| n° 18654 | Fiche technique | 18037 caractères | 18037Temps de lecture estimé : 11 mn | 11/11/18 |
| Résumé: Le héros part en vacances au Pays de Galle après une rupture. | ||||
| Critères: fh vacances dispute fmast -regrets | ||||
| Auteur : LastCars | ||||
| DEBUT de la série | Série : B&B Chapitre 01 / 06 | Épisode suivant |
Christian marmonnait, seul dans sa voiture, en négociant les virages d’une route étroite bordée de haies vives :
Il arrivait à un carrefour. En jurant, il rétrograda après avoir d’abord cherché le levier de vitesse de sa main droite avant de se rappeler qu’avec cette voiture, comme sans doute avec toutes les autres ici, son emplacement était inversé.
Comment le propriétaire de l’hôtel avait-il prononcé ce nom ? Christian avait entendu quelque chose qui ressemblait plutôt à un double éternuement. Heureusement on lui avait préparé un petit plan sur lequel il pouvait lire les noms, faute de comprendre la prononciation galloise.
Il était bien déçu de ne pas pouvoir séjourner dans cet excellent hôtel que lui avait recommandé madame Hortun, son ancienne professeur d’anglais. Outre le confort « cosy » escompté, il aurait aimé pouvoir chaque soir fréquenter le bar et le restaurant du rez-de-chaussée pour vivre pendant ces deux semaines de congé une existence sans réelle contrainte, avec tout le dépaysement souhaité et… quelques pintes de cette bonne bière rousse qui vous est délivrée bien mousseuse à la pompe par de jeunes et jolies barmaids dans la chaude ambiance du « lounge ».
La voiture approchait maintenant du village.
Christian avait pu tout de même manger rapidement avant de partir à la recherche de la maison de madame Brown, son hôtesse. Le patron de l’hôtel avait pu la joindre au téléphone et elle n’avait pas vu d’objection à l’attendre jusqu’à cette heure tardive.
Il aperçut au bord de la route le panneau B&B
La maison lui parut jolie dans la lumière des phares, construction locale typique en belles grosses pierres sombres avec un toit d’ardoises épaisses.
La porte s’ouvrait déjà et une dame aux cheveux blancs abritée sous un grand parapluie venait à sa rencontre de Christian pour lui indiquer où garer sa voiture.
Une fois les bagages sortis du coffre, il suivit la maîtresse des lieux dans le logis.
Il n’y a pas de doute qu’autrefois les gens étaient bien moins grands ! Plusieurs portes et surtout, le petit escalier qu’il dut emprunter derrière l’hôtesse pour accéder à la chambre nécessitaient qu’il courbe la tête pour ne pas se cogner.
La chambre, petite, lui parut néanmoins confortable. La salle de bain attenante disposait d’un autre accès qui devait communiquer avec une autre pièce. L’hôtesse actionna un petit verrou pour condamner cette seconde porte en expliquant que cette « bathroom » était pour lui seul et que le local de l’autre côté, du moins, c’est ce qu’il comprit, était utilisé en ce moment par quelqu’un de sa famille, mais que cette personne utiliserait dorénavant un autre cabinet de toilette situé au rez-de-chaussée.
Christian déballa quelques affaires et passa dans la salle de bain avec sa trousse de toilette. Il entendit le son étouffé d’une musique provenant de la pièce voisine et nota machinalement, quand il éteignit le plafonnier en quittant cette pièce, un rai de lumière sous la porte et à l’emplacement de la serrure.
Le lendemain matin, il se réveilla tôt, compte tenu de ses habitudes et aussi du décalage d’une heure entre la France et la Grande-Bretagne. Il entendait quelqu’un s’agiter dans la chambre à côté, puis ce fut l’escalier qui craqua, indiquant que la personne descendait.
Au bout d’un moment, il décida de se lever et alla dans la salle de bain prendre sa douche.
Il constata avec satisfaction que la pièce était très correctement chauffée.
