| n° 19793 | Fiche technique | 35371 caractères | 35371Temps de lecture estimé : 19 mn | 06/09/20 corrigé 05/06/21 |
| Résumé: Quand une rencontre bouleverse la vie d'une âme solitaire. | ||||
| Critères: fh inconnu hotel boitenuit caresses cunnilingu nopéné -coupfoudr | ||||
| Auteur : Enzoric Envoi mini-message | ||||
| DEBUT de la série | Série : PY Chapitre 01 / 07 | Épisode suivant |
2 h 39. C’est l’heure que je lus sur la montre d’un type venu se désaltérer au bar.
À quelques minutes près, cela faisait donc cent cinquante-neuf minutes que j’étais, comme tous les samedis matin, assis à boire, bière après bière, seul au milieu de ce brouhaha.
J’ai mes habitudes ici, et le barman le sait. Il a vite compris que jamais je ne devais avoir un verre vide devant moi, aussi, sans que j’aie besoin de le héler ou lui faire signe, il dépose, une à une, les bières devant moi, attend quelques secondes, et repart à sa tâche en emportant le verre vide.
Ici, aucun argent ne circule au bar. On charge une carte magnétique à l’entrée. À quiconque il aurait demandé celle-ci avant de servir la commande, l’aurait débitée du montant, ou si besoin, aurait demandé à la personne d’aller faire l’appoint. Mais pas à moi. Plus à moi. Il me connaît maintenant. Il sait que j’ai mes habitudes, et que l’une d’elles, sinon la seule qu’il se doit de contenter, est de me servir sans que je n’aie besoin de lui demander. Ce, il le sait depuis le premier soir quand, comme à n’importe lequel de ses clients du soir, il demanda ma carte afin de vérifier qu’elle avait assez de crédit pour un verre. Il était dos à moi lorsqu’il la glissa dans l’appareil, sorte de TPE classique, mais j’imagine aisément la tête qu’il fit lorsqu’il lut, non pas une, ni deux, ni trois, mais cinq fois le solde affiché. À sa décharge, je doute qu’il avait déjà vu une telle somme créditée s’afficher, aussi je ne lui tins pas rigueur de contacter l’entrée via son casque-oreillette afin de vérifier que je n’avais pas piraté leur système de règlement. Depuis, il dépose ma carte dans un tiroir derrière le bar, et la débite après m’avoir servi.
Cela fait un peu plus d’un an que je viens chaque week-end ici, vers minuit. J’ai mes habitudes, et même les videurs ou la charmante personne qui encaisse les entrées et crédite les cartes m’ont très vite calculé. Je ne fais plus la queue dehors. On ne me demande plus combien je veux mettre en cash. J’ai mon siège, au bar, de réservé. Je n’ai jamais demandé un traitement de faveur, mais, que voulez-vous, ainsi sont les choses, et font les habitudes.
En général, bière oblige, je quitte ma chaise de bar vers les trois heures pour soulager un trop-plein de houblon sous pression, puis me réinstalle à ma place jusqu’à la fermeture. Ainsi sont les habitudes, bonnes ou mauvaises, mais rassurantes. Et plus elles sont ancrées, plus elles sont addictives. En changer, pire, s’en défaire relève souvent de l’impossible.
Les habitudes, pour moi, sont une drogue bien plus puissante que tout autre. Je peux me passer de fumer durant ces cinq heures matinales, de boire de l’alcool un, même plusieurs jours de suite, mais j’ai des rituels qu’il me faut, que je dois, assouvir. Oui, je suis un drogué aux habitudes, et comme tout drogué, malheur à qui me contrarie en ces moments de solitude recherchés et, surtout, appréciés. Boire seul, en silence, jusqu’à plus soif, entouré d’une foule sentant la sueur à mesure que les heures passent était ma drogue des vendredis et samedis soirs.
Je dis était, car tout a changé depuis peu. D’un coup. Sans besoin de sevrage. Sans manque.
2 h 39. Voilà bien une heure qui restera gravée à jamais comme fatidique. Tout comme ces quelques mots de cette voix. Une des plus douces que je n’ai jamais entendu, malgré un timbre grave, éraillé, que je mis sur le fait qu’elle avait dû, comme beaucoup, chanter faux à tue-tête en dansant.
