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n° 18824Fiche technique14097 caractères14097
Temps de lecture estimé : 9 mn
05/02/19
Résumé:  Attachée pour se libérer.
Critères:  bizarre exhib noculotte nopéné jeu attache bondage
Auteur : Martin
Les cordes

Je n’ai plus qu’un souvenir vague des gens qui me regardaient. Mais dès que les cordes ont touché mon corps, j’ai senti cette connexion profonde avec le Maître et ses cordes. Et en même temps, j’étais exclue du reste du monde, seuls cet homme et ses cordes étaient mes compagnons. Les sentiments se sont intensifiés lorsque je me suis retrouvée suspendue dans les airs par le bassin, toute nue, les cheveux balayant lentement le tatami et la cheville droite comme flottant à plus d’un mètre trente de hauteur. J’entrai dans une sorte de transe. À la seconde juste où je tombai dans cet état, il se produisit dans ma tête un spasme de bonheur. C’était comme si j’étais dans le ventre de ma mère. Je n’ai jamais ressenti autant de confiance, de paix intérieure et, paradoxalement de liberté qu’à cet instant-là.


Je mesurais le temps autrement, de tout mon corps. Je découvrais de quoi on peut être capable, autant dire de tout désir sublime immortel, absence de dignité, croyance et conduite que je trouvais insensées chez les autres tant que je n’y avais pas moi-même recours. Sans que je m’en aperçoive, ce Maître me révélait davantage au monde. J’avais l’impression de m’abandonner à un plaisir physique comme si le cerveau, sous l’afflux répété des gestes précis du Maître pouvait jouir, en tant qu’organe sexuel pareil aux autres.


Pourtant, mon corps entier me faisait mal. Très mal. Un instant, j’aurais voulu arracher cette douleur, mais elle était partout. Tous les centimètres de mon organisme souffraient.

Le Maître a tout de suite ressenti ma souffrance, il prit fermement ma tête entre ses mains et me fixa d’un sourire :



Ses lèvres n’ont presque pas bougé, mais j’ai entendu son message et le lui ai retourné, car j’avais maintenant conscience que cet homme auquel j’étais certes totalement soumise physiquement en étant encordée était lui aussi entièrement soumis à moi, qui détiens le pouvoir suprême de continuer ou d’arrêter le jeu.


Chez moi, la douleur physique se transforme peu à peu en plaisir et j’ai toujours aimé ça. Je ne veux pas expliquer ma passion pour cette expérience sensorielle et émotionnelle jugée désagréable par la majorité de gens, mais pas par moi. Cela reviendrait à la considérer comme une erreur ou un désordre dont il faut se justifier, voire se débarrasser. Je veux simplement l’exposer.


Longtemps, j’ai cru que la douleur devait se manifester par les coups. J’étais donc devenue adepte de la fessée domestique, du martinet et même du fouet, de préférence en club, car j’aime exhiber mon corps en public, mais aussi ma souffrance, la partager avec d’autres soumises, d’autres maîtres et d’autres témoins.


Mais je n’étais jamais totalement satisfaite et les coups laissaient trop de traces, parfois ineffaçables, sur ma peau. Le partage d’émotions avec celui ou celle qui me fouettait était difficile. Moi seule étais concernée, je n’entrais jamais en relation avec mon bourreau. Il me fallait trouver un autre moyen pour arriver à la jouissance.


Le problème est que, de nos jours, il nous est quasiment devenu interdit de nous blesser, de souffrir, tant mentalement que physiquement. Que nous le voulions ou non, tout est mis en œuvre pour nous surprotéger de tout : médecine, sécurité sociale, sécurité routière… Moi, je voulais me défaire du carcan antidouleur physique : il trompait mon corps et l’empêchait de vivre des sensations restées inexplorées. Je me disais que sous la contrainte, le corps et les émotions ne pouvaient pas tricher. Je me suis donc intéressée au Shibari, l’art des cordes, que j’avais découvert par hasard sur Internet d’abord, et par la suite lors d’un workshop de deux jours dans ma ville.


Grâce à cet atelier, j’ai pu réaliser que les cordes, douloureuses ou non, permettent de reconnecter avec son propre corps, d’atteindre un certain bien-être. J’ai aussi appris les dangers de cet art s’il est mal pratiqué. Je me suis donc adressé directement à un Maître reconnu internationalement. Depuis vingt ans, il donnait des ateliers et des spectacles dans le monde entier, dans lesquels il dispensait son immense savoir-faire dans l’art des cordes.


