| n° 19046 | Fiche technique | 35822 caractères | 35822Temps de lecture estimé : 21 mn | 21/06/19 |
| Résumé: Fraichement célibataire, le narrateur découvre les joies du célibat et des appartements parisiens aux cloisons trop fines. | ||||
| Critères: f fh couple fdomine exhib fmast préservati coprolalie humour -voisins | ||||
| Auteur : DrFaustroll Envoi mini-message | ||||
J’avais emménagé dans cet appartement dans des conditions inhabituelles. Un peu en urgence, il faut bien l’avouer. Je sortais d’une rupture difficile, tellement difficile que j’avais été pratiquement jeté dehors avec mes affaires. Personne n’aime rester en colocation avec son ex trop longtemps et j’avais rapidement compris pourquoi. Mais la vie parisienne étant ce qu’elle est, j’avais eu toutes les peines du monde à trouver un propriétaire voulant bien de moi.
J’étais pourtant un jeune homme bien sous tous rapports : la trentaine, sans emploi, sans perspectives, le regard un peu fourbe et l’air un peu bête. Je force peut-être un peu le trait mais je n’étais vraiment pas au sommet de ma forme à cette période. Cela venait peut-être du regard des agents immobiliers qui cachaient avec peine leur déception lorsque je leur tendais mon dossier. Au téléphone, ils trouvaient toujours une excuse pour se justifier : il me manquait un garant solide, mes revenus trop faibles ou tout simplement, ils ne le « sentaient pas ». Parfois ils se passaient même de ces politesses et se contentaient de ne plus décrocher à mes appels.
La solution était venue d’une amie qui quittait un petit logement dans un de ces vieux immeubles haussmanniens qui pullulent à Paris. Elle partait s’installer en République Dominicaine après avoir décroché un travail là-bas : la chance de sa vie me disait-elle. C’était également une chance pour moi et je lui avais rapidement expliqué ma situation. Quelques jours plus tard, j’emménageai dans cet appartement vieillot et minuscule, à l’avant-dernier étage d’un immeuble usé par le temps et dont les plâtres commençaient à sérieusement tirer la tronche. Sans ascenseur évidemment.
Le déménagement fut rapide. J’étais quelque part un peu déçu de voir que toute ma vie entière pouvait tenir dans une petite dizaine de boîtes en carton mais les amis venus m’aider pour l’occasion trouvèrent cela plutôt pratique. En l’espace d’un après-midi, tout fut transvasé et la rupture cette fois réellement consommée. J’allais pouvoir savourer mon célibat renouvelé et quitter enfin le canapé vieillot de mon ancien appartement pour un matelas flambant neuf posé à même le sol. Nous célébrâmes brièvement (mais bruyamment) ce nouveau départ et mes amis me laissèrent face à mes cartons à vider et mes meubles à monter. Ils me firent la grâce d’emporter les bières vides, mais leur départ me plongea dans une profonde perplexité. J’étais seul, pour la première fois de ma vie. Les murs désespérément blancs de l’appartement me le hurlaient au visage. La solitude était pour moi quelque chose d’inédit mais il ne me fallut que quelques minutes pour tirer une conclusion évidente : je détestais cela.
Les premières semaines furent paisibles. Je prenais le temps d’aménager mon nouvel espace et de saluer les voisins que je croisais parfois allant au travail. Les habitants de l’immeuble étaient des gens discrets mais l’épaisseur toute relative des murs les rendait bien présents dans ma vie. Je pouvais entendre la vieille dame du dessus passer l’aspirateur le mercredi après-midi, le jeune couple d’en dessous rentrer du travail à des heures tardives et s’affaler devant Netflix et parfois le son répétitif que crachaient les enceintes d’un amateur de techno situé quelque part dans l’immeuble, sans que je ne puisse vraiment savoir où.
Pour tromper ma solitude, je m’adonnais avec une certaine appréhension au monde étrange des applications et sites de rencontre. Je n’espérais pas vraiment y trouver l’âme sœur, mais c’était un univers nouveau pour moi. Je sortais d’une longue relation et je n’avais jamais vraiment eu d’autre expérience. Je dus me faire au vocable spécifique qui régnait alors en maître : j’enchaînais les likes, mes rares « match » qui débouchaient sur des conversations sans queue ni tête, je swipais nerveusement au cours de longues soirées de déprime, passées à écouter les génériques de séries TV que mes voisins enchaînaient. Jusqu’à ce qu’un soir, une jeune fille au profil soigné me contacte.
Anna donnait l’impression d’une jeune fille rangée, âgée de quelques années de plus que moi. Si l’on s’en fiait à ses photos, c’était une grande brune au sourire éclatant, qui avait très bien compris que le rouge à lèvre lui allait à merveille. Sur sa photo de profil, elle portait un imposant collier rouge fait de grosses perles et une robe noire. Rouge et noir, seuls ses yeux bleus venaient donner le contraste. Son premier message me surprit :
La perspective d’un rendez-vous (un "date" avais-je appris) me terrifiait mais je me laissai facilement convaincre. Trois jours plus tard, par un bel après-midi ensoleillé, je rencontrai Anna à la terrasse d’un petit café qui bordait une place piétonne.
Le cadre aida peut-être. Ou bien c’étaient ses lèvres pulpeuses qui firent leur effet. En tout cas, elle me plut au premier regard. Elle était un peu plus grande que moi, plus bavarde que moi et visiblement plus à l’aise avec l’exercice que moi. Elle mena la conversation sans me laisser le temps d’en placer une et rapidement je sus tout de son quotidien d’aide-soignante, de son chien qui s’appelait Caramel, de ses parents qui venaient du nord, de sa belle-mère qui venait du sud, de ses quatre colocataires et de sa meilleure amie qui s’était pris d’une passion pour le tricot.
J’avais à peine eu le temps de dire mon nom, mais qu’importe, j’étais sous le charme. J’avais les yeux braqués sur ses lèvres rouges que je voyais danser devant moi et je ne pouvais m’empêcher de rêver à tout ce qu’elle pourrait en faire. « On reprend un verre ? » Oui, tout ce qu’elle voulait, un verre, deux, trois, pour ces jolies lèvres j’étais tout à fait prêt à finir ivre-mort dans la Seine, s’il le fallait.
Nous nous revîmes une ou deux fois après cette première rencontre. J’avais peur d’aller trop vite et de me jeter dans les bras d’une inconnue avant même d’avoir fait le deuil de ma précédente relation, mais Anna ne me laissait pas le choix. Elle me proposait sans cesse des concerts, un verre ou des expositions et j’acceptais sans broncher. Jusqu’au soir où, sortant d’un bar, elle se tourna vers moi et me demanda sans détour si nous rentrions chez moi.
Elle ne répondit rien et dégaina son plus joli sourire. Qu’est-ce que j’étais censé répondre à cela ?
Sur le chemin, elle resta muette, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Elle se contenta de me prendre le bras et de marcher à mes côtés, tandis que tentais vainement de faire taire mon imagination, qui déroulait dans ma tête les scenarios les plus torrides tout comme les plus humiliants. Je sentais qu’elle voulait coucher avec moi. J’en étais même assez convaincu. J’étais juste terrifié à l’idée de ne pas être à la hauteur.
Elle entra dans mon appartement comme si elle était déjà chez elle et alla s’asseoir sur le canapé, m’invitant à la suivre. Sans que je ne puisse prononcer un mot, elle m’attrapa et colla ses lèvres contre les miennes. Ses mains enlaçaient ma taille et je sentis son corps se serrer contre le mien. J’étais incapable de penser, je tentais simplement de suivre le mouvement. C’était le mieux que je puisse faire. Trop de sensations à la fois pour mon esprit habitué à la monotonie de son appartement. Je sentis son parfum m’envahir, la douceur de sa peau tandis que mes doigts caressaient sa cuisse, et bien sûr ses lèvres qui me couvraient de baisers passionnés, haletants, comme si elle s’apprêtait à me dévorer. D’un geste, elle me poussa sur le dos et s’assit à califourchon sur moi. Elle me débarrassa de ma chemise et posa ses mains sur mon torse, toujours un sourire aux lèvres. Puis elle commença à se déshabiller, prenant son temps.
