| n° 19285 | Fiche technique | 8899 caractères | 8899Temps de lecture estimé : 6 mn | 03/11/19 |
| Résumé: Un trou dans la cloison et tous les fantasmes y passent. | ||||
| Critères: fh voir fmast hmast journal humour -voyeuract | ||||
| Auteur : Samuel Envoi mini-message | ||||
Mercredi 18 avril
Je commence ce journal parce qu’il y a enfin un fait nouveau dans ma vie. Dans mon pauvre habitat, aux cloisons si minces qu’on entend le chat du voisin ronronner, j’ai découvert un trou dans le mur. En somme, un trou dans ce trou que j’occupe. Jusqu’ici qu’avais-je à raconter ? Je travaille trente-huit heures payées trente-cinq dans une fabrique de bérets marins. Je rentre à 18 h 20 et c’est tout. Mais voilà, maintenant il y a le trou. Il n’est pas grand, mais on peut voir ce qu’il se passe à côté. C’est vrai aussi qu’aujourd’hui, il ne se passe rien.
Vendredi 27 avril
J’avais bien raison, mais je commençais à douter. Encore trois jours et je rebouchais ce trou ; j’allais finir par m’abîmer les yeux à force d’espionner en vain. Et puis ce matin, avant de partir au travail, je jette un œil peu convaincu, mais tenace, et je vois le mont Fuji-Yama à l’envers, un sexe de femme en gros plan. Les petites et les grandes lèvres. La vulve toute nue et au-dessus une jolie arabesque de poils pubiens comme de la dentelle de Calais…
Samedi 28 avril
Rien.
Dimanche 29 avril
Dès le matin, la vision est revenue. Le même… La même… Immobile, comme une statue. J’en tremble encore. Mais voilà que j’aperçois aussi un doigt. Un doigt qui s’immisce timidement entre les lèvres et qui fait bientôt son chemin, ce qui me laisse découvrir la main tout entière ; fine et délicate.
Lundi 30 avril
Je n’ai pas dormi. Je crois que je ne vais pas aller au boulot. Je plaque mon œil et je vois encore et toujours cette vulve dont on ne peut détacher le regard. Mais l’ambiance change un peu, il me semble. Oui, un rasoir ! Si c’est un suicide, je vais devoir intervenir ! Non, elle prend avec une aisance mondaine les poils qui ornent son pubis désormais recouvert d’une mousse blanche – Toujours le mont Fuji à l’envers ! – et elle sacrifie sa dentelle de Calais. L’opération dure un moment, car elle est perfectionniste. Comment pourrais-je aller travailler et manquer cela ? Elle essuie son triangle magique qui prend une jolie teinte rosée. Elle se caresse d’une lotion qui sent je ne sais si c’est la marjolaine ou le romarin. Puis le doigt revient avec insistance et pénètre de nouveau jusqu’au vagin. On entend des petites lamentations de bonheur…
Mardi 1er mai
Rien. Dommage, j’aurais pu aller travailler aujourd’hui, mais c’est férié. Pas de chance.
Mercredi 2 mai
Quand je me réveille, je me dis que, quoiqu’il arrive, je dois aller fabriquer des bérets pour les marins. Et que si je n’y vais pas, c’est toute la marine qui va s’enrhumer. Il faut être sérieux. Heureusement, dans le trou, il n’y a plus rien à voir, juste un mur pâle et froid. Mais quand je rentre le soir, je découvre qu’il y a quelque chose qui m’empêche de jeter ne serait-ce qu’un œil.
Zut, me dis-je, elle s’est aperçue de mon indiscrétion. Je demeure un instant piteux, mais en m’approchant je vois qu’il s’agit d’un papier enroulé comme un parchemin du Moyen-Âge. Je n’arrive pas à le tirer de là ; mes gros doigts de fabricant de bérets n’entrent pas. Je prends dans le tiroir de la cuisine une fourchette à escargots.
