| n° 17307 | Fiche technique | 42112 caractères | 42112Temps de lecture estimé : 24 mn | 23/03/16 |
| Résumé: Poursuivant avec une jeune cousine par alliance nos échanges, je lui offre le récit de mon premier éveil à l'autre masculin. | ||||
| Critères: h hh jeunes école exhib strip intermast fellation anulingus hdanus hsodo init confession | ||||
| Auteur : Amateur de mots et de... Envoi mini-message | ||||
Reprendre la plume, cette fois-ci sans la dictée de Rachel. C’est à mon tour de lui raconter un de mes souvenirs et de vous le faire partager. À l’aube de cette profonde amitié érotique qui nous lie, et après le récit de notre première rencontre, j’ai à sa demande, habillé de mes mots la relation de ses premières émotions, de ses premières caresses, de ses premiers éblouissements. Nous nous sommes fixé pour règle d’alterner les récits et c’est donc à mon tour de me livrer au difficile exercice de la gestation et de l’écriture.
À mesure de ces confidences réciproques, nous refaisons ensemble le long chemin qui nous a amenés jusqu’à cet après-midi où, couchés dans le creux d’une dune, nous nous étions, découverts l’un à l’autre. Me voilà donc face à la page blanche. Quel épisode de ma vie lui livrer qui puisse révéler une part de moi-même ? Comment expliquer cette affection sensuelle qui nous lie, cette trame que nous tissons en toute lucidité entre peur et désir. Peur de ce lien familial, même indirect et de nos situations matrimoniales respectives versus ce désir partagé de flamboyance charnelle, et d’harmonie libertine.
Au moment de me replonger dans les méandres de ma mémoire et d’évoquer ma première expérience avec une femme, je dois en passer par mon éveil à la sexualité qui, comme pour beaucoup de jeunes gens de ma génération, a commencé par la découverte d’un autre masculin. Au siècle où les écoles n’étaient pas mixtes, où les clubs et mouvements de jeunesse ne l’étaient pas davantage, c’est dans le miroir sexué d’un autre garçon que beaucoup d’entre nous apprenaient, à l’heure de leur réveil pulsionnel, à forger leur propre identité et à découvrir les ressorts délicats et intimes de leur sensualité. De manière paradoxale, ces premières expériences n’engendraient bien souvent aucune culpabilité. Ces relations n’entraient pas vraiment dans le domaine de la débauche et étaient, sans que rien n’en soit dit, une étape normale d’un processus d’initiation.
Nous sortions tout juste de mai 68 et, malgré nos 19 ans, alors que l’écho des barricades ne franchissait pas les hauts murs de notre pensionnat, ce n’est qu’au cours des rares week-ends de sortie que nous sentions qu’un profond courant érotique et psychanalytique regardait pour la première fois l’homosexualité, la masturbation comme des actes naturellement acceptables et même conseillés pour une pleine prise de conscience de son identité. À l’heure où les poupées n’étaient pas sexuées, les baignoires confirmaient leur destination d’espace propice aux mauvaises pensées. Certains d’entre nous avaient eu l’opportunité de jouer au docteur et au malade avec une cousine ou une jeune voisine, mais ce jeu érotique ne dépassait que rarement l’étape de l’observation. Nous évitions juste d’en parler en confession lorsqu’était abordée la question de la pureté et, ces premières caresses échangées dans l’ombre des dortoirs restaient dans le domaine du jardin secret.
Côte d’Azur, l’ouvrage de Cathy Bernheim, premier roman pour la jeunesse dans lequel l’homosexualité constituait le thème central n’était pas encore publié et j’avais, pour lectures « à l’étouffé » sous les draps, des romans extraits d’une bibliothèque familiale assez éclectique. C’est ainsi que je découvrais les Liaisons dangereuses de Laclos, l’École des Biches et Gamiani ou Deux nuits d’excès de Musset. C’est un tout autre livre qui sera à l’origine d’une brève, mais intense amitié érotique avec mon voisin de dortoir. Il est vrai que Teleny, l’ouvrage attribué à Oscar Wilde, était très éloigné des Bob Morane que nous nous échangions habituellement. Ce roman, emprunté à l’enfer de la bibliothèque d’un de mes oncles, était parmi les plus sulfureux de l’époque. L’on y voyait naître une relation homosexuelle entre Camille des Grieux et René Teleny dans une effusion érotique où « les corps nus des garçons s’entremêlaient sur des divans de Perse et de Syrie ».