D’origine japonaise, cet homme, la cinquantaine, au crâne rasé de près, dégageait une impression de puissance, de force tranquille. Il était toujours le torse nu et portait une sorte de jupe noire traditionnelle. J’aimais surtout sa voix : lente, profonde et rassurante.


J’appréciais aussi sa façon rythmée, rapide et brusque de saisir les cordes et les membres de ses modèles. Grâce à lui, je me suis approchée de la limite qui me sépare de l’autre, au point d’imaginer parfois la franchir. Le Maître et moi avons rapidement noué des liens solides de confiance réciproque et même une certaine connivence. Il m’a tout logiquement priée d’être son modèle au Salon de l’Érotisme d’Amsterdam, un mois plus tard.

Il n’a pas eu à insister.

Et me voilà ce soir devant un public nombreux, en extase, guettant mes moindres signes de souffrance ou de jouissance. Maintenue ligotée, entièrement nue. Les cordes qui m’enserrent les bras, la taille et la poitrine me font tressaillir à chaque respiration.


Le Maître me parle sans cesse à voix basse, me décrit ce qu’il fait, jamais ce qu’il a fait ou ce qu’il va faire, car seul le présent compte. Il dépeint ce qu’il ressent. Il veut connaître mon propre ressenti. Ça le rassure, me confie-t-il. Ça me rassure aussi… mais les mots sont difficiles à trouver.


Je remarque cependant que l’humeur du Maître change petit à petit, il se glisse dans un rôle dominant et prend lentement le contrôle de mon corps. Je trouve ça terriblement excitant. Je ne vois pas ce qui se passe derrière moi, mais je sens que les cordes se resserrent. C’est oppressant.


Bien que je ne puisse rien bouger, si ce n’est mes orteils, j’apprécie toujours la conversation. Quand on est noué lentement, on peut lentement se rendre à la douleur. À un moment donné, tu vas sombrer dedans. Alors il est temps de me laisser partir. Je sens au sens propre comme au sens figuré un fardeau tomber de mes épaules. Je peux encore bouger et il y a toujours un contact avec le sol.


Soudain, le maître me tire du tatami. Je crie, à la fois de surprise et de frayeur. C’est lui et lui seul qui choisit, sans prévenir, le moment où je dois me retrouver dans une position inconfortable. Il contrôle totalement mon corps, et donc aussi le degré de douleur. Il me soulève de plus en plus. Et puis il me fait redescendre. Pas toute, la tête seulement. Un pied reste en l’air. Je me sens impuissante, un peu comme un sac de farine hissé au troisième étage avec une poulie puis redescendu brusquement. Le Maître joue à un jeu que je ne connais pas et j’ai presque du mal à l’accepter et à accepter la douleur que je ressens.


La tête en bas, à seulement quelques centimètres du sol, les seins rougis par la pression de mes liens. Mes avant-bras liés ensemble dans le dos. Mes jambes maintenues écartées à plus d’un mètre de hauteur, exposant toute mon intimité.


La nudité totale ne m’a pas été imposée, c’est même moi qui l’avais proposée. Je voulais que le Maître me prenne telle que je suis sortie autrefois des entrailles de ma mère. Mon inconscient espérait sans doute un retour à cette case départ.


Cette nudité n’est par ailleurs que dérisoire comparée à l’intensité des émotions et au sentiment de bien-être qui m’ont envahie. Je me demandais ce que signifiait pour le Maître cette soirée à m’attacher ainsi, les cordes s’animant à nouveau sous ses doigts. De toute façon, il était inutile de chercher des raisons supplémentaires. Je ne serais jamais sûre que d’une chose : son désir ou son absence de désir. La seule vérité incontestable était visible en regardant son sexe : il bandait sous son ample jupe traditionnelle. Je ne le voyais pas, je le ressentais inéluctablement.


Quant à moi, je dois reconnaître que mon sexe n’en menait pas large, surtout depuis que le Maître venait de serrer une corde nouée par l’arrière à mes avant-bras et allant de la raie de mes fesses aux cordes près de mon nombril, en passant évidemment par mon clitoris et mon anus. Mais les cordes libèrent des endorphines et ça procure une sensation d’euphorie très forte. Quand, avec ses cordes, le Maître en arrivait presque à me faire évanouir, c’était une histoire de lâcher-prise, de don total de soi. Tremblements, spasmes, bave, larmes… Quand il arriva à m’emmener aussi loin, c’était très intense pour lui comme pour moi. Un truc particulièrement fort qui nous liait.


