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12/07/20
Résumé:  Un capitaine négrier et une jeune fille rousse transforment la plantation.
Critères:  fh hplusag couleurs frousses couple grossexe amour fellation cunnilingu anulingus pénétratio sandwich historique -historiqu
Auteur : Roy Suffer  (Vieil épicurien)            Envoi mini-message

Série : Nouveau Monde

Chapitre 02 / 02
L'histoire se répète

Résumé de l’épisode 1 :

Où l’on voit un faux couple, bâti sur le meurtre, le vol et l’usurpation d’identité acquérir un domaine, l’exploiter avec réussite mais se faire rattraper par la Justice. Ce domaine attend de nouveaux propriétaires.




Jour de grande excitation sur le port de Bordeaux. La « Fougueuse », vieux bâtiment de guerre de la marine royale recyclé en transport d’esclaves, revient des côtes africaines pour embarquer quelques colons prêts à conquérir le nouveau monde. Pour ne pas perdre une occasion de gagner quelques pièces, le capitaine fait monter des badauds à bord et sort au grand jour de l’entrepont quelques-uns de ces pauvres bougres affolés. On les montre comme on montre des ours dans les cirques ambulants. On leur lance des seaux d’eau de mer pour soi-disant les laver. C’est surtout le prétexte pour les mettre nus et attiser les bas instincts des spectateurs, plus enclins à lâcher leur argent. Une égérie rousse, plutôt bien tournée et avec des yeux d’un étonnant vert pâle, se campe devant le capitaine, poings sur les hanches.



Norbert Gamotte se frotta le menton, hérissé d’une barbe de cinq jours. Grand, athlétique, la cinquantaine au vu du poil grisonnant jaillissant de sa chemise juste croisée dans un large ceinturon, pantalon d’un rouge passé, bottes retournées et tricorne sur la tête, il avait la fière allure d’un homme d’action.



Alice Aihaut ne se le fit pas dire deux fois, et fonça à travers la foule. Le soir même, avec la marée, la Fougueuse reprit la mer, direction l’Amérique. Le rafiot craquait de partout, quelques chants sauvages montaient de l’entrepont, la lueur du phare de Cordouan disparut à l’horizon. Le capitaine resta tard à la manœuvre, il n’aimait pas la Gironde et ses bancs de sable sans cesse en mouvement, ces courants contraires de la marée montante et de la Garonne. Son vieux brick n’aurait pas supporté de racler un fond, encore moins de s’échouer. Quand il rejoignit sa cabine, la fille occupait sa couchette et semblait dormir. Il la crut assez maligne pour faire semblant, au diable… Il était éreinté, tant par la sortie du port que par cette foule de crétins qui le saoulaient plus que le rhum. Il se jeta tout habillé dans son hamac oscillant au gré du bateau. Voilà ce qu’il aimait, le silence, entendre et reconnaître la moindre plainte du bois. Il s’endormit.


Quand Alice se réveilla, ce fut pour sentir une poigne de fer lui enserrer le poignet.



Il ne lui laissait pas le choix ni le temps de la réflexion. Elle ôta sa chemise de nuit, le feu aux joues, et enfila ses frusques une à une, caleçon, corset, jupon et robe. Il la regardait, narquois, mais l’œil fabuleusement intéressé par les formes parfaites de la jeune femme. Une poitrine à faire damner un saint… ferme, drue, généreuse à souhait, une taille bien prise, des hanches rondes et un cul généreux, la cuisse longue et musclée au fuseau parfait, et cette vaste broussaille couleur de feu qui lui couvrait le bas-ventre. Gamotte se surprit à bander comme un bouc. C’est dit, ce soir il ne dormirait pas dans le hamac. La Fougueuse était en haute mer et donnait de la gîte de façon non négligeable. Une mer formée provoquait un tangage déjà sensible et Alice dut prendre quelques secondes avant de trouver son équilibre, puis elle s’éclipsa.



Elle revint quelques minutes plus tard, rouge de colère.



Il cassa quelques morceaux d’un petit pain de sucre sorti d’un placard.



La barre, le capitaine ne la lâcha plus guère pendant trois jours et trois nuits. Car à peine eurent-ils terminé leur conversation qu’un orage monta, accompagné d’un vent violent et de vagues grosses comme des montagnes. Alice n’avait pas peur, au contraire, elle était fascinée par ce ciel noir d’encre, ces vagues énormes, ces paquets de mer projetés par le vent. Fascinée aussi et surtout par cet homme debout derrière la lourde barre qu’il manœuvrait sans répit pour diriger le navire face aux vagues. De travers, la lourde embarcation aurait été roulée comme une barrique dans une cascade. Elle monta près de lui sur le gaillard et s’agrippa à la rambarde. Sans lâcher la barre, Il lui passa d’une main un cordage autour de la taille, elle aurait pu être emportée par une vague plus forte. L’étrave plongeait dans les pentes d’eau vertigineuses et s’engloutissait à moitié dans la pente opposée. Des marins tentaient de maîtriser des voiles folles, les esclaves criaient et priaient, les passagers sortaient pour vomir…


C’est au troisième jour de la tempête que le drame se déroula. L’une des passagères, harnachée dans une immense robe totalement incongrue dans une telle situation, coiffée d’un grand chapeau, se pencha au bastingage pour vomir ses dernières tripes. Le chapeau lui échappa, elle voulut le rattraper et se pencha un peu plus en avant. C’est à ce moment précis qu’un fort coup de vent s’engouffra sous la robe, la transformant en voile. La malheureuse n’eut que le temps de pousser un cri terrible et fut projetée par-dessus bord. Son époux, n’écoutant que son courage malgré les « Non ! Non ! » hurlés par le capitaine, plongea pour tenter de secourir sa femme. Le capitaine cria à Alice :



Puis il se rua à la poupe pour lancer deux rouleaux de cordages en criant ;



Hélas, il revint à la barre sans que quiconque ne se fût accroché à ces minces fils reliant à la vie. Visage fermé, marmonnant « les imbéciles », il reprit le contrôle du bateau. Quelques heures plus tard, la tempête était enfin calmée. Le capitaine tomba sur sa couchette et dormit vingt-quatre heures de rang, Alice s’installa, non sans difficulté, dans le hamac. Dès son réveil, Norbert sortit faire le point au sextant et revint tracer une nouvelle route. La tempête les avait obligés à dériver et ils avaient perdu près de deux jours.



Aucun des passagers n’avait assisté au drame qui s’était joué, pas plus que les hommes d’équipage, trop occupés à préserver leurs peaux dans la tempête. Il s’avéra que seuls Alice et le capitaine en avaient été les témoins directs.



L’homme était dur, il en avait vu d’autres.


Curieusement, à quelques jours d’intervalle, la Fougueuse dut affronter un nouveau péril : le calme plat. C’est l’exact opposé de la tempête, l’absence totale de vent, mer d’huile, bateau immobile. Mais tout aussi terrible, car ces calmes s’accompagnent d’un soleil et d’une chaleur écrasants. On sortit les esclaves sur le pont, on les fit se mettre nus pour les laver à grands seaux d’eau de mer. Alice les observait depuis la dunette, ne lâchant plus son capitaine pour lequel elle avait de plus en plus d’admiration et d’intérêt.



Il l’emmena dans la cabine du couple noyé et ils firent l’inventaire de leurs malles. Il y avait là de très beaux vêtements dont Alice pouvait profiter, étant à peu près de la même corpulence que la défunte. Malgré une forte réticence, le capitaine finit par la convaincre que ce serait toujours mieux que ce qu’elle avait dans sa petite valise, et qu’en plus une « dame » en imposait plus aux malfrats comme aux autorités qu’une fille d’apparence pauvre. Lui-même trouva quelques vêtements, des pantalons surtout, qui pourraient lui convenir. Pour les vestes et chemises, il était beaucoup trop large. C’est au fond des malles que leurs recherches devinrent intéressantes. Ils trouvèrent divers papiers et souvenirs personnels, l’acte de vente d’une boutique de mercerie vendue à Besançon, dont ils étaient originaires, et un acte de propriété d’une concession aurifère de l’ouest des Amériques, probablement une arnaque vendue par un habile colporteur. C’était aussi la raison de leur traversée, le rêve de devenir riches et couverts d’or, probablement un calvaire pour deux petits commerçants dans l’enfer que Norbert décrivait. Ils y avaient mis toutes leurs économies. Et l’argent de la vente de la boutique et de leur maison avait été converti en un paquet de titres d’un emprunt national, des papiers sans valeur aux Amériques, ainsi qu’un lourd coffret contenant des rouleaux de pièces d’or et les quelques bijoux de la dame.



