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n° 16880Fiche technique14841 caractères14841
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Temps de lecture estimé : 11 mn
26/06/15
corrigé 08/06/21
Résumé:  Réponse à certains lecteurs désireux d'en savoir plus sur la légende du Cavalier noir.
Critères:  #nonérotique #historique #fantastique #sorcellerie fh fagée cérébral donjon
Auteur : Pierre Siorac      Envoi mini-message
Le Diable a parfois de si beaux yeux...

Certains lecteurs m’ont écrit – quelques-uns par angoisse, d’autres par pure curiosité – afin de connaître la manière dont s’était déroulée la soirée que j’évoquais à la fin de mon dernier récit, Le cavalier noir. Cette histoire racontait le pourquoi de la disparition de la famille de Merville au XVIIème siècle, et la manière dont elle fut anéantie par la simple volonté de la dernière descendante de la comtesse Elizabeth Báthory.


J’y expliquais en outre, dans l’épilogue, la façon dont les documents nécessaires à la rédaction de cette effroyable aventure m’étaient parvenus sur ma boîte mail, envoyés par une mystérieuse femme se faisant appeler Hortense Báthory, comtesse de Merville, dont la beauté était indéniable, si j’en croyais les photos qu’elle avait jointes à ses envois. Elle me donnait rendez-vous rue des Saints-Pères, en plein cœur de Paris, le 22 juin dernier, et j’avais conclu en expliquant que ne croyant pas au Diable, mais plutôt à une supercherie ou une de ces impostures trop courantes – hélas – dans le petit monde des chercheurs en histoires et légendes de toutes sortes, je m’y rendrais afin de percer les mystères de cette troublante personne.


Je n’ai pas l’habitude de raconter ma vie, dont je dois confesser que, comparée à celles des fantômes de l’Histoire, l’intérêt est d’une sinistre banalité. Mais banale, cette soirée ne le fut pas ; et somme toute, il est probable que – outre le fait que j’y ai survécu – elle pourra intéresser quelques lecteurs curieux (comme je l’étais) d’aller jusqu’au bout de cette étrange légende…



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Ce soir-là donc, je descendis à la station de métro « Saint-Germain-des-Prés », puis je remontai la rue, passant devant les célèbres « Deux-Magots » pour arriver quelques mètres plus loin dans la rue de mon rendez-vous. Je trouvai le numéro sans difficulté et sonnai à l’interphone. Une voix masculine qui devait être celle d’un gardien ou d’un domestique me répondit. Je me nommai et l’on m’ouvrit la porte.


Je traversai une petite cour donnant sur un superbe jardin fleuri de roses et de lilas blancs. Pour la plupart des banlieusards et des touristes, Paris n’est plus qu’une ville de lumières au béton omniprésent et à la modernité tapageuse et vulgaire. Mais les initiés et les vrais amoureux de cette ville savent qu’elle recèle encore, au sein des hôtels particuliers, hélas (ou peut-être heureusement, qui sait) bien des trésors inaccessibles à la plupart des gens.


Un peu partout dans ce jardin étaient disposées d’étranges statues de pierre représentant des gargouilles, des dragons, et toutes sortes de créatures merveilleuses et fantastiques. Ce mélange de fleurs magnifiques et d’œuvres plus ou moins gothiques créait une atmosphère à la fois envoûtante et inquiétante. L’ancienneté de cette décoration et son parfait entretien me firent cependant penser qu’il ne s’agissait nullement d’une mise en scène destinée à m’impressionner, mais d’un mode de vie, d’un « art de vivre » voulu et assumé par les propriétaires des lieux.


Au bout de l’allée, j’aperçus un majordome tout habillé de blanc. Je m’approchai de lui et me présentai à nouveau. Il me fit signe de le suivre et m’introduisit dans un vestibule aux murs entièrement blancs qui lui aurait donné une apparence monacale, sans les gargouilles et autres statues de diablotins qui décoraient la pièce. J’entendis bientôt des bruits de talons résonnant sur le marbre du sol, et une femme infiniment belle, plus belle encore que sur les photos, apparut. Blonde, les cheveux descendant jusqu’aux épaules, des yeux bleus absolument limpides qu’un discret maquillage mettait magnifiquement en valeur, une peau très blanche, et un corps plutôt gracile mais aux formes parfaites que l’on devinait d’une vigueur assez inhabituelle chez ce genre de créature. Elle me tendit une main fine et délicate à baiser, ce que je fis maladroitement il faut dire, peu rompu à ce genre d’exercice que d’aucuns trouveront snob ou désuet, mais qui conserve dans de telles circonstances un charme délicieux.



