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n° 17965Fiche technique27006 caractères27006
Temps de lecture estimé : 16 mn
25/06/17
Résumé:  Une lune de miel en retard.
Critères:  fh couple vacances amour
Auteur : Gf Salinator      Envoi mini-message
Moiteur...

I - Envol



Le profond vrombissement des réacteurs marqua leur départ vers un autre lieu. Pas une autre vie, mais une parenthèse dans la leur, un moment de répit qu’ils se sont offert. Sur la partition de leur couple, c’est un soupir qui est désormais à jouer, note silencieuse dans une musique qui les dépasse trop souvent. Les corps plaqués au fond des sièges, écrasés par des piles de soucis qui se chevauchent, s’amoncellent et disparaissent sous les sables du temps. Comme un symbole, au moment où l’avion atteint son climax, ils ressentent un relâchement dans leurs muscles, une légère chute de la pesanteur qui marque la fin de leurs problèmes. Et comme deux insectes qui s’arracheraient enfin à la toile d’araignée qui s’était construite autour d’eux, Nadia et Jean s’envolèrent, insouciants et apaisés.


À leur sortie de l’avion, le premier pas sur le sol les ramène à la réalité. Le goudron noir fume sous un soleil impassible, et les différentes files d’attente s’enchaînèrent les unes aux autres. Des guichets d’aéroports aux agences de location en passant par les différents portiques de sécurité, tout n’est que formalités harassantes et paperasses rébarbatives. Le sifflement des roulettes des valises devient vite la mélodie d’une danse sans fin avec les bagages, ponctuée de valses autour des autres passagers et de multiples portées jusqu’à un premier avènement, celui du coffre de la voiture qu’ils ont louée. Station presque finale dans le chemin de croix des départs en vacances. Après un court trajet, le Saint Graal de leur journée apparaît enfin, ce simple souffle de la porte de leur appartement qui se ferme derrière eux. Ce petit rien qui peut paraître insignifiant et qui se trouve pourtant être le moment de relâchement le plus intense de leur journée.


Face à eux une grande baie vitrée, cadre ouvert sur une mer calme, détaillait l’ensemble de leur planning des jours à venir. La longue plage jonchée de restaurants s’étendait de l’hôtel jusqu’aux rues marchandes du centre-ville, dont les lumières commençaient à affronter l’obscurité de la nuit qui glissait déjà sur la jetée. Mais il fallut encore attendre de longues minutes de rangement de vêtements, de messages à la famille et de déambulation dans le parc attenant pour en arriver à cet instant où, assis à la table d’un restaurant, ils se firent face et se regardèrent enfin.


Parfois certaines réflexions confinent au ridicule ; cependant, ils se demandèrent au même instant depuis combien de temps ils ne s’étaient pas vraiment regardés. Loin des regards fugaces et perdus du quotidien, de ces froncements de sourcils approbatifs ou exaspérés, au quotidien leurs yeux ne leur servaient plus qu’à surveiller, vérifier, contrôler… et ils se rendirent rapidement compte qu’ils pouvaient également permettre d’aimer. En quelques secondes, ils se virent à nouveau comme au premier jour, et tombèrent instantanément amoureux l’un de l’autre. Un coup de foudre dont la lumière les avait brûlés à jamais le jour de leur rencontre, et dont le bruit tardif venait enfin de se faire entendre. Complices à nouveau, ils s’endormirent l’un contre l’autre, sans discussions tardives, sans inquiétudes de fin de soirée ; un simple baiser avait scellé leur union et le monde des songes leur avait ouvert les portes.




II - Aube



Une lumière sourde a traversé son âme et Nadia s’est réveillée dans un sursaut. Le corps en sueur à demi endormi, elle a ouvert les yeux sur un plafond sombre parsemé d’une myriade de points lumineux créés par les interstices du volet roulant à moitié fermé dans lesquels les rayons du soleil levant s’infiltraient. La baie vitrée était restée ouverte afin de profiter de la fraîcheur de la nuit entre deux journées d’une chaleur harassante. Un mince filet d’air frais serpentait tel un dragon chinois dans la pièce et glissa sur une parcelle de peau moite qui lui répondit dans un frisson. Nadia redressa son corps nu dans la pénombre et s’approcha du volet roulant. Elle resta ainsi quelques instants à observer les points de lumière qui quadrillaient la pièce et habillaient son corps.