La fille du notaire avait bien rapidement évalué la petite fortune qui lui revenait soudain. Quelques bijoux, qu’il valait mieux porter que revendre et une quinzaine de rouleaux de trente pièces chacun. Environ quatre cent cinquante Louis, bien plus que ce que ces pauvres gens auraient pu trouver dans la terre américaine ! Elle fit une prière pour eux et remercia Dieu de sa bonté. Tout de même, ce capitaine qui aurait pu tout garder pour lui se montrait d’une grande générosité envers elle. Tiens ? Où était-il passé ? Elle sortit sur le pont. Après avoir renvoyé les esclaves dans l’entrepont, tout l’équipage prenait des bains de mer. La plupart ne sachant pas nager nouait un cordage autour de leur taille. Le bateau était immobile, ses voiles pendaient lamentablement, il faisait terriblement chaud. Norbert nageait avec son équipage, nu apparemment. À plusieurs reprises, il plongea sous la coque, remontant de l’autre côté, puis il se hissa jusqu’au pont par une échelle de coupé.



Alice médusée ne pouvait détacher son regard vert du corps splendide de cet homme, pourtant de vingt-cinq ans son aîné. Torse musculeux et velu, ventre plat, hanches étroites, cuisses et mollets aux muscles saillants, une véritable force de la nature. Et de surcroît, au milieu d’une broussaille très noire, superbement membré, un pénis tranquille reposant sur d’imposants testicules. Elle avala sa salive, une sourde brûlure envahit son ventre.



Elle l’accompagna dans sa cabine où il allait se sécher et se rhabiller. Fermant la porte et restant appuyée contre le battant, ses lèvres prononcèrent des mots que sa raison interdisait :



La voix était rauque, ses yeux soudains devenus si clairs que les iris semblèrent invisibles, lui donnant un regard irréel.



Sa bouche disparut sous celle avide de l’homme dont l’érection témoignait du désir qu’il éprouvait. La robe tomba, ses seins furent gobés un à un, puis le visage buriné s’enfouit entre ses cuisses lui tirant des hoquets de bonheur. La jeune femme n’en pouvait plus de désir et reçut le membre apoplectique comme une délivrance. Elle se donna sans restriction à l’avidité de l’homme qui n’avait pas connu tel paradis depuis des mois. Par trois fois, elle dut ouvrir grande sa jolie bouche de poupée pour recevoir les jets puissants de son amant et en téter les dernières gouttes. Rompus autant par la chaleur que par les ébats amoureux, ils s’endormirent l’un contre l’autre. Elle, la main dans la toison grisonnante du torse puissant ; lui, la main dans la toison flamboyante du ventre qui l’avait comblé. Apaisés par un plaisir encore jamais égalé, ils furent tirés du repos par les cris du hunier :



En un instant, le marin fut sur pieds, enfilant ses vêtements pour courir sur le pont. Pour le suivre, Alice fouilla rapidement les malles, trouva un pantalon d’homme qui semblait lui aller, une chemise de soie et une paire de bottines. Comme son mentor, elle n’attacha pas la chemise écrue mais la croisa sur sa généreuse poitrine, en coinça le bas dans le pantalon noir un peu trop long, mais replié dans les bottines et, faute de ceinturon à sa taille, noua une écharpe rouge sur ses hanches. Avec un tricorne du capitaine, lui aussi un peu trop grand mais bien calé par sa crinière retroussée, elle avait tout d’une femme pirate et adora se voir dans les yeux ébahis de son amant.



Tout autour d’eux, la mer d’huile commençait à se rider et une légère brise frappa leurs visages. Le lourd bateau craqua doucement puis s’ébranla, lentement d’abord puis de plus en plus vite. Le capitaine était soulagé, il allait bientôt sortir de la zone de calme.


Quelques jours plus tard, il lui montra au loin les côtes de Floride, il leur fallut encore deux jours de navigation pour atteindre leur destination. On débarqua les passagers en chaloupes, mais le bateau devait encore subir la quarantaine avant de débarquer les esclaves. Norbert, suivi comme son ombre par Alice en robe de dame, fit son rapport au semblant de capitainerie du port, une cabane occupée par un gros homme de type hispanique, qui n’aimait pas être dérangé de sa sieste, sauf pour percevoir des droits de douane. Il nota la disparition « corps et biens » sur son grand cahier, avec la date et la position estimée. Il tiqua un peu sur le récit :



Vente aux enchères, voilà qui pouvait être intéressant… ou pas, c’est selon. Tout dépendrait des candidats au rachat de cette plantation et de leur pouvoir d’achat. Il fallait aller voir, et vite. Ils cherchèrent un peu, on leur dit d’aller voir au temple, la seule salle assez grande pour cela. Hélas, ils trouvèrent porte close. Ils hélèrent un cabriolet qui passait emportant un notable, plutôt bien vêtu, ce qui tranchait par rapport aux hardes portées dans les rues.



Le juge avait voulu que la vente se fasse sur place afin que les acheteurs puissent en même temps visiter la propriété. Son intention était de faire monter les enchères en montrant l’importance de l’endroit. Norbert et Alice firent donc la visite. Alice était absolument emballée. Le manoir la fascinait, elle s’y voyait déjà, et la seconde maison occupée par les esclaves lui semblait parfaite comme lieu de formation pour l’idée qu’elle avait eu sur le bateau. La vente incluait bien sûr l’achat des esclaves déjà présents sur la plantation. Quant au régisseur, il se portait acquéreur. Ce qui plaisait le plus à la jeune femme, c’était un endroit charmant au bord du fleuve, très romantique avec ses grands arbres centenaires, des canards, des roseaux. Elle s’imaginait là, attendant son amant qui viendrait la visiter en chaloupe à chacune de ses traversées.



Les enchères débutèrent à cinq mille livres, soit en gros deux cent Louis. Le régisseur se précipita, deux autres planteurs le suivirent. Visiblement, les autres n’étaient là que pour compter les points, à moins qu’ils ne fassent comme le capitaine. À six mille livres, le régisseur jeta l’éponge, l’un des deux autres planteurs avait déjà arrêté bien avant. Le juge allait adjuger à regret, estimant que la propriété valait beaucoup plus. Il traîna un peu, Alice se découvrit, poussée par son amant. Le planteur tint jusqu’à huit mille trois cents livres, mais il est vrai que la sécheresse passée avait amputé les fortunes : toute une année à nourrir les gens, les esclaves, acheter les semences sans le moindre revenu. Le marteau tomba, Alice devenait propriétaire pour trois cent cinquante pièces d’or. Elle était folle de joie. Le colon qui les avait amenés vint la féliciter.



Pendant ce temps, Norbert s’entretenait avec le jeune juge. Il le connaissait pour lui avoir fait faire la traversée, quelques mois auparavant.