Comme il avait oublié de se munir d’une robe de chambre ou d’un peignoir, il resta nu devant le lavabo durant toute la délicate opération du rasage. Il entendit à un moment grincer le plancher de la pièce d’à côté. À ce bruit, il se retourna machinalement vers la porte fermée au verrou. Il lui sembla voir passer une ombre devant la serrure puis ce fut le bruit d’une porte sur le palier et l’escalier qui craquait à nouveau.
Il termina son rasage et s’habilla rapidement avant de descendre à son tour pour prendre son breakfast alors qu’une délicieuse odeur de lard poêlé envahissait la maison.
Entrant dans la salle à manger, il tomba nez à nez avec une jeune fille blonde qui l’accueillit avec un grand sourire et un sonore « Good morning ! ».
Elle était debout et semblait prête à quitter la pièce. Il répondit à son salut en la détaillant alors qu’elle finissait de débarrasser la partie de la table qu’elle occupait auparavant. Elle portait ce qui ressemblait fort à un uniforme, pantalon bleu marine soulignant une taille élancée, chemisier blanc fermé au col par une cravate « club » sous un léger pull-over bleu portant le nom et l’écusson de ce qui devait être un établissement scolaire.
Mais c’étaient surtout les yeux d’un bleu clair particulièrement délicat qui impressionnèrent Christian qui, surpris par cette rencontre, ne savait trop quelle contenance prendre à ce moment précis.
L’hôtesse le tira de son embarras en entrant pour le saluer et pour s’enquérir de ce qu’il désirait prendre pour son déjeuner.
La jeune fille s’esquiva après un dernier sourire accompagné d’un petit geste de la main. Pendant qu’il déjeunait solidement, retrouvant les habitudes qu’il avait tant appréciées lors de ses précédents séjours en Grande-Bretagne, l’hôtesse lui expliqua qu’elle hébergeait depuis la rentrée sa petite fille, Patricia, dont les parents résidaient actuellement au Ghana dans le cadre de leur travail. La jeune fille, âgée de 19 ans, suivait cette année une formation supérieure en horticulture dans un établissement voisin et prenait donc tous les matins un bus qui passait à proximité de la maison. La grand-mère ajouta qu’elle craignait fort que sa petite fille ne s’ennuie un peu dans ce village isolé où il n’y avait pratiquement plus de jeunes de son âge. De plus, la vieille dame ne pouvait plus conduire et Patricia n’avait pas encore de permis, ce qui était très gênant.
On était jeudi. Christian décida de rester au moins jusqu’au lundi suivant pour découvrir les environs. Il avait pris une vingtaine de jours, tout son crédit de congé restant pour l’année en cours, et n’avait aucun projet précis.
En fait, il n’était pas venu spécialement ici plutôt qu’ailleurs. Non. Il avait surtout voulu mettre de la distance entre lui et F., la ville où il vivait et où il travaillait.
Il fuyait une situation qu’il ne maîtrisait plus.
Mais, l’avait-il jamais réellement maîtrisée ou n’avait-il été que le fétu que le courant emporte ?
Grosses chaussures aux pieds, sac au dos garni de quelques provisions achetées à la minuscule épicerie-bureau de poste du village, Christian gravissait lentement la forte pente d’une colline, entouré de paisibles brebis qui s’écartaient de son chemin au fur et à mesure de sa progression.
Il observait une nature encore bien préservée. À l’exception des clôtures qui couraient dans la lande de bruyères, de l’endroit où il se trouvait, il ne distinguait pratiquement pas de traces d’activité humaine : les maisons étaient construites au fond des vallées, à l’abri des vents d’ouest dominants et souvent masquées par la végétation. De plus, l’utilisation de la pierre grise locale et de l’ardoise les rendait peu visibles dans un tel environnement.
La pente du sentier devenait de plus en plus raide. Christian, essoufflé, interrompit son ascension, s’asseyant sur une grande pierre plate pour se reposer un peu. Il manquait singulièrement d’entraînement. Le regard du jeune homme s’attarda sur quelques brebis proches qui portaient en ce proche automne d’épaisses toisons blanches qui les faisaient ressembler à des buissons blancs perdus dans le mauve des bruyères et le vert foncé des autres arbustes.
