| n° 18819 | Fiche technique | 65399 caractères | 65399Temps de lecture estimé : 35 mn | 02/02/19 |
| Résumé: Il y a la petite mort et la mort tout court, l'écart entre les deux est bien mince. L'amour complique plus qu'il ne simplifie la vie. | ||||
| Critères: f h fh ff ffh extracon fsoumise fdomine soubrette jalousie massage fellation cunnilingu pénétratio -initff -fsoumisaf | ||||
| Auteur : Charlie67 Envoi mini-message | ||||
Bette avait froid en ce petit matin, elle tira sur elle les pans du pardessus que Joseph venait de déposer sur ses épaules pour tenter d’en couvrir sa poitrine.
Il remplit une tasse à la cafetière en fer blanc qui n’arrêtait pas de fumer sur le coin du poêle à bois. Le breuvage, ersatz de café maintes fois rallongé, était clairet et amer, mais chaud ! Brûlant même, il lui faisait du bien. Il la revigorait.
Elle regarda le vieil homme enfiler son manteau, ouvrir la porte et s’enfoncer dans l’aube naissante.
Dans sa poche, sa main serra les objets protégés par le fin mouchoir.
Elle pensait à eux, ses amours.
Ses amours pour toujours.
**********
Quelques années plus tôt
Élisabeth Mercier, dite Bette, simple et fruste fille de la campagne, était entrée au service du château très jeune. À une époque où le Baron Périer, fils et lui-même capitaine d’industrie menait grand train. C’était une époque où la France cherchait à s’étourdir. Une époque qui suivait la Grande Guerre, la « der des ders » disait-on. On cherchait surtout à oublier toutes les horreurs passées. Ces millions de morts, cette quantité de mutilés ou de gazés.
Le père du Baron Périer avait été anobli, comme Haussmann ou Bussière sous le Second Empire. Maître des forges affairiste, il amassa beaucoup d’argent dans la production de rails pour le tout nouveau chemin de fer. L’époque permettait tout. Seul le résultat comptait : la fortune. Une fortune difficile à évaluer selon l’aune actuelle.
Celle-ci, certes fortement amputée pendant la guerre, n’en dégageait pas moins des revenus considérables. Fêtes et folies se succédaient pour agrémenter la vie au château. Ce que Bette regardait de loin.
Elle fut embauchée comme souillon, s’occupait de récurer les sols et de laver la vaisselle. Gare s’il y avait un reste de saleté, la badine cinglait ! Il faut dire que l’époque était à la pléthore de personnel. Du maître d’hôtel au valet, la domesticité ne comptait pas moins d’une quarantaine d’employés. Bien évidemment, personne ne remarquait Bette et, tout naturellement, un palefrenier puant le crottin prit sa virginité sur un grabat sordide.
Germaine, une des cuisinières et épouse de Joseph, le jardinier, se prit d’affection pour cette fille et lui expliqua tous les risques engendrés par la fréquentation des hommes. Être grosse l’exposait au renvoi sous l’opprobre général. Cela menait bien des filles à la misère et à la prostitution.
Le baron la remarqua bien une fois. Il n’en fit pas grand cas, mais la troussa tout de même sur la table de l’office. Bette se laissait faire, ces choses lui étaient indifférentes. Elle attendait que l’homme qui la prenait se vide en elle et ensuite, allait tout de suite se laver comme lui avait appris Germaine. Pour le moment, elle avait de la chance et n’avait jamais été enceinte.
La vie s’écoulait donc au château, dure et monotone. Les bruits extérieurs avaient du mal à percer le rempart de ce labeur qui faisait comme une carapace anesthésiante.
Le baron décéda de sa belle mort dans les bras de sa maîtresse du moment. La baronne décida d’émigrer à Paris et tout le monde suivit, sauf Joseph, Germaine et Bette, chargés d’entretenir la maison.
Commença alors une période douce pour Bette. Elle était comme dans une famille. Ses expériences passées l’avaient dégoûtée des hommes et maintenant elle les évitait du mieux qu’elle pouvait. Joseph et Germaine veillaient sur elle comme un père et une mère.
Des années passèrent.
Vint un courrier pour Germaine. Un courrier annonciateur de grands chamboulements. Madame la baronne informait la cuisinière de la venue imminente de son fils cadet Raoul et de son épouse, Marie, qui, selon elle, après une fausse couche, avait grand besoin de se reposer. Le cadre du château paraissait idéal à cette fin.
Il fallut donc, en très peu de temps, rendre à nouveau opérationnelles de grandes parties de la bâtisse très longtemps oubliées. Joseph raviva les parterres et les pelouses. Germaine et Bette firent le ménage, enlevèrent les housses et traquèrent la moindre poussière.
Le grand jour arriva !
Raoul conduisait lui-même son Hispano Suiza H6. Bette n’avait jamais vu une telle merveille. Elle se souvenait de Monsieur Raoul, jeune adolescent boutonneux et timide. Maintenant, bel homme de vingt-sept ans, il aidait sa femme à descendre de la voiture. Marie, l’épouse de Raoul, affichait une beauté éthérée. Son teint diaphane, sa pâleur rehaussée par le noir de jais de sa chevelure et par les touches rouges de ses cosmétiques. Sa taille élancée et sa raideur lui conféraient le port altier des femmes habituées à être obéies et courtisées.
Raoul répondait aux quelques mots de bienvenue de Germaine quand une voix péremptoire les interrompit :
L’homme offrit son bras à son épouse et ils suivirent Germaine qui ouvrait le chemin. Joseph et Bette se coltinaient l’énorme malle-cabine contenant les effets du couple.
Dans le couloir menant aux chambres, Bette entendit clairement la voix acerbe de la femme faire des reproches à son mari.
Raoul sortit furieux de la chambre de son épouse, en passant devant Bette, il lui dit simplement :
Raoul repensait à ce jour, un jour de fête familiale. Quand il entra dans un des salons, il y avait trouvé Marie avec son frère aîné. Elle, échevelée, dépoitraillée, la jupe remontée à la taille et les cuisses largement écartées, laissait voir le sperme qui s’écoulait de son ventre. Lui, le pantalon aux chevilles, avait encore le sexe tendu, luisant des jouissances de sa belle-sœur et de la sienne, mélangées. Les frères en vinrent aux mains et cela fit grand bruit. L’arbitrage de la baronne douairière entérina l’exil de la fautive. L’erreur du frère aîné ne saurait être retenue : il était le chef de famille !
À la sortie de son mari, de dépit, Marie frappa le sol du pied. Qu’imaginaient-ils, dans cette famille ? Qu’elle se laisserait faire ? Comment allait-elle riposter ? Son propre père approuvait la décision de la vieille. Elle était coincée, il fallait qu’elle réfléchisse.
Trois petits coups discrets retentirent à la porte.
Bette entra timidement, le regard baissé.