Ainsi fut fait, et les amants se retrouvèrent ensemble propriétaires de Longueville, elle pour cent soixante-quinze Louis et lui pour cinq titres de mille francs chacun. Le soir même, Martin le régisseur fut rembauché à son grand soulagement, et on leur présenta leurs esclaves, notamment ceux de la maison. Joseph fut sommé de jurer au capitaine qu’il répondrait sur sa vie de la sécurité de Madame Alice quand Norbert serait absent, et Alice éclata de rire en voyant les jumelles dans leur accoutrement. Fortunée, la cuisinière, leur fit le meilleur dîner qu’elle put improviser et ils s’apprêtèrent à passer une première nuit de rêve dans leur propriété des Amériques. Mais Joseph et les jumelles demandèrent à les voir :



Ils avaient surtout envie de se retrouver et de faire l’amour, d’autant que, ses « époques » approchant, Alice avait autorisé Norbert à s’épancher en elle. Il en rêvait. Tout à leurs ébats amoureux, ils ne prêtèrent pas attention aux bruits de la maison. Ce n’est qu’en retombant épuisés sur la couche que leur parvinrent gémissements et miaulements. Y aurait-il un animal sauvage qui se serait introduit par les baies ouvertes ? Alice s’aventura sur le balcon vers l’origine des bruits. Elle tomba en arrêt à la hauteur des persiennes grandes ouvertes de la « chambre de Monsieur ». Joseph se tenait debout sur le lit, droit et impassible, tandis que les jumelles s’acharnaient voluptueusement sur son énorme sexe en érection. L’une gobait son gland en astiquant son manche, l’autre gobait alternativement ses lourds testicules. Le postérieur de cette dernière montrait un anus fortement dilaté d’où sourdait des coulées de liquide épais et nacré. Pas d’erreur, le colosse venait de lui faire subir une prodigieuse sodomie, et sa sœur, ne voulant pas être en reste, l’excitait pour avoir son tour de manège. Alice les trouva beaux tous les trois dans ces gestes érotiques qu’elle n’avait jamais encore eu le loisir de contempler. Une vague de chaleur déferla dans son ventre et elle porta inconsciemment sa main dans sa toison rousse. Bientôt, le puissant noir se sentit prêt et s’allongea sur le dos. Aussitôt les sœurs l’enjambèrent, l’une posant sa chatte sur sa bouche épaisse et l’autre s’empalant lentement sur le mandrin érigé. Elles se faisaient face et mêlèrent leurs bouches charnues tandis que leurs mains saisissaient les pointes épaisses des petits nichons de l’autre. Quel magnifique ballet !


Alice était fascinée par cette chatte qui coulissait sur l’énorme pieu, ses nymphes distendues s’étirant lorsqu’elle montait et disparaissant quand elle descendait. Et de l’autre côté, la grosse bouche du mâle qui couvrait toute la chatte de sa sœur, l’aspirait comme une ventouse, alors qu’on entendait le rapide clapotis de sa langue fouettant les délicates muqueuses. Du ventre d’Alice, la vague monta dans sa gorge et s’y lova en boule, ses doigts s’agitèrent dans sa toison. Puis Joseph souleva comme une poupée celle qu’il suçait et redressa son buste pour mieux pilonner l’autre. À son tour, elle fit une volte en l’air et se retrouva à quatre pattes devant le terrifiant pénis, luisant de mouille. Il plaça son gland apoplectique sur la frêle rosette et poussa d’un formidable coup de reins. La jeune-fille eut un hoquet suivi d’un râle ininterrompu, bouche grande ouvertes, regard de cheval fou. C’est à cet instant précis que deux mains rugueuses saisirent les hanches d’Alice, et qu’elle sentit un souffle sur son oreille :



Le capitaine fléchit sur ses cuisses et enfila d’un coup la chatte de sa compagne, encore gluante des miasmes de leurs récents ébats. Il y fit quelques allers et retours, juste de quoi bien lubrifier sa verge, puis positionna son gland contre la rosette encore vierge et la força d’un coup de rein. La jeune fille encore pleine d’innocence ne vit pas le coup venir, n’eut ni le temps d’esquiver ni de crier « non ». En avait-elle vraiment envie ? Elle ne put que se mordre les lèvres jusqu’au sang pour étouffer son cri de surprise et de douleur. En même temps que l’esclave, Norbert besogna l’anus de sa maîtresse avec lenteur, profondeur et vigueur.



De fait, ce spectacle les avait mis dans un état second. Tout juste à cette époque si une femme montrait une cheville ou la naissance d’une poitrine ; seules, quelques cartes à jouer portaient des croquis licencieux, plus suggestifs que réalistes. Même les écrits du Marquis de Sade ne circulaient pas encore sous le manteau. Alors contempler à loisir trois beaux spécimens dans des actes auxquels les précédents maîtres les avaient parfaitement formés, les plongea jusqu’au matin dans une frénésie sexuelle jusqu’alors inconnue. Quand elle repensa à leur réaction, Alice en tira certaines conclusions et quelques bonnes idées.


Ils déjeunèrent avec Martin, le régisseur, pour s’informer sur la plantation.



Le capitaine vendit ses esclaves à la fin de la quarantaine et reprit la mer pour de nouvelles traversées, laissant une Alice un peu mélancolique. La récolte des pommes de terre fut bonne, puis celle du maïs également. Il fallut apprendre aux esclaves à cuire les pommes de terre dans l’eau, ils les croquaient crues. Le maïs leur plut beaucoup également, parce qu’ils pouvaient aussi bien le croquer que le cuire ou en faire de la farine et des galettes, un peu comme le sorgho ou le mil. Ce qu’apporta Alice, avec son souhait de boire du lait le matin, c’est l’introduction de quelques vaches laitières dont une esclave fut chargée de s’occuper. On lui apprit la traite et la conduite de ce tout petit troupeau de six bêtes. Mais le lait produit révolutionna la nourriture de la plantation, apportant boisson, crèmes et gâteaux.


En conversant avec sa voisine au bord du fleuve, Alice découvrit toutes les douceurs du sucre et du chocolat qu’il était assez facile de se procurer. Désormais, son petit déjeuner était un chocolat chaud bien sucré. Martin apprit assez vite à lire, ce fut plus long pour l’écriture. Ses grosses pattes étaient plus habituées aux outils qu’au crayon. Mais il était ravi. Vint enfin la récolte du coton, magnifique. Blanc, de première qualité et abondant. Malgré le changement de propriétaire, Longueville conservait la palme du plus beau produit, qui se vendit bien et cher. Martin rapporta de la vente près de quinze mille livres, prouvant que la technique de Courtin fonctionnait bien. Tout étant payé, il restait dans le coffre huit mille livres qu’Alice partagea en trois, deux mille pour Martin et trois mille pour elle comme pour son associé. On récompensa également les esclaves qui eurent le droit de faire une fête en extérieur autour d’un grand feu et d’un bon repas. À la nuit tombée, des chants magnifiques emplirent l’air de la plantation, et Alice se joignit à eux pour mieux les entendre et participer à leur joie. Ils en furent tellement étonnés et ravis qu’ils vinrent tous se prosterner devant elle pour la remercier, elle en avait les larmes aux yeux. Elle resta longuement avec eux, frappant dans ses mains au rythme envoûtant de ces chants exotiques.


Le lendemain, elle interrogea Martin sur la méthode de traitement des esclaves qu’elle avait suggérée. Il dut convenir que les résultats étaient surprenants. La « maît’esse » était devenue une sorte de culte, et il lui suffisait désormais de dire « pour faire plaisir à la maîtresse » pour qu’ils fassent leur maximum.



Alice attendait avec impatience le retour de Norbert. Trois mois déjà qu’il était parti, et elle se faisait du souci, ayant connu la tempête et le calme plat. Il était bon marin, mais avec ce vieux rafiot, tout était possible. Dès que la lune illuminait les nuits, elle allait se promener au bord du fleuve. Elle y avait fait installer un banc, et souvent elle se posait là, scrutant l’eau et les reflets pâles de la lune. Souvent, elle quittait sa chemise de nuit, écartait ses cuisses et plongeait ses doigts dans sa chatte brûlante de désir. Quand le plaisir avait fait son œuvre, elle retournait se coucher, apaisée. Elle n’était pas seule et le savait. Joseph, attentif, veillait sur elle, même dans ces instants-là, prêt à intervenir si nécessaire. Loin de la déranger, cette présence la rassurait. Et puis il était si discret, progressant tel un chat dans un silence absolu, restant à distance sans se montrer. Elle entendait juste avant de s’endormir le parquet du balcon craquer sous le poids imposant du colosse. Et si elle ne s’endormait pas immédiatement, elle entendait parfois gémir l’une ou l’autre des jumelles, et souriait d’avoir ainsi excité son ange-gardien qui se soulageait avec ses maîtresses. C’est ainsi qu’une nuit, l’idée lui vint.



