| n° 18422 | Fiche technique | 47790 caractères | 47790 8145 Temps de lecture estimé : 33 mn |
16/06/18 corrigé 06/06/21 |
Résumé: Beisse, député de la Raie Publique, est une saloperie ; il a été assassiné. Le commandant Riquebit est chargée de l'enquête mais elle devra collaborer avec le capitaine Jaude : ça va être chaud ! | ||||
Critères: #policier fh contrainte pénétratio | ||||
| Auteur : Domi Dupon (une antiquité sur le site) Envoi mini-message | ||||
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Résumé du chat pitre précédent : Un inconnu libère une jeune femme des griffes du député Beisse et laisse ce dernier attaché sur une croix de Saint-André où une patrouille de la BAC le trouvera. Le commandant Riquebit est chargée de l’enquête. Un conseil, si vous voulez y comprendre quelque chose : lisez les parties 1 et 2 : Introduction fatale et Mise en scène… de crime
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Samedi fin d’après midi : 36, rue du Bastion
Peu avant 18 heures, Éléonore arriva à la DCPJ où une mauvaise surprise l’attendait. Mabel était encore là, en grande discussion avec Tom Jaude. Elle l’avait oublié, celui-là.
Jaude affichait un air aussi réjoui que le sien. Elle leur fit un rapide topo en concluant par son sentiment étrange :
S’adressant à Jaude :
Le divisionnaire se tenait coi, laissant ses deux subordonnés à leur match de ping-pong.
Jaude fit la moue.
Il sortit d’une chemise une planche contact avec des portraits numérotés de 1 à 16 et une photo réservée à un seul visage.
Il continua plus calmement :
Les yeux fermés, le menton s’affaissant sur la poitrine, le teint défait, de surcroît en lumière tamisée, tout cela rendait l’identification difficile, sans parler de l’image que cela donnait de la fille. Montrant les autres, il continua :
Les deux antagonistes se jetèrent des regards dénués de toute aménité mais acquiescèrent. Ils savaient l’un comme l’autre que St Pierre-et-Miquelon était une vanne, mais l’avertissement était clair.
La suite se passa dans le calme. L’idée du communiqué fut abandonnée au profit d’un simulacre de conférence de presse. Mabel appela le proc, qui prétextant une réunion urgente le chargea de la corvée. En outre, ils décidèrent de diffuser la photo des dix-sept femmes dans tous les commissariats, gendarmeries et aéroports.
Alors qu’ils allaient clore la réunion, Éléonore souleva un nouveau lièvre :
En prononçant ces derniers mots, Mabel s’était levé. Il quitta la pièce non sans fermer la porte. Éléonore et Tom se regardaient en chiens de faïence. Un silence pesant s’installa, s’éternisa. C’était la première fois qu’elle se retrouvait seule avec lui depuis qu’il l’avait jetée. Malgré sa colère, elle ne pouvait s’empêcher de lui trouver toujours un quelque chose que les autres n’avaient pas.
Ils avaient brisé le silence en même temps.
La main qui se posa sur son bras nu stoppa net son allusion perfide tandis qu’un éclair de chaleur embrasait son bas-ventre. Qu’est-ce qu’il avait, ce mec, pour lui faire cet effet-là alors qu’elle l’aurait volontiers étranglé ? Le temps s’était arrêté. Il n’avait pas ôté sa main. Il parla d’une voix changée :
À cette seconde, le regard de Tom capta le sien. Il se tut. Toutes ses résolutions s’envolèrent. Sans qu’elle comprenne ce qui s’était passé, elle se retrouva dans ses bras. Leurs bouches se trouvèrent pour un baiser fougueux, passionné. Leurs corps se joignirent dans une étreinte sauvage. Elle allait être broyée s’il continuait à la serrer ainsi. Il parcourait son dos, ses fesses, le haut de ses cuisses de ses grosses mains rudes, faisant naître en elle des frissons de plaisir. Elle sentait la raideur de sa bite frotter contre son bas-ventre malgré l’épaisseur de leurs deux jeans. Elle n’allait quand même pas jouir comme une ado avec un simple frotti-frotta ! Pourtant, elle n’en était pas loin. Sûr qu’elle était trempée. Par ce simple contact, elle avait déjà atteint une altitude bien supérieure à celle atteinte avec ce pauvre Ricky. Elle, si maîtresse d’elle même, si maîtresse de ses ébats, gémissait, s’abandonnait aux caresses de ce salaud.
