| n° 19788 | Fiche technique | 63338 caractères | 63338Temps de lecture estimé : 36 mn | 02/09/20 corrigé 05/06/21 |
| Résumé: Long plan-séquence sur une rencontre entre chien et loup. Un conte romantique et crépusculaire, qui sème quelques petits cailloux en chemin. Lu ou relu, est-il tout à fait le même ? | ||||
| Critères: fh voir strip caresses pénétratio confession -rencontre -amouroman | ||||
| Auteur : Amarcord Envoi mini-message | ||||
Ils avancent côte à côte dans la rue baignée par les lueurs du soleil couchant avec lequel elle rivalise, radieuse, la lumière cuivrée offrant à sa silhouette et son épiderme une vibration particulière. Elle marche moins qu’elle ne vole, à vrai dire, chaque foulée est majestueuse et décidée, et il doit lui-même allonger le pas pour rester à sa hauteur. Mais qui pourrait se permettre de ne pas la suivre ?
De temps en temps, il lui jette un coup d’œil, dont on ignore s’il exprime l’admiration ou l’étonnement. Il ne sait pas trop par quel miracle elle le conduit chez elle. Il ne sait pas grand-chose d’elle non plus, à part son prénom : Gala. Elle doit avoir dix ou douze années de moins que lui, et lui-même vient à peine de franchir le cap de la quarantaine. Physiquement, il se tient, du moins en apparence. Si le temps a un peu durci les traits de son visage, celui-ci a gagné en caractère ce qu’il a perdu en douceur juvénile. Il ne fait pas vraiment son âge, lui dit-on, sans qu’il ne sache s’il s’agit d’un compliment ou d’un reproche. Il se sent épuisé, pourtant, usé avant l’heure. S’inscrire dans la vie lui réclame un effort, et il lui arrive de douter d’en avoir encore l’énergie ou la foi. Jérôme, son toubib de frère, s’en était inquiété récemment. Fais gaffe, Léo, t’as l’air crevé, déprimé, passe faire un check-up un de ces jours, ne fût-ce qu’un ECG, une prise de sang… T’as 40 balais, mon grand, bienvenue au rayon des emmerdes. Il avait haussé les épaules. Les emmerdes, depuis le temps qu’elles pleuvent… Trop de combats perdus, trop d’acharnement mal récompensé à suivre sa vocation, si peu rémunératrice qu’elle forme plutôt un apostolat. Trop de déceptions amoureuses aussi : c’est séduisant, un artiste, mais ce n’est pas très rassurant, quand il fuit tout compromis. Tant qu’on est seul, on peut se priver de beaucoup, mais on ne s’étonne pas alors de vivre en ermite involontaire. L’amour de l’art vous mène à la sainteté. Parfois au martyre.
Alors il n’en revient toujours pas de son audace de tout à l’heure, ni de son résultat inespéré, et il savoure chaque seconde de ce cadeau inattendu que vient de lui concéder la vie, qui en a été bien avare. Des filles, il en a levé un paquet, autrefois, et parfois de bien jolies. Mais là, c’est différent, et pas seulement parce qu’il a passé l’âge et perdu le goût des aventures passagères. Cette fille à ses côtés, elle lui semble tombée du ciel. Ce n’est pas seulement qu’il la désire, elle le renverse, il en éprouve un petit pincement au cœur. Il vit ces minutes doublement, il en arrêterait bien sa montre, histoire que demain le laisse en paix. Demain ? Il passera voir ce galeriste prétentieux, sans trop d’illusions. Ça risque de le stresser, l’irriter, le décevoir, une fois de plus. Et puis il finira aussi par le passer, ce coup de fil à Jérôme. Ces angoisses matinales, cette oppression, cette acidité qu’il sent sourdre le long de l’œsophage, ça pue l’ulcère, et c’est chiant, mine de rien. Mais au diable demain, seul aujourd’hui compte, et là, aucun danger de somatiser, il ne s’est jamais senti aussi léger, en accord avec le monde. Il est avec elle. Un ange échappé du paradis pour tenter les hommes, avec ses jambes longues, si longues, son sourire qui liquéfie, son regard qui pétrifie. Un miracle de femme.
Elle déverrouille la serrure, bascule l’interrupteur. Pousse la porte de la vaste pièce de séjour. L’appartement est comme elle, d’une élégance à la fois simple et lumineuse, il respire la fraîcheur, relevée d’une discrète note boisée. Il la voit se découper en contre-jour dans l’embrasure de la fenêtre. Elle jette un regard à l’horloge, admire un instant le spectacle du soleil couchant, et règle aussitôt les lattes des stores. La lumière frisante découpe des rayures ocre sur le parquet, révélant au passage de fines particules en suspension, qui dansent en scintillant. Elle aussi, elle danse, et c’est merveilleux, se dit-il, en admirant la grâce avec laquelle elle se meut, le moindre geste est souple, harmonieux, celui qu’elle fait à l’instant pour dénouer la ceinture de sa saharienne, la petite moue amusée quand il se précipite pour l’aider à s’en débarrasser.