Elle prenait un malin plaisir à se laisser regarder. Je tentai de braquer mon regard sur ses yeux bleus, mais je ne pouvais m’empêcher de me perdre dans ses jolies formes qu’elle exhibait devant moi. Des seins ronds, une peau blanche comme le lait, des hanches qu’on aurait dites tracées au compas.
Elle se redressa, cachant ses seins avec ses mains dans un élan de pudeur feinte, et plongea son regard dans le mien.
En prononçant ces derniers mots, elle pressa un peu plus son bassin contre le mien, comme pour illustrer par le fait sa dernière phrase. Elle se recula et entreprit de me défaire de mes derniers vêtements avant d’attraper mon sexe et d’enfiler un préservatif. Elle ne perdait vraiment pas de temps. Je tentai encore de trouver une position plus avantageuse sur le canapé quand elle revint sur moi et s’empala toute seule, sans trop me laisser vraiment le temps de prendre appui.
Nous restâmes immobiles, quelques instants, ses grands yeux plongés dans les miens. Lentement, je commençais à bouger et alors j’entendis pour la première fois ce qui devint au final le point central de toute cette histoire : sa voix, un feulement rauque et presque animal, qui gonflait et enflait à chacun de mes va-et-vient, au rythme des coups de queue que j’imprimais, se transformant parfois en cri à peine contenu, ou en un gloussement de plaisir.
Je fermais les yeux. Je tentais de me concentrer sur les sensations. Il s’agissait de trouver le tempo entre nos deux corps Elle avait de toute façon pris les choses en main et imposait son rythme, que je tentais de suivre tant bien que mal. Mais je l’entendais s’enhardir, à chacun de ses coups de bassin, sa voix portait un peu plus fort. Elle accélérait parfois le rythme, et ne pouvait alors s’empêcher de d’échapper une série de « Oui, oui, encore, plus fort, encore » qu’elle répétait comme une formule magique qui la rapprochait chaque fois un peu plus de l’orgasme. Mais à chaque fois que ses gémissements indiquaient qu’elle se trouvait au bord, elle s’interrompait subitement. Elle voulait faire durer son plaisir mais je n’étais pas sûr de pouvoir tenir la distance. Elle le comprit assez vite et décida de couper court à ma peine. Elle accéléra le rythme une dernière fois, égrenant de plus en plus fort son chapelet de mots doux auxquels s’entremêlaient parfois d’autres, plus obscènes. Je n’avais jamais connu quelqu’un d’aussi bavard au lit, mon ex était plutôt du genre taiseuse. Certains diraient chiante. Mais l’incantation eu rapidement l’effet escompté et je me sentis venir en elle, presque par surprise. Mes mains se crispèrent autour de ses cuisses tandis qu’elle continuait de me plaquer contre le canapé, un sourire aux lèvres.
Elle resta immobile quelques instants. Elle s’était enfin tue et semblait savourer le silence qui s’était installé. Le silence. Cela paraissait presque déplacé, étrange après nos ébats sonores. Je réalisai alors que nous avions peut-être été particulièrement bruyants. Pris dans le moment, je n’y avais pas trop prêté attention mais maintenant que le silence retombait, je me rendis compte qu’Anna s’était allégrement laissé aller. Je ne savais pas trop à quoi m’en tenir, mais je n’allais certainement pas lui reprocher d’avoir visiblement prit son pied. Je tentais de rassembler mes esprits et parvint à bafouiller :
Elle ne m’avait même pas laissé le temps de reprendre mon souffle. J’étais estomaqué mais j’allais finir par comprendre qu’Anna n’était pas le genre de fille à perdre son temps avec les politesses d’usage. Elle allait droit au but : elle savait ce qu’elle voulait et elle le prenait. Elle avait jeté son dévolu sur moi, pour une raison que je ne comprenais pas vraiment, et elle ne comptait pas me lâcher. Le souffle court, je ne pus murmurer qu’un timide « oui ? » qu’elle accueillit d’un sourire carnassier.