Encore aujourd’hui je ne sais pas pourquoi ce hurlement, à quelques centimètres de mon oreille, plutôt que me mettre hors de moi, me charma.
Quittant le verre que je tenais des yeux, et, croisant du regard le barman qui, presque horrifié de voir quelqu’un m’adresser la parole et, de fait, perturber mon habituel recueillement du samedi matin, je lui fis non de la tête afin de stopper son approche qui, sans nul doute, l’aurait conduit à demander à cette personne qui osait m’adresser la parole de s’éloigner ; comme il l’avait fait en de nombreuses occasions déjà.
Le cerveau humain à des capacités parfois surprenantes !
Après s’être vautré durant des années dans une déchéance voulue et entretenue, il peut, en l’espace d’une seconde, tirer un trait radical sur ce qui fut un inconditionnel besoin. C’est ce qui se produisit, ce samedi, à 2 h 39 du matin.
En plus d’apprécier la douceur de ces mots, prononcés sans crier, je frissonnai en ressentant leurs souffles au creux de mon oreille. Chaque son, chaque syllabe, était une caresse.
À nouveau, je stoppai le barman qui venait chercher cette sacro-sainte carte de paiement d’un signe de tête, lui désignant le tiroir dans lequel gisait la mienne.
Elle disparut comme elle était arrivée. Par enchantement et sans que je n’ose la regarder.
ooOoo
À dans quinze jours, avait-elle dit !
Était-ce la promesse d’un rendez-vous, une blague, ou une manière polie de couper court à cette rencontre ?
Qu’importe ! Quinze jours, c’est quinze jours ! Enfin, quatorze pour être plus exact. Et le samedi en quinze… pardon, quatorze, j’étais là. Même lieu, même heure, même chaise.
Toutes les personnes travaillant dans cette boîte de nuit semblèrent sinon ravies, rassurées que l’un de leurs meilleurs clients soit bien là malgré une absence remarquée d’un week-end. Loin de me flatter, leurs courbettes, encore plus prononcées que d’ordinaire, m’indifférèrent.
Après l’avoir passé dans le lecteur, je le regardai fixement.
Carte rechargée, j’allai m’asseoir, comme toujours, sur le siège qui était officiellement le mien. Le barman, sourire radieux, déposa ma bière sitôt que j’eus une fesse de posée. De toute évidence, il avait été prévenu de mon arrivée. Technologie oblige.
Cette voix. Ce timbre. Ce grave…
Ce n’était pas la peur d’être déçu qui m’interdisait de ne pas la regarder. Je savais déjà que, quelle que soit la plastique de cet encore inconnu corps, j’en serais éperdument épris. Je voulais simplement retarder cet instant, comme pour le magnifier, le porter au paroxysme, au summum, au nirvana.
Putain ce rire ! Si grave, troublant, envoûtant !
Je me fis violence. Je luttai. De toutes mes forces. Mais ce fut le rire de trop. Je ne pouvais plus ne pas découvrir à qui il appartenait. Alors je me tournai, yeux fermés afin de savourer, dans sa globalité, d’un bloc, qui en était l’auteur.
Je m’étais fait tant de films !
Depuis deux semaines, je m’étais imaginé sa bouche, ses yeux, ses cheveux, peaufinant, chaque soir, tel un peintre esquisse son œuvre, chaque trait, chaque ride, afin d’atteindre la perfection absolue. L’heure était venue de découvrir si l’imagination, aussi débordante et variante qui m’habitait depuis, était à la hauteur de mes esquisses les plus folles.
Je me l’étais imaginée tantôt blonde, tantôt châtain, mais jamais noire, ou autre, me découvrant, de fait, une attirance insoupçonnée pour ces deux couleurs ; mais, et surtout, jamais je ne la visualisai comme le rouge flamboyant qui illumina mes prunelles. Seule une mèche d’un noir profond venait contraster cet océan houleux déferlant comme un torrent jusque sur ses épaules.
Et ses yeux ! Putain ces yeux ! Même dans ce lieu où la lumière passait par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, ils étaient immuablement d’un dégradé allant du bleu très clair, passant par un gris pâle, virant au jaune, pour finir dans un vert presque insoupçonnable. Perçants. Envoûtants. Froids, mais qui, cependant, brûlaient mes rétines à vif.
