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n° 18172Fiche technique7953 caractères7953
Temps de lecture estimé : 6 mn
20/11/17
corrigé 06/06/21
Résumé:  Errance d'un quadragénaire.
Critères:  fh hplusag extracon inconnu magasin pénétratio nonéro confession
Auteur : Biwood      Envoi mini-message
La fille au crâne rasé

Depuis ma naissance, j’ai toujours été poussé à la réussite. Avant d’entrer au collège, je savais parler l’anglais et l’allemand et j’ai obtenu mon bac à 15 ans. Aujourd’hui, à l’âge de 46 ans et après une carrière sans faute dans l’administration, je suis devenu inspecteur général au sein du ministère de la Défense. Je suis marié depuis vingt ans à une femme magnifique et j’ai deux beaux enfants. Bref, je suis l’exemple parfait de la réussite à la française.


Pourtant, comme beaucoup d’autres fonctionnaires avant moi, j’ai commencé à traverser une crise existentielle. Ça a commencé le jour de mon quarante-sixième anniversaire. Ce jour-là, ma femme et moi nous avons fait l’amour pour la première fois depuis des semaines. Pour la première fois, depuis vingt ans de mariage, je n’ai rien ressenti. C’était froid, sans vie, vide. Chaque coup de reins, chaque fois que je touchais ses seins, chaque fois que nous nous étreignions, je ne ressentais rien. Après le sexe, je suis resté toute la nuit éveillé pour savoir ce qui n’allait pas. Puis, après des heures de réflexion, j’ai enfin compris. Ma femme n’était plus la jeune fille innocente que j’avais épousée il y a vingt ans. Ses beaux cheveux châtain commençaient à devenir grisonnants, elle avait pris une vingtaine de kilos depuis notre mariage et des rides traversaient désormais son visage jadis juvénile. Moi aussi j’avais changé depuis ces dernières années. J’avais pris du bide et commençais à perdre mes cheveux. Une fois que je me suis rendu compte de cette évidence, je mis moins d’ardeur au devoir conjugal. Chaque fois que nous avions prévu de faire l’amour, je passais boire un verre.


Ce jour-là, au cours de mes errances d’ivresses, je me suis arrêté devant un salon de tatouage. Je ne sais pas pourquoi – peut-être était-ce parce que j’avais trop bu ou peut-être parce que j’étais fasciné par les lumières qui émanaient des néons – mais je suis entré. Dès que j’ai pénétré dans les lieux, je fus frappé par la musique tonitruante que crachaient les hauts parleurs. C’était un mélange assourdissant de guitares et de batterie superposés à la voix d’un chanteur qui donnait plus l’impression de hurler à la mort que de chanter. Le décor de l’établissement n’était guère mieux. Les murs étaient tapissés de têtes de morts et de photos de pin-up dans des positions obscènes. Dans la folie de mon ivresse, je me suis mis à crier :



D’un coup, une femme surgit de derrière le comptoir. En la voyant, j’ai sursauté. Elle avait le visage émacié et le crâne rasé, à l’exception d’une mèche de couleur verte. Son corps, à l’exception de son visage, était entièrement tatoué. Elle portait un tee-shirt d’un obscur groupe de métal, une minijupe et des bottes noires à semelles compensées. La jeune femme (elle devait avoir à peine vingt ans) me dévisagea avant de dire :



Elle me montra un écriteau sur lequel était inscrit « On ne tatoue pas les personnes en état d’ébriété. »



D’un coup, j’ai fondu en larmes. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai commencé à lui parler de ma carrière qui me frustrait, de ma femme que je n’arrivais plus à baiser et de mes enfants beaucoup trop parfaits. J’ai tout sorti d’un coup sans hésitation. La tatoueuse poussa un long soupir avant de sortir une vodka cachée derrière son comptoir.