Elle se tourne vers lui, elle le regarde, avec un mélange de curiosité et de malice.
Il se sent tout con, à présent. Disparue, sa belle audace. Que doit-il faire ? Respecter un délai convenable, faire connaissance ? Attendre qu’elle lui offre un verre, ou qu’elle mette un CD, pour soi-disant détendre l’atmosphère ? Il se dit aussitôt que ce sont là des idées de vieux con, sait-elle encore seulement ce qu’est un CD ? Et puis cette fille n’est pas commune. Pas le genre à meubler la conversation de propos banals, et encore moins à minauder, noyer la pièce dans une fade musique lounge, et allumer de foutues bougies à l’encens. Que faire, alors ? L’embrasser ? Elle t’a fait venir pour baiser, elle t’a pas promis le grand amour, patate ! Dommage. Vraiment dommage. Il l’embrasserait bien, lui. Il tâche déjà de s’interdire d’en faire un motif de déception. Avoir emballé un tel canon devrait le combler. Et voilà déjà que ça ne suffit plus, qu’il rêve d’amour éternel. C’est bien lui : incorrigible idéaliste. Chasseur d’absolu. Mais homme, avant tout. Son désir monte. Le malaise aussi : elle lui fait face, elle attend qu’il ferme cette parenthèse de léthargie.
Elle acquiesce, sourit, ne relève pas. Merde. Vite, enchaîner. Il se défausse, lâchement.
Un temps d’arrêt. Une hésitation. Un sourire plus large.
Gagné, cette fois elle rit de bon cœur.
Elle lui tend la main, il la saisit.
Il l’éloigne de la fenêtre, la dirige vers le milieu de la pièce.
Il prend le temps de la contempler, tâche de la déchiffrer, comme on isole les arômes d’un grand cru. Follement désirable, et pourtant tout en elle dégage une forme de pureté et d’innocence. Une beauté triomphante, débarrassée des naïvetés ou maladresses post-adolescentes, et préservée des stigmates du temps. Sa sensualité irradie, en fuyant toute sophistication. Un visage d’une infinie douceur, lumineux, encadré de cheveux châtain clair, coupés à hauteur d’épaule. Sous un joli nez, un amour de bouche aux lèvres pleines, à peine couvertes d’un rouge à lèvres à la subtile teinte vieux rose, celui d’une rose thé. Comme une promesse de baiser, à frémir. Et puis ces yeux. Sous l’arc de sourcils joliment dessinés, et sans cette manie contemporaine de les discipliner jusqu’à leur donner l’apparence d’un artifice, un regard couleur de bleuet, intense, mais sans arrogance. Ce qui achève de la rendre irrésistible, ce sont ces paupières au pli légèrement marqué, un soupçon d’ombre qui souligne son regard d’un surcroît de douceur rêveuse. Peut-être a-t-elle passé une légère touche de blush au pinceau sur son visage, mais si maquillage il y a, il doit être subtil et minime : sa beauté vous cloue d’autant plus sur place qu’elle est totalement naturelle.
Il la découvre douce et féminine, et pourtant forte, probablement consciente de la grâce qui est la sienne, mais n’en tirant aucune vanité. Et puis cette voix au timbre feutré, cette diction parfaite sans être maniérée, chaque mot tombant avec l’éclat du cristal… Quelle classe ! Pourquoi lui a-t-elle cédé si facilement ? Serait-elle… ingénue ? Coquine ? Libertine ? Un à un, il barre dans sa tête les adjectifs qui ne collent manifestement pas. Il mise plus simplement sur curieuse. Voilà : elle a pris le risque de se confronter au désir de cet inconnu par curiosité. Ce sera donc à lui d’envoyer le service, et de voir si elle renvoie les balles. La surprendre sans la choquer. La troubler, peut-être. Mais il en est convaincu : au-delà des apparences, c’est bien elle qui gardera le contrôle.
Il se rapproche d’elle, leurs corps se frôlent en silence, leurs regards se croisent. Son cœur se remet à battre plus fort. L’émotion du musée refait surface. Elle semble elle aussi réceptive, mais ni elle ni lui n’osent pourtant franchir le stade du baiser, encore incertains sur l’enjeu de cette rencontre. Alors il se jette à l’eau, et avec une solennité qu’il juge aussitôt parfaitement ridicule, il prononce la formule qui ouvre la cérémonie.
Elle sent les doigts de l’homme manipuler la fermeture éclair de sa délicieuse petite robe sans manches, la faire coulisser avec précaution dans son dos. Elle se coince à mi-parcours, pourtant, et il s’acharne avec maladresse, tout en tâchant de rester patient, histoire de la déshabiller avec classe. Voilà qui est déjà raté. Elle tourne son visage, ne parvient pas à réprimer de ses mains un petit rire charmant. Comme pour s’excuser, elle lui adresse un clin d’œil indulgent, et se charge elle-même de débloquer à l’aveugle la fermeture récalcitrante. Elle lui obéit aussitôt, fendant la robe jusqu’à sa chute de reins. Elle envoie valser ses escarpins, découvrant ses pieds nus, ôte sa robe, qu’elle lance sur le canapé.
