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Temps de lecture estimé : 51 mn
24/08/20
Résumé:  Une femme assassinée, une enquête.
Critères:  #policier ff fplusag cocus nympho dispute cunnilingu
Auteur : Laetitia            Envoi mini-message

Série : L'Amant

Chapitre 01 / 02
L'amant



Angélique Quercy pesta tout en grimpant les escaliers, à peine le pied dans l’immeuble et déjà sur la brèche.



Angélique est lieutenant de gendarmerie à la Section de Recherche de Colmar. Elle dirige un des trois groupes d’enquête composant la SR.

Elle rentrait de deux semaines de repos bien méritées, faisant suite à une période compliquée. Professionnellement, les enquêtes se sont succédé à un rythme effréné. Dans sa vie personnelle, son père, qui est le seul membre restant de sa famille, part doucement, atteint par un cancer, alternant les séances de chimiothérapie et les séjours en maison de repos. Si on ajoute à ça, une rupture difficile remontant à un mois, ces deux semaines de congés tombaient à point nommé. Enfin, elle avait pu souffler un peu.

Mais les vacances, c’était de l’histoire ancienne maintenant. La revoilà projetée à nouveau dans la réalité de la vie de lieutenant de Gendarmerie en à peine trente secondes.


Angélique a vingt-neuf ans. Elle n’est, certes pas la plus belle femme du monde, mais on se tourne sur son passage. Grande, pas loin d’un mètre soixante-quinze, mince, l’allure sportive, une chevelure blonde, de jolies formes, elle attire les regards intéressés des hommes et celui plus envieux de certaines femmes. Si on ajoute des yeux bleu émeraude, soulignés par des sourcils bien dessinés, une fois qu’elle a attiré les regards, elle les aimante.


Elle est lieutenant à la SR de Colmar depuis deux ans. Son premier poste en tant qu’officier. Même si les choses ont évolué dans la Gendarmerie, le milieu reste machiste et sa nomination a suscité quelques jalousies. Elle a dû se bagarrer pour se faire sa place.

Avec son équipe, ça se passe bien. Eux attendent d’elle qu’elle soit une bonne cheffe de groupe, rien de plus.



Le capitaine Blanchard, un vieux de la vieille, bougon, l’appréciait plutôt. Il dirigeait la SR de Colmar d’une main de fer. Il voulait des résultats. Pour lui, peu importe que ça soit une femme qui dirige le premier groupe. Des résultats, Angélique et son équipe en avaient. Tout allait donc pour le mieux.



Sur ce, le téléphone sonna. Le capitaine répondit par monosyllabe et raccrocha.



En sortant de chez Blanchard, Angélique se dirigea vers le bureau qui héberge son groupe.



Thierry Raynal, la quarantaine bien tassée, pas vraiment un homme d’action, était très doué pour utiliser un ordinateur et fouiller sur internet.



Vincent Morel, la trentaine, lui c’était l’homme d’action du groupe. Sa taille et sa carrure de rugbyman étaient souvent primordiales en cas d’interpellation. En plus, son esprit d’analyse et sa finesse d’esprit se révélaient souvent plus qu’utiles pour les investigations. Un excellent enquêteur en quelque sorte, qui remplissait à merveille le rôle d’adjoint d’Angélique.



Leila Boukhari, troisième et dernier membre du groupe d’Angélique était une petite brunette pétillante de vingt-sept ans à la peau mate, plutôt mignonne. Elle, c’était la pragmatique de l’équipe. Les autres, Angélique comprise, étaient plutôt bordéliques. Leïla réorganisait ce que les trois autres désorganisaient. En plus, l’empathie qui émanait d’elle était toujours utile pour rassurer et prendre en charge les victimes ou les témoins choqués lors des enquêtes. Angélique avait avec elle une équipe compétente, mais aussi complémentaire et soudée. Ces trois-là aimaient travailler ensemble, même si les sarcasmes fusaient entre eux.


