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Temps de lecture estimé : 15 mn
27/08/19
Résumé:  Présentation de Laura.
Critères:  f voir fmast nopéné portrait
Auteur : Cortes            Envoi mini-message

Série : Laura

Chapitre 01 / 11
Laura - Introduction

Introduction


Certaines femmes ont une sexualité hors norme. Par hors norme, il faut entendre qu’elles pratiquent et manifestent leur sensualité de la même manière que peut le faire un homme qui aime les femmes. Elles n’hésitent pas à attraper un mâle comme une proie, dans le seul but d’obtenir du plaisir, pour ensuite parfois le jeter une fois celui-ci obtenu. Elles savent ainsi, comme beaucoup de leurs homologues masculins, déconnecter le plaisir physique du sentiment amoureux. Elles aiment la transgression, le fantasme et cérébralisent ainsi leur désir et leur sexualité. Il ne s’agit pas de nymphomanie qui est un terme péjoratif et qui implique une pathologie psychologique ou même physique. Il y a là au contraire chez ces femmes une certaine poésie de la vie, une esthétique, une recherche du plaisir qui leur permet de se placer pendant quelques moments hors du temps et de l’espace et de sublimer ces moments par la jouissance obtenue.


Ces femmes ont le plus souvent une apparence et une existence similaires aux autres. Elles ont une famille, des enfants, un travail, des centres d’intérêt de tout ordre et peuvent tomber amoureuses. Mais leur sexualité est plus présente dans leur vie, plus complexe également. Qu’elles soient discrètes sur cette spécificité intime ou qu’elles la révèlent sans pudeur, l’homme sensible à ce type de caractère saura toujours le déceler dans une manière de se mouvoir, de s’habiller, de regarder, de respirer, dans une intonation de voix, un sourire, tous ces petits signes qui ne trompent pas celui qui sait regarder et qui aime les femmes. Celles-ci peuvent faire peur et il y a, il est vrai, des hommes qui les fuient. Elles en dégoûtent d’autres. Il ne s’agit d’ailleurs pas toujours pour ceux qui les conspuent d’un rejet sincère, motivé par une morale assumée et réfléchie, mais souvent d’une certaine frustration refoulée.


Pour ce qui me concerne, ce type de femme m’a toujours fasciné. J’en ai rencontré quelques-unes et ai pu les observer de près. Laura en fait partie. Elle est belle et intelligente. Elle est raffinée, cultivée, mélomane. Elle fait une brillante carrière d’avocat d’affaires. C’est également une mère exemplaire, aimante et dévouée. Mais Laura est aussi une femme qui aime le sexe. Elle l’aime d’une manière différente des autres. Elle n’est pas la femme d’un seul homme. Elle chasse, choisit, dévore, mais sait aussi se donner sans retenue. Elle aime la transgression et l’excès. Dans ce contraste entre l’apparence d’une femme brillante et qui semble rangée, mais qui peut aussi consciemment et volontairement se transformer en chienne en chaleur, il y a quelque chose d’infiniment séduisant, de terriblement sensuel que j’ai envie de transmettre en racontant quelques années de la vraie vie de Laura, peut être les plus importantes et en tout cas les plus intenses.


Laura est une grande femme brune au teint mat qui lui vient d’une grand-mère andalouse, de même que ses yeux sombres. Elle a une jolie chevelure brune et dense qu’elle tresse parfois en natte ou arrange en chignon quand elle ne laisse pas ses cheveux libres venant alors effleurer ses épaules. Elle a un visage expressif un joli nez et des lèvres pulpeuses. Son corps est athlétique. Elle a longtemps pratiqué à un bon niveau la natation et la danse. Elle continue à s’entretenir en fréquentant assidûment une salle de gym près de son cabinet. Épaules larges, seins plantureux, mais ronds et fermes, fessier arrondi, cuisses musclées. Si elle se laissait aller, ce qui n’est pas le cas, elle serait vite qualifiée de forte.


C’est une femme élégante. Dans la vie professionnelle, elle se doit d’être toujours parfaitement apprêtée. Elle affectionne les tailleurs bien coupés, jupes mi-cuisse, près du corps sur des chemisiers de soie. Elle aime particulièrement les tons crème, bordeaux, bleu marine. Cette sobriété est contredite par sa jolie silhouette et par la perfection de ses jambes qu’elle gaine dans des bas de soie foncés. Elle peut également porter de jolis anneaux d’or à ses oreilles, un bracelet ou un collier un peu voyant qui atténuent le caractère strict de sa tenue. Elle possède un nombre infini de chaussures de marque dont les talons parfois trop hauts lui donnent une taille peut-être exagérément grande, cet artifice répondant probablement à un besoin de dominer son entourage. Toujours parfaitement maquillée, épilée, parfumée, l’impression qu’elle donne est qu’il est impossible de la prendre en défaut pour ce qui ressort de l’apparence. Pendant le week-end, chez elle et parfois le vendredi, au bureau, elle peut porter une tenue « casual », un jean, un tee-shirt sous une veste, un pull-over col V directement sur la peau laissant apparaître la naissance de ses seins. Mais le tout est parfaitement ordonné, les accessoires sont de marque et en tenue décontractée, elle porte toujours d’incroyables chaussures que l’on pourrait croire faites sur mesure pour elle.


Laura s’exprime bien. Elle est avocate. Elle sait choisir ses mots et est très convaincante lorsqu’elle fixe son interlocuteur et de sa voix posée, un peu rauque, déroule un raisonnement parfait. Elle sait bouger, se lever quand il faut de son fauteuil au cours d’une réunion pour insister sur un point ou écrire quelques mots clés sur un paperboard. Elle sait que l’on admire sa silhouette et cela lui plaît. Mais elle peut aussi être tendre et chuchoter des mots d’amour ou, dans des moments de jouissance, d’autres mots très salaces pour ne pas dire sales, ce qui surprend souvent des amants un peu fleur bleue.


Au moment où commence cette histoire, Laura a quarante-deux ans. Elle est au sommet de sa carrière professionnelle, associée dans l’un des plus prestigieux cabinets d’avocat d’affaires de la place de Paris. Elle est divorcée depuis cinq années et vit seule avec ses deux jeunes fils dans une ville de l’Ouest parisien.




Entrée en matière


Le tapis roule, roule. Et Laura court, court, inlassablement. Ses longues jambes musclées mangent la surface mate et noire du tapis qui défile sous son regard fixe. Silhouette sculpturale en plein effort ! Pourtant elle ne regarde pas ses pieds. Ses yeux noirs fixent froidement un point impossible à localiser. Et son esprit hyperactif travaille. Le dossier Giverdy qu’elle n’arrive pas à boucler et le client qui s’impatiente. Et puis il y a André, l’un de ses fils, qui n’est pas bien. Alité avec la diarrhée et de la fièvre.


Elle pense, elle cogite. Sa machine cérébrale n’arrête jamais de tourner. Elle ne voit même pas que le type qui pousse de la fonte à côté d’elle a arrêté sa série de développés couchés et la dévore des yeux. Il a la bouche ouverte et les yeux exorbités. Il fixe le cul de cette grande brune dont les fesses tressaillent tandis qu’elle court. Il faut dire qu’elle a un très beau cul, Laura ! Bien rond, bien musclé. Et en regardant attentivement sous son collant noir, on peut voir son string. Cela ne fait qu’accroître l’excitation du voyeur !


Imperturbablement, elle continue à courir tout en réfléchissant. La petite sonnerie qui annonce la fin du supplice se déclenche enfin. Ce bruit la ramène à la réalité. Trente minutes de course après une séance de gym, c’est bien ! Il doit être vingt et une heures. Delphine, la baby-sitter, ne reste que jusqu’à vingt-et-une heures trente. Il faut y aller ! Elle essuie son visage avec la serviette qu’elle a laissée sur la machine. Son visage est marqué de rougeurs et raviné par des rigoles de sueur. Je ne dois pas être très sexy, songe-t-elle ! Pourtant le crétin qui la regardait ne peut s’empêcher de l’aborder tandis qu’elle passe devant lui :



