| n° 18247 | Fiche technique | 9887 caractères | 9887Temps de lecture estimé : 7 mn | 03/02/18 |
| Résumé: Rêveries sensuelles, moment d'abandon dans l'intimité d'un lit. | ||||
| Critères: f fh extracon collègues fmast fellation pénétratio -regrets | ||||
| Auteur : Maxine Alyzias | ||||
Sa peau. Oui c’est sa peau. Ou peut-être son regard ? Non non, c’est sa peau. Cette douceur, ce corps ferme, svelte, musclé juste ce qu’il faut. Le corps de celui qui s’entretient.
Toucher sa peau. Sentir son odeur. Caresser ce corps, le parcourir du bout des doigts, du bout des lèvres, du bout de la langue. Se laisser enivrer par cette enveloppe. C’est comme se couler dans un bain bien chaud.
C’est ça qui lui manquait le plus. À bien y réfléchir, elle n’en a pourtant pas beaucoup profité. Trois-quatre fois, un petit tour et puis voilà. Fini. Oublié ce corps, oubliée cette peau. On oublie peut-être mais les sensations restent. L’odeur aussi. Madeleine de Proust charnelle.
Malgré ces trois-quatre fois, elle connaît sa peau, son corps, son odeur par cœur. Elle pourrait même les distinguer entre mille. Sa chair, ses baisers, la chaleur qui émane de lui. Une vraie bouilloire. Elle aime bien ça, elle, elle a toujours froid.
Glisser ses mains sous sa chemise. Entrouvrir un bouton. Puis deux. Ce serait délicieux. Plonger de nouveau, faire abstraction du reste. Elle sait pourtant qu’elle s’aventure encore en terrain dangereux. Qu’elle fantasme trop et que le jour venu, elle est presque déçue. Déçue par l’acte, pas par le corps. Pas par les sensations si brûlantes quand elle glisse ses doigts dans ses cheveux et qu’elle attire sa bouche à la sienne.
La voilà qui se dandine. Elle y a encore trop pensé. Ça picote, ça fourmille. Heureusement qu’ils ne se croisent jamais. Elle pourrait lui sauter dessus en pleine rue si elle le voyait dans ces moments-là. Pourquoi y pense-t-elle en ce moment d’ailleurs ? Ah oui, la drogue. Ce n’est même pas vraiment de sa faute, elle y est accro. Soit c’est la bouffe, soit c’est le sexe. Besoin de se remplir. Le vide, elle en a peur. Remplir son ventre d’une manière ou d’une autre. Et tenir jusqu’à la prochaine fois. Sauf qu’en ce moment, elle surveille son alimentation. C’est la bascule, elle y pense tout le temps.
Et puis elle a eu un message. Rien d’original, des vœux de bonne année. Merci, toi aussi. Salut bisous.
Si au moins elle était capable d’écouter sa raison. Elle saurait se retenir mais en ce moment c’est impossible. Elle veut sa peau. Rien d’autre. Chacun ses obsessions. Même pas un mot. Juste un contact. Prolongé, le contact. Des lèvres qui se collent, des langues qui se mélangent, même pas plus. Baisers chauds et sucrés, mains sous sa chemise. C’est tout ce qu’elle voudrait. Elle a essayé de se convaincre : mais non ce n’est pas lui en particulier, c’est l’évasion qui compte. Elle y a presque cru, c’est dire. Et il a suffi d’un message. Tous les souvenirs sont revenus, frais et vivants à la fois, forts et frustrants.
Elle dort seule, comme souvent. Elle aime bien dormir seule, elle peut se laisser aller à ses rêveries sans culpabiliser. Et ses mains peuvent faire ce que bon leur semble. Son nez, enfoui entre son imagination et son oreiller, tente de humer les effluves d’un parfum parti depuis longtemps. C’est pire qu’un placard à bonbons cet homme-là. Et puis on ne peut même pas prendre l’excuse du danger pour la santé. C’est que c’est du sport !
Sa main s’est glissée entre ses cuisses discrètement. Parcourt son intimité.
Sentir sa langue sur la sienne. Dire qu’on n’aura jamais été au cinéma. Ou ailleurs même. Ils en avaient parlé. Se cacher dans une salle obscure et assouvir plusieurs de leurs envies. Tiens, ça existe des âmes-sœurs uniquement sur le plan sexuel ? Elle cherchera. Mais plus tard. Car là, sa main a écarté le tissu fin de son sous-vêtement et elle n’a pas du tout envie de la retirer. Elle peut sentir son souffle dans son cou. Chaque baiser doux, chaque petite morsure, elle se laisse aller entre ses lèvres.
Elle commence à avoir chaud. Son cœur s’emballe, bat à tout rompre. Elle ne veut pas que cet instant s’arrête, tant elle l’a attendu. Sa peau contre la sienne. Son corps allongé sur elle. Ses mains, puissantes, qui parcourent chacune de ses cellules, laissant une empreinte qu’elle n’oubliera jamais. Ses mains toujours, qui l’attrapent par les hanches, l’attirent vers lui. Il écarte ses cuisses, la goûte, soupire, heureux.