Angélique et Leïla partirent pour le domicile des Dalmasso. Dans l’escalier et dans la cour de la Gendarmerie, le regard d’Angélique se posa sur le postérieur de Leïla qui était devant elle. Angélique est lesbienne. Il y a un an, quand Leïla était arrivée à la SR et avait intégré le groupe, Angélique avait flashé sur elle. Ça aurait pu en rester là, ce n’est pas la première qu’elle flashait sur une fille, mais le truc, c’est que Leïla, de son côté, n’était pas insensible aux charmes de sa lieutenante. Elles s’en étaient rendu compte, et les allusions entre elles devenaient de plus en plus fréquentes et ostensibles.

Quelques semaines plus tard, à l’occasion d’une fête de fin d’année, elles s’étaient isolées, avaient un peu flirté et s’étaient même embrassées. Le fait qu’Angélique soit la cheffe de groupe et qu’elle applique à la lettre la doctrine « No sex in job », les avaient forcées à passer à autre chose. Cet épisode avait créé une certaine complicité entre elles deux. Elles auraient pu être amantes, elles étaient devenues amies, voir confidentes.



Leila lui tendit le trousseau de clés de la voiture de fonction banalisée. Les deux jeunes femmes s’installèrent aux places avant :



Quand elles étaient toutes les deux, Leila oubliait le « lieutenant » ou le « Cheffe ».



Leïla était au courant des déboires amoureux d’Angélique. Il y a un mois, alors qu’elle rentrait chez elle au milieu de l’après-midi à cause d’une migraine carabinée, elle avait surpris sa compagne Sandra au lit, non pas avec une autre femme, mais avec deux autres femmes. L’une était la prof de yoga de Sandra et l’autre une illustre inconnue. Angélique n’avait rien dit, avait récupéré quelques affaires et avait quitté l’appartement. Elle s’était installée provisoirement à l’hôtel, avant de trouver un nouvel appartement, où elle avait emménagé juste avant ses congés.



Les deux jeunes femmes gardèrent le silence pendant un moment. Puis Leila dit d’un air taquin :



Angélique se sentit soulagée d’être à destination. Cela allait mettre fin à cette conversation avec Leila.


Bien sûr que la jeune gendarmette lui plaisait. Bien sûr, qu’elle n’avait pas été complètement honnête avec Sandra, avec Leila et avec elle-même, à l’époque et encore maintenant.

Lorsqu’elles avaient flirté, ce soir-là, il y avait plus que la tension du moment et de l’envie sexuelle. Leila lui plaisait. Encore aujourd’hui, elle se serait bien laissé aller à poser sa main sur la cuisse de la jeune femme assise sur le siège passager. Elle aurait bien arrêté le véhicule sur le côté pour la prendre dans ses bras et pour l’embrasser.

Ce soir-là, elle avait fait marche arrière, mais elle aurait pu tromper Sandra sans problème.

Mais ce qui est certain, c’est qu’elle croyait dur comme fer à son honnêteté. Sandra, elle… Depuis quand la trompait-elle ? Combien de filles s’étaient succédé dans leur lit ?


Leila n’était pas seulement une jolie fille qui lui faisait de l’effet. Non, elle éprouvait des sentiments pour elle. C’était déjà le cas ce fameux soir… C’est surtout pour ça qu’elle avait reculé. Pas pour juguler son envie sexuelle. Il n’y avait pas eu seulement un chaste baiser. Angélique se souvenait parfaitement, de sa langue dans la bouche de Leila et de ses mains sur ses seins et ses fesses. Aller plus loin ce soir-là, n’aurait pas empiré les choses. Elle avait déjà bien entamé son capital fidélité vis-à-vis de Sandra. Parler d’honnêteté était un peu hypocrite. Ce n’était pas arrivé par hasard. Elle en avait envie toutes les deux, mais ça faisait des semaines qu’elles se tournaient autour avec Leila. Elle était amoureuse de la gendarmette. Et c’était réciproque. Et aujourd’hui, c’était encore le cas.



Elles étaient arrivées devant une résidence de trois bâtiments de trois étages.

Angélique dit à Leila :



Au pied du premier des trois immeubles, plusieurs voitures étaient garées. Des véhicules banalisés, des voitures de gendarmerie bleu foncé étaient stationnées dans tous les sens.


Hasard ou préméditation inconsciente, Angélique laissa encore Leila passer devant. Elle profitait à nouveau de la vue sur ses petites fesses serrées dans le pantalon bleu marine d’uniforme de gendarmerie.