Venait-elle de se faire un ennemi ? Ce n’était pas impossible, elle n’aurait peut-être pas dû déballer toute sa pensée d’un coup. Mais on est au XIXème siècle, que diable, plus de vingt ans après la révolution française ! Alice était ainsi tourmentée lorsqu’une rumeur agita la maison. Avec trois semaines d’avance sur le calendrier envisagé, le capitaine Gamotte arrivait dans la plantation. Une vague de bonheur l’envahit soudain.



Leur étreinte fut longue et fougueuse, et peu leur importait que les esclaves et les marins mélangés applaudissent à tout rompre. Un petit équipage, rameurs de la chaloupe, transportait les malles et caisses de leur capitaine et repartit sur le navire.



La jeune femme lui raconta tout, la bonne récolte, l’évolution du traitement des esclaves, ses réussites et ses difficultés, notamment dans ses relations avec Martin, expliquant le fond de sa pensée. Puis ils firent l’amour, soupèrent et refirent l’amour. Le lendemain, le capitaine commenta toutes ces nouvelles en faisant avec elle le tour de la plantation.



Martin se laissa convaincre assez volontiers. L’homme était intelligent et, maintenant qu’il savait le faire, avait lu la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ». L’unique question qu’il se posait encore était la suivante : vis à vis de Dieu, les nègres étaient-ils des hommes ou des animaux ? Norbert l’informa que désormais, nombre de missionnaires parcouraient le monde afin d’inciter leurs frères blancs à respecter tous les humains, fussent-ils indiens ou noirs, et que la reine d’Espagne, Catherine la Catholique, exhortait ses sujets à ne plus pratiquer l’esclavage. Cela sembla le convaincre définitivement.



Pour la première fois de sa vie, Alice goûta à ce fameux vin moussant, si apprécié par les plus riches français : le vin de champagne. Un délice, bien qu’il tournât un peu la tête.



La goélette, amarrée à quelques encablures du port, avait fière allure malgré ses voiles carguées. Longue coque toute blanche, quatre mâts sans compter le beaupré, un pont d’acajou avec beaucoup de cuivre et de laiton que les marins astiquaient pour s’occuper pendant la quarantaine. Ils montèrent à bord et firent sortir les esclaves. Après une première sélection, Alice voulut les voir nus. Elle choisit les plus belles filles, celles avec les plus beaux visages et les plus belles poitrines, parmi les plus jeunes. Elle souhaitait rééquilibrer le nombre d’hommes et de femmes dans sa plantation pour favoriser d’éventuels couples. Elle prit donc cinq filles et un homme, le plus robuste, mais tomba en arrêt devant un autre noir qui semblait plus âgé que les autres.



Plus petit que Joseph, l’homme était très costaud, un empilement de boules de muscles, un cou de taureau et, malgré quelques rides sur son visage, tout respirait en lui une puissance physique hors du commun. Quant à son sexe, on aurait dit la trompe d’un éléphanteau faisant une courbe harmonieuse vers le sol, surplombant des testicules gros comme des œufs de poule. Elle le prit aussi espérant que, si elle parvenait à entrer dans ses bonnes grâces, il serait tout désigné pour diriger les autres esclaves et réguler leur comportement. Et puis… quel beau spécimen pour son spectacle !


La fin de la quarantaine arriva, et avec elle le départ de Norbert. Le bateau plein à craquer de denrées de luxe et même de plants de pommes de terre et d’un fruit rouge nommé « tomate », il repartit vers la France. Les nouveaux esclaves arrivèrent à la plantation. Apeurés après des mois de mauvais traitements, ils avaient des réflexes de protection quand on s’approchait d’eux. Seul le grand chef restait impassible et digne.



Il repartit très digne et Alice pensa qu’il serait difficile de lui faire montrer son sexe à tout le monde.


On alla acheter du bois, de la peinture, des clous. Les travaux commencèrent rapidement et Martin déménagea dans le manoir. Le grand chef revint voir Alice.



Elle eut quelques sueurs froides quand elle les vit grimper sur le toit et le démonter partiellement. C’était surtout le haut qu’ils démontaient, l’arête du toit rectangulaire à quatre pans sur un mètre environ. Ils étaient agiles, habiles, et rien qu’à les regarder faire Alice se disait qu’elle ne s’était pas trompée. Ce sont vraiment des hommes intelligents et plus encore, malins. Ils étaient en train de reconstituer le faîte du toit à un demi-mètre au-dessus, avec une vaste aération sur le pourtour. Excellente idée. Cependant, elle intervint. En effet, pour assurer une bonne étanchéité, il fallait un large débordement et donc plus d’ardoises. Et puis pour se protéger des oiseaux et des nombreux insectes, il fallait aussi placer tout le tour du grillage fin, réservé en principe au garde-manger. Mais au final, force était de constater que la température de la maison avait notablement baissé, surtout la nuit.



Les emplettes qu’ils souhaitaient faire tournaient pour beaucoup autour des vêtements, du matériel de couture et de pièces de tissus, mais aussi quelques outils et un peu de tabac pour les hommes, ainsi que quelques ustensiles de cuisine qu’Alice décida de leur fournir sans contrepartie. Le résultat global de l’expérience fut assez mitigé ; ce fut rapidement un joyeux foutoir autour d’une maison précédemment nette, avec des cordes à linge un peu partout, des petits feux entre de gros cailloux, etc. Et alors ? Ils semblaient heureux comme ça, si l’on regardait bien tout était propre, c’était seulement un mode de vie différent, rien de scandaleux. Et le travail restait au rendez-vous. L’idée a priori saugrenue de la pêche donnait d’excellents résultats. Le fleuve n’avait jamais été pêché et regorgeait de poissons de toutes sortes. Il suffisait de tremper un peu de fil ciré avec un ver pour sortir un poisson dans la minute. Bientôt, quelques ventres s’arrondirent, conséquence de cette liberté nouvelle et d’un certain bien-être.


Alice passait de longs moments en compagnie de sa seule amie, Charlotte, sa voisine de plantation, au bord du fleuve. Elle lui confia un jour son intention de donner un spectacle de ses « esclaves » en train de forniquer.



Alice parla à Joseph et aux jumelles qui éclatèrent de rire : être regardés pendant qu’ils font l’amour leur semblait inconcevable. Pourquoi les gens n’en font-ils pas tout simplement autant ? C’est tout de même bien mieux ! Mais pourquoi pas, si Madame le voulait, alors ils voulaient bien. Et Alice voulut les faire répéter pour mettre au point un programme parfait. Mais elle ne tint pas jusqu’au bout. Elle dut s’enfuir dans sa chambre pour se doigter comme une folle deux fois de suite afin d’apaiser ses sens en folie.


On transforma le salon, on acheta des petits guéridons, on installa une estrade servant de scène, on acheta des lampes à pétrole avec des réflecteurs et un vieux piano, dont un pianiste encore plus vieux viendrait jouer. La date fut choisie, le champagne mis au fond du puits et des cartons envoyés pour venir le déguster. Alice en grande robe mordorée accueillit ses hôtes, le piano égrenait des valses viennoises et le champagne coula, servi par les jumelles en tenue de combat, juste un petit tablier blanc. Elles firent sensation et déjà donnèrent le ton au reste de la soirée. Fortunée avait préparé une quantité de gâteaux à base de meringue, de sucre et de chocolat, qui convenaient parfaitement avec le champagne. Alice alla se changer. Elle revêtit une tenue qui lui était chère, chemise croisée dans un pantalon moulant, écharpe autour de la taille, tricorne cachant ses cheveux et, pour compléter, un loup cachant le haut de son visage. Personne n’était dupe, son regard vert pâle étant unique, mais c’est ainsi qu’elle voulait s’instaurer maîtresse de cérémonie, cravache en main, sur scène elle aussi pour veiller à ce que tout se passe bien.


Dans la salle, les « oh », les « ah », les « mon dieu » laissèrent peu à peu place à de longs moments de silence passionnés. Certain voulurent se lever pour s’approcher de la scène, les autres les firent se rasseoir, puis finalement tout un chacun approcha sa chaise, oubliant le champagne pourtant très apprécié. Des cris fusaient à certains changements critiques. On avait simplement oublié quelque chose : les sels d’ammoniaque car deux dames tombèrent dans les pommes au moment de la sodomie. Pourtant la chose était bien préparée : Alice ordonnait, trempait le manche de sa cravache dans un pot de graisse à traire et le plantait tour à tour dans le fion de Marie-Paule et Marie-Pierre, ainsi dénommées les jumelles, qu’elles distinguait par une chaînette d’or qu’elle leur avait accrochée, l’une à la cheville gauche, l’autre à la cheville droite. Même le vieux pianiste joua faux, plus captivé par le spectacle que par ses partitions. Le succès fut immense. Les douze personnes présentes applaudirent à tout rompre. Alice fit circuler un haut-de-forme qui fut rempli de lourdes pièces et de billets.