Le « ma fille » était d’une condescendance appuyée, car elles avaient sensiblement le même âge. Tout chez Marie respirait l’assurance et la fierté de son rang. Tout chez Bette indiquait l’humilité et la timidité de sa condition. Interrogatif, l’œil que portait la maîtresse sur sa servante n’avait rien de mauvais, mais seulement dubitatif. Comment allait-elle transformer cette petite paysanne en une camériste acceptable ?
S’en suivit une kyrielle d’ordres et de recommandations.
La vie continua au château, somme toute agréablement. Les maîtres de maison se battaient froid, mais traitaient correctement le personnel. Bette appréhendait son nouveau rôle. Elle découvrait l’intimité d’une femme, une femme riche et raffinée. Elle touchait maintenant des soies et des satins. Elle étalait de ses mains des onguents précieux et onctueux sur cette peau veloutée ; elle peignait longuement les longs cheveux de sa maîtresse. Celle-ci éprouvait beaucoup de plaisir à se faire appliquer ces baumes et insistait pour intensifier ces passages répétés sur ses seins et sur ses cuisses.
Marie, en jeune femme impétueuse, supportait de plus en plus mal l’abstinence que lui imposait son mari. Cette petite paysanne, très douée de ses mains, obéissait à tous les ordres, mais Marie même si elle accrochait aux dérives saphiques, en voulait plus. Il lui fallait un homme, un homme avec de l’assurance et un chibre tendu. Un homme qui la prendrait durement, qui serait exigeant. Un homme qui la pénétrerait ou qui la sodomiserait selon son bon plaisir. Un homme comme le frère aîné de son mari auquel elle pensait souvent, quand elle se masturbait frénétiquement chaque nuit.
Raoul ne touchait plus Marie depuis la scène d’adultère. Un cauchemar hantait souvent ses nuits. Blessé et mortifié dans son orgueil, il voyait toujours cette vulve suinter d’une semence qui n’était pas la sienne. Raoul, en jeune homme dans toute la vigueur de son âge, rejoignait deux fois par semaine une jeune femme connue aussi bien pour ses mœurs légères que pour sa vénalité. Cela le contentait. Ces jours-là, Bette le réveillait vers quatre heures et il partait rapidement ne rentrant que pour le dîner.
Le repas se prenait tous les soirs à la grande table de la salle à manger. Bette en assurait le service aux côtés des maîtres qui restaient particulièrement silencieux. Ce soir-là, Marie, en se levant de table, lui dit :
Raoul se leva aussi de table. Marie se dirigea vers lui avec un sourire enjôleur.
Le regard de Marie se fit dur. Elle s’avança vers lui à le frôler. D’un geste vif, elle empoigna son entrejambe et serra fortement.
Sous la douleur, Raoul fit un bond en arrière, puis gifla Marie à toute volée.
La femme frotta sa joue endolorie. Son regard durcit encore et son sourire devint narquois.
Elle se rapprocha de l’homme, maintenant bloqué par l’indignité de son geste, effleura son sexe, puis se retourna et s’étendit à demi sur la table. Lentement elle releva sa jupe, puis descendit sa culotte. Elle offrait à la vue de son mari ses fesses nues.
Raoul ne pouvait détacher ses yeux de cette fente qu’il s’était juré d’ignorer, mais la situation, par-devers lui, faisait affluer son sang. Une rage le prit et il souffleta violemment ce postérieur offert puis se débraguetta et pénétra durement son épouse. Il accomplit cela comme un soudard, à grands coups de boutoirs, et continua à la fesser. Il voulait lui faire mal comme elle-même le lui avait fait.
Marie, tellement sûre d’avoir gagné, d’avoir reconquis son mari et convaincue que maintenant, elle pourrait reprendre l’initiative, affichait un grand sourire de satisfaction. Son intimité pénétrée violemment, ses cuisses endolories par le rebord de la table et ses fesses qui la brûlaient ne lui donnaient que plus de plaisir. Elle sentit les spasmes et les soubresauts de son mâle. Il éjaculait en elle. Elle ferma les yeux pour savourer le moment et quand elle les rouvrit, elle vit Bette sur le pas de porte avec son plateau et les cafés ; le regard rivé par le spectacle, elle restait tétanisée, effarée. Raoul se rajusta et quitta la pièce précipitamment. Marie remonta calmement sa culotte et lissa sa jupe. En passant devant Bette, elle lui dit :
Chaque soir, le même rituel, Bette déshabillait sa maîtresse et rangeait soigneusement tous les vêtements. Ensuite Marie s’allongeait nue sur le lit et elle lui appliquait les onguents et la frictionnait longuement. Marie revêtait ensuite son vêtement de nuit et s’asseyait à la coiffeuse. La camériste lui dénouait les cheveux et les peignait avec patience. Tous les soirs, cet immuable programme durait près d’une heure. La maîtresse en profitait pour pérorer, la servante restait plus silencieuse. Marie, très satisfaite de sa chambrière, la trouvait très docile et prompte à l’apprentissage.
Ce soir, comme d’habitude, Marie s’allongea nue sur le lit, mais cette fois à plat ventre.
Bette regardait les fesses endolories de sa patronne. Elle y voyait à de multiples endroits la paume et les cinq doigts de Raoul. Elle n’aurait su expliquer pourquoi, mais un picotement s’empara de son bas-ventre. Elle massait patiemment le postérieur rougi, mais n’arrivait pas à quitter des yeux ces marques digitales. Marie savourait le moment, elle tourna la tête sur le côté, les paupières closes et un sourire de contentement sur les lèvres. Bette massait consciencieusement, mais son cerveau entrait en ébullition. Elle commençait à avoir très chaud, sa vue se troublait. Elle n’aurait su en expliquer le pourquoi ; à un moment son majeur suivit la raie fessière à la recherche de la vulve de sa maîtresse et la trouva. La réaction ne se fit pas attendre. Marie se redressa promptement, prit appui sur un de ses coudes pour pivoter à demi son torse. Elle fusilla Bette du regard. Celle-ci s’éloigna du lit, dégrisée et penaude, fixant le sol.
La maîtresse ne dit rien immédiatement. Plus surprise que fâchée, son regard s’apaisa. Elle considéra sa servante d’abord interrogative, puis intéressée. Pour les personnes de son rang, la transparence du personnel de service était notoire. Elle découvrait soudain une jeune femme, belle, svelte et désirable. Elle ouvrit le compas de ses jambes et reposa sa tête sur le lit. Dans un souffle elle dit :
Bette, toujours prostrée, regardait sa maîtresse sans comprendre. Elle n’osait plus bouger. Marie rouvrit un œil et lui dit avec un sourire :
La masseuse reprit son ouvrage. Elle continuait à malaxer les fesses endolories et à étaler les huiles. Cela dura quelques minutes, mais Marie en voulait plus. D’un geste prompt elle saisit le poignet de Bette et dirigea sa main vers son sexe. Le doigt délictuel retrouva sa position. La vulve de Marie étant demandeuse, le majeur de la servante s’y introduisit sans coup férir. Marie poussa un râle à cette intromission et sa pression sur le bras de la camériste se fit plus forte.