Son regard suivait le déhanchement de la gendarmette, de droite à gauche, de haut en bas, à chaque nouvelle marche gravie.


Tu es incorrigible ! Tu as beau être en manque de sexe, laisse tomber avec Leila, se dit-elle intérieurement.



Une forte odeur de mort leur agressait les narines depuis le premier étage. Le Docteur Sanchez, médecin-légiste de son état, mâchonnait un sandwich tout en rangeant ses affaires dans sa valisette :



Angélique se dirigea vers la salle de bain, où un homme en tenue de cosmonaute était en train de prendre des photos.

Le corps de Jessica était encore immergé dans l’eau du bain rougie par le sang qui avait coulé de la large plaie qu’elle avait au niveau du cou. Elle était nue. Un peignoir était posé, plié, sur un tabouret près de la baignoire. Des roses rouge vif bien flétries flottaient à la surface de l’eau.



De retour de son enquête de voisinage, Leila passe la tête à la porte et fit une grimace :



Un couple sans histoire, le mari, elle ne sait pas où il est. Ils travaillent tous les deux dans la journée en principe. Les autres voisins n’ont rien à nous apprendre non plus.

Ils n’ont rien vu aux alentours du jour du meurtre, pas d’inconnu aperçu dans l’immeuble. Les accès sont bien sécurisés, interphone, deux codes successifs, peu probable qu’un rôdeur ait pu pénétrer facilement, selon eux. C’est ce qu’ils disent en tout cas.



De retour à la SR, Angélique interpelle Duchemin, le planton :



Comme le matin à son arrivée, elle prit l’escalier jusqu’au bureau du capitaine Blanchard :



Une femme ! Pour Angélique, commissaire à l’IGPN, rime avec homme et c’est une femme qui est assise dans le fauteuil devant le bureau de Blanchard. Elle se retourne tout en disant :



Avez-vous déjà eu ce sentiment, cette impression ? Au premier abord, une femme peut sembler quelconque, puis elle révèle sa vraie beauté, d’un seul geste, ou d’un seul mouvement, seulement en se tournant à moitié vers vous.

Dans un premier temps, Karine Jehanno apparaissait à Angélique de trois quarts arrière. Elle voyait surtout ses cheveux noirs de jais et raides, tombant sur ses épaules. Le peu de son visage qu’elle pouvait voir, lui semblait quelconque.

Puis la commissaire s’est tournée vers elle pour se présenter.


Elle était finalement d’une beauté stupéfiante, mais qui n’apparaissait pas immédiatement. Il est certain que dans un premier temps, on pouvait la trouver fade, au point même d’à peine la regarder : grossière erreur.

C’était comme si elle avait la faculté de dissimuler son visage splendide et ses formes superbes en fonction de la position qu’elle prenait et de ce qu’elle voulait montrer d’elle. Elle pouvait aussi en mettre plein la vue, d’un simple mouvement de hanche ou d’épaule. Angélique lui donnait quarante ans, peut être quarante-cinq.


Lorsqu’elle s’est levée pour tendre la main vers elle, Angélique a bien cru qu’elle allait défaillir. Le sourire qui a illuminé le visage de Karine Jehanno à cet instant l’a fait passer de « belle femme » à « beauté fatale », aussi vite qu’elle était passée du statut de « femme quelconque » à celui de « belle femme », un instant avant. Elle ne se souvenait pas d’avoir déjà vu quelqu’un capable de jouer ainsi au caméléon.


Elle était de taille moyenne, bien proportionnée, avec une poitrine posée haut et une taille étroite. Elle gardait le dos droit, dans une attitude ferme. Elle avait de jolis mollets bien galbés, et sûrement de jolies cuisses également. C’est du moins ce que laissait supposer le peu que laissait voir la jupe d’un tailleur gris clair qui lui arrivait au-dessus du genou. L’élégance de ses jambes était encore accentuée par des escarpins à talons hauts. Manifestement, cette femme qui avait entamé sa s’entretenait. La sévérité du visage qu’elle montrait au premier abord, disparaissait bien vite, lorsqu’on passait du regard superficiel à l’observation attentive. L’assemblage de son visage frôlait la perfection. Un front large et des pommettes en avant et légèrement rebondies qui mettaient ses yeux couleur noisette en valeur. Des yeux perçants, déjà magnifiés par l’intensité de son regard quand elle fixait quelque chose. Et en l’occurrence le quelque chose, c’était Angélique. Un nez droit, mais peut-être un peu long, une bouche aux lèvres a priori fermes et bien ourlées. Un menton arrondi, avec une légère fossette, au-dessus d’un cou long et mince complétait le tout.


