| n° 18208 | Fiche technique | 53301 caractères | 53301Temps de lecture estimé : 29 mn | 30/12/17 |
| Résumé: Paris, Douze Brumaire An Deux, quelque part dans un ancien hôtel particulier réquisitionné, je termine un ultime papier. Dehors, le temps est maussade, la luminosité est basse. Soudain on toque à la porte, un sans-culotte entre, pique en main... | ||||
| Critères: fh extracon pénétratio fsodo historique humour -humour -historiqu | ||||
| Auteur : Patrik (Carpe diem diemque) Envoi mini-message | ||||
Paris, Douze Brumaire An Deux (02/11/1793), quelque part dans un ancien hôtel particulier réquisitionné, je termine un ultime papier. Dehors, le temps est maussade, la luminosité est basse. Soudain on toque à la porte, un sans-culotte entre, pique en main :
Je me lève, la porte s’ouvre, quatre hommes poussent trois femmes au milieu de la pièce. Malgré leurs haillons mouillés par le crachin du dehors, malgré l’évident manque de soins, ces trois femmes sont indéniablement belles. Néanmoins, on peut découvrir sur leurs visages quelques stigmates des privations dues à la prison.
L’homme défait les chaînes en grommelant :
Un large sourire éclaire la face des geôliers :
Puis tous obéissent en sortant de la pièce. Je montre aux trois femmes les sièges disposés devant le bureau, les invitant à s’asseoir :
Après un moment de flottement, se consultant muettement du regard, elles s’exécutent. Deux des femmes restent intimidées, ce qui n’est pas le cas de la brune :
Celle-ci s’étonne :
Posant ma main sur le bureau pour me saisir d’une plume, je souris :
Marie-Denise, la blonde aux boucles incendiaires, enchaîne :
Marie-Louise enchérit :
Je m’assieds derrière le bureau, trois paires d’yeux me scrutent :
La blonde Marie-Louise laisse échapper :
Les trois femmes me regardent assez stupéfaites. C’est la brune qui rompt le silence :
Marie-Élisabeth ouvre la bouche pour la première fois :
Marie-Louise enchaîne :
C’est Marie-Élisabeth qui répond :
Je pose mon menton sur mes poings. Je vois mal ce qu’elles pourraient tenter. Les portes sont gardées, et nous sommes au second étage. De plus, la cour grouille de soldats. Je me lève :
Pour toute réponse, je tire sur un cordon rouge. Peu après, une chambrière arrive avec un grand plateau sur lequel mes trois invitées écarquillent les yeux. Je vois qu’elles se refrènent, ayant encore des bonnes manières, malgré la faim qui doit les tenailler. La chambrière s’en va.
Et je quitte la pièce, me demandant néanmoins si je ne suis pas en train de faire une grosse bêtise de les laisser seules ! Je le saurai assez tôt.
Le temps de régler certaines choses, de prendre la route, nous sommes arrivés chez moi trois semaines avant Noël, fête à présent désapprouvée mais restée très fêtée là où j’habite actuellement. Bien que je devrais théoriquement sévir, je ferme ostensiblement les yeux sur tous les préparatifs. Les gens du cru apprécient beaucoup ma cécité !
Ma récente maîtresse a vite commencé à prendre ses nouvelles marques. Il ne lui a pas fallu longtemps pour séduire toute la population. Il faut dire qu’avec son air ingénu, même les athées convaincus lui donneraient le Bon Dieu sans confession et aussi le Paradis en option. De plus sa beauté rayonnante et fragile fait l’unanimité chez les hommes comme chez les femmes. Sauf chez certains fâcheux bien minoritaires.
Je pense que vous avez compris que c’est Marie-Élisabeth qui s’est sacrifiée.
Elle reconnaît elle-même que ça n’a pas été un gros sacrifice. Elle souhaitait changer d’air et je lui plaisais. Et en plus, en plus de ma personne, son nouveau lieu d’habitation l’a séduite. Elle m’a néanmoins avoué qu’elle avait pensé prendre la poudre d’escampette si des soucis étaient survenus.
Puis nous nous sommes embrassés. Tout va bien ici. Mais hélas, ailleurs, ce n’est pas tout à fait le cas ! À Paris, la Convention devient folle, les exécutions s’enchaînent, les massacres aussi dans certaines villes, et quelque chose me dit que ce n’est pas fini.