Pour cette année de propédeutique, première année post bachot qui devait m’aider à intégrer des classes préparatoires aux grandes écoles, le sort m’avait désigné pour voisin de lit, François, un joli garçon aux manières affectueuses. Grand, fin, il rayonnait d’une bienveillante gentillesse. Dans ce pensionnat de province où se mêlaient fils de bourgeois et de paysans aisés, le sort nous avait désignés comme voisins. Le long dortoir était divisé en deux rangées opposées dos à dos et en boxes de deux lits. L’ensemble était séparé par des cloisons de bois d’environ 1,60 m de haut qui délimitaient autant d’espaces d’intimité meublés de deux lits métalliques et de deux tables de chevet en bois. Nous étions, avec François, « colocs » du même box depuis un an et cette proximité nous avait progressivement rapprochés. Cette fréquentation quotidienne dans un espace aussi réduit avait, au fil des jours, créé une sorte de complicité et nous avait même allégé progressivement du poids de cette pudeur omniprésente dans l’éducation dispensée par les Bons Pères.
Les premières semaines, voire les premiers mois, conformément aux règles non écrites du règlement, nous nous glissions sous les draps pour enlever nos caleçons et nous mettre en pyjama. À mesure que l’année scolaire passait, nous avions pris l’habitude de nous déshabiller seulement en nous tournant le dos. J’avais remarqué à plusieurs reprises que François, sous prétexte qu’il se déshabillait plus vite que moi, s’asseyait sur son lit et m’observait. Hasard ou curiosité préméditée, j’avais surpris son regard sur mes fesses, regard qui fuyait dès qu’il se sentait surpris. Chaque soir, dans le dortoir sans chauffage, je me glissais donc sous les draps et prenais dans le tiroir de ma table de nuit un des livres que j’avais subtilisé aux rayonnages familiaux. De son côté, François, à la recherche de l’Ombre Jaune se plongeait dans les aventures de Bob Morane et de son fidèle Bill Ballantine.
Nous n’avions droit, si mes souvenirs sont justes, qu’à une demi-heure de lecture avant que le surveillant n’éteigne les lumières. Pressé de rejoindre dans mes rêves les jeunes filles effeuillées au fil des pages, je fermais les yeux et me tournais vers le bois ciré de la cloison. À plusieurs reprises, en quête de sommeil, mon attention avait été attirée par un bruit ténu que j’identifiais rapidement comme celui du frottement régulier et saccadé de deux tissus. Simulant l’attitude du dormeur, je m’étais retourné vers le lit de mon voisin en ronflant légèrement. Dans la pénombre éclairée par la lueur bleutée d’une lune hivernale, j’essayais de confirmer l’origine de ce son dont je devinais insidieusement l’origine. Sous le drap blanc et les couvertures brunes, mon co-box se livrait probablement à une caresse que je pratiquais moi-même de temps en temps. Le bruit avait brusquement cessé. Entre mes paupières mi-closes, je tentais de percer l’obscurité. François avait semble-t-il tourné son visage vers mon lit et essayait de s’assurer de mon sommeil.
Après quelques longues minutes de ce silence de dortoir que seuls les pensionnaires peuvent se remémorer, je vis le drap et les couvertures se soulever. Mon voisin de lit avait replié ses jambes à quarante-cinq degrés, formant ainsi une petite tente qui allait, je l’imaginais pour l’avoir moi-même pratiqué, lui donner toute l’aisance nécessaire pour reprendre son activité en limitant le bruit de frottement. J’écarquillais les yeux et tendais l’oreille tout en donnant à ma respiration le calme apparent et régulier de celui d’un dormeur. Apparemment rassuré, il avait repris ses caresses que je devinais sous les frémissements de la couverture. Sa respiration, pourtant contrôlée, trahissait la montée du plaisir. Au bout de quelques minutes, il poussa un long, mais discret soupir. Ses jambes, que j’imaginais tremblantes, se déplièrent brusquement et il se retourna vers la cloison de bois.