Elle n’a jamais été à l’aise dans ces moments-là. Il la détend. « Tout va bien, je suis là, laisse-toi faire. » Elle se tait, respire fort. Il s’arrête, propose une pause. « Non, s’il te plaît, non, continue. » Ses doigts fins la pénètrent, elle se détend enfin, se laisse aller et tant pis pour le reste. Elle a chaud. Il profite. « Je ne prends jamais assez de temps pour jouer avec ma langue en toi, laisse-toi aller, je veux m’occuper de toi aujourd’hui. » Elle a renversé sa tête sur le bord du lit. C’est toujours comme ça. Incapables de se mettre dans la longueur. Une métaphore à leur chemin de traverse.
Ils s’étaient rencontrés au travail. Classique dira-t-on. Ça avait tout de suite collé. Mais ils étaient tous deux en couple. Difficile de se lancer, surtout quand on a des enfants. Puis finalement, un soir, à la faveur d’une réunion qui s’éternisait, ils avaient commencé à badiner. Quelques mots, quelques phrases. Il avait été surpris qu’elle s’avère aussi libérée que lui. C’est vrai qu’on ne dirait pas comme ça… Le lendemain, il était entré dans son bureau, et sans dire le moindre mot, l’avait embrassée longuement.
Ils avaient passé un accord. Il devait être muté sept semaines plus tard. « On joue, oui, mais pour sept semaines seulement. Pas de sentiments, rien que du physique. Ensuite, fini, retour à la normale. »
Les sept semaines étaient passées, entre folies sensuelles et fantasmes enfin réalisés. Ils avaient même fait l’amour au bureau. La peur de se faire prendre avait décuplé leur désir.
Bien avant la fin, ils savaient déjà qu’ils seraient incapables d’en rester là. Malgré sa mutation, ils étaient parvenus à se revoir. Des instants précieux et rares, chaque minute était mise à profit.
Son envie monte. Ta peau, je veux te toucher, approche. Il se tourne, lui proposant ainsi un sexe qu’elle connaît bien. Jamais un membre ne lui aura autant plu. Doux, de taille honorable mais pas monstrueuse, d’une hygiène irréprochable. Du jour où elle l’a goûté, elle n’a plus réussi à s’en passer. À ne plus pouvoir en goûter un autre d’ailleurs. Elle le prend en bouche avec plaisir.
Et puis c’est l’explosion, premier round, toujours elle qui craque la première. C’est un artiste, de l’or dans les doigts. Elle est affamée, encore encore. Il s’allonge sur elle, écarte doucement ses lèvres. « Ça va, c’est bien là ? Tu me dis hein. » C’est touchant, il est toujours très prévenant alors qu’il voudrait se la jouer Rocco. Malgré ses airs de, ce n’est pas le cas. Il a de l’expérience mais toujours peur de mal faire. Il l’embrasse encore, la langue cherche, fouille. Enfouit sa tête dans les cheveux longs. Passe une main sous ses reins, la tient fermement serrée contre lui. Il ne la baise pas. Il ne l’a jamais baisée. Malgré leur accord, leurs promis-juré-c’est-juste-physique, ils ne se baisent jamais. Ils se font l’amour. C’est tendre et ferme, douillet et rassurant. C’est comme rentrer à la maison après un long voyage. C’est logique.
Elle en veut plus. Elle veut le dominer, pouvoir bouger à son aide, elle n’aime pas être dessous. À son tour de s’enivrer de l’odeur de sa nuque. Elle le chevauche enfin. Il lui caresse les seins, se souvient que ça n’aura aucun effet sur elle, rit. Quand il commence à faire des blagues, c’est qu’il est sur le point de craquer. Sa technique de Sioux à lui. Elle trouve ça touchant, mais ne lui laisse aucun répit. Joue des hanches, bascule son bassin. Elle aime trop ça, le voir fébrile, cherchant un sujet, une branche à laquelle s’accrocher pendant qu’il agonise de plaisir. Il se concentre, glisse ses mains, caresse et finit par trouver la bonne combinaison qui leur permet d’atteindre le sommet ensemble.
Pourquoi ne se voyaient-ils plus ? Leur relation s’était poursuivie environ deux années. Jusqu’à ce couperet, quatre petits mots : « Ma femme est enceinte. » Ils avaient fait le choix, douloureux, de s’arrêter là. C’était violent, cruel, inattendu. Mais nécessaire. La fin d’un très bel été, de très belles vacances. Elle n’arrivait pas à s’en remettre.
Elle se laisse aller contre lui. Elle adore se lover après tant d’efforts mais rares sont ceux qui l’appréciaient autant qu’elle. Ça respire fort, reprend des forces. Quelques blagues, on n’a plus vingt ans ! Il la taquine sur son âge. Elle recommence déjà à le caresser. Elle n’a même pas arrêté, ses mains se promènent malgré elle. Il l’embrasse, épaule, cou, petite morsure. « Hum, un peu fort là, attention aux traces… » ; un baiser, caresse les cheveux du bout des doigts. Échangent un regard qui en dit long. Elle se retourne, il lui caresse le dos. Les reins. Les fesses. Glisse sa main. Déjà l’envie reprend, ils sont insatiables. Elle bascule sur le ventre et le voilà déjà couché sur son dos.
Demain elle se rappellera. Elle s’en voudra un peu. À cause de l’oubli, de détails qui s’effacent avec le temps, certainement pas à cause de ce qu’elle aura fait.
Elle aura envie d’envoyer un message. Se ravisera. Et le soir venu, glissera une main sous son sous-vêtement fin.