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n° 19758Fiche technique15240 caractères15240
Temps de lecture estimé : 8 mn
12/08/20
Résumé:  Ceci est moins un texte qu'un prétexte, un petit post-scriptum souriant et potache à l'une de mes évaluations récentes.
Critères:  fh ffh couple prost dispute reconcil exercice humour -poésie -contes
Auteur : Amarcord      Envoi mini-message

Poésie
Mirliton

Que faire quand on a trois heures à tuer

Et que l’on n’aime pas trop regarder la TV ?

Parfois on lit un bon livre, on dérive sur la toile

Ou bien l’on se contente de compter les étoiles

Tôt ou tard on s’endort, dans le ciel elles abondent

Parfois on prend la plume, et elle vagabonde


Voici peu, je lisais ici même une sombre histoire

D’amour trahi, de coucheries et bientôt de vengeance

C’était assez cher payé pour de tels déboires

Qui fait couler tant de larmes est à mes yeux une engeance


Ce n’était à vrai dire pas mal écrit,

Sur la forme il n’y aurait eu rien à dire

Pourquoi donc une note sévère ai-je alors mis ?

Si le fond me gênait, j’aurais dû m’abstenir


Mon humeur ne visait pas tant l’auteur de la séquence

Qu’il ne faut pas confondre avec son personnage

J’eus certes préféré moins de complaisance

Qu’on fût aussi rude pour le cocu que pour l’épouse volage


Ce qui je l’avoue me gêna en l’occurrence

C’est le concert des vivats parcourant l’assistance

De la haine des foules j’ai horreur, c’est inné

Que dire quand elle vise une femme, fût-ce de papier


Ce n’était donc pas encore assez de l’humilier

Il fallut encore que la punition soit publique

On applaudit les coups on hurle c’est bien fait

Comme on clamerait Vive la République !


C’est donc en souriant que j’ai aussitôt écrit

Un petit plaidoyer pour la femme adultère

Comme l’oncle Georges s’était abasourdi

Qu’imprudemment on lui jetât la pierre


N’étant pas comme lui pour la chanson doué

Je tente la fable, surpris par ma propre audace

N’allez pas de trop près inspecter ses pieds

Ils ne sont pas toujours des plus propres hélas


Trois heures à peine de mon temps

Ne me feront pas rival d’Ésope

Mais voilà qui devrait être suffisant

Pour défendre les prétendues salopes.




~~oOo~~




Il fut autrefois un aimable gentilhomme

Qui s’éprit d’une fleur de trottoir


Des trottoirs, il y en avait pourtant bien peu au royaume de France

Ils apparaissaient à peine, on marchait alors sans assurance

On pataugeait plus souvent dans le ruisseau

On s’y salissait l’habit, on y ruinait son trousseau

Pour aller sans confort effeuiller la marguerite

Il fallait vraiment que le désir vous habite

De soulager la vôtre sans détour

En maculant sur le trajet vos plus beaux atours


C’était alors le temps du roi Louis

Le seizième et non le débonnaire

Si j’use pour le décrire d’une formule raccourcie

Et disons-le fort peu protocolaire

C’est que raccourci il le fut aussi


Il eut sans doute fait un serrurier honnête

Mais un roi, certes non, il était bien trop bête

Malhabile il était, et en toutes matières

Ignare c’est certain dans l’œuvre de chair

Il lui fallut du temps pour avoir descendance

Faute d’avoir compris où verser sa semence

À quoi bon de Toinette frictionner la fourrure

Si l’on ne mettait pas la clef dans la serrure ?