Et cette bouche ! Putain ! Cette bouche de laquelle sortait cette gravité de ton tout empreint d’une incroyable suavité ! Je ne pouvais plus m’en détacher. J’étais hypnotisé. Suspendu à ses lèvres derrière lesquelles brillaient, au centre, ce que beaucoup nomment les dents du bonheur, et qui, en ce qui me concerne, acheva de me charmer.
Comment lui dire que la réalité dépassait mes rêves ?
Je n’ai jamais été un beau, et encore moins un grand, parleur. Les mots, pour moi, sont souvent inutiles. Je préfère aux grands discours les faits, les gestes, les attentions. Aussi plus que lui répondre, la rassurer, je me contentai d’esquisser un sourire. Léger, mais un des plus sincères, sinon le plus que je n’ai jamais fait inconsciemment.
L’eût-elle perçu comme tel, m’avait-elle déjà percé au point de comprendre que ce silence en disait déjà plus long qu’une réponse ?
Me voyant en arrêt total, elle trinqua son verre contre le mien, but une gorgée, le posa, et s’assit sur le siège vide qu’elle tira afin de se placer au plus proche de moi, jambes croisées à quelques centimètres de mon genou.
Elle me jugea. Longuement. Tentant de cerner le vrai du faux. Se demandant si je la charriais ou si, comme avoué, je le trouvais réellement charmant.
Je ne la regardai pas se lever. Pas plus que je n’osai quitter du regard les bouteilles alignées derrière le bar, me contentant de vider trois autres bières avant qu’elle ne revienne.
Était-ce une invitation, ou me signifiait-elle simplement que, contrairement aux rythmes endiablés des séries précédentes, elle n’aimait pas les musiques lentes et les mains baladeuses ?
OK. On était sur la même longueur d’onde, donc !
Sans attendre ma réponse, elle partit, me laissant seul commander.
Verre de coca en main, une fois n’est pas coutume, je la rejoignis, découvrant que le lieu disposait d’une cour intérieure où tous les fumeurs se retrouvaient lorsque le manque de nicotine était trop présent pour ne pas s’en griller une.
Quelques couples, malgré l’absence de musique, dansaient un silencieux slow tout en tirant à grande bouffée sur leurs cigarettes avant de s’embrasser. Çà et là, d’autres attroupements fumaient en discutant. Je l’aperçus, assise sur une chaise digne d’un salon de jardin ayant bien vécu, tout en plastique, et d’un vert jadis éclatant ayant viré au pâle avec le temps, cigarette aux lèvres.
Souriante, elle me regarda la rejoindre.
Après un léger flottement, elle éclata d’un rire qui résonna dans ce lieu bien moins que dans mon être.
Elle laissa sa phrase sans fin, et moi accroché à ses lèvres qui suçaient ce petit bout de papier d’une manière si sensuelle que mon sexe, déjà au garde-à-vous, palpita. Elle finit sa cigarette sans me quitter des yeux, l’écrasa dans le cendrier posé sur la table basse, se leva, et me prit la main.
Tel un pantin, je la laissai me guider jusqu’à l’entrée.
Son imperméable en cuir récupéré, nous sortîmes, en silence, sans que ni l’un ni l’autre n’éprouve le besoin de parler, puis, me reprenant la main, elle m’emmena dans son sillage.
Je la suivis, sans savoir, sans même chercher à savoir, comment elle comptait apaiser cette faim soudaine à une heure si matinale. On marcha une centaine de mètres avant que je ne comprenne.
Face à la gare, dans une ancienne habitation transformée en cabane à frites pour fêtards noctambules, elle se commanda un américain, qu’elle refusa que je paye, un coca light, et une bière que je lui laissai m’offrir face à son insistance.
Sur un banc, elle mangea d’abord ses frites baignant généreusement dans la mayonnaise, sans crainte ni peur de tacher sa ravissante et légère robe noire sur laquelle elle avait déposé le sandwich emballé dans du papier alu. Moi, tout en lapant à petite gorgée ma bière, j’osai déguster un mets bien plus goûteux, bien que moins calorique : ses lèvres luisantes de graisse.
