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Temps de lecture estimé : 22 mn
13/09/19
Résumé:  Aventures mouvementées.
Critères:  #aventure ff
Auteur : Katzou      Envoi mini-message

Série : La colline en feu

Chapitre 01 / 04
La colline en feu - Première partie

– 1 –


Elles se quittèrent dans la soirée, après avoir évoqué leurs aventures du début de l’été. Carole avait demandé des nouvelles de Max, mais n’avait pas insisté en voyant l’air renfrogné de son amie. Il ne lui avait pas écrit ni téléphoné depuis un mois. Carole repartit et salua la silhouette de Clara, restée nue, qui l’avait accompagnée au portail d’entrée.


Carole se sentit bizarre, une fois sortie du campement. Elle plaignait Clara, seule dans ce lieu désert. Son copain, Max, l’avait laissée sans nouvelles depuis trop longtemps. Elle repensait à cette nuit et il lui arrivait de faire encore des cauchemars, ses rapports avec les hommes avaient changé depuis et elle s’était rendu compte de son attirance de plus en plus marquée pour les femmes.


Alex en avait fait les frais, elle n’arrivait cependant pas à se raisonner. Le viol dont elle avait été victime, la violence des rapports que ce type lui avait imposés et surtout le souvenir de ce couteau entre ses jambes, menaçant sa féminité, tout cela avait créé un choc dont elle ne se remettait pas. Elle rêvait toujours de cette lame tranchante comme un rasoir et sentait le froid de l’acier se glisser dans son sexe et lui ouvrir le ventre dans un bruissement terrible.


Elle repartit sur le chemin cahoteux, perdue dans ses pensées, conduisant lentement, car des tourbillons de poussière, poussés par le vent faisaient tanguer la voiture. Il faisait chaud, lourd, elle ne voyait pas très bien, car des nuages gris et rapides s’amoncelaient annonçant un orage violent. La voiture restée au soleil était comme un four à pain, et même les vitres ouvertes ne servaient à rien. Sa robe courte d’été la gênait après la journée passée nue à l’air et elle lutta pour ne pas la retirer, car elle allait traverser le village et tous la connaissaient, elle ne voulait pas d’ennuis. En attendant, le tissu collait à elle et de grosses gouttes de sueur la mouillaient.


Elle retroussa la robe, dégageant largement ses fesses du tissu gênant, mais le siège était désagréable à sa peau, chaud et rugueux, les côtes du velours usé étaient encore pires que le tissu fin de sa robe d’été. Elle avait hâte de rentrer chez elle, de se remettre nue et d’y rester toute la soirée jusqu’au matin. Ses parents – elle habitait encore chez eux – acceptaient tout d’elle, de la voir nue et aussi et surtout de la savoir avec Clara.

Elle en avait parlé avec sa mère et celle-ci était d’accord, sachant ce qui était arrivé là-haut.


Des bourrasques levaient des bancs de feuilles mortes, roussies par le soleil implacable ; il n’avait pas plu depuis plus de trois mois. La poussière était si dense qu’elle dut remonter sa vitre et conduire comme dans une brume épaisse ; soudain, elle dut piler net à un virage pour ne pas heurter une silhouette cassée en deux qui traversait en courant le chemin. Elle s’arrêta, le cœur battant, car l’homme n’était pas passé loin de son capot et avait même posé une main sur la tôle pour ne pas tomber. Il l’avait regardée et ses yeux fous l’avaient fixée.

Elle le regarda avec inquiétude s’enfoncer dans le bois en courant déséquilibré par un lourd fardeau au bout du bras.


Elle essaya de mettre un nom sur l’ombre, peut-être un des habitants du village.

Soudain son cœur battit plus vite, une angoisse diffuse, sourde, l’assaillit, que faisait-il ici à cette heure et pourquoi s’était-il sauvé comme un voleur ?


La silhouette, les yeux, lui rappelaient ce type qui l’avait violée, ce type qui avait blessé Clara au sein. Lentement remontèrent à la surface des souvenirs qu’elle avait enfouis en elle, qu’elle avait tenté de cacher au plus profond d’elle-même. Telles de grosses bulles venant crever la surface d’un lac, revinrent des images, des sons, une odeur.