Laura le fixe droit dans les yeux et le jauge. Elle regarde toujours ainsi les hommes qui l’abordent. Le type soutient le regard avec un air assez stupide. La petite cinquantaine, blond dégarni sur le devant. Il porte malgré tout un bandeau sur la tête. Tee-shirt, short. Torse de lutteur, jambes de coq et probablement petite queue, pense Laura. L’air vraiment pas très intelligent en plus ! Elle lui jette un sourire forcé à la limite de l’insolence et très vite elle détourne les yeux. Les hommes, elle en a autant qu’elle le souhaite. Alors, autant les choisir canon ! D’une démarche de reine, elle se hâte vers les vestiaires. L’homme, un peu déçu, laisse entendre un gloussement. Pas le temps de prendre une douche. Ce n’est pas bon pour sa peau, mais il faut être à la maison avant neuf heures trente. Un peu d’eau sur le visage, c’est tout.


Emmitouflée dans son manteau elle ressort des vestiaires et se précipite vers la sortie. Le connard de tout à l’heure espérait la voir surgir coiffée, maquillée, superbe. Il est déçu. Tant pis pour lui. Heureusement la circulation n’est pas très dense à cette heure-là dans les rues de Saint-Cloud un soir de semaine. Une fois dans sa voiture elle connecte la playlist de son téléphone avec le Bluetooth de la voiture. Les baffles distillent une valse de Chopin qui la détend un peu. Laura adore la musique, toutes les musiques d’ailleurs, pas seulement la musique classique. Mais le soir, après une journée bien remplie, Chopin lui apporte un immense réconfort. Elle conduit vite. Déjà neuf heures vingt. À neuf heures trente, elle est dans le parking de l’immeuble. À neuf heures trente-cinq, elle glisse la clef dans la serrure de la porte de l’appartement. Delphine la baby-sitter est déjà prête à partir. Elle a son manteau et son sac à la main.



Mais si elle avait une tête de salope, je ne lui laisserais peut-être pas mes enfants, pense Laura.



Elle fouille dans son sac et sort un portefeuille.



Delphine n’a pas l’habitude de parler d’argent, elle est trop bien élevée.



Elle est vraiment sérieuse, Delphine. On ne peut pas dire qu’elle soit belle, mais elle est agréable à regarder. Petite blonde, cheveux mi-longs, un peu boulotte, mais avec des formes avenantes, le style garçon manqué. Elle a aussi de jolis yeux. Est-ce qu’elle baise souvent ? pense Laura en regardant la jeune fille mettre son manteau. Aime-t-elle cela ? Peut-être est-elle vierge ? À vingt ans, il y a longtemps que je n’étais plus vierge, moi ! Même si comme elle, je n’avais pas l’air d’une salope. Mais il faut se méfier de l’eau qui dort. Et puis cela n’a pas d’importance. Après tout, je préfère qu’elle soit sérieuse et qu’elle ne baise pas trop, car elle veille sur plus que ma vie. Et mes deux trésors l’aiment bien, car elle est gentille avec eux. Laura remue dans sa tête toutes ces idées en raccompagnant Delphine vers la porte.


Elle est impatiente d’aller dans la chambre des enfants. Dès que la porte s’est refermée, elle se précipite vers le fond du couloir, vers la pièce où dorment les garçons. Il fait noir dans la chambre. Elle s’arrête sur le seuil. Elle attend de percevoir ce bruit rassurant qui pour elle vaut tous les concertos, les symphonies du monde : la respiration de ses deux garçons. Comme un bruit de soufflerie. Régulière. Que l‘on n’entend qu’après avoir prêté l’oreille. Au bout de trente secondes d’immobilité, Laura saisit enfin le son de la respiration presque coordonnée de ses enfants. Un immense soulagement l’envahit. Une émotion qui lui fait venir les larmes aux yeux. Doucement elle s’approche du lit de droite et passe sa main dans la chevelure d’André. Elle est encore un peu humide de la transpiration provoquée par la fièvre. Elle enfonce son visage dans les cheveux de son enfant se soûlant de l’odeur de sueur et de tête d’enfant qu’elle dégage. Puis elle se retourne vers le lit de Pierre et le regarde dormir. Il a un visage d’ange. Ses narines tressaillent très doucement quand il inspire. Elle lui dépose un léger baiser sur les lèvres, essayant de garder dans sa mémoire sensorielle cette sensation de bouche un peu humide qu’elle reconnaît entre toutes.


