| n° 18916 | Fiche technique | 33515 caractères | 33515Temps de lecture estimé : 20 mn | 26/03/19 |
| Résumé: Une parole est une parole. Celle donnée n'a de poids que par son respect... et même les aristocrates dans ce domaine sont faillibles. | ||||
| Critères: fhh fhhh revede exhib vidéox fsodo donjon bondage fouetfesse | ||||
| Auteur : Jane Does Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : Le silence des morts Chapitre 05 / 06 | Épisode suivant |
Épisode I : Un jour sans fin
Un moment difficile, un monde étrange et déroutant…
Épisode II : Un bien curieux personnage
Entre air pur et air vicié, angoisse et joie de respirer librement. Une femme ballottée par les événements.
Épisode III : Le chant des nuits
Un bon travail, une amitié naissante et un spectacle qui ne laissent pas notre héroïne indifférente ?
Épisode IV : L’appel des sens
Il faut parfois bien peu de choses pour que tout bascule. Et la vision d’un autre plaisir peut entraîner… tellement d’émois !
********************
Sur mon lit, telle une corolle, la jupe est étalée. Noire, stricte, elle attire mes regards et me remue au plus profond de mon être. Passer celle-ci serait me mettre dans la peau d’un personnage, comme au théâtre. Si j’enfile ce vêtement, quelque chose me dit que je scelle mon sort pour la soirée. À côté de cette obscène fleur de chiffon sombre, un corsage d’un blanc immaculé vient de fleurir. Les deux pièces vestimentaires ont ma taille, signe que celui qui les a achetées, puisqu’elles sont neuves, connaît chaque détail de mon corps.
Je reprends une douche, voulant absolument repousser l’échéance, me donner encore et encore une bonne raison pour refuser de porter cet élégant uniforme de… pute. Pourquoi alors toutes ces tergiversations ? Écartelée entre l’envie de plus en plus puissante de m’enfoncer dans le stupre d’une séance aux goûts délicieux d’interdits d’un côté et de l’autre, une raison qui par une voix intérieure me hurle que je ne dois en aucun cas faire cela. L’équilibre précaire entre le oui et le non sont en perpétuel suspens depuis que l’eau coule sur ma chevelure brune.
La pendulette aux chiffres rouge qui trône sur un meuble de salle de bain me rappelle cruellement que l’heure d’une décision impérative approche. Je finis un séchage laborieux, ponctué de sentiments mitigés. Y aller ou rester chez moi, dilemme dont mon esprit se veut arbitre partial. Je me dis que c’est non et je continue les gestes totalement à l’opposé de cette idée. Maquillage, coiffure, tout m’entraîne vers ce rendez-vous que mon corps attend et que ma raison rejette avec force. La touche de gloss qui fait briller mes lèvres couronne l’ensemble d’une unité parfaite.
Balancée entre revêtir le carcan de la jolie prostituée ou filer à l’anglaise au cinéma pour la soirée reste un problème entier alors qu’il est dix-neuf heures cinquante. Comment donc expliquer que ma main, commandée par mon cerveau s’empare de la jupe ? Que celle-ci vienne couvrir comme un gant cette culotte mauve que j’ai passée ? Tout comme le mystère de savoir pourquoi le chemisier lui aussi cache d’un coup le second sous-vêtement s’accordant à mon cache-sexe ? La chair de poule que m’offre cet habillage en règle est un renoncement muet à mes convictions profondes. Je sais, je sens que cette fois je plonge dans la noirceur de la nuit qui va venir.
Devant mon miroir, le reflet n’est pas pire que d’ordinaire. Meilleur non plus, d’ailleurs ! C’est la perception que j’ai de moi qui diffère de l’habitude. La seconde peau que je viens de passer me rend autre. Mon ventre garde ses gargouillis qui me semblent audibles jusqu’au bout de la terre. Je réalise que sur ma couche des objets monstrueusement incongrus sont affichés sur le couvre-lit. Cinq bidules que mes yeux fixent avec un dernier sursaut de refus. Fermer l’un d’entre eux sur mon poignet signifie la reddition pleine et entière de ma fierté de femme. Et pourtant… la boucle se retrouve serrée sur la jonction de mon bras et de ma main.