Bette, du doigt, retrouvait le mélange des humeurs féminines et des semences masculines. L’étau que sa maîtresse ne cessait de resserrer jusqu’à l’en faire souffrir n’empêchait pas le mouvement de ce majeur investigateur et porteur de jouissances. Cette tenaille entravait si fortement les mouvements que les ongles, plantés dans les chairs de la camériste, la blessaient cruellement. Marie, tendue comme un arc, retomba, sur le lit, pantelante.
Reprenant ses esprits, elle se retourna et, sur le dos, prit appui sur ses coudes pour se redresser. Elle examina sa chambrière avec intérêt. Celle-ci se tenait à un mètre du lit, les yeux rivés au sol et l’air contrit. Elle l’observa longuement. La confusion s’emparait de son esprit. Dans cette position ses petits seins pointaient, accusateurs. Cette moins que rien avait prodigué un plaisir qu’elle n’avait connu avec aucun homme.
Bette s’avança et cette main lui prit la nuque et la poussa inexorablement vers le Saint des Saints.
Bette, soumise, obtempéra. Elle lécha, suça, aspira ce con offert. Elle mordit ces lèvres fragiles. Elle but les sécrétions confondues de ses maîtres. Sous ces maltraitances, Marie se cabra et poussa un cri de jouissance. Elle s’affala ensuite sur son lit, épuisée.
Bette, frustrée, se tenait toujours à côté du lit de sa maîtresse. Celle-ci la considéra d’un œil bienveillant.
Effectivement, le lendemain, Monsieur s’adonnait à ses plaisirs inavouables avec la thébaïde locale. Bette alla se coucher, mais n’arrivait pas à fermer les yeux. Elle avait un sentiment de frustration profond. Son bas-ventre calmé, elle repensait tout de même à cette soirée. Elle avait vu le visage de Raoul déformé par la rage et celui de Marie s’éclairer à mesure d’un sourire de contentement. Ces images passaient en boucle dans sa tête et mortifiaient son âme. Mais la fatigue l’emporta et elle s’endormit.
À quatre heures du matin, Bette entra dans la chambre de Raoul. Elle tira les rideaux et l’aube naissante illumina la pièce de ses feux. Le maître de maison dormait encore, allongé sur son lit, nu, la touffeur nocturne l’ayant poussé à se découvrir. Elle regardait son beau corps, très musclé et peu poilu. Elle observait cette verge pour le moment au repos, elle l’obnubilait. Elle voulait la caresser, il fallait absolument qu’elle la touche ! Elle se pencha sur le corps et prit le pénis à pleine main et entama un lent mouvement de va-et-vient. Cela réveilla Raoul, bien sûr. Il ne comprit pas immédiatement ce qui lui arrivait. Agréable et inattendu réveil, il se laissa donc faire à l’affût de la montée des premiers plaisirs.
Bette ne regardait que cet épieu qui grossissait et durcissait. Elle n’avait d’yeux que pour ce gland qui apparaissait et disparaissait dans sa main. Elle se perçut bouillir intérieurement, elle accéléra le rythme, son regard exorbité dardait ce sexe. Elle sentit l’homme se tendre, un jet gicla, suivi d’un deuxième et un troisième. La tension retomba. Bette se pencha et lécha le sperme qui lui maculait le ventre, puis s’enfuit de la chambre. Ils n’avaient échangé ni mot ni regard !
La servante s’arrêta un moment et appuya contre le mur du couloir pour reprendre ses esprits. Elle rejoignit l’office où Germaine préparait le petit déjeuner. Celle-ci regarda la jeune femme, interrogative.
Elle prit le plateau pour aller à la salle à manger et dresser la table. Germaine secoua la tête dubitativement. Qu’arrivait-il à Bette pour qu’elle soit si nerveuse, elle d’habitude si posée ?
Quand Raoul entra dans la pièce, elle n’osa pas le regarder. Il s’assit et elle le servit. La servante sentait le poids de son regard sur elle. Bette, honteuse, mais satisfaite en même temps, avait encore le goût du sperme de son maître dans la bouche.
Le maître détaillait la demoiselle. Il la côtoyait depuis très longtemps. Il la connaissait au même titre que tous les meubles et accessoires de la grande demeure. Son examen lui révéla une belle jeune femme mince et très bien proportionnée. Elle avait une petite poitrine portée haut, des cheveux bruns ondulés partiellement cachés dans son bonnet. Sa robe de coton, informe, n’arrivait pas à masquer ses attraits. Il se leva, toujours silencieux, quitta la pièce et la maison. Au volant de sa voiture, il pensait encore à l’intermède du matin. Il arrêta son véhicule près d’un lac et fit quelques pas, qui à son corps défendant, se prolongèrent plusieurs heures.
Raoul avait toujours été un homme calme, posé et timide, d’un naturel rêveur plus porté sur la poésie et la littérature que sur les réalités de la vie. Son mariage avec Marie avait été imposé par les familles pour d’obscures raisons financières qui ne l’intéressaient pas. Pour sa très belle épouse, il écrivit un sonnet, cela la fit rire et le mortifia.
Leur nuit de noces fut un désastre. Aussi inexpérimentés l’un que l’autre, Raoul partait à la découverte de sa moitié par petites touches. Il s’émerveillait du grain de sa peau ou du galbe de son sein, quand Marie s’impatientait. Elle prit l’initiative de leurs dépucelages en le chevauchant avec fougue. Un mois plus tard, elle avait trouvé son premier amant. À partir de ce moment, elle reçut son mari dans sa chambre tous les mercredis soir… uniquement !
Raoul continuait à marcher. La scène de l’adultère l’obsédait. Rétrospectivement, il se rendait bien compte qu’il avait eu des doutes sur la fidélité de sa femme. À ce moment-là, il ne savait pas. On lui avait dit d’être amoureux et il l’était ; on lui avait dit d’être bon mari, et il l’était. Maintenant il se sentait bafoué, humilié. La scène de la veille l’avait perturbé. En quittant la salle à manger après avoir rudoyé son épouse, il s’en était voulu. Il s’en voulait encore d’avoir cédé à une pulsion primaire. Il a frappé sa moitié, chose inconcevable il y a encore quelques heures. Le plus inconcevable, pour lui, Marie, demandeuse, appréciait ce traitement.
Des images sordides vinrent perturber son esprit. Il s’imaginait revêtir l’habit du bourreau et entraver la fautive au pilori, puis la fouetter jusqu’à épuisement, tandis qu’encore, elle le narguait et en demandait plus. Dans une autre scène, il se voyait ligotant la femme adultère sur une table et convoquant ses trente métayers pour que chacun la prenne. Elle gardait toujours ce sourire narquois qui voulait dire « C’est tout ? J’en veux plus ! » Ces idées tournaient dans sa tête à lui en donner la nausée. Son périple pédestre l’avait ramené à son point de départ, près de la voiture. Il regarda sa montre gousset, midi trente, il avait faim. Il monta dans sa voiture et se dirigea vers la ville voisine pour se restaurer.
