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n° 18515Fiche technique25528 caractères25528
Temps de lecture estimé : 15 mn
20/08/18
Résumé:  "Pour être un bon tatoueur, il faut avoir des nerfs d'acier !", m'avait prévenu mon mentor... J'ignorais alors qu'un caleçon blindé pouvait s'avérer tout aussi utile.
Critères:  fh cérébral voir
Auteur : Rosebud      Envoi mini-message
En pleins et en déliés

Quand, pour achever ma formation, Jimmy m’avait annoncé en souriant que « Pour être un bon tatoueur, il fallait avoir des nerfs d’acier en toutes circonstances », je n’avais pas réellement pris la mesure de ce à quoi il faisait allusion. Évidemment, notre responsabilité est grande : des inconnus nous confient leur peau pour la marquer à vie ! Ce n’est pas rien. Et même s’il est souvent possible de recouvrir un motif par un autre, nous n’avons pas droit à l’erreur. Mais tout ceci, je le savais depuis longtemps et mon mentor, mon maître, me l’avait rabâché à longueur de journée durant les deux années au cours desquelles j’avais eu la chance de suivre son apprentissage. La meilleure école qui soit.


Il ne me fallut pourtant pas plus d’une semaine à mon compte pour avoir l’occasion de comprendre toute la portée de cette dernière recommandation. Et des nerfs d’acier, en effet, il fallait en avoir ! De même qu’une bonne dose de self-control et, dans l’idéal, un caleçon en Kevlar !




**********




J’avais déjà un carnet de rendez-vous correctement rempli. Des copains, pour la plupart, des clients envoyés par Jimmy aussi, plus quelques curieux venus tester mes capacités avec quelques motifs ridiculement petits et communs. L’un dans l’autre, je tenais pourtant le « business plan ». Eh oui, un tattoo shop est un commerce comme un autre, avec ses investissements, ses crédits, ses dépenses, ses recettes et donc, son business plan, d’autant plus indispensable que les banquiers sont rarement enthousiastes en voyant un mec percé de toute part, tatoué jusqu’au bout des doigts, venir leur demander un financement. Car même si la mode du tatouage en France ne fait qu’amplifier, les préjugés n’en sont pas moins omniprésents et il est toujours difficile pour un gars en costard cravate d’imaginer que je puisse avoir obtenu un master de marketing et que j’en sache sans doute plus que lui sur les façons de tenir une entreprise à flots. Mais qu’importe, j’en avais trouvé un qui acceptait de me faire confiance et désormais, je pouvais vivre de ma passion. Rien n’était plus important à mes yeux.


Ce matin-là, j’étais occupé à peaufiner le motif de mon client du lendemain quand la sonnerie automatique de la porte m’extirpa de ma concentration et me fit redresser les yeux. Une apparition. Comme un ange qui se serait posé devant moi. Une beauté comme on n’en voit qu’au cinéma ou dans les rêves. D’un mouvement rapide de la tête, elle dégagea son visage des quelques mèches de cheveux blonds que le vent avait désorganisées, dévoilant ses grands yeux d’un bleu très clair qui me dévisageaient. Elle souriait en s’avançant vers moi pour me tendre la main.



J’aurais aimé être capable de lui répondre par une plaisanterie, lui dire par exemple que « pour une permanente ou un kilo de rumsteck, elle n’avait de toute façon pas poussé la bonne porte ». Ou encore, faire preuve de spiritualité en lui répondant que, comme Basil Hallward avec Dorian Grey, j’avais trouvé en elle le modèle de toute une vie… Je dus plus prosaïquement me contenter d’un timide « bonjour » et tenter en vain de ne pas rougir en lui serrant la main. Il me fallut ensuite quelques secondes, sans doute très longues pour elle, avant de reprendre mes esprits et enfin lui demander ce qu’elle souhaitait, si elle avait une idée de motif et à quel endroit elle voulait que je l’encre.



Cette fois, c’est elle qui me parut gênée.



La présence de cette femme ayant réduit la réactivité de mes neurones à celle d’une limace sous Prozac, je crus bon d’ajouter :



Je la vis hésiter avant de répondre.