Les trois suivants vont aux places qui leur sont réservées, sans plus de pudeur. Seule la boule de caoutchouc orne donc toujours le plumard. Ce n’est qu’une question de secondes pour que je la ramasse et l’enferme dans ma paume. Cette pièce-là, ce n’est pas à moi de la poser ! Et les vingt coups que sonnent les cloches de l’église du village me font me hâter vers la salle où les hommes doivent m’attendre. Oui ! Je me précipite de peur de n’avoir pas le cran de sauter le pas. Je ferme les yeux avant de franchir la porte de mon enfer.
Tout d’abord, il n’y a qu’une lumière pisseuse pour m’accueillir. Je ne distingue rien de ce qui se trouve derrière la lampe jaunâtre. À peine franchie cette limite, que deux mains se collent sur mes yeux ! Cette fois, je tressaille alors qu’elles sont rapidement remplacées par un bandeau d’étoffe velouté. Mes poignets ont eux aussi été attrapés de suite, comme si les participants voulaient en plus de m’empêcher de les voir, me refuser le droit de quitter l’endroit. Une voix que je n’arrive pas à reconnaître me parvient.
Plus personne n’est à mes côtés, du moins plus de pattes pour me retenir. Je suis seule debout devant… ceux qui sont là. Et la voix de continuer.
Celui qui parle est clair, calme aussi. Ce qu’il dit ne me rassure pas, mais c’est bien toute seule que je me suis jetée dans la gueule du loup. Alors avant même que je ne tente de répondre, entre mes dents la boule vient se loger. Elle est suffisamment grosse pour que mes mâchoires soient distendues. Ma respiration s’en trouve légèrement entravée et la pression de la peur ajoute encore à mon trouble. J’ai voulu la fête des sens, je vais être servie.
Mes mains sont détachées par je ne sais qui et tremblent, mais je m’exécute.
J’ai un léger temps de recul puis je dégrafe l’attache qui maintient le vêtement en place. Finalement elle glisse le long de mes cuisses et doit rester enroulée sur mes chevilles.
Je sens que l’on me touche un mollet avec un objet. Une cravache peut-être ? Alors je fais ce que l’on me demande. Ce qui se frotte à l’autre jambe me fait savoir que c’est au tour de cette patte-là de se soulever du sol. Là encore, je fais ce que l’homme désire. Je suis donc en petite culotte et soutien-gorge, avec au fond de moi l’impression idiote que j’ai perdu un temps fou pour me faire belle. Bizarre comme pensée alors qu’un inconnu me donne des ordres.
Mon menton se soulève et se rabaisse pendant que mon bras se met à l’horizontale. Le petit cube ne pèse pas bien lourd.
Ma tête une fois encore dodeline dans le sens du oui. Le type n’est pas violent, il se contente de me dire ce que je dois faire sans montrer d’état d’âme. Et plantée là, devant eux, je ne sais même pas combien ils sont, je me sens odieusement rabaissée. Mais cette position, je l’ai choisie par ma seule venue dans cette salle. Mon acceptation de leur jeu, si elle me paraît abjecte, n’en demeure pas moins terriblement excitante. Ça a quelque chose de surréaliste de se donner en spectacle à des hommes qui vont durement faire de moi une poupée dévouée à tous leurs vices.
Excitant oui, mais également extrêmement dangereux parce qu’en fait, je ne sais rien de ceux qui sont là. Ils ne devraient être que deux en plus de Damien, mais ont-ils respecté le contrat ? Mes yeux bandés si rapidement ne m’ont pas permis de voir qui se trouvait dans la pièce et de toute manière, si d’autres entrent maintenant, comment le saurais-je ?
Et mon poignet fait un demi-tour. J’entends le cube qui rebondit à maintes reprises sur le parquet sur lequel je suis debout. Enfin c’est le silence.
Et je baisse le visage pour le remonter très doucement. L’autre éclate de rire.
Ça y est, je suis devant le fait accompli. Plus moyen de reculer ? Peut-être que si, par contre je ne sais pas encore ce qui m’attend. Mes mains sont empoignées, mes bras levés, et le cliquetis du verrouillage des mousquetons me fait deviner que je ne peux plus baisser les membres. Contre mon dos, la texture du bois en forme de X. Les poutres qui forment la croix ne doivent guère dépasser les dix ou quinze centimètres de largeur et ce n’est pas du tout confortable. De surcroît, mes jambes sont très largement écartées pour épouser la forme boisée.
J’ai peur. Ça tient du fait que j’ignore exactement ce qui va se passer, comment va se dérouler mon « initiation » ! La voix pourtant qui me susurre des mots reste sans accent particulier. Pas vraiment monocorde, ou monotone, elle tient juste la même note presque tout le temps.