La fièvre tomba aussi brutalement qu’elle était apparue. Les caresses devinrent tendres, le baiser langoureux, les corps souples. L’intensité de son désir reflua. Elle descendit de quelques marches sur l’escalier menant au paradis. Pourtant, elle se sentait plus fragile, prête à défaillir. Maladroitement, il sortit le tee-shirt de son jean et sa main toucha sa peau. Décharge électrique qui se prolongea quand elle s’insinua sous son aisselle à a recherche d’un sein. Instant de lucidité. « Non ! Pas comme ça ! Tu n’es pas un numéro. » Prenant son courage à deux mains (voire plus), elle le repoussa doucement.
Elle craignait sa réaction. Allait-il encore la jeter ? Elle eut un instant de panique quand ses mains se détachèrent de son dos. Il la rassura immédiatement en les portant à son visage et en caressant tendrement ses joues.
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Samedi soir : appartement de Penny Leyne
Les deux filles avaient passé la journée dans l’appart. Catastrophées par la nouvelle de la mort de Beisse, elles avaient d’abord réfléchi sur la marche à suivre. Mais épuisée par tout ce qu’elle avait vécu, Alexandra avait sombré dans un profond sommeil. Sans doute aidée par les quelques Martinis qu’elles avaient bus, Penny n’avait pas tardé à la rejoindre. Alex avait fait surface en milieu d’après-midi. Elle s’était précipitée sur France Info. Les journalistes faisaient en vain le siège de la PJ d’Orléans et de la DCPJ à Paris. La seule chose qu’elle apprit est que l’affaire avait été confiée à Paris.
Elles improvisèrent un pique-nique avec ce qu’elles trouvèrent dans le frigo, Alex ne voulant absolument pas sortir. Elles passèrent leur temps à zapper d’une chaîne d’infos à l’autre, sans aucun résultat. Toutes diffusaient le même type d’images, à savoir un/une journaliste frigorifié/e qui répétait en boucle les mêmes non-informations avec en arrière-plan la même vidéo prise aux abords du pavillon de chasse. Ni l’une ni l’autre n’avait la tête à la gaudriole. S’il y eut câlins, ce furent uniquement des câlins de réconfort prodigués par Penny pour tenter de rassurer son amie.
Cette dernière avait mis le 20 heures de France 2. Alex satisfaisait un besoin naturel quand Penny l’appela. Dans la précipitation à rejoindre son amie, elle interrompit sa miction et en oublia d’essuyer sa foufoune. Aussi c’est la culotte trempée qu’elle arriva au salon alors qu’un petit homme grassouillet s’exprimait.
Une main se leva dans l’assistance.
Dès le retour en studio, la présentatrice changea de sujet ; Penny coupa le son du téléviseur. Alex s’était effondrée sur le divan, la tête entre les mains.
Elle s’assit à ses côtés, l’enlaça et l’attira contre elle.
Les deux jeunes femmes continuèrent longtemps à discuter, l’une voulant se cacher, fuir, mais surtout ne pas avoir affaire aux flics, l’autre argumentant pour la convaincre de parler aux mêmes flics. Penny gagna le dernier set et le match en s’appuyant sur le fait qu’elle y gagnerait à se présenter spontanément et en lui prodiguant force câlins.
Penny prit délicatement le menton de son amie entre ses longs doigts effilés et attira doucement son visage. Elle posa les lèvres sur les siennes, joua de sa langue pour les caresser. Cette longue discussion avait mis leurs nerfs à rude épreuve, et ce baiser un peu mièvre n’apaisait pas Alex. Elle lança à l’assaut une langue conquérante. Retrouvant toute son énergie, elle renversa Penny sur le divan pour une étreinte aussi rapide que satisfaisante. Comme la nuit précédente, elle simula un coït, agissant comme un mâle alpha, mais cette fois le cri qu’elle poussa était un cri de jouissance, pas de frustration. Cri accompagné d’un feulement de Penny pour un orgasme concomitant.