Après quelques minutes de silence, son souffle apaisé et régulier reprit, signe qu’il s’était blotti dans les bras de Morphée. Je n’avais jamais vraiment vu, je veux dire observé, le sexe d’un autre garçon et ne connaissais, en matière de masturbation, que celle de ma main s’agitant frénétiquement sur ma jeune tige. L’image de celle de mon co-box chassait, malgré mes efforts, les jeunes filles fantasmées choisies dans mon jeune Panthéon onirique. Ses doigts empoignant sa verge pâle couronnée de poils blonds, descendaient et remontaient dans l’espérance d’un jaillissement rapide. Je fus surpris moi-même par l’acuité de mon imagination. Le tableau obsédant exposait avec des détails d’un étonnant réalisme la douce rigidité de son sexe bandé, le gland de soie pourpre dégagé du prépuce à mesure du mouvement cadencé de ses caresses, et jusqu’au jet de sperme nacré s’écrasant dans le mouchoir posé sur son ventre. À mesure que la scène s’imposait à mon imagination fébrile, je sentais mon sexe se délover et durcir sous le coton bleu ciel du pyjama réglementaire. Prémices de mes propres séances d’onanisme, ma main avait machinalement relevé la veste et dénoué le cordon blanc qui retenait le pantalon. Les pans écartés, elle descendit le long de mon ventre et contourna le sexe tiède pour se poser en conque sur mes bourses. Je commençais toujours mes caresses par la poche veloutée qui enveloppait les deux testicules que je faisais jouer sous la peau jusqu’à ce que celle-ci se rétracte lentement sous l’effet du plaisir. Je relevais à mon tour les jambes et, après avoir vérifié que mon voisin dormait du sommeil du juste, je dégageai mes fesses.
Suivant un rite bien établi je repoussais le tissu du pantalon avant de poser sur mon ventre un mouchoir cueilli sous l’oreiller. Une fois cette préparation méticuleusement exécutée, j’empoignais de ma main droite mon sexe après avoir posé l’autre sur mes bourses. Les deux olives, poussées par la peau et la pression de ma main s’étaient logées à la base de la verge, signe que je pouvais entamer le branle libérateur. L’ardeur juvénile et la peur d’être surpris ne laissaient guère le loisir de lentes et savantes caresses. Avec la vigueur et l’enthousiaste énergie d’un pensionnaire pubertaire j’agitais frénétiquement ce cinquième membre, compagnon de solitude. À ma grande confusion, aux images qui habituellement accompagnaient mes séances masturbatoires – celles des jeunes filles en fleurs livrant sans pudeur leurs fesses et leurs seins à ma dévotion – s’imposaient celles obsédantes des cuisses ouvertes et du sexe turgescent de mon voisin de lit. Malgré mes tentatives pour imposer des images hétérosexuelles plus conformes aux canons imposés dans notre pensionnat, le gland pourpre et oblong de François hantait de manière quasi obsessionnelle mon esprit et, comble de surprise, décuplait mon excitation. En une vingtaine de robustes agitations, je sentis le flot opiniâtre monter le long de la colonne et jaillir de conserve avec le puissant jet de nacre fusant du méat de mon voisin. Le sperme tiède giclait en puissantes secousses et, adroitement dirigé, s’écrasait sur le carré de tissu tendu sur mon ventre. Sous l’effet du plaisir, je lâchais, malgré ma retenue, un petit gémissement, lorsqu’une voix chuchotée me tétanisa.
Je rallongeai brusquement les jambes au risque de tacher le drap et tournai la tête vers mon voisin de lit. Je devinai son visage pâle tourné vers moi et son sourire mi-complice, mi-moqueur.
Sans un mot, singeant le dormeur agacé, je me retournai vers la cloison de bois. J’enveloppai sans bruit le mouchoir souillé autour de mon sexe qui, malgré la surprise de cette interruption, refusait de baisser la garde.
Je m’endormis comme une souche, épuisé par la double émotion de l’éjaculation et de la gêne honteuse qui empourprait mon visage.
Le lendemain matin alors que le surveillant, jeune séminariste frétillant, passait dans les allées en tapant dans ses mains et en tirant les rideaux, je me réveillai en sursaut et la première image qui me vint à l’esprit fut celle de l’interruption de la veille. D’habitude je prenais le soin de remonter mon pantalon de pyjama avant de m’endormir et je sentis immédiatement qu’il entravait mes genoux et que mon sexe reposait, amolli, dans son sarcophage de coton. Je détournai la tête vers le lit de mon voisin. Par chance, il n’était pas encore complètement réveillé et j’en profitai pour remonter et renouer le cordon de mon pantalon tout en décollant le mouchoir et en le glissant sous mon oreiller. Afin d’éviter le regard de François, que je craignis goguenard, je me précipitai hors du lit et, ma trousse de toilette sous le bras, je filai vers les grandes auges de granit rose poli qui servaient de lavabos collectifs. Mes courtes ablutions faites, je rejoignis mon box par une autre allée, et par chance le trouvai vide. Je m’habillai avec une vitesse inhabituelle et descendis vers le réfectoire sans avoir, pour la première fois depuis le début de l’année, croisé le regard de mon voisin.