Elle est comme il s’y attendait encore plus sublime à peine vêtue, cette jeune femme enivrante. Nœud dans la gorge.
Déjà elle enchaîne, ses mains fines partent à la recherche de l’agrafe, pour lui faciliter la tâche, faisant saillir ses omoplates. Le genre de petits bonheurs anatomiques qui le mettent dans tous ses états.
Elle obtempère, amusée. Adopte une mimique faussement contrite d’écolière repentante venant de s’être fait surprendre à fumer dans les toilettes, au Couvent des Oiseaux. Très vite, elle relève la tête, malicieuse, et fait comprendre par un langage des signes apocryphe qu’elle sera désormais silencieuse et obéissante. Sauf qu’au journal des malentendants, on a rarement droit en prime à un charmant baiser soufflé.
Elle veut donc jouer à la poupée… Il prend sa main, la soulève bien haut, et d’une pression sur le creux de son dos nu, il la fait tourner lentement. Elle a repris son sérieux, du moins en apparence, mais elle se dresse sur ses orteils, telle une ballerine. L’intention est clairement ironique, l’effet parfaitement érotique. Le voilà qui bande.
Il se place derrière elle, effleure chaque vertèbre de son dos qui se termine en apothéose sur un amour de petit cul haut perché. Il résiste à la tentation de l’agripper. Patience. « Tracez vos limites avec goût », a-t-elle dit. Il faudrait qu’elle l’aide. Elle se tait. Mais il a pourtant l’impression qu’elle lui parle, comme au musée. Qu’elle le rassure. Qu’elle trouve le jeu d’autant plus charmant qu’il n’est pas tout à fait innocent. Le vague souvenir de ce feuilleton américain qu’il suivit distraitement un soir d’insomnie se superpose à l’image de la fille. Il sourit. Première leçon de mentalisme… Changer d’angle. Provoquer. Observer.
Il est à présent tout proche, dans son dos. Il pose un baiser sur sa nuque, applique ses mains sur ses côtes, il les sent se soulever et s’affaisser, il perçoit son souffle qui s’accélère, elle est émue, elle goûte la troublante excitation de ce moment si fragile, incapable de deviner où vont la conduire les mains de l’homme, qui effleurent sa peau, emprisonnent ses flancs. Il accentue légèrement sa pression, elle sursaute, ferme un instant les paupières, incline son visage, envahie par le trouble, consciente qu’il se fera sans cesse plus insistant, plus précis et plus exigeant, et que bientôt elle sera nue sous ses doigts. Elle préfère se taire, suspendue à ce fil encore fragile, entre excitation et appréhension, et elle lui est reconnaissante de ne pas précipiter les choses, de laisser s’installer le mystère du désir.
Elle baisse les yeux. Est-elle vraiment embarrassée, ou surjoue-t-elle la gêne, pour l’encourager dans cette voie ? Il cherche à le savoir, quitte à lui prouver qu’il n’est pas dupe.
Elle réagit enfin, d’un joli et souriant non de la tête. Un encouragement. Curieuse. Joueuse. Mutine. Généreuse. Délicieuse.
À présent, c’est lui qui glisse délicatement un doigt sous la lanière du soutien-gorge, libère l’agrafe, les fines bretelles se détendent, glissent sur les épaules. Dans un réflexe qui n’est cette fois pas simulé, elle se couvre les seins de ses bras croisés, et cette pudeur instinctive est adorable, émouvante.
D’un geste qui est plutôt une prière, il touche un bras, et elle s’exécute spontanément en se révélant. Le soleil est encore descendu sur l’horizon, et les rais de lumière cuivrée traversant le store zèbrent son anatomie en bandes contrastées. Le soleil couchant, pas fou, lèche amoureusement une merveille de petite poitrine, parfaitement proportionnée, tendrement naturelle, couronnée de mamelons bruns qui n’ont même pas besoin d’être érigés pour être déjà saillants.
Il l’avait aussitôt trouvée belle. Il n’imaginait pas à quel point. Vénus.
Il l’admire sous tous les angles, rassemble ses bras derrière la tête, mains croisées. Du revers de la main, il caresse la surface d’un sein. Elle frissonne. Il insiste, s’attarde plus fermement sur la sombre aréole qui ne tarde pas à s’éveiller. Elle ferme les yeux, bascule la tête en arrière, le souffle de sa respiration se fait plus irrégulier, perturbé par de petits accidents. Elle n’ignore pas l’effet qu’a sa poitrine sur les hommes, elle sait que celui-ci non plus ne pourra pas résister à la tentation de l’effleurer, la recueillir dans ses paumes, et guetter le moindre signe d’émotion pour s’enhardir. Le voici qui pose quelques baisers à la surface de son cou gracile, ses lèvres redescendent délicatement en papillonnant sur ses aisselles, suivent la courbe de sa poitrine, butinent leurs fleurs à présent écloses, et suggestivement congestionnées sous l’action conjointe et savamment dosée d’une langue caressante et d’incisives un peu plus insistantes. À chaque doux suçon, chaque gentille traction, la respiration de la fille sursaute. Elle lui laisse toujours l’initiative, s’abstient de l’encourager à insister, un peu à regret, tant elle est réceptive à ces stimulations-là.
Il rejoint à présent de sa bouche le ventre plat, velouté, parfumé, et s’arrête à la limite du délicat petit bout d’étoffe noir, ultime rempart de sa pudeur. Il se redresse, la dispense de maintenir la pose, lui baise les mains, puis les ramène vers elle, le long du corps, à hauteur de l’élastique.
Elle a parfaitement compris ses attentes. Les yeux toujours clos, elle s’exécute petit à petit, centimètre par centimètre, indiquant par cette lenteur calculée qu’elle prend un plaisir manifeste à cette séance de déshabillage si inégale : n’est-elle pas seule à se découvrir ? Elle gigote imperceptiblement pour faciliter la tâche, et ce n’est que lorsque ses bras sont tendus qu’elle laisse choir le peu qu’il lui reste de vêtement sur les chevilles, révélant le pli de sa douceur sous l’ombre d’un buisson soigneusement taillé en triangle. Le soleil illumine un imperceptible duvet blond à la surface de ce ventre plat, jusqu’à la naissance de la toison sombre, un bouleversant contraste entre innocence et pure tentation. Un accord presque musical : la blonde douceur d’ange scintille, la pilosité intime martèle la note grave et insistante de la tentation. Il n’aime pas cette mode des sexes chauves, infantilisés, rien n’est pour lui plus appétissant que de découvrir ce marqueur que la nature a trouvé pour indiquer que la fille est bientôt femme, sexuée, et même sexuelle. Et son émotion est encore accrue quand, comme c’est le cas pour Gala, la toison sombre contraste avec la couleur pourtant naturelle de ses cheveux, d’un châtain si clair qu’il ne faudrait pas beaucoup de mauvaise foi pour la ranger parmi les blondes. Il aimerait en ce moment qu’elle ouvre les yeux, qu’elle voie son émotion, et puis que le bleu si tendre de ses iris vienne illuminer son beau visage, achevant de révéler son énigme. Cette fille est faite d’un alliage inconnu, aussi pur dans la douceur que dans la provocation. Un visage d’ange, un corps à se damner.
Quant à elle, si elle garde les yeux clos, c’est pour mieux se concentrer sur l’expérience. Elle tente de capter chacun de ses mouvements, de deviner vers quelle nouvelle étape se dirigeront ses gestes, à présent qu’elle est nue. Quand la main de l’homme frôle son velours, ose un premier contact, lent et doux, avec l’ourlet de son sexe, elle émet un soupir tremblé. Elle devine maintenant à l’oreille qu’il s’est agenouillé, de petits baisers coulent à la surface de son ventre, jusqu’à mourir au creux de ses cuisses, il inspire, cherche son parfum, pose ses lèvres d’homme sur celles de sa féminité, et cet hommage encore timide n’en est que plus charmant. Elle le sent ému, elle découvre tout le pouvoir qu’exerce son corps sur l’homme qui la contemple. Sans même qu’il ait à le dire, elle se sait à cet instant infiniment belle, et elle savoure à l’aveugle la sensation de n’être plus couverte que par le désir de l’autre.
Elle se saisit quand il se redresse, la soulève, elle ouvre les yeux. Il la porte dans ses bras vers la table, une grande dalle rectangulaire de marbre blanc, l’y pose aussitôt. Elle craint un instant la faute de goût, ou pire : qu’il ne se précipite, interrompe ce savant ballet commun où tout est échange, ravissement et consentement, pour imposer l’urgence de son désir et s’imposer à elle. Mais non, il s’empare d’une cheville, la soulève, la ramène vers la surface de la table, y pose le pied à un endroit soigneusement choisi pour que le genou se plie avec l’angle souhaité. L’avantage des musées : on y croise plus d’esthètes que de brutes.
Un peu fébrile, il saisit ses fins poignets, les guide, écarte ses bras, et pose la paume des mains à plat sur le plateau de marbre, loin en retrait. La voilà exposée, étirée, renversée, renversante aussi.
Il inspire profondément, photographie mentalement cette vision qui semble à la fois le ravir et le perturber.
Son regard se détourne et balaie la pièce à la recherche d’un miroir, mais revient vers la belle alanguie, bredouille. Pourquoi est-elle donc si modeste, au point de se moquer du reflet de sa vertigineuse beauté ?