Elle prit la manivelle du volet et la fit tourner facilement. Un vrombissement envahit la chambre. Le bruit rauque et monotone de la mer qui roule sur le sable fut de plus en plus présent et Nadia avait l’impression que le sol sous ses pieds prenait vie. Les vents ricochant sur les eaux vinrent heurter son corps, de plus en plus haut à mesure que le mécanisme tournait dans ses mains, et la pointe de ses seins durcit au contact humide et rafraîchissant des embruns. Rapidement, les gouttelettes salées séchèrent sous la douce brûlure de la lumière du matin, et une fois que l’eau se fut évaporée, il ne resta plus qu’une infime couche de sel qui se craquela sur sa peau. Les rayons du soleil tissèrent un vêtement sur le corps nu, en épousèrent la moindre de ses courbes avant de prendre entre leurs mains un visage qui ferma les yeux pour ne pas être aveuglé par la puissance de ce dieu antique qui prenait sa place dans le ciel.


Deux mains prirent brusquement les poignets de Nadia et les joignirent au-dessus de sa tête. Puis elle sentit un souffle dans son cou sur lequel un baiser se perdit et embrasa définitivement ses chairs. Une seule main tint les siennes dans un supplice pendant que l’autre, attirée par une gravité trop forte, chuta le long de son corps entre des cuisses déjà moites. Simple bruissement derrière elle, le souffle s’accéléra dans une saccade incontrôlable.


Nadia s’offrit en sentant un sexe palpitant, comme un bateau au mât vacillant, faire escale sur la courbure de ses fesses, se posant sur ces monts offerts, et ce fut tout un corps brûlant qui s’amarra à elle. Contre son dos, un torse peinait à retenir un cœur dont les battements tambourinaient de façon désordonnée, et des jambes fortes vinrent se coller aux siennes. Elle libéra alors ses mains pour lancer une contre-offensive sur le territoire qui s’échouait sur sa peau. Caressant un visage, une main ou un bassin qui se collait contre elle, Nadia se cambra, flattant avec les ondulations de ses hanches ce frêle esquif jusqu’à l’amener à la frontière du plaisir, le laissant perdu au milieu des flots, dans une attente désespérée.


Nadia sentit la main entre ses cuisses prendre son envol vers d’autres lieux, ouvrant la porte d’un palais ou les plaisirs se partagent, et à mesure que son corps se penchait en avant dans une dance lascive, un sexe glissa entre deux lèvres vers l’entrée d’un royaume à conquérir. Mais un rapide coup de bassin décida du sort de la bataille, et le vagin ainsi offert fut pénétré dans un doux râle, puis les évènements se répétèrent de façon chaotique, longs ou courts, brusques ou tendres, dans un mélange de gémissements approbatifs et de souffles profonds.


Tout s’arrêta sans prévenir, le gland tremblant péniblement à l’entrée de cette caverne soyeuse, les deux amants étaient aux portes de la jouissance. L’homme ne bougeait plus, les mains sur les épaules de sa femme, sur ses seins, caressant la courbure de ses fesses et de son dos. Nadia glissa une main entre ses cuisses, continua son exploration jusqu’à pouvoir toucher du bout des doigts la tige perlée de plaisir qui la pénétrait, puis prit les bourses de l’homme dans sa main et les tira jusqu’à ce qu’elle fût pénétrée à nouveau. Elle sentit les coups saccadés qui la firent jouir dans l’instant et laissa partir ce visiteur qui continua de jouir en elle, versant une dernière goutte de plaisir à l’entrée de son jardin intime.


Elle se redressa, le soleil toujours face à elle, Jean la prit dans ses bras, lui aussi fermait les yeux, lui aussi ne voulait pas les ouvrir, aucun des deux ne voulait que la journée commence. Face à eux une vaste étendue bleue fut seule spectatrice de leurs ébats et en l’espace d’un instant la complainte monotone de la mer qui s’abandonne à la plage se fit à nouveau entendre.




III - Habitudes



Les heures passèrent, le soleil continuait lentement sa course dans le ciel, rythmant la vie qui prenait une tournure monotone. Nadia s’habilla d’une longue robe blanche, virginale, en totale opposition avec les idées qui l’habitaient. La belle vestale observait Jean qui se lavait dans le reflet d’une psyché trônant entre la chambre et la salle de bain, héritage d’un hasard sensuel ou d’un jeu érotique. Elle esquissa un sourire pincé en observant les passages répétés d’un gant de coton blanc empli de mousse sur un entrejambe trop endormi pour elle. Les gouttes d’eau de la douche claquaient sur un gland soyeux qui sortait lentement de sa torpeur sous ce contact brutal, et, au même moment, la robe blanche devint l’âtre d’un feu qui s’était ravivé.