Je suis en train de décacheter mon courrier, et à la vue d’une missive officielle je ne peux m’empêcher de proférer un sacré juron. Marie-Élisabeth me regarde stupéfaite, je ne l’ai pas habituée à ce genre de chose :
Elle écarquille grands les yeux :
Marie-Élisabeth me regarde comme si je venais de dire le plus gros mensonge du monde :
C’est à elle de m’étonner par sa courte réponse :
Ma réponse la chagrine visiblement, mais c’est la triste réalité, il faut composer avec. Après un gros soupir, elle demande :
Elle a un petit rire :
Je m’approche d’elle, elle ne bouge pas. Je la capture, elle ne proteste pas. Je relève ses jupons, elle ne s’enfuit pas. Je caresse ses douces fesses, elle ne se dégage pas.
Alors je plonge mon nez dans son cou afin de déposer quelques baisers fiévreux.
Puis je décide de passer aux choses sérieuses en relevant tous ses jupons afin de révéler au grand jour la double courbe de ses adorables fesses. L’instant d’après, je plaque mon sexe bien en érection sur ce beau cul. Elle proteste mollement :
D’un ton plus intimiste, elle répond :
J’aime le vase naturel, mais parfois, il n’y a pas d’autres possibilités que de passer par le petit chemin. Ceci étant, Elsie est très accueillante, peu importe la porte, le rêve de n’importe quel homme, sauf peut-être des moines ascétiques et des bilieux. Peut-être, car une femme comme ma délicieuse compagne vous convertirait une montagne en lac (ou l’inverse) !
Sa chaude porte de nacre est toujours accueillante et avenante à souhait, peu importe le lieu, dehors comme dedans, ainsi que l’heure du jour ou de la nuit.
Sa moelleuse porte de soie est très souvent à ma disposition, pleinement offerte et obligeante, sauf quand les aléas de la nature féminine font que c’est plus risqué que d’autres jours.
Et en ce qui concerne son ajustée porte d’ébène, j’ai toujours été étonné de sa formidable aptitude à l’ouverture, et de son efficacité pour les hauts cieux, aussi bien pour ma chère maîtresse que pour ma personne.
Marie-Élisabeth se plaque contre le battant de la fenêtre, me tendant éhontément ses fesses. Le message est clair, son approbation aussi. Ma presque-femme est peut-être une catin, mais c’est une catin qui fait mon bonheur, et que demander de plus à la Divine Providence ? Rien que pour ça, il doit exister un dieu là-haut ou en bas. Sans doute pas le dieu terrible décrit dans la première Bible, ni celui des chrétiens, pas même celui des philosophes. Et si forniquer est la façon de le prier, alors j’y sacrifierai tous les jours de ma courte vie !
Une fois de plus, à ma grande satisfaction, sa petite entrée est devenue plus large au fur et à mesure que je la taquine. C’est assez insolent mais ô combien utile. Je mouille mes doigts de salive afin d’en humecter le bout de ma turgescence. Je recommence l’opération deux fois supplémentaires, puis je me décide à explorer cette grotte si suave et si interdite.
Je me cale contre sa cuvette, puis d’un mouvement décidé, j’entre en elle. C’est un délice que de forcer cette entrée, aussi bien pour cette chaleur, cette moiteur, cette étroitesse que pour le goût de l’interdit. Ah, ces maudites religions qui empêchent les hommes de se faire leur paradis sur terre !
Sans parler du fait que c’est une très agréable façon de forniquer sans craindre le « croissez et multipliez »…
Tandis que je m’enfonce en elle puis que je la pistonne pour bien lui faire sentir qui possède le manche, ma maîtresse agite ses fins doigts dans sa toison, taquinant impudiquement ce bouton mystérieux et sensible que, malheureusement, certains hommes ignorent ou délaissent. S’ils savaient que pareil bouton aide la femme à y revenir plus souvent, ils ne le négligeraient pas.
Enfiévré comme je suis, je ne résiste pas longtemps à l’envie irrépressible d’ouvrir mes écluses. Pourtant, je me freine du mieux que je puis, évitant de céder trop vite, malgré la concupiscence qui me taraude !
Mais les gémissements voluptueux de ma belle entreprise ne m’aident pas à ce contrôle, sans parler de tous les frémissements de ses hanches qui oscillent autour de mon pieu enfiché dans ses profondeurs.