François était en prépa scientifique et je réussis à ne pas le rencontrer de la journée. Vers 18 heures, après avoir avalé le morceau de pain et la barre de chocolat qui nous servaient de quatre-heures, je rejoignis la bibliothèque du collège où le statut d’élève « prometteur » me donnait un accès permanent pendant les études. Grâce à cette privauté gagnée de haute lutte, j’échappais à la salle où s’alignaient la petite centaine de bureaux sous l’œil inquisiteur et la férule du préfet de discipline. Je m’installai donc comme chaque soir au fond de la bibliothèque entre les rayons de bois cirés où se mêlaient les odeurs douceâtres de cuir, de cire et d’encens qui montait de la chapelle située à l’étage inférieur. J’avais soigneusement étalé livres et cahiers et me plongeai avec délice dans les arcanes d’une version de Cicéron lorsqu’un cartable de cuir se posa sur le bureau à côté de mon Gaffiot et de ma Petitmangin (les latinistes d’un autre âge apprécieront…). Je levai les yeux et les rabaissai aussitôt. Une bouffée de chaleur venait de submerger mon visage en apercevant François.
Je rassemblai sans lever la tête mes cahiers et mes livres pour libérer le plateau du bureau. François, comme à son habitude, déploya avec un soin méticuleux ses affaires. La couverture jaune de sa table de logarithmes à droite, la règle à calculer – les ordinateurs et calculettes n’existaient pas encore – à gauche et ses annales d’hypotaupe au milieu, à égale distance l’un de l’autre… il aurait dit « équidistant ». Cette méticulosité lui avait valu le surnom de « beau blond précis ». Je tentai de replonger dans les subtilités du complément de moyen et autres propositions infinitives. Malgré mes tentatives désespérées de concentration, les ablatifs se mélangeaient aux datifs et les ferire gladio avec les dicunt homerum cæcum fuisse. François, en silence, alignait sans un mot les équations et autres symboles cabalistiques. Je tentai un furtif regard vers lui, mais mon regard croisa le sien empli d’une bienveillante douceur. Impossible de fuir l’image de ce visage si serein, si doux, si fin qu’illuminait un sourire d’une profonde aménité.
Il avait prononcé ces mots avec une telle courtoisie, une telle élégance que je restai totalement désarmé par son charme. Incapable de répondre une parole sensée, je bredouillai un je-ne-sais-quoi probablement inaudible.
François s’était tu. Il se leva lentement.
Cette dernière phrase avait été chuchotée comme chacune de ses paroles avec une étrange douceur persuasive. Je me retournai pour le suivre des yeux. Il avait entrouvert sans un bruit la porte qui se fondait dans la boiserie de la bibliothèque et s’était glissé dans l’entrebâillement.
Je restai quelques secondes interloqué puis me levai machinalement et me faufilai à sa suite.
La petite salle qui se trouvait derrière les rayons de la bibliothèque était l’ancienne questure où les élèves venaient acheter une fois par semaine les fournitures scolaires imposées par le pensionnat. François attendait derrière le battant de la porte et, à peine en avais-je franchi le seuil, il la poussa sans un bruit et en tira le verrou.
Je restais immobile. Mille pensées dansaient en mon esprit perplexe en des voltes sabbatiques. Sans un mot, il s’avança vers le milieu de la pièce et s’appuya sur la grande table de bois cirée. Il me regardait, silencieux. Son sourire était une pure merveille. Étincelant, tendre, doux avec cette once de mystère qui ajoutait à son charme. Après de longues minutes, sans que son visage ne trahisse la moindre émotion, il chuchota à nouveau :
J’avançai de quelques pas et me rapprochai de lui. La pièce n’était éclairée que par un mince filet de lumière que laissaient passer les volets intérieurs entrouverts. Il était si beau, si calme. Il y avait quelque chose de féminin dans son attitude. Non pas une féminité mièvre et alanguie, mais une forme de souplesse déliée, presque féline qui détonnait avec la jeune virilité rustique et acnéique de la plupart des autres pensionnaires.
La question ne me parut même pas incongrue. François avait cet art, ou plutôt ce talent rare et inné, de rendre chacun de ses propos séduisant. Véritable accoucheur d’esprit, il incarnait avec une délicatesse envoûtante la maïeutique socratique que notre professeur de philosophie s’échinait à nous faire comprendre. Sans le moindre effort, je lui livrai ce qui aurait dû être un aveu et qui avec lui devenait une confidence.
Alors qu’à cet âge, malgré la réussite à mon bachot et mon entrée dans le monde adulte, je rougissais pour un rien, cette conversation ne provoquait aucune gêne. À ma grande surprise je ne sentais pas mes joues s’empourprer et mon regard se voiler.
