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Temps de lecture estimé : 12 mn
15/03/19
Résumé:  Un inconnu réconforte une femme malheureuse dans un train de nuit.
Critères:  fh extracon inconnu train amour -occasion
Auteur : Clovis

Série : Renaissance.

Chapitre 01 / 05
Compartiment couchettes

La passion des trains et des gares, François l’avait depuis toujours. Pourquoi ? Il n’aurait su dire. Peut-être la suite logique de ce magnifique cadeau composé d’une locomotive électrique et de tout l’attirail du parfait chef de gare que sa marraine lui avait offert pour son neuvième anniversaire… Peut-être tout simplement le plaisir des départs vers des contrées inconnues, au moment des grandes vacances, dans un lointain village pyrénéen où atterrissaient nombre d’enfants de fonctionnaires de la mairie de Paris pour plusieurs semaines de bonheur et d’amitiés en devenir.


L’adolescence passée, cette passion s’était peu à peu atténuée, banalisée. La fréquence de ses passages dans les gares ne lui occasionnait plus le même émoi, mais il restait foncièrement attaché à cette indolence que procurait le monde des rails, au temps arrêté et à la contemplation et à la paresse.


La vieille gare d’Austerlitz n’était pas sa préférée. Sombres et lugubres à souhait, les accès souterrains aux quais, un vendredi soir, semblaient parfois plus inquiétants qu’une visite nocturne du Père-Lachaise. Mais François n’avait pas le choix. Un livre de poche à la main, son sac de voyage en bandoulière, il se rua dans la cabine de 1re classe que la ligue nationale de rugby lui avait réservée.


Le compartiment était vide. La lumière chaude et tamisée de l’endroit le rassura. Il déposa son sac de sport sur l’une des couchettes basses, se délesta de sa veste qu’il coucha sur son bagage, fit trois pas en direction de la vitre, releva le store, et observa quelques voyageurs pressés de gagner leurs sièges ou leurs couchettes. Puis, à un quart d’heure du départ pour Toulouse, il grimpa sur l’une des deux couchettes supérieures, se positionna confortablement sur le dos, la tête bien calée sur son oreiller, et se replongea dans sa lecture au moment où les moteurs de la locomotive se mirent en branle.


Le départ fut enfin annoncé. François, toujours seul dans sa couchette, redressa la tête de son polar. Les derniers voyageurs se précipitaient à grands pas sur le quai. La motrice et les rotatives s’agitèrent enfin. Des bruits résonnèrent dans le couloir feutré du wagon, les retardataires cherchaient leur emplacement, se contorsionnaient sur la pointe des pieds pour fixer les lourdes valises dans les range-bagages, parfois s’excusaient du dérangement.


L’arbitre international de rugby crut qu’il allait échapper à la bourrasque lorsque la porte de son compartiment glissa pour s’ouvrir sur un type à la quarantaine assurée, costume trois-pièces, qui se passa des salutations de circonstance. Suivait de près une brune légèrement plus jeune, magnifiquement vêtue d’un tailleur gris anthracite ouvert sur un chemisier vert émeraude qui se mariait parfaitement avec la couleur de ses yeux. Comme gênée, elle baissa aussitôt la tête. Et pour cause, sa mine triste et son regard éteint firent penser à François qu’elle avait récemment pleuré.


Imbuvable, puant, obséquieux furent les premiers termes qui vinrent à l’esprit de l’arbitre pour qualifier le quadragénaire. Ennemi du calme et de la discrétion, ce dernier était de ceux qui avaient besoin de faire la publicité de chacun de leurs gestes. Et malgré la présence de François qui faisait mine d’être plongé dans sa lecture, l’homme se satisfaisait à coups d’onomatopées en abreuvant celle qui semblait être sa femme de commentaires tous plus acerbes les uns que les autres.


Ce n’est que vingt-cinq minutes plus tard, alors que l’on distinguait dans un ciel bleu déclinant les premiers champs de betteraves de Seine-et-Marne, que l’homme s’assagit enfin, en partie affalé sur la couchette destinée à sa compagne tandis que celle-ci déchirait les emballages contenant les draps et préparait le lit de son conjoint.



Directif, le garçon. Elle ne répondit pas. Peut-être la colère, peut-être la peur de proposer une voix étranglée devant un inconnu, aussi. Dos tourné, elle poursuivit ses rangements, déposa sur la couche supérieure située juste en face de celle de François le pyjama de son mari, avant de sortir d’une grosse valise à roulettes une nuisette en soie mauve.