Ce nez un peu trop long, finalement imparfait, était le détail ultime. C’est ce qui l’empêchait d’être une beauté froide et ce qui, en fait, la magnifiait encore plus. Elle passait de femme de magazine de mode à personne charmante. Au final, c’était la cerise sur le gâteau, ce qui la rendait désirable au lieu de la rendre inaccessible. Angélique était certaine que Karine Jehanno était consciente de l’effet et de ce décalage qu’elle provoquait dans l’esprit de ses interlocuteurs, et qu’elle en jouait.


Je pense que cette femme est une grande manipulatrice, se dit-elle intérieurement.


Si c’est le cas, Karine avait attend son objectif, Angélique était complètement désarçonnée :



La sonnerie de son portable la sauva au bon moment :



Angélique fit un rapide résumé des événements de la matinée, des échanges avec le voisinage, le médecin légiste et avec les scientifiques. La commissaire l’écoutait attentivement.



Karine Jehanno se leva du fauteuil, et se dirigea vers la sortie :



Angélique s’est écartée pour la laisser passer, arrivée à la porte du bureau. Le sourire de remerciement que lui servit Karine la fit fondre littéralement. Ce sourire qui semblait franc, comme son nez un peu long, la rendait plus proche de vous. Il creusait de petites rides de chaque côté de sa bouche et la rendait encore plus charmante, si c’était possible :


Non, pas charmante, charmeuse plutôt. Ne te laisse pas impressionner par cette femme. Elle est belle, le sait et en joue. Elle prend le dessus sur toi. C’est ton enquête. Réagis, ma vieille. Professionnelle, jusqu’au bout des ongles…



Angélique s’installa en face de Dalmasso dans la salle d’interrogatoire. Dans son dos, Karine prit place dans la petite pièce adjacente, derrière la vitre sans tain, comme prévu :



Dalmasso semblait complètement désarçonné. Sa morgue et son ironie avaient fait place à l’effarement. Il semblait complètement abasourdi :



Angélique décida de porter l’estocade, de voir ce que Dalmasso avait dans le ventre.



En plus de l’effondrement qu’il montrait depuis qu’Angélique lui avait annoncé la mort de sa femme, perçait maintenant une pointe de panique. Cet effondrement était-il une façade seulement ?



Cela rappela à Angélique, un passé récent. Elle avait vécu cette mésaventure, il y a peu de temps. Il ne fallait pas que ça influence la suite de son interrogatoire. Elle devait rester professionnelle.



Le ton de la dernière phrase était ferme. Ça ne collait pas vraiment avec le reste du discours de Dalmasso, où il hésitait, bafouillait même sous le coup de l’émotion. Angélique crut distinguer, malgré la fermeté de façade, une légère hésitation, avant qu’il ne réponde.



Dans le couloir, elle retrouva la commissaire.



Après avoir raccroché, Angélique fit un résumé à Karine de sa conversation avec le médecin-légiste.



Elles étaient arrivées dans les bureaux du groupe d’Angélique.



Angélique s’amusa de voir Thierry et Vincent, le regard fixé sur Karine, subjugués par le physique de la policière. La tête de Leila la fit presque sourire. Ses yeux ne lâchaient pas Karine. Elle avait la bouche légèrement ouverte. Elle semblait encore plus béate que ses collègues masculins. Angélique donna à ses trois collaborateurs l’ensemble des éléments rassemblés sur l’affaire :



Deux heures plus tard, Angélique ressortit du bureau de son supérieur et retourna vers les bureaux de son groupe retrouver Karine. Hormis la commissaire, le bureau était désert, vu l’heure tardive. Karine était penchée sur son ordinateur portable. Elle leva la tête et sourit à l’arrivée d’Angélique :



Angélique prit note que Karine venait de passer du vouvoiement au tutoiement. Dont acte !