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Samedi soir : 36, rue du Bastion
Le SMS arriva sur le portable d’Éléonore alors que Tom arrêtait sa voiture devant l’immeuble de celle-ci. Texte bref : « La fille est là, rappliquez. »
Durant ce bref échange, Tom avait fait demi-tour. En fait de resto, ils s’étaient rendus dans un troquet pas trop loin de la maison Poulaga. Ils avaient trop faim l’un et l’autre pour un dîner romantique qui leur aurait pris des plombes. Il fallait qu’ils se calent l’estomac avant de passer à la seconde partie du programme. Ne voulant ni l’un ni l’autre commettre d’impair avant l’heure H, la conversation avait roulé essentiellement sur l’enquête, évitant soigneusement les démêlés que Tom avait eus avec Rick Beisse. Ils en étaient au café quand la télé diffusa l’interview de Mabel. Sachant ce qu’il allait dire, ils n’écoutèrent pas vraiment. Ils se moquèrent gentiment de l’air emprunté de leur patron face aux caméras.
En partant du resto, une impulsion soudaine la poussa à proposer à Tom d’aller chez elle. C’était contraire à toutes ses habitudes, mais elle ne voulait pas d’une chambre d’hôtel ; pas avec lui. Elle avait acheté cet appart car il était proche de l’ancien 36. Aujourd’hui, c’était galère tous les jours mais c’était son nid, et aucun mec n’y avait jamais mis la bite. Malheureusement, l’enquête les avait rejoints alors qu’ils s’apprêtaient enfin à… Maudit SMS !
« S’il baise aussi sportivement qu’il conduit, ça va être quelque chose ! » Éléonore chassa cette idée. Putain d’enquête ! Elle pensait l’avoir oublié. Une caresse, un baiser, et déjà elle replongeait. Elle était vraiment conne ! N’empêche que son odeur de mâle, ses mains sur son corps, son souffle dans son cou, sans oublier son côté gentil nounours… il ne faut jamais tourner le dos à un plantigrade ; pourtant, elle lui aurait bien présentée ses fesses. Toute à ses rêveries érotico-sentimentales, elle ne s’était pas rendu compte que la voiture s’était arrêtée.
Elle se désangla et se précipita à la suite de Tom. Dédaignant l’ascenseur, ils prirent l’escalier dont ils gravirent les marches quatre à quatre. Mabel les attendait dans son bureau.
À l’entrée de Riquebit et Jaude, les deux filles se désenlacèrent. Manifestement, l’une tentait de consoler l’autre. « Elles sont en couple. » pensa immédiatement Éléonore. Quelque chose dans leur langage corporel indiquait plus qu’une certaine amitié. Deux filles aux physiques totalement opposés. La consolatrice, grande blonde androgyne à la peau diaphane, vêtue avec recherche, jean et chemisier de marque. Elle reconnut dans la consolée la fille de la vidéo, petite brunette aux cheveux courts et au corps voluptueux. Elle s’était fringuée à la va-vite avec des vêtements trop grands pour elle, appartenant sans doute à son amie. Au goût de Tom, à en juger par le regard qu’elle avait intercepté.
Le début de l’interrogatoire, entrecoupé de pauses sanglotantes, fut laborieux. Peu à peu, Alexandra Delit se reprit. Elle jetait de fréquents coups d’œil à Tom, semblant accorder plus d‘importance à ses questions qu’aux siennes. Elle semblait même quêter son assentiment. En professionnel qu’il était, Tom ayant gagné la confiance de la fille, elle lui laissa mener la danse mais ça l’agaça prodigieusement. Le côté nounours de son adjoint séduisait même les lesbiennes. Elle était mal barrée.