Alors je cède, je m’abandonne à cette vague de plaisir qui monte en moi, qui s’écrase sur la digue, forçant la moindre ouverture. Puis le barrage explose, la mer s’engouffre dans le fin chenal, j’inonde en longues saccades ce divin cul de ma semence tandis qu’elle jouit sous ses doigts englués !
Assurément, forniquer est la bonne façon de prier ce dieu inconnu, et j’y sacrifierais tous les jours de ma courte vie, et même de celle d’après !
En cette fin de Pluviôse (mi-février), sur la Grand-Place, une petite troupe vient d’arriver, accompagnée de quelques charrettes et d’un lourd véhicule. Mes deux indésirables, Loberger et Puissadin, sortent de leur grosse calèche. Ils ont le physique de l’emploi, c’est indéniable, mis à part que le premier est assurément plus enveloppé que le second. Je vois bien du coin de l’œil que les habitants voudraient déjà qu’ils repartent. Indifférents à l’ambiance plutôt glaciale malgré un gentil soleil pré-printanier, les commissaires s’avancent vers moi :
Malgré la douce tiédeur du temps, cette réponse jette un froid supplémentaire parmi l’assemblée réunie pour accueillir les deux représentants. Je me dis que ces deux-là ne choisissent pas la meilleure façon de s’intégrer. Mais je pense que c’est le cadet de leurs soucis, ils veulent jouer aux petits chefs, et rester dans la ligne droite du Père Duchesne, alias Hébert.
Tandis que les deux nouveaux arrivés paradent, Messanville, un notable assez influent, se penche à mon oreille :
Le notable ricane :
Si Messanville, ce notable pourtant modéré qui vient de converser à mon oreille, ose me dire ça, il ne faut pas demander les pensées des autres ! Je sens que les prochains jours ne vont pas être tristes ! J’espère que personne n’aura un geste malheureux, car occire un commissaire, c’est courir le risque de voir survenir une armée de rétorsion, et en général, ces soldats-là sont peu cléments. Il faudra que j’explique ce point de vue aux notables…
Marie-Élisabeth qui est à mes côtés, frissonne :
Elle tord sa jolie bouche pour répondre :
Elle part dans un rire cristallin qui surprend la plupart des personnes qui nous entourent.
J’ai mis quelques jours à faire admettre à tous que la solution la plus sage était de se tenir à carreau, et de laisser pérorer ces deux commissaires. Tant qu’ils ne font que parler, c’est un moindre mal. Néanmoins, il a fallu que j’intervienne pour sauver la vieille Armeline qui n’a plus toute sa tête, et qui n’avait rien trouvé de mieux que de crier « Vive le roi » sous leurs nez !
Outragés, les deux représentants en mission voulaient la faire enchaîner sur place, je m’en suis sorti avec une pirouette :
Je reprends la main, demandant à cette pauvre folle :
Réprimant un sourire, je me tourne vers les commissaires :
Toujours planté comme un i, Puissadin fait la grimace :
Et l’histoire s’était arrêtée là. Pas besoin que ces ceux-là sachent qu’elle est aussi la guérisseuse du coin, et qu’elle a souvent de la visite pour ses talents qui semblent nettement plus efficaces que les docteurs officiels.
Hélas, pour trois jeunes garçons écervelés, je n’ai pas eu la même réussite. Ils sont actuellement derrière les barreaux. Idem, hélas pour quelques prêtres et certains nobles qui sont eux aussi en prison. Mais j’ai bon espoir qu’ils ne soient pas envoyés ailleurs pour être jugés. Par contre, je ne compte plus les amendes infligées ci et là !
Loberger (le mieux portant) a visiblement des vues sur ma maîtresse, mais il n’ose pas, ce qui n’est pas plus mal en soi, ça évite bien des soucis. Par contre, il lutine lourdement la plupart des servantes qu’il trouve sur sa route. Quant à Puissadin (le rachitique), je le soupçonne de détester systématiquement les belles femmes. Sans doute a-t-il été éconduit par l’une d’elles, il y a quelques lustres, dans sa jeunesse. D’ailleurs, je me demande sincèrement si ce genre d’individu a pu avoir une jeunesse…
Ces commissaires sont plus bêtes que réellement méchants, ce qui est un gros soulagement. C’est sans doute pour cette raison que l’Assemblée les a envoyés ici, dans une contrée perdue.
Pour l’instant, personne n’est mort, ce qui est déjà une victoire en soi. Il faut dire que deux commissaires et une petite troupe de même pas vingt soldats peuvent difficilement régner en maîtres, sachant le caractère assez farouche des paysans du coin.