Le visage toujours tourné vers le plafond, elle confirme, d’une dénégation de la tête.
Elle confirme, secouant la tête avec davantage encore de conviction, avec aussi l’ébauche d’un sourire, et un probable soupçon de coquetterie, consciente du ravissement esthétique et érotique que ce mouvement provoquera en lui. Tant mieux, se dit-il. Moi non plus, je n’ai aucun goût pour ces artifices et ces rapports de force. Sa beauté suffit à le combler. Elle règne, éblouissante, presque insoutenable.
Il sursaute. Voilà qu’elle parle à nouveau. Il en est soulagé. Elle a gardé la pose, mais redressé la tête, elle l’observe, l’ovale de son visage un peu incliné. Sa voix est toujours aussi claire, chaude, assurée, amusée.
Son doigt parcourt délicatement le corps de la belle, traçant de savantes arabesques, elles épousent langoureusement les courbes de son corps. Parfois, cette patiente calligraphie se resserre en spirales plus ciblées, autour de son nombril ou de ses mamelons, et elle ne peut s’empêcher de frémir à chaque fois que cette phalange vagabonde bute sur l’obstacle d’un téton dressé, qu’elle force le passage d’un élan plus brusque qui, telle une minuscule chiquenaude, le laisse un instant tremblant.
Elle est pensive, sourit.
Il marque une pause, la regarde attentivement, conscient qu’il vient seulement d’entamer l’exploration de ses sortilèges.
Le compliment est excessif, elle éclate de rire, et ceci achève de le faire fondre. Cet éclat lumineux qui brille entre ses lèvres, ces yeux plissés, cette cascade si joyeuse, juvénile et spontanée. À cet instant précis, il meurt d’envie de l’embrasser, de déposer prématurément à ses pieds ravissants ces trois mots si simples et définitifs, trop souvent galvaudés. Elle éveille sa tendresse autant que son désir, il a déjà dépassé le stade de l’accoutumance. Pour quelques doses de sa grâce, il sacrifierait tout.
Elle sourit un peu mélancoliquement, les yeux tournés vers l’angle de la pièce, revoyant manifestement ce qu’elle décrit.
Il acquiesce, lui caresse gentiment le bout du nez, et choisit de changer de sujet.
Elle réfléchit, hoche la tête.
Elle se soulève, quitte la table, debout contre lui, et le gronde affectueusement.
Mêlant le geste à la parole, elle guide la main de Léo vers son coquillage. Avec autant de soin que d’émotion, il procède au doux constat. Sans le quitter des yeux, la bouche ouverte, elle commence à haleter tandis qu’il caresse son sexe humide. D’une pression, elle lui enjoint pourtant de freiner. Ses yeux brillent, son merveilleux rire enfantin se déclenche à nouveau, aucun doute, elle va le charrier…
Ils rient ensemble, de plus en plus complices, alors qu’il l’enlace et s’exécute, ses doigts striant son postérieur glacé.
Elle pose un doigt sur ses lèvres, pour lui imposer le silence. Il n’en peut plus de désir, collé à son corps parfait, si proche qu’il perçoit le parfum sucré de sa peau nue. Elle pose une main sur sa tempe avec une tendresse infinie, presque maternelle. Elle s’aventure ensuite, si fraîche et si douce, si experte aussi à le dévêtir, elle déboutonne la chemise avec une sensualité savante. Elle glisse sur son torse, et c’est comme une vague de sensualité qui l’emporte, allumant chacune de ses terminaisons nerveuses. Elle s’impatiente, le déshabille avec une hâte presque violente, colle sa peau contre la sienne, et il voit que ce contact la chavire autant que lui.
Elle se love contre lui, le couvre d’une lente pluie de baisers minuscules, leurs gouttes éclatent avec le même éclat cristallin que sa diction parfaite. Arrivée au cou, elle lui murmure à l’oreille ces mots qu’il reconnaît aussitôt.
Elle écarte son visage, le fixe avec une gravité folle. Personne ne l’a jamais regardé avec une telle intensité, une telle urgence. Elle incline la tête, ses lèvres s’entrouvrent, s’approchent avec lenteur, elle les pose, paupières closes, et ce baiser dont il rêvait explose, fruité, langoureux, interminable, leurs langues ouvrent le bal, dansent ensemble, elles tournent et se caressent, se mêlent avec avidité, encore et encore. Quand ils se résolvent à lâcher prise, ils se regardent en silence, et le silence est éloquent.
Il est gagné par le vertige. Elle s’est emparée de sa verge, elle en enserre la hampe, la branle d’une main à la fois ferme et douce, sans le quitter des yeux. Satisfaite de la sentir vigoureuse, férocement dressée, elle place les mains de l’homme sous ses fesses, noue les siennes dans son dos, comme une invitation explicite à la hisser contre lui. La voilà au plus près, enserrant Léo de ses jambes fuselées. Il savoure alors la fraîcheur de son haleine, les petits coups de ses lèvres qui picorent les siennes, le savant parcours qu’elle trace sur son torse de ses tétons durcis, le contact émouvant de la vulve entrouverte contre sa queue raide. Dieu que cette fille est belle, entêtante, musicale, ensorcelante, inouïe…
Il se fige.