Revigoré comme s’il avait reçu une injection d’adrénaline, mon esprit saisit enfin que l’espace restant pour être tatoué se réduisait effectivement à très peu de zones et qu’il s’agissait de celles qu’on n’offrait que rarement aux regards.



J’hésitai à l’envoyer vers une collègue tout à fait capable et certainement moins sujette au trouble de cette demande. Mais je me ravisai. Primo : elle savait en entrant chez moi que j’étais un homme et cela ne l’avait pas rebutée. Secundo : je ne pouvais me permettre de refuser une cliente avec ma petite expérience. Tertio : il me fallait faire mes armes et, comme un proctologue ou un gynécologue, être capable de faire abstraction de ces considérations physiques pour me concentrer sur mon travail.



Elle sortit de sa poche deux feuilles pliées en quatre et me les tendit.



Un dessin simpliste d’un cœur surmonté de la phrase « Tatiana forever ».



Elle me désigna son pubis en rougissant tandis que je découvrais le motif :



C’était on ne peut plus explicite et de fait, je comprenais beaucoup mieux que son choix se fut porté sur un homme plutôt qu’une femme.



Marjorie… Mon ex. Enfin, une de mes ex, plus exactement. Mannequin elle aussi, « doublure fesses de Diane Kruger », excusez du peu !



Le sein ou le pubis ? Je n’avais jamais tatoué ni l’un ni l’autre. Cependant, d’après mon expérience, la douleur est toujours plus vive quand l’os est proche. Le haut du dos, les côtes ou les chevilles sont particulièrement douloureux.



D’un point de vue plus personnel, il me sembla plus facile pour elle de me dévoiler sa poitrine que son sexe. Et pour ma part, je préférais y aller progressivement.



Elle évolua avec grâce jusqu’au fauteuil que je venais de lui désigner et inspecta mes lectures. J’avais toujours trois ou quatre livres en cours de lecture que je lisais en alternance suivant les envies et les humeurs du moment. Outre les traditionnelles revues de tattoo, il y avait là Madame Bovary dans la très belle version des éditions Atlantic, Quand sort la recluse, le dernier Fred Vargas et un Pocket du 1984 de George Orwell.



Je fus sans doute aussi surpris de voir un mannequin ayant lu Madame Bovary qu’elle devait l’être de trouver ce roman en ce lieu.



Elle éclata de rire.



Je vis son regard se perdre sur le mur sur lequel devait se projeter dans son inconscient le visage, le corps peut-être de cette Tatiana. Elle était réellement amoureuse. Mon tatouage devait être à la hauteur de son amour. Tout en devisant des thèmes du roman de Flaubert, la solitude, l’ennui, l’infidélité, mon crayon glissait sur le papier et, après une petite heure, je pus lui présenter un motif qui, bien que dans l’esprit de ce qu’elle désirait, était sans commune mesure avec le dessin qu’elle m’avait donné. Le cœur était devenu un diamant aux facettes étincelantes, dans un dégradé du rose au bleu. J’avais choisi une belle écriture anglaise avec des pleins et des déliés pour le texte. Si elle le souhaitait, je pourrais utiliser la même police pour le deuxième tattoo. En découvrant le modèle, elle ne put retenir une larme. J’avais visé juste.



Je ne répondis pas. Se faire tatouer le prénom d’une femme ou d’un homme m’avait toujours semblé stupide. Pourtant, dans le cas de Vanessa, je trouvais ce geste de toute beauté. C’était une véritable preuve d’amour qu’elle offrait à sa compagne, convaincue que leur idylle serait à l’image de son tatouage : éternel.



Je lui montrai les aiguilles dans leur emballage, lui expliquai l’importance du choix des encres, les mesures d’hygiène et lui fis signer l’incontournable document me dégageant de toute responsabilité en cas de non-respect des consignes et reprenant les soins à prodiguer, en particulier l’interdiction formelle de se baigner ou d’exposer sa peau au soleil, ainsi que l’application d’un baume cicatrisant durant au moins trois semaines. Une image fugace, mais ô combien délicieuse traversa mon esprit, celle d’une main féminine inconnue oignant ce sein avec tendresse durant de longues minutes. Je la chassai aussitôt. Je devais être pro-fes-sion-nel !

Elle me regarda, confuse. Je baissai les yeux, honteux.