François laissa passer quelques secondes et reprit :
Après un court moment d’hésitation, rassuré par son propre aveu, je lui répondis dans un souffle.
Ma réponse ne fut qu’un murmure gêné, quasi imperceptible.
François s’était tu. Ses yeux, pleins d’une charmante et confiante langueur me dévisageaient avec une tendresse irrésistible.
Il porta ses doigts au col de la chemise blanche d’uniforme et défit lentement le nœud de cravate. Chacun de ses gestes avait une précision maîtrisée qui me fascinait. Il posa délicatement la cravate dénouée sur la table et déboutonna sa chemise. Je suivais, comme hypnotisé, chacun de ses gestes. La nacre blanche glissait entre les lèvres des boutonnières avec une sensualité émouvante. Il dégagea les pans de sa chemise hors du pantalon de viscose bleu après en avoir défait la ceinture. La blancheur de sa peau illuminait la pièce sombre. François n’avait pas la musculature agreste de la plupart des adolescents. Sous la peau diaphane, les muscles jouaient avec une souplesse féline. Son torse imberbe avait le caractère androgyne des Kouroï admirés dans les livres de civilisation grecque. Le mot éphèbe me traversa l’esprit. La grâce juvénile de son corps et de son visage tranchait avec la fine musculature et les abdominaux parfaits qui faisaient de son ventre un modèle de la statuaire hellénique.
Bien que chuchotés ces deux mots avaient la force, non pas d’un ordre brutal, mais d’une invitation bienveillante quoique sans appel.
J’essayai d’imiter la grâce naturelle qui présidait chacun de ses gestes et me retrouvai, quoiqu’un peu plus fébrile, dans la même tenue que lui. Par souci de mimétisme j’avais plié avec le même soin ma chemise et ma cravate sur la chaise d’acajou à côté de moi.
Sans savoir pourquoi j’acquiesçai de la tête.
Comme dans un miroir, je calquai mes gestes sur les siens. Épousant son rythme, j’essayai de mettre dans mon déshabillage la même délicatesse désinvolte. Je me mis à genoux comme lui, pour défaire les lacets de mes brodequins et enlever mes chaussettes. Pieds nus sur le tapis bleu, je ne sentis rien de la fraîcheur vespérale qui infiltrait les couloirs et les salles des vieux bâtiments du pensionnat dès le soleil couché.
Nos doigts, à l’unisson, défirent le bouton de la ceinture de nos pantalons, et ceux de nos braguettes suivirent. François descendit le tissu bleu le long de ses cuisses et mes mains accompagnèrent de conserve le lent effeuillage. Nous étions maintenant face l’un à l’autre avec pour tout vêtement que le tissu blanc, dernier rempart avant la nudité totale. Je portais un caleçon de coton un peu ample et me rendis compte que François exhibait un sous-vêtement qui n’appartenait pas au trousseau des pensionnaires. Le slip étonnamment « moderne » était plaqué contre son corps, comme une seconde peau. Je n’avais jamais vu un tel sous-vêtement. On avait l’impression qu’il avait été fait sur mesure. Ce n’était pas du coton… enfin je ne sais pas. Le tissu ne formait aucun faux pli et la découpe sur le côté remontait assez haut sur la taille. Il épousait et soulignait impeccablement chaque courbe, chaque bosse.
Je sentis pour la première fois depuis quelques minutes une certaine gêne. François était tellement beau.
J’avais l’impression d’être un peu ridicule avec mon caleçon informe. Son slip, renforcé sur le devant comme une fausse « poche kangourou » soulignait la forme de son sexe, accentuait l’arrondi de ses bourses. Je devinai la forme de sa verge enveloppée par le tissu. Jusque-là, la lenteur qui avait présidé à notre déshabillage avait masqué avec bonheur le reste de pudeur qui me retenait, mais je n’avais plus en tête que l’envie pressante de me débarrasser de l’horrible caleçon qui me couvrait. Sans attendre qu’il reprenne la main, je glissai moi-même mes doigts sous l’élastique et abaissai le coton blanc, découvrant les premiers poils drus de mon pubis puis la verge que je sentis frémissante et enfin les bourses. François avait suivi mon geste et alors que l’élastique arrivait à hauteur des cuisses, il me fit signe d’arrêter.