Sans parler du fait que certains soldats de ladite troupe ne détesteraient pas rester sur place, voire faire souche…
Environ une décade après l’arrivée des représentants en mission, un de mes contradicteurs, Pierre Dartogny, sollicite une entrevue. Cet homme possède un franc-parler certain, et ressemble un peu à Danton, mais en nettement moins laid. Il est massif, robuste, un chêne. Étonné de sa visite, je l’accueille dans mon bureau. Comme je m’y attendais, il va droit au but :
Perplexe, il se gratte la tête :
Il s’emporte :
Je tempère, mais j’ai dû calmer plus d’une fois ces deux envoyés, avec la justification évidente qu’ils n’avaient pas de papier officiel à me montrer, les accréditant du pouvoir de juger sur place. Peut-être qu’un jour, ces fameux papiers arriveront. Dartogny gronde :
Mon massif visiteur ricane :
Après un rapide coup d’œil circulaire, il hoche la tête :
Les mains derrière le dos, je m’approche lentement de mon visiteur, et je lui assène :
Abasourdi, il s’assied lourdement sur une chaise :
Puis soudain, il change totalement de ton et de conversation :
Toujours assis, il rit grassement :
Il lève les yeux vers le plafond, pensif :
Une légère pause, je ne dis rien, laissant venir. Puis il reprend :
Cyniquement, je lui demande :
Il s’exclame aussitôt :
Il est perplexe, on dirait qu’il n’avait pas songé à ce point de détail. Pourtant, il existe bien des notables qui ont une légitime d’un côté et une illégitime de l’autre, voire des illégitimes en même temps. Mais ici, dans cette petite vallée, la notion de morale reste bien ancrée, et mon notable n’est pas du genre à se jeter à l’eau.
Soudain, un peu affolée, Marie-Élisabeth fait alors son apparition dans la pièce :
Venant précipitamment vers elle et lui prenant les mains, je la rassure :
Dartogny, qui s’est levé pour saluer ma maîtresse, bafouille lamentablement :
Comme ses jambes le trahissent, mon hôte s’assied à nouveau. Amusée, ma maîtresse se penche légèrement sur ce pauvre Dartogny en sueur :
Puis brusquement, elle se redresse, me regardant :
Mon visiteur ne sait plus où se mettre. Égayée, elle se penche à nouveau sur notre invité qui est rouge comme une pivoine :
Celui-ci rougit encore plus devant le décolleté que ma compagne lui offre. Et je sais pertinemment que ce n’est pas un effet du hasard, ma chère maîtresse s’y entend très bien sur ce sujet ! D’ailleurs, je connais ses états de service avant qu’elle ne fut envoyée en prison. Et je les connais d’autant mieux que j’en bénéficie depuis quelques mois !
Elsie me consulte du regard, je lui réponds muettement qu’elle peut y aller de bon cœur si ça lui chante. Après en avoir parlé, il y a quelques mois, nous sommes convenus d’une sorte de langage muet pour certaines occasions. Je sais très bien que ma maîtresse ne déteste pas batifoler ci et là, mais qu’elle me reste attachée prioritairement. J’ai bien vu dans son regard que Pierre était un morceau auquel elle souhaitait goûter un peu.
Rassurée par ma réponse silencieuse, elle s’assied carrément sur les genoux de mon visiteur qui n’en demandait pas tant. Décidément, elle a peut-être une allure ingénue, mais elle en est encore plus dangereuse ! Et ça, je le sais fort bien.
Mon visiteur ne sait plus sur quel pied danser. Encore heureux qu’il soit assis. Il me jette des coups d’œil inquiets ; moi, je me contente de sourire et d’assister à la suite des événements. Notre belle tentatrice comprend vite qu’il va falloir aider un peu les circonstances :
Ce qu’il y a d’amusant dans certaines personnalités, c’est ce passage de tout à rien, ou dans le cas qui nous intéresse ci-céans, le passage de rien à tout. En grand émoi, Pierre plonge carrément son nez et ses lèvres dans le décolleté largement ouvert et offert, lançant fébrilement de multiples :
Tandis que sa tentatrice, fort contente de son emprise, glousse de plaisir sous ses baisers que je devine brûlants. Devant la tournure des événements, je préfère sortir discrètement de mon bureau. Je referme la porte derrière moi silencieusement, puis je pars visiter les jardins anglais, ça me détendra, et ça me permettra de mieux cogiter à ce nouvel élément qui est en train de se greffer à mon éventail de possibilités et d’opportunités.