J’étais suspendu, hypnotisé par ce mouvement, somme toute banal, mais qui, pour la première fois de ma vie, m’érotisait au point que je ne pouvais en détacher les yeux.
J’eus un moment d’hésitation. Non pas de saisir la frite qu’elle me tendait, mais de lui lécher la pointe de sauce qui me narguait insolemment sur sa lèvre inférieure. Mais je déclinai sa proposition, et ravalai mon envie de goûter à cette tentation qui maintenait une érection à m’en faire mal. Un mal pour un bien, pensai-je. Mais bon. Si bon.
Elle ne finit pas entièrement le pain, qu’elle coupa en petit morceau et qu’elle dispersa tout autour du banc, prenant soin de me préciser que les oiseaux seraient heureux d’avoir un petit déjeuner au lever du soleil, puis me proposa à nouveau une cigarette.
Merde ! Moi qui pensais avoir été relativement discret !
Joignant le geste à la parole, surpris de la rapidité avec laquelle elle posa sa main, elle acheva de me tuer sur place en touchant l’endroit même où la dureté était à son comble.
Totalement sous contrôle, ou plutôt ayant perdu tout contrôle, je fermai les yeux, et concentrai toute mon attention sur mon ressenti. Physique dans un premier temps, puis auditif.
Un à un, elle déboutonna mon jean avec une lenteur aussi insoutenable qu’électrisante, et prometteuse, puis la main glissa sous mon boxer. D’une douceur infinie, elle me caressa le sexe, tout en fumant. L’entendre aspirer, expirer, tout en passant un doigt sur mon gland procura un plaisir tout aussi jouissif que si c’étaient ses lèvres qui œuvraient et non son index. Elle m’aurait avalé la queue que les sensations qu’elle me procurait n’auraient pas été meilleures. J’étais aux anges. Sous le contrôle total de cette presque inconnue, dont je ne connaissais qu’un début de prénom, bite à l’air, assis sur un banc, en ville, branlé comme un adolescent.
Cinq jets. Cinq longs et puissants jets atterrirent sur ma chemise. Elle ne m’avait plus en main, et pourtant j’avais encore la sensation d’avoir ses doigts sur moi. Ma queue fouettait l’air frais printanier de cette nuit particulière, comme un appel à plus. Encore plus. Raide alors qu’elle venait de jouir.
Lorsque je rouvris les yeux, elle avait disparu. Seules les traces de ma jouissance indiquaient que je n’avais pas rêvé. Et un mot : même jour, même heure.
ooOoo
Qu’elle fut longue cette semaine ! La plus longue de toute ma vie !
Certains auraient compté les jours, moi je comptais les heures. Aussi, le vendredi suivant, me rasant, j’en étais à compter les minutes. J’avais même mis le compte à rebours sur ma montre, ayant réglé non pas à minuit, mais à vingt-trois heures trente précises l’instant tant espéré de nos retrouvailles.
Ce ne fut pas l’envie qui avait manqué de le faire, mais je préférais faire perdurer les sensations que j’avais ressenties, plutôt que balayer ce merveilleux souvenir d’une bonne branlette solitaire.
Lorsqu’elle sonna enfin, ma montre, j’étais dans un état incroyablement nouveau et insoupçonnable. J’étais tout aussi impatient, après avoir égrené ainsi les secondes, qu’inquiet.
Et si elle ne venait pas ?
Et si elle s’était simplement jouée de moi ?
Le seul moyen de savoir étant d’y aller, après avoir réglé le chronomètre sur minuit, j’entrai.
Le club était quasi vide. Peu de danseurs, et quasi personne au bar. Installé à mon habituel siège, le barman m’apporta, en plus de mon habituelle bière préférée qu’est la despé, un mot qu’il déposa avant de poser le verre dessus, comme il l’aurait fait d’un sous bock, puis il répartit en répondant sans que ne je lui pose la moindre question : déjà payé.
Tout sourire, je bus une gorgée, reposai le verre bien centré dessus ce petit bout de papier que je fixais.
Pris de panique, je me retournai pour tenter de la retenir.
Inutile tour de chaise !