Que soit béni l’inventeur de la fourchette à escargots ! Et je peux tirer le billet à moi. Je le déplie, il s’enroule de nouveau, je tente un nouvel essai avant de fixer les quatre coins du papier sur la table du salon en y plantant mes couteaux de cuisine. Et là, enfin, je peux lire :
« Masturbe-toi devant le trou, s’il te plaît »…
Le problème, c’est que je n’ai pas l’habitude de me masturber à 18 h 30. Je veux quand même lui faire plaisir. Je descends pantalon en velours et slip en douceur, je m’astique comme disent les copains. Moi, je ne dis pas comme ça. En fait, je ne dis pas du tout. Je ne suis pas arrivé à l’éjaculation ; je n’ai pas voulu ou je n’ai pas pu…
Jeudi 3 mai
Au retour du travail (finalement je n’ai manqué qu’un jour), je découvre un autre billet que je saisis avec plus d’habileté que la veille :
« Veux-tu me voir uriner ? Si c’est oui, tape deux coups secs sur la cloison ; si c’est non, tu ne tapes pas. »
Je tape aussitôt deux fois. Si je n’avais pas tapé, j’aurais eu des regrets. Tant pis. Mais qu’elle ne me demande pas de faire pareil. J’approche mon œil, et après quelques circonvolutions du bassin, le pipi tombe dans la bassine dans de bien belles éclaboussures versaillaises. L’image est fascinante, car cela dure un temps infini. De l’autre côté du mur, on aurait envie de le boire tellement c’est rafraîchissant. Puis, la miction s’épuise un peu et il ne reste que quelques gouttes qui lambinent un peu autour des lèvres avant de chuter comme les autres… Et comment voulez-vous que j’aille dormir là-dessus…
Jeudi 10 mai
Cela fait dix jours que nous nous retrouvons tous les soirs quand je sors du boulot et que nous nous livrons à ces petits jeux qui m’excitent au point que désormais je mène à son terme la masturbation de 18 h 30. Une véritable complicité s’est installée entre nous, et des petits rires fusent souvent de part et d’autre. Figurez-vous qu’elle m’a fait cadeau de son anus rien qu’en se retournant…
Samedi 12 mai
Je fais la grasse matinée. Des visions érotiques plein la chambre. Je me dis que je devrais peut-être avoir le culot d’aller frapper à sa porte. Mais c’est cette fichue timidité qui annihile toutes mes audaces. Allez, aujourd’hui, samedi 12 mai, jour de naissance de Michel Fugain, c’est le moment ou jamais. « C’est une belle histoire » qu’il chantait… Juste un regard au trou pour voir si elle est là. Oh oui, qu’elle est là ! C’est vraiment une belle histoire que ce sexe inconnu si connu de moi maintenant. Je ne peux que l’admirer une fois de plus. Mais c’est curieux, ce jour… Il y a quelque chose qui s’approche. Serait-ce qu’elle utilise aussi un olisbos, un sex-toy comme disent les copains ? Non ! C’est un sexe d’homme… Oui, ça ne peut être que ça. Ce n’est pas possible d’imiter aussi parfaitement le pénis avec des matériaux composites… Et le membre, bien dressé, va à l’encontre de mes projets. Je me dis aussi que, de toute façon, je n’aurais pas osé frapper à la porte. Alors il n’y a pas de regret. Le pénis, respectable il faut bien le dire, coulisse parfaitement dans un bruit de bouches qui s’embrassent fougueusement. Aujourd’hui, tant pis, je n’attendrai pas 18 h 30 pour…
Dimanche 13
La nuit a été mauvaise. Je suis tout de même assez démoralisé. Jusqu’à hier, je pouvais croire à une complicité qui aurait pu me conduire à une véritable histoire d’amour. Mais je m’aperçois bien aujourd’hui que je suis réduit à un rôle de voyeur. Un point c’est tout.
Samedi 19 mai
Toute la semaine a été pénible. Au boulot déjà, le patron veut maintenant me faire travailler trente-neuf heures payées trente-quatre. Et c’est ça, ou la porte. Et puis, celle-là qui m’a trompé outrageusement, au point que je n’ai plus rendu visite à son triangle des Bermudes. Enfin si, une fois ou deux dans la semaine. Et voilà que ce matin, on frappe à ma porte. C’est elle. Elle vient certainement me dire que désormais, maintenant qu’elle a un copain, elle voudrait qu’on cesse nos petites expériences érotico-masturbatoires… Mais elle ne me laisse même pas lui proposer un café :
Et elle me tendit ce petit rouleau de papier toujours si difficile à dérouler, mais qui ne résiste pas aux couteaux de cuisine. J’ai pu lire :
« Seriez-vous d’accord pour faire l’amour avec moi devant ce petit trou pendant que mon ami, Marc, de l’autre côté de la cloison, nous regardera avec émotion ? »