Elle sourit.



Elle déboutonna sa chemise. Il était clair qu’elle tentait d’y mettre le moins de sensualité possible. Peine perdue. Elle était la sensualité incarnée. Je me concentrai sur la préparation de mes encres, le réglage de la machine, mais mon regard capta le moment où elle ôta sa chemise, me dévoilant son ventre tonique, sa chute de rein divine et, sous une fine dentelle blanche qu’elle dégrafa d’un geste sûr, ses seins qu’elle tentait maladroitement de cacher avec ses mains.



Il me sembla que mon cœur s’arrêta quelques instants. Devais-je lui dire que jamais de toute ma vie, je n’avais vu une telle splendeur ? Serait-elle plus détendue si je la complimentais sur leur tenue incroyable compte tenu de leur volume, sur la douceur apparente de sa peau, la parfaite symétrie des aréoles et des mamelons ? Ou valait-il mieux jouer l’indifférence du type blasé qui en vu défiler ? Mais les mots sortirent sans que je puisse les contrôler.



Elle s’approcha et déposa un baiser sur ma joue.



Je crus qu’elle allait pleurer. Moi-même, je dus respirer profondément pour parvenir à bloquer mes canaux lacrymaux.

Elle allait s’allonger sur la table, mais je la retins.



Elle laissa pendre les bras le long de ses hanches. Je découpai le motif et l’approchai de son sein gauche. Je tremblais, pour la première fois de ma vie. Il fallait absolument que je fasse abstraction des chefs-d’œuvre que j’avais sous les yeux, me conditionner pour travailler comme s’il s’agissait de la cheville poilue d’un biker barbu, faute de quoi, le dermographe en main, je ne serais capable que d’un carnage. Plus mes mains s’approchaient et moins mes gestes étaient précis. J’inspirai profondément et tentai de renouveler l’opération, tentant d’effacer de mon esprit que dans quelques minutes, je devrai poser la main sur sa poitrine pour l’immobiliser, la modeler au gré des courbes que j’avais imaginé graver dans sa peau.



Je cherchais le mot adéquat pour définir mon état, bien que je ne doutais pas qu’elle avait perçu la nature de mon trouble.



Elle attrapa délicatement mes mains et les posa sur sa poitrine avant d’entamer un lent mouvement rotatif. Je sentais dans mes paumes sa peau, aussi douce que je l’avais imaginée, la fermeté de ses seins qu’elle s’employait à me faire découvrir pour me libérer de la crainte qui m’avait envahie. Je ne me rendis pas immédiatement compte qu’elle avait lâché mes poignets tandis que je continuais à caresser ses globes majestueux dignes des plus belles sculptures de Rodin. Ses tétons durcissaient au contact de mes doigts, ses aréoles se contractaient. J’avais les yeux fermés et, sans même m’en rendre compte, mes lèvres se posèrent sur sa peau, découvrant à leur tour ces merveilles. Je les couvrais de mille baisers, ne négligeant aucun centimètre carré de sa peau satinée. Lorsque j’entrouvris un œil, je m’aperçus que les siens étaient clos et qu’à l’inverse, sa bouche à peine ouverte laissait échapper un murmure de plaisir. C’est alors qu’elle se recula d’un bond en se couvrant le visage des mains.



Elle ne me laissa pas le temps de trouver les mots pour lui exprimer combien je regrettais ce que je venais de faire. Elle enfila en hâte sa chemise et récupéra ses affaires sans un mot avant de disparaître en pleurant à chaudes larmes.

J’avais si souvent maudit ces mecs incapables de se contrôler. Pourtant, le constat était sans appel : je ne valais pas mieux qu’eux. J’avais été hypnotisé, incapable de m’opposer à mes sens. Je me dégoûtais. De rage, je fermai la porte et tentai de me calmer au son de Berlioz, remède habituellement efficace pour remettre mes nerfs et mes idées en ordre. Pas cette fois. Sûre de son amour pour Tatiana, elle avait cru que les mains d’un homme sur sa poitrine, les miennes en l’occurrence, ne lui feraient pas plus d’effet que le fer à défriser de sa coiffeuse. Elle était amoureuse, autant qu’il est possible de l’être et, par mes mots, ma maladresse, mes gestes, j’avais été assez faible pour profiter d’un simple moment d’égarement qui l’avait bouleversée et la bouleverserait encore longtemps…