Le Maître était venu s’agenouiller à quelques centimètres de ma tête. Il la prit doucement dans ses bras pour l’appuyer contre la peau de son ventre. Il lui suffisait de me faire descendre légèrement pour que ma bouche puisse atteindre son sexe. Je priais pour qu’il le fasse. Mais il n’en fit rien. Il resserra d’un cran la corde qui passait entre mes jambes. Un spasme nerveux secoua la totalité de mon corps. Des flashs érotiques envahirent ma tête : les images de ma première fessée défilaient devant moi, celle reçue à quatorze ans suite à un stupide pari perdu lors d’une soirée un peu trop arrosée. Allongée sur les genoux de mon petit ami d’alors, par dix fois sa main s’était abattue sur ma mini-jupe. Je riais. Les copains et copines riaient aussi. Ils avaient une vue imprenable sur ma petite culotte sous ma jupe et je n’ai rien fait pour empêcher ça. Ça aussi m’avait plu. J’avais allègrement mouillé ma culotte et ce n’était certes pas de l’urine.


Entre douleur et confiance, je devenais la muse de cet artiste asiatique, et l’enivrais, pour créer un univers où le temps s’arrêtait l’espace d’un instant. Il a fait de son corps, de mon corps et de ses cordes un véritable tableau vivant ! Totalement à l’opposé d’une pose naturelle. Je n’étais plus un objet de désir, mais la sublimation du désir.


Le Maître et moi avions perdu toute conscience des spectateurs devenus très nombreux à nous regarder. Nous ignorions totalement les flashs qui crépitaient à tout crin.

En m’enveloppant dans différents motifs compliqués, il a fait de mon corps non seulement une œuvre d’art, mais il a aussi stimulé mes organes génitaux, mes seins et mes zones érogènes. Lui et moi devenions une sorte de sculpture humaine en suspension dans l’air, dans le temps, dans le désir.


Le Maître me pénétrait au plus profond de moi-même, non par son sexe ou ses doigts, mais avec ses cordes. Ces cordes qui m’étreignaient si fort étaient son corps, son désir, son amour sublime et je m’abandonnais totalement à elles. J’ignore encore si j’ai perdu réellement conscience à ce moment ou si je jouissais comme jamais auparavant, mais je ne suis revenue sur terre que bien plus tard, en entendant la sublime voix du Maître me murmurer à l’oreille :



Il avait déjà dénoué une bonne partie des cordes qui me maintenaient en l’air.


Pendant que le Maître me libérait, j’avais progressivement l’impression d’être moins libre qu’en étant encordée, car il me fallait rapidement reprendre une position et une attitude acceptables face au public. Ce n’était ni rassurant ni évident pour moi.


Une fois les pieds sur terre et enrobée d’un peignoir nippon que je ne pris pas la peine de fermer, tout en saluant, j’observai le public resté jusqu’au bout de la démonstration. Certains hommes n’avaient eu d’yeux que pour mes parties intimes. Je les comprenais : après tout, ils étaient venus au Salon de l’Érotisme pour mater des corps nus et le mien semblait leur plaire avec les traces bien visibles laissées par les cordes, empreintes éphémères qui se transformeront bientôt en petites ecchymoses. La plupart applaudissaient chaleureusement.


Mais en regardant leurs compagnes, j’ai pu lire beaucoup d’émerveillement, d’empathie et de fantasmes dans leurs yeux. Certaines ne réagissaient guère physiquement, fascinées, touchées dans leurs tripes, comme plongées dans une sorte d’extase interrogatrice. Ont-elles été au-delà du spectacle pour pénétrer l’œuvre d’art sur la scène ? Je l’ignore, mais je suis convaincue que nombre d’entre elles auraient volontiers pris ma place, à condition qu’elles surmontent leur pudeur et leurs peurs. J’étais très fière d’avoir collaboré à leur montrer ces cordes, somme toute banales, mais tellement envoûtantes.



Nous avons poursuivi la visite du Salon, commencée durant l’après-midi. Des filles splendides et des hommes magnifiques s’exhibaient impudiquement dans les allées, les stands et les podiums pour le bonheur des visiteurs.



Un taxi nous ramena à l’hôtel. Nous avons fait l’amour jusqu’à l’aube.