Elle était face à moi, et, avant que je ne puisse ouvrir la bouche, elle collait ses lèvres aux miennes. Passée la surprise, je la laissai, à nouveau, prendre un contrôle que, décidément, j’avais totalement perdu. Elle me picora délicatement les lèvres, puis, ne sentant pas la moindre résistance, elle glissa sa langue entre.
Lentement, savourant tout l’effet et l’emprise qu’elle avait sur moi, elle chercha la mienne, joua avec, tout en se glissant entre mes jambes. Partant du visage, elle glissa ses mains, fit une légère halte sur mon cou, joua quelques secondes avec la pointe de mes seins, puis descendit jusqu’à les poser sur mon sexe.
Comment se pouvait-il qu’elle me possède ainsi ?
Jamais personne n’avait pu ? N’aurait pu ?
Et pourtant. J’étais à sa merci. Un pantin. Un jouet. Une marionnette dont elle avait su trouver les ficelles et qu’elle maniait maintenant à sa guise, suspendue à ses lèvres. Et loin de me déplaire, je savourais cette emprise avec un plaisir aussi puissant qu’étaient délicats ce baiser et ces caresses. Elle me possédait. Parfaitement conscient qu’elle me manipulait, incapable de faire le moindre geste, je la laissai faire. Mieux. J’y trouvais mon plaisir. Je ressentais son souffle sur ma joue, plus encore que ses doigts chatouiller mon sexe à travers le jean.
Lorsqu’elle me dit : « ouvre les yeux », et que je vis briller ce pouvoir tout en savourant l’humide contact de ces lèvres sur les miennes, j’étais au bord de l’explosion.
Par quel miracle pouvait-on être connecté au point qu’elle ressentit que j’allais jouir ?
Est-ce humain de deviner à ce point un autre être que soit ?
Qu’importe ! Elle sut ! Aussi brisa-t-elle tout contact, et me dit simplement :
Elle recula, fit pivoter mon siège, me fit un humide baiser dans le cou, puis m’acheva d’un langoureux :
Comme d’habitude le barman me servit bières à la chaîne sans que je ne bouge. Sans que je ne la cherche des yeux, sans qu’elle ne daigne venir me rassurer de sa présence.
Comme d’habitude, j’avais l’air absent. Ailleurs. Loin de ce lieu bruyant. Loin de cette foule se déhanchant. Loin de tout. Je faisais le point avec moi-même.
Sortant de mon habituelle absence, je fixai quelques instants le verre, puis le vidai d’un trait. Après un passage par les toilettes, je sortis, marchai quelques pas, m’allumai l’habituel cigare de fin de soirée, et lus enfin le mot qu’elle m’avait laissé, des heures plus tôt.
Hôtel de la gare.
Chambre 101.
1319B
N’oublie pas l’américain, le coca et ta bière.
Souriant, sandwich en main, je pris la direction de la gare, non sans me demander si le barman n’avait pas, subtilement, changé le mot lors d’un des nombreux échanges de verres. Aussi me refis-je le film de la soirée.
Résolu quant à l’impossibilité qu’il ait pu intervertir deux messages, je tapai le code, puis pris les escaliers, l’ascenseur nécessitant la carte de la chambre pour s’ouvrir.
Arrivé au premier étage, la première porte, entrouverte, attendait ma venue. Après avoir vérifié le numéro, 101, une lumière douce illumina l’entrée lorsque je la poussai. La porte de la salle d’eau me faisant barrage, je bifurquai à droite. Sur le lavabo, un mot m’attendait. Porte fermée, je le dépliai.
Douche.
Vite, j’ai faim.
Direct. Concis. Tout elle !
Je fis au plus rapide, et c’est en tenue d’Adam, simplement vêtu d’une serviette sur les hanches, et bandant comme un âne, que j’éteignis la lumière.
À ma grande surprise, lorsque j’ouvris la porte, la chambre n’était pas plongée dans le noir. La lampe de chevet irradiait de ses rayons jaunâtres la pièce.
J’étais venu. J’avais obéi. Il était trop tard pour que j’arrête si près du but.
Elle était là. Nue, elle aussi, du moins du haut, et assise dans le lit à me fixer.
Après avoir aperçu ses seins, et les avoir gravés, profondément dans ma mémoire, je m’avançai, américain fièrement tendu.