François joignit le geste à la parole, mit pied à terre. Il se pencha derechef, attrapa la malle par la poignée centrale et, malgré son gabarit, l’encastra non sans mal sous la couche qu’elle entendait occuper le temps du voyage.



Un bref instant le visage de cette femme aux traits fins s’illumina. Pas de maquillage, mais de jolis bijoux mettant en valeur une peau légèrement hâlée : boucles créoles en or et collier de véritables perles noires de Tahiti. Et un superbe diamant ornant son index gauche. Elle sentait bon la vanille, également, ce qui eut pour effet d’embaumer l’esprit de François.



Par réflexe, elle resserra les pans de sa veste tailleur sur sa poitrine puis sortit précipitamment du compartiment. De nouveau seul, François fut soudain envahi par un vague à l’ âme incompréhensible. Que lui arrivait-il ? Il tenta d’échapper à cette torpeur en reprenant sa lecture, mais il ne restait rien des quelques pages qu’il feuilleta. Il se décida finalement à stopper son effort et sortit de la cabine à la recherche de cette femme qui semblait si malheureuse et dont il ne savait rien.


Il commandait une eau minérale lorsqu’il l’aperçut enfin, debout à quelques mètres, figée sur la nuit qui tombait sur l’Orléanais. Son mari, lui, mastiquait un sandwich tout en lisant avidement un quotidien du jour. François fila s’asseoir à quelques pas, sur un strapontin, s’emparant au passage d’une revue distribuée par la SNCF. Il observa son profil quelques instants, visa son front dégagé, apprécia son nez aquilin, ses narines palpitantes, observa le léger ourlé de ses lèvres. Cette femme était belle, incontestablement. Belle et triste. Une tristesse maquillée à l’aide de tailleurs Cacharel et de bijoux tous plus beaux les uns que les autres. Probablement triste d’être délaissée par un goujat dans la pleine force de l’âge qui, la bouche pincée, éructait sur la dernière grève des compagnies aériennes qui l’obligeait à emprunter ce maudit train jusqu’à Toulouse.


François ne retrouva sa couchette qu’une heure plus tard. La nuit était définitivement tombée sur le centre de la France tandis que le train progressait à une allure modeste. Son alter ego, en pyjama, avait délaissé son quotidien pour un casque hi-fi à l’aide duquel il semblait regarder un film d’action sur l’ordinateur qui lui couvrait les cuisses. Mylène, elle, était assise dans la largeur de sa couchette, un livre entre les mains. François, en hauteur, avait tout loisir de l’observer. Il n’en fit rien. Il n’osait pas. Jusqu’à ce que le mari décide d’éteindre son ordinateur et sa veilleuse, puis de retourner de tout son long sur le ventre sans un mot de tendresse pour sa femme. Les premiers ronflements ne tardèrent pas.


23 h 30. Fatigué par la lecture d’un polar dans lequel il n’arrivait décidément pas à s’immerger, il rangea son roman, retira sa chemise et se leva.



Absorbée par sa lecture, elle mit de longues secondes avant de réagir. D’autant que l’homme qui lui faisait face, torse nu, ressemblait trait pour trait au héros décrit dans le roman sentimental qu’elle parcourait depuis plus d’une heure : les yeux d’un noir profond, le visage anguleux, un torse puissant et musclé.



D’un coup sec, François déroula le rideau. Puis il remonta dans sa couche avant d’éteindre sa loupiote. Mylène, dans son coin, avait repris sa lecture. Malgré le sommeil qui le tenaillait, François continuait de l’observer. À plusieurs reprises elle plia et replia les jambes. Puis, à une vingtaine de pages de la fin, après avoir jeté un œil dans sa direction, elle se déhancha pour retirer le haut de son tailleur, dévoilant des courbes généreuses. Ce n’est que quelques pages plus tard que François l’entendit pleurer.



Il l’aperçut brièvement sourire. Puis son visage s’éteint aussitôt.



Elle rougit sur-le-champ. Même s’ils étaient de pure circonstance, elle avait perdu l’habitude de ce genre de propos. Ces derniers mois, ces dernières années, elle avait trop souvent été délaissée par un époux qui ne vivait plus que pour les colloques scientifiques où il la traînait comme un chien en laisse. Elle ne répondit pas, bien que certains passages de son roman puis la présence de ce bel inconnu avaient provoqué en elle un certain trouble. Elle se redressa, puis, en pleine lumière, se mit à retirer chacun de ses bijoux qu’elle remisa dans le rangement latéral d’un nécessaire de toilette.