Il va sans dire que le repas fut à la hauteur de la magie des lieux et de la splendeur de mon hôtesse. Mais je passe volontiers ces détails au lecteur, qui bien entendu s’intéresse plus au contenu de la conversation qui suivit qu’au festival de saveurs culinaires dont mon palais fut l’heureux bénéficiaire.



Nous arrivions à la fin du repas. Elle se leva et planta son regard fascinant dans le mien.



Je dois bien avouer que le magnétisme de ses yeux m’avait troublé un court instant. Mais des années de théâtre ainsi qu’une pratique assidue de la méditation chán me permirent de ne rien laisser paraître et de garder le contrôle de moi-même.



Nous entrâmes dans la chambre.



Elle ouvrit alors une armoire et en sortit un coffret de bois assez gros, fermé par un cadenas. Elle l’ouvrit et en extirpa… une tête de nain, parfaitement conservée, dont l’expression qui avait figé les traits dans ses derniers instants était bel et bien une expression de terreur. Malgré ma répulsion, je conservai mon calme et continuai d’une voix égale et ferme :



Nous descendîmes alors au sous-sol de l’hôtel particulier. Nous débouchâmes dans une splendide cave à vin totalement impropre à inspirer la terreur, si ce n’est aux buveurs d’eau et aux intégristes de la sécurité routière. La « comtesse » tourna une des bouteilles, et une porte secrète s’ouvrit, donnant sur un nouvel escalier que nous descendîmes également.



Je regardai et vis avec effroi les os disloqués d’un squelette. L’existence de ce genre d’endroit est aujourd’hui connue de tous et inspire rarement la peur dans la mesure où nous avons coutume de penser qu’il s’agit de pratiques révolues depuis des siècles. Mais être face à la réalité, contempler les restes d’une des victimes de ces temps impitoyables, cela est différent.



Une indicible terreur s’empara alors de tout mon être : la pauvre Rose se tenait devant nous, recroquevillée au fond de sa prison, pleurant à fendre l’âme.



Puis elle lança à l’adresse de la pauvre créature désespérée :



Et je vis Rose de Merville lever son regard vers nous, son joli visage creusé par les larmes qui ne cessaient de couler. Je détournai alors la tête, incapable de supporter cette vision terrifiante, lorsque je l’entendis dire à mon adresse :



Puis la forme s’estompa lentement, et je me retrouvai alors face au regard maléfique et triomphant d’Hortense Báthory de Merville. Le doute n’était plus possible.



D’un geste brusque, je poussai alors cette abominable femme qui tomba à son tour dans l’oubliette où Rose avait péri. Elle tomba au fond, sans se faire mal apparemment, mais elle me regarda ensuite avec un regard dans lequel je pus lire avec satisfaction une incompréhension totale.



Je remontai quatre à quatre les escaliers qui menaient au rez-de-chaussée de la demeure et sortis rapidement dans la rue. Il était trois heures du matin, et je dus prendre un taxi afin de rentrer chez moi. Je me jetai sur le lit tout habillé, et eus bien du mal à trouver le sommeil.

Des rêves étranges ne cessèrent de me hanter. Sans cesse, le regard bleu et magnétique de la comtesse me revenait en mémoire. Et sa voix résonnait : « Siorac… tu es à moi. Ne résiste pas. Tu en as envie… Réponds donc à tes instincts… Soumets-toi à ma volonté. »


Je passai ainsi toute la journée d’hier à me débattre contre ces souvenirs. Je ne mangeai pas. Je transpirais abondamment, en proie à la peur et au désarroi. Et puis ces sentiments se calmèrent enfin, et il me parut urgent de raconter tout cela et de le poster au plus vite afin que chacun puisse connaître la vérité.



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Il est trois heures du matin. Je viens de me réveiller. Je m’étais endormi sur mon canapé lorsque j’ai senti comme une présence maléfique entrer dans mon appartement. Je vois sous la porte de ma chambre que la lumière est allumée. Je sais pourtant qu’elle était éteinte tout à l’heure… Elle est là. Comment a-t-elle fait ? Je l’ignore… Je sais cependant que cette fois, je vais avoir bien du mal à résister. Je sais au fond de moi que je n’en ai pas envie. Je suis perdu, et bizarrement ce sentiment ne m’effraie pas.

Je vais donc dans un instant pénétrer dans ma chambre et rejoindre mes aïeux dans la volupté que représente le fait de vivre aux pieds d’une si belle et si étrange femme.


Que nul ne cherche à me sauver, ni même à me venger.

Préservez-vous de cette femme tant que vous pourrez !

Mais le Diable a parfois de si beaux yeux…




Pierre Siorac – Herblay, le 25 juin 2015