Résumé des épisodes précédents :
« L’interview maudite »
À la recherche d’un scoop, un journaliste rencontre Dyanne Thorne, une star de séries Z des années 70. Mais l’interview dégénère lorsqu’un clone de l’actrice fait son apparition pour expliquer que son but consiste à dominer le monde (et même ceux qui existent dans des univers parallèles). Ses deux gorilles fixent au cou du journaliste un étrange collier capable de l’envoyer dans ces mondes divergents…
« Ilsa, la chienne de l’Inquisition – 1ère partie »
Carter se réveille au moyen-âge dans une contrée où Ilsa est adorée comme une déesse et profite de son imposture pour réduire la population en esclavage. Il tente de rejoindre les rebelles, mais se fait arrêter avec eux et conduire au château de « la chienne ».
« Ilsa, la chienne de l’Inquisition – 2ème partie »
Grâce à sa connaissance des philosophes grecs et de l’époque moyenâgeuse, Carter parvient à se tirer des griffes de l’Inquisition et à rétablir l’harmonie dans l’univers où il avait été projeté, mais il bascule dans une autre contrée de l’espace-temps. Où va-t-il se retrouver ?
« Ilsa, la Gardienne de l’Empire – 1ère partie »
Carter s’est réveillé en pleine guerre des étoiles. Sauf que Dark Vador a disparu et que Han Solo n’existe pas dans cet univers divergent. La Princesse Leïa a été enlevée par Ilsa, et Carter part sur Tatooine afin de retrouver Luke, Obi-Wan Kenobi, et le Faucon Millénium que pilote désormais l’irascible Joachim.
« Ilsa, la Gardienne de l’Empire – 2ème partie »
Luke, Obi-Wan Kenobi et Leïa sont morts. Joaquim et Carter réussissent à s’échapper mais, franchissant une porte du temps, ils se retrouvent chez leur Créateur qui n’est autre que Brodsky. Apprenant la nouvelle, Carter tente de tuer Brodsky mais il se retrouve à nouveau projeté dans un univers divergent. (Ouais, je sais, c’est pas très clair tout ça, mais vous n’avez qu’à lire l’épisode en entier…)
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Je repris connaissance sur une plage… Une mer d’un bleu limpide me faisait face, un bleu comme on en voit seulement dans les livres pour enfants ou, paraît-il, dans certains endroits de la planète encore un peu préservés de la barbarie technologique que les hommes soi-disant civilisés appellent le progrès.
J’étais en haillons cette fois, naufragé du temps, naufragé au sein de la multitude d’univers divergents qu’un dieu fou et alcoolique du nom de Brodsky imaginait derrière son ordinateur en ricanant, planqué dans une cabane au milieu des bois. Je n’avais jamais cru aux dieux jusqu’à ce jour où, sautant de trou noir en trou noir, j’avais fini par rencontrer mon créateur. Jusque-là, j’avais cru en Nietzsche et à son « Dieu est mort ». Mais si un jour je revenais dans le monde dont on m’avait chassé, je me devrai de le contredire : « Dieu est fêlé, et il boit comme un trou ! » sera le titre de mon livre.
Je vis au loin trois autres corps étendus sans connaissance sur le sable. Je m’approchais tandis que l’un d’eux commençait à se réveiller, se mettant péniblement à genoux sur le sable fin. Et j’eus une nouvelle fois confirmation de tout ce que j’avançais : Dieu délirait. L’homme devait avoir une soixantaine d’années, cheveux abondants et frisés, avec une grosse moustache de phoque. Je le reconnus immédiatement.
- — Mort Schumann ?
- — Euh… oui. À qui ai-je l’honneur ?
J’avais toujours apprécié cette espèce de flegme qu’ont les Britanniques, et cette capacité – même dans les pires moments – à ne jamais se départir de leur exquise politesse.
- — Jonathan Carter, journaliste.
- — Oh… Non, je regrette : pas d’interview aujourd’hui, s’il vous plaît.
- — Rassurez-vous, ce n’est pas dans mon intention. Je crois d’ailleurs que je ne ferai plus une jamais une interview de ma vie.