Alors elle quitte brusquement cette position qu’il jugeait si prometteuse, il proteste, elle se met à rire, le provoque, l’invite à la poursuivre alors qu’elle s’enfuit nue, courant à travers tout l’appartement, elle se cache, pousse de petits cris d’effroi chaque fois qu’il parvient presque à la saisir, se dérobe, se sauve à nouveau. Quand il parvient à la ceinturer, elle se débat comme une diablesse, et ne finit par se rendre qu’en échange d’un nouveau baiser langoureux. « Mais je refuse d’être sage », ajoute-t-elle aussitôt en le poussant dans le canapé où elle l’agresse de chatouilles. L’amour est joyeux, lui avait-elle dit, elle tient à le prouver, elle y met un entrain presque suspect. La suite est charmante, rieuse, une fête païenne : elle est enjouée, mutine, il en est étourdi. Après avoir déshabillé la poupée sage, l’envie leur vient de jouer au docteur, et l’infirmière est aux petits soins.
L’infirmière ou plutôt la jolie sirène : elle vient le surplomber, laisse flotter ses appas à portée de bouche, ils sont si tentants, si taquins aussi, faisant mine de s’échapper à chaque tentative du glouton. Mais elle triche, la vilaine, elle n’espère rien tant que la capture, elle la facilite de façon éhontée, gémissant à chaque fois qu’il agace la pointe de ses hameçons. L’effrontée passe aux aveux en riant aux éclats, elle attend son procès avec gourmandise. Elle en convient : tant de polissonnerie mérite punition, et elle tend volontairement à l’autorité un joufflu prisonnier qui semble pourtant bien innocent. Le bras armé de la justice n’est pas longtemps sévère, le petit supplicié est si émouvant et vulnérable qu’on met bien plus de conviction à le consoler qu’à le meurtrir. Déjà, on envisage de substituer la carotte au bâton, et on s’y prépare. Pour mieux faire chanter la sirène, le pêcheur attentionné fait frétiller le petit bouchon à la lisière de la source avant de s’abreuver à la fraîcheur de son eau vive, tandis que sa plus belle prise nage à contre-courant, s’assurant de ses lèvres ondoyantes qu’il a bien déplié la canne, on n’est jamais trop prudent.
Quand vient le moment de ferrer, elle l’enjambe de ses genoux pliés sur l’assise, elle le place sur la bonne orbite, et fait précautionneusement redescendre sa croupe ferme pour que se fondent le soleil et la lune, la lumière et l’ombre. Un petit cri étouffé lui échappe au moment où l’intrus fraie son chemin en dilatant les parois capitonnées du paradis. Elle est un peu étroite, il est plutôt costaud. Mais il est le bienvenu, on s’est si bien préparé à sa visite que bientôt la fête commence : souvent, les couples qu’on prétend mal assortis sont aussi les plus épanouis. Pour leur bonheur, celui que forment le plein et le creux multiplie les hauts et les bas, et les sensations sont fortes : elle ne se contente pas de rebondir sur l’encombrant visiteur en se reposant sur la gravité, elle s’applique à faire de chaque mouvement une ondulation, une caresse différente, une déclaration d’amour par vagin interposé.
Mais on ne badine pas longtemps avec l’amour. De tableau en tableau, leurs ébats deviennent plus intenses et plus âpres. Ils comprennent désormais qu’ils ne jouent plus. Ils se taisent, incapables de mettre encore des mots sur ce qui s’élève et s’impose, ils savent simplement combien c’est beau, fort et prenant. Ils ont roulé sur le sol, leur désir monte à l’assaut dans un corps-à-corps furieux, il jette toutes ses forces dans la bataille et ne prendra pas de prisonniers. Ils cèdent à l’instinct, et celui de Galatée est toujours plus sauvage, elle le lèche, elle le suce, elle le mord, elle pousse des cris incohérents, elle supplie qu’il la baise et qu’il la bourre.
En la voyant entrer en transe, agitée, baignée de sueur et le regard éperdu, il la trouve encore plus sublime et bouleversante, et tout en bougeant en elle, il lutte pour retarder l’inévitable délivrance.
Ils naviguent en eaux profondes, aussi profondes que les abysses de son regard marin, il y lit à la fois la violence du désir et la mélancolie de la tendresse. Il élève encore le rythme, accroché à ses hanches, il la voit écarquiller les yeux, exhaler des gémissements plus sonores à chaque secousse. Elle tremble, elle s’agrippe à son dos, ses ongles le griffent sans merci, ses bras s’agitent alors en mouvements désordonnés, elle cherche ses mains en panique, les ramène sur ses seins, elle réclame la morsure de ses doigts sur ses tétons drus, son corps se cambre, son visage se déforme soudain d’une grimace de surprise, sa tête bascule, la bouche béante, cherchant à expulser un hurlement muet, ses yeux roulent, et elle jouit brusquement, violemment, immensément, secouée par des spasmes incontrôlés, libérant une plainte rauque, si longue et déchirante qu’elle évoque davantage le supplice que l’extase.
Lui-même se libère presque aussitôt en elle, juste avant que son sexe ne soit expulsé par la violence des secousses agitant le bassin de son amante.
Il s’allonge contre elle, pose une main sur sa poitrine qui se soulève et s’affaisse à un rythme frénétique, cherchant à l’apaiser. Il perçoit l’émouvante pulsation de son cœur aux abois, et ses mains la sculptent, en effet, elles s’aplatissent sur le creux de son ventre encore traversé par les répliques de cet inattendu séisme intime. Ce ventre si doux, il le caresse alors de la joue, il hume son appétissant parfum de pâtisserie aux effluves de cannelle, il capte du bout de la langue les perles de sueur qui roulent à sa surface, et finit par poser avec reconnaissance et tendresse un long baiser, tout doux et tout chaste, au cœur de son buisson, à la lisière de la faille où perle un filet de nacre.
Elle reprend son souffle tout en broyant sa main et vient se réfugier contre lui, encore tremblante et confuse, verse sur son visage des baisers fébriles mêlés de larmes, et lui l’entoure, la recueille dans ses bras, et l’enveloppe, en s’émerveillant de ce moment d’une tendresse infinie. Cette femme qui vient de se livrer avec lui à la passion la plus brûlante, la plus intensément sexuelle, se blottit contre lui comme une enfant épuisée, la tête posée sur son épaule, les genoux pliés, ses longues jambes recroquevillées, ceinturées de ses bras. Il n’y trouve aucune contradiction : elle lui offre la même pureté, la même innocence, la même générosité dans l’émotion que dans la copulation. Il se met à la bercer, à peigner amoureusement sa chevelure, à l’abreuver de mots d’amour et de serments, il abandonne toute pudeur inutile, il improvise des poèmes obscurs où chante le nom de Galatée, ce prénom d’emprunt qui le ravit sans qu’il en soit dupe. Il lui va si bien, tant il élève ce qu’ils viennent de vivre à la hauteur du mythe.
Elle allonge par moments son cou, lui cherchant le museau, le bécote.
Son cœur se gonfle. Il en oublie tout. Il ne s’inquiète pas de la voir si émotive, les yeux embués, il l’attribue à la découverte inattendue de ce qu’elle croyait ne jamais atteindre. Il n’en tire aucune gloire, il éprouve plutôt une folle gratitude d’avoir été le témoin et l’acteur de ce spectacle bouleversant.
Il ignore encore ce qu’elle lui cache, cet aveu dont elle recule sans cesse l’échéance.
Pas maintenant, pas encore.
Pas avant d’avoir épuisé leur maigre capital de minutes nocturnes, pas avant de lui dire son amour, encore et encore, et de le lui faire à nouveau, sans cesse, jusqu’à l’épuisement, pas avant d’avoir inventé ensemble des caresses inédites.
Bientôt, ils reprennent leurs étreintes, et l’alchimie opère à nouveau. Ils font cette fois l’amour avec une douceur infinie, une légèreté de nuage. Voyant qu’ils ont atteint la parfaite harmonie, n’ayant plus le moindre doute à balayer, après s’être dit et offert l’essentiel, elle juge le moment venu.
Alors elle parle.
Elle lui chante plutôt à l’oreille, la jolie sirène, le murmure de sa voix feutrée coule en lui comme une musique, charriant des parcelles d’absolu et des secrets insensés. Ils ne l’effraient pas, venant d’elle. Il s’était déjà promis de la suivre, où qu’elle aille et qui qu’elle soit, alors peu importe, et qu’il en soit ainsi.
Et plus elle parle, plus ce que je vous raconte devient obscur, ne m’en veuillez pas, je ne retranscris à présent que des choses qui m’échappent. Ce qu’elle lui dit alors était intime, inaccessible, et devait rester dans la pénombre.
Mais le mystère s’ajoute parfois au mystère. Il se dit que le chant de Galatée a fait grand bruit dans l’univers, et s’est révélé avec la complicité émue des éléments réunis. Que sa voix ne s’est jamais arrêtée de chanter, et que seuls ceux qui ont le cœur pur et ont véritablement aimé un jour, sans limites, peuvent encore entendre son écho, à leurs risques et périls, dans le murmure du vent, le crépitement des flammes, le ronflement de la terre, le chant des torrents, à un moment précis : celui du soleil couchant.
