Jérôme lui raconte alors les conditions de la conception de son cobaye, assez peu ordinaires.



Pour la maman, ce n’est pas très compliqué. Jérôme se fait envoyer un prélèvement sanguin par le centre où est traitée la mère de Mathilde. Cette dernière est assez enthousiasmée par le projet de rechercher son père biologique. Elle passe beaucoup de temps sur Internet et à la Grande Bibliothèque. Après des semaines de recherches et de croisement des informations, elle finit par se faire une certitude : le navigateur irlandais « malchanceux » du Golden Globe s’appelle Mike Rosoft. Irlandais du nord, il a été anobli par la Reine pour son exploit, bien qu’étant arrivé près de deux mois après les autres sur un bateau de sa conception complètement rafistolé. « Il a été récompensé pour son courage, sa ténacité et sa débrouillardise », citent les journaux de l’époque. Il faut ensuite passer une bonne cinquantaine de coups de fil, aux diverses sociétés de yachting, qui n’ont que de vagues indications, aux comtés, aux districts et enfin aux paroisses pour retrouver la trace du navigateur. Enfin, on suppose l’avoir localisé puisqu’il existe un Rosoft Manor sur la côte sud-est de l’Eire, mais il faudra attendre les congés de Jérôme pour entreprendre le voyage.


Et Mathilde n’a pas que cela à faire, puisqu’elle prépare son concours, sous la tutelle ferme de Françoise. Pour la préparer à l’oral, celle-ci décide de lui faire vivre quelques journées d’une infirmière, au moins elle saura justifier son choix et surtout de quoi il retourne en réalité. Elle la fait inscrire à Pôle-Emploi pour qu’elle ait un statut légal, avec un stage d’immersion en entreprise. Première étape, deux jours à accompagner une de ses copines infirmières à domicile. Des kilomètres depuis six heures du matin jusqu’à dix-neuf ou vingt heures, selon la circulation, à toiletter les petits vieux, changer des pansements, faire des prises de sang. Un intérêt, le contact humain, mais une énorme contrainte, le chronomètre. Tout temps passé à parler et réconforter se traduit immédiatement en une course effrénée contre la montre. Ensuite, deux jours avec une équipe de l’hôpital qui, en gros, fait la même chose, mais en courant à travers d’interminables couloirs. Plus les appels, le beeper, la garde de nuit qu’elle effectue aussi. Enfin, pour terminer la semaine en beauté, c’est une journée aux urgences avec elle, dans le bloc opératoire où œuvre son preux chevalier. Pas de doute que si elle ne sort pas vomir, elle est faite pour ce métier. Et elle a des occasions ce jour-là qui, comme un fait exprès, est un jour de folie. Fracture ouverte, éclatement de la rate, trépanation sur un AVC, appendicite avec péritonite et grossesse extra-utérine. Que de l’urgence et… que de sang ! Mathilde tient bon, sans trop de mal. En fait, étant déjà amoureuse et admirative devant son toubib d’amant, elle en devient totalement subjuguée. Le sang-froid, l’aptitude à la décision, la sûreté des gestes et l’efficacité de l’action placent Jérôme au pinacle dans l’esprit de Mathilde. Elle en sort épuisée en disant :



Il les emmène toutes les deux dîner au restaurant, puisqu’aucune n’a eu le loisir de cuisiner, et ça permet également de bien clôturer cette semaine de stage.



Françoise faisait cela très consciemment pour empêcher Mathilde de trop réviser juste avant l’épreuve, et de mettre le bazar dans des connaissances qu’elle maîtrisait déjà. Et puis c’était également une façon de la préparer à l’oral, car, si elle était sûre d’elle à l’écrit, elle ne savait pas ce qu’elle valait à l’oral, où la clé de tout est d’exprimer clairement ses motivations.


Mathilde est admissible à l’écrit, passe l’oral fin juin et sort numéro deux sur la liste, très vexée par cette deuxième place. La rentrée sera en septembre, mais d’ici là, l’Irlande.



Rouler à gauche, même avec une voiture de location avec le volant à droite, ne plaît pas du tout à Jérôme qui n’arrête pas de râler contre ces « rosbifs », qui font tout à l’envers des autres : la conduite, des mesures différentes du système métrique, pas d’euros et une bouffe dégueulasse, à tel point que seuls les MacDo lui semblent potables dans ce pays de m… ! Quant à trouver Rosoft Manor, inutile de compter sur le GPS, seules quelques bonnes âmes les sortent des impasses dans lesquelles ils se sont malencontreusement engagés. Tout cela pour arriver devant une caricature de manoir, celui des films et des photos sur les pubs de vacances en Irlande. Une bâtisse de pierres sombres, étroite et haute, avec des fenêtres ressemblant à des meurtrières, des créneaux, le tout perché sur un éperon rocheux au-dessus de la mer, battu par les vents, presque en face de l’île de Man. Sinistre à tous points de vue.


Ils agitent la cloche d’une grille haute comme à Birmingham et un molosse accourt. Plus impressionnant que redoutable puisqu’il s’agit d’un Terre-Neuve. Il s’assoit devant la grille et se met à faire la sirène de bateau, cri étrange qui n’a rien d’un aboiement. La porte du manoir s’ouvre et, ô miracle, on déclenche de loin une gâche électrique et le portail s’ouvre. Une femme au visage sévère toise les visiteurs, les fait entrer et s’asseoir dans un hall immense éclairé par le haut, et seulement occupé par un grand escalier et de multiples portes. Elle les prie de patienter, elle va prévenir le Lord. On est en juillet, et pourtant il fait frais dans ce grand hall, et le vent de la mer trouve des ouvertures pour y chanter par à-coups. Vraiment sinistre, ce que vient soudain confirmer un gémissement plaintif suivi d’un rugissement d’ogre en furie. Quelques instants plus tard, une soubrette en petite robe noire, tablier et coiffe blancs sort d’une double-porte, rouge écarlate et les yeux injectés, se rajustant tout en marchant, et disparaît par une autre ouverture. Terrifiant ! Un vampire vient-il d’œuvrer sur la pauvrette ? Quelques minutes plus tard, la « pincée » en vêtement de majordome les invite à la suivre et les fait pénétrer derrière cette fameuse double-porte qu’elle referme en partant. Enfin une pièce chaude, par ses boiseries, ses tapis, ses meubles de merisier et de cuir et sa grande cheminée où ronfle un feu d’enfer. Devant l’âtre, un colosse fume un énorme cigare, un verre de whisky à la main.



Le colosse s’approche d’elle, met un genou en terre et lui prend la main. Le géant se sent soudain ému, attendri, des larmes lui perlent aux paupières et il fixe Mathilde sans pouvoir en détacher le regard. Puis il se redresse lentement et ouvre grand ses bras, laissant son enfant venir s’y blottir. Et bien des larmes mouillent également les yeux de Jérôme. Le colosse revient très vite à la réalité, prend deux autres verres de cristal épais et les remplit de liquide ambré.



Mathilde manque s’étouffer.



Le Lord court jusqu’à un meuble, sort un petit verre plus fin et une carafe de liquide rougeâtre. Il revient vers sa fille avec un empressement de serviteur attentif.



L’arrosage peut se faire, et pour la peine le colosse boit son verre et celui laissé par sa fille. Mathilde lui raconte son histoire, et le colosse la sienne. Il avait mis dix ans à concevoir et construire son bateau, révolutionnaire à l’époque. Il y avait englouti tout ce qu’il possédait. Ensuite presque un an de course au large et enfin la gloire : les journalistes, les plateaux de télévision et cet anoblissement par la Reine. Certes, une rente allait avec le titre, mais quand on part de zéro… Alors il avait vendu son bateau à un musée maritime, les plans de son bateau à un constructeur qui en fabriqua quelques-uns. Puis il avait écrit un livre avec quelques photos de son périple et enfin il put acheter ce manoir.



Jérôme explique alors la particularité du sang de Mathilde et les recherches qu’il a entreprises pour comprendre. Et il exprime son souhait de prélever un peu du sang de son père. Le colosse tend le bras en retroussant sa chemise :



Mathilde profite de l’occasion pour révéler les problèmes d’alcool de sa mère, Mike en est navré.



Ils trouvent une chambre fleurant le petit champignon, mais le lit est fraîchement refait et un grand feu brûle dans la cheminée. Le dîner est… anglo-saxon. On sert de grandes assiettes couvertes de cloches argentées, grand style, les deux soubrettes et la gouvernante pincée viennent se placer auprès de chaque convive et retirent les cloches en même temps. Il s’agit d’agneau de l’élevage du manoir et de légumes de son jardin. Voilà qui aurait pu être grandiose, mais le tout est bouilli et servi sans pain donnant un résultat navrant. À tel point que Mathilde ose demander à son père :



Elle prend les assiettes, aidée des soubrettes, et retourne en cuisine où elle demande de l’huile d’olive et une poêle. Elle doit se contenter de beurre qu’elle fait fortement chauffer avant d’y passer les morceaux de viande jusqu’à ce qu’ils soient bien colorés. Elle allonge ensuite le jus avec un peu de beurre et de farine, ajoutant ici et là sel et poivre et quelques oignons frits, elle essore les légumes pleins d’eau et les fait revenir avant de dresser à nouveau les assiettes avec ces ingrédients transformés. Le parfum qui s’en dégage fait rugir le Lord :



Il revient tenant fièrement une bouteille de bordeaux très ordinaire, mais qu’il avait dû payer très cher, et qui est trop fraîche. Décidément, ces Anglais… Une chose est certaine, Mike Rosoft est le plus heureux des hommes, ce soir-là, malgré l’infect et inévitable pudding. Il ouvre à Jérôme une grande armoire renfermant des dizaines de whiskies tous différents, et le conseille sur ceux qu’il faut prendre en digestif. Ils s’installent ensuite tous trois devant l’âtre, les hommes buvant et fumant.



Le couple va se coucher rapidement, un peu fatigué par ce voyage compliqué. Peut-être que Mathilde a un peu forcé sur le sel, toujours est-il qu’une petite heure plus tard elle a besoin d’un verre d’eau. Elle se lève discrètement et descend silencieusement, pieds nus comme à son habitude. En ouvrant la porte de la salle à manger qu’ils avaient quittée un peu plus tôt, elle se fige, interdite. Son père est toujours dans son fauteuil devant la cheminée, où l’on avait rajouté des bûches, mais nu en compagnie des deux soubrettes, nues aussi comme des vers à l’exception des petites coiffes qu’elles ont gardées. L’une agenouillée entre les jambes du géant lui pompe le sexe énergiquement, branlant et massant les lourds testicules, l’autre debout près de lui se fait sucer un sein et explorer l’intimité par de gros doigts fureteurs. Une main de Mathilde se crispe sur sa chemise de nuit au niveau de son intimité, l’autre sur son sein. Elle n’ose plus ni avancer ni faire demi-tour. Le spectacle la pétrifie et l’excite en même temps. Le trio change fréquemment de position, une jeune fille s’asseyant sur le sexe dressé et humide, l’autre venant à son tour lécher les couilles du maître et le clitoris de sa collègue. Cela dure un bon moment, jusqu’à ce que l’une des soubrettes se retrouve à genoux sur le fauteuil et se fasse enfiler par-derrière. Mais vraiment par-derrière. Mathilde horrifiée n’avait jamais vu cela : elle se faisait enfiler par « le » derrière, par son trou du cul pour être trivial. Et elle semble aimer cela. C’en est trop pour la jeune bretonne qui remonte très vite sans avoir bu.



Et elle narre ce qu’elle vient de voir et qui l’a tant bouleversée.



Le lendemain, Lord Rosoft leur fait visiter le domaine, de la lande à perte de vue avec une superbe côte complètement sauvage. Des murets de pierres sèches séparent des parcelles, et dans certaines des moutons paissent paisiblement. Ils visitent également le potager, entouré de murs beaucoup plus hauts pour le protéger des coups de vent, et les légumes sont beaux et abondants.



Enfin, le clou du spectacle, c’est l’ascension à la terrasse de la plus haute tour du manoir. De là, le spectacle est saisissant. On embrasse l’ensemble de la côte rocheuse sur des kilomètres, où les vagues viennent se fracasser dans des gerbes d’écume. Alors qu’au sol le portable de Jérôme dénonce une absence de réseau, au sommet de la tour il lâche une bordée de beeps indiquant l’arrivée de nombreux messages. Il les parcourt rapidement puis pâlit.



Effectivement, il s’agissait bien de Le Vissec : un suicide. Des orages de grêle avaient haché ses récoltes et l’une de ses vaches présentait des symptômes potentiels de « vache folle ». Les autorités sanitaires ont ordonné l’abattage de tout le troupeau. Le Vissec, seul, n’a pas supporté tout ça. Lorsque la dernière carcasse fut hissée dans le camion, il a pris son fusil de chasse chargé de chevrotines et a tiré en se le plaçant sous le menton. Une horreur !



L’urgentiste prend immédiatement les bonnes décisions : Mathilde se doit d’être présente à Trévou pour les obsèques, il l’accompagnera. Il a déjà vu des mutilations par balles ou explosions, il se doit de la protéger, car, quoi qu’elle en dise, ce bonhomme lui a servi de père pendant près de vingt ans. Le vol le plus direct part de Dublin, tant que le brexit n’est pas en vigueur ils changent de pays sans souci. Avion, arrivée à Orly tard dans la soirée, nuit rapide et départ dès le matin pour la Bretagne, Rennes, Saint-Brieuc, Trévou. Jérôme ordonne à Mathilde de rester dans la voiture. Après les premiers constats ; prélèvements et analyses, il s’agit bien d’un suicide et il s’agit bien de Le Vissec, car bien malin celui qui aurait pu le reconnaître. On ne l’avait identifié qu’avec ses empreintes digitales. Il avait chargé un fusil à deux coups et actionné les deux gâchettes en même temps. Ses doigts étaient restés coincés dans l’anneau, et l’autre main crispée sur le canon. En revanche, de sa face et de sa tête, il ne reste que des lambeaux éparpillés sur les murs et le plafond, cheveux, peau, cervelle. Le gendarme ne le laisse entrer que parce qu’il est urgentiste.


Sympas, dès que la police scientifique en donne l’autorisation, les pompiers du village nettoient la pièce à grande eau. Il reste encore quelques traces, mais le plus gros est effacé. Jérôme cherche une corde, des clous et fouille les armoires pour trouver des draps, avec lesquels il fait une sorte de couloir vers les chambres, car, comme souvent dans les fermes, la seule porte d’entrée est celle de la cuisine, pièce à vivre principale. Ce n’est pas tant pour Mathilde, qui n’a plus grand-chose ici, que pour sa mère qu’il faut bien aller chercher dans sa maison de repos. Ensuite, il remonte sur Perros-Guirec et retient deux chambres à l’hôtel qu’il connaît, et ils partent quérir Madame veuve Raymonda Le Vissec. Ils la trouvent assez peu affectée par le décès de son mari. Son principal souci est de retrouver les vêtements noirs qu’elle a portés au décès de son père.


D’emblée, Jérôme la trouve remarquablement belle. S’il savait d’où venait le roux de la chevelure de Mathilde, désormais il savait à qui elle devait cette silhouette exceptionnelle. Bien sûr, Raymonda a un peu plus de quarante ans, comme Lecourt, l’infirmière, et elle aussi reste parfaitement désirable, avec cette infinie tristesse de Joconde flottant sur son visage régulier, à peine ridé, çà et là. On va à la ferme, elle trouve ses vêtements, ne cherche même pas à voir la scène du suicide, jette un regard circulaire dans la cour en disant d’une voix douce et atone :



Les obsèques ont lieu le lendemain après-midi au petit cimetière de Trévou, où il faut aller à pied depuis l’église sous un crachin bien breton. En pleine prière autour de la tombe, soudain Jérôme sursaute. Là-bas dans le portail du cimetière vient d’apparaître une haute stature vêtue d’un trench-coat et coiffée d’un deerstalker, la casquette de Sherlock Holmes, portant une élégante mallette de voyage en cuir : Lord Mike Rosoft en personne. Il reste à l’écart et fume son cigare en attendant la fin de la cérémonie pour un homme qu’il n’avait pas connu. Alors que tout s’était bien passé jusque-là, lorsque le regard de Raymonda se porte sur Mike, son visage s’éclaire soudainement puis s’éteint tout à fait, comme une ampoule survoltée qui claque en jetant un dernier éclair. Jérôme la récupère de justesse, elle aurait pu finir au fond du trou elle aussi. Elle reprend vite ses esprits, et tout le monde met ce malaise sur le compte du décès. Quand les condoléances sont terminées, on rejoint la voiture et l’irlandais.



Le quatuor repart pour Perros, Mike prend une chambre dans le même hôtel, et les jeunes gens laissent les plus anciens se retrouver dans un petit salon. Quand ils reviennent deux heures plus tard pour le dîner, Mike en est à son troisième whisky, servi avec une technique consommée : il tend son verre au garçon et place son index sur le goulot pour obtenir une dose… convenable. Raymonda boit une eau minérale citronnée. Ils en sont à :



Que se passe-t-il après le dîner, eux seuls le savent. Les jours suivants sont redoutables, paperasses, notaire, assurances, etc. Raymonda et Mathilde héritent pour moitié de l’exploitation Le Vissec, mais aucune ne souhaite la conserver. Elle est donc mise en vente, mais, personne ne se portant acquéreur de l’ensemble, le notaire modifie l’offre pour une vente « à la découpe ». Plusieurs exploitants du coin veulent bien racheter les terres, d’autres du matériel, et les bâtiments sont vendus… à des Anglais. Mathilde tient à conserver un champ, où Le Vissec faisait ses artichauts, parce qu’il a une superbe vue imprenable sur l’anse de sable fin et blanc du Trestel. Elle y verrait bien une villa, pour des vacances d’abord et pourquoi pas pour y vivre un jour, loin du tumulte de la capitale. Raymonda sait rapidement comment investir sa part d’héritage, forçant Mike à installer le chauffage central dans le manoir humide et froid. Mais à part cela, ce lieu isolé et cette nature sauvage conviennent parfaitement à son esprit mélancolique.


Entre temps, Jérôme et Mathilde reprennent leur vie commune à Paris. L’une entame ses études d’infirmière, l’autre termine son cursus de chirurgie. Un peu à la hâte, mais pour être débarrassé, Jérôme valide une spécialisation en chirurgie traumatologique et reste dans le service des urgences où il a ses habitudes et une bonne équipe. La seule différence, c’est qu’il est mieux payé. Il poursuit ses recherches sur le sang de Mathilde et de ses parents. Leur spécificité est telle qu’il faut cumuler les compétences et les moyens du service d’endocrinologie et du labo de son copain. Au final, après plus de deux ans de recherches intenses, ils finissent par débusquer le processus. À des taux très élevés, les molécules de sérotonine et de dopamine fusionnent en une seule molécule relativement instable, reconnue parfois comme dopamine et parfois comme sérotonine par les appareils.


En travaillant sur ce couple de molécules et après des centaines d’essais infructueux, les chercheurs réussissent à mettre au point un modèle artificiel similaire, n’engendrant pas d’effets indésirables de l’un ou de l’autre, mais perturbant notablement le système nerveux central responsable de la production hormonale. Testé en secret sur plusieurs sujets, quelques gouttes de cette molécule diluée provoquent rapidement une terrible bouffée hormonale qui rend la personne folle de sexe pour quelques heures, le temps que ce produit instable soit éliminé. Ils font une publication remarquée dans des revues médicales spécialisées, en évitant de révéler la technique très particulière d’association des molécules, puis commence le long parcours du combattant de l’autorisation de mise sur le marché qui dure trois ans.


Mais l’attente est largement récompensée. Le Docteur Jérôme Rezzin, inventeur (au sens découvreur) du phénomène, reçoit une première somme considérable ainsi qu’un pourcentage sur les ventes du « Matildor », le booster de la libido féminine qui connaît un succès mondial, considérable. Son présent et son avenir sont assurés. Mathilde et ses parents biologiques, en tant que sujets d’étude et détenteurs du modèle « original » sont également grassement récompensés. Ce qui permet à Lord Rosoft de parfaire son installation de chauffage par des forages et des pompes à chaleur qui assainissent définitivement le manoir, pour le plus grand bonheur de Raymonda qui semble épanouie. Au point qu’elle devient Lady Raymonda Rosoft, car ils convolent en justes noces, le même jour et au même lieu que leur fille Mathilde, devenant Madame Rezzin.


Le couple Rezzin s’installe en Bretagne dans une superbe et immense villa toute neuve, mais construite dans le respect du style local. Ils s’investissent professionnellement dans le petit centre hospitalier de Tréguier, qui devient rapidement couru de toute la région pour la qualité de son chirurgien, assisté de son infirmière-anesthésiste préférée. Jérôme poursuit des recherches en parallèle, pour lui le problème étant : comment faire baisser le taux de cette molécule double dans le sang de son épouse, afin qu’elle puisse avoir des enfants ?