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Temps de lecture estimé : 12 mn
17/10/19
Résumé:  Agent de renseignement, mes réseaux sont en difficulté. Après trois ans d'absence, Raïssa revient dans ma vie. Elle a une question à me poser.
Critères:  #policier fh hplusag amour lingerie travesti
Auteur : Samir Erwan            Envoi mini-message

Série : Secret de mission

Chapitre 01 / 03
Une nouvelle mission

Cette série fait suite à « 1000fleurs ». On y retrouve les mêmes personnages et on y fait quelques fois référence. Elle peut cependant se lire de manière indépendante.




– 1 –



Elle est entrée d’un pas félin sans m’adresser la parole, et sans que je n’aie pu dire quoi que ce soit. J’étais coit, la mâchoire presque tombante, le corps figé : personne d’autre qu’elle ne pouvait me paralyser de la sorte. J’avais ouvert la porte aux aguets, mon Glock caché derrière mon dos. J’avais vu arriver la moto au bout de la rue en cul-de-sac de cette ville d’ailleurs, le système de sécurité m’avait informé d’une simple sonnerie électronique qu’un véhicule pénétrait dans l’impasse. Sur les écrans en noir et blanc, la moto s’était avancée, puis arrêtée devant mon QG. Je n’attendais personne.


Une femme est descendue calmement de la BMW noire en étirant une longue jambe de côté. Elle portait des bottes à talons, un jean serré, une veste de cuir noire, et toujours son casque lorsqu’elle s’est dirigée vers la porte. J’ai sorti mon flingue, j’ai attendu : personne que je ne connaissais pas ne savait l’emplacement de ma maison.

Mais c’était elle !


J’ai ouvert la porte. Sans casque, Raïssa me souriait de son sourire de gamine. Je ne l’avais jamais trouvée aussi belle : ses cheveux noirs ondulés étaient coupés légèrement au-dessus des épaules, dégradés, effilés, toujours. Son visage avait pris de la maturité, son corps aussi ; elle semblait plus solide, plus athlétique, mais tout aussi raffinée. Elle s’est retournée, radieuse.



J’ai souri, heureux.




– 2 –



Trois ans ont passé depuis la fondation du réseau « 1000fleurs ». Je suis devenu un chef opérationnel dans un pays anglophone « allié ». Moins sur le terrain, je coordonne une équipe d’agents qui développent leurs propres réseaux. Nous nous en sommes bien sortis jusqu’à la semaine dernière où tout a capoté.


Deux de mes agents se sont fait filer, ils ont dû quitter le territoire. Le réseau d’un troisième collègue s’est fait démanteler sans aucun bruit dans les journaux. Le reste de l’équipe et moi avons pris une décision de repli stratégique. Avec des soupçons d’intelligence avec l’ennemi – mais lequel ? –, j’ai œuvré pour découvrir la taupe. Celle-ci ne s’est pas montrée durant la semaine d’intenses investigations.


Puis, j’ai reçu un courrier de rapatriement : dans les hautes sphères du Service, l’insatisfaction gagnait les esprits sur mon management. On n’acceptait pas la décision de « replis stratégiques ». Je me défendais qu’il était plus prudent d’agir en ce sens, que toutes nos opérations deviendraient faillibles. On m’a convoqué à rencontrer le Comité Supérieur pour justifier mes actes.


C’est donc d’une humeur maussade que je rangeai mes habits masculins et féminins, mes livres, mes dossiers de la petite maison de ville qui était devenue notre QG, à mes agents et moi. Nous avions pourtant bien travaillé ! Avions mis la main sur des plans de satellites armés en direction de la Terre en usant de chantage auprès d’un informaticien. Avions dévoilé l’existence d’un duo d’espions russes se faisant passer pour des journalistes en les ayant suivis et en ayant fait un casse dans leur repaire. Avions infiltré l’administration d’une banque pour falsifier les comptes et faire tomber son président. Avions filmé et diffusé l’échange d’une mallette pleine de billets entre un de mes agents provocateurs, un entrepreneur du bâtiment et un politicien pour faire vaciller son Parti. L’éthique n’entre pas en ligne de compte de la raison d’État.