Elles s’installèrent dans la voiture d’Angélique. Après avoir roulé quelques minutes et discuté des avancées récentes de l’enquête, Karine demanda à Angélique :



Angélique fut surprise de cette demande.


Ouh la la, elle me drague ? se dit-elle. Cela n’était pas pour lui déplaire évidemment. Cette femme l’impressionnait depuis la première seconde. Si elle était honnête avec elle-même, elle était même un peu plus qu’impressionnée, elle était sous le charme. Une femme si belle, si classe qui s’intéresse à moi, c’est plutôt valorisant.


Par contre, il y avait toujours sa règle de vie « No sex in job ». Elle l’avait appliquée pour Leila, alors qu’elle avait très envie de passer outre. Mais Karine n’était pas Leila. Dans quelques jours, Karine allait repartir et quitter la ville et sa vie. Après tout, elle se faisait son cinéma, mais peut être que Karine ne la draguait pas. Peut-être que tout simplement, elle voulait juste éviter de passer sa première soirée seule dans sa chambre d’hôtel. Peut-être qu’elle la trouvait seulement sympathique. Oui, c’est plutôt ça en fait, c’était logique. C’était complètement ridicule de penser que Karine avait une idée derrière la tête. Elle réagissait comme une ado amourachée.



Après avoir roulé une vingtaine de minutes dans la circulation de Colmar, assez dense en ce début de soirée, elles arrivèrent devant l’immeuble d’Angélique. Au pied de l’escalier, Angélique dit à Karine :



Elle regretta aussitôt de ne pas avoir laissé passer Karine devant, comme à son habitude lorsqu’une femme qui lui plaisait l’accompagnait, afin de profiter de la vue sur ses fesses.


Au moins, c’est elle qui profite, pour le coup, se dit-elle. Après tout, j’ai un assez joli cul aussi, rajouta-t-elle.



D’abord ravie par le compliment, Angélique sentit ses joues s’empourprer lorsqu’elle s’aperçut que le regard de Karine était posé sur une œuvre accrochée au mur. Ce tableau, quoique stylisée était ambigu. Les traits de l’art contemporain ne masquaient pas complètement les formes féminines enlacées.

Elle avait l’impression d’être au fond du puits quand Karine se tourna vers elle, et qu’elle découvrit le petit sourire qui apparaissait au coin de ses lèvres :



Une fois, dans sa chambre et la porte fermée, Angélique souffla en ouvrant la porte coulissante de son placard. La situation devenait de plus en plus équivoque. Les allusions de Karine, son petit sourire devant le tableau laissaient de moins en moins de place au doute.


Reprends-toi ma chérie, elle peut apprécier l’art contemporain sans pour cela en vouloir à tes fesses. Tu es ridicule ! se dit-elle en choisissant ses vêtements.


Prise dans ses pensées, elle avait choisi inconsciemment des vêtements plutôt sexy. Un haut échancré et une jupe courte et près du corps :


Te voilà repartie à faire ta midinette, se reprocha-t-elle en s’apercevant des vêtements sélectionnés.


Malgré tout, elle prit dans sa commode une parure de sous-vêtements rose pâle avec de la dentelle noire, avant de la reposer. Avec les habits près du corps qu’elle avait pris, ce n’était pas l’idéal. Son choix se porta sur un string rouge et le soutien-gorge qui allait avec :


Avec ta jupe serrée, c’est beaucoup mieux.


Elle s’empara enfin de collants noirs, qui assurément mettraient en valeur ses longues jambes. Elle compléterait ensuite avec des escarpins qui la feront culminer à plus d’un mètre quatre-vingt :


Là, ce n’est plus midinette, c’est vamp, se dit-elle. On va voir ce qu’elle a vraiment dans le ventre, la Karine !


Pour parfaire le tout, elle relâcha ses cheveux blonds en les libérant de la queue de cheval réglementaire, qu’elle arborait pour le boulot. Et la réaction de Karine ne se fit pas attendre. Dès son retour d’Angélique dans le salon, la commissaire s’exclama :



Le dîner fut très agréable. Elles discutèrent d’abord de l’enquête. Puis de leur travail plus généralement :



Angélique sursauta. Elle venait de sentir quelque chose la frôler sous la table.

Manifestement c’était Karine. Elle avait ôté sa chaussure et elle frottait son pied contre sa cheville, puis elle remonta doucement tout le long de son mollet, avant de le redescendre et de le poser sur le pied d’Angélique.



Angélique venait de retirer sa propre chaussure et caressait à son tour le pied de Karine du bout des orteils. Mal à l’aise, elle jetait des regards autour d’elle, afin de s’assurer que personne ne les observait ou aurait pu repérer leur manège. a priori, non. Elles étaient installées à une table au fond du restaurant. Dos au mur. De plus, la nappe cachait en partie le dessous de la table et la lumière était tamisée.

Aucun risque donc, sauf si la serveuse se rapprochait de la table, et là Angélique aurait le temps de la voir arriver.


Karine, remonta son pied, cette fois plus haut, jusqu’au bas de la jupe d’Angélique, puis le posa carrément sur le dessus de sa cuisse, après avoir frotté légèrement sa voûte plantaire dessus.

Angélique posa sa main sur le pied ainsi offert, le caressa, d’abord avec une, puis avec ses deux mains, qu’elle venait de glisser sous la table. Elle le pressa entre ses paumes, massa le dessus, puis la plante des pieds, caressa, les orteils, un à un.


Elle pouvait lire sur le visage de Karine, l’effet que cela lui procurait. La bouche légèrement entrouverte, on sentait bien que sa respiration et son cœur venaient de s’accélérer légèrement. Par contre ses yeux étaient toujours rivés dans ceux d’Angélique, qui elle non plus ne détournait pas le regard. L’intensité et l’érotisme exacerbé de la situation étaient visibles sur les traits de leurs visages crispés. Elles ne prononçaient plus un mot.


Karine, profitant qu’Angélique venait de la lâcher pour changer de position, tenta de passer son pied sous sa jupe. Elle put remonter légèrement le long et entre ses cuisses, mais à son grand désarroi, n’eut pas la possibilité d’aller bien haut, la jupe d’Angélique étant trop serrée.

Karine retira sa jambe des cuisses d’Angélique et héla la serveuse :



Elle reprit à l’attention d’Angélique :



Les desserts et l’addition arrivèrent rapidement :



Elles quittèrent rapidement le restaurant. Ce fut Angélique qui prit l’initiative. Arrivées à son véhicule, elle saisit Karine par les hanches, colla son corps au sien et posa ses lèvres sur les siennes.

Karine se trouva coincée entre Angélique et la portière. Elle serra les épaules d’Angélique. Elles s’embrassèrent d’abord du bout des lèvres, puis leurs langues se trouvèrent et leur baiser devint plus passionné, puis complètement volcanique. Les langues s’entrelacèrent. Les mains de Karine descendirent dans le dos d’Angélique, puis sur ces reins et enfin agrippèrent ses fesses. Angélique étant plus grande qu’elle, Karine s’était levée sur la pointe des pieds. Enfin leurs bouches se séparèrent. Angélique, reprenant son souffle, lâcha :



Pendant le trajet, Karine posa sa main sur la cuisse d’Angélique et put enfin la passer sous sa jupe, là où elle avait échoué avec son pied au restaurant.

De son côté, Angélique tentait de rester concentrée sur la route et la circulation. À chaque changement de vitesse, elle en profitait néanmoins pour, elle aussi, caresser la cuisse de Karine.

Arrivées enfin devant chez Angélique, elles s’embrassèrent à nouveau avant de descendre de voiture. Devant sa porte close, Angélique fouillait fébrilement dans son sac à main, avant de trouver son trousseau de clés, qui lui échappait. Elle mit enfin la main dessus et eut du mal à l’introduire dans la serrure afin d’ouvrir. Karine ne lui facilitait pas la tâche. En effet, elle lui caressait le dos et l’embrassait dans le cou, derrière elle.

Enfin, elle déverrouilla la porte. À peine fut-elle refermée, que Karine la plaqua littéralement contre le mur et l’embrassa à nouveau, une main agrippant la poitrine de la lieutenante, gonflée par l’excitation. Angélique de son côté essayait de faire remonter la jupe de la commissaire sur ses cuisses.



