| n° 18376 | Fiche technique | 9180 caractères | 9180Temps de lecture estimé : 6 mn | 14/05/18 |
| Résumé: Une jeune actrice débute avec brio. | ||||
| Critères: fhhh couple cinéma humour -humour -filmx | ||||
| Auteur : Samuel Envoi mini-message | ||||
Oui, je l’avoue j’avais simulé… Il aimait que je pousse des petits gémissements un peu aigus, et puis un peu graves au moment de son éjaculation. Et je me suis dit que si j’étais capable de donner le change à ce point-là… Oui, parce qu’il faut voir comme il était fier de mon orgasme. Alors je l’ai quitté, ce plâtrier, parce que je me suis dit que, douée comme j’étais pour la simulation, je pouvais devenir actrice. Seulement, voilà, pour faire actrice, il faut coucher, qu’on m’a dit. Il faut d’abord jouer la comédie au lit. Si ce n’est que ça… Et je me suis lancée dans le métier.
Au début, je couchais beaucoup, mais je faisais peu de cinéma. Juste avec Roberto. Un petit bout comme ça, pour essayer, qu’il a bien voulu me faire tourner après un week-end à enchaîner les baises dans son loft. Je devais ouvrir une porte à poil évidemment. On verra les rôles costumés plus tard dans ta carrière, qu’il disait. J’ouvrais donc et je disais : « C’est toi ! Maman ! Je croyais que c’était le chien qui grattait à la porte. » Je l’ai rejouée trois-quatre fois et on est retourné baiser. C’était juste un bout d’essai, pour voir si j’avais pas trop le trac. Mais non, pas du tout. Je crois que la deuxième prise était la meilleure. J’y ai mis tout mon cœur. J’ai joué l’affolement de celle qui ne s’attend pas à se retrouver à poil devant sa mère. Je cachais un sein, puis l’autre, puis mon sexe. Mais enfin comme je n’ai que deux mains, je n’y arrivais pas bien. Mais justement ça donnait l’impression de panique. Super bien vu ! Mais il m’a dit que cela ne servirait pas pour le film, c’était juste pour voir comment je me comportais. Moi, je trouve que je me suis bien comportée, d’autant plus que c’était lui qui jouait ma mère, avec une perruque rousse un peu défraîchie. Il fallait vraiment une bonne dose d’imagination.
Enfin, tout de même, je trouvais que ma carrière n’avançait pas très vite et je me suis dit que si ça continuait comme ça, j’allais changer de réalisateur. Justement, il se trouva que Roberto aussi voulait changer d’actrice. Bon, on s’est quitté bons amis et voilà. Seulement lui, il a retrouvé vite une autre actrice, mais moi… Un réalisateur, ça ne se trouve pas aussi facilement.
Mais un jour, par hasard, je tombe sur un type qui cherchait une comédienne pour un film d’un genre nouveau. Un peu scientifique, puisqu’il était question du concours Lépine. Je me suis dit que ce serait innovant et inventif forcément. Je commençais dans le cinéma quasiment d’avant-garde. Et ça, c’est chic. J’arrive toute pimpante au tournage. Je me faisais le film dans ma tête. J’avais lu et relu sur Wikipedia : le Concours Lépine est un concours français d’inventions créé en 1901 par Louis Lépine (1846-1933), alors préfet de police de l’ancien département de la Seine. À peine suis-je entrée dans ma loge qu’on me hurle dans l’interphone :
Alors là, déceptionnée complètement. Comment je vais être connue, moi, si on ne voit pas ma tête ? Si je fais du cinéma, c’est quand même un peu pour que les gens me reconnaissent dans la rue et me complimentent pour mes grands yeux, comme Arletty.
Bref, on m’a enlevé le peu de fringues décentes que j’avais sur le dos et hop, me voilà face à je ne sais combien de membres au garde-à-vous que j’avais pour mission d’emboucher, d’emmancher, d’enfiler, d’entreducuter… Je me mets au boulot, en simulant évidemment et en me disant que c’est juste pour inciter la jeunesse à regarder une belle femme qui sait y faire, plutôt que d’aller se droguer dans des bas-fonds.
Mais l’après-midi, on remet le couvert ! On m’explique le scénario (indigent par ailleurs pour qui a son certificat d’études) :
Et il me montre l’affiche : « Le con court les pines ». Bref, c’était moi le con qui courait après les pines, dans ce scénario invraisemblable. Je peux vous dire, que dépitée comme je l’étais, j’ai simulé encore plus que d’habitude. Ça me stimulait même de simuler. Je pense à ma carrière et je ne veux pas qu’on vienne me reprocher d’avoir participé à ce genre de sous-pantalonnades. Si, quand je serai connue, on me ressort ces scènes, je dirai : « Vous n’êtes pas très cinéphiles ; vous ne voyez même pas que je simulais. Et pour les pénétrations, qui peut dire que c’est moi, puisqu’on voit pas ma tête. »
Oui, mes débuts ont été laborieux, mais à un moment donné dans la vie, on tombe forcément sur une année où on a un jour de chance. C’était sur le tournage de « J’ai tout vomi, il ne me reste plus que la glotte », où j’ai rencontré en plein hiver un homme qui m’a fait chaud partout. Ce fut une belle histoire d’amour. Au début, comme je couchais utile, je ne trouvais pas utile d’y mettre tout mon cœur. Mais au fur et à mesure qu’on s’aimait plus fort, je me suis lâchée. Et un beau jour, alors qu’il me baisait comme un dieu grec, ou au moins romain, je n’ai plus simulé du tout. Un orgasme de toute beauté qui m’a laissée sur le cul.
Le lendemain, Victor (en fait il s’appelle Tony, Victor, c’est son nom d’artiste) me prend par la main avec une extrême délicatesse que l’on ne rencontre que dans les films suisses, il m’installe confortablement dans le canapé et il commence à me parler avec la voix qu’il a quand il dit « Coupez ! ».
J’étais désespérée, désappointée, désagrégée, et toujours désapée malgré tout à la scène comme à la ville. Comment garder cet amour et ne pas en profiter pleinement ? Ne plus connaître la jouissance suprême du corps exultant ? Aller consulter un sexologicien ou quelque chose comme ça, qui allait en plus profiter de la situation ? Le malheur me frappait en plein bonheur.
Et comme ce récit doit servir aux jeunes filles qui souffrent des mêmes maux, je vais révéler comment j’ai résolu le problème. Le surlendemain, nous avons fait l’amour. Il m’a prise élégamment sur la table de la cuisine encore parsemée de farine. Il m’a pénétré d’un seul coup sans prévenir. À mon avis, il voulait raccourcir les préliminaires pour que je n’ai pas le temps d’arriver à l’orgasme réel. Mais j’avais prévu le coup dans ma tête et dès que je me suis sentie envahi de sa fougueuse pine, j’ai commencé à ressentir le plaisir m’inonder. Et tout de suite, il m’est venu à l’esprit l’idée de simuler la simulation tout en continuant à jouir au maximum. Je ressentais un vrai orgasme, mais je poussais de faux cris. Tout le monde était content. Et surtout je me disais :