Je ne sais toujours pas pourquoi la dernière opération a déraillé. Tout était pourtant bien verrouillé.

Pour ma dernière nuit en ce territoire, je grinçais des dents en allumant un feu dans la cheminée pour y brûler des documents qui seraient compromettants si j’étais pris à la frontière. Par contre, j’avais tous les dossiers dans une carte SD high-tech simplement caché dans un appareil photo. Puis les détecteurs ont signalé qu’un véhicule s’engageait vers mon QG.




– 3 –



C’était Raïssa. Elle n’avait pratiquement pas changé même si sa vie avait pris un tournant depuis notre rencontre. Le Service pour lequel je travaillais l’avait recrutée. Elle et moi nous sommes perdus de vue. Trois ans, ça passe rapidement. C’est long quelques fois. Surtout lorsqu’on se remémore, nostalgique, les moments d’amour torrides, les mots que j’aurais pu, ou dû, dire, les gestes que j’aurais pu, ou dû, faire.


Comme à son habitude, Raïssa a circulé dans la maison, examinant le décor, scrutant les livres, le bureau, cherchant quelque chose. Elle m’a demandé, à brûle-pourpoint, devant le feu de papier dans le foyer :



Je n’ai pu terminer ma phrase, Raïssa me regardait avec intensité de ses yeux noirs. Qui de nous deux a fait le premier pas ? Nous nous sommes retrouvés les lèvres scellées à l’autre. Des gestes habitués se sont réapproprié le corps de l’autre, nous étions de nouveaux nus l’un et l’autre, comme si nos corps se disputaient contre la raison d’État, comme si nos corps se confirmaient qu’ils n’auraient jamais dû se quitter. Elle m’a pris en bouche comme seulement elle, le fait, je la masturbais en même temps, trois doigts s’amusant avec son clitoris et son anus. Puis elle a grimpé sur moi, devant le feu de papier tout en flammèches. Son corps était plus musclé, ses seins toujours aussi bons à mordiller, ses cheveux courts auréolaient son visage jouissif. Raïssa sera toujours ma princesse du Sahel qui sait faire jouir et qui sait se faire jouir.




– 4 –




Un silence devant la chaleur du feu, nos corps nus sur la moquette, on se serait cru en amoureux romantiques ayant loué un chalet loin de la routine. Trois ans que nous ne nous étions pas vus. Nos corps ont avoué que notre relation n’était pas terminée.



Raïssa a caressé mon torse en m’embrassant, souriante et complice :



Elle s’est levée en émettant un « Tsss tsss tsss », j’ai abdiqué, des agents n’émargeant pas du même réseau ne peuvent s’échanger d’informations. La force des Services d’espionnage est justement d’être compartimentés. J’ai regardé ses fesses toujours aussi rebondies tandis qu’elle se dirigeait vers la cuisine :



Elle est revenue avec une bouteille de blanc frais, des verres, nous avons bu, j’ai rajouté du bois dans la cheminée. Assis ou allongés sur le côté, nous étions dans un de ces moments magiques de retrouvailles, où tout va bien, où tout est normal, mieux que normal, comme les trois dernières années auraient dû être. Elle me souriait, amoureuse et comparse comme à l’époque, son corps de femme de vingt-sept ans me fascinait. Elle était loin l’étudiante de science Po que j’avais embauchée, elle était une agente opérationnelle maintenant. Et justement, Raïssa a solennellement dit mon nom, et j’ai su que tout allait basculer :



Mon cœur s’est arrêté trois coups, Raïssa a continué :



Je la fixais durement. Le moment était beau, la minute d’avant. Qu’est-ce que je pouvais dire ? Raïssa me regardait, sans aucun préjugé, attentive à ce que j’allais répondre.