Comme à son habitude, Bette réveilla sa maîtresse à dix heures. Elle tira les rideaux et un éclatant soleil entra dans la pièce.
Le grand sourire qu’affichait Marie démentait le propos un peu rude. Elle avait bien dormi, son mari l’avait prise et Bette l’avait fait jouir. Heureuse de vivre, elle voyait l’avenir sous les meilleurs auspices. La servante dressait la table du petit déjeuner sur un guéridon. Pendant ce temps la maîtresse enroula sa chemise autour de la taille et s’assit sur le seau d’aisance. Elle urina sans que l’idée de l’impudeur de la situation ne l’effleure. Elle prit place à table et mangea de bon appétit. La chambrière prit le seau pour le vider et sortit de la pièce. À son retour, Marie, assise sur l’ottomane, nue, tenait un pot de confiture dans une main et une cuillère dans l’autre.
Elle déposa une cuillérée sur le téton de son sein gauche et dit à sa camériste.
Bette avait compris, se pencha sur elle et lui lécha le téton. La maîtresse alterna plusieurs fois le dépôt de confiture sur ses deux seins. Quand l’excitation de ces succions fut à son comble, elle en déposa une grosse cuillérée sur sa toison pubienne. La camériste savait ce qu’elle avait à faire et s’appliqua à prodiguer un orgasme à sa maîtresse.
Raoul avait trouvé une auberge pour se sustenter et, attablé, il regardait évoluer la serveuse. Elle le fit penser à Bette. Que lui était-il passé par la tête, ce matin ? Pourquoi avait-elle fait cela ? À ce souvenir, un frémissement le parcourut. Il la voyait encore, concentrée sur son sexe, appliquée à le faire jouir presque comme une prostituée. Une prostituée… ! Il repensa à la dame qu’il était censé rejoindre ce matin. Il n’en avait cure, son souvenir s’estompait déjà. Par contre, dans sa mémoire, l’image de Bette le masturbant, l’obnubilait.
Après le déjeuner, il profita de son temps libre pour faire le tour des métairies et rentra comme à son habitude en fin d’après-midi. Marie l’accueillit avec force démonstrations d’amitiés. Le repas du soir se déroula agréablement. Presque guillerette, la maîtresse de maison demanda :
La dame se contenta de cette réponse, se leva de table et, suivie de Bette, se dirigea vers sa chambre. Le rituel de la vêprée de ces femmes fut interrompu par trois petits coups, heurtés à la porte de la chambre. Marie, nue sur son lit, se faisait oindre par sa servante. Cela ne l’empêcha pas de dire :
Raoul entra, revêtu d’un fin peignoir de cachemire. Marie sauta du lit et se dirigea vers son mari pour l’accueillir. Elle se présenta à lui, nue, ses petits seins arrogants se pressèrent contre la poitrine de l’homme et elle l’embrassa à pleine bouche.
Bette rassembla ses pots de crème et les déposa sur la coiffeuse. Elle se dirigea ensuite vers la sortie.
Elle regarda le couple enlacé sans vraiment comprendre le pourquoi de cet ordre, mais obtempéra. Raoul ne comprenait pas plus, il regardait alternativement la servante et sa femme. Sa timidité naturelle resurgit, la présence d’une tierce personne pendant un acte aussi intime l’incommodait. Marie, plutôt excitée par cette situation, dénoua la ceinture du peignoir de son époux, puis le fit glisser de ses épaules. Nu, elle l’entraîna vers le lit où elle s’assit. Délicatement, d’une main elle prit la verge et de l’autre les bourses et commença à masturber doucement son mari.
Bette les voyaient de profil. Quand la femme se pencha et prit son mari dans sa bouche, celui-ci tourna la tête et regarda la servante intensément. Leurs yeux étaient rivés. Une violente douleur vrilla le ventre de la chambrière. Une douleur sourde et envahissante, un besoin, une obligation incontournable. L’homme repoussa légèrement son épouse et la fit s’allonger, tête vers le bas du lit. Il s’installa entre les cuisses ouvertes.
Raoul sentit la main de sa femme prendre son sexe et le diriger vers son antre. Il la pénétra durement à grands coups de bassin. Son épouse étreignit ses fesses et accompagna le mouvement, l’amplifia, même. Il la sentit se tendre et partir dans un long râle. Il avait les yeux fermés et cherchait son plaisir, mais l’omniprésence de l’image de cette vulve suintante le bloquait. Il se sentait le jouet de sa moitié et redoubla la violence de sa pénétration. Il voulait lui faire mal, la punir, il se rendit compte qu’il ne l’aimait pas. À cette révélation, il ouvrit les yeux et ce fut alors Bette qu’il découvrit. Ce vagin dégoulinant de sperme devint celui de la servante et cette semence, la sienne. Cela le mena au paroxysme de sa jouissance et il éjacula dans le ventre de son épouse. Il se releva rapidement, enfila son peignoir et sans un mot, quitta la pièce.
Marie encore en pâmoison, avait joui plusieurs fois. Son homme lui avait fait l’amour comme elle aimait. Pendant l’acte, elle avait pensé plusieurs fois à ses amants et cela avait décuplé son plaisir. Elle sentit une présence, se rappela de sa camériste et, sans tourner la tête elle lui dit :
Bette comprit le pourquoi de sa présence dans cette chambre. Elle s’avança vers le lit et se pencha sur l’orifice encore béant de la récente pénétration. Elle lapa, suça puis but à cette source de vie. Le goût de mâle encore persistant déclencha de violentes secousses dans son sexe. La maîtresse se perdit à nouveau dans un long orgasme qui la cabra puis elle retomba sur le lit épuisée, épuisée, mais comblée.
Raoul, de retour dans sa chambre, s’assit sur son lit et resta pensif. Il se rendait compte qu’il n’aimait pas sa femme, qu’il l’abhorrait, même. Comment avait-il pu lui faire l’amour ? Il se souvint du visage de Bette. Il s’étendit sur le lit, ouvrit son peignoir et commença à se caresser en pensant à elle.
Bette, une fois son ouvrage terminé, fut bien sûr congédiée. Elle s’arrêta dans le couloir en proie à un grand trouble intérieur. Elle repensait à cette scène où le couple de ses maîtres faisait l’amour. Elle n’en concevait aucune jalousie, mais un grand mal-être, un manque, une envie.
La vie au château, monotone, ennuyait Marie, habituée à une vie mondaine soutenue. Le seul exutoire à cet ennui : la permanence des pratiques saphiques qu’elle avait avec Bette, se révéla comme un soleil dans cette sombre bâtisse. Après quelques semaines, la maîtresse devint plus exigeante et Bette pratiquait nue, la toilette de sa maîtresse. Que ce soit le matin ou le soir, cela se terminait inexorablement en une danse où ces corps féminins se sublimaient. Selon la hiérarchie de mise entre elles, le corps, la langue ou les mains de la servante voltigeaient sur celui de la châtelaine, dédiés à son plaisir exclusif.