Par association, lui revint à la mémoire l’image de ces peaux jetées sur le sol dans la pièce principale du minuscule chalet et… Carole, Carole nue, étendue jambes ouvertes devant la cheminée où brûlait un feu d’enfer.
Cinq ans déjà !
Carole, il l’avait rencontrée quelques semaines plus tôt à une fête organisée par des amis communs.
C’était une petite jeune fille brune à la peau mate et aux yeux sombres dont les traits laissaient deviner la nature pulpeuse de fausse maigre. Ils étaient restés ensemble toute la soirée, Christian réussissant même à la faire rire en lui racontant quelques anecdotes sur sa vie professionnelle. Et puis, ils s’étaient découvert des goûts communs notamment pour la marche en montagne. Christian, pour une fois, avait réussi à vaincre sa timidité, et l’avait invitée pour un week-end prolongé dans le chalet que lui laissaient ses parents hors saison.
Elle avait accepté immédiatement.
Et ce fut l’éblouissement du premier soir quand elle vint le rejoindre devant le feu qu’il venait d’allumer et qui pétillait joyeusement. Elle sortait de la douche et avait emprunté un peignoir de la mère de Christian qui restait accroché à demeure dans la salle de bain.
Elle s’était arrêtée face à la cheminée et le jeune homme avait d’abord vu ses yeux dans lesquels se reflétaient les étincelles capricieuses qui s’élevaient du bois de résineux.
Lentement, elle avait dégagé ses épaules, puis elle avait laissé glisser le peignoir jusqu’à terre comme pour mieux exposer son corps à la chaleur du foyer.
Ils avaient fait l’amour une fois, deux fois, puis il s’était assoupi. Quand il s’était réveillé, il l’avait vue, la tête rejetée en arrière, couchée face à la cheminée, jambes écartées et ses doigts ouvrant largement les lèvres de son sexe pour présenter sa chair la plus intime à la chaleur du foyer. La pièce n’était éclairée que par les flammes qui jetaient sur le corps nu des reflets moirés, sans cesse changeants, qui ajoutaient un aspect fantasmagorique à la scène…
Il avait deviné les premières ondes du plaisir parcourant le ventre de la jeune femme qui soupirait doucement, puis elle avait encore écarté un peu plus les jambes en se rapprochant du feu. Enfin, son autre main était venue se poser à l’orée du sexe, sous le mont de vénus, et avait entamé un mouvement circulaire de plus en plus rapide. Les soupirs s’étaient progressivement mués en longs gémissements jusqu’au cri final.
Ce spectacle d’une si étrange beauté avait ému Christian aux larmes et resterait sans doute à tout jamais gravée dans sa mémoire.
Quel gâchis que cette rupture…
Cette poitrine qu’il avait adorée en lui rendant quasiment un culte païen, deux jolis seins un peu lourds mais d’une rondeur exquise, qui semblaient frémir quand il en prenait les bouts dans sa bouche…
Et puis, entre ses mains, ces hanches à la peau si douce et aux courbes parfaites. Et encore, cette vision des jambes quand elles s’entrouvraient enfin pour laisser passer sa tête et lui donner accès à cette fontaine à laquelle il venait s’abreuver en déclenchant, avec ses doigts et sa langue, une véritable cascade d’un liquide aux saveurs étranges magnifiées par leur origine.
Une forte érection lui vint à cette évocation.
Puis à nouveau, cette image qui l’obsédait depuis des mois : Carole, jambes largement écartées face au feu, présentant, en une offrande à la vigueur brûlante des flammes qui se tordaient dans le foyer, son sexe encore dilaté et luisant.
Au début de leur liaison, pour Christian, tout avait été fantastique.
Carole avait su ce qu’il fallait faire pour que ce jeune homme timide soit à l’aise. La découverte longtemps renouvelée de leurs deux corps fut merveilleuse, chacun étant attentif au plaisir de l’autre.