Objet obscur du désir, je pouvais pour la première fois examiner tout à loisir le sexe d’un autre garçon et laisser libre cours à ma curiosité. Il était un peu plus long, un plus fin que le mien, très pâle, surmonté d’une petite couronne de poils blonds diaphanes et reposait mollement sur des testicules glabres qui me parurent énormes. Les miens, sans être petits, étaient plutôt resserrés à la base de la verge ; les siens pendaient comme ceux que j’avais vus se balancer entre les pattes arrière de certains animaux. Lui aussi examina mon sexe. Je sentis son regard, se poser, caresser, scruter chaque millimètre de mon anatomie. J’étais fasciné par la situation. François était devant moi, le slip baissé à mi-cuisses exposant à mon regard curieux ce sexe qui avait, la veille, accompagné mes caresses vespérales.
D’un imperceptible signe de tête qu’il accompagna d’un sourire à faire fondre un garde-Suisse, il fit glisser le tissu puis, s’étant retourné, il se pencha pour le ramasser. Il resta quelques secondes courbé vers l’avant me laissant me repaître du spectacle de ses fesses. Imberbes, pâles, musclées sans excès, elles s’écartèrent légèrement quand il leva le pied pour se débarrasser de son slip. Les quelques secondes nécessaires pour qu’il lève alternativement les deux jambes me laissèrent sous ébahi par le spectacle des lourds testicules se balançant mollement entre ses cuisses. Une poussée incontrôlable d’adrénaline me submergeait et il me fus impossible de contrôler le violent accès de sang qui gonfla mon sexe. Sous l’effet de la pression, je le vis, malgré moi, se délover, grossir. Lentement la peau du prépuce coulissa, dégageant le gland plus sombre, signe animal et visible de mon excitation. J’essayai en vain de calmer cette ardeur quand François se retourna. Nous étions nus tous les deux à quelques centimètres l’un de l’autre. Offerts, à égalité, aux regards de l’autre… à une seule différence… c’est que mon sexe s’était triomphalement dressé avec cette vigueur fulgurante et incontrôlée que la jeunesse arbore dans ses premiers émois.
Dans sa bouche le mot « bite » me surprit. Nous évitions habituellement, dans nos conversations de collégiens – mais il y a si longtemps – d’utiliser des mots « vulgaires » quand on parlait de ce genre de chose. Nous étions loin des « teubes », « queues » « pines » et autres « mandrins » d’aujourd’hui.
Le mot de « bite » à vrai dire ne me choquait pas vraiment, c’était plutôt le fait que ce soit lui qui le prononce en enserrant mon sexe entre ses doigts et en enrobant mes « couilles » de l’autre main.
Ce premier contact me fit sursauter. Il sourit de la réaction et, se penchant à mon oreille, il m’invita à l’imiter.
J’avançai les mains et en imitant ses caresses, j’empoignai d’une main sa longue tige et glissai l’autre sous ses testicules. Il murmura doucement lorsque mes doigts soupesèrent ses couilles et commencèrent à jouer, à les faire rouler et qu’à l’unisson je commençai un lent branle le long de son sexe. La peau était douce, il grossissait lentement au gré des flux de sang dont je sentais les pulsions sous mes doigts. Je ne pouvais quitter des yeux ce sexe fascinant. L’enveloppe souple et tiède décalottait à chaque descente le gland pourpre qui tranchait, impudique, sur le blanc de sa peau. Mon souffle s’était fait haletant sous ses caresses, car il posa sa main sur ma bouche.
Je tentai en vain de refréner les pulsions qui envahirent mes reins et mon ventre. François venait de glisser un doigt dans ma bouche et le faisait entrer et sortir comme un sexe tout en caressant ma langue. Instinctivement, je me mis à sucer ce doigt qui forçait et fouillait ma bouche. C’était la première fois qu’une telle caresse m’était offerte. Sous l’effet du plaisir, je me laissais palper, caresser, sonder. Je sentais sa bouche et ses lèvres parcourir mon corps avec une avidité inattendue. Il avait lâché mon sexe, pressentant par expérience que j’étais déjà au bord de l’explosion, et avait posé ses lèvres sur mes mamelons qu’il suça avec gourmandise. Tout à mon plaisir, je m’offris à tous les effleurements, toutes les audaces et je me surpris même à creuser les reins quand un de ses doigts vint caresser l’anneau brun de mon anus. Je n’avais jamais connu une telle caresse et même lors de mes cajoleries les plus frénétiques ou dans mes fantasmes les plus fous, cette partie du corps que je malaxais était totalement exclue.