C’est ainsi qu’Anna entra dans ma vie. Enfin, dire qu’elle s’y imposa serait probablement plus juste. Elle m’informait régulièrement de son agenda et profitait de la moindre occasion pour venir passer une soirée ou une après-midi chez moi. Je n’arrivais tout simplement pas à lui dire non. Elle s’invitait parfois à l’improviste, sans crier gare. Elle avait eu le bon goût de mettre rapidement les choses au clair :
Directe, sans détour, et en même temps terriblement érotique, c’était un euphémisme de dire qu’Anna me faisait de l’effet. L’autre argument majeur d’Anna, c’était ses impressionnantes capacités vocales. Au fil de ses visites, je découvris qu’elle pouvait être bien plus bruyante que ce qu’elle avait laissé entrevoir lors de notre première nuit. J’avais été un peu intimidé au début, lorsqu’elle avait commencé à hurler ses
"Plus fort !" et "Encore !" qui étaient je le crois sa marque de fabrique. Puis je m’étais pris au jeu. Ça m’excitait de simplement fermer les yeux et de l’entendre gémir doucement tout d’abord, puis supplier gentiment avant de complètement lâcher la bride et de se laisser à une vulgarité que je trouvais incroyablement excitante. C’était comme un baromètre de son plaisir, qui m’indiquait avec une rare précision l’approche de ses orgasmes. Et ceux-ci se manifestaient généralement par un pic sonore que j’avais appris à reconnaître et à apprécier comme la marque d’un travail bien fait.
C’était généralement une bordée de « Oh putain, oui… vas-y, plus fort, putain !» qu’elle répétait comme un mantra hystérique et pervers, sa voix montant dans les aigus à mesure que le plaisir montait en elle. Avec le temps et au fil de nos rencontres, elle devenait de moins en moins timide. Et je devais bien le reconnaître : voir cette jeune fille, d’apparence si sage et propre sur elle, se tourner vers moi pour m’intimer d’une voix rauque :
Je m’exécutais généralement sans trop broncher. Mais cette charmante habitude avait également des inconvénients. Je savais que les murs de l’appartement n’étaient pas bien épais. Les voisins étaient aux premières loges au cours de nos ébats et j’avais déjà eu droit à quelques regards lourds de sens de la part du petit couple de retraités du troisième étage. Mais j’avais été forcé de me résoudre à l’évidence : il était impossible de faire taire Anna quand elle voulait jouir. J’avais vaguement tenté d’aborder le sujet avec elle mais elle n’avait pas vraiment semblé concernée par le problème. Ce qui pouvait se comprendre : c’était mon appartement et pas le sien, elle se contentait d’y passer de temps en temps. Au fil des semaines, Anna continua donc de crier son plaisir dans mon appartement tandis que je faisais le maximum pour éviter de croiser mes voisins. J’avais fini par laisser tomber, une petite lâcheté de ma part qui allait me valoir bien plus d’ennuis que je ne pouvais alors l’imaginer.
Un matin de mai, après une nouvelle nuit passée dans les bras d’Anna, je remarquai qu’on avait glissé sous ma porte un petit mot. C’était une feuille simple, arrachée à un bloc-notes et soigneusement pliée en quatre. La note était couverte d’une écriture ronde et appliquée. Je m’attendais à des remontrances de la part d’un voisin fatigué de nous entendre braire. Je fus surpris en lisant la lettre, qui nous était destinée.
Chers voisins
Vous trouverez sûrement mon initiative un peu étrange. Mais je crois que je ne peux m’en empêcher. Cela fait maintenant plusieurs semaines que nous suivons avec un certain amusement vos performances. Les murs ne sont pas épais, et votre nouvelle petite amie à une voix tout à fait formidable. Ses gémissements et ses cris de plaisirs sont bien plus agréables à écouter que la techno rébarbative du voisin du 4e… Mieux, cela donne des idées folles à mon mari, qui m’avait un peu négligée ces derniers temps. Je me permets donc de vous inviter à continuer et je sais pour en avoir parlé avec d’autres habitants de l’immeuble que je ne suis pas le seul membre de votre fan club. Alors s’il vous plaît, ne vous arrêtez pas en si bon chemin et continuez, c’est un plaisir de vous entendre y prendre autant de plaisir.
Je faillis laisser tomber ma tasse de café en lisant la lettre. Je ne m’attendais certainement pas à des encouragements. Le message n’était pas signé, c’était peut-être une plaisanterie ou un canular particulièrement élaboré. J’étais encore perdu dans mes pensées au milieu du salon, la lettre à la main, quand Anna sortit de la chambre, à demi nue et les yeux encore embués de sommeil. Elle me colla un baiser sur la joue et s’empara de la lettre avant que j’aie eu le temps de lâcher le moindre mot, puis alla s’asseoir sur le canapé en la lisant tranquillement. C’était peut-être ce que je craignais le plus : Anna n’avait absolument pas besoin d’encouragements. Mais comme d’habitude, je n’avais rien su faire et je l’avais laissée mener la danse.
Elle laissa échapper un gloussement satisfait en terminant sa lecture et resta silencieuse un instant, pensive.
Un discret sourire passa sur ses lèvres. On aurait dit que l’idée lui plaisait. Elle était assise sur le canapé, une tasse de thé à la main, la lettre dans l’autre, vêtue d’un simple t-shirt ample que je lui avais prêté. Un rayon de soleil perçait les rideaux et venait s’étendre le long de ses jambes nues, qu’elle gardait repliées contre elle. Elle eut l’air de s’apercevoir soudainement de ma présence au milieu de la pièce et tourna son regard vers moi.
Elle releva lentement son t-shirt et écarta les jambes, dévoilant son entrejambe. Je savais très bien ce que j’avais à faire : m’agenouiller et plonger ma langue entre ses cuisses. C’était le moyen le plus sûr de la faire jouir. Elle n’avait pas besoin d’en dire plus, j’avais parfaitement compris ce qu’elle voulait. Pourtant j’hésitai. Dans les yeux d’Anna, je pouvais lire une excitation nouvelle. La simple idée d’avoir une audience prête à l’écouter avait l’air de lui faire beaucoup d’effet. J’étais partagé entre la curiosité de voir jusqu’où ce manège pourrait la mener et la crainte de m’attirer une réputation déplorable dans un immeuble où je venais juste d’emménager. Visiblement, certains voisins appréciaient les concertos de cris et gémissements d’Anna, mais ce n’était peut-être pas le cas de tout le monde. Je restais au beau milieu de la pièce, indécis.
Elle laissa tomber au sol le message plié en quatre et sa main glissa vers son bas-ventre, avant de venir caresser doucement la fente de son sexe. Elle commença par des gestes lents et mesurés, fermant les yeux pour mieux se laisser gémir doucement, puis accéléra le tempo, par à-coups. Elle écartait les jambes, offerte devant moi, tandis que ses doigts experts me montraient qu’effectivement, elle savait très bien se débrouiller toute seule. J’étais fasciné par le spectacle, je pouvais voir son corps se soulever avec chaque vague de plaisir, qu’elle accompagnait comme à l’accoutumée des mots crus qu’elle affectionnait tant. Et que le voisinage avait également l’air d’apprécier. Entre deux soupirs, elle continuait de me provoquer :
Elle avait dit ça à haute voix. Et je savais que cette diatribe n’était pas destinée qu’à moi, mais à quiconque pourrait l’entendre. Face à elle, j’avais perdu d’avance. C’était sa manière de me le rappeler. À la fois dépité et terriblement excité par la situation, je pris acte de ma défaite et j’allai m’agenouiller entre ses jambes, afin de prendre les choses en main.
Ces quelques instants d’hésitation peuvent sembler dérisoires. Un détail, dans une histoire tumultueuse. Avec le recul, je réalise aujourd’hui que c’était un point de non-retour, que je franchissais allégrement et sans trop me poser de questions. Les jours qui suivirent me le prouvèrent assez rapidement : je n’avais pas la moindre idée de ce dans quoi je m’engageais.