L’interrogatoire en lui-même ne leur apporta rien de vraiment neuf. La vidéo confirmait et donnait du poids au reste du récit. Elle n’avait pas pu leur dire grand-chose sur son sauveur sinon que c’était un gentleman et qu’il ne pouvait en aucun cas avoir tué le député. Son affirmation restant purement subjective puisqu’elle n’avait pas revu ce dernier après que l’inconnu l’ait remontée du sous-sol. Quant à la description, elle n’apportait rien de plus – voire moins – que la vidéo. Sur ce point, Éléonore la suspecta de mentir pour protéger l’inconnu. Ce comportement s’additionnant à sa complicité avec Tom augmenta son énervement. Elle lui fit signer sa déposition. À son grand dam, Tom proposa de la conduire au labo pour faire un test de poudre. Il le faisait exprès ! Il la cherchait ! Pour le test, presque 24 heures après les faits, elle ne se faisait guère d’illusions, mais c’était la procédure.
Lorsqu’ils revinrent du labo, le regard qu’ils se lancèrent avant de se séparer et l’air gêné de Jaude, l’aiguille de son exaspération était à la limite de la zone rouge. Ils allaient chez elle – et pas pour boire un thé – lorsqu’ils avaient été rappelés par Mabel. Une heure plus tard il draguait déjà une nana, gouine de surcroît. En plus, en partant, cette salope s’était retournée plusieurs fois : Tom, malgré qu’il fût un mâle, ne lui déplaisait manifestement pas. Elle se morigéna ; après tout, ils n’avaient échangé qu’un baiser.
Dans le briefing qui suivit en présence de Mabel, ils convinrent que la probabilité que la fille soit impliquée dans le meurtre était très faible. Ils convinrent aussi, après ses déclarations, que la culpabilité de l’inconnu paraissait de moins en moins évidente. Un des éléments qu’avait souligné la jeune femme était son calme, sa détermination. Elle avait eu le sentiment qu’il attendait des confidences de Beisse, pas qu’il était là pour une exécution. Elle était persuadée qu’il était innocent du meurtre.
Tom rougit mais préféra botter en touche :
Sur ce point Tom intervint avec une certaine véhémence :
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Nuit de samedi à dimanche : appartement d’Éléonore Riquebit
Il était vraiment trop, ce mec. Une main sur sa joue et c’était la tourmente dans son ventre, et bien au-delà. Elle avait oublié l’épisode Delit.
Deux portes donnaient sur la minuscule entrée. Naturellement, Tom se dirigea vers celle qui était ouverte. Après une hésitation imperceptible, Éléonore l’arrêta.
Elle lui indiqua la porte fermée.
Tom s’arrêta sur le seuil, saisi. La pièce ne correspondait en rien à ce qu’il connaissait d’Élo. Il s’attendait à un décor femme d’action net, ordonné, et il se trouvait dans un nid chaleureux, un rien bordélique, genre baba cool romantique. Des tentures aux couleurs chaudes dissimulaient l’essentiel des parois. Sur un vieux bureau écritoire d’époque indéterminée, des dossiers s’empilaient, laissant un minimum de place à un ordi. Un canapé confortable trônait en face d’un écran plat. Entre eux, d’autres dossiers traînaient sur une table basse. Dans un coin se cachait un lit monoplace squatté par des dizaines de peluches.
Tom ne dit rien. Il lui caressa encore le visage, prit son menton entre ses doigts et… leurs lèvres se trouvèrent. En tanguant comme un bateau ivre, ils se dirigèrent vers le lit en se déshabillant, s’aidant mutuellement pour les passages difficiles. Quand ils s’écroulèrent, nus, sur le lit, les peluches sautèrent de toute part, horrifiées.
Ce furent les seuls mots intelligibles qu’ils prononcèrent dans la demi-heure qui suivit. Comme lors de leur brève étreinte à la DCPJ, à la fougue des premières secondes succéda une période de tendresse/découverte. Plus aucun vêtement ne les gênant, aucun importun ne pouvant surgir, ils prirent leur temps. Avec ses amants de passage, le commandant Riquebit – fidèle à sa réputation – menait le bal tambour battant. Ce soir, Éléonore avait laissé tomber ses galons. Elle avait fermé les yeux et laissé l’initiative à Tom. Et celui-ci n’en manquait pas.