Elle ne l’avait pas vu vraiment, car il s’était toujours tenu hors du cône de lumière des lampes torches. Mais elle était sûre qu’il s’agissait de lui, sa physionomie s’était gravée en elle, comme brûlée par un acide, elle ne pourrait jamais oublier ce qu’il lui avait fait. Carole revoyait le rictus sadique du salaud qui venait de traverser devant elle, elle revoyait l’éclat des torches sur l’acier poli de son couteau.


En un éclair elle se revit couchée à même le sol, maintenue par les deux autres types qui mataient ses seins, son ventre, qui l’avaient forcée à écarter les cuisses pour qu’il puisse la prendre. Elle ressentit les cordes qui l’avaient forcée, la douleur dans son dos, la brûlure aux chevilles, là où la corde avait entamé sa peau au sang… Elle revit sa bite énorme et moche s’approcher d’elle et, dans un frisson, se souvint de la pénétration. Carole eut un haut-le-cœur et porta la main à son sexe dans un réflexe pour le cacher, pour le protéger.


La même silhouette, la même démarche… Elles avaient quand même porté plainte, mais les gendarmes n’avaient jamais réussi à le retrouver.


Soudain un flash la traversa, elle reconnut la main que l’homme avait posée sur son capot : une bague bizarre, des ongles noirs… Elle se sentit mal, et eut envie de vomir, son estomac la brûlait. Elle décida d’appeler Clara sur son mobile.


La forêt était silencieuse et seul le bourdonnement du portable troublait la tranquillité des lieux. Elle trépigna presque en attendant, mais elle aboutit au répondeur de la jeune femme. Elle laissa un message et fourra son portable dans la boîte à gants de la voiture.


Elle se décida à partir loin de ce salaud, loin de ses souvenirs, elle embraya et appuya sur l’accélérateur. Elle ne pouvait pas affronter à nouveau ce type ; à chaque fois elle revoyait son sexe qui la menaçait, et, tout de suite après, le couteau qui s’enfonçait en elle. Elle avait beau se raisonner, sachant que cela n’avait pas eu lieu, elle tremblait comme une feuille et son ventre la faisait souffrir, se fermait. Seule Clara arrivait à la faire jouir maintenant, et cela, Clara ne le savait pas.


Elle eut un remord, elle se ficha une claque mentalement, se disant qu’elle abandonnait vite Clara. Elle se ravisa et chercha un endroit pour faire demi-tour. Elle n’en trouva pas et elle se résolut à se risquer à tourner sur le bas-côté, manœuvrant avec difficultés sa voiture, peu faite pour ce genre d’exercice. Elle fit faire un demi-tour à la R5 hors d’âge et fit très attention à ne pas reculer dans le fossé. Son pied glissa et dans un cahot, la voiture grimpa un petit talus et retomba lourdement.


Pour son malheur, les roues se prirent dans le fossé et la voiture s’immobilisa, refusant tout net d’avancer. Elle eut beau appuyer comme une folle sur l’accélérateur, les roues patinaient dans le vide, faisant gicler la poussière en longs panaches derrière la voiture. Le bas-côté était sableux et les roues s’étaient maintenant enfoncées jusqu’au moyeu dans le sol friable.


Elle dut sortir de sa voiture, la peur au ventre. Elle plaqua son corps contre la tôle chaude et poussiéreuse et poussa la voiture qui ne daigna même pas bouger, solidement campée dans le sable.


Une pensée lui traversa l’esprit.

Elle était sûre que c’était ce type.

Certaine.

Son estomac se tordait en pensant au sexe énorme et horrible qu’il avait enfilé entre ses jambes. Clara, nue et échevelée, passa comme un flash dans sa tête.


L’image fugace qu’elle avait eue de ce que portait le type à bout de bras venait de s’assembler et de s’identifier : il transportait un bidon d’essence ! Ce qu’elle avait vu au bout de son bras, c’était cela, un jerrican d’essence en tôle, comme ceux que les paysans utilisaient pour leurs tracteurs : l’image la frappa et la glaça.


S’assemblèrent alors les pièces du puzzle et le couteau s’enfonça dans son ventre. L’odeur qui flottait dans le sous-bois c’était celle de l’essence ! Il allait mettre le feu à la forêt avec l’essence, tout allait brûler et le camp était sous le vent !