Une odeur de café remit Nadia en route vers le cours rassurant de ses repères matinaux, Jean la rejoignit quelques minutes plus tard dans ce cérémonial moderne, debout devant une télévision qui peinait à intéresser qui que ce soit.


Assise sur une chaise, elle l’observait, un regard négligé sur la serviette qu’il avait attachée autour de sa taille. Dans les plis du tissu, elle se découvrait des dons de voyance, imaginant un sexe dur qui voulait sortir de ce carcan humide. Sans s’en rendre compte, ses doigts bougèrent au rythme de ses fantasmes et elle se voyait dresser cet animal sauvage, le maîtriser pour lui imposer sa volonté. À un instant, elle crut même sentir la jouissance de Jean couler entre ses doigts, et l’animal mourir dans ses mains. Mais rien de tout cela n’était réel, et la serviette dessinait même un semblant de sourire pour se moquer d’elle.


Nadia était mauvaise perdante. Elle retira sa culotte, la posa sur la télévision puis s’allongea sur la table de la cuisine, le dos plaqué sur le bois blanc. Elle ferma les yeux et dans un certain paradoxe, elle était autant offerte à un sacrifice antique que sûre de sa propre victoire. Jean prit de longues secondes pour observer le festin qui lui était offert, un mets somptueux qu’il convenait d’apprécier, et même s’il hésita à se laisser aller à de longs et tortueux préliminaires, il se décida à laisser ses instincts primaires prendre le dessus et se jeta sur sa proie pour la dévorer.


Nadia eut juste le temps de sentir le bas de sa robe être relevé sur sa poitrine que, déjà, un doigt prit possession d’elle, l’explorant, pendant qu’une main appuya sur l’intérieur de sa cuisse pour l’écarter. Elle sentit le doigt glisser en elle, frottant ses parois intimes pour décrocher des soubresauts de plaisir, pendant que la paume d’une main glissait brusquement sur son sein. Elle fit pendre son bras sur le côté de la table, y rencontra une jambe qu’elle remonta jusqu’à retrouver l’ennemi original, la serviette était toujours là, mais dut battre en retraite et chuta sur le sol d’un coup de main habile. Elle remonta sur la cuisse, et sans ménagement prit son trophée en main, comme la bouteille de champagne du vainqueur qui devait désormais être secouée et exploser pour fêter le gain du match. Elle mit toutes ses forces dans cet exercice, et il ne s’en fallut de peu pour que le bouchon ne tienne plus. Mais elle voulait offrir plus de plaisir et approcha la bouteille vibrante de sa bouche. Elle ne voulait pas d’une simple fellation, et entreprit d’apporter sa touche personnelle à l’exercice. Elle garda le gland au-dessus de ses lèvres et l’embrassa langoureusement, le goûta avec sa langue sans le laisser s’aventurer plus loin en elle.


Dans le même temps, elle continua d’agiter la bouteille, s’accordant à la respiration erratique qu’elle entendait et aux mouvements saccadés des mains sur son corps. Elle embrassa une dernière fois le bouchon qui glissait sur ses lèvres avant que celui-ci ne saute et que la bouteille ne meure dans sa main. Elle sourit ; un sentiment de fierté l’envahit avant que le doux souffle d’une bouche avec une odeur de café ne vienne embraser son clitoris.


Jean embrassa le bourgeon offert, comme un plaisir sucré, une forme de café gourmand que l’on savoure langoureusement. Il continua d’explorer les mets présents sur la table avec ses mains, flattant des seins tendus, un corps qui s’offrait à lui. Ses doigts investirent un autre plat à déguster et, entre les cuisses qui se raidissaient, une langue avide parcourait les lèvres gorgées d’hydromel, butinant à tout-va à la recherche de soupirs et de soubresauts encourageants. Les baisers sur le fruit de la passion furent un trait d’union entre deux êtres qui partageaient un plaisir éternel. Nadia se cambra, les mains de Jean sur ses seins, et un dernier baiser électrisa son corps. Elle posa ses mains sur la tête entre ses cuisses, l’appuyant encore plus fort contre elle, dirigeant son plaisir vers des sommets de jouissance. Son être se tendit une dernière fois, décochant une flèche qui la consuma. De nouveaux baisers tendres parsemèrent sa peau, finissant sur sa bouche qu’elle offrit pour que les corps rendent leurs armes. Le petit-déjeuner était fini.