Le lendemain, j’espérais qu’elle serait revenue. À chaque ouverture de la porte, mon rythme cardiaque s’accélérait pour ralentir aussitôt en voyant que ce n’était pas elle. Je n’avais pas ses coordonnées, n’avais aucun moyen de la joindre. À moins que… Elle connaissait Marjorie. Cette dernière avait sans doute son numéro, son adresse mail. Était-ce une bonne idée ? L’appeler. Pour lui dire quoi ? Que j’étais désolé ? À quoi bon ? Il valait mieux l’oublier et se remettre au travail.


Les jours se suivirent et il m’était toujours aussi difficile de ne pas focaliser toute mon attention sur Vanessa. Je n’étais plus capable de dessiner que les courbes de ses seins. Je devais me rendre à l’évidence : jamais auparavant une femme n’avait autant accaparé mes pensées. Jamais je n’avais perdu l’appétit ni le sommeil par amour. Avais-je seulement déjà connu l’amour avant elle ?


Comme si le hasard voulait me mettre à l’épreuve, il me sembla que toutes les plus belles femmes du secteur avaient décidé de venir se faire encrer chez moi. J’enchaînais les seins, les fesses et les pubis avec un désintérêt qui frisait parfois la faute professionnelle. Je ne pensais qu’à elle, Vanessa.


Une femme qui n’était pas pour moi et qui, je l’espérais en tout cas, avait peut-être déjà oublié mes mains et mes lèvres sur sa poitrine. Il fallait que je parvienne, moi aussi, à l’oublier. Mélanie, une cliente qui n’était pas plus pudique que farouche et s’exhibait devant moi jambes écartées sans la moindre gêne pour que je lui tatoue un symbole japonais sur son mont de Vénus, me fit clairement comprendre que les vibrations du démographe lui faisaient un effet terrible. Elle m’invita à constater par moi-même en passant un doigt entre ses petites lèvres pour ensuite le poser sur ma bouche. Je ne répondis pas à ses avances, mais lorsqu’elle déboutonna mon pantalon et plongea la main sur mon bas-ventre, la nature, l’anatomie, reprirent leur droit. Je me laissai faire, espérant que cette parenthèse me permettrait d’oublier Vanessa. Elle ne ménagea pas ses efforts, tant avec les mains qu’avec la bouche, ou appuyant ses fesses sur mon sexe. Je la pénétrai finalement, presque à contrecœur et sans le moindre plaisir, spectateur plus qu’acteur de nos ébats à sens unique.


Mélanie sembla néanmoins satisfaite et me laissa avec une mélancolie bien plus grande encore qu’avant son arrivée. Le remède avait été pire que le mal… Resté seul, j’avisai, au creux de mon biceps, un espace de peau encore vierge. Machinalement, j’installai une aiguille sur ma machine et commençai à graver les pleins et les déliés d’une belle écriture anglaise. Vanessa avait colonisé mon esprit, mon âme, mon cœur. Restait ma peau. Bizarrement, tatouer son prénom ne me parut pas débile. J’en éprouvai même pendant un temps une sorte d’apaisement. Mais bien avant que la plaie ne fût cicatrisée, la douleur de son absence revint. Plus profonde encore, plus handicapante. Je n’étais plus capable de dessiner ni de tatouer… À part les pleins et les déliés d’une belle écriture anglaise sur ma propre peau.


Sur mes cuisses, sur mon ventre, plusieurs fois, mes mollets. Vanessa était désormais partout où mon dermographe pouvait accéder et chaque fois, inexorablement, l’effet se dissipait après quelques jours.


Je décidai de fermer le shop. Ou du moins, de ne plus l’ouvrir. À quoi bon à présent ? Je n’étais plus capable de rien. J’y passais mes journées et mes nuits à relire Madame Bovary, devenant peu à peu Emma, lassé de tout, expulsé de la vie. Cela faisait plus d’un mois que le rideau de fer était tombé lorsque j’entendis quelqu’un y tambouriner. Je ne réagis pas. Il se lasserait avant moi, comme toujours. Mais celui-ci insistait, martelant avec les poings, peut-être même les pieds. Je me décidai à approcher pour lui crier que le shop était définitivement fermé.