- — Savez-vous où nous sommes, Monsieur Carter ?
- — Où ? Non. Pourquoi ? Pas plus. Comment ? J’en ai une vague idée…
- — Alors ayez la bonté de m’éclairer un peu, s’il vous plaît…
- — Voyage inter-dimensionnel…
- — French humour ?
- — Hélas, je voudrais bien… De quoi vous rappelez vous ?
- — J’étais en train d’enregistrer ma nouvelle chanson lorsque soudain j’ai eu l’impression de tomber dans un trou. Et je me retrouve ici.
- — Papa Tango Charly…
- — Comment êtes-vous au courant ? C’était juste une maquette.
- — C’est votre plus grand tube, avec le Lac Majeur, dans le monde d’où je viens.
- — Mais c’est… incredible, tout cela…
- — Cherchez pas. Le pire va arriver, j’en ai bien peur. Allons donc voir les deux autres là-bas, qui sont en train de se réveiller.
Le naufragé suivant portait beau. Les lambeaux qui restaient de son costume témoignaient du soin qu’il apportait à sa personne. Il se leva d’un bond et déclara presque triomphant :
- — Eh bien, Messieurs, ce ne sera pas encore pour cette fois !
Et il se recoiffa rapidement en passant dans ses cheveux… le crochet qui lui faisait office de main droite.
- — James Crochet, je présume ?
- — Capitaine James Crochet, pour vous servir. À qui ai-je l’honneur ?
Deuxième Anglais de la journée. Et toujours cette exquise politesse… Je vis cependant Mort Schumann devenir blême.
- — N’ayez pas peur, Mort ; monsieur Crochet est un homme d’honneur.
- — Mais… c’est un terrible pirate ! Fourbe, cruel, et sans pitié !
- — Que dis-tu, vieux singe. Tu m’insultes ?
- — Du calme, Messieurs. Mort, le capitaine a été victime de calomnies de la part des studios Disney, qui comme toujours ont falsifié l’Histoire afin d’infantiliser le jeune public. Crochet est un homme de goût, respectable, qui – comme la plupart des pirates – était du côté de la justice.
- — Les pirates, du côté de la justice ? Vous délirez, Monsieur Carter !
- — Comment appeler autrement l’homme qui tenta de délivrer la princesse Annova, puis délivra les esclaves d’un navire négrier après avoir occis le capitaine Blood ?
- — Mais, Peter Pan.
- — Peter Pan est une crapule, reprit Crochet. Il capture les jeune gens pour les enfermer dans l’enfance éternelle. Il refuse le monde des adultes.
- — Nous approfondirons plus tard cet intéressant sujet, Messieurs. Mais allons donc voir notre quatrième compagnon d’infortune.
Ce dernier était petit, les cheveux longs et bruns, le nez busqué, et une flamme intense semblait danser dans son regard de fou.
- — J’ai réussi, j’ai réussi… ne cessait-il de murmurer.
- — Réussi quoi ?
- — À voyager sans chevaux ni carrosse. La téléportation. J’ai réussi… ou plutôt, Dieu a permis que je réussisse.
- — Dieu ? La téléportation ? Que dites-vous là ?
- — Dieu et la science, Messieurs. Ou plutôt la science de Dieu, car rien ni personne n’existe sans Sa Divine Volonté.
- — Voilà qui est confus… répondit Crochet. À qui avons-nous l’honneur de parler ?
- — Pascal. Blaise Pascal. Mathématicien génial, moraliste, et théologien.
- — Je l’aurais parié, repris-je dans un sourire.
Mais évidemment personne ne comprit ma blague.
- — Tout cela est très plaisant, bien que déconcertant, dit Mort, mais nous ignorons toujours ce que nous faisons là.
- — Oh, nous n’allons pas tarder à être fixés, répondis-je en voyant une petite troupe armée s’approcher de nous.