Malgré l’inconfort de la situation, je m’accrochais à son sexe qui palpitait sous mes doigts. Il avait doublé de volume et s’était durci à l’unisson du mien. Je dus lâcher ma proie lorsque Jacques s’agenouilla et à ma grande surprise, après avoir passé sa langue le long de mes testicules et de mon sexe il l’avala littéralement. J’avais rejeté la tête en arrière sous la violence et la nouveauté de cette nouvelle audace. Je ne sais par quel miracle je retardai l’éjaculation qu’en d’autres temps j’aurais laissé éclater. Sous le joug et l’intensité du désir qui maintenant me submergeait, toutes les barrières s’effondraient. Je savais qu’inconsciemment tout était possible et c’est même sans surprise et avec délectation que je sentis une de ses phalanges s’enfoncer entre mes fesses, franchir lentement, mais sans hésitation l’anneau de mon intimité.
J’aurais fait n’importe quoi pour prolonger le plaisir de cette découverte. François se releva et me pris la main. J’imaginai qu’il allait la glisser entre ses cuisses et la diriger vers l’objet mystérieux dont je découvrais pour la première fois la sensibilité, mais il recula lentement, m’entraînant à sa suite. Arrivé au bord de la longue table cirée, il se haussa sur la pointe des pieds et, ayant posé ses fesses sur le bois sombre, il se laissa aller lentement en arrière jusqu’à s’allonger. Il dirigea ma main vers son sexe et releva les jambes jusqu’à ce que ses genoux viennent toucher sa poitrine. Les yeux écarquillés je restai interdit devant la scène. Son jeune corps, fin, musclé et soyeux était offert à ma convoitise. Dans mes rêves les plus débridés, je n’avais jamais imaginé une telle offrande. Entre ses cuisses blanches ouvertes pendaient ses lourdes bourses comme un fruit impur que surmontait son incroyable « bite » à laquelle, à bout de souffle, je m’agrippai, comme un noyé à sa bouée. Il avait fermé les paupières et se laissait aller tout à son plaisir semblant jouir de chaque seconde, de chaque effleurement. Je sentis son sexe au bord de l’explosion palpiter dans ma paume.
Dans son délire délicieusement dégoûtant, que je partageai sans limites, les mots « cul », « bite » si rares dans mon vocabulaire de pensionnaire bien élevé me faisaient l’effet d’un coup de fouet. Sous le mordant de la discipline, je me sentis capable de toutes les hardiesses. Son invitation résonnait dans ma tête : « le cul, lèche-moi le cul », tournait en écho comme une incantation adorablement maléfique. Je m’agenouillai entre ses cuisses et approchai mon visage. Incapable de résister au désir sulfureux qui me tenaillait les reins j’osais pour la première fois une caresse inconcevable, invraisemblable pour l’adolescent réservé et pudique que j’incarnais auprès de mes professeurs et de mes parents.
Enivré par l’odeur suave où se mêlaient des fragrances douceâtres de savon et sueur fraîche, j’approchai lentement la bouche. J’avais fermé les yeux par un ultime réflexe de pudeur. Mon front vint s’appuyer sur le coussinet tiède et élastique de ses bourses. Je posai malhabile et tremblant mes lèvres sur l’œillet secret. François, parcouru par un tressaillement tétanique, enserra mon cou dans l’étau de ses cuisses et posa ses mains dans mes cheveux écrasant mon visage dans la moiteur de ses chairs.
Sa voix, ses mots, redoublèrent l’embrasement qui me brûlait les reins. Comme un jeune chiot cherchant la mamelle de sa mère je fouillais les plis de son corps, j’embrassais, je léchais, j’aspirais. Ma langue se posa contre l’anus palpitant que je forçai de la pointe. Lorsque le muscle vaincu ou avide céda, je fus pris d’une ivresse licencieuse.
François poussait son bassin vers l’avant pour forcer l’enfouissement de ma langue. Ses doigts fouillaient mes cheveux et se fermèrent comme un étau, me forçant à me relever. Étourdi, je lâchai à regret ma proie. Il guida ma remontée comme un sauveteur accompagne le noyé suffocant. Flageolant sur mes jambes tremblantes, j’ouvris les yeux. François était d’une beauté diabolique. Son long corps pâle, marmoréen, luisait dans la pénombre, parcouru d’un frisson spasmodique. Les paupières fermées, la bouche entrouverte exhalait le faible souffle d’une petite mort me rappelant le marbre extatique de Bernini. Ses mains s’étaient accrochées à mes épaules et il m’attira vers lui. Coincé entre ses cuisses, je basculai vers l’avant et m’affalai sur son corps. Il en profita pour enserrer mes hanches avec ses mollets et avec une puissance de désespéré il me colla à lui. Le contact de mon sexe dressé contre ses bourses me fit l’effet d’un nouveau coup de fouet.