C’est un rayon de soleil qui lui tapait droit dans l’œil, depuis la fenêtre dont les rideaux n’avaient pas été tirés la veille au soir, qui réveilla Angélique. Six heures du matin, dans son dos, Karine se mit à remuer. Elle se retourna pour profiter du spectacle de la femme magnifique qui dormait encore à côté d’elle. Sa poitrine superbe dépassait au-dessus de la couette. Elle avait un parfait souvenir de ces deux seins, comme du reste du corps de Karine, dont elle avait profité la veille au soir et une partie de la nuit. Leurs ébats avaient duré longtemps. À un moment, pensant être repues, elles s’étaient allongées l’une à côté de l’autre. Mais au bout de quelques minutes, elles recommencèrent à se caresser du bout des doigts, puis de façon plus appuyée et avaient roulé l’une sur l’autre et refait l’amour.


Angélique se leva sur la pointe des pieds. Les vêtements et sous-vêtements des deux femmes jonchaient le sol autour du lit, en vrac, preuve de l’excitation de la veille et de l’empressement qu’elles avaient eus à se déshabiller mutuellement et à jeter ces parures inutiles hors du lit. Elle prit au passage le kimono en soie, qu’elle déposa à l’attention de son amante lorsqu’elle se réveillerait. Elle enfila une nuisette qui était posée à côté. Elle prit dans sa main la culotte noire en dentelle que portait Karine la veille, avant de la reposer sur le plancher.

Elle introduit une dosette dans la machine et se prépara un café qu’elle dégusta assise devant l’îlot central qui séparait la petite cuisine du séjour, en consultant les sites d’infos sur son smartphone.


Une vingtaine de minutes plus tard, Karine la rejoignit, a priori encore à moitié endormie. Elle était toujours aussi belle, les yeux mi-clos et ses cheveux bruns en bataille.

Le kimono rouge à motifs asiatiques ne cachait rien de ses cuisses parfaites. Cela eut pour effet d’émoustiller à nouveau Angélique.

Karine s’approcha d’elle et déposa un baiser sur son front :



Angélique déposa Karine à cent mètres de la SR. Elles avaient convenu de ne pas arriver ensemble pour éviter les ragots. Elle ne pouvait pas sortir de son esprit la douche qu’elle avait prise avec Karine et son corps contre le sien sous le jet, puis lorsqu’elle s’était accroupie devant Karine, son visage sur son entrejambe. Cette journée allait être compliquée. Si proche d’elle et ne pas pouvoir la toucher, l’embrasser, le temps allait être long jusqu’au soir :



Il n’y avait que Thierry qui était arrivé. Il pianotait, comme à son habitude sur son clavier :



Angélique s’installa dans son bureau et ouvrit son ordinateur. S’isoler de Karine pour le moment, c’était le mieux. La côtoyer de trop près aujourd’hui, allait sûrement être une torture et pire, risquait de la trahir, notamment vis-à-vis de Leila qui avait un regard acéré.


Je crois qu’il va falloir que tu te calmes, ma grande, elle va s’en aller dès que l’enquête sera bouclée et tu ne la reverras pas. Peut-être un ou deux coups de téléphone au début, trois SMS, rien de plus. Ne commence pas à te monter le bourrichon, comme à ton habitude.


Elle entreprit de consulter sa boîte mail, ce qu’elle n’avait pas pu faire la veille, vu la journée de folie qu’elle avait vécue. Après deux semaines de vacances, ça débordait. Rien de passionnant ni d’important. La plupart des messages atterrirent dans la corbeille directement.


Quelques minutes plus tard, elle la vit arriver, discuter avec Thierry et s’installer à un bureau. En passant devant les parois vitrées du bocal qu’occupait Angélique, elle lui fit un signe de la main. À priori, elle était elle aussi soulagée de ne pas être trop près d’Angélique.

Quelques minutes plus tard, Leila arriva à son tour, et elle aussi la salua de la main à distance.

Enfin, vers dix heures quinze, Vincent arriva en lâchant un tonitruant « Bonjour ».




Rien que des dépenses courantes : RAS pour notre enquête.



Vu la nature des dépenses, a priori, l’ouverture de ce compte a été cachée à son mari.