Les avis furent unanimes, l’expérience était à renouveler et chacun voulait y amener ses propres amis. On racheta des guéridons et des sièges, on réorganisa la salle qui s’avéra bientôt trop petite et, faute de champagne en quantité suffisante, on prépara du chocolat chaud et du café. Ce n’est pas moins de dix attelages qui trouvèrent place ce soir-là sur les pelouses du manoir. Le succès fut encore une fois énorme, comme la recette.



Utilisant les compétences de ses employés, Alice décida de se passer d’une partie des galeries et de les utiliser pour agrandir son salon. En somme, on poussa les murs afin de loger une quinzaine de guéridons et une trentaine de chaises paillées, disposés en arc de cercle, et de faire avancer l’estrade servant de scène au milieu d’eux. Ainsi, tout un chacun aurait une vue excellente sur le spectacle, et cela éviterait les déplacements intempestifs des chaises et des spectateurs. Elle demanda à Martin et au grand chef d’être présents dans la salle pour éviter tout débordement potentiel, car plus les gens sont nombreux et plus le risque est élevé. C’était aussi une façon d’amener « Grand chef » à assister au spectacle, car elle aurait bien voulu l’inclure dans une prochaine mouture, avec son attirail hors normes. La surprise vint de Martin qui ne put s’empêcher de lui déclarer après :



Tiens donc ? Le régisseur aurait-il des tendances… Ce serait donc pour ça qu’il n’a jamais rien tenté avec elle malgré tout le temps qu’ils avaient passé ensemble, alors qu’il savait pertinemment que son capitaine était absent. Elle sourit intérieurement, rassurée sur son pouvoir de séduction.


Quand Norbert revint un peu plus de deux mois plus tard, elle fut fière de lui présenter sa cagnotte, forte de quatre mille cinq cents livres. Une véritable aubaine sur laquelle personne ne comptait. Certes, on avait eu des dépenses, des meubles, du matériel pour les travaux, et maintenant le champagne rapporté en quantité. Mais cette petite affaire était très rentable. Norbert s’écria :



On enleva les tables et l’on ne fit qu’un buffet, pour laisser la place libre à la danse. L’estrade serait parfaite pour la démonstration des danseuses, qui entraîneront les gens à les imiter. Elles étaient ravies de trouver si vite un endroit pour démarrer leur tournée américaine, et l’on convint d’un partage de la recette. Elles avaient beaucoup d’énergie, le petit pianiste était excellent, le rythme endiablé et tout le monde participait à la « coquinerie » de la situation. On restait dans la licence mais dans un registre très différent, et cela plut, plut, plut, d’autant que le champagne coulait à flot. Le vieux pianiste eut un peu de mal à apprendre cette nouvelle musique, mais il en connaissait d’autres, et l’idée resta de faire de temps en temps des soirées dansantes, pour changer.


Norbert profitait de la quarantaine pour livrer et négocier les marchandises rapportées, prendre des commandes pour la prochaine traversée, acheter au meilleur prix les denrées à remporter et lutiner assidûment sa jeune déesse qui était aux anges. Le commerce fonctionnait très bien et les candidats à la traversée pour le nouveau monde étaient de plus en plus nombreux. Il se résolut donc à abandonner le transport d’esclaves qui allongeait considérablement ses voyages, entre la quarantaine et le cabotage sur les côtes africaines. Il calcula qu’il pourrait faire cinq à six allers et retours par an, au lieu de trois ou quatre, et serait finalement gagnant, tout en s’épargnant l’arrache-cœur de devoir emballer des corps dans de vieux restes de voiles avant de les passer par-dessus bord. De surcroît, il verrait aussi sa dulcinée plus souvent, moins longtemps mais plus régulièrement. L’idée fit son chemin. Il traîna sur le petit port d’Aurora, près de Beaumont, discuta çà et là, et comprit vite qu’il serait le premier à instaurer une ligne transatlantique régulière entre Bordeaux et Aurora, et tout le bénéfice qu’il pourrait tirer de cette primeur. En laissant aux autres la côte Est, il ouvrait un accès direct au cœur de l’Amérique, renforçant la présence française au Texas face aux espagnols, puisqu’on était juste à la frontière entre Louisiane et Texas au bord du fleuve Sabine. C’est sûr, il fallait ouvrir, sinon un comptoir, au moins un bureau, tant à Bordeaux qu’à Aurora. Les gens pourraient ainsi retenir leurs billets de traversée, le responsable du bureau pourrait négocier les contenus des cargaisons et, avec des dates régulières, il pourrait même transporter courrier et colis.


Son bateau était puissant, il le savait, mais ne donnait pas tout ce qu’il aurait dû. Conçu comme autrefois, par un atelier traditionnel, il était propulsé encore par des voiles carrées, suspendues en cinq étages à chacun des mâts. Cela fonctionne très bien aux vents portants mais interdit de faire du près ou de remonter le vent, à moins de faire de longs détours. Ce qu’il aurait voulu, ce sont des voiles auriques à cornes, gigantesques par rapport aux voiles carrées, mais bien dans l’axe du navire, nécessitant beaucoup moins de manœuvres et d’hommes d’équipage. C’est tout un travail qu’il faudrait faire réaliser à Rochefort pour modifier le navire en conséquence, et évidemment cela représentait beaucoup d’argent. Il parla de son projet à Alice qui s’exclama :



Norbert repartit avec des soutes pleines à déborder et fit d’excellents profits. Il emmena ensuite son bateau à Rochefort, où se trouvaient les meilleurs charpentiers de marine. On mit le navire en cale sèche dans une forme de radoub, ce qui permit d’inspecter, de réparer et de repeindre la coque, ainsi que d’y ajouter une quille, sorte de renfort lesté pour contrarier la gîte que ne manquerait pas de donner les nouvelles voiles. Il en profita pour réaménager l’entrepont, non plus pour des esclaves mais pour des cabines confortables et une grande salle à manger presque luxueuse. Il réussit à convaincre deux de ses amis de travailler avec lui, l’un à Bordeaux et l’autre à Aurora, pour tenir ses listes d’embarquement et s’occuper de ses affaires d’un côté comme de l’autre, pendant qu’il serait en traversées.


Le grand jour arriva où l’on remit en eau le bateau rénové et renommé « Alix ». Il s’était doté d’un nouvel équipage, habitué à ce type de gréements, soulagé de perdre les quelques têtes brûlées qui avaient fait la traite négrière avec lui depuis des années. Après quelques longues minutes d’hésitation et de tâtonnement, le bateau prit soudain le vent et là… ce fut étourdissant. Pour Norbert, l’engin semblait tout à coup planer sur l’eau. Il faisait beau, on envoya toute la voilure : quatre voiles auriques surmontées de quatre voiles triangulaires, et quatre focs à l’avant dont un gigantesque. Le bateau prit un peu de gîte, mais moins que redouté. Le vent sifflait dans les drisses, un sillon bouillonnant suivait la poupe, et la mer semblait s’ouvrir en deux devant la proue effilée. Il devait faire au moins du douze nœuds, contre huit auparavant et, pourtant, par petit temps. La traversée en quinze jours était à portée de main, semblait-il. L’équipage semblait très professionnel, deux hommes à chaque mât et deux à l’avant. Ils attendaient les ordres, stoïques, bras croisés. Plus besoin de grimper dans les hunes, toutes les voiles se manœuvraient depuis le pont. Il laissa la barre à son second et alla jusqu’à la proue profiter des embruns et, en se retournant, du spectacle de son bateau devenu engin de course. Ils piquèrent sur Bordeaux remplir les soutes et charger les passagers. Cette première traversée nouvelle formule s’effectua en dix-huit jours, et la difficile passe de la Sabine, pour remonter du golfe à Aurora, s’effectua avec une facilité déconcertante à marée montante. Norbert était fou de joie.