À peine avait-il prononcé ces mots qu’il releva son buste et après avoir avancé ses fesses sur le rebord de la table, il releva ses jambes avec une souplesse que seule l’avidité du plaisir pouvait permettre. Sa main droite se saisit de mon sexe tandis qu’il s’accrocha de l’autre à mon cou, nous enchaînant tous deux dans un fragile équilibre. Il tira sur ma « bite » la guidant en une invite lubrique.
La voix s’était faite plus basse, plus profonde. L’habituelle bienveillance sereine de son visage s’était muée en un rictus salace. Je n’avais jamais pénétré une femme et encore moins un homme. Je pris mon sexe bandé à la verticale contre mon ventre et l’approchai de son anus. François avait glissé ses mains sous ses cuisses et écartait ses fesses. Ses doigts marquaient la peau blanche et je voyais l’orifice rose foncé palpiter ans l’attente gourmande de la pénétration. Je savais que c’était la première fois que je faisais cela et mon inconscient me disait que ce serait la dernière.
Une bouffée de lucidité m’envahit. J’avais l’impression d’avoir quitté mon corps et d’assister en spectateur à cette introduction. Mes doigts repoussèrent doucement le prépuce d’où jaillissait mon gland insolent et j’approchai lentement jusqu’à venir buter contre les plis tendus de l’anus. Avec la maîtrise instinctive d’un habitué de ce genre de pratique, je poussai lentement, mais fermement. Les chairs fragiles s’écartèrent et je m’enfonçai inexorablement. François n’en était probablement pas à sa première fois, ou est-ce le désir qui décuplait sa gourmandise jusqu’à la goinfrerie ? Ma « queue » se fraya sans grande difficulté un chemin dans les entrailles tièdes. Je sentis le muscle circulaire du sphincter envelopper mon sexe tandis que le gland continua avec une surprenante facilité son chemin dans l’étroit conduit cannelé.
François haletait. Instinctivement, alors que mon ventre venait de s’écraser contre ses bourses pendantes, je commençai à me retirer puis à rentrer à nouveau avec chaque fois plus de facilité. François avait empoigné son sexe et commençait en long branle.
Je calai le mouvement de mes reins sur celui de sa main. Il accéléra progressivement sa caresse et mon sexe s’enfonça entre ses fesses avec la même cadence.
Seul le bruit de succion obscène de mon sexe fouillant ses entrailles résonnait dans le silence. À mesure que nos mouvements conjoints s’accéléraient, je sentais monter la pression du plaisir.
François avait lâché ces deux derniers mots avant de refermer les yeux au moment où, ne pouvant nous retenir, nous explosions ensemble. Je collai mon pubis contre ses testicules et une violente constriction venue des reins crispa mes fesses. Je sentis, à la limite de la syncope, mon sperme jaillir au fond de son ventre en de longs spasmes convulsifs. Au moment même où le premier jet de sperme gicla au plus profond de son ventre, il explosa. Fasciné, je regardai le puissant arc séminal fuser de son gland et s’écraser contre sa poitrine. Un deuxième atterrit sur son ventre. Épuisé, il avait lâché son sexe qui s’était affalé sur son ventre. Agité par ultimes soubresauts de la jouissance il expulsait dans un dernier dégorgement quelques filets nacrés.
Je reprenais lentement ma respiration. Nos corps luisaient de sueur. Dans la pièce régnait une odeur écœurante de sexe et de transpiration. François avait, dans un ultime sursaut, desserré l’étreinte de ses jambes et mon sexe, expulsé de son fourreau, reposait contre son périnée. Ses mains, posées sur mes épaules, m’attirèrent à lui. Anéanti par la violence de cette première étreinte, je me laissais guider jusqu’à m’effondrer contre son corps et ma joue s’écrasa contre le jet tiède et nacré de sperme qui souillait sa poitrine.
Il y eut, quelques semaines plus tard, dans la même pièce, une seconde rencontre. Pour la première et la dernière fois, François, les mains posées sur mes fesses, fouilla mon intimité et s’y enfonça voluptueusement.
Il n’y eut pas de troisième fois. À l’occasion des vacances de Pâques, une des meilleures amies de ma mère me fit connaître les plaisirs qui m’ouvraient à un monde de nouvelles sensualités.
Je vais faire lire ce texte, bien imparfait, à ma si parfaite complice : Rachel, la jeune cousine de ma femme avec qui je partage une secrète et érotique amitié amoureuse. Elle n’y verra pas la forme d’un aveu honteux, mais celui, selon notre pacte de transparence, du récit d’un souvenir partagé en écho aux siens.