Par contre, rien depuis plusieurs semaines. Mais avant ce genre de dépenses revenaient ce temps en temps, avant de s’arrêter, puis de répondre, etc. Apparemment, au rythme des rencontres. C’est toujours dans le même hôtel de la périphérie de Colmar, réputé pour louer des chambres à des couples illégitimes.



Paul Kowalski avait défrayé la chronique six ans plus tôt pour une série d’assassinats sur une période de quelques mois. Deux dans la région d’Aix-en-Provence, trois autres en Gironde, puis trois en Alsace, notamment deux à Colmar. Il avait revendiqué ces assassinats à chaque fois, dans une lettre envoyée aux différents enquêteurs.

Les médias, toujours prompts à donner des surnoms aux tueurs en série, l’avaient surnommé « l’Amant ». Son modus operandi était toujours le même. Il séduisait des femmes, mais uniquement des femmes mariées, couchait avec elles, et les assassinait avant de disparaître. Il semblait faire une fixette sur les femmes volages.


Lors de son passage à Colmar, la police l’avait identifié grâce au témoignage d’un réceptionniste d’hôtel, où il avait donné rendez-vous à une nouvelle et potentielle victime. Il s’était enfui, mais la plaque d’immatriculation de la voiture qu’il avait louée avait permis à la police de remonter sa piste jusqu’à une maison, louée aussi, toute proche de Colmar. La police l’avait arrêté alors qu’il s’apprêtait à disparaître dans la nature.


La suite est encore plus rocambolesque. Il avait réussi à s’évader lors d’un interrogatoire avec le juge d’instruction au Palais de Justice. Il avait subtilisé l’arme de service d’un gardien, tiré sur un autre gardien et un policier présent sur place et pris en otage la greffière. Il s’était enfui avec son otage dans une voiture. Une chasse à l’homme s’était mise en place, mais Kowalski réussit à passer entre les mailles du filet. On a retrouvé le corps de la greffière dans la voiture volée au milieu d’une forêt près de Nancy, violée et égorgée, mais l’Amant avait disparu dans la nature. Depuis six ans, il n’avait plus fait parler de lui.



Elle revint cinq minutes plus tard.



Les deux gendarmes quittèrent la pièce. Karine et Angélique se dirigèrent vers la salle d’interrogatoire.

Comme la veille, Karine se mit dans la pièce contiguë derrière la glace sans tain.



Un silence s’ensuivit… Dalmasso avait baissé la tête et semblait fixer une tache sur la table qui le séparait d’Angélique.



Elle faillit rétorquer qu’elle était bien placée pour le savoir. La vision de Sandra au lit avec ces deux filles lui revint à l’esprit.



Lui, je l’ai vu après, dans un second temps. Je ne pense pas qu’il m’a reconnu, moi si, tout de suite. Un regard comme celui de Kowalski, ça ne s’oublie pas…

Vous croyez que c’est facile à vivre ce genre de chose depuis une semaine ? Vous croyez que je n’éprouve aucun regret ? Bien sûr que si. J’y pense… Je ne pense qu’à ça même… Sans arrêt… Mais sur le moment, c’est ce que j’ai fait… La colère ne s’est pas exprimée par des cris. Les doutes, les remords sont venus après. J’aurais pu sauter sur Kowalski, j’aurais pu mettre une paire de gifles à Jessica. J’étais dans un état second, le temps s’est comme suspendu… J’ai tué Jessica. Je l’avoue. Kowalski n’était qu’un intermédiaire, l’instrument de ma vengeance. Sur le moment, je n’ai pas réfléchi à mon acte, j’ai quitté la chambre, sans un mot, un peu comme un zombie. J’ai eu un moment de doute dans le couloir, les implications de mon acte ne sont apparues, ma conscience de mari, ma conscience de flic aussi me disaient de faire demi-tour. Et puis, le regard et le soupir excédé de Jessica se sont imposés à nouveau à mon esprit et j’ai quitté l’appartement en la laissant à son destin. Je savais ce qui allait lui arriver.

Je vais vivre avec ça le reste de ma vie.




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Les deux femmes s’embrassèrent dans la voiture garée sur le parking de la gare de Colmar.

L’enquête sur Dalmasso étant terminée, Karine rentrait à Paris. Elles avaient profité de la dernière soirée passée ensemble, et de la dernière nuit aussi.