IV - Déambulations



Une longue heure plus tard, ils erraient dans les allées bruyantes et encombrées du marché local, flânant au gré des étals des marchands, jetant des regards avides sur les diverses spécialités culinaires et leurs éventails de couleurs et de senteurs, à la recherche du traditionnel souvenir et d’un plat pouvant égayer leur dîner.


Nichés dans l’alcôve d’un arbre centenaire à la terrasse d’un café, ils purent partager un verre sans que leurs regards ne se croisent un seul instant, leurs yeux à demi clos pointaient vers l’horizon miroitant de la mer. Ils se prirent la main quelques secondes, juste pour se rassurer, devant la foule disparate qui croisait face à eux comme des navires dans l’infini bleu. Mouvements désordonnés et hypnotique dans une marée montante de teintes et d’odeurs.


La balade continua le long du port, dans le claquement régulier des voiles et des cordages des bateaux. Puis vint le moment toujours compliqué de la recherche d’un endroit où déjeuner, devant des échoppes qui rivalisent d’inventivité pour attirer les touristes. C’est à ce moment que le couple se sépara enfin avant d’étouffer dans une trop grande proximité pour mieux se retrouver par la suite.


Pendant que Jean poursuivait sa quête masculine du restaurant de bord de mer, ce qui se trouvait être dans son esprit une sorte de mélange improbable entre un bar à cocktails, un barbecue géant et une poissonnerie, Nadia s’aventura dans un magasin parmi tant d’autres sur la promenade. Elle se sentit immédiatement dans un état proche d’une nausée visuelle, dans un brouhaha de couleurs et de formes où tous les articles semblaient ne pas avoir la moindre logique dans leur agencement. D’un côté, un aquarium rempli de cartes postales anciennes, de l’autre de vieux livres servaient de présentoir à des articles de plage. Des statues d’animaux avec des perruques fluorescentes complétaient le tableau. Finalement, une vieille vendeuse avec des tatouages maoris qui couvraient sa peau ridée trouvait tout naturellement sa place dans ce tableau.


Intriguée par les livres, Nadia fit tomber un carton en voulant s’emparer d’un ouvrage à la reliure défraîchie. La boîte poussiéreuse n’était pas si ancienne que son état l’aurait laissé penser, et en la nettoyant Nadia découvrit un objet relativement insolite dans une boutique de bord de mer, un kit de moulage pour adulte. Le mode d’emploi avec des dessins humoristiques à l’arrière ne contrebalançait pas la banale vulgarité de la photo du pénis en érection sur le devant. Avant qu’elle n’ait pu reposer l’objet ou tout du moins s’en éloigner au plus vite, Nadia fut surprise par la vendeuse qui était péniblement arrivée jusqu’à elle et lui faisait déjà un prix pour un objet sur lequel personne n’avait dû juger bon de mettre d’étiquette.


Nadia dit plusieurs fois qu’elle n’était pas intéressée, reposa le carton à de multiples reprises, mais la vieille dame était dotée d’une force de persuasion sans égale alliée à un refus absolu de laisser sa clientèle s’exprimer, ce qui fit que le paquet fut emballé et payé à une vitesse prodigieuse. Il y eut même le cadeau de la maison. En effet, bien consciente que le moulage ne pouvait se faire que si le « support » était stable suffisamment longtemps, la vendeuse offrit un petit récipient rempli d’herbes censées apporter force et vigueur pendant plusieurs heures. Tout ceci ne pouvant bien sûr se faire que si – et cette recommandation fut l’occasion de moult clins d’œil appuyés – la sculptrice mettait le modèle dans de bonnes conditions.


En rejoignant son mari, Nadia eut de nombreuses fois l’occasion de se séparer de l’encombrant cadeau, mais à chaque pas qu’elle fit pour se rapprocher de Jean c’était une ligne de plus qui se traçait sur le plan qu’elle échafaudait.