Il allait se venger !

Elle devait faire quelque chose !


Carole, paniquée et complètement désorientée, choquée par le souvenir de ce qu’elle avait essayé d’oublier, par ce qui venait de réapparaître, sortit de sa voiture, affolée. Elle se surprit à la fermer à clef, et à vérifier que les portières étaient bien verrouillées… elle se secoua. Elle courut le plus vite possible vers le camp, mais elle avait roulé longtemps et le type avait de l’avance. La peur la faisait trembler, son agresseur devait être dans les bois, pas loin d’elle, elle essaya de ne pas y penser et se dépêcha.


Le bois de plus en plus touffu maintenant s’assombrissait et le bruit de sa course se perdait dans un silence épais et bizarre. Elle ralentit soudain et se figea, c’était plus fort qu’elle, elle ne pouvait pas se confronter à nouveau avec ce type. Elle fit quelques pas en arrière.


Elle était folle d’angoisse. Savoir que son agresseur était quelque part dans le bois la rendait physiquement malade. Elle avait la nausée et son ventre lui faisait mal. Il ne devait pas être loin, il la voyait peut-être. La forêt était clairsemée, mais les broussailles, comme d’habitude, la tapissaient, en rendant l’accès difficile, et surtout la rendaient inflammable au plus léger souffle de vent. Et il y avait du vent ce soir-là, et il faisait chaud, torride. Et ce type se tapissait là-bas au fond des bois, comme un malade.


Elle repartit, Clara aurait à souffrir de son renoncement, elle lui devait ça ! De toute façon, le camp était l’endroit le plus sûr, derrière ses barbelés.


Un vent de tempête la poussait dans le dos, la criblant de débris, de poussière et d’aiguilles de pin, sèches comme de l’amadou. La route était creusée d’ornières qui rendaient sa course difficile. La chaleur était infernale.


La sueur dégoulinait dans son dos et au creux de ses seins. Elle retroussa sa robe légère sur ses cuisses et la noua à la ceinture pour mieux courir, se fichant pas mal qu’on voit qu’elle était nue dessous. Comme à son habitude elle n’enfilait pas de sous-vêtements sous ses robes d’été.

Il faisait une chaleur lourde et désagréable, le vent charriait des vagues de chaleur et des nappes de poussières qui collaient à la peau. Elle dégrafa le haut de sa robe, dégageant sa poitrine aux seins ronds, aspirant avec force l’air chaud.


Sa silhouette fine aux longues jambes grimpait à toute vitesse la côte qui menait au camp. Son cœur battait à coups redoublés et elle sentit avec plaisir ses muscles répondre et ses jambes frapper en cadence le sol. Elle courait vite et bien, et l’effort qu’elle fournissait, bien qu’important, lui fouettait le sang. La chaleur était intense et l’air qu’elle respirait, lourd, chaud, sentait la résine de pin. Elle vit l’entrée du camp au loin et se sentit mieux, elle était arrivée.


Son cœur battait à tout rompre et des rigoles de transpiration lui mouillait le dos.

Aucune trace de son agresseur.


Quelque chose la fit ralentir et elle s’arrêta au milieu du chemin et s’accroupit pour reprendre son souffle et resta prostrée au creux du chemin poussiéreux. Une forte odeur d’essence la prit à la gorge puis simultanément, un bruit énorme sur sa gauche la fit se retourner. Elle voulut courir, mais sa jambe se déroba et elle trébucha sur une ornière.


Elle sentit la chaleur dans son dos, sur ses fesses et la lueur de la boule de feu découpa sa silhouette devant elle, démesurée, puis elle s’étala de tout son long, à plat ventre dans la poussière. L’onde de choc qui l’avait renversée devint chaleur et Carole hurla sa peur. Son corps malgré elle se recroquevilla et elle cacha sa tête dans ses bras.

Elle allait mourir, brûlée vive.


Jamais elle n’avait été confrontée d’aussi près à un feu de forêt, malgré la proximité des Maures et des grands incendies de l’été. Elle avait entendu des histoires horribles de gens, de pompiers, cernés par les flammes dont on avait retrouvé les corps calcinés, recroquevillés et réduits à la taille d’enfants, mais jamais elle ne s’était trouvée face à face avec la mort comme aujourd’hui.