Il acheta une ancienne boutique et, en quelques coups de peinture, la transforma en bureau de la « Compagnie Transatlantique A—N », comme l’avait suggéré Alice. L’ami fut installé, avec de quoi se loger au-dessus de la boutique, et Norbert le présenta à tous ses fournisseurs et clients, avec un argument commercial de poids, la traversée en moins de vingt jours. Au bureau de poste, on signa un contrat de transport du courrier qui, malgré l’apparition du chemin de fer sur la côte est, faisait d’abord un long trajet en diligence avant de rallier un port par le rail et d’attendre le bateau suivant. Il fallait deux mois avant qu’il n’arrive en France ! Avec l’Alix, il faudrait trois fois moins de temps. Bref, les affaires marchaient bien, navigation comme plantation.


Alice souhaitait reprendre ses spectacles licencieux sous la pression des spectateurs qu’elle rencontrait parfois, et notamment de Charlotte. Mais elle voulait les renouveler, trouver quelque chose d’inédit. Elle convoqua le Grand chef dans son bureau.



Ce n’était pas un prétexte, juste une envie, un désir. Elle était là dans cette pièce, seule avec cet homme monté comme un bourricot, et une sorte de… chaleur particulière lui envahissait le ventre, plus forte que celle qu’il faisait à l’extérieur. L’homme se dévêtit, dévoilant sa prodigieuse musculature et ses prodigieux attributs. Il était différent de Joseph dont le sexe était moins brillant, le gland plus clair, presque comme du chocolat. Là, tout était noir noir.



Pour une fois, elle ne releva pas cette soumission déclarée, bouleversée par le projet de l’acte qu’elle allait commettre. Sa menotte tremblante s’approcha de la trompe retombant vers le sol et la caressa du bout des doigts. Son cœur tapait fort, jusque dans ses tempes. Puis elle s’enhardit et caressa la chose à pleine main, bientôt rejointe par la seconde. Quelle sensation ! Quelle douceur et quel diamètre ! Moïse ne fut pas insensible et l’incroyable serpent se redressa lentement, par petites pulsations. Les mains d’Alice ne parvenaient pas à faire le tour complet du cylindre de chair, et ses deux mains superposées étaient loin d’en couvrir toute la longueur. Elle serra, coulissa, alla soupeser les énormes testicules. Le gland désormais bien gonflé était dirigé droit vers elle, brillant de toute sa peau distendue, tandis que la hampe se couvrait de veines sinueuses. Comment résister à cet appel puissant de la nature ? Elle pensa à Norbert, lui demandant pardon d’avance pour ce qui n’était qu’une expérience, rien de plus.



Le gourdin était dur et brûlant entre ses mains, elle ne pouvait décemment pas le laisser ainsi. Et puis elle avait envie d’y goûter, de le serrer entre ses seins, de… son ventre se tordait d’un désir d’une violence inégalée. Inutile d’être pénétrée, juste se caresser le minou avec cet énorme gland, ce devait être délicieux. Elle se pencha et y posa un baiser, puis un autre, puis se prit à le déguster, à le lécher, à l’engloutir goulûment, bouche distendue. Quelques instants plus tard, elle avait quitté ses vêtements et se frottait comme une folle contre ce sexe insensé. Elle s’y caressa les seins, l’un après l’autre, puis remonta le long de ce torse colossal, palpant la peau d’une douceur extrême, sans poils, sentant au-dessous rouler la puissance des muscles contractés. Son pubis vint se frotter contre le membre apoplectique, elle se serra contre l’homme en l’enlaçant de ses bras. Elle se sentait petite fille dans une étreinte qu’elle n’avait jamais eue avec son père. Moïse ne disait rien, n’osait rien, se laissait seulement faire, en apparence impassible. Elle s’écarta soudain de lui, prise d’une subite décision, le prit par le sexe et recula jusqu’au bureau où elle bascula à plat dos. Puis lentement, elle fit parcourir son sillon au gland dilaté, le couvrant de la mouille qu’elle ne pouvait retenir.



Voilà tout juste ce qu’il ne fallait pas faire. Car depuis le début, ce n’est pas tant le sexe des noirs qui l’attirait, mais leurs lèvres, épaisses, gourmandes, qui auguraient de plaisirs infinis. Et ce fut bien le cas. L’homme releva les cuisses en les écartant, et sa bouche épaisse vint engloutir complètement la jeune chatte excitée. Quelle sensation inouïe ! Aspiré, léché, sucé, exploré par une grosse langue fureteuse, le sexe d’Alice sonna sa première reddition, la propulsant au-delà des étoiles. Et lui qui n’arrêtait pas, fourrant sa langue soudain pointue et dure dans sa rosette, puis fouettant son petit bouton d’amour. Alice mouillait à flot continu, incapable de se maîtriser. Elle sentit bien que de gros doigts venaient participer à la fête et s’agitaient dans son ventre, créant un appel puissant et inexorable.



Le colosse se redressa et présenta son sexe devant l’étroit conduit. Il s’y enfonça avec une douceur infinie. La jeune femme gémit comme le jour où elle avait perdu son pucelage. L’énorme queue la distendait à la limite du possible et faisait son chemin dans son ventre, repoussant les muqueuses de toutes parts. Elle en suffoquait. Quand le membre eut atteint le fond de son vagin, il s’arrêta et ressortit, lui donnant la sensation que tout son ventre se retirait avec lui, aspiré par le formidable piston. Puis il revint aussitôt, provoquant un pet humide et disgracieux, mais tellement excitant. Et il recommença encore et encore, allant de plus en plus loin, étirant de plus en plus les chairs tendres. Quand le puissant mâle sentit que la limite était atteinte aux gémissements d’Alice, il n’insista pas outre mesure, habitué à laisser au dehors une partie de son attirail. Il se mit à la pilonner tranquillement, se penchant sur elle pour gober ses seins magnifiques. Alice sentit un ouragan de plaisir déferler en elle et ne plus la quitter. Elle entra dans un autre monde, magique, rempli de feux d’artifice, où seul son corps commandait, le cerveau totalement déconnecté. Elle se laissait aller à l’extase, poupée de chiffon entre les mains irrésistibles de son mentor. Il saisit son torse, la redressa empalée sur son obélisque, elle tourna autour de cet axe rigide et se retrouva à plat ventre sur le bureau, le ventre du colosse claquant ses fesses en cadence. Elle cramponnait les rebords du meuble qui tressautait au rythme effréné des coups de boutoir, râlant et bavant, à la limite de la perte de conscience. Puis soudain le mandrin se retira de son ventre, créant un vide insoutenable, et se posa sur son sillon fessier. Elle le sentit gonfler et palpiter, une première salve passa au-dessus de sa tête et s’écrasa mollement sur le mur, la seconde se logea dans ses cheveux, la troisième sur son dos et le reste inonda son postérieur. Elle glissa mollement sur ses genoux, toujours agrippée à la table de travail, anéantie par ce qui venait de lui arriver.



La voix de Moïse la tira de sa torpeur. Mécaniquement elle répliqua :



S’entendant prononcer ces mots si souvent répétés, elle se retourna vers cet amant hors normes et se maintint à genoux en saisissant les cuisses musclées, puis elle emboucha l’énorme sexe qui l’avait tant régalée, aspirant les dernières gouttes et le nettoyant des miasmes de leur étreinte. Une sorte d’hommage et de remerciement. Les yeux rougis par tant d’orgasmes successifs, elle se releva péniblement et enfila ses vêtements, il en fit de même.



Elle courut au bord du fleuve et, comme elle était seule, s’y baigna comme pour effacer ce qui venait de se passer. Elle y resta jusqu’à la nuit et rentra dormir profondément.