Celle-ci avait rétabli les habitudes des mercredis soirs où elle recevait son mari pour les obligations conjugales. Ce mercredi-là, Raoul vint un peu plus tôt frapper à la porte de son épouse. Les femmes nues étaient en train de se prodiguer des plaisirs que Sapho n’aurait pas reniés. Ceci toujours au bénéfice particulier de la maîtresse des lieux. Bien sûr, pas gênée, elle invita son époux à entrer dans sa chambre.
Raoul, à son entrée, vit les deux femmes nues. La sienne, s’élança vers lui et vint se serrer contre sa poitrine, mais il n’avait d’yeux que pour l’autre, la servante, la moins que rien. D’un bras, elle masquait sa poitrine et de l’autre main elle cachait son sexe. Elle avait un air contrit qui contrastait avec l’exubérance et l’impudeur de sa moitié.
Bette, mortifiée, allait revivre pour la énième fois la copulation de ses maîtres et cette fois en exposant son corps nu aux regards de l’époux. Elle fut surprise par la poigne de l’homme. Il amena son épouse sur le lit et la mit en position de levrette et, sans autre forme de procès, il la pénétra durement.
Bette regardait Raoul dans les yeux. Ils étaient accrochés, rivés. Il arborait un petit sourire carnassier. Doucement, elle laissa retomber ses bras et négligeant ses vestiges de pudeur, se révéla à lui. Elle se rapprocha du mari sans que l’épouse ne le remarque, la tête tournée de l’autre côté, celle-ci manifestait son plaisir. La chambrière bomba le torse et présenta ses appas au mâle. Celui-ci, sans ralentir son rythme commença à les caresser, les triturer, à agacer les tétons. Son sourire se fit plus doux, plus engageant. Au moment où il emplit le vagin de sa femme de sa semence, il ferma les yeux et pinça fortement le sein de Bette. Elle en conçut un plaisir similaire à celui de la partenaire, mais se retira prestement. Raoul remit son peignoir et sortit sans dire un mot.
La camériste se précipita vers ce sexe encore béant et mit une telle fougue à son ouvrage que Marie en hurla son contentement.
Le lendemain matin, Raoul se fit servir son petit déjeuner à sept heures. Il observait la servante qui œuvrait dans la salle. Son repas fini, il se leva de sa chaise, voulut sortir de la pièce, mais se ravisa, et sur le pas de la porte, se retourna. Il voyait Bette de dos qui s’affairait à débarrasser la table. Une fois toute la vaisselle sur son plateau, elle voulut elle aussi sortir et regagner l’office. Il lui barra le passage, lui prit le plateau des mains et le reposa sur la table.
Bette s’imaginait déjà ce qui allait advenir. Il la coucherait sur cette table et la pénétrerait durement comme les autres hommes. Il revenait et elle baissa les yeux, disciplinée et obéissante. Il la prit par la taille et l’amena contre lui. Une main souleva son menton, les visages se rapprochèrent puis les lèvres se soudèrent. La main de l’homme parcourait son corps et sa langue explorait sa bouche. Elle se sentit faiblir, elle aurait voulu que ce moment dure une éternité, mais déjà, les corps se séparèrent. Il lui fit un sourire et quitta la pièce. Elle restait là, adossée à un mur, haletante et frustrée.
La journée s’écoula, morne, comme toujours. Après la toilette vespérale de madame, Bette se retrouva dans le couloir et sans s’en rendre compte, se dirigea vers la porte du maître de maison, elle avait déjà la main sur la poignée de la porte, mais se ravisa et s’enfuit vers sa chambre. Ses rêves furent peuplés de toutes les visions érotiques que sa maîtresse lui imposait au cours de ses ébats avec son mari. Au petit matin, épuisée, elle se leva tout de même pour prendre son service.
Raoul se faisait servir son petit déjeuner par Bette. Il la contemplait et lui trouvait quelque chose de changé. Il comprit en l’examinant à nouveau, elle ne baissait plus les yeux comme à son habitude. Son regard, même arrogant, le toisait. Appuyée, de la cuisse contre la table à deux mètres de lui, elle pivota d’un quart de tour vers ce plateau, releva le bas de sa robe à la taille et descendit sa culotte. Des coudes, elle prit appui sur cet autel et le toisa droit dans les yeux. Il se leva et se dirigea vers elle.
Quand elle le vit se lever, Bette tourna la tête, droit devant. Elle s’offrait à lui, elle désirait le sentir en elle, lui, cet homme, elle voulait qu’il la pénètre. Elle le sentit l’effleurant. Une main se posa sur la table à côté de sa tête et la deuxième caressa son postérieur. Un long frémissement parcourut son corps. Elle perçut le poids de son espéré amant sur elle et sa bouche, contre son oreille ; dans un murmure il lui dit :
La masse qui l’écrasait se dégagea et elle discerna le frôlement d’un baiser sur sa fesse.
Marie n’était pas contente, ce soir. Sa camériste n’avait pas la tête à son ouvrage. Que lui arrivait-il ? Sa main n’avait pas eu la fermeté voulue pour les massages, elle lui avait tiré les cheveux et maintenant, sa langue dérisoire et distraite ne lui procurera jamais le plaisir attendu.
Bette, ce soir, sortit nue de la chambre de la maîtresse de maison. Devant la porte de Raoul, elle hésita un moment. Elle posa sa robe et le reste de ses affaires sur la table demi-lune à côté de l’entrée. Sa main sur la poignée trembla un peu, mais elle entra, toujours nue. La pénombre de la pièce dont la camériste connaissait parfaitement tous les pièges ne pouvait faire obstacle à sa volonté. Elle se dirigea vers le lit et s’allongea à côté de Raoul, à même la courtepointe.
Raoul perçut la présence de la servante à côté de lui. Il se tourna un peu et posa sa main sur le ventre de la femme puis remonta vers les seins et les cajola. Il la sentit vibrer. Les bouches se rencontrèrent à l’orée d’un tendre baiser tandis que la main de Bette étreignait le sexe du maître et le caressait.
Bette voulait cet homme en elle, elle ouvrit le compas de ses jambes et tira sur ce sexe maintenant dur pour l’inviter à la visiter. L’intromission se fit facilement, tellement l’espérance de l’acte l’avait préparée. À peine quelques mouvements de l’homme et une vive chaleur lui monta à la tête. Elle se bâillonna de la main pour ne pas crier son plaisir.
Raoul commença à accélérer son mouvement. Les jambes de la femme, nouées dans son dos, accompagnaient le rythme. Son plaisir montait et l’obscurité envahit son esprit. Il jouit dans son aimée.
La camériste, à l’éjaculation du mâle, partit dans un long orgasme qui la laissa sans forces pendant un grand moment. L’homme respirait lourdement à côté d’elle. Quand elle voulut se lever pour regagner sa chambre la voix de son amant l’arrêta.