Une fois dans sa chambre, elle arrache ses vêtements encore trempés et odorants de sa sueur qui les imprègnent. Elle voit son corps nu dans la glace. Seins lourds, mais fermes. Épaules de nageuse. Ventre dur et plat. Cuisses et fessiers arrondis et musclés. Sexe qu’elle épile régulièrement, laissant un peu de sa toison brune bien taillée, un petit ticket. Elle a un physique de sportive dont elle s’efforce avec soin d’éviter la dégradation, courante chez les femmes qui dépassent la quarantaine. Nue, elle se dirige vers la salle de bains. Le jet brûlant apaise son corps fatigué. Il réveille aussi sa sensualité. Le savon liquide et visqueux dont elle arrose sa poitrine ressemble à ce foutre qu’il y a quelques jours, Yannick debout devant elle, agenouillée, faisait jaillir sur ses seins. Qu’elle a aimé sentir ce jus chaud, visqueux et odorant couler sur son corps !


À ce souvenir, sa main descend le long de ses cuisses. Son index se glisse dans le haut de sa vulve. Descend vers l’entrée de son vagin en effleurant le clitoris au passage et y introduit profondément deux doigts qu’elle agite gentiment. Un frisson de bonheur secoue son bas-ventre. L’eau chaude coule sur son corps. La longue bite de Yannick expulse de grands jets de sperme qui fouettent sa poitrine. Elle commence à râler doucement la bouche à demi ouverte. Pendant quelques instants elle s’abandonne entièrement à son plaisir tandis que ses fantasmes défilent dans son esprit.


Sa mythologie érotique personnelle se met à envahir sa pensée où se pressent dans des images internes des corps d’hommes, certains connus, dotés de bites monstrueuses, des odeurs âcres de sueur, de cramouille et de foutre, des coïts de tout type et de toute forme entre des êtres de tout sexe. Laura entretient dans ce domaine un imaginaire sans limites, fruit de ses expériences provoquées par un appétit insatiable ajouté à un goût pour la transgression qu’elle n’a jamais pu véritablement expliquer et qu’elle garde secrètement pour elle, ne s’étant jamais dévoilée sur ce plan auprès de quiconque, même si certains de ses amants ont pu ressentir qu’ils avaient affaire sur ce plan à une femme hors norme.


Lorsqu’elle coupe l’eau, elle halète encore. Ses jambes flageolent. Doucement et avec soin, elle s’essuie le corps. Puis, nue, elle va jusqu’à la fenêtre de sa chambre qu’elle ouvre entièrement. L’air doux de ce mois de juin la caresse doucement. Devant elle, au loin, dressée, illuminée, par-delà les arbres du Bois de Boulogne, la tour Eiffel pointe sa tête vers le ciel de Paris. Lorsqu’elle se glisse dans les draps frais de son grand lit, Laura se sent apaisée. Elle a laissé ouverte la porte de la chambre. En tendant l’oreille, si elle s’arrête de respirer, de l’autre côté du couloir, elle entend, régulière et tendre, la respiration de ses deux petits mecs. C’est une partie d’elle-même.


À cause d’eux elle ne détestera jamais son ex-mari qui l’a quittée depuis près de six ans maintenant. Et ce d’autant plus qu’ils ont chacun quelque chose de lui. Il ne pourra jamais les renier. Ce n’est d’ailleurs pas son intention. Même s’il est assez absent, il les aime incontestablement. Mais ils sont à elle. Dire qu’elle s’est battue pour les garder serait inexact. C’est assez facilement qu’à l’issue du divorce la garde lui en a été confiée. Son ex-mari avait tous les torts. Coureur, fêtard, instable, il n’avait aucune légitimité pour exiger la garde de ses enfants. Il aurait d’ailleurs été incapable de l’assumer. Il apportait à Laura une aide financière honnête. Il venait voir les enfants de temps à autre. Mais c’était tout. Et c’était mieux comme cela ! Elle faisait face.