Elle avait l’impression qu’il avait quatre mains et six bouches. Elles parcouraient son corps dans tous le sens, sous toutes les coutures, goûtant un sein, malaxant une fesse, baisouillant son cou, pinçant un téton. Allongée sur le dos, l’instant d’après à plat-ventre ou en position fœtale, elle se mordait les lèvres pour ne pas crier. Avant même qu’il ne touche son sexe, elle avait déjà eu un orgasme. Orgasme qui n’avait en rien fait baisser son désir.
Si elle laissait Tom à la barre, elle n’en était pas pour autant inactive. Elle s’adaptait aux manœuvres de celui qu’elle était obligée d’appeler son conquérant. Ses mains, lancées en reconnaissance, la délivraient d’une frustration qui durait depuis des années. Rompant avec ses habitudes qui l’amenaient à prendre la « chose » en main avant de la prendre en bouche puis de lui faire visiter son antre d’amour, elle promenait ses doigts, lustrant les poils de sa poitrine, jouant avec ses muscles, parcourant son dos. Elle baisouillait toutes les parties qui passaient à sa portée. À un moment, elle se retrouva à téter un téton. Comme Tom, elle évitait les parties génitales. Parties génitales qu’elle n’avait pu s’empêcher de regarder, de comparer. Un service trois pièces broussailleux qui ne connaissait pas le coiffeur. Un membre affreusement normal, inférieur en diamètre à ce qu’elle était habituée. Une crainte subite la traversa : « Il va avoir l’impression de visiter un hangar à avions… » Brusque envie de pleurer, aussitôt oubliée : la bouche de Tom venait de se poser sur son mont de vénus. Elle glissa insidieusement de quelques centimètres. Lorsque les lèvres entrèrent en contact avec son bouton, son corps se cabra comme s’il avait été traversé par une décharge électrique.
Qu’est-ce qu’il lui arrivait ? Combien de bouches avaient goûté à son clito ? C’était une bonne technique pour la faire grimper aux rideaux, mais ses partenaires devaient s’appliquer. Dans un instant de lucidité, elle se demanda si c’était ça, être amoureuse. Un second orgasme la balaya avant même que les choses sérieuses ne commencent.
Tom, insensible à sa jouissance, continuait ses pérégrinations. Ce second envol l’avait porté à une altitude d’où elle ne redescendait pas. Totalement tétanisée par la tempête qui se déchaînait dans son crâne et dans son ventre, elle se laissait aller, s’abandonnant, abandonnant tout contrôle. Tom aussi perdait le sien (de contrôle). Sifflant la fin des prémices, il enfila un préservatif, la couvrit de son corps de mâle en rut et la pénétra, s’enfonçant sans aucune difficulté jusqu’à la garde dans son connet détrempé. Ensuite, tout devint brumeux, irréel. Elle ne sentait plus son corps, ou pire, en ressentait chaque millimètre carré. Elle n’était plus qu’une onde de plaisir, qu’un orgasme en continu.
Lorsqu’elle reprit conscience, Tom, en mâle repu, dormait contre elle, la main droite cramponnée à son sein gauche.
Ses sens apaisés, les pensées d’Éléonore se tournèrent vers l’enquête. Il lui semblait peu probable que l’homme au masque à gaz fût l’assassin. Pas plus que la fille. La pègre, elle n’y croyait pas non plus : il y avait quelque chose de trop passionnel/personnel dans cette exécution. Selon son expérience, le mobile était la haine (ou l’amour, la frontière entre ces deux sentiments est tellement mince, elle venait de passer de l’un à l’autre en moins de vingt-quatre heures et quelques orgasmes). Elle aurait mis sa main à couper que l’assassin se révèlerait être un proche ou l’une de ses précédentes victimes. Demain, elle irait – enfin, ils iraient – voir sa femme. Si elle avait connaissance des fredaines de son mari, elle deviendrait un suspect potentiel. On allait lui servir la sempiternelle antienne que les femmes rechignent à utiliser une arme à feu ; pourtant, si elle avait à se débarrasser de quelqu’un, elle prendrait un flingue.
« Demain sera un autre jour. » pensa-t-elle en se pelotonnant contre Tom.