À mon grand désespoir, les lettres se multiplièrent. Au début, nous recevions de temps à autre des encouragements discrets, toujours glissés sous la porte au lendemain de nos nuits les plus torrides. L’autrice était apparemment toujours la même, je reconnaissais son écriture ronde et appliquée. Mais rapidement, d’autres petits mots firent leur apparition sous le pas de ma porte, rédigés par d’autres voisins visiblement auditeurs assidus de nos débats. Ils avaient dû se passer le mot. Certains s’amusaient simplement de l’enthousiasme d’Anna et nous félicitaient de notre entrain, tout en nous conseillant de limiter un peu le bruit en soirée. D’autres déversaient à longueur de pages les fantasmes parfois pervers que les gémissements d’Anna leur inspiraient. Nous recevions maintenant fréquemment des messages directement dans ma boîte à lettre, parfois deux à trois par semaine. La popularité de mon amante était en train de grimper en flèche au sein de mon immeuble. Anna s’en accommodait beaucoup mieux que moi, peut-être même un peu trop.
Elle conservait avec attention chacun des messages que nous recevions dans un grand classeur qu’elle ramenait chez elle de temps en temps. Elle notait également dans un petit carnet les remarques qui lui semblaient les plus pertinentes de la part de ses auditeurs. Ce qui avait pu passer dans les premiers temps comme un simple hobby atypique prit au fil des semaines une ampleur inattendue. Anna décida de passer me voir à intervalles réguliers, les mercredis et dimanches soirs. C’était selon elle, l’horaire optimal pour s’assurer une audience maximale.
Ces jours-là, je devais donc me tenir prêt à m’acquitter du devoir conjugal et mon avis importait peu. Pire encore, je ne pouvais me contenter d’un rapide câlin : le but du jeu était de la faire crier, hurler de plaisir si c’était possible. Ce qui n’était pas particulièrement compliqué, je dois bien le reconnaître : Anna donnait de sa personne pour bien faire comprendre à tous les voisins qu’elle était de passage. Elle se montrait d’ailleurs particulièrement créative et n’hésitait plus à ramener avec elle ses jouets. J’en prenais un peu pour mon grade mais je me consolais en me disant qu’aucun homme ne peut vraiment espérer rivaliser avec les prouesses techniques des vibromasseurs japonais.
Dans l’ascenseur ou les couloirs de l’immeuble, elle saluait tout le monde. Les voisins l’adoraient et elle avait commencé à faire connaissance avec certains d’entre eux. Elle mettait un point d’honneur à apparaître toujours resplendissante et vêtue de manière parfois affriolante lorsqu’elle me rendait visite. Je n’allais pas m’en plaindre mais chaque fois qu’elle débarquait dans mon appartement en talons et minijupe, je savais que le volume de décibels allait bientôt devoir dépasser la limite autorisée. Je l’avais même surprise en train de faire quelques vocalises avant de passer à l’acte. Elle prenait les choses très au sérieux.
J’avais de mon côté du mal à m’adapter à cette situation. J’avais l’impression de vivre un rêve étrange et parfois absurde : d’un côté, je couchais deux fois par semaine avec une fille magnifique. Difficile de m’en plaindre. D’un autre côté, je ne supportais plus de quitter mon appartement ou de monter les escaliers de l’immeuble. J’avais l’impression que chaque voisin que je croisais me regardait d’un œil complice, ou vicelard, c’était selon mon humeur du moment. Au fil des jours, je sortais de moins en moins. J’étais terrifié à l’idée qu’un des fans d’Anna ne me coince dans l’escalier pour me parler en détail de ma dernière nuit d’amour dont il n’avait pas perdu une miette. Anna aurait adoré cela, mais je me serais, de mon côté, liquéfié de honte.
Au fil du temps, je me transformais donc en reclus, tachant de faire le moins de bruit possible chez moi de peur qu’un voisin ne s’imagine qu’un nouveau show était sur le point de démarrer. Cet appartement, qui aurait dû être mon refuge, m’apparaissait de moins en moins accueillant. Je me sentais épié en permanence et cela avait sur moi des effets désastreux. Je m’effaçais autant que possible, laissant toute la place aux gémissements de ma belle que tout le monde avait l’air d’apprécier. En l’absence d’Anna, je faisais le mort.