Mon petit doigt me dit que, prochainement, Pierre Dartogny ne me refusera pas beaucoup de choses…
Faire d’une pierre deux coups, c’est un joli proverbe. Et ça peut aussi devenir une réalité, si toute ma machinerie se déroule telle que je le prévois et que je le souhaite. J’espère qu’il n’y aura point de grain de sable qui grippera les rouages.
J’ai demandé à Pierre Dartogny de me fournir un carrosse, pas trop usagé mais à sacrifier. Il m’a alors regardé d’un air étrange, mais le lendemain, j’avais devant ma porte ce que je lui avais demandé. Puis j’ai fait décorer le véhicule aux couleurs de la nation et donc de l’Assemblée, avec un bel aménagement interne de haut confort.
Dartogny s’est même offert le luxe de convier ma maîtresse à venir faire un petit tour dedans. Une bonne heure plus tard, Elsie m’est revenue toute décoiffée.
Puis, lors d’une belle cérémonie très patriotique, ce carrosse fut offert aux représentants qui en prirent possession tout de suite. J’ai même eu droit à un double remerciement, sincère de surcroît. Durant les jours suivants, Loberger et Puissadin se sont pavanés dans toute la contrée avec leur nouveau jouet qu’ils appréciaient hautement.
Quelques jours après la cérémonie, le citoyen Dartogny vint me voir en privé dans mon bureau :
Dartogny avait compris qu’il n’en saurait pas plus. De surcroît, Elsie venait de rentrer dans mon bureau, et il se fit un plaisir de la courtiser (rapidement) puis de la lutiner (longuement) sous mon nez. Un carrosse pour les uns, une femme pour les autres, c’est aussi simple que ça.
Puis ce que je redoutais est arrivé. Comme depuis un certain temps j’avais mis discrètement en place un réseau, et plus précisément une petite équipe, celle-ci a réussi à intercepter un ordre de mission nominatif et destiné aux commissaires, hélas, trop clair et net : le pouvoir effectif de juger et de condamner, sans devoir passer par les hautes instances. Prestement, j’ai fait disparaître le document, comptant sur la lenteur de l’administration et des communications. Mais je ne fais que retarder au mieux l’échéance de deux décades environ. Peut-être un peu plus, en rusant.
Que faut-il que je fasse ? Que j’attende encore un peu, ou que je passe à l’action ?
Au final, je n’ai que trois solutions. Ou bien je collabore, mais ça me répugne. Ou bien je me débarrasse de ces importuns, mais la Convention ne va pas apprécier, sauf si ça ressemble bien à un accident, mais gare à la relève, ce qui ne fait que reporter le problème. Ou bien, dernière option, je quitte la France, avec ma maîtresse, solution de facilité, mais ce serait lâche.
Bref, ce n’est pas évident, sans parler des à-côtés…
En effet, ce soir, maintenant, alors que nous sommes au lit, Elsie vient de me confier que son nouvel amant voulait ne l’avoir que pour lui, et qu’il cherchait à briser notre couple :
Légèrement tremblante, elle se blottit un peu plus contre moi :
En effet, j’ai connu meilleure nouvelle. Si j’ai fait alliance avec cet homme, c’est pour contrer ces fichus commissaires, mais certainement pas pour qu’il tente de m’éliminer afin de prendre ma place auprès de ma maîtresse. C’est une situation à laquelle je n’avais pas songé…
Après un gros soupir, je lève les yeux vers le plafond tout en répondant d’une voix chagrinée :
Sans ouvrir la bouche, elle me regarde assez étonnée. Je continue :
Mutine, elle s’exclame :
Pour toute réponse, je me jette sur elle. Elle rit. Nous avons fait l’amour, plusieurs fois ; j’adore sa délicieuse voix quand elle jouit, ce qui est une bien agréable façon de ne pas dévoiler les points de détail de mon complot.
Puis le fameux moment est arrivé, trois jours plus tard.
Par un courrier codé venu de la capitale, j’ai eu confirmation que la cote d’Hébert n’était plus au beau fixe et que Robespierre et Danton allaient sans doute faire quelque chose de décisif, et que même le sinistre Fouquier-Tinville était de la partie. Plutôt que d’attendre, et comptant aussi sur la distance entre nous et la capitale, je décide qu’il est l’heure pour moi aussi de bouger. Je préviens donc ma petite équipe qui me garantit en retour que tout est au point.