*****




Clara avait refermé le portail derrière la voiture de Carole et elle passa, songeuse, la grosse chaîne d’acier dans le grillage épais, s’isolant du reste du monde pour la nuit. Elle était restée nue, malgré le risque de se faire surprendre par des promeneurs attardés. Elle se moquait de ce qu’ils pourraient penser, elle aimait rester ainsi et profiter de la douceur du soir, du vent chaud sur sa peau. Elle se sentait si bien, si sereine, le désir l’avait quittée et sa sensualité s’était calmée, la laissant paisible, la laissant tranquille et pacifiée. Elle était en harmonie avec la nature, avec les arbres, le vent, la nuit qui tombait et qui ombrait le paysage autour d’elle.


Ses pensées se dirigèrent vers Max. Il l’avait quittée depuis un mois en lui disant qu’il reviendrait et il n’était pas revenu, elle n’avait plus de nouvelles.


Clara défit ses chaussures et marcha pieds nus dans la poussière sableuse du chemin, dans les aiguilles de pin odorantes.

Elle passa près de la combe où elle s’était exhibée le premier soir, dansant devant lui, folle de désir et de sexe. Elle revit la pierre où il l’avait prise, et la caressa, cherchant les traces de leur étreinte sauvage. Tout le camp lui rappelait son amant, des images de son sexe, de ses fesses de son ventre musclé l’assaillaient. Son calme avait disparu, faisant place à de la nostalgie et à des regrets.


Une bourrasque de vent la fit tanguer et piqueta sa peau de grains de sable, elle ferma les yeux, aveuglée par la poussière et se hâta vers sa tente.

Elle aurait aimé attendre l’orage et sentir l’eau sur elle, mais elle se sentait trop fatiguée.




*****




Les flammes, gigantesques, vivantes presque, avaient pris à quelques mètres d’elle, dans le bois, puis, passant au-dessus d’elle, avaient gagné l’autre côté de la route où elle se trouvait, enflammant les broussailles qui s’y trouvaient. Par miracle Carole n’avait pas été brûlée, le chemin était en contrebas de la forêt qu’il traversait et sa chute l’avait protégée de la boule de feu qui était passée au-dessus d’elle. Elle en avait senti les flammes, le tissu léger de sa robe avait roussi par endroits.

Elle était entourée par le feu.


Tout brûlait autour d’elle, le chemin s’enfonçait dans un tunnel de feu, ronflant et menaçant.

Elle ne se souvenait plus de ce qu’il fallait faire, elle perdit le sens de l’orientation et faillit repartir en direction du feu.

Elle allait mourir.


Elle entendit un bruit étrange et se rendit compte que c’était elle qui hurlait, folle de panique, roulée en boule sur le sol.

Elle réagit, un sursaut la fit bouger. Elle allait combattre.


Carole se releva péniblement, suffoquant dans la fumée âcre, respirant avec difficultés dans la chaleur infernale et le bruit qui la cernaient, elle avait mal aux genoux, elle était tombée en avant ; les pierres du chemin ne l’avaient pas épargnée et il y avait du sang. Elle ne voyait plus rien, ses yeux pleuraient ; une fumée jaune, dense bouchait les alentours. Ses poumons aspiraient un air qui ne venait pas.


Elle se rendit compte qu’elle avait vidé sa vessie dans un accès de terreur comme elle n’en avait jamais connu, elle se sentait sale, mouillée et couverte déjà de cendres.


Les pins autour d’elle prenaient feu comme des allumettes, et elle perçut des explosions sourdes : les arbres éclataient, leur sève bouillante les faisait exploser. La chaleur rayonnait sur elle, cuisant son dos et ses jambes. Tout était rouge, tout était jaune et des ombres noires valsaient autour d’elle. Des étincelles poudraient l’air bleuté de braises orangées et Carole, un court moment, trouva le spectacle extraordinaire. Cela réussit à la calmer. Elle se concentra sur son but.


Elle se souvint de conseils qu’on lui avait donnés et, cassée en deux, raclant l’air poussiéreux au ras du sol, là où il était respirable, elle suivit la route épargnée par les flammes et qui traçait un coupe-feu fragile jusqu’au grillage de la porte d’entrée du camp.


La porte était cadenassée d’une chaîne épaisse en acier que rien n’ébranlerait.


Elle avait laissé les flammes derrière, mais elle ne se faisait pas d’illusions, le vent, très fort, les pousserait devant lui et elle n’avait qu’un court sursis. Elle sonna et cria, hurla, mais rien ne bougeait, sauf son ombre, sauf la lueur des flammes au bout de la route, à une dizaine de mètres. Elle suivit des yeux le fil de la sonnette et l’aperçut un peu plus loin, cassé, au sol, de l’autre côté du grillage : une branche cassée par le vent était tombée dessus.

Clara devait dormir. Il était tard et le soleil était déjà couché.


Son portable, elle chercha son portable, pour appeler quelqu’un, vite…

Elle l’avait perdu, certainement en courant. Et puis elle se souvint qu’elle l’avait mis dans la boîte à gants de la voiture… Elle se retourna tout en sachant ce qu’elle allait voir : la route brûlait maintenant et sa voiture aussi… Ses épaules s’affaissèrent, elle était trop fatiguée pour se lamenter ou même se traiter de tous les noms. Une vague de panique la submergea, cela dura quelques secondes, une éternité. Elle se concentra sur la situation, sur sa situation.


C’était l’heure bleue, entre chien et loup, ce moment particulier où la nuit remplace le jour, où la lumière se fait rare.

Carole aimait cet instant, où tout paraît calme, ce moment où les oiseaux arrêtent progressivement de chanter, où la nature s’installe dans son lit. Mais aujourd’hui, le bleu de la nuit était éclairé d’orange et de rouge et des volutes de fumée jaune remontaient doucement depuis le bas de la route, un parfum de bois brûlé flottait dans l’air, mélangé à des effluves d’essence, lourdes et grasses.


Carole était bloquée par la porte, si elle restait là, elle serait grillée avec les broussailles qui couvraient tout le bas de l’enceinte. Clara pestait toujours en les voyant, car les ouvriers avaient travaillé sans se soucier de dégager tout autour de la clôture.


Le vent lui amena de grandes écharpes de fumée qui la firent tousser.


La clôture était solide, constituée de fils d’acier épais et en bon état : on l’avait changée récemment. Elle était plantée dans le sol et à espaces réguliers des poteaux en T étaient bétonnés sur les plots profondément enfoncés pour éviter que le vent ne les déchausse.


Elle se mit à genoux et commença à gratter la terre sableuse, espérant pouvoir creuser sous le grillage. Carole creusait à mains nues, s’aidant d’une branche trouvée là. Elle s’abîma les mains dans le sable sec et abrasif et cassa ses ongles dans le sol dur, mais ses espoirs s’envolèrent : le grillage avait été enterré profondément dans le sol, même un lapin ne pouvait pas passer.

Elle éprouva la solidité de la clôture en l’ébranlant de toutes ses forces, les poteaux, hauts et solides, oscillaient, mais ne bougeaient pas d’un poil.

Il ne lui restait plus qu’une solution.


Elle se releva, essuyant ses mains à sa robe légère et leva les yeux vers le sommet, à trois mètres du sol. Des barbelés avaient été installés tout en haut, de grandes pointes sadiques qui bordaient d’un coussin mortel le haut de la clôture.


Clara lui avait dit que c’était suite à leur aventure passée.

Carole n’avait jamais aimé ce genre de défense, trouvant cela sadique et d’un goût douteux : elle avait l’impression, lorsqu’elle se trouvait avec Clara, d’être prisonnière à l’intérieur du chantier de fouilles. Elle s’était toujours demandé qui avait eu cette idée saugrenue d’installer des barbelés et Clara n’avait pas su lui répondre. Carole la soupçonnait d’aimer ce genre de défense pour pouvoir rester tranquille dans son paradis nudiste. Elle regardait toujours avec appréhension les pointes aiguës et détournait le regard, comme si elle se doutait de ce qui l’attendait aujourd’hui.