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Dimanche matin : domicile parisien de Rick Beisse
La femme qui leur ouvrit la porte affichait une trentaine d’années affirmée. Un carré de cheveux bruns encadrait un visage aux traits fins, discrètement maquillé ; pas très grande, mais sans doute plus que son nabot de mari. Une sobre robe noire, ample, arrivant légèrement au-dessus du genou, ne parvenait pas à gommer sa féminité. Au regard de connaisseur que lui jeta Tom, Éléonore fut certaine que sous la robe austère du deuil se cachait un corps aux formes voluptueuses.
Elle avait zappé les condoléances ; ce n’était pas son truc, et le plus souvent ça déclenchait une crise émotionnelle inopportune. Dans ce cas précis, elle aurait pu les présenter sans problème tant la veuve semblait sinon joyeuse, sereine, presque soulagée. Souriante, elle la salua brièvement puis, s’adressant à Tom :
« Ils se connaissent ; il aurait pu me le dire. » La veuve joyeuse les fit entrer et les conduisit à un boudoir cossu à l’ameublement soigné. Madame Beisse – Héléna de son prénom – s’assit sur une bergère dans une position d’attente, jambes serrées, mains posées sur les genoux. Elle ne put déceler aucune inquiétude dans son attitude.
Devant l’air décidé de leur interlocutrice, elle décida d’attaquer bille en tête par la question qui la tracassait depuis son entrée dans l’appartement :
Tom jeta un coup d’œil inquiet à sa coéquipière, se demandant ce qui lui prenait. Ce n’était pas du tout la tactique sur laquelle ils s’étaient mis d’accord pendant le trajet. Tom voyait venir gros comme un camion le « Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat. » Il se trompait complètement : Héléna Beisse, se permettant même un petit sourire en coin, répondit, imperturbable :
L’entame sans fioritures avait l’air de marcher et, malgré les regards courroucés de Tom, elle continua sur sa lancée :
Elle était soufflée : non seulement la veuve ne s’offusquait pas, mais elle se fichait gentiment de leur gueule. Déjà, elle continuait :
Après les propos de la veuve, on passait du stade de la conversation informelle à celui d’un interrogatoire. Sans se concerter avec Jaude, elle décida de se recentrer sur la personnalité de Beisse :
Elle se tourna vers Tom, avec un petit sourire.
Éléonore se tourna vers Tom. Elle n’aima pas ce qu’elle lut dans ses yeux. Le sourire de la veuve, l’air gêné de son binôme… Y’avait un truc pas clair entre eux. Tom interrompit son début de cogitation.
« Il le fait exprès, le con : il appuie là où ça me turlupine. » pensa–t-elle.
« Un à un ! Je suis vraiment conne ! Je réagis comme une ado ! En tout cas, va falloir qu’il m’explique. »
La veuve, adoptant une attitude plus décontractée, se coula au fond de son fauteuil. Elle croisa les jambes, laissant brièvement apercevoir une culotte qui n’avait rien de sage.
Elle se tourna vers Tom sans terminer sa phrase.
Elle s’interrompit un instant, sourit (un sourire qui ne s’adressait à personne en particulier).
Elle se tut, étreignit nerveusement ses mains, décroisa ses jambes. Décontractée jusque-là, son attitude avait changé. Tom comprit qu’ils arrivaient à un point délicat et qu’il fallait relancer la machine.
« Cet idiot a bien compris ce que je voulais, mais il ne fait même plus semblant de dissimuler la relation particulière qu’ils avaient… » À sa réflexion répondit un ricanement d’Héléna Beisse. Les paroles de Tom semblaient l’amuser et lui rendre un peu de sa décontraction.
« Qu’est-ce qu’il y a entre ces deux là ? À quel jeu la veuve joue-t-elle ? Ces deux là, ils se connaissent trop bien ! » Le flic qu’elle était sentait une complicité entre eux, et ça gonflait la femme qu’elle était. Elle contint son énervement ; ce n’était pas le moment. Elle répliqua :
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Récit d’Héléna Beisse
Rick m’avait éblouie, subjuguée. Je n’étais pas une oie blanche, loin de là. J’avais eu quelques aventures amoureuses ou seulement sexuelles pas très convaincantes. L’apparition de ce quadragénaire sûr de lui, cultivé, m’avait changé des gamins que je fréquentais. Un peu vieux-jeu sur les bords, il n’avait pas voulu qu’on couche ensemble avant d’être mariés. Cela correspondait à son prétendu idéal politique et religieux. Comme les filles de ma génération et de mon milieu, j’étais habituée à côtoyer des jeunes gens férus de porno. Plus intéressés à savoir si votre sexe est épilé, ils vous traitent plus ou moins comme des consommables qu’on jette après usage. Alors ce respect m’a flattée. Depuis, je me suis rendu compte que ça lui permettait de cacher son impossibilité de faire l’amour normalement.