Ce qu’il y a de bien avec des hommes comme les deux commissaires, c’est qu’ils sont prévisibles. Avec une montre, on peut presque savoir où ils sont et ce qu’ils font. Un peu comme avec le Grand Roi, Louis le Quatorzième. Ce matin, ils ont prévu d’aller au fin fond de la vallée. Étant un peu souffrant, j’ai demandé à Pierre Dartogny de me remplacer :
Ça lui permettra aussi de briller, car mon remplaçant est avide de notoriété, surtout depuis qu’il est devenu l’amant que ma maîtresse. Rien de tel qu’une femme pour révéler un homme ! Quelques instants plus tard, le fier carrosse part vers sa destination. Malgré les dénigrements de Plessy qui aurait préféré passer par le fond de la vallée, les trois autres décidèrent de couper par le col des Cabreloux, afin d’aller plus vite.
Mains dans le dos, je regarde le véhicule s’éloigner, suivi de la petite troupe. Une fois de plus, présent à mes côtés, Messanville persiffle sans retenue :
Se raidissant, il siffle :
Renfrogné, il grommelle quelque chose que je ne comprends pas bien, puis il s’éloigne de moi, retournant à ses affaires. J’en fais de même.
Environ deux heures plus tard, tandis que le carrosse s’engage dans un virage étroit, un bruit sourd se fait entendre. Une mini-avalanche de rochers s’abat sans pitié sur le véhicule, brisant une cloison, le faisant dangereusement basculer vers le ravin bordant la route. Prestement, le cocher saute de son siège pour venir aider les chevaux à tracter l’attelage loin du vide. Les hommes de troupe se précipitent tandis que le véhicule a déjà une roue dans le vide. Hélas, le timon cède dans un sinistre craquement, et le carrosse disparaît sous les yeux effarés du cocher et des soldats impuissants.
Tous sont figés d’effroi, des hurlements inhumains se font entendre, le fracas du véhicule, qui se disloque en chutant au fond du profond ravin, est effroyable !
Puis le silence…
Leur stupeur passée, la plupart des hommes de la troupe descendent au fin fond du ravin qui est profond d’au moins cinquante pieds. Arrivés sur place, ils constatent qu’il n’y a aucun survivant. Deux heures plus tard, tous reviennent sur la Grand-Place avec les quatre corps sans vie.
C’est le rapport que m’en a fait le sergent, à la fois catastrophé, mais assez soulagé de la tournure des événements…
Le lendemain, devant une grande foule venue pour la circonstance et aussi pour vérifier l’exactitude de la nouvelle du quadruple décès, vêtu de mes plus beaux atouts, je prononce le discours officiel lors de l’exposition des cercueils sur la Grand-Place :
Tandis que je récite consciencieusement mon discours, le plus difficile est de ne pas sourire. Avec un peu d’emprise, j’y arrive fort bien, ce qui n’est pas le cas de tous les notables présents. Certains, comme Messanville, ne peuvent se retenir d’afficher l’évidente satisfaction d’être débarrassé des deux commissaires, ainsi que de Jean-Jacques Plessy, le traître. Ils regrettent pour la plupart que Pierre Dartogny ait dû faire partie de ce dernier voyage, sa veuve surtout.
Elle ne sait pas à quoi elle a peut-être échappé…
Et quelque chose me dit qu’elle ne restera pas veuve très longtemps, car elle est restée plutôt belle, surtout avec ses rondeurs très agréables. De plus, elle est douce et gentille, et son défunt mari lui laisse un certain nombre de biens. Je ne me fais pas trop de souci pour son avenir. D’ailleurs, deux notables célibataires la soutiennent avec empressement dans cette présente épreuve…
Puis quelques minutes après le dernier hommage lu par un notable qui a eu énormément de peine à rester grave, la foule se disloque, presque joyeusement. Après quelques dernières salutations, Marie-Élisabeth et moi retournons lentement chez nous à pied. Chemin faisant, accrochée à mon bras, ma compagne se penche sur moi :
Elle serre mon bras, et continue d’un ton mystérieux :
Amusée par ma réplique, Elsie pouffe, se serrant plus encore contre moi. C’est à elle que revient le mot de la fin :
Une parole totalement véridique et assumée !