Elle longea la clôture, espérant trouver un endroit moins haut. Elle repéra un arbre qui poussait tout contre et s’y hissa. Elle commença à escalader le grillage, s’y reprenant à plusieurs fois, n’arrivant pas à engager la pointe de ses baskets dans les mailles étroites, déchirant sa robe, tellement elle était énervée, paniquée. Arrivée en haut, elle s’écorcha le bras et renonça à passer, car les pointes d’acier fraîchement installées l’auraient déchiquetée.

Les pointes étaient posées sur tout le haut de la clôture, formant un rouleau qui la surplombait, elle ne pourrait jamais passer…


Elle paniqua un moment, mais rapidement trouva une solution, ou du moins le pensait elle… Elle saisit délicatement le rouleau de ronces d’acier et essaya de le faire basculer de l’autre côté : peine perdue, tout était fixé solidement et ne bougeait pas.


Carole redescendit et se saisit d’une branche morte et essaya de la bloquer sur le haut du grillage. À chaque fois, la branche cassait ou tombait de l’autre côté, se refusant à rester en place. Elle réussit pourtant à placer une branche sur les barbelés et à la bloquer. Elle remonta tout en haut.


En équilibre sur le grillage, elle se rendit compte que les pointes étaient toujours aussi menaçantes. Appuyée sur un pied, elle essaya de retirer acrobatiquement sa robe. N’y arrivant pas, elle descendit au sol et se débarrassa de son unique vêtement, prit des broussailles avec elle et remonta en haut du grillage, entièrement nue maintenant.


Arrivée tout près du sommet, elle se retourna et vit les premières flammes au détour de la route. Elle se dépêcha de poser les broussailles sur la branche, masquant les barbelés puis mit sa robe pliée sur le coussin de branches et de pointes. Carole se prit à regretter de ne pas avoir mis quelque chose de plus ample…


Le grillage oscillait dangereusement sous elle pendant qu’elle faisait passer le tissu au-dessus des pointes. Le vent avait de nouveau tourné et il se prit dans l’étoffe, la faisant claquer, la déséquilibrant et l’obligeant à redescendre hors de portée des barbelés.

Sa courte robe d’été se trouva prise dans les pointes, drossée par le mistral et elle dut tirer dessus pour la récupérer. Elle se déchira en lambeaux et Carole se rendit compte qu’elle ne suffirait pas, ne couvrant qu’une partie des épines d’acier.

Elle ne réussirait pas à passer sans se couper.


Le feu l’avait rejointe, il crépitait à quelques mètres de là et elle en voyait les reflets rouges et jaunes sur l’acier poli des épines. Soudain, un pin parasol énorme, dont elle voyait la cime surplomber la clôture s’embrasa d’un seul coup dans un bruit de fin du monde et elle ressentit sur sa peau l’explosion de chaleur accompagnée d’un éclat jaune d’or.


Elle y voyait comme en plein jour, éclairée par les flammes gigantesques qui découpaient en noir sa silhouette sur le rouge orangé des flammes. La chaleur devenait infernale et cuisait sa peau maintenant nue, la brûlant presque, ses yeux la piquèrent et devinrent secs, la faisant pleurer pour les humecter. Jamais elle n’avait eu aussi chaud et elle se souvint d’un feu qu’elle avait allumé des années auparavant… Elle avait été surprise par l’ampleur qu’il prenait et avait reculé devant les flammes. Aujourd’hui, c’était une forêt qui flambait autour d’elle…


Des milliers d’escarbilles s’envolèrent : elle se raidit, mais le nuage flamboyant passa au-dessus d’elle, sans la toucher : elle s’immobilisa et ne se fit guère d’illusions, le feu allait sauter la clôture avant elle…

Les limites du terrain de fouilles avaient été débroussaillées sur quelques mètres ; cela semblait largement suffisant pour jouer un rôle de coupe-feu, mais Carole se rendait compte que le vent violent arrosait littéralement le maquis situé de l’autre côté de milliers de flammèches et de brandons et déjà de la fumée sourdait au sein des fourrés et taillis. Tout était sec comme de l’amadou et crissait déjà sous l’assaut des flammes.


Elle se rappela ses escapades avec Alex, quand elle grimpait au faîte du vieux grillage rouillé, quand le garçon pour la provoquer passait sa verge dans les mailles d’acier, la faisant saillir, veinée de bleu… Dans un flash, elle sentit le goût du sperme du garçon dans sa bouche… Cela se passait non loin de l’endroit où elle se trouvait, il n’y avait pas de barbelés à ce moment-là, ni de feu…


Elle escalada le rouleau de ferrailles, aiguisées et tranchantes comme des lames de rasoir et enjamba doucement le fourré de ronces métalliques. Elle avança une jambe par-dessus et la tendit pour trouver une prise. Elle sentait ses muscles trembler de fatigue : le grillage oscillait assez fortement sous son poids et sous l’effet du vent brûlant qui soufflait, chargé de fumée et de cendres. Ses doigts blanchissaient sous l’effort et le fil d’acier coupant la faisait souffrir. Pourtant elle avait gardé des morceaux d’étoffe pour pouvoir saisir les fils de fer.


Elle était épuisée, elle avait fait l’amour tout l’après-midi avec Clara et ce n’était pas dans un lit ! Elles aimaient faire ça dans la nature et Clara l’avait fait souffrir avant de la faire jouir, ses muscles s’en souvenaient encore…


Ses pensées allèrent vers Clara et, en un flash, elle revit la jeune femme, la tête entre ses cuisses et son sexe encore rouge la brûla.


Elle réalisait que sa position était tout sauf stable et ne voulut pas penser à ce qui pourrait lui arriver si quelque chose cédait sous elle alors qu’elle se trouvait ainsi, les cuisses écartées en grand, au-dessus des ronces d’acier.


Au bord de la crampe, elle posa la pointe de sa basket entre deux mailles et porta le poids de son corps sur sa jambe, écartelée pour ne pas toucher les ronces. Carole était sportive et pourtant sa position difficile faisait trembler les longs muscles de ses cuisses et de son abdomen. Elle devait passer en force et sa respiration se fit profonde et posée. Elle se courba, accrochée du bout des doigts pour ne pas griffer sa poitrine exposée à l’acier aiguisé.


Le feu avait pris de l’autre côté du grillage et la fumée la faisait pleurer, lui piquant les yeux l’empêchant de voir ce qu’elle faisait. L’intérieur fragile de ses cuisses, son ventre offert frôlaient les pointes acérées et coupantes de près. Sa robe ne la protégeait plus.


Elle saisit délicatement une portion de fil sans épine et s’y agrippa.

La clôture bougeait sous elle.

Elle arrêta de respirer, se concentrant sur le mouvement de sa jambe qui passait à quelques millimètres des pointes. Tout le poids de son corps était maintenant supporté par ses bras, elle était en équilibre sur ses deux bras et elle essayait de faire passer ses hanches et ses jambes de l’autre côté, comme ces filles qui sautaient en ciseaux.


Le grillage avait pris un mouvement régulier, mais elle pouvait anticiper les oscillations et éviter les épines tranchantes.

Les arbres flambaient, énormes torches jaunes et rouges, cuisant sa peau et la desséchant.

Elle ramena avec précaution son autre jambe et elle réussit à affirmer ses mains sur le manchon de tissu qu’elle avait enroulé sur les barbelés.


Elle imagina la scène qu’elle offrait, nue, suspendue au grillage, le contraste de sa peau douce avec les pointes d’acier, la fumée, la lumière orange qu’elle sentait sur son dos. Elle avait les jambes en compas et sentait avec acuité la fragilité de sa situation, le vent chaud léchait avec gourmandise son sexe ouvert et séchait instantanément sa transpiration.


Un arbre prit feu à quelques mètres d’elle, rien ne laissait présager qu’il flamberait et surtout si vite, quelques instants auparavant il était encore vert et intact, puis une pluie d’escarbilles s’abattirent sur lui. Rien ne se passa tout de suite, mais des fumerolles s’élevèrent de place en place.


