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n° 16294Fiche technique80253 caractères80253
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Temps de lecture estimé : 54 mn
03/07/14
Résumé:  Abandonnant sa famille et une existence sereine, une femme mariée est prête à tout pour sauver sa sœur. Elle infiltre une secte, affrontant dangers et tentations qui vont vite la corrompre.
Critères:  #policier #initiation ff 69
Auteur : Nicogarner  (Homme marié aimant la littérature, l'écriture et l'érotisme.)      
La secte du plaisir

JUIN 2011



Espagne, désert de Tabernas



Rachel a brusquement conscience d’un danger, mais il est trop tard. L’homme qui la saisit par derrière ne lui laisse aucune échappatoire, l’enserrant si fort qu’elle en a le souffle coupé. Malgré tout, elle se débat avec l’énergie du désespoir, réussissant à décocher quelques coups de pied, avec une telle fureur que l’homme qui la maintient pousse un cri de douleur. Sans pour autant relâcher sa prise. Pire, il lui plante le canon de son arme, un revolver, contre sa tempe.



Un sourire sinistre élargit le visage de l’homme. Mais la panique qui saisit Rachel est plus forte que tout. Une poussée d’adrénaline qui décuple son instinct de survie. Elle baisse la tête pour l’expédier sèchement en arrière. La mâchoire de son agresseur craque violemment, avec un bruit désagréable lorsque les dents s’entrechoquent. Sonné, il relâche son étreinte. Elle en profite pour donner un coup de coude dans le plexus de l’homme avant de pivoter pour lui expédier son poing dans le ventre. Toujours dans le même mouvement, du plat de la main, elle frappe le poing qui enserre le revolver, le faisant tomber sur le sol. Avec une vitesse surprenante, elle se laisse tomber par terre, rampant pour s’emparer de l’arme. Ce contact rassurant lui insuffle un regain de courage. Elle se redresse, pointant le revolver sur l’homme qui vient de l’agresser.



La boule qui vient de se former dans sa gorge lui brise la voix.



Une femme brune vient d’entrer dans la chambre. Une femme splendide, à la démarche féline, pleine d’assurance, ignorant la peur alors que l’arme se braque dans sa direction.

Rachel, surprise, a juste la force de croasser :



Rachel est en état de choc. Livide, elle ne sait plus quoi répondre. Tout va si vite. Déjà, l’attaque qu’elle vient de subir l’a littéralement abasourdie, et c’est un vrai miracle qu’elle s’en soit sortie indemne. Mais, déjà, une autre menace pèse sur elle, risquant de réduire à néant tous ses efforts. Des mois de préparation…

Maud lui adresse un sourire engageant.



Rachel est perdue. Elle jette des regards désemparés à Maud et l’homme qui l’accompagne, le cerveau paralysé par une panique sans nom. En s’engageant dans cette mission périlleuse, elle ignorait jusqu’ici les conséquences et les risques qui l’attendaient. Le danger, jusqu’à présent, n’était pour elle qu’une chose abstraite.

Elle est maintenant confrontée de plein fouet à ce danger. Et il est effrayant.

Sans cesser de sourire, Maud reprend la parole :



À ce dernier nom, Rachel sent tout espoir l’abandonner. Non, pas Lucie ! C’est pour elle qu’elle est venue jusqu’ici, abandonnant sa petite vie trop tranquille, son mari, son enfant, en quête d’une vérité qu’elle était près d’obtenir. Vaincue, elle baisse son arme. L’homme s’en empare brusquement.

Alors Maud esquisse un sourire carnassier qui, là, n’a plus rien d’engageant, dévoilant son vrai visage.



Le regard insistant qui la dévore des yeux lui donne des frissons. Elle a l’impression que son cœur s’arrête de battre lorsque Maud exige d’une voix autoritaire :



Les yeux agrandis par l’horreur, Rachel avale difficilement sa salive. Elle jette un regard désemparé à l’homme qui l’a auparavant agressée. De ce côté-là, elle n’a aucun soutien à espérer. Bien au contraire, l’homme se passe une langue gourmande sur les lèvres, les yeux brillants, comme savourant d’avance la suite des événements. Fébrile, c’est lui qui s’impatiente :



Les mains tremblantes, elle obéit. De toute façon, elle n’a pas le choix. La seule chose à faire est de se montrer docile et de gagner du temps, en espérant que la situation se retourne plus tard à son avantage. Pour cela, il lui faut savoir ce qui leur a mis la puce à l’oreille, le détail incohérent sur son faux passé. Si elle l’apprend, elle pourra toujours ensuite inventer une histoire pour tenter de retomber sur ses pattes. Mentir et improviser.


Sans les quitter des yeux, les défiant presque du regard, elle fait passer sa robe au-dessus de sa tête. Elle se retrouve aussitôt en sous-vêtements. Si elle espérait gagner du temps en retirant plusieurs épaisseurs de vêtements, c’est un essai perdu d’avance. Ici, en plein désert de Tabernas, la chaleur avoisine les 35 degrés, et la climatisation dans certaines pièces de l’hacienda atténue à peine la température étouffante. Aussi, tous les membres de la communauté sont vêtus très légèrement, sans aucune pudeur, en parfaite osmose avec l’état d’esprit qui prône l’échange et l’amour libre. Un partage que Rachel s’est jusqu’ici refusé, se dérobant à toute avance, inclues les tentatives de séduction du Grand Maître, le chef spirituel de tous. Des refus pour l’instant pardonnés puisqu’elle était nouvelle…


Quand elle n’a plus sur elle que ses sous-vêtements, un dernier réflexe de pudeur la fait hésiter.



Elle lève les bras, dégrafant son soutien-gorge. Ses seins jaillissent, fermes et splendides, accrochