| n° 18963 | Fiche technique | 16771 caractères | 16771Temps de lecture estimé : 10 mn | 22/04/19 |
| Résumé: Manureva aime tant le soleil qu'elle ne craint pas d'en abuser, et tout devient alors possible. Attention, histoire surréaliste ! | ||||
| Critères: f fh fbi inconnu bizarre jardin revede fmast délire | ||||
| Auteur : Calpurnia Envoi mini-message | ||||
Allongée sur son transat et vêtue seulement de ses verres fumés, Manureva rêve éveillée, dans un état de semi-conscience où sa songerie se mélange intimement à la réalité des grillons assourdissants. Le jardin où elle se trouve se dessèche de jour en jour, à cause d’un été brûlant, les fleurs sont toutes fanées et l’herbe n’est plus qu’un tapis jaunâtre et brûlé. Il est quinze heures au clocher de l’église, et le léger sirocco qui vient de se lever aggrave la canicule.
Manureva assume son prénom d’un grand voilier aux quatre mâts ayant disparu dans l’Atlantique un jour de 1978, l’année de sa naissance, un prénom qui convient parfaitement à ses quatre-vingt-dix kilos de chair rose épanouie aux replis confortables qui font craquer le siège au moindre mouvement. Elle aime passionnément l’été et la chaleur à l’heure où la plupart des gens se réfugient à l’ombre de leurs logements climatisés ou bien dans leur piscine, à l’instar de sa jeune voisine qui barbote dans de l’eau tiède depuis plusieurs heures. La sueur perle à grosses gouttes dans son cou et coule entre ses beaux seins replets qu’elle se plaît à exposer aux regards lorsqu’elle se trouve à la plage. Mais ici, elle est seule, s’ennuie un peu et voudrait de la compagnie. Dans sa torpeur semi-consciente, elle imagine que les avions qui passent juste au-dessus d’elle sont des verges d’aluminium venues s’enfoncer en elle, entre ses cuisses légèrement écartées.
Les doigts inactifs finissent par trouver un emploi, à savoir errer dans l’épais buisson triangulaire et brun, avant de trouver le petit organe caché qui donne de la joie et délicatement tourner autour, de l’extrémité de l’index, en petits cercles concentriques, en se gardant bien d’appuyer dessus malgré la tentation de provoquer une explosion immédiate. Simultanément, elle se pince les tétons entre pouce et index, l’un après l’autre, fortement, jusqu’à se faire presque mal, jusqu’à la limite ténue entre délice et douleur. La belle pousse un soupir d’aise dans le relâchement complet de chacun de ses muscles.
Les cuisses écartées, tournée vers le Sud, elle expose entièrement sa fleur écarlate et salée aux rayons directs du soleil. Son vagin est ouvert entre pouce et index sur deux ou trois centimètres, de sorte que le fond, presque toujours plongé dans l’obscurité d’une culotte, reçoit directement de bienfaisants rayons lumineux. Les nymphes, qu’elle a particulièrement développées, émargent superbement comme les pétales d’une orchidée mouillée par la pluie. La chair moite et luisante, gorgée de mouillure, transpire la luxure, tandis que les doigts agiles continuent inlassablement leurs lentes circonvolutions autour du clitoris gorgé de sang, comme une ronde d’enfants peu sages. Le Soleil, justement ! Les yeux mi-clos, elle rêve d’une pénétration solaire, que l’astre du jour s’immisce jusqu’au fond de son intimité déjà incandescente, tandis que son imagination vagabonde vers des hommes qu’elle a précédemment remarqués pour la force virile qu’elle devine en eux.
On aura compris que sa marotte est la masturbation en plein air qu’elle pratique également de nuit, en saison. La Lune s’invite alors dans son imaginaire érotique, d’une façon non pas virile comme le soleil, mais plutôt saphique, comme une compagne de voyage, ou une grande sœur incestueuse, à la fois douce, indolente et absolument dévergondée. Manureva trouve que le moment idéal pour pratiquer cette activité à l’heure où dorment la plupart des gens est la nuit où l’astre atteint sa pleine rotondité ; par beau temps, elle voit alors presque comme en plein jour les courbes généreuses de son corps s’étaler sur la chaise longue avant de se contracter sous l’effet du plaisir solitaire. Sans doute est-ce là sa période d’ovulation.
Les jours de forte indolence, quand elle s’abandonne à ses mains, lascive et paresseuse, elle est capable de se caresser durant des heures entières, lentement, inlassablement, recherchant plus une sensation de bien-être prolongé que les orgasmes qui finissent, de toute manière, par se convier d’eux-mêmes, et d’autant plus intenses qu’ils ont été longtemps retardés. Alors, des éruptions volcaniques s’enchaînent et récompensent sa patience : les yeux fermés, elle a l’impression que sa vulve s’ouvre en deux comme une figue trop mûre se fend fin août – début septembre après un été de canicule, puis s’écrase au sol pour répandre alentour son jus sucré, entourée par tout un cortège d’abeilles. À ce moment, son clitoris saturé de caresses précises est devenu comme un soleil immense qui l’irradie partout, tandis que sa fente épanouie s’est transformée en un odorant marécage où ruisselle la mouille qu’elle porte, de ses doigts imbibés, jusqu’à sa bouche gourmande, se régalant de son propre suc. Le plaisir continue grâce à l’introduction de l’index dans le vagin lubrifié, où elle trouve de nouvelles félicités. Son seul regret : elle sait qu’elle doit éviter de crier pour ne pas choquer le voisinage, alors elle se mord violemment les lèvres, quitte à y imprimer une marque qui lui restera jusqu’au soir, témoin muette de sa frénésie auto-érotique.
Un moineau se pose sur le dossier. Il semble regarder avec attention la belle impudique et y prendre goût, à en croire la manière dont il gazouille de joie.
À l’instar du volatile, parfois Nelly aussi la regarde, mais en cachette, s’abandonner aux délices du plaisir solitaire. Cette jeune Anglaise de vingt-deux ans à la peau laiteuse parsemée de grains de beauté est mariée à Pierre-Yves, le frère cadet de Manureva. Ils n’ont pas d’enfants. Tous trois cohabitent depuis dix ans dans ce qui fut la maison familiale avant le décès des parents de Pierre-Yves et Manureva. Celle-ci aimerait bien un jour que sa belle-sœur finisse par lui ouvrir ses bras pour de tendres galipettes entre femmes, au lieu de se limiter à jouer les voyeuses. Elle en rêve parfois sous les rayons d’une lune jalouse. Mais pour l’heure, le couple est parti faire des courses, de sorte que la maison est vide.
Bercée par le vent et le chant de l’oiseau, Manureva s’endort quelques minutes.
La boisson est glacée comme elle aime, très sucrée et fortement chargée en rhum, avec juste ce qu’il faut de jus de fruits pour colorer le mélange. Elle boit son verre d’un trait et le repose sur le plateau, avant de remarquer l’aimable serveur venu l’abreuver ; il porte impeccablement, malgré la chaleur, la traditionnelle tenue noire et blanche de sa profession et sourit commercialement à sa cliente. Elle se demande bien comment cet homme a pu venir jusque-là, alors que son jardin est privé, parfaitement clos et ne donne pas sur la rue.
Elle remarque alors que, d’une manière assez inhabituelle pour un garçon de café dans l’exercice de son métier, le membre viril dépasse largement du pantalon par la braguette ouverte. Et quel beau membre ! Érigé, recourbé fièrement vers le haut, le phallus est tourné vers le soleil ainsi que les fleurs justement nommées tournesols qui dans leur bac tentent de survivre au manque d’eau. Dressée comme un soldat au garde-à-vous, la tige est longe et assez fine, mais elle est prolongée par un gros gland sphérique, d’une couleur violette prouvant qu’il est gorgé de sang, et luisant d’une abondante rosée du désir. La liqueur mâle s’écrase goutte à goutte sur les pieds féminins aux ongles colorés de rouge vif. Les bourses, également sorties du slip, abritent des testicules d’une grosseur identique, imposants comme des prunes, donnant aux génitoires un bel aspect symétrique.