Moïse fit un excellent choix avec la vachère, une fille très jeune mais de constitution robuste, moins étonnante que les jumelles, mais assez jolie et dotée de seins magnifiques, gros, encore très fermes et très drus, oblongs comme des obus. Elle se fit un peu prier, on dut lui promettre une récompense. Les répétitions mirent les nerfs d’Alice à rude épreuve : voir cette fille se faire défoncer par ces pénis superbes, surtout celui auquel elle avait goûté, la mettait au supplice. Elle courait immédiatement après s’enfermer dans sa chambre pour se doigter comme une furie. Cette fois, elle avait prévu un décor : un fond bleu comme le ciel avec des champs peints en bas, des plaques d’herbe et un jeune arbre. Une jeune bergère, tenant dans ses bras un agneau, disait au revoir à son amoureux, Joseph, qui partait travailler aux champs, fourche sur l’épaule.


Elle s’asseyait au pied de l’arbre, caressant son agneau. Surgissait un sauvage guerrier vêtu d’un pagne et la menaçant d’une sagaie. La fille terrorisée se rendait, implorait, donnait l’agneau pour tenter de sauver sa vertu, mais rien n’y faisait. Le sauvage lui arrachait son vêtement, lui pétrissait les seins, et entre les feuilles du pagne le gigantesque pénis s’érigeait progressivement. La fille fascinée ôtait le pagne et se jetait sur le sexe de l’homme, branlant suçant et faisant une branlette espagnole avec ses gros seins, ce que les jumelles ne pouvaient pas faire. Au bout d’une longue préparation, le sauvage pénétrait la fille, en levrette d’abord, puis elle lui montrait le missionnaire, et il la faisait basculer sur lui pour une chevauchée endiablée faisant bondir ses gros seins. C’est à ce moment que l’amoureux revenait des champs, voyait la scène et fou de rage menaçait d’embrocher tout le monde avec sa fourche. Pour le calmer, la fille le suçait, toujours empalée, puis l’invitait à utiliser l’entrée disponible. Si l’on n’entendait plus l’agneau bêler, c’est cette pauvre fille qui le remplaçait en dix fois plus fort, labourée par les deux queues colossales qui œuvraient jusqu’à l’éjaculation. L’aventure du bureau avait décidé Alice à montrer ces formidables jets de sperme.



Le spectacle fut exceptionnel. On connut plusieurs évanouissements et ce que l’on appelle aujourd’hui une « standing ovation » de près d’un quart d’heure. La recette fut à la hauteur de l’enthousiasme, le cul rapportait plus que le coton. Au grand étonnement d’Alice, Jeanne la vachère et vedette du spectacle demanda comme récompense l’autorisation de construire une chapelle dans la plantation. Elle était baptisée, catholique comme beaucoup de ses compagnons d’infortune, et l’interdiction de sortie les privait de culte. On choisit un petit tertre rocheux, inculte donc, à peu près à mi-chemin entre les deux habitations. Les solides planteurs eurent tôt fait de niveler un espace suffisant, utilisant les cailloux provenant des rochers arasés pour combler les creux. Ils demandèrent ensuite où ils pourraient trouver de « la terre qui colle », c’est à dire de l’argile. On fit appel à Charlotte, de la plantation voisine, qui avait semble-t-il une zone de marécage. Elle accepta volontiers et les noirs trouvèrent, ravis, tout ce qu’ils désiraient : de l’argile mais aussi des roseaux en quantité. Ils mélangèrent argile et paille pour faire des sortes de briques séchées au soleil comme les brassées de roseaux.


Alice admiraient ces gens qui continuaient de s’échiner après de longues journées de travaux aux champs. Ils montèrent les murs pendant des jours avec du mortier d’argile et sable, laissant de nombreuses ouvertures en ogive, firent une voûte de bois et couvrirent avec une épaisse toiture de chaume. Les murs furent enduits à la chaux, dedans comme dehors. La double porte d’entrée était surmontée d’une extension du mur percée d’un trou pour y placer une cloche. Le sol d’argile crue, une fois bien sec, fut passé à la cire d’abeilles avant d’y installer des bancs et un autel. Le bâtiment n’était pas très grand, environ huit mètres sur quatre, mais avait fière allure. Et, phénomène incroyable, il y faisait perpétuellement frais, beaucoup plus frais que dans les maisons de bois. On invita le missionnaire de Beaumont à venir visiter et consacrer le lieu, ce qu’il fit avec enthousiasme. Il promit de venir y dire une messe chaque dimanche après-midi, et il baptisa les quelques nègres qui ne l’étaient pas encore. On en profita pour célébrer les mariages de ceux qui étaient en couples illégitimes, et visiblement quelques nouveaux baptêmes se profilaient pour les mois à venir. Tout cela donna des idées à Norbert et Alice qui convolèrent en justes noces un samedi, entourés par leurs personnels en aubes rouges pour les hommes et bleues pour les femmes, encadrant les mariés tous deux en blanc. Un magnifique clin d’œil à la France, une superbe fête qui dura tard dans la nuit. Alice connut à son tour les joies de la grossesse, et une superbe petite fille naquit l’année suivante.


Ce furent quelques années de pur bonheur, durant lesquelles tout le monde semblait heureux, les affaires marchaient bien pour la Compagnie Transatlantique, l’exploitation du coton rapportait bien, mais la jeune maman avait abandonné ses soirées coquines ou dansantes pour se consacrer à son bébé. Hélas, quelques gros nuages s’amoncelèrent à l’horizon.


D’abord, ce fut l’année des ouragans qui frappèrent la région à plusieurs reprises. Cette année-là fut catastrophique pour leur plantation comme pour les autres, où tout fut dévasté. Faute de travaux aux champs de cotons, on occupa les employés à tout remettre en état, à commencer par les habitations. Il fallait pourtant continuer de nourrir toutes ces bouches sans revenus, heureusement qu’il y avait des réserves financières et que la Compagnie continuait de fonctionner. Beaucoup ne s’en remirent pas et partirent vers des contrées plus sereines ou vers des grandes villes de la côte est. Alors Norbert et Alice tentèrent le pari de racheter à vil prix des terres nouvellement libérées et d’augmenter leur production en augmentant le nombre de leurs « employés ». La jalousie ne tarda pas à faire son œuvre, et on commença à battre froid au couple à la réussite trop insolente. On chercha à les discréditer et on trouva vite des raisons, en tête desquelles était leur façon de traiter leurs esclaves. Ces révolutionnaires voulaient-ils provoquer une révolte ? Payer des esclaves, quelle stupidité et quelle folie ! Si bien que même la Compagnie eut de plus en plus de mal à trouver des clients, acheteurs comme vendeurs. Même Charlotte, pourtant marraine de la petite Clarisse, ne parlait plus à sa mère et ne tarissait pas de critiques sur le mauvais esprit de cette femme, tenancière d’un « lupanar ». On vivait donc à la plantation un peu replié sur soi, sortant le moins possible pour éviter remarques et quolibets. Norbert transportait essentiellement des passagers dans un sens, et sa propre production de coton dans l’autre, juste de quoi assurer la maintenance du navire.


On ignorait encore à cette époque où et comment se formaient les ouragans. Celui qui frappa les côtes de Louisiane jusqu’à Aurora et Beaumont était encore plus intense et plus violent que les précédents. À tel point qu’Alice et sa petite fille durent trouver refuge sous le plancher de la maison, dans la boue que produisaient les trombes d’eau qui s’abattaient sur la plantation. Encore une fois, tout fut ravagé, mais Alice se rassura en pensant que la production de coton était sauvée. La récolte avait eu lieu et était dans les soutes de l’Alix, en route vers la France depuis cinq jours. Ce qu’elle ignorait, c’est que Norbert avait croisé la route de l’ouragan trois jours avant son déferlement sur les côtes. Avec son équipage, il se battit de toutes ses forces contre les éléments déchaînés. Mais que faire contre des vents de plus de cent trente nœuds ? Pour que le bateau reste dirigeable, il lui fallait un minimum de voiles, trinquette ou tourmentin. Mais alors il prenait de la gîte et embarquait de l’eau, et puis les vagues étaient hautes comme des montagnes et frappaient l’embarcation avec une violence inouïe. Les mâts cassèrent l’un après l’autre, des marins furent blessés, d’autres emportés…