L’amante se recoucha et posa sa tête sur l’épaule de son maître qui l’enlaça immédiatement. Elle s’endormit ainsi, heureuse.
Bette se levait toujours tôt. Elle partit doucement pour ne pas réveiller son aimé. Une fois sortie, elle resta stupéfaite, ses vêtements avaient disparu. Angoissée, elle courut jusqu’à sa chambre, s’habilla d’autres effets et se dirigea vers l’office pour prendre son service. Germaine œuvrait déjà à la préparation du petit déjeuner. La chambrière resta interdite en voyant ses affaires soigneusement pliées sur une chaise.
La cuisinière se tourna vers elle et lui dit d’une voix douce et interrogative :
La servante ne répondit pas et baissa les yeux, comme prise en faute.
Bette releva ses yeux embués et dit :
Germaine s’avança et la prit dans ses bras.
La cuisinière l’embrassa et lui dit :
À part quelques sourires esquissés, rien n’avait changé. Le maître restait le maître et la servante restait la servante. Pourtant, à partir de ce moment, l’atmosphère fut équivoque. Tous les soirs, après son service auprès de sa maîtresse, elle rejoignait le maître pour son plus grand plaisir.
Cela dura quelque temps.
Marie, fine et rouée, observait sa femme de chambre. Pendant un bon nombre de jours, elle se posa une question. Que faisait Bette après son service ? Avant, très patiente, elle prenait tout son temps alors que maintenant, elle pressait son départ. Cette attitude nouvelle attisa des soupçons dans la tête de la maîtresse. Elle avait continuellement l’air joyeux, avant elle affichait une mine austère. Ce soir quand Bette sortit, elle entrouvrit discrètement la porte et suivit du regard la camériste dont le pas sautillant et dansant de bonheur la contraria. Elle la vit entrer dans la chambre de son mari, cela confirmait son soupçon. Elle en conçut une colère noire. Qu’il fréquente des cocottes, passe encore, mais il était inacceptable qu’il couche avec sa chambrière. Bette lui appartenait, elle devait être amoureuse d’elle, pas de lui.
Le lendemain matin, comme à son habitude, Bette vint dans la chambre de sa maîtresse avec le plateau du petit déjeuner. Elle commençait à dresser la table quand la maîtresse lui dit :
Elle fut surprise, d’habitude les jeux lesbiens ne commençaient que quand la châtelaine, restaurée, regardait Bette de son œil coquin et salace. Elle se déshabilla, puis prit peur quand elle vit Marie venir à elle, armée d’une cravache. Elle protégea ses seins et sa figure avec ses bras, se tourna et présenta son dos à la morsure de la badine. La douleur des premiers coups la fit tomber à genoux, puis elle prit la position fœtale pour subir sa punition.
Marie vociférait, hurlait sa haine et sa frustration. Telle une harpie, elle agonit la servante d’injures. Et elle frappait, les marques d’abord rouges, virèrent au bleu. Et elle frappait, et elle hurlait. Sous les coups, la peau de la servante se fendilla et le sang perla. Elle continuait à frapper et à hurler. De douleur, Bette perdit connaissance et bascula sur le côté. Cela ne l’arrêta pas pour autant, quand la porte de la chambre s’ouvrit à toute volée, le dos de la camériste n’était plus qu’une vaste plaie.
Joseph avait entendu les cris de la maîtresse de maison et courut jusqu’à la chambre. Il jugea vite la situation, sauta sur la maîtresse et lui saisit le poignet.
Ils se défièrent du regard, le jardinier accentua la pression de sa poigne de fer, la cravache échappa de sa main et Marie baissa les yeux, semblant reprendre ses esprits.
Raoul accourut aussi et s’inquiéta tout de suite de Bette. À la vue de l’ampleur des dégâts, une colère noire monta en lui. Il se dirigea vers son épouse et lui administra un si violent soufflet qu’elle s’affala sur la table du petit déjeuner qui s’écroula dans un fatras de vaisselle cassée.
Aidé de Joseph et Germaine il transporta la victime jusqu’à sa voiture et la véhicula chez un médecin ami qui, contre bonne rétribution, saurait rester discret.
Bette se réveilla dans un environnement qu’elle ne connaissait pas. Elle avait la vue un peu troublée, se sentait vaseuse, mais n’avait pas mal. Couchée sur le ventre et la tête dans un oreiller qui fleurait bon la lavande, elle voulut se redresser, mais n’y arriva pas.
Elle entendit une voix féminine dire :
Une dame élégamment vêtue entra dans son champ de vision.
En effet, Raoul jugeait impossible le retour de Bette au château. Il chercha donc une petite maison pour abriter sa bien-aimée et cacher leur amour. Son épouse lui importait peu, mais il avait tout de même fait une visite au château pour prendre de ses nouvelles. Son éducation le culpabilisait, alors que son amour l’en affranchissait. En équilibre entre ces deux notions, indécis, son âme le tourmentait.
Il trouva assez rapidement une petite maison bourgeoise avec un grand jardin arboré et clôt de hauts murs. Son patronyme, très connu, même à cinquante kilomètres du château, l’obligeait à une discrétion absolue. La demeure, charmante, ne comprenait qu’un étage. Au rez-de-chaussée, un salon, une salle à manger et les communs. À l’étage trois chambres, le tout entièrement meublé avec goût.
Le rétablissement de Bette prit un peu plus de temps et après quelques semaines, elle emménagea dans sa nouvelle vie. Elle fit le tour du propriétaire avec son amant. Main dans la main, ils visitèrent chaque pièce. Raoul voulait engager une personne pour le ménage et la cuisine, mais Bette refusa résolument. L’homme découvrit un plaisir nouveau, regarder cette femme s’occuper des différentes tâches de la vie. Il s’émerveillait des mille et un gestes du quotidien qu’autrefois il ne remarquait même pas. Il détaillait son aimée et lui découvrait chaque jour de nouvelles qualités.
Bette, qui avait toujours été dans la sujétion, commençait à connaître le plaisir d’avoir son domicile et surtout d’avoir un homme à chérir. Même si elle dépendait financièrement de Raoul, son servage, librement choisi et consenti, ne lui pesait pas, lui plaisait, même. Elle aimait le sentir présent, assis dans son fauteuil à la regarder œuvrer. Si, au château, elle avait le logis et le couvert, ses gages lui permettaient à peine de changer de temps à autre de robe ou de brodequin. Raoul l’avait entrainée chez une modiste pour lui faire faire des robes, des jupes, des chemisiers dans les tissus les plus fins et chez un chausseur pour lui faire des chaussures dans les cuirs les plus souples. Il fallut qu’elle mette le holà pour ne pas être submergée de cadeaux.