Mais le destin de ce roi me fait perdre la tête

Voici que j’en oublie celui de ce brave homme

Qui pour une fille aux mœurs malhonnêtes

Faillit perdre la sienne en somme


Cette jeune catin était gracieuse

Elle n’était pas alors mauvaise fille

C’était son métier que d’être vicieuse

Pas un choix que de mener mauvaise vie


L’homme la vit, la connut, en perdit la raison

Il s’étourdit du parfum de sa fleur

Il butina ses jolis tétons

Elle en fit son miel, il en eut du bonheur


On eut beau l’en décourager, crier au fou

Il voulut bientôt la prendre pour épouse

Et un bien beau jour du mois d’août

À son joli doigt, il enfila la bagouse


Il la soignait comme une princesse

La parait des plus beaux habits

Impatient de les lui ôter la nuit

Pour mieux déchaîner la tigresse


En société, l’épousée faisait illusion

Quelle grâce, quelle beauté disait-on

Voilà un homme comblé par la fortune,

Et celle-ci se comptait à plus d’une lune


Tout alla bien tant qu’elle se tint coite

Mais dès qu’enhardie elle ouvrit la bouche

On remit le bel oiseau dans sa boîte

Elle jurait tant de merde ! qu’affluaient les mouches


L’homme était meurtri, elle en fut mortifiée

Il se promit de l’aider, en faire une élégante

Et pour qu’elle fasse mieux chanter l’alphabet

On manda une habile et noble gouvernante


Après six mois de ce patient dressage

Sa conversation devint des plus sages

C’est un vrai triomphe, dit la douairière

Le couronnement de ma carrière

Pas même à la cour, et de tout âge

On n’entendit si joli babillage


L’homme fit des sauts de joie au plafond

Déboucha quelques bruts de Champagne

Hélas ce que de brut avait perdu sa compagne

Elle l’avait plus que gagné en prétention


Quand il voulut la prendre au lit

En lui faisant des compliments polissons

La sotte poussa de grands cris

La lionne ne voulait plus du lion


Voyons, mon ami, vous voilà bien hardi

Est-ce là le langage que l’on tient à sa mie ?