Ilsa avançait, revêtue d’une chemise kaki, qui bien entendu faisait ressortir ses seins splendides, et d’un short de la même couleur permettant de contempler ses longues jambes. Elle était accompagnée d’une vingtaine d’hommes armés de fusils-mitrailleurs et de deux superbes créatures noires que je reconnus comme étant ses complices en perversion dans le terrible épisode Ilsa, la chienne du Cheikh, troisième opus de sa sanglante épopée auquel le site Nanarland accordait la note de 14 sur 20.
- — Bonjour, Messieurs. Et bienvenue sur l’île de Koh-Lanta. Je m’appelle Ilsa, et je suis la Maîtresse de ces lieux où vous allez passer vos derniers jours.
- — Nos derniers jours ? Expliquez-nous ça ! demanda Crochet avec son air bravache.
- — Eh bien, disons que… vous avez tous été condamnés à mort, et que je suis ici pour exécuter la sentence.
- — À mort ? Mais… c’est une erreur ! s’écria Mort.
- — Allons, Monsieur Schumann, vous devriez être le moins surpris de tous : vous êtes Mort depuis votre naissance. Ah ah ah ! Il est temps d’assumer votre prénom.
- — Mais c’est totalement fou !
- — Cherche pas, Mort, il y a une logique dans cette folie.
- — Laquelle ?
- — Un whisky de trop.
- — ???
- — Vous, Crochet, reprit Ilsa, votre tête est mise à prix sur tous les continents depuis l’assassinat du capitaine Blood.
- — C’était un négrier !
- — C’était un honorable commerçant, avec qui j’entretenais des liens particuliers ; je vais donc lui rendre justice. Vous, Monsieur Pascal, vous êtes un moraliste qui n’a pas hésité à braver les lois de la physique pour venir ici sans mon autorisation. Votre découverte représente un danger pour mon royaume ; par conséquent, vous ne partirez pas d’ici. Quant à vous, Carter, vous êtes ici parce que cela me fait plaisir.
Ilsa fit une courte pause afin de permettre à la terreur de s’installer dans nos esprits, puis elle reprit :
- — Donc, vous allez mourir. Mais je vais vous donner la possibilité de retarder un peu votre exécution. Vous subirez des épreuves, et seul le dernier de chaque épreuve sera exécuté. Le dernier survivant aura en outre l’immense honneur de me faire l’amour la veille de son exécution. Vous voyez, je ne suis pas… si cruelle qu’on le prétend.
- — Puis-je faire une requête ? demanda Crochet.
- — Faites, Capitaine.
- — Eh bien, Madame, puisqu’il faut de toute façon mourir un jour, j’estime que le jeu en vaut la chandelle. Cependant, je n’ai pas l’habitude de me battre en guenilles ; cela n’est pas de bon ton. Je vous demanderai la grâce de me donner un nouveau costume.
- — Ah ah ah, Capitaine… j’aime beaucoup votre humour ! Vous aurez ce que vous demandez. Tout sera fait en « bonne et due forme », comme vous dites.
- — Je vous remercie, Madame.
- — D’autres requêtes ?
- — Ilsa, intervins-je, il faut que nous parlions, vous et moi.
- — Parlez donc, Carter. Je vous assure que vous ne trouverez pas de meilleur moment pour cela.
- — Vous êtes manipulée. Nous sommes tous ici manipulés, victimes de la folie d’un homme contre qui nous devrions nous liguer au lieu de nous entretuer.
- — Mon pauvre Carter… C’est tout ce que vous avez trouvé pour tenter de sauver votre misérable vie ?
- — Mais…
- — Silence, Carter ! Bien. Voici donc la première épreuve à laquelle vous devrez vous soumettre.
- — Certainement pas !
C’était Pascal qui faisait front cette fois-ci. Son regard fanatique lançait des éclairs de feu, et il déclama d’une voix ferme :
- — Dieu est mon seul Maître ; Lui seul peut m’imposer des épreuves. Ma vie Lui appartient, mon âme et mon corps également. Par conséquent, et quoi qu’il arrive, je refuse d’entrer dans votre jeu.