Facile à dire de se détendre. Il a beau jeu lui le beau parleur. La fine lanière, qui se coule sur mes jambes, remonte lascivement vers la fourche ouverte. Je la sens et tant que le cuir reste en contact avec ma peau, aucun coup ne peut arriver. C’est là-dessus que mon esprit se fixe. Mentalement je prie pour que la badine ne quitte pas son ascension. Quand mon esprit enregistre son abandon, il est déjà trop tard. Sur un mamelon une cinglée vient de tomber. Je me creuse le ventre sous l’impact. L’effet de brûlure est immédiat.
La voix qui prononce cette phrase n’est plus celle de mon bourreau. Ce timbre, je sais qu’il appartient à Damien. Il n’a pas pu s’empêcher de me féliciter. Sans doute que sa répartie a mis un peu plus de fougue à celui qui officie. L’impact suivant est nettement plus rude et je crois qu’une larme vient perler sous mon bandeau. Quant au bâillon, il étouffe mon premier cri. Mais pas complètement et une caresse faite par une main me cueille juste après, comme pour vouloir me faire comprendre que le hurlement, même imperceptible ou inaudible mérite une récompense.
Et la cravache est revenue, glissant calmement sur mes formes. Je respire difficilement dans une attente insupportable. Personne ne m’a demandé de compter, mais je l’ai pourtant fait à voix basse. Il en manque un, si j’ai bien tout apprécié. Celui-là se fait désirer. La tige fine du jonc se frotte à ma chatte. Le châtiment n’est donc pas que corporel. Il a un air de sexe également. Et la flagelle qui coulisse entre mes grandes lèvres doit laisser transparaître des traces de ce qui coule de mon ventre.
C’est interminable. Alors que je m’imagine que j’ai mal calculé dans ma tête, c’est bien cet instant que le mec choisit pour m’assener le coup de grâce. Cette fois c’est sec, violent et ça atterrit sur l’endroit même que la seconde précédente la baguette caressait. Des mains, plusieurs s’affairent sur ma peau. Les brûlures disparaissent dès leur passage. Le fameux onguent du Comte… il est rudement efficace, je ne ressens plus rien de ces cinq gifles de la cravache. Une patte est sur mon visage. Lui n’a pas été touché, mais les doigts cajolent mes joues. Mon bâillon est détaché et je respire plus librement.
Je suis soulagée de ne plus avoir les bras levés au ciel, soutenus par quatre bras vigoureux, je me retrouve telle Mireille sur la couche qui prend l’espace au centre de la chambre de torture. Celles qui me sont distillées dès lors ne sont apparentées qu’à de réelles caresses. Très ciblées, je dois le reconnaître sur les endroits les plus sensibles du corps des femmes. Que ce soit sur les seins, ou sur mon sexe, partout où ils le peuvent, ces gaillards qui sont autour de mon autel, se servent. Il n’est aucunement question de pénétrations ou de tentatives d’intrusion. C’est plus simplement une longue série de câlins très, très chauds et c’est bien pour embraser mes sens.
En cela leur mission est réussie. C’est un volcan qui crache une lave claire qui coule sans arrêt de mon ventre, si c’était leur but de me liquéfier, ils y sont parvenus à merveille. Et je ne suis plus que soupirs, gémissements, et autres cris de bonheur. Je ne parle pas, et personne ne le fait non plus dans mon entourage. Seuls les mains, les doigts, les peaux se croisent, s’emmêlent, se retrouvent, se superposent dans des mouvements lents, mais terriblement excitants… pour moi. Je perçois de temps à autre des gloussements masculins, voire des rires qui me font me demander ce qui les motive.
Les yeux enfermés sous un chiffon, tous les autres sens habituels sont mis à l’épreuve plus que d’ordinaire et mes narines frémissent à toutes sortes d’odeur, de parfums, de fragrances discrètes. Celle qui se révèle la plus tenace reste naturellement celle de sexe et je n’arrive pas à déterminer combien d’hommes sont à la manœuvre. Il m’arrive de croire que certaines pattes sont plus fines, plus douces que d’autres. Subjectivité de femme privée de la vue, qui se fait son film dans son crâne ? Pour partie sans aucun doute, je suis prisonnière de ces sensations équivoques et voluptueuses, délicieux mélange d’attouchements et de peur.
L’homme sans visage associé à la voix sensuelle et plate qui me donne des ordres est toujours présent à mon esprit. Alors lorsqu’il refait surface pour une question toute bête. Je tressaille davantage.