Après presque deux mois, le dos de Bette guérit et les dernières cicatrices s’estompèrent. Jusque-là, ils n’avaient plus eu de rapports sexuels. Leur vie, faite de regards, de petites attentions, de caresses, les comblaient. Le sentiment de ne plus pouvoir exister l’un sans l’autre s’installait. Ils pouvaient passer des heures à se regarder ou se tenir la main. Durant ce laps de temps ils vécurent davantage comme des quinquagénaires qu’à la manière de jeunes gens pas encore trentenaires, un bonheur simple et tranquille.
Ce soir-là, Bette regardait son amant assis dans le salon, plongé dans la lecture d’un livre. Elle s’avança vers lui et il perçut sa présence. Il releva les yeux, ils se contemplèrent longuement. Le regard de Raoul, doux et avenant, la couvait. Lentement, elle déboutonna son corsage puis rabattit ses épaulettes sur ses bras. Elle présenta sa poitrine nue à l’homme, puis s’avança vers lui comme pour réclamer sa main. Celle-ci commença une douce caresse qui s’appuya de plus en plus. Raoul se leva brusquement et prit son amante dans ses bras. Elle se sentit défaillir sous cette insistance tant espérée.
Raoul sentait la chaleur de son aimée contre lui. Il la prit et la porta à l’étage, dans sa chambre. Il la posa délicatement sur le lit et entreprit de la dévêtir. Une fois nue il la contempla. Belle, avec des proportions parfaites, il l’admirait. Une envie lyrique lui vint et il lui susurra quelques vers. Elle ne comprit pas tout, mais saisit la musicalité du propos. De sa main, il parcourait sa maîtresse par petites touches. Il découvrit les choses que l’on voit mille fois, mais qui émerveillent toujours dans un éternel recommencement.
Bette était là, étendue sur le lit, nue !
Nue, elle regardait cet homme qui la dardait du regard et qui se déshabillait lentement.
Nue, offerte, dans l’attente de son amant qu’elle chérissait tellement.
Nue, ouverte, dans l’espérance de ce sexe ardent.
Nue, ses sens quémandant.
Nue et criant.
Criant de se sentir pénétrée par l’homme, son amour. Elle en perdait tout sens commun. La chambre retentissait de cris, de râles, de rires et de pleurs. Le lit lui semblait en apesanteur, la réalité de l’heure disparue. Chargée comme une pile électrique, le simple effleurement d’un baiser déclenchait un orgasme.
Ces quelques instants leur parurent des heures, des jours, des années. Étendus sur le dos ils se tenaient la main. Épuisés ils se regardaient et se souriaient. Raoul dit soudain :
Bette en bonne servante se précipitait déjà pour tout préparer. Elle voulait se rhabiller et faire un repas, mais Raoul l’arrêta.
Elle s’en offusqua presque. Raoul, son ancien maître, devenait maintenant son seigneur. Ils avaient gardé une habitude singulière. Pour tous les repas, elle restait debout à côté de lui et le servait. Gentiment, mais obstinément, Bette refusait que cela change.
Elle prépara donc un rapide plat froid et le servit.
Elle le regardait manger. Par l’échancrure de son peignoir, Bette contemplait le torse puissant de son amant. Un nouveau désir l’assaillit. Elle se pencha vers lui et lui susurra à l’oreille :
Raoul ne comprit pas vraiment le but, mais obtempéra.
Bette se mit à genoux devant lui et entreprit de défaire la ceinture de son peignoir. Lentement, elle en écarta les pans. Doucement elle prit la verge en main, l’entoura de ses doigts et commença un doux mouvement de va-et-vient. Raoul observait Bette, subjugué. Son sexe réagissait déjà à la caresse. Ils se regardaient, les yeux dans les yeux et cela intensifiait l’érotisme du moment.
Il n’avait pas encore obtempéré, figé dans la contemplation de cette tête qui montait et descendait au rythme du plaisir prodigué par la bouche de la servante. Celle-ci releva un instant la tête et lui dit doucement :
Bette continua sa caresse buccale et Raoul reprit son repas. Pendant sa fellation, elle le dévisageait du coin de l’œil. Heureuse de son constat, elle accentua la pression et le mouvement de sa bouche sur le sexe.
L’homme sentait une vive chaleur monter en lui. Bette des deux mains et de la bouche emprisonnait son sexe. Il eut presque honte, mais se répandit sur sa langue. La femme se releva et reprit son attitude soumise, contente d’elle, elle avait le sourire aux lèvres…
La vie continua dans leur retraite, calme ou érotique selon le moment ou leurs envies.
Raoul retournait une fois par semaine au château pour y régler ses affaires et surtout voir ses métayers. Bette profitait de ces moments pour faire le grand ménage de la maison, car les autres jours elle se consacrait presque exclusivement à son homme. Elle fut surprise quand elle entendit tinter la cloche de l’entrée. Elle n’attendait personne et d’ailleurs, à part quelques livreurs, nul ne venait jamais. Quand elle ouvrit la porte, elle fut très surprise de trouver sur le perron Madame Marie.
Marie avait organisé de discrètes recherches par un détective qui avait facilement retrouvé la trace du mari adultérin. Elle avait bien songé, un moment, à effectuer un constat par un commissaire ou un huissier, elle obtiendrait ainsi un divorce avantageux lui permettant de retourner dans le monde et y mener une vie festive. Elle fantasmait cette situation au début de son installation au château, avant d’avoir connu et circonvenu Bette.
Bette ne comprenait pas trop ce que sa maîtresse faisait céans. Un frisson la parcourut immédiatement, car elle repensait à la punition qu’elle lui avait infligée, elle repensait à cette douleur horrible dont le souvenir la réveillait encore, certaines nuits d’angoisses.
Marie entra dans le vestibule et d’un regard circulaire, jaugea l’habitat.
Lentement elles parcouraient les pièces du rez-de-chaussée, puis s’attaquèrent à l’étage. Il n’y avait qu’une chambre où les meubles n’étaient pas houssés. Marie s’y attarda contempla le lit impeccablement fait. Elle se tourna doucement vers la servante et lui demanda.
Stupéfiée par la demande, Bette ne répondit rien. Elle gardait le silence et le regard rivé au sol. Elle reprenait son attitude de soumission.
Doucement, Marie ôta l’épingle puis la capeline ainsi retenue et les déposa sur un guéridon. Maintenant tête nue elle s’avança vers Bette. Lentement, très lentement, elle progressa. Arrivée à la toucher, lentement, toujours très lentement, elle l’enlaça. Lentement, toujours très lentement, elle posa ses lèvres sur celle de son ex camériste. Lentement, toujours très lentement leurs langues se mêlèrent.
Lorsque, tête-bêche, elles se réjouirent mutuellement de délices lesbiens, elles s’abandonnèrent sur une pente que plus rien ne pouvait les arrêter. Il fallut une heure de joute pour rassasier les deux jouvencelles. Marie, la première, reprit ses esprits et se rhabilla. Elle regardait d’un air conquérant son amante et lui dit :
Celle-ci resta rêveuse un moment, tout au souvenir de cette explosion des sens. Puis, honteuse de s’être laissé aller, elle redouta le retour de son homme.
