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n° 19652Fiche technique8511 caractères8511
Temps de lecture estimé : 6 mn
08/06/20
corrigé 05/06/21
Résumé:  Quand la chanson de Leonard Cohen fascine.
Critères:  ffh bain humour
Auteur : Samuel      Envoi mini-message
Suzanne

SUZANNE (à Léonard) – Tu m’as manqué, tu sais, ce confinement était injuste. Oui, bien sûr, il y avait le téléphone et le Skype, mais ce que j’aime c’est ta peau, c’est ton odeur, c’est ton sperme. Tu étais devenu un personnage fictif, un genre de héros hollywoodien, que l’on ne peut que caresser sur le papier brillant d’une photo. J’ai toujours préféré t’avoir dans mon lit que de punaiser James Dean sur un mur de ma chambre. Léo, Léo, j’espère que tu n’es pas devenu Di Caprio et qu’il ne me faudra revoir cinq cinquante fois « Titanic » pour combler mes jeunes et vieux jours.


LÉONARD (à Marianne) – Suzanne t’emmène chez elle près de la rivière, tu peux entendre les bateaux passer, tu peux passer la nuit auprès d’elle.


MARIANNE (à Léonard) – And you know that she’s half crazy. Et tu sais qu’elle est à moitié folle ?


LÉONARD (à Marianne) – Mais c’est pour ça que je veux rester. Elle me nourrit de thé et d’oranges qui ont fait tout ce chemin depuis la Chine. Et juste au moment où tu veux lui dire que tu n’as aucun amour à lui donner, elle t’entraîne dans ses ondes et laisse la rivière répondre que tu es son amant depuis toujours.


SUZANNE (à Léonard) – Tu te souviens quand nous nous sommes baignés et baisés dans la rivière ? Il faisait si froid que ton sexe était devenu une miniature japonaise. Et grâce à une pipe subaquatique, il s’est retrouvé d’abord à l’horizontale pour s’élever ensuite au-dessus du niveau de la rivière et du commun des baiseurs. Puis tu m’as pénétrée alors que des passants passaient et que le passé, passant par là, nous donnait toute sa nostalgie. Et ta semence s’est mélangée à l’écume…


MARIANNE (à Léonard) – Et tu veux voyager avec elle ? Tu veux voyager les yeux fermés ? Tu sais qu’elle aura confiance en toi parce que tu as touché son corps parfait avec ton esprit.


LÉONARD (à Marianne) – And Jesus was a sailor When he walked upon the water.


MARIANNE (à Léonard) – maintenant Suzanne prend ta main et te conduit à la rivière. Elle est vêtue de haillons et de plumes venant de l’Armée du Salut. Et le soleil coule comme du miel sur Notre-Dame du port, et elle t’indique où regarder au milieu des déchets et des fleurs.


SUZANNE (à Léonard) – Il y a des héros dans les algues.


MARIANNE – Comment se fait-il que je ne sois pas jalouse quand je les vois tordre leurs corps ruisselants de gouttelettes et de plaisir ? Léo me dit toujours qu’il ne ressent rien pour elle, mais à chaque fois cette cérémonie de la rivière le fascine et le hante. C’est pourquoi j’ai voulu voir moi aussi et je suis venue. Et même si ce n’est pas moi qui baise, même si c’est eux sans moi, même si c’est Léo sans Marianne, je suis tout autant fascinée et hantée. Pourtant hier encore nous avons fait l’amour et ce n’était pas une baise à la papa ! Bon Dieu de cul ! Je lui ai tout fait, il m’a tout fait… Je voulais l’épuiser parce que je savais qu’aujourd’hui il y avait la rivière. Apparemment, il a retrouvé des ressources… Léo n’a aucun amour à lui donner… Il me l’a dit, et redit. C’est vrai que moi non plus je n’ai aucun amour à donner à Suzanne, puisque j’ai tout donné à Léo. Et cependant l’autre jour quand elle m’a pris la main, le sein, les fesses, j’ai perdu pied.



Quelques semaines plus tard, chez Marianne :


SUZANNE – Je voulais savoir ce que ça va me faire de voir Léonard faire l’amour quand ce n’est pas avec moi. Comme toi, Marianne, l’autre jour au bord de la rivière.


MARIANNE – J’ai été subjuguée. J’ai cherché au fond de moi un peu de jalousie et je n’en ai pas trouvée.