Ça ne me réussissait pas vraiment. Je me rendais bien compte que j’avais un loyer à payer mais toute cette histoire me rendait complètement apathique et j’avais arrêté de répondre à Pôle Emploi depuis bien longtemps déjà. Je me contentais de garder l’appartement propre et d’attendre les visites de ma belle, en passant le temps à me ronger les sangs. Je descendais parfois à l’épicerie du quartier pour faire quelques courses, déambulant comme un fantôme entre les rayons de légumes et de produits laitiers. Anna me laissait parfois un peu d’argent quand elle partait. C’était un geste attentionné de sa part : je pense qu’elle se rendait compte, sans vraiment vouloir se l’avouer, que je me laissais dépérir. Mais cela n’arrangeait rien à ma situation. J’avais juste l’impression qu’elle me payait.
Si j’avais pu parler de ma situation avec des amis, j’aurais peut-être pu mettre fin à toute cette histoire un peu plus tôt. Mais je n’en avais pas vraiment le courage, et Anna avait le don pour me garder sous sa coupe. Dès que je faisais mine de demander un break ou une discussion à tête reposée, elle trouvait généralement le moyen de faire tomber au sol sa robe ou sa petite culotte, en ponctuant d’un regard de braise qui ne laissait aucune place à l’ambiguïté. Et à chaque fois, je marchais. J’avais l’impression d’avoir été ensorcelé par les mantras pervers d’Anna.
Six mois après notre première rencontre, je parvins enfin à me secouer et à prendre la décision qui s’imposait : je devais me séparer d’Anna. C’était à mes yeux le seul moyen de reprendre la situation en main. Si Anna resplendissait, je n’étais plus que l’ombre de moi-même et ce qui n’était au départ qu’un petit jeu étrange et pervers me dépassait complètement. Il m’avait fallu du temps pour en parvenir à cette conclusion, encore plus pour rassembler le courage de la mettre en œuvre.
Un dimanche soir, alors qu’Anna relisait calmement les derniers messages que nous avions reçu, j’allai m’asseoir face à elle. Elle leva un œil interrogateur et posa la lettre qu’elle tenait à la main.
Elle avait dit cela avec une remarquable froideur, mais sans animosité. Elle attendait juste ma confirmation. Et j’avais l’impression que le sol venait de s’ouvrir sous mes pieds. J’avais soigneusement envisagé toutes les réactions possibles, sauf celle-là. Et elle avait parfaitement raison : je tremblais.
C’était tout ce que je fus en mesure de bredouiller. Je fermai la bouche, peu convaincu de ma prestation et j’attendis la suite, un peu inquiet. Anna croisa les jambes et plongea son regard dans le mien. Le silence qui s’installa était lourd, presque grotesque au regard des circonstances. Elle laissa quelques instants s’écouler avant de reprendre.
Je ne pus retenir un soupir de soulagement. Cela se passait au final bien mieux que prévu. C’était même un peu trop beau pour être vrai.
Mon sang se glaça. Évidemment que c’était un peu trop facile. Je tentais de sonder son regard, et d’y lire à l’avance ce qu’elle me réservait. Je ne rencontrais que ses jolis yeux bleus, ceux-là même qui m’avaient ensorcelé lors de notre première rencontre. Mauvaise idée.
Cela m’énervait un peu qu’elle soit si franche. Cela avait le mérite d’être clair. Mais je lisais dans son regard que ce n’était pas tout. Elle paraissait moins sûre d’elle quand elle continua :
Je voyais vaguement de qui elle pouvait parler. Une grande blonde effectivement charmante avec qui j’avais échangé un vague bonjour lors d’une soirée à laquelle Anna m’avait traîné. J’avais beaucoup de mal à croire que ces quelques minutes passées ensemble avaient laissé un souvenir impérissable à l’inconnue. Il y avait donc quelque chose d’autre, mais quoi ?
Je hochai la tête et Anna me répondit par un immense sourire. Elle attrapa son téléphone et se mit à pianoter.
Elle leva les yeux vers moi.
Elle marqua une pause.
La suite logique. Je ne pus m’empêcher de rire nerveusement à l’idée que je m’étais encore fait avoir. Mais c’était de bonne guerre… Et puis après tout, les voisins allaient probablement adorer ça.