Il ne s’agit là que de légendes. Mais qui sait ? Qu’avez-vous à perdre, vous qui aimez les histoires ? Fermez les yeux et tendez l’oreille. Peut-être entendrez-vous alors résonner le secret des amants.
Mon amant du crépuscule, mon tendre soleil couchant. Tu n’as aucun secret pour moi, je te livre le mien, le dernier, le seul sans doute. À toi, je n’ai rien à cacher. Sculpte-moi encore. Fais de moi ton chef d’œuvre. Cette nuit est la nôtre, elle nous appartient, elle sera longue et fiévreuse, sauvage et gourmande. Regarde-moi, touche-moi, goûte-moi jusqu’à l’ivresse, empare-toi de moi sans merci et sans trêve, saisis mon corps de tes mains rugueuses, pétris-le, polis-le, plie-le à tes visions d’artistes et tes désirs d’homme. Détrompe tous ceux qui m’ont si mal dessinée, défigurée, affublée de cette faux et de cette robe noire, ridicules. Assez de squelettes, de danses macabres et de cendres, fais vibrer mon corps assoiffé.
Depuis toujours, au point d’en perdre la mémoire – à quoi sert-elle quand on est de toute éternité ? – je ne fais que remplir le rôle ingrat qu’on m’a attribué sans l’avoir choisi, je remplis mon office comme le soleil qui tombe à l’instant en distribuant ses derniers feux, sans se poser de questions. Lui aussi finira par s’éteindre, sans que j’en sois coupable. C’est à moi qu’on reproche ce que je ne fais qu’annoncer. On me craint, on me hait, on a fait de moi la salope des salopes, une garce sans âme et sans merci, la mère de toutes les putes et la plus vérolée.
Et pourtant, crois-le bien, je n’y suis pour rien, je suis toute innocence. Je n’ai pas le goût de la cruauté. J’obéis comme tout l’univers à l’incompréhensible ordre des choses, j’occupe la place qu’il m’a imposée au cœur de son fracas, de son indifférente catastrophe. Et je ne suis pas spectre, je suis bien depuis toujours femme, et de chair et de sang, corps et âme. Je suis privée du miracle de donner la vie, accablée par la charge de la reprendre. Je ne la vole pas, pourtant, je me contente de recueillir les âmes innocentes et effrayées avec tendresse, je les accompagne, je les étreins, je les couvre d’un dernier baiser. Celui que je te destine est voluptueux, infini.
Sois sans crainte. Viens avec moi. Viens en moi, encore et encore. Je serai ta dernière muse, ton ultime amante, la plus sincère et la plus pure. Je ne t’ai pas menti, je ne t’ai pas offert mon corps pour te piéger. Je savais que ton cœur fragile allait bientôt rompre, j’ignorais que le mien allait céder. Pour le temps rare et précieux qu’il nous reste, nous nous abandonnerons l’un à l’autre ; et toi qui, le premier et le seul depuis la nuit des temps, m’a regardée sans effroi et sans préjugés, toi qui m’avais déjà sculptée avant même de m’apercevoir, tu seras mon prince amoureux, celui qui m’a délivrée, celui à qui je rends les armes et ma propre substance.
Tu m’as révélé que j’étais capable d’aimer, et j’ai tout assimilé d’un coup, la merveille et la souffrance. J’ai compris la vraie nature du deuil, ce que c’est que de perdre ce qui vous est plus précieux que la vie. Elle m’écrase, cette charge, cette malédiction. Je ne veux plus l’infliger, je ne veux pas la subir. Alors cette nuit, je t’accompagnerai dans ce voyage. Je te serai douce, si douce et si brûlante, je te le promets. Je t’envelopperai de mes caresses, je te donnerai tout, l’empreinte brûlante de mon corps et les cris de mon plaisir. Et nous ne souffrirons pas, tant que nous serons ensemble.
Tu me révéleras encore le goût de la jouissance et la douceur d’aimer, et nous n’en reviendrons jamais, de nous et du reste. Nous ne serons plus rien, ensemble, plus rien que cette onde de plaisir sans fin, elle traversera comme une longue caresse les espaces infinis et les étoiles mortes, elle se moquera avec moi de l’ordre ou désordre des choses, qu’il se débrouille seul, désormais, cet abruti, qu’il se trouve d’autres messagers ou se charge lui-même des sales besognes. Je t’emmènerai au cœur du mystère, de l’autre côté du désir, dans l’infinie et commune douceur de n’être plus rien et d’être tout, tout ce qui méritait d’être vécu, et tout ce qui mérite encore d’être sauvé.
Un jour lointain, je le sais, deux êtres viendront admirer ton œuvre, dans la galerie du même musée. Face à cette statue où tu avais sans le savoir sculpté mon corps renversé, fixant le ciel, ils se verront, se reconnaîtront. Ils ignoreront en revanche qu’en s’aimant dès le crépuscule, ils célébreront la nuit où tu découvris combien la mort est douce, celle où la mort elle-même choisit de mourir, et de mourir d’aimer.