L’Alix n’arriva jamais à Bordeaux. Un an après son départ, n’ayant eu de ses nouvelles dans aucun port, on le déclara perdu corps et biens. Le coup fut terrible pour Alice qui perdait en une fois, après des mois d’inquiétude et d’espoir, l’homme de sa vie, son amour, son mari, le père de sa fille et son associé. Les « amis » qui tenaient les bureaux d’Aurora et de Bordeaux avaient disparu depuis belle lurette avec les caisses, elle dut vendre bureaux et entrepôts pour assurer la survie de la plantation. Même le fidèle Martin jeta l’éponge et partit louer ses services dans une sucrerie en Louisiane. Alice réunit tous ses employés :



Moïse avait parlé au nom de tous, comme un chef. Joseph et lui avaient beaucoup appris au fil des années et en savaient presque autant que Martin. Ils prirent les choses en main et les récoltes furent abondantes. Bien sûr, il fallut les vendre au comptoir et le profit fut moindre, mais la qualité et la quantité étaient au rendez-vous. Les employés reçurent une pièce d’or. La vie reprit apaisée à Longueville, puisque le nom était resté à la plantation principale. Moïse et Joseph avaient été promus régisseurs et, en conséquence, habitaient désormais la maison principale. Ce n’était pas l’unique raison. Après une longue année de veuvage, Alice se laissait aller à quelques parties de plaisir avec ces deux-là, appréciant toujours autant leurs queues monstrueuses. C’est elle désormais qui tenait le rôle de Jeanne entre les deux colosses. Fière de cette performance, elle estima qu’elle pouvait encore faire mieux et échanger la place de ses partenaires en cours de route. Il faut avouer que le passage de Joseph dans son anus était nécessaire avant d’accepter le membre monumental de Moïse. Pour eux, ce n’était pas un problème que de se partager la Madame. D’ailleurs les jumelles et Jeanne vivaient avec eux. Comme Joseph avait profité de Jeanne en public comme en répétitions, Moïse négocia facilement l’utilisation des jumelles de temps en temps. Ils adoraient les défoncer en même temps, côte à côte. Alice imaginait le magnifique spectacle qu’ils auraient pu donner et, en maîtresse de cérémonie, elle se glissait entre les deux couples et massait à pleines mains les deux grosses paires de testicules avec un plaisir infini. Un autre de ses grands plaisirs teintés de perversité et de libertinage fut de décider qu’il était temps que Jeanne soit mère. La sensualité du corps de cette fille l’excitait beaucoup, elle aurait aimé pouvoir l’engrosser elle-même, chose évidemment impossible. Elle se prit donc à la caresser quotidiennement tout en masturbant l’un et l’autre de ses colosses et, lorsqu’elle sentait leur jouissance approcher, elle guidait elle-même leurs pénis dans le vagin de Jeanne et terminait de les faire jouir en elle. Elle avait un orgasme à chaque fois qu’elle sentait dans sa main la pression du sperme traverser le lourd tuyau de chair.

Mais bien sûr, à force de jouer avec le feu, on finit par se brûler, et Alice tomba elle aussi enceinte, peu de temps après Jeanne. Elle accepta la chose comme une évidence et se réjouit de donner un petit frère ou une petite sœur à Clarisse, fût-ce un enfant métis.


Et des enfants métis, il y en eut plusieurs, quatre au total, qui jouaient sans soucis avec les nombreux petits négrillons de la plantation. La chapelle était transformée en école durant la semaine, et Alice apprenait à lire et à écrire à tous, indifféremment. Ce n’était plus la richesse ni l’opulence qu’on avait connu, mais tout le monde mangeait à sa faim et la propriété était assez bien tenue. C’est ce que constata le Colonel Porter quand il y pénétra à la tête de son détachement de cavalerie. La guerre de sécession arrivait jusqu’à Beaumont en y faisant plus de dégâts que les ouragans. Les soldats tombèrent sur un rempart de noirs regroupés autour de leur « Madame » pour la protéger.



Les soldats avaient déjà allumé leurs torches pour mettre le feu aux champs et au manoir. Alice s’avança, très digne. Malgré sa quarantaine dépassée et ses cinq grossesses, elle était encore magnifique dans sa grande robe revêtue en hâte. Elle défendit son bien avec vigueur et conviction, expliquant que depuis très longtemps les travailleurs noirs étaient libres de rester chez elle et qu’ils étaient rémunérés, avec le livre de comptes pour preuve. Oui, elle avait acheté des esclaves, mais rapidement elle leur avait rendu leur liberté, espérant seulement qu’ils resteraient travailler chez elle parce qu’ils y étaient bien. Interrogés, tous confirmèrent leur bien-être et leur volonté de rester. Ils montrèrent leur habitation, leur potager, la chapelle servant d’école. L’officier chercha à comprendre pourquoi d’autres avaient tant insisté pour qu’il vienne exercer vengeance sur cette propriété. Alice expliqua les jalousies, l’esclavage aboli ici, et considéré comme une hérésie par les voisins qui lui battaient froid. Le Colonel Porter était un peu désarçonné, il n’avait pas encore été confronté à cette situation. Tout brûler, comme il faisait habituellement, aurait encore plus puni la population noire que la propriétaire blanche, qui n’avait effectivement rien d’une esclavagiste. Il décida donc à renoncer exceptionnellement à toute exaction, et dut se plier à l’exigence d’Alice de lui signer un certificat protégeant la plantation, au cas où d’autres soldats se présenteraient.


Dans Beaumont, c’était le chaos. De noires colonnes de fumée s’élevaient depuis toutes les plantations esclavagistes. Des esclaves libérés erraient partout, forcés par la faim à quelques rapines, et certains n’hésitaient pas à les tirer comme des lapins. Plus que jamais, on s’enferma à l’intérieur de la plantation, mais il était bien difficile de protéger une telle étendue. De plus, Alice et ses employés avaient pitié de ces pauvres bougres affolés par leur liberté retrouvée en terre inconnue. Pendant des semaines, ils organisèrent une soupe populaire aux portes de la propriété, n’hésitant pas à se rationner eux-mêmes pour partager. Mais les cohortes s’allongeaient au fil des jours, on implorait un peu de travail à genoux, et d’autres tentaient de pénétrer et de piller le potager ou le poulailler. Il fallait quotidiennement toute la persuasion et l’intimidation de Moïse et Joseph pour les contenir.


Leur nombre diminua au fil du temps. La seule solution qui se présentait à eux pour obtenir de quoi manger et se vêtir était de s’engager dans les armées, aussi bien nordiste que sudiste. Ils ne comprenaient rien aux enjeux, sauf qu’on leur donnait un bel uniforme, un fusil et une gamelle deux fois par jour. D’esclaves, ils étaient devenus chair à canon. La récolte de coton fut assez bonne cependant et, comme Longueville était une des rares plantations encore en état de production, on en espérait beaucoup.


Hélas, tout avait changé. On ne vendait plus pour exporter mais pour des ateliers du pays, notamment pour fabriquer des uniformes. Les prix étaient moins bons et de plus on réglait en dollars, ce qui déroutait tout le monde. La concurrence devenait également rude car de nouvelles plantations naissaient chaque jour dans le Texas et bientôt dans le Kansas. Parallèlement, des manufactures s’installaient un peu partout, notamment en Alabama et en Louisiane. Tout ne serait donc pas perdu pour la plantation de coton, si ce n’est que de grands groupes, autrement plus puissants que l’ancien groupement local de planteurs, basés dans les grandes villes de l’est, cherchaient à tout racheter. Ce sont eux qui possédaient aussi les manufactures et qui disposaient de beaucoup d’argent. Un nouveau combat pour Alice.


Hélas, elle n’aura pas le temps de le mener. Au mois d’août 1869, un nouvel ouragan s’abattit sur les côtes texanes et de Louisiane. Il ne semblait guère plus violent que les précédents, mais il apportait avec lui des cataractes de pluie. En quelques dizaines de minutes, la propriété devint une gigantesque étendue d’eau. Puis le fleuve a soudainement monté, très rapidement. Les eaux boueuses envahirent tout avec une violence incroyable. Les maisons ne résistèrent pas et partirent se fracasser contre les arbres encore debout, emportant avec eux les corps des gens qui s’y trouvaient. Dix-sept ans après son époux, Alice Gamotte trouva la mort dans un ouragan et son corps disparut probablement au fond du lac Sabine.