Elle était revenue ! J’en avais tellement rêvé. Je m’étais même surpris à prier un Dieu auquel je n’avais jamais cru pour qu’un jour elle me revienne. J’actionnai la commande électrique du rideau qui amorça aussitôt sa lente ascension. J’aperçus d’abord ses pieds délicatement posés dans des escarpins, ses chevilles gainées de noir, ses genoux puis ses cuisses interminables jusqu’à une jupe moulant ses hanches à la façon d’un papier de soie protégeant un bien précieux. Son buste majestueux enveloppé d’une veste de tailleur assortie à la jupe. Puis, enfin, son visage. Elle tentait de sourire pour masquer une fatigue et une tristesse pourtant toujours visibles dans la lueur de ses yeux, dans le tressautement de ses lèvres. Je lui souris en retour, mais comme elle, il m’était impossible de masquer le vide qu’elle avait laissé en moi.


J’allais lui parler, lui dire combien elle m’avait manqué, lui expliquer comme la vie avait perdu tout son sens depuis que je l’avais rencontrée, lui dire… Elle posa son index sur ma bouche.



Je l’invitai à entrer. Elle se dirigea vers l’arrière-boutique et, le temps que je referme le rideau de fer, je la trouvai entièrement nue sur la table, allongée sur le dos. Sa poitrine était plus majestueuse encore que dans mes souvenirs, son mont de Vénus glabre laissait apparaître la naissance de ses lèvres. Plus que des aiguilles, c’étaient de mes baisers que je voulais couvrir le corps de Vanessa, désiré depuis si longtemps.



Il n’était évidemment plus question d’imprimer à vie sur son sein le prénom de Tatiana et, sans qu’elle ait besoin de le préciser, la phrase « girls only » sur son pubis ne me parut pas davantage pertinente. La machine était prête, je remontai machinalement mes manches, comme avant chaque tatouage. Elle caressa du doigt son prénom gravé à trois endroits différents. Je me pris à imaginer qu’elle ferait de même sur les dix-huit autres répartis un peu partout sur mon corps.


J’appliquai une lotion antiseptique sur son pubis. Les premières piqûres la firent sursauter. Après chaque ligne, je passai doucement une compresse désinfectante avant de poursuivre. De temps à autre, je levai les yeux vers son visage. La tristesse avait disparu de ses yeux. Je lisais dans ses traits l’expression du soulagement, du bonheur peut-être.


J’enchaînai avec son sein, l’immobilisant de la main gauche tandis que le dermographe glissait avec précision en suivant ses courbes pour tracer les pleins et les déliés d’une belle écriture anglaise…


Nous n’avions pas échangé le moindre mot depuis le début de la séance, tous deux envahis par ce sentiment de communion, d’osmose que ne peuvent connaître que les âmes sœurs, lorsque j’achevai le dessin et appliquai pour la dernière fois la compresse sur son sein lourd qui se soulevait au rythme de sa respiration.



Elle se leva et se dirigea vers le miroir. Je vis une larme ruisseler le long de sa joue quand elle se tourna vers moi pour m’embrasser avec fougue. Mes mains pouvaient enfin la parcourir, les siennes me déshabillaient. Nos lèvres ne pouvaient se détacher comme pour rattraper tout ce temps perdu. Tout nous paraissait naturel. Sa poitrine contre la mienne. Mon sexe tout contre le sien, puis à l’intérieur. Nos caresses. Nos ondulations. Notre désir ne demandant qu’à s’enflammer. Nos corps insatiables de l’autre, simplement guidés par l’attirance que, dès la première rencontre, nous n’avions pu contrôler.


Elle était mienne, j’étais sien. À l’image de son prénom gravé sur ma peau et de ce cœur en forme de diamant aux reflets multicolores que j’avais tatoué sur son pubis tel un bijou ornant le plus magnifique des écrins.

Et chaque jour, jusqu’à ma mort, je pourrai relire cette phrase sur son sein, en pleins et en déliés, d’une belle écriture anglaise : « Plus une minute sans toi ! »