V - Sculpture



La sensation étrange sur son sexe, mélange d’une érection douloureuse et d’un enserrement qui s’accentuait, contraignit Jean à ouvrir les yeux. Dans la pénombre de la pièce, éclairée par la seule pleine lune à travers la grande baie vitrée, une chaise vide dégageait sa forme anguleuse sur le mur blanc face au lit sur lequel il était allongé. Il était nu, les mains et les pieds attachés aux montants du lit, afin de subir, ou partager le jeu proposé par sa femme. Ce même jeu qui prit une tournure inquiétante quand il vit une masse difforme qui épousait vaguement la forme de son sexe. Il n’avait plus vu Nadia depuis qu’elle lui avait fait boire une infusion et lui avait dit de fermer les yeux. Elle le guida alors pour l’installer sur le lit et le déshabiller. Il fut surpris de constater que dès le premier frôlement de sa peau contre la sienne, son être durcit à la limite du supportable pour ne plus redescendre.


Un bruit à l’autre bout de la pièce marqua l’entrée de l’instigatrice de ce supplice. Vêtue d’une courte robe blanche qui ondulait sous ses mouvements, elle posa une horloge à côté de la tête de lit et susurra à l’oreille de son mari qu’il restait 27 minutes à tenir. Il eut alors une idée plus précise de ce qui se passait, et dans le même temps douta fortement de ses capacités sportives dans une pareille situation. Il fallait dès lors compter sur le travail d’équipe, et ils étaient deux pour atteindre l’objectif fixé.


Sa femme dévoila alors toute l’étendue de son talent pour garder son homme dans de bonnes conditions. Assise sur la chaise, elle entreprit un ballet sensuel avec ses jambes, les croisant et les décroisant jusqu’à ne plus laisser de doutes sur son absence de sous-vêtements. L’effet fut terriblement efficace, mais l’horloge affichait tout aussi fièrement la vingtaine de minutes restantes. La robe tomba sur le sol, dévoilant un corps nu, des seins glorieusement bombés et des hanches gracieuses, mais l’ensemble restait masqué par une main malicieusement placée sur l’entrejambe. À chaque minute elle repliait un doigt, pour au final dévoiler un sexe complètement épilé qui lui permit de tenir jusqu’aux dix minutes restantes.


Pour Jean, l’exercice devenait tout de même difficile, pris entre la froideur du moulage qui durcissait et la chaleur de sa compagne qui maintenant s’approchait de lui. Elle chevaucha son torse et tendit son bassin pour s’approcher du visage crispé de son mari, reculant de quelques centimètres quand il tentait de l’embrasser pour se rapprocher à nouveau quand il battait en retraite. Ces va-et-vient les amenèrent jusqu’à la dernière poignée de minutes, mais désormais Nadia aussi avait du mal à ne pas succomber à la tentation et frémit à de nombreuses reprises quand son bassin ne reculait pas assez vite.


Les mains de Jean furent libérées dans les derniers instants et leurs caresses désordonnées exprimaient le trouble difficilement supportable de leur propriétaire. C’est d’ailleurs avec une douleur intense qu’il vit l’horloge afficher le zéro libérateur. Une souffrance qui s’opposa dans le même temps à l’orgasme foudroyant qui s’abattit sur sa femme, le corps collé contre le torse de son mari, sa tête baissée contre celle, crispée, de son homme. La victoire était là, et Nadia se remit rapidement de ses émotions pour retirer le moule d’un support douloureux. Elle prit un gant humide et chaud pour le nettoyer, mais n’eut pas le temps de finir que celui-ci jouissait dans un feu d’artifice libérateur qui éclata sur les seins de sa femme.


Dans leurs souvenirs, il était toujours aussi dur quand ils s’endormirent l’un contre l’autre, la main douce de la sculptrice posée sur la partie du corps du modèle qu’elle avait amenée au bout d’elle-même.




VI - Bourrasques



Le lendemain matin un éclair griffa le ciel pendant qu’ils marchaient dans les dunes. Le tonnerre poussa un grondement de semonce annonciateur d’un orage brusque et violent, comme le craquement d’un glaçon dans un soda d’été. Ils accélérèrent le pas, trottinèrent puis coururent à mesure que le rideau de pluie se rapprochait d’eux. Dans l’urgence, ils durent trouver un abri de fortune et fuirent sous les arbres les plus proches. Là, face à la mer démontée et sous une averse brutale, ils se blottirent l’un contre l’autre pour se protéger le temps que les cieux leur soient plus profitables.