Mes premiers doutes sont apparus dès notre nuit de noce, vite chassés par le plaisir que j’ai pris. Premier écart insignifiant : quand nous sommes entrés dans la suite (monsieur avait réservé une suite !), il s’est assis dans un fauteuil et m’a demandé de me déshabiller, de lui faire un show. Nous étions l’un et l’autre un peu éméchés ; j’ai pris ça comme un jeu. Je me suis dénudée avec force déhanchements, finissant pas lui jeter ma petite culotte sur les genoux. Il la huma avec délice, émettant des commentaires que je ne vous répèterai pas.
Ensuite, il a voulu que je le déshabille. Cela aurait pu être drôle s’il n’avait pas pincé mes tétons ou mes fesses chaque fois qu’ils passaient à la portée de sa main. Je dus me mettre à genoux pour ôter le bas. À mon grand dépit, je m’aperçus que cela n’avait eu aucun effet sur lui. Imaginez ma déception, ma frustration, mon humiliation ! Cela faisait plusieurs mois que nous sortions ensemble, que je n’avais eu aucune relation sexuelle, me réservant pour ce saligaud qui me déclarait sa flamme, son désir. Ce même homme, le soir de nos noces, était assis, son pénis – petite chose, en passant – en berne. J’en eus les larmes aux yeux. Il m’expliqua, condescendant, qu’il avait connu tellement de femmes… Une jeunesse comme moi, aussi belle, aussi délurée fût-elle ne pouvait l’émouvoir ; il lui fallait autre chose : il fallait que j’entre dans son monde.
Qu’est-ce qu’on peut être stupide quand on est amoureuse ! J’étais là à ses genoux, le rimmel coulant sur mes joues, prête à accéder à tous ses désirs. « Je vais t’apprendre. » me dit-il. Il m’empoigna par les cheveux et me plaqua la bouche contre sa verge. Je n’étais pas une oie blanche, comme je vous l’ai déjà dit. Je me retrouvais en terrain connu : « tailler un pipe », comme disaient mes copains, je savais faire. Sauf que sa conception de la fellation ne ressemblait en rien à ce que j’avais pratiqué jusqu’alors. Ce soir-là, j’appris l’expression « gorge profonde » et son sens. Heureusement, son sexe – même érigé – avait des proportions modestes. Il m’a baisé (je ne vois pas quelle autre expression utiliser) sauvagement la bouche en se servant de ma tête comme un artefact de vagin.
Toute cette violence l’excitait. D’ailleurs, je compris rapidement qu’il ne pouvait jouir que dans la violence. Je dois avouer que cette première fois, aveuglée par l’amour et bluffée par la nouveauté, j’étais presque aussi excitée que lui.
Après plusieurs minutes, il m’entraîna sur le lit. Le plaisir que j’avais fini par avoir dans ce premier épisode se dissipa quand, froidement, il m’annonça la suite du programme. Posséder une femme par les voies naturelles ne lui apportait aucune satisfaction : la seule pénétration qui lui procurait quelque plaisir était la sodomie. Je l’avais toujours refusée à mes amants. Il faut dire que leur équipement n’était pas comparable à celui de Rick. Au risque de me répéter, j’étais amoureuse. J’obtempérai à son désir.
Avec l’expérience et quelques amants, la sodomie, même si ce n’est pas ma tasse de thé, avec un homme attentionné peut ne pas être désagréable. S’il n’y avait eu que l’intromission, cela se serait bien passé. Mais bien sûr, pour parvenir à un état satisfaisant, il usait encore de brutalité : mes seins, mes fesses, mon dos connurent ses ongles, ses frappes. Cette nuit-là, malgré tout, j’ai joui. Cela lui a-t-il fait penser que j’aimais ça ? Je ne saurais répondre.