- — Allons, Monsieur Pascal, pensez au premier prix : une nuit d’amour, toute entière avec moi…
- — Tais-toi, catin ! Penses-tu pouvoir me tenter avec cet argument misérable ? Je ne connais que l’Amour de Dieu, qui est le seul qui compte. J’ai pour les choses de la chair une souveraine détestation, et je préférerais subir mille morts dans les tourments les plus effroyables plutôt que de sentir la peau d’une femme contre la mienne.
- — Tu veux donc être le premier à mourir ?
- — Je te l’ai dit : pour moi, mourir n’est rien.
- — Soit, siffla Ilsa. Ta requête est acceptée : tu mourras donc le premier, et ma sentence est irrévocable. Qu’on l’emmène !
Les deux lesbiennes qui accompagnaient Ilsa vinrent se saisir du moraliste tandis qu’Ilsa reprenait :
- — Mes deux compagnes vont se charger de ton exécution. Elle sera lente, crois moi, et atrocement insupportable pour toi. C’est ce que tu souhaitais, n’est-ce pas ? Tu as horreur des ébats sexuels, dis-tu : c’est donc par eux que tu vas mourir. Elles vont te déshabiller, te caresser, te rendre fou de désir. Tu vas les implorer de te faire l’amour, et tu iras jusqu’à renier ton Dieu impuissant pour atteindre la jouissance. Ensuite, tu seras plein de remords… destiné à l’enfer que tu promets aux païens. Et lorsque tu ne seras plus qu’une bête lubrique, elles te castreront et te laisseront te vider de ton sang.
- — Non ! Ne faites pas ça !
- — Allez, qu’on l’emmène !
- — Non… par pitié… J’accepte les règles de votre jeu… Je ferai tout ce que vous voudrez.
- — Il est trop tard, cafard ! Ah ah ah…
Et notre compagnon fut emporté vers son destin malgré ses supplications et ses hurlements. Le visage d’Ilsa rayonnait de joie et de sadisme. Une indicible terreur venait de s’emparer de nous. L’intention de notre tortionnaire était donc de nous faire mourir en tenant compte de nos peurs les plus enfouies. C’était ignoble, atroce…
- — Bien, Messieurs, vous connaissez la règle. Lorsqu’un des participants se voit empêché de concourir, il doit immédiatement être remplacé. Quatre vous étiez au départ de l’aventure, quatre vous serez pour la première épreuve. Qu’on amène le remplaçant !
Nous vîmes alors arriver sous bonne garde un petit homme agité et furieux que je reconnus immédiatement. Comme Mort, il avait la soixantaine, mais il avait conservé un corps de sportif qu’il entretenait tous les matins. À peine nous eût-il rejoint qu’il s’en prit à Ilsa avec véhémence :
- — J’vous préviens, ça ne va pas se passer comme ça. Je sais pas à qui vous vous imaginez que vous avez à faire, mais vous êtes en train de vous mettre dans une sacrée panade !
- — Silence ! Un peu de respect pour la Maîtresse, lança un des gardes.
- — Qui tu es, toi, le larbin, pour me parler comme ça ? Ouais, c’est ça… Casse toi, pov’ con !
- — Allons, Monsieur Sorkyza, calmez-vous. Et allez donc rejoindre vos compagnons.
- — Compagnons ? Dis donc, la blondasse, ça fait des lustres qu’on appelle plus comme ça les militants. Tu te crois encore au RPR ?
- — C’est qui, cet agité ? me souffla Crochet.
- — Un concurrent sérieux, camarade !
- — Quoi ? Camarade ? Non mais, je rêve là ! On m’a exilé sur une île remplie de communistes ou quoi ?
- — Votre première épreuve consistera à vous rendre à l’autre bout de cette île, reprit Ilsa. Les trois premiers survivront, le dernier sera exécuté. Cela n’a pas l’air très compliqué, n’est-ce pas… Cependant, je dois vous informer que l’île est pleine de serpents et qu’une seule route peut vous amener à l’arrivée sans que vous vous fassiez piquer. Comme je ne suis pas impitoyable, je vous laisse un plan. Un plan pour quatre, bien entendu… Mais était-il utile de le préciser ?