Elle se concentra sur sa cuisse et son ventre si vulnérable qui passaient au-dessus des barbelés. Sa jambe se tendit et ses muscles se nouèrent, elle creusa son ventre, et sa vulve forma une fente longue et douce d’où émergeaient ses lèvres bouclées comme un bouton de rose tant elle avait rentré son ventre. Les muscles internes de ses cuisses jouèrent souplement et elle s’écartela à 180 degrés faisant craquer ses articulations malmenées, se refusant à penser à ce qui pourrait arriver. Carole se félicita d’avoir entretenu sa forme, pratiquant assidûment ses exercices de musculation en compagnie de Clara. Elle commença à respirer, elle s’en sortait bien, elle allait sauter sur le sable en contre-bas et pourrait prévenir Clara.


La clôture oscillait de plus en plus sous le vent et sous son poids pourtant léger, mais en porte à faux.

Une pointe traversa le tissu et la piqua, la faisant faire un mouvement brusque et la pointe de son sein toucha une pique et s’y coupa : un peu de sang perla aussitôt du mamelon.

Elle trembla et ressentit un orgasme sous le coup de l’émotion. Ses cuisses se mouillèrent.


Carole serra les dents et cambra son torse. Elle avait mal, ses muscles torturés tremblaient ; les fils qui supportaient tout son poids commençaient à fléchir. L’orgasme qu’elle ressentait la galvanisa, elle ne sentit plus la fatigue et des ondes de plaisir firent vibrer son ventre, durcirent ses fesses et firent se tendre ses cuisses ouvertes. Elle allait pivoter et pouvoir poser son pied droit sur un maillon, transférant le poids de son corps sur sa jambe quand un mouvement non loin d’elle lui fit bouger la tête.


Dans un bruit terrible, l’arbre venait de s’enflammer d’un seul coup, explosant de chaleur, de fumée à quelques mètres d’elle. L’angoisse l’envahit, mais elle la combattit avec détermination.

Le sol était à deux mètres, elle sauterait dès qu’elle serait dégagée des barbelés.


L’arbre qu’elle venait d’escalader se mit à fumer lui aussi, puis d’un seul coup des flammes coururent le long des branches et les épines se recroquevillèrent. Le terrible bruit du feu l’assourdit presque. La fumée avait disparu ; elle fut remplacée par une bouffée de chaleur et des flammes presque invisibles.

Elle repéra un endroit dégagé et ramena ses jambes doucement du même côté, tout en restant cambrée pour ne pas toucher le rouleau de barbelés. La chaleur lui brûlait tout un côté maintenant, l’obligeant à tourner la tête de l’autre côté.


Et puis un arbre qui devait être creux s’abattit sur le grillage dans un fracas de bois sec et une explosion d’étincelles quand les braises râpèrent les mailles de la clôture.

Et puis la clôture plia et une vague d’acier, inexorablement, ondula vers elle.

Et puis son pied glissa ou plutôt ce fut le fil qui céda, une épine devait retenir la boucle où elle s’appuyait et le simple mouvement qu’elle fit la libéra, l’entraînant dans une glissade mortelle.

Et puis les flammes et la fumée vinrent par en dessous, elle sentit la chaleur de plus en plus forte sur son ventre, sur son sexe.


Carole raidit ses bras et se repoussa dans une tentative désespérée pour franchir l’obstacle, mais les fils qu’elle tenait se rabattirent vers l’intérieur du fourré de ronces et elle se trouva plaquée violemment sur les épines perverses.


Elle se cambra au maximum, et lâcha le fil et ce faisant, elle présenta ses seins cambrés au maximum.

Elle imagina les barbelés labourer ses petits seins, longuement, profondément comme une scie qui l’aurait découpée, puis déchirer son torse et se vriller dans la chair douce de son ventre, au-dessus du nombril.

Alors elle hurla de douleur, un long cri d’angoisse, de désespoir : maintenant elle sentait les pointes s’enfoncer dans sa chair, la déchirer, lui labourer le ventre et l’aine, traçant des sillons jusqu’à son épaule, coupant sa poitrine.


Elle se laissa tomber, se recevant lourdement sur la terre sableuse, le côté et le torse fendus de longues estafilades ensanglantées.

Carole se redressa et d’un coup de reins, évita de justesse le nid de barbelés qui s’abattait à un mètre d’elle.

Elle s’écroula dans la poussière, hoquetant de douleur, la main sur ses blessures.

Et la nuit tomba sur elle.