– 5 –



Je devais avoir dix-sept ou dix-huit ans, la première fois que j’ai porté des dessous féminins. Ma copine d’alors, Marie, habitait toujours chez ses parents, autant dire qu’elle dormait plus souvent chez moi, alors en colocation avec des copains. Elle laissait donc une partie de sa garde-robe dans ma chambre. Une fois absente, alors que je venais de faire la lessive, je ne sais simplement pas pourquoi, j’ai été ébloui par un de ses strings soyeux. Je l’ai essayé. J’ai toujours eu un corps frêle, mince. Je craignais tout de même d’étirer l’élastique de son slip, mais Marie et moi semblions avoir le même tour de taille. Je me suis regardé dans le miroir, le string de ma copine compressant mon sexe. Et j’ai bandé.


Marie est sortie de ma vie, mais j’ai essayé tous ses sous-vêtements. Toujours seul, toujours la nuit. Avant de me masturber. Je me suis questionné si ce n’était pas pervers, fétichiste ? Mais non, je n’étais pas obnubilé par porter des sous-vêtements féminins. Toutefois, un jour d’université, j’ai porté un de ses slips à un examen. Je n’ai pas pu me concentrer.

Par la suite, après notre rupture, je suis allé dans des boutiques de lingerie me faire conseiller :



J’ai donc commencé ma collection. J’ai d’ailleurs acheté des soutiens-gorge, des jupes, des bustiers, des débardeurs, des bas nylon… J’ai essayé toute sorte de soutiens-gorge : à balconnet, à bandeau, à triangle. Mes préférés ont toujours été les push-up, me donnant une impression de volume de poitrine plus important et les modelant à ma volonté.


Toujours seul, toujours la nuit. Sachant ne pas être dérangé. C’en était devenu un rituel. Je me déshabillais, me douchais, ouvrais ma cache aux trésors. Devant le miroir, je débutais par le slip, des tangas de préférence, qui laissait voir mes fesses peu poilues. Je continuais avec le soutien-gorge que je rembourrais pour me donner des seins. J’aimais la texture des soutifs. Selon l’humeur du moment, je mettais des bas, une jupe avec une fermeture éclair au bassin, puis un chemisier. À vingt-quatre/vingt-cinq ans, alors que je débutais dans le Service, j’ai laissé pousser mes cheveux. Je les peignais, les lissais ou bien je me faisais des chignons. Selon l’humeur du moment encore, je pouvais vraiment me vêtir en prostituée, avec de courtes jupes, des bas troués. Devant le miroir, une nuit, sapé ainsi, je me suis demandé :



Je ne me suis pas posé longtemps la question, car j’aimais me reluquer la croupe dans le miroir, admirant la courbe de mon dos dénudé. Je prenais des poses lascives, mettais mon doigt à la bouche, tentant de me séduire moi-même. À l’époque, je n’ai jamais eu de désir anal. J’aimais seulement me sentir belle, me sentir femme. J’ai même un jour acheté du parfum, mais l’ai très peu essayé. Ce n’était pas mon dada. Même chose pour le maquillage, j’ai essayé, mais ne me suis jamais trouvée belle. J’aimais habiter les vêtements.


Ainsi, lors cette mission d’il y a trois ans où j’ai rencontré Raïssa, j’avais des vêtements féminins dans un tiroir de commode. Je les enfilais quand je savais Jamila absente. Je les mettais m’imaginant comme elle, l’imitant, prenant ses poses. Mais malgré tout ce qui s’est produit lors de cette opération « 1000fleurs », j’ai gardé cette frasque de travestisme pour moi.


Depuis ma rencontre avec Charlène et Raïssa par contre, le jeu a changé. J’ai été dans des sex-shops acheter des objets, au départ un plug classique, puis un plug vibrant. Vêtu en femme, j’aimais me regarder jouir du cul. Je me suis d’ailleurs procuré un gode à ventouse que j’installais sur le miroir. Portant un tanga à dentelle, me regarder sucer cette queue de silicone collée au miroir me donnait une telle érection !