Rapidement, ils s’étaient mis en ménage, et là, les choses avaient commencé à se dégrader. Il découvrit peu à peu derrière la femme amoureuse une personne autoritaire, pleine de certitudes. Il eut progressivement l’impression que même leur relation physique n’était plus la même. Puis enfin vint ce chantage sournois au mariage.
Enchaînant juste après :
Encore plus direct :
Sans parler des allusions à une maternité possible et au nom que porterait l’enfant.
Christian se trouvait bien jeune pour fonder une famille, d’autant qu’à ce moment-là, il n’était pas sûr de garder son emploi.
Il avait même parfois eu l’impression qu’elle marchandait leurs instants de plaisir, par ailleurs de plus en plus rares… Puis, il y eut ces remarques désagréables quand il rentrait tard de son travail.
Bref, il lui avait semblé qu’un piège se refermait sur lui.
Soudain, il y eut la crise qui amena la rupture.
Oh, pas grand-chose au départ : une petite scène de jalousie motivée par les relations qu’il entretenait toujours avec son ancienne professeur d’anglais, madame Hortun.
Elle avait du flair Carole : madame Hortun, Juliette dans l’intimité, avait eu des faiblesses quelques années plus tôt pour ce garçon timide qui lui vouait un amour platonique, tout au moins au début, et qui avait su l’émouvoir. Mais maintenant, c’était de l’histoire ancienne et après une courte période de passion partagée, les réalités de la vie avaient repris le dessus et cette liaison s’était transformée en une amitié complice, précieuse à tous les deux.
Ce jour-là, un mot en ayant entraîné un autre, Carole déclara qu’elle le quittait et elle commença à ramasser ses affaires, persuadée qu’il la retiendrait. Erreur fatale. Il était particulièrement remonté contre elle, las qu’il était de ces querelles incessantes qui dégénéraient de plus en plus et il souhaitait un break.
En fait de break, ce fut la rupture définitive car Carole fut ensuite on ne peut plus maladroite, le relançant jusque sur son lieu de travail, et, plus grave encore, se faisant de la mère de Christian une alliée dans la place pour plaider sa cause. Tout cela avait mis le garçon hors de lui.
Comme pour chasser les pensées moroses qui l’envahissaient maintenant, une autre image se présenta à la mémoire de Christian : la blonde Patricia lui faisant un petit signe en quittant la salle à manger le matin même.
Il l’avait trouvée ravissante dans son uniforme scolaire. Mais aussitôt il se dit qu’elle n’était qu’une gamine, et qu’il avait maintenant largement passé l’âge de s’intéresser aux écolières.
Il se releva pour reprendre son chemin, concentrant son attention sur la carte que son hôtesse lui avait prêtée et chercha, autour de lui, les rares petites flèches jaunes matérialisant le tracé du « public footpath ».
Il passa le début de la soirée au pub local où il accompagna le traditionnel « fish & chips » d’une pinte de la bonne bière locale, puis revint vers neuf heures chez son hôtesse, fourbu, mais heureux de sa journée.
Dans la salle de séjour, Patricia et sa grand-mère regardaient la télévision. Elles s’interrompirent à son arrivée pour parler un peu avec lui. Elles l’interrogèrent notamment sur ce qu’il comptait faire dans les jours suivants.
Christian avait entendu parler de la ville de Chester par Juliette (madame Hortun) et il demanda aux deux femmes si la visite de ce lieu pouvait être intéressante. À la simple évocation de Chester, il nota la flamme qui s’allumait dans les yeux de Patricia. Puis au détour de la conversation, il comprit que la jeune fille mourait d’envie d’aller se promener dans les rues commerçantes de cette cité au lieu de rester bloquée au village.
Il décida de mettre Chester à son programme du surlendemain, samedi, et proposa aux deux femmes de profiter de sa voiture. La grand-mère refusa car elle avait des obligations ce jour-là, mais Patricia accepta avec enthousiasme.