Tout penaud, et pris en faute, je la rejoignis sur le lit.
Je restai quelques secondes, bras tendu, à ne pas comprendre, à attendre.
Assis à son côté, une à une, je lui donnai la becquée, jusqu’à la dernière frite, savourant, à ma manière, cet instant pour le moins gras. Ses lèvres luisaient, malgré le peu de lumière provenant de derrière elle. Je n’avais qu’une envie. Les dévorer. Les laver de toutes traces qu’elle, j’en étais conscient, mais si dépendant, laissaient consciemment, ayant compris que j’avais une attirance particulière pour cette partie du corps.
Envoûté. Il n’est pas d’autre mot pour définir l’état dans lequel j’étais. Qu’elle me mettait.
Beaucoup auraient regardé ses seins, opulents, mais proportionnés, et surtout tentants, qui me narguaient insolemment, mais elle m’avait cerné plus que quiconque, et ne sembla pas déçue ou vexée que je ne braque pas toute mon attention dessus. Même si je les avais vus, admirés, mon regard était ailleurs.
Putain ! Ses lèvres !
Dans le noir, je la sentis me prendre de la main la demi-baguette qui contenait encore le steak et une bonne dose de mayonnaise. Le lit bougea.
Pas moi. J’attendais.
Quoi ?
Aucune idée !
J’aurais pu rester des heures à attendre. Sans bouger. Sans oser. À simplement l’entendre manger. L’imaginer les ouvrir, ses lèvres, croquer dans ce morceau de pain, puis mâcher.
L’attente fut brève. L’ordre claqua comme un coup de fouet. Comme un éclair dans la nuit noire. Comme dit plus tôt d’un prometteur ce soir on inverse les rôles.
À tâtons, j’avançai une main.
Une cuisse. Douce.
De la droite, je trouvai l’autre.
Tout aussi douce, sinon plus.
Placé entre, sans les quitter des doigts, j’avais, dans l’obscurité la plus totale, le chemin me menant là où elle désirait que je sois.
Je ne sais pas qui de nous deux était le plus affamé !
Elle qui finissait son sandwich, ou moi qui lui dévorait cet antre, encore plus doux que ce que je tenais et ne voulais, pour rien au monde, quitter des mains ?
Peu importait, et… je m’en foutais.
À mesure qu’elle finissait ce morceau de pain, je me nourrissais bien plus plaisamment qu’elle. La picorant dans un premier temps, mais vite enclin à mordre à pleines dents dedans, comme elle, son sandwich, je la grignotai, puis la tétai, sans peur ni crainte, à mesure qu’elle engloutissait, elle aussi, un mets attendu et promis.
Entre chaque bouchée, elle m’interpellait, m’encourageait, m’expliquait.
C’était direct. Franc. Réel. Crû. Gras. Bon.
Elle disait vrai la garce !
Et plus elle m’expliquait, plus je foutais le nez dedans.
Sueur, sans nul doute. Mais plus que cela, elle exhalait l’envie, l’excitation, le besoin de jouir. Encore.
Elle m’avait plus que cerné. J’en dépendais comme l’alcoolique tète son goulot jusqu’à la dernière goutte.
Elle aurait pu ne pas me tenir la tête fermement plaquée que je n’aurais pas esquivé cette dernière et ultime offrande. J’étais sien. Bien avant d’avoir son sexe en bouche. Bien avant qu’il ne me crache cet ultime et attendu final espoir. J’étais déjà sa chose. Son jouet, comme elle me nomma. Son truc à jouir. Son plaisir.
Du plaisir, j’en pris. Sans doute autant, sinon plus qu’elle. Et ce ne fut pas ces quelques gouttes de pisse qu’elle ne put retenir en lâchant enfin tout le contrôle qu’elle avait jusque-là tenté de conserver qui me répugnèrent.
Au contraire ! Je m’en délectais.
Mieux. J’en redemandais. En attendais plus. Bien plus.
Mais pour une première, c’en était assez. Aussi la laissai-je reprendre tranquillement son souffle.
On s’endormit l’un contre l’autre. Elle, épuisée d’une jouissance aussi silencieuse que grandiose, moi, la queue tendue, mais fier et, surtout, heureux comme rarement je ne le l’avais été.