Elle finit par se saisir de sa nuisette avant d’éteindre la dernière source de lumière du compartiment. Il ne restait à François que l’ouïe et l’imaginaire. Entre les ronflements et le ronronnement des moteurs diesel, il scruta les sons. Au bruit d’une fermeture Éclair que l’on ouvre, il l’imagina se dévêtir de sa jupe. Quelques secondes plus tard, il reconnut le bruit caractéristique de la chemise que l’on dégrafe, puis la contorsion nécessitant la libération du soutien-gorge. Le sexe de François s’était gonflé de désir, sa respiration était devenue saccadée. À la lueur du couloir du wagon, il aperçut enfin sa silhouette sortir du compartiment, vêtue de sa simple nuisette.


François patienta dix bonnes minutes. Torse nu, il sortit à son tour, ayant pris soin de renfiler son pantalon jean. Les communs des wagons étaient vides, les voyageurs dormaient pour la plupart, et les contrôleurs avaient effectué leur passage dès le départ de Paris. Il s’était calé près des toilettes, là même où Mylène s’était enfermée, là même où l’air extérieur et le bruit des rotatives fouettaient les sens. La poignée s’abaissa enfin. Qu’attendait-il ? Pourquoi était-il sorti à sa rencontre ? Il n’en savait rien. Désir de mieux la connaître, de comprendre sa tristesse, de percer sa carapace, de la consoler ? Il était devenu comme fou d’elle, dingue de son odeur, amoureux de sa gestuelle. Comment allait-elle réagir ? Il ne savait pas plus.


D’un coup elle se figea, la main encore accrochée à la poignée. François l’observait fixement, profondément. Sans un mot. Son cœur battait la chamade alors que le temps semblait comme arrêté. Il observait son visage triste, ses yeux embués. Elle avait de nouveau pleuré. En silence. À deux mètres d’elle, il tenta un pas. Elle ne bougea pas, comme tétanisée. Calée dans l’encadrement du passage, elle ne pouvait le contourner. Elle soutint son regard un court instant avant de glisser les yeux sur son torse glabre. Il tendit sa main à hauteur de son menton. Elle laissa faire. Il lui redressa la tête, cherchant son regard. Elle accompagna le geste. Sa main était puissante et douce à la fois, elle resta collée contre son visage. Un mètre les séparait, désormais. Et sa main qui lui caressait maintenant la joue, cherchant à chasser à l’aide du pouce les dernières larmes. Elle ferma les yeux un bref instant, appuya tendrement sa tête à l’image du chat qui réclame des caresses.


Ostensiblement, ils s’étaient rapprochés. Le coude cassé, François s’appliquait à effleurer la joue de Mylène et son grain de peau soyeux. Elle était belle, elle était désirable. Elle réclamait de la tendresse. Il osa un doigt sur ses lèvres. Celles-ci s’écartèrent imperceptiblement. Déstabilisée, hypnotisée, elle ne savait comment réagir. Sa poitrine palpitait dans un corps pétrifié, son âme réclamait des caresses à profusion.


L’index glissa tendrement, une langue vint le goûter. Elle suçait lascivement la première phalange de François lorsque celui-ci porta sa main libre à hauteur de sa poitrine. Le contact fut électrique malgré le tissu. Ses seins étaient gonflés de désirs, ils ne souhaitaient qu’une chose : qu’on les prenne, qu’on les saisisse, qu’on les malaxe, qu’on les suce. François ne se fit pas prier. Inerte, les bras collés le long du corps, Mylène, au bord de l’implosion, s’offrait, s’ouvrait aux attouchements. Ses entrailles étaient en feu, elle avait l’impression que son sexe dégoulinait de plaisir, d’un plaisir qu’elle n’imaginait plus possible depuis de longs mois. L’esprit tenaillé dans un étau de sensualité et de vice, le corps offert à cet inconnu dont elle ne connaissait que le prénom, elle redressa les bras et cala les mains sur ses magnifiques pectoraux. Elle suçait avidement son doigt lorsqu’il glissa sa main dans sa culotte humide.


Délicatement, François la souleva et la plaqua contre une paroi. Les jambes flageolantes, elle ne tenait plus debout. Perdue dans ce couloir étroit et sombre, noyée dans ses pensées, ses forces l’avaient abandonnée. Chancelante, elle se laissa choir au sol, ses mains glissant le long du torse pour se rattraper à la ceinture du pantalon jean. François poursuivait ses caresses sur sa poitrine, malaxant à travers le tissu ses tétons devenus douloureux. Qu’importe, cette torture était bien douce en rapport avec ce que lui faisait subir son époux depuis tant d’années.