Quand ce porc s’est endormi, j’ai pleuré, pleuré. Je me sentais flétrie, souillée. Il s’était servi de moi comme d’une bête de sexe. Vous comprendrez que mon amour n’a pas résisté longtemps à de telles pratiques. Alors, me direz-vous, « Pourquoi n’êtes-vous pas partie ? » Souvent j’en ai eu envie. Rick, en dehors de sa bestialité sexuelle, pouvait se révéler un homme charmant, cultivé. Il me permettait d’évoluer dans un monde que je ne connaissais pas, de rencontrer des gens de toutes sortes. Sexuellement, je dois avouer, à ma grande honte, que durant un temps il me donna du plaisir. Et puis je l’excusais, je le plaignais. Étais-je bête !
Le pervers sexuel s’est révélé dès notre première nuit, mais il m’a fallu presque un an pour comprendre quelle ordure, quel malhonnête homme il était réellement. Il ne reculait devant rien pour arriver à ses fins. Si vous vous mettiez en travers de son chemin, il vous broyait. Pas lui qui faisait le sale boulot, bien sûr. Pour cela, il était en cheville avec des mafieux corses à qui il rendait de menus services. J’ai commencé à le haïr. Nous avions une vie mondaine, mais quand on se retrouvait seuls… je remplissais encore mon devoir conjugal par intermittence.
La coupe a débordé le jour où il m’a amenée à son relais de chasse et qu’il a voulu m’attacher sur la croix. J’ai refusé. J’étais terrorisée à l’idée de ce qu’il pourrait me faire subir. Ce jour-là, nous en sommes venus aux mains. Nous avons failli nous entretuer. Heureusement pour moi, Rick n’était pas sportif, et ma condition de femme oisive m’avait permis de m’entretenir physiquement. C’est moi qui ai eu le dessus. Je lui ai mis le marché en mains : pour ne pas nuire à sa carrière, je voulais bien rester « officiellement » sa femme, mais il ne me touchait plus. S’il s’avisait de mettre ses sales pattes sur moi, je le trucidais. Il accepta le marché en m’avertissant que si je le trahissais, ses copains s’occuperaient de moi, et que c’est moi qui leur demanderais de m’achever. J’ai vécu ces deux dernières années dans la peur, la hantise qu’il attente à ma vie, sachant que quoi que je dise, quoi que je fasse, il s’en tirerait sans une égratignure : il ferait jouer ses relations, exactement comme quand Tom a voulu s’en prendre à lui.
J’avais d’excellentes raisons de le tuer, n’est-il pas ? Je ne l’ai pas fait, mais je suis très heureuse qu’il soit mort.
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Son récit/confession terminé, il ne restait pas grand-chose de la femme décidée qui les avait reçus. Le masque était tombé, le rimmel avait coulé. Elle se tenait recroquevillée dans son fauteuil, vidée de toute substance. Ils avaient devant eux une femme que Beisse avait détruite, mais pour qui sa mort signifiait la délivrance, la fin d’un cauchemar.
En l’espace de quelques minutes, son statut avait changé : de veuve à ménager, elle passait à principale suspecte. Son alibi ne paraissait guère solide. Elle avait un mobile en béton et avait peut-être su saisir une opportunité. Sans échanger ni un mot ni un regard, Éléonore et Tom savait qu’ils allaient devoir creuser cette piste.
Néanmoins, animée par un sentiment de compassion, Éléonore – qui avait oublié sa jalousie première – décida d’interrompre l’interrogatoire. La femme qu’elle était se demandait ce qu’elle aurait fait à sa place ; le flic estimait que dans l’état actuel de leurs connaissances, il fallait mieux ne pas aller plus loin.
À leur proposition d’un soutien extérieur, elle leur répliqua qu’elle s’était débrouillée seule jusque-là et qu’elle continuerait. Voulant montrer sa force, elle tint à les reconduire. Sur le pas de la porte, Tom posa une ultime question :
Sur ces mots, elle referma la porte.
À suivre