Sa main parcourt coquinement le phallus sur toute sa longueur, avec une lenteur assumée, effleurant furtivement le frein puis le méat humide avant de retourner vers la base et de recommencer, ce qui arrache au serveur un frisson de volupté et lui impose de se concentrer pour ne pas se répandre immédiatement dans l’herbe.
En guise d’assentiment, elle se retourne et se met à genoux pour lui présenter son derrière rebondi, écartant elle-même les deux globes charnus à pleines mains. On ne saurait s’offrir d’une manière plus explicite, pense-t-elle en souriant à l’imprévu. Comme elle n’a pas l’habitude de pratiquer l’emmanchement anal, son partenaire est obligé de s’y reprendre à plusieurs fois, en poussant très fort, avant de parvenir à faire entrer complètement l’imposante tête de son engin à l’intérieur de la cavité. Manureva souffre à cause de l’écartèlement de sa petite rondelle trop serrée, gémit faiblement, mais ne renonce pas, se disant que le plaisir est pour après. Une fois que l’organe mâle est parvenu à destination, cela glisse facilement.
Elle tourne la tête et constate que son partenaire a si chaud que la sueur recouvre entièrement son visage d’une manière telle qu’on ne le reconnaît plus. Le moineau regarde la scène et trouve cela très excitant ; comme avec les pains au chocolat que dévorent les enfants dans la cour de l’école, il n’en perd pas une miette.
Tandis que le mouvement de ses reins continue, ses bras fondent progressivement comme de la cire jetée dans une cheminée, puis sa tête subit le même sort. Évidemment, à ce stade, il ne dit plus rien. Même l’habit blanc et noir se liquéfie. Mais la fusion de son corps ne l’empêche pas de pilonner encore et encore, du moins jusqu’à la disparition du tronc puis des jambes, transformés en une large flaque. Les chaussures se liquéfient en dernier. Il ne reste plus que le sexe, apparemment plus résistant à la température, resté planté dans le cul et aucunement ramolli.
Elle décide de se servir de la verge, seul reste du gentil serveur, comme d’un godemiché et l’agite elle-même au travers de son derrière, tout en jouant de son autre main sur le petit bouton du plaisir. Le morceau de chair éjacule même lorsqu’elle presse les testicules, ce qui lui arrache un petit râle trahissant sa félicité et que salue le petit oiseau d’un gazouillis joyeux.
Les grands arbres courbent leur tronc et penchent leur feuillage dans sa direction, pour mieux voir, car eux aussi sont excités par le spectacle. Il est jusqu’au soleil pour s’approcher. À cause de cela, il fait encore plus chaud et c’est tout le jardin qui entre en fusion : ce qui restait de l’herbe se mélange avec la palissade et les murs de la maison. Le bleu du ciel et l’orangé des tuiles du toit se rejoignent, comme lorsqu’on barbouille la peinture encore fraîche d’une aquarelle avec un doigt. Seuls l’oiseau et la belle Manureva conservent leur intégrité physique, on ne sait par quel miracle.
***
En rentrant, Pierre-Yves et Nelly découvrent Manureva inconsciente sur son transat. Les pompiers lui posent une perfusion et l’emmènent sur un brancard jusque dans leur véhicule qui repart toutes sirènes hurlantes. Elle s’en remettra, mais l’insolation a failli avoir raison d’elle.
Le lendemain, Nelly vient seule pour consoler sa belle-sœur sur son lit d’hôpital. Consolation charnelle, en profitant d’un moment où les infirmières regardent ailleurs. Jamais elles n’ont connu ni ne connaîtront d’été aussi torride que cette année-là.