Prise ? Il en a de bonnes lui. Je ne sais plus vraiment gérer mes émotions. Les frôlements, câlins en tout genre m’ont amenée à un tel point que je ne suis plus du tout lucide. Mon corps dit oui, ma tête pencherait vers le non et l’ensemble oscille entre ces deux choix. Le silence qui s’est fait autour de moi devient pesant. La lourdeur est palpable, je me demande un instant si nous ne sommes plus que lui et moi. Et dans la chambre, je me racle la gorge. Le mot unique qui monte de ma bouche le fait de très, très loin.
Il vient de marquer un temps d’arrêt, pour ensuite laisser tomber nettement :
Ce qui suit m’engraine alors dans une cavalcade, dans un déferlement de mains qui viennent à l’assaut de mon corps. Je suis palpée, tripotée, et prise d’abord avec une infinie prudence par un sexe dont je ne vois pas le visage de son propriétaire. Un autre me touche les seins. Un ou plusieurs ? Je n’arrive plus à savoir, mais me laisse dorloter avec des gémissements à fendre l’âme. J’ouvre la bouche sous la pression d’une queue solitaire. Elle est venue pour être avalée, pour être léchée, et je m’exécute avec une délectation non feinte.
Après, combien sont-ils à se planter en moi ? Je ne compte plus, ballottée entre trop de sexes anonymes. Peut-être que certains reviennent à plusieurs reprises. J’essaye d’imaginer pour tous ces corps qui se trémoussent entre mes cuisses, les traits des bonshommes qui les guident. Bien sûr, il y a ceux des deux qui ont déjà célébré une identique messe, mais sont-ils plus nombreux ? Une pensée saugrenue me vient aussi. Une femme se trouve-t-elle parmi mes baiseurs affolés ? Certaines cajoleries n’ont pas du tout la consistance de celles des mâles.
Mais ce ne sont que conjectures, signaux envoyés par mon cerveau, lequel se prend au jeu. Les retours qu’il me transmet sont positifs. Je suis complètement dans l’ivresse de cet instant. Je les exhorte par mes soupirs à revenir en plus forts, en moins tendres. Et que je sois positionnée basiquement couchée alors qu’un cavalier se sert de moi comme d’une monture ne me dérange pas plus que d’être soulevée pour une levrette langoureuse. Toutes les postures dans lesquelles mes chevaliers servants me prennent sont source de jouissance.
Je ressens ces montées d’adrénaline telles des boomerangs revenant du plus profond de mes tripes en ondes de choc, perturbant jusqu’à mon cerveau. Ce qui fait que celui qui se présente à l’entrée des artistes bénéficie de cet état second. Ont-ils si bien préparé le terrain que ce soit si simple d’entrer ? Aucune idée, force est cependant de reconnaître que l’agitation de ce membre qui me possède différemment des autres a quelque chose de curieux. Il n’est pas mû comme ses congénères. C’est plus rectiligne, moins saccadé, peut-être aussi moins vif ou chaleureux. Je ne sais plus trop si c’est mon appétit énorme de sexe de cette séance qui me donne une vision différente de ce qui se passe. La queue avance et bouge en moi moins conventionnellement que toutes les précédentes. Bon, l’endroit où elle s’active n’a rien d’usuel, ceci suffit-il à expliquer cela ?
Il se trouve un autre élément qui m’indispose aussi dans cette sodomie étrange que je subis pourtant avec plaisir. Les halètements qui accompagnent chacun des coups de reins… sont autant de facteurs qui me font supposer que l’auteur de ces déhanchements bienfaisants semble très efféminé. Je n’ai guère le temps d’y réfléchir plus longuement, ma bouche servant à nouveau de réceptacle à plaisir pour un de ces messieurs. Notre partie fine, enfin le partage de mon corps, dure une bonne partie de la nuit avec pour seule contrainte, le voile sur mes yeux.
Je suis éreintée, exténuée par tant de possessions toutes aussi magiques les unes que les autres. C’est bien fatiguée, mais heureuse, que la guerre s’achève, faute de combattants valides. Je reste un long moment à écouter ceux qui m’entourent. Ils chuchotent à quelques pas, puis il ne reste plus qu’une main pour serrer les miennes. Elle appartient au Comte, j’en jurerais. Lorsque sa voix me parvient, elle confirme bien mon sentiment.