Je n’ai par contre jamais eu de désirs d’homosexualité. Me travestir était de l’ordre privé. Et mon goût pour la sodomie n’est venu que très tard. Il y a trois ans…




– 6 –



Comme je prenais mon temps pour répondre à sa question, Raïssa s’est levée subitement et s’est dirigée vers la chambre d’un pas décidé.



Dans ma chambre, elle avait déjà ouvert des tiroirs de commode et regardé sous des t-shirts pliés. Je lui ai à nouveau demandé d’arrêter alors qu’elle ouvrait un nouveau tiroir, plus bas. Je lui ai saisi un poignet fermement. Elle a lâché un cri, soit de surprise, soit de douleur, faisant rebondir ses seins. Dans son autre main, Raïssa me montrait le tanga noir, lacé sur les côtés, que j’affectionnais particulièrement ces derniers temps… Souriante, elle le faisait tourner autour de son index. Je lui maintenais toujours l’autre poignet et quand elle a dit :



Je l’ai propulsée sur le lit et j’ai fondu sur elle. J’étais dévoilé. J’avais une érection. Ma jambe entre les siennes, mon poids sur son corps, elle qui me regardait d’un air de défi, je lui ai dérobé le sous-vêtement de soie en maintenant son second poignet, et je l’ai pénétrée en serrant les dents. Ses bras entravés, elle a émis les gémissements que j’aimais tant et je n’ai pas duré longtemps. J’ai éjaculé en elle, dans sa chaleur, et elle m’a étreint de ses cuisses musclées. Je l’ai libérée de mon étreinte, nous avons repris notre souffle.



J’ai soupiré. Et lui ai tout dit, l’endos de ma main sur mon front. Raïssa m’écoutait attentivement, m’interrompant une seule fois :



J’ai continué, elle était intéressée. À un point tel qu’elle souriait franchement lorsque j’eus terminé. Elle ne souriait pas de dérision, ou de mépris. Elle rayonnait :



Raïssa a rapidement hoché la tête, ravie :





– 7 –



Lors de cette mission incroyable d’il y a trois ans, Curtis a été l’homme qui a disparu. Celui sur lequel on n’a pu mettre la main. Il s’était faufilé entre les rets du Service, et il nous avait laissé un arrière-goût d’inachèvement, de dossier non résolu. Les cadres du Service nous avaient convaincus que d’autres agents prendraient la relève, nous n’en avions jamais eu la confirmation.



Richard avait été le chef opérationnel de notre mission commune, à la tour Elizabeth. Depuis, il avait grimpé quelques échelons. Le plan de Raïssa était simple et m’impliquait. Je ne disais rien, inquiet. Je ne pouvais accepter. Elle tentait de me persuader que c’était la façon la plus évidente pour piéger Curtis.



Raïssa s’est levée du lit pour fouiller dans sa veste de motarde, restée au salon. Elle est revenue avec une enveloppe cachetée.



Indécis, je l’ai ouvert. Le logo du Service, une lettre officielle, une date, quelques lignes, sans plus, un ordre, une signature. Raïssa, à genoux sur le lit, toujours nue, ses seins frondeurs, la couleur de sa peau dans le clair-obscur de la chambre, ses cheveux courts, me souriait sans rien dire. Il était inscrit, sur le courrier, que je devais me mettre sous ses ordres. J’ai laissé tomber la main tenant le papier, sans rien dire aussi. Raïssa a rompu le silence :



J’ai regardé de nouveau la lettre. J’ai remarqué la date. Le courrier avait été signé avant la décision de repli stratégique que nous avions prise, mon équipe et moi. Je me suis mis à douter.



Elle a hoché la tête, ignorant mes questions et en prenant le tanga noir que je chérissais actuellement. Elle m’a dit en se penchant vers mon visage, ses lèvres près des miennes :



Raïssa était devenue une manipulatrice hors pair. J’ai soupiré, abdiquant à son plan. Anxieux, mais acceptant finalement avec courage. Jusqu’où ce plan nous mènera-t-il, elle et moi ?