Elle m’expliqua qu’elle s’appelait Sophie, qu’elle avait fugué de chez elle à l’âge de quinze ans pour fuir un père abusif. Après trois ans à la rue, elle s’était lancée dans le tatouage. D’un coup, je me suis senti honteux. Ma vie était un paradis à côté de la sienne. Tout en me racontant sa vie, elle descendait sa bouteille de vodka. En voyant son air triste, je compris qu’elle avait besoin de vider son sac. Même si c’était au premier inconnu. Une fois son histoire finie, tel un père à sa fille, je me suis mis à la réconforter.


Elle ressortit une autre bouteille de vodka que nous avons partagée. Après une heure à noyer nos misères dans l’alcool, je commençais à oublier toutes les normes sociales que j’avais acquises depuis des années, et dans ce moment d’égarement je l’ai embrassée. Ce n’est qu’à l’ instant où nos lèvres se sont croisées que j’ai compris ce que je faisais. Au lieu de me repousser, elle m’a étreint. Nous avons enlevé nos vêtements et fait l’amour. C’était à la fois sensationnel et étrange. Cela faisait des années que je n’avais pas ressenti un tel plaisir à le faire. La sensation de son corps maigre sur ma peau, l’odeur de la jeunesse et la particularité du lieu donnaient une teinte quasi mystique à notre fornication. Pendant ce bref, mais bel instant, j’avais oublié ma femme.


Une fois le coït terminé, je fus rongé par un sentiment de culpabilité. Bien que j’éprouvais du dégoût à faire l’amour à ma femme, j’ai toujours rechigné à la tromper. En quelques minutes, je me suis rhabillé et je suis rentré chez moi.


Ma femme était dans le lit, dormant à poings fermés et ignorant tout de mon escapade nocturne. Le lendemain matin, elle ne me posa aucune question sur la façon dont j’avais passé ma soirée. J’étais en partie soulagé car je n’avais jamais su lui mentir.


Après le boulot, je suis passé devant le salon de tatouage ; la jeune femme était un plein ouvrage. J’ai pensé à entrer pour lui dire bonjour, mais rongé par la culpabilité j’ai fait demi-tour. En rentrant, je trouvai la maison vide. Les affaires de mes enfants et de ma femme avaient disparu. Au début, j’ai pensé à un cambriolage, puis j’ai vu la lettre sur le lit. Je reconnus tout de suite l’écriture très soignée de ma femme. En voici le contenu :


Adam,


Depuis quelques années, je ne ressens plus rien pour toi. J’ai la plus grande des peines à te faire l’amour. Tu ne l’as sans doute pas remarqué, mais il y a quelques mois j’ai fait une dépression. Je me suis demandé si je n’étais pas passée à côté de ma vie. Puis, j’ai rencontré Marc, un nouveau collègue de travail. Il s’est montré attentionné, m’a offert des cadeaux et m’a emmenée au restaurant. Quand nous faisons l’amour, c’est magnifique. Pour la première fois depuis des années je me sens désirée par un homme. Chaque fois qu’il m’étreint, je ressens la passion et le désir, et j’oublie la froideur de ma morne existence.


La semaine dernière, il m’a proposé de venir vivre avec lui en Suisse. J’ai hésité pendant quelques jours. Mais après avoir fait le point sur notre vie sexuelle et sentimentale, j’ai décidé de le suivre. Ne te mens pas à toi-même : tu sais très bien que l’on ne s’aime plus depuis des années. Nous avons même fait un calendrier pour établir les jours où l’on doit faire l’amour. Sérieusement, quel couple fait ça ? J’ai emmené les enfants avec moi, et d’ici quelques jours je t’enverrai les papiers du divorce. J’espère que toi aussi tu trouveras quelqu’un qui te rendra heureux.


Cordialement,

Ton ex-femme, Sarah.


J’ai relu plusieurs fois la lettre avant de la déchirer. Bizarrement, je ne ressentais pas de la tristesse ; j’avais plutôt l’impression qu’un poids m’avait été enlevé. Sarah avait raison : nous ne nous aimions plus.