À cet instant, elle ne désirait qu’une chose : vibrer, jouir, aimer, tout simplement. Entre les bras puissants et les regards attendrissants de cet athlète, l’instinct animal, l’envie de sexe l’avait rattrapée. Elle était prête à tous les vices, prête à croquer le fruit défendu, à lui offrir ce qu’elle avait toujours refusé à d’autres. Instinctivement, elle déboutonna le jean et baissa la braguette sur un boxer bien rempli. Un râle de soulagement envahit l’endroit lorsqu’elle s’empara de son sexe. Coincé par l’élastique, à l’étroit, il n’attendait que libération. Elle agrippa ce bout de chair, coulissa délicatement sa main sur toute la longueur, opéra un lent va-et-vient jusqu’à le décalotter et le caler contre son palais.


Une tornade traversa le cerveau de l’arbitre. Mylène, à ses pieds, les cheveux en bataille, la nuisette recouvrant à grand-peine ses seins dressés, s’appliquait généreusement à satisfaire son érection. Les yeux clos comme pour échapper à la réalité, elle maltraitait avec délice un phallus qui ne demandait qu’à exploser. Elle alternait dans l’insolence coups de langue contre la hampe et succions sur le gland. Le supplice durait depuis de longues minutes lorsque François se mit à ahaner. Le point de non-retour semblait proche, il ne pourrait plus résister très longtemps.


Agrippé contre la paroi, il lui tapota l’épaule pour lui demander de mettre un terme à cette faveur. La fellation n’avait que trop duré, l’éjaculation était proche. Mais elle n’entendait pas desserrer l’étreinte. Tout au contraire, elle accéléra le mouvement, comme encouragée. Boire la jouissance de son partenaire, se sentir sale, se vider de sa solitude, échapper quelques instants à la mélancolie, vivre, tel était devenu son désir. Une nouvelle fois, François tenta de se retirer. Mais elle tint bon, resserrant sa mâchoire sur l’énorme appendice qu’elle emprisonnait, jusqu’à ce que les premiers jets puissants et chauds remplissent sa bouche jusqu’à la déraison.


François s’affaissa d’un coup, comme groggy par cette avalanche de sensations. Les deux loques, en sueur, en grande partie dénudées, récupéraient. Mylène osa enfin le fixer, avec cet air mêlé de satisfaction et de conquête. « Tu m’as défiée, provoquée, j’ai répondu », avait-elle l’air de dire. Elle fut la première à se relever, refixant sa nuisette au passage. Il la vit regagner la direction du compartiment. Sans un mot. Il fila dans les toilettes, s’aspergea le visage, se nettoya à l’aide de papier-toilette, puis retourna se coucher. À peine entré, un rai de lumière inonda la pièce. Le mari cocu ronflait toujours plus. Étendue sur le dos, un air de contentement lui zébrant le visage, elle l’observa pénétrer alors qu’elle semblait se caresser. Il s’arrêta sur le palier. François ne savait plus où il en était. Il en voulait plus, il voulait autre chose. Il fit coulisser la porte et, à tâtons, attrapa l’échelle lui permettant d’accéder à sa couche. Jusqu’à ce que de doux gémissements de Mylène ne réveillent son désir. Il fit marche arrière et, délicatement, se rapprocha d’elle. La literie grinça sévèrement lorsqu’il s’allongea à ses côtés.


Les ronflements s’interrompirent. Jusqu’à ce qu’ils reprennent de plus belle. Les deux amants débutèrent aussitôt un baiser parfois fougueux, souvent langoureux, émaillé de soupirs dès lors que François caressait de ses mains puissantes les endroits interdits de sa maîtresse. À nouveau vaillant, il lui retira définitivement son slip de coton avant de la pénétrer tendrement au rythme des rotatives. Saisie d’un orgasme dévastateur, elle ne put retenir une plainte de bonheur au moment où la locomotive tressaillit au croisement d’un autre train de nuit.


Calée de longues heures entre les cuisses de François, elle dormait encore lorsque celui-ci descendit à Castres. Elle se réveilla en sursaut une demi-heure plus tard, alors que le conducteur annonçait l’arrivée imminente à Toulouse. Elle eut à peine le temps de s’habiller et de se coiffer avant la descente. La découverte d’une carte de visite de François déposée dans sa trousse de toilette, en lieu et place de son alliance, la troubla. Un numéro de téléphone cellulaire était annoté.


Son alliance, déposée la veille dans sa trousse de toilette, avait disparu. Elle y trouva en échange une carte de visite au dos de laquelle un numéro de téléphone cellulaire était annoté. François l’avait volée. « Emprunté » était le terme indiqué au dos du carton. « C’est pour être certain de vous revoir », avait-il ajouté. Elle fixa son mari qui la rabroua sans raison, elle se mit à sourire.