L’argent, elle en gagnait assez, parfois beaucoup, et n’avait besoin de personne à cet égard. Pour le reste elle s’arrangeait. Une organisation précise et rigoureuse lui permettait d’assumer la garde de ses deux garçons tout en menant une carrière brillante dans un grand cabinet d’avocats d’affaires parisien. Cela était parfois difficile. Conjuguer sa vie de mère avec les dizaines d’heures par jour qu’elle consacrait au conseil de sociétés pour des opérations de fusion-acquisitions, de restructurations n’était pas toujours facile. Elle gagnait très bien sa vie, certes, mais le prix en était très élevé. Enfin elle était libre. Libre d’élever ses enfants. Libre de vivre avec qui et comme elle le souhaitait. Libre de son corps qu’elle donnait comme elle le voulait selon ses humeurs et sa volonté. Cette liberté lui coûtait cher et elle le payait. Mais c’était ainsi ! Tout avait une valeur sur terre. Et comme avocate d’affaires, elle était bien placée pour le savoir.


À huit heures trente, elle entre dans son bureau. Après avoir consulté ses mails, elle appelle Jean-Pierre, son collaborateur. Il n’est pas encore arrivé. La sonnerie de son poste se répète indéfiniment. Une onde d’agacement la transperce. Elle a dû ce matin donner le petit déjeuner de Pierre et d’André. Attendre Delphine et se précipiter dans sa voiture afin d’être à huit heures trente au bureau comme tous les matins. Une discipline qu’elle s’impose, même lorsqu’elle sort jusqu’à deux heures du matin. Et ce petit con de Jean-Pierre, qui habite près du bureau dans un studio que lui prêtent ses parents, se permet d’être en retard ! À vingt-huit ans, il a la chance de travailler avec elle dans l’un des plus beaux cabinets d’avocats de la place. Il n’a pas le droit d’arriver après elle ! Et ce d’autant plus qu’elle lui a dit la veille qu’elle voulait passer en revue tout le dossier Giverdy à huit heures trente précises. En plus, il se la pète ! Il se croit irrésistible ! Il a certes fait de brillantes études. Grâce à sa mère anglaise, il est totalement bilingue. Mais c’est tout de même un débutant. Il ne sait pas faire grand-chose et cela se sent.


Physiquement il n’est pas mal. Mais il n’est pas son genre ! Trop jeune. Elle préfère les hommes plus mûrs. Un peu plus canailles. Parfois presque vulgaires. Jean-Pierre lui, outre sa jeunesse, est trop bien élevé. Il a bien essayé, le petit sot, de prendre avec elle un ton de séducteur un peu dragueur. Elle l’a rembarré vertement. Et cela, elle sait le faire, Laura ! Il a bien compris la leçon et est décidé à ne jamais plus prendre une telle attitude avec elle. Elle lui a imposé des relations distantes et très professionnelles.


Comme celles d’ailleurs qu’elle entretient avec tous les membres du cabinet : associés, collaborateurs, secrétaires. Plusieurs de ses collègues ont essayé de la séduire. Beaucoup d’hommes de son entourage professionnel et aussi de femmes probablement ont rêvé de son beau cul moulé dans des tailleurs qu’elle porte souvent assez ajustés. À ses seins généreux qui tendent la soie de ses chemisiers ou que l’on peut apercevoir quand elle se penche sur un bureau pour lire un document ou pour le signer. À ses lèvres pulpeuses. À ses yeux noirs. À ses cheveux tout aussi noirs mi-longs dont elle fait une natte, un chignon ou qu’elle laisse tomber sur son cou selon son humeur. À cet air dominateur presque masculin qu’elle sait se donner. C’est ainsi qu‘elle fonctionne.


À neuf heures et sans frapper, Jean-Pierre entrouvre la porte de son bureau, hésitant, inquiet. Elle est en train de feuilleter un dossier. Air sévère. Lunettes sur le nez. Elle attend quelques secondes avant de lever la tête.



Le jeune homme est visiblement gêné. Grand mince, une tête de fils à papa. Il porte un costume sombre légèrement rayé. L’ensemble choisi pour « faire » le plus possible avocat d’affaires comme il s’imagine qu’un membre de cette illustre profession doit s’habiller.