Celui-ci rentra fort tard, retenu par quelques difficultés dans ses affaires. Pourtant l’attitude de Bette l’interpella, elle n’était pas comme d’habitude. Même l’empressement qu’elle mettait à satisfaire le moindre de ses besoins ne lui semblait pas normal. Raoul ne demandait rien, il cogitait, il supputait. Il n’était pas dans sa nature de jouer à l’inquisiteur et puis il avait toute confiance en son aimée.
Le mercredi suivant, le tintement du carillon ne surprit plus Bette. D’un air souriant, elle accueillit Marie. La porte d’entrée à peine refermée, les deux femmes s’enlacèrent ; le chemin, la progression vers l’écrin de leurs amours fut parsemée de leurs effets. C’est presque nues qu’elles se vautrèrent sur le lit et c’est là qu’après force léchouilles, repues, elles s’affalèrent côte à côte, satisfaites…
Bien sûr, elles ne virent pas l’homme qui, suspicieux, n’avait pas respecté son agenda et maintenant les épiait. Raoul entra dans la chambre avec la rigidité de la statue du commandeur, espérant en imposer. C’était sans compter sur la fougue et l’aplomb de Marie.
Celle-ci, sitôt alertée, se dirigea vers son époux et avec son plus beau sourire elle lui dit :
Raoul, beaucoup moins roué que son épouse s’en trouva déstabilisé et hésita, toute la superbe qu’il pensait déployer, s’évanouit. Marie prit le bras de l’homme et l’attira vers le lit.
Complètement perdu, son regard allait de son épouse hilare à sa maîtresse contrite. Cette dernière fut interpelée par sa compagne saphique :
Quatre mains féminines virevoltaient sur l’homme qui en très peu de temps se trouva à égalité vestimentaire avec les deux femmes. Inerte, l’époux de comprenait pas la soudaine connivence entre la maîtresse et la servante. Marie avait l’initiative maintenant et en usa :
Elle l’entraîna vers la couche et l’y allongea puis prenant le sexe de l’homme en main et regardant Bette, elle lui dit :
Bette dans une sorte d’éther, naviguait dans cet interespace où tout avait l’apparence de l’harmonie. Monsieur et Madame avaient l’air de s’aimer et elle les aimait tous les deux. À l’invite de l’épouse, elle se précipita donc et emboucha l’homme.
Raoul n’avait certes pas l’initiative, la situation lui échappait, mais les caresses que lui prodiguait Bette réveillaient en lui ses ardeurs masculines. Son épouse, pas en reste, l’embrassait à bouche que veux-tu. Chacune de ses mains chercha le conin de ses partenaires et trouva…
Ses doigts explorèrent des antres chauds et accueillants. Sous ses caresses, des ruisseaux de désirs se manifestèrent. Les femmes, comme si c’était d’un commun accord, investirent l’homme. Marie se positionna sur sa bouche et Bette sur son sexe. Toutes deux ondulaient au même rythme et se regardaient.
C’est Marie qui la première caressa le sein de Bette, leurs corps se rapprochèrent pour échanger un baiser fougueux, ces corps ondoyaient sur l’homme et leurs mains sublimaient leurs sens. Leurs plaisirs montaient en eux et leurs extases explosèrent presque simultanément.
L’entrelacs des corps, après cette débauche de sensualité, composait une scène que Gustave Courbet aurait jugé digne de son talent. En véritable femme de tête, Marie, la première, recouvra ses esprits et sa dignité qu’elle ceignit d’un vêtement.
Raoul, un peu perdu après cette bacchanale, se leva à son tour et abandonna Bette à sa pâmoison. Il suivit son épouse du regard et de l’action. Le couple se retrouva donc dans une pièce contiguë à celle des lubricités passées.
Marie, toujours aussi dominatrice engagea le fer.
La réponse fusa, mais ne désorienta pas Marie.
La belle prit le temps de la réflexion puis argumenta :
Les protagonistes, dressés sur leurs ergots se toisaient.
Marie perdait pied et se trouvait démunie face à la détermination de son mari, mais il était hors de question qu’elle abandonne. Elle fouilla son sac à main pour en extraire un révolver de dame. Un six-coups qui avait bien souvent soldé des différents conjugaux. Menaçante, elle répliqua :
L’opposition farouche de Raoul désorienta un moment Marie, mais qu’un moment. Elle appliqua son arme à bout touchant sur le thorax de son époux.
Le coup partit. Atteint en plein cœur, Raoul bascula en arrière et le cadet de la famille Perier rejoignit le néant.
Marie, horrifiée, pétrifiée, regardait le corps de son mari à ses pieds, aujourd’hui elle était devenue une meurtrière. Le poids de sa responsabilité l’accabla. Les conséquences lui apparurent, l’arrestation, le procès, la prison peut-être même l’échafaud. La honte de vivre tout cela était insupportable. Elle retourna l’arme contre elle et tira.
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Bette habituée à ne pas intervenir si on ne lui en donnait pas expressément l’ordre, attendit une bonne heure avant d’oser s’aventurer dans la pièce voisine. Elle fut stupéfaite de trouver les corps de ses maîtres et s’assit à même le sol entre les deux.
La servante veilla les cadavres pendant toute la nuit et toute la journée suivante. Elle ne savait que faire. Il fallait qu’elle retrouve Joseph et Germaine, les seules personnes qu’elle connaissait. Elle parcourut les dépouilles des yeux. Elle ne pouvait pas les quitter, laisser là ses amours, ses amours pour toujours.
Elle partit à la cuisine et en revint avec un couteau. Elle voulait emmener les têtes, mais jugea que c’était trop volumineux. Son regard s’attarda sur les mains. Ces mains douces qui l’avaient si souvent caressée. Ses yeux s’arrêtèrent enfin sur les cheveux. Elle s’agenouilla et en coupa une mèche à chacun, puis les enveloppa dans un mouchoir de fine batiste et l’enfouit dans sa poche.
Elle ferma la maison et entreprit le voyage à pied pour retourner au château, la main dans sa poche enserrant les objets cultes. Cinquante kilomètres qu’elle fit en deux jours. Elle arriva affamée et recrue de fatigue au milieu de la nuit. Germaine et Joseph l’accueillirent chaleureusement et la firent manger.
Elle leur raconta toute l’histoire.
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Bette avait froid en ce petit matin, elle tira sur elle les pans du pardessus que Joseph venait de déposer sur ses épaules pour tenter d’en couvrir sa poitrine.
Le breuvage, ersatz de café maintes fois rallongés, était clairet et amer, mais chaud ! Brûlant même, il lui faisait du bien. Il la revigorait.
Elle regarda le vieil homme enfiler son manteau, ouvrir la porte et s’enfoncer dans l’aube naissante.
Dans sa poche, sa main serra les objets protégés par le fin mouchoir.
Elle pensait à eux, ses amours.
Ses amours pour toujours.