SUZANNE – En revanche, ça ne te dérangerait pas que moi, je crève de jalousie en vous voyant.


MARIANNE – Non, ça ne me dérangerait pas, mais je doute, te connaissant, que tu ailles jusque-là, d’autant plus que c’est ton idée à toi de nous réunir tous les trois pour que nous baisions à deux.


LÉONARD – On aurait pu tout aussi bien faire ça à trois, puisque vous deux vous avez déjà…


MARIANNE – Ah non ! Il y a les deux qui font l’amour et la troisième qui regarde ! Elle restera habillée sans même se caresser. Et elle ne mouillera que des yeux, comme moi l’autre semaine. D’ailleurs, il faut respecter la distanciation sociale et sexuelle. À deux, on a le droit ; à trois faudra attendre la fin du mois prochain.


SUZANNE – Tu veux que je mette mon masque ?


MARIANNE – Oui. Du reste, nous aussi nous allons le mettre.


LÉONARD – Nous aussi ?


MARIANNE – Oui, bien sûr. Et les gants en caoutchouc aussi. Oui, en caoutchouc, je n’ai pas trouvé mieux que ces paires couleur jaune paille.



Léonard et Marianne se déshabillent sans fausse pudeur, ne gardant que leurs masques et leurs gants. Ils sont debout face à face, masque contre masque. La main de Léo caresse les seins de Marianne dans un bruissement de caoutchouc. Celle de Marianne descend jusqu’aux testicules de Léo qu’elle cajole lentement.


MARIANNE – À cause du masque, je vais te faire une fellation avec mon vagin, ce qui est de la dernière extravagance, tu avoueras.


LÉONARD – Et moi, dans le même temps, je te fais un cunnilingus avec mon membre qui aspire tout aussi bien à remplir le rôle. C’est complètement iconoclaste, mais tant mieux.


MARIANNE – Je sens tout ton amour dans ces coups de reins, un amour profond, sincère, unique.


SUZANNE – On fait l’amour avec quelqu’un, et pas contre quelqu’un d’autre.


MARIANNE – Toi, tu te tais, tu es au théâtre, tu as juste le droit d’applaudir. Ce n’est pas à toi d’écrire les répliques. Et du spectacle, tu vas en avoir pour ton argent, rassure-toi. Léo, j’ai l’impression que mon cul s’ouvre à de nouvelles perspectives. Vérifie un peu de tes doigts si élégamment gantés.


LÉONARD – Effectivement, il y a comme un bâillement de ce côté. J’y fais pénétrer tour à tour tous mes doigts.


MARIANNE – Prends le temps. Mais quand tu en seras au pouce, laisse-le gant à l’intérieur et remplace ton doigt par ton chibre. Une fois le pouce ôté, pousse au crime. Encule-moi à mort ! Oh, c’est bon ! Que c’est bonnard ! Ne serait-ce que ce caoutchouc qui me frotte les parois dans le même temps…


LÉONARD – Oui, c’est fantastique ! J’ai envie d’éjaculer sur ton masque.


MARIANNE – Tu veux éjaculer sur le masque ?


LÉONARD – Oui, là, je viens, je suis à bout…


MARIANNE – D’accord, mais tu vas éjaculer sur ton masque.


LÉONARD – Mais comment ça ?


MARIANNE – Ne fais pas le mariole, tu sais très bien, tu l’as sûrement déjà fait. Tu te mets dans la position du poirier et moi, avec ma main agile et caoutchoutée, je m’occupe du reste. Je vais d’ailleurs te rendre la pareille, je vais laisser un gant dans ton fondement, comme ça, quand nous saluerons tout à l’heure notre public chéri, nous aurons le même déguisement.


La situation s’exécute comme il est dit dans Sade, et le foutre vient recouvrir et sobrement colorer le masque bleuté de Léo. Suzanne, bon public, applaudit. Les deux protagonistes saluent, un caoutchouc jaune pend de leurs anus. Les applaudissements redoublent.


MARIANNE > – Merci, merci. Nous dédions cette représentation à l’amour qui triomphe de tout ! Musique !


On entend alors la chanson de Léonard Cohen « Suzanne » :

« Suzanne takes you down to her place near the river… »



Leonard quitte la scène et s’avance vers Suzanne. Il la prend par la main et ils vont vers la rivière. Bientôt Marianne ne distingue plus qu’une petite tache jaune paille et s’écrie :