Sans lui laisser le temps de répondre, elle se lève et se dirige vers la table de réunion dans un angle de la pièce. Jean-Pierre reste coi. Il est impressionné par le ton. Par sa prestance. Elle est magnifique, ce matin ! Tailleur beige dont elle a enlevé la veste. Chemisier bordeaux. Debout sur des talons assez hauts qui mettent en valeur ses jambes dévoilées par la jupe qui lui arrive un tout petit peu plus bas que mi-cuisse. Elle ne porte pas de bas. Sa peau est légèrement hâlée par un soleil de piscine de club parisien. Juste ce qu’il faut pour éveiller l’intérêt sans avoir un aspect racoleur. Ses cheveux sont tressés en une jolie natte noire qui arrive en bas de son cou. Un effluve de parfum flotte autour d’elle.


Jean-Pierre a abandonné tout espoir de séduire sa patronne, mais il est subjugué. Il ne peut s’empêcher de penser qu’au lit, elle doit être fabuleuse ! Bien meilleure que la fille avec laquelle il sort ! Anne a son âge. Elle fait l’école du Louvre à Paris. C’est une jolie blonde qui ne passe pas inaperçue et il en est fier. Grande, mince et distinguée. Cultivée également. Ils ne vivent pas ensemble, mais se voient très régulièrement. Ils baisent souvent. Anne sait que pour retenir ce garçon brillant, il faut lui donner du sexe. Mais Jean-Pierre aimerait plus, il ne sait pas très bien quoi d’ailleurs. Il réalise qu’il a eu plus de plaisir avec les quelques prostituées, qu’il va voir de temps en temps, qu’avec sa petite amie officielle. Elle est jolie, bien fichue, elle ne lui refuse rien. Elle le suce bien. Accepte toutes les positions et même ne refuse pas la sodomie que depuis peu Jean-Pierre lui impose régulièrement. Mais malgré tout, il sent qu’il a envie d’autre chose. D’autre chose qu’il ne peut définir. Peut-être que sa patronne donne ce quelque chose aux hommes auxquels elle offre son corps ? Avec un tel physique, un tel tempérament, elle ne peut qu’aimer le cul, et ce, même si au bureau elle ne laisse rien transparaître. Ses rêveries sont interrompues par la voix de Laura qui le rappelle à l’ordre comme si elle avait lu ses pensées.



Elle lui dit cela avec un petit sourire narquois. Comme pour lui faire comprendre que c’est elle qui compte pour le client et que ce dernier ne traite qu’avec elle. Jean-Pierre ravale sa fierté et écoute religieusement Laura. Elle a une belle voix. Avec une sonorité un peu rauque. Quand ils ont fini l’entretien, elle le regarde en souriant, soudain presque tendre :



Ce compliment indirect à peine dissimulé enchante Jean Pierre. Mais tout de même, la ficelle est un peu grosse : elle le persuade d’accepter de rédiger en quelques heures une note sur une question complexe ! Mais il ne peut toutefois s’empêcher d’admirer les talents de sa patronne. En plus d’être une excellente juriste, elle sait parfaitement diriger, voire manipuler les gens qui travaillent avec elle.


Une fois son collaborateur hors de son bureau, Laura retourne vers son grand fauteuil de cuir où elle se vautre tout en réfléchissant à la stratégie qu’elle va utiliser pour mener son dossier à bien. Mais d’abord, elle doit préparer sa réunion de fin de matinée : l’expertise des entrepôts appartenant au groupe que son client, le fonds d’investissement qu’elle conseille, souhaite racheter. Où sont ces entrepôts ? Elle fouille dans l’un des dossiers empilés sur son bureau. Dans le quartier de Belleville. C’est au diable, ce quartier ! Les entrepôts ont été construits par les fondateurs du groupe au début du XXe siècle sur des terrains appartenant à leur famille. Ils doivent valoir une fortune maintenant en ce début de XXIe siècle, alors que les prix de l’immobilier parisien ont explosé. Il va falloir traiter leur valorisation dans le cadre de l’opération de rachat.