Assis sur un rocher rugueux, Nadia se collait au mieux contre Jean, les mains l’enserrant comme un marin accroché à son mât en pleine tempête. Son mari la couvrait avec son bras, une aile protectrice protégeant une part de lui-même. Et rapidement, ils furent hypnotisés par les ondulations de la mer, le claquement des gouttes d’eau qui heurtaient les rochers alentour et le vrombissement du vent. Ils fermèrent les yeux et il n’y eut plus de bruit ; un grand silence noir, et au bout de ce tunnel la lumière rassurante du battement de leurs cœurs. Là, sous des trombes d’eau, en plein milieu d’une nature intemporelle et déchaînée, ils étaient seuls. Ils n’avaient plus de repères, leurs sens étaient éteints, et seule la présence de l’autre les raccrochait à la vie. Ce mince fil d’Ariane se tendit d’un coup sec et ils ouvrirent leurs yeux : l’orage était fini, le soleil brûlait déjà le sable humide.

Ils auraient pu rentrer, mais aucun des deux ne voulait s’y résoudre.




VII - Solitudes



Ils rentrèrent à l’hôtel en fin de journée. La chaleur ambiante avait repris sa place, et c’est à deux qu’ils prirent une douche pour laver leurs corps moites. Dans le grand espace carrelé et sous un rideau d’eau chaude, ils s’embrassèrent longuement, se prirent dans les bras et jouèrent à s’envoyer de la mousse au visage. Sans arrière-pensées, ils partagèrent ce moment de repos ensemble. Bien assez tôt, les regards amusés se transformèrent en œillades entendues et les gestes se firent plus tendres.


La douche finie, ils se blottirent dans des peignoirs cotonneux, sans jamais vraiment s’éloigner l’un de l’autre et se retrouvèrent l’un contre l’autre sur le transat du balcon de leur chambre. À ce moment de la journée, peu avant le repas du soir, où les piscines se vident et les touristes se préparent pour aller dîner, Nadia s’allongea sur le côté, releva un pan de son vêtement et décroisa légèrement ses cuisses. Jean la rejoignit, se mit contre elle en prenant soin de l’envelopper au mieux avec son peignoir, et la pénétra lentement.


Dans les cliquetis des couverts que les serveurs mettaient en place, Nadia laissait aller en elle cette tige soyeuse, et au détour d’un râle léger emprisonnait légèrement son mari dans la contraction de ses muscles. Au milieu d’une longue pause dans leurs ébats paresseux, le sexe continuant de battre sa propre mesure dans ce coffre aux mille trésors qui l’accueillait, les deux amants ouvrirent les yeux et virent les lumières des autres chambres qui s’allumaient de façon désordonnée, les laissant dans une obscurité qui les coupait du reste du monde. Un mouvement du bassin relança le manège des plaisirs, tendre jeu monotone où chacun cherche à s’oublier avec l’autre. Les voix des passants inconscients du spectacle qui se jouait se firent entendre, et le brouhaha des salles de restaurant qui se remplissaient déferla dans tout l’hôtel comme un vague qui se répéterait toute la soirée.


Jean n’entendait plus rien, mais pressentait la déferlante inéluctable de l’orgasme qui allait l’anéantir. Alors il ne bougea plus, comme s’il voulait éviter d’être emporté vers un autre lieu, loin de celle qu’il aimait. Nadia le ressentit et refusa qu’il sacrifie sa propre jouissance pour qu’elle puisse avoir la sienne. Alors elle contracta tout son corps, laissa ses hanches s’emballer fougueusement sur l’homme qu’elle aimait et le sentit presque instantanément jouir en elle. Elle continua si fort ses mouvements sur cette tige qui délivrait sa sève qu’elle aussi fut prise par le tourbillon d’un orgasme. Ils s’oublièrent alors dans les bras l’un de l’autre, seuls et cachés au milieu du reste du monde.




VIII - Atterrissage



Le reste de leurs vacances se perdit dans de doux péchés capitaux ; en effet, ils ne firent que profiter de ce qui leur était offert et se perdirent dans une tendre luxure qui eut sans doute pour effet un châtiment divin inattendu. Celui-ci se produisit en deux actes ; le premier à l’aéroport quand Nadia dut ouvrir sa valise devant une douanière peu souriante pour lui expliquer pourquoi elle avait un moulage du sexe de son mari dans ses bagages ; le second quand la même douanière délivra finalement un sourire en direction de Jean en tendant l’objet suffisamment haut pour que tout le monde puisse le voir.