Puisque vous m’avez bien fâchée

Je tiendrai toutes mes portes closes

Et celle de ma chambre verrouillée

J’en ai perdu tout goût à la chose


Pour me plaire vous n’êtes plus assez poli

Allez ailleurs parfaire votre éducation

Sans plus de procès, elle prit congé de lui

Offrant aussitôt des vacances à son con


La belle l’avait éconduit sans promettre l’abstinence

Bientôt un certain marquis voulut tenter sa chance

Il parla si bien, avec tant de distinction

Qu’elle se laissa chatouiller au-delà du menton


Le cocu en fut bien marri

Dès que se vérifia la réciproque

La trouvant couchée sous le marquis

Quand il comptait la mettre en cloque


On lui dit de la battre, on lui conseilla vengeance

Mais de tout cela le mari n’avait cure

Puisque j’eus le tort de lui inculquer l’élégance

Grand bien lui fasse, si telle est sa nature


Foin de longs procès, de constats d’adultère

Notre homme était sage, plutôt que de se morfondre

Il embarqua sans délai pour Cythère

En quête d’Aphrodites pour lui correspondre


Le destin si cruel voulut se racheter

Plaçant sur son chemin une véritable comtesse

Son gros con(te) de mari l’avait délaissée

Pour de son page mieux explorer les fesses


Elle n’avait plus la fraîcheur des roses

Mais son sourire était si doux

Ses yeux disaient de tendres choses

Il lui eût volontiers cajolé le minou


Il lui dit sans façon la sienne de penser

Elle était à vrai dire quelque peu imagée

Loin de lui adresser de vertes réprimandes

Elle lui offrit plutôt de goûter son amande


Monsieur vos mots me flattent, ma peau n’est plus si lisse

Voilà plus de trente que je m’astreins à la politesse

Au diable tant d’artifices, pour vous je me ferai diablesse

Votre malice et mes caresses seront complices


C’est à l’unisson qu’ils allèrent sur les routes de France

Ne se fiant en tout lieu qu’à la carte du tendre

Tant de chambres assistèrent aux jolies conférences

La tournée fut royale, ne cessant jamais de s’étendre


Ils logèrent une nuit dans une drôle d’auberge

Dont la clientèle discrète aimait jouer de la verge

Ici point de chambres mais un commun dortoir

Et un simple rideau pour qu’on ne puisse se voir


C’était assez peu pour étouffer les bruits

Ceux du voisin étaient des plus polis

Loin d’y trouver son content de plaisir

La femme d’à côté hurlait au martyre


Nos amis au contraire étaient à l’unisson

Échangeant des gestes et des mots bien cochons

La comtesse bientôt grimpa au rideau

Et celui-ci tomba, révélant le tableau


Dans le lit voisin quel horrible spectacle

De l’épouse infidèle l’étroit réceptacle

Accueillait, poussé par le marquis, l’amant

Un flacon de fine qui ne l’était pas tant


Ciel voilà mon mari ! fit aussitôt la traîtresse

Me voilà révélée au fond de la bassesse

Celui-ci de son côté n’en fit pas tout un drame

Plutôt préoccupé par l’état de la dame


À être exposée en si inconfortable posture

La dive bouteille prend un goût de saumure

D’être ainsi embrochée par où l’on n’enfante pas

Vous remplirait de honte jusqu’à l’heure du trépas


Je vous présente ma femme, annonça le mari

Quant à ce monsieur je ne le présente pas

Il emprunte volontiers ce qui n’est pas à lui

Pour en faire aussitôt usage indélicat


Le marquis ricana de ce qu’on lui reprochait

Cela vous va bien d’arbitrer les élégances

Je les ai entendus vos cris de gorets

Les mots affreux qui vous mirent en transe


Riez si vous voulez, lui dit le légitime

Quoi que vous en pensiez, je choisis comme je lime

Nous ne sommes que grossiers quand vous êtes vulgaire

Ma femme était plus noble en vendant son derrière


Quant à vous messire je fendrais bien le votre

Si j’avais sous la main un tonneau ou un autre

Mais ce serait une erreur, je me dois de le dire

Je craindrais bien trop que vous y preniez plaisir


Le marquis en conçut un courroux si profond

Que séance tenante il voulut laver l’affront

De son fourreau il tira sa rapière

Et se mit en garde avec un regard fier


Or s’il était orgueilleux et avait bonne mine

Contrairement à sa queue sa lame n’était pas bien fine

Il se retrouva bientôt cul par-dessus terre

Une épée sur la gorge lui promit le cimetière


Mais notre héros n’avait point le goût du sang

Qu’il soit bleu et mauvais ou rouge et innocent

À quoi bon faire couler tant d’hémoglobine

Quand on peut d’un marquis se payer la bobine


Je taquine les cons sans jamais les meurtrir

Celui de ces dames n’eut jamais à se plaindre

La queue entre les jambes tâchez de déguerpir

Avant que votre virilité ne s’en trouvât moindre


Vous avez pris amant, gardez-le donc madame

Il ne vaut pas grand’chose si j’en juge par son âme

Quant à nos propres serments je vous en délie ici

Je n’ai pour vous nulle haine, je me fais du souci


Monsieur j’ai telle honte de vous avoir trahi

Je m’accable de ne pas vous avoir aimé naturelle

D’avoir troqué ma langue autrefois si fleurie

Contre celle de la cour, véritable bordel


Chez cet homme du monde la délicatesse n’est que verbale

Voyez de quelle façon immonde il m’élargit le trou de balle

Le seul choix de ces mots pourra vous confirmer

Que revient au galop le naturel chassé


Vous eûtes pour moi sans cesse tant de bonté

Je ne serai pas répudiée sans vous rendre les armes

Et puisque généreux vous m’épargnez le fouet

Je dépose à vos pieds tout ce que j’ai de larmes


Ma seule consolation est de voir la vôtre

Vous avez trouvé là femme qui vous mérite

Son amour est bien plus saint que tous les apôtres

Un sein est le plus doux quand ce qu’il couvre palpite


La comtesse s’émut alors des mots de sa rivale

Après avoir offert à l’œillet un bienvenu répit

En extrayant la bouteille de son précieux réduit

Elle adressa à l’homme cette tirade cordiale


Vous êtes bon comme le pain, je le partage en chrétienne

Votre amour est divin, ne connaît pas de limites

Accordez-lui le pardon avec la place qui fut sienne

Il ne sera pas trop de deux femmes pour choyer votre bite


Convaincu par ces mots d’oublier son courroux

L’homme abandonna ses rigoureux principes

Sa fermeté s’exerça sur des objets plus doux

Il fut gratifié d’une jolie paire de pipes


Contre toute attente les deux femmes s’entendirent

L’une partagea quelques tours de catin

L’autre enseigna ce que l’amour veut dire

Aucune académie n’enseigne, même en latin

Voilà qui bien dommage

L’art d’aimer, celui de rendre hommage


Notre brave homme fut doublement récompensé

Payant de quelques cernes cette félicité

Il connut chaque nuit la passion, les papouilles

Ne sachant où donner de la tête ni des couilles


Quant au vilain marquis, si l’on épargna son vit

Sa tête fut tranchée en plein cœur de Paris

Du cœur il n’en avait point à offrir aux frangines

La seule qu’il ne déçut pas fut bien la guillotine


Notre petit ménage à trois ne fut jamais inquiété

Révolutionnaires, ne l’avaient-ils pas étés ?

Ils sacrifiaient à Vénus plutôt qu’aux hécatombes

Liberté égalité volupté peut-on lire sur leur tombe


Une bien belle devise si vous voulez mon avis

Non content d’être douce elle est très sage aussi

La fraternité on la remet sans cesse au grand soir

La félicité des corps on l’atteint sans surseoir


J’hésite encore un peu à joindre une morale

La mienne est si magnanime qu’on la trouve anormale

Concluons pourtant qu’à baiser dessus son cul

On prend dans le fondement ce qu’il n’accepte plus


Et puis je crois aussi que quand il s’agit de cœur

Vengeance n’a pas de place, c’est un trop grand malheur

Si le mariage a ses devoirs et droits, devant notaire

De l’autre on n’est pourtant jamais propriétaire

L’amour n’est pas un bien, il n’est pas un acquis

C’est une chance, une grâce, parfois hélas éphémère

Rendez-le au moins propre dès lors qu’il est vide

Ne dégradez pas ce qui fut doux avant d’être perfide


Soyez blessé, aigri, ayez des mots, des disputes

Mais laissez donc la vengeance aux seuls fils de putes


J’en mettrais la main au feu ou bien plutôt au cul

Si vous meurtrissez celle qui vous a tant déçu

C’est en tout cas l’opinion de cette pauvre fable

Vous lui donnerez raison en cessant d’être aimable