********************
En repartant vers mon logis, lasse de cette nuit de folie, je fais un détour par le box de mon ami Marquis. Il est là avec ses grands yeux ronds, et son museau se penche dans un geste affectueux vers mon épaule. Je reste là, silencieuse, à flatter cette frimousse qui ne me reprochera jamais rien.
La bousculade des images dans mon crâne fait que les spasmes qui me secouent encore, reviennent à contrecoup, me rappeler que mon appétit féroce a trouvé de quoi rassasier sa boulimie. Je me surprends à me dire que j’aime le sexe rude.
Que ce que ces hommes m’ont donné, c’est bien moi qui l’ai réclamé avec mes postures provocantes. Mais je me jure que je ne recommencerai pas, du moins pas sous cette forme multiple. Puis de plus en plus, il me paraît que ce ne sont pas seulement des hommes, peu en importe la quantité, ceux-là je pouvais les reconnaître à leurs queues solides. Oui ! Ce ne sont sûrement pas que deux hommes qui se sont soulagés sur ou en moi ! Bien que tous aient porté des capotes, un récipient qui en contenait tout un tas, toutes usagées, me revient à l’esprit. Là-dessus, le Comte s’est montré clean !
Je sens que le cheval tressaille. Son dos frémit, et sa joue se frotte à la mienne, une manière bien réelle de me ramener à une réalité plus prosaïque ? Je constate qu’il se fait tard et que mon sommeil risque de filer si je ne vais pas de suite me coucher. Chez moi, la douche est bienvenue, avant de m’enfoncer dans des draps frais. Pas de rêves durant les heures qui me séparent d’un réveil compliqué. Il n’est pas vraiment triste, mais un goût amer s’accroche à ma gorge. Je ressasse de nouveau ces moments intenses, je ne peux pas nier avoir joui à maintes reprises. Après un café expéditif, je passe quelques fringues en fonction de ce soleil qui inonde mon appartement.
Il est temps d’aller revoir mon Marquis. Pourtant c’est sur un Comte que je bute alors que j’arrive au box de mon canasson préféré.
Chez le vieux Comte, dans une autre pièce secrète, un boudoir discret hors de vue de tous, une toile aussi large que celle d’un cinéma attend quelques rares passagers pour une séance extraordinaire ou un film banal. C’est réellement comme une salle obscure, à cette différence près que les sièges de velours sont beaucoup moins nombreux. Néanmoins une bonne vingtaine de privilégiés peut ici, visionner ce que le pervers veut bien leur montrer. Combien vont donc admirer mes prouesses d’alcôve ?
Les places sont également plus espacées et permettent comme dans les avions d’étendre les jambes. L’utilité en est vite comprise. Sur ces fauteuils sans doute que des corps à corps épiques doivent de temps à autre fleurir. Les hommes ne savent pas toujours résister à la vue du sexe étalé sur un écran. Venues de je ne sais où, des images soudain s’animent sur le fond blanc alors que nous avons pris place dans des fauteuils plutôt douillets. Et ce que je visionne est effarant. En gros plan, la femme qui est caressée réagit aux stimuli de toutes les pattes d’hommes dont le cadreur a pris soin de ne pas montrer les visages.
Celui de la femme non plus n’est pas reconnaissable. Un bandeau noir, large lui mange presque toute la face. D’emblée il est clair que le Comte jubile de me voir me tordre le cou dans tous les sens pour m’assurer que c’est bien moi sur le film. Un détail finalement apporte un peu de lumière sur l’actrice centrale des scènes chaudes qui se déroulent devant nos yeux. Je respire mieux. En gros plan, sous le sein gauche de la dame prise et reprise par ces hommes qui la font gémir, un grain de beauté dont je ne suis pas affublée.
Je suis moins stressée par ce que je vois. Par contre et bien malgré moi, mon ventre fait des siennes. À l’instar de la femelle qui se laisse bourriner en geignant, je m’humidifie sans que je ne puisse rien y faire. C’est alors que mon cerveau enregistre le fait que Damien, s’il ne projette pas mes images sur l’écran, ça ne veut pas dire qu’il n’en possède aucune. Dieu seul sait qui va les visionner dans le futur. La caméra est en zoom continu et les parties génitales de ces gens qui font l’amour, ou plutôt qui baisent sont d’une horreur absolue. Je dois demander, il me faut savoir.
Damien vacille sur ses deux cannes. Ses quinquets ressemblent à ceux d’un chien battu. Un instant, l’impression qu’il va pleurer m’effleure. Et je me lève pour quitter la salle de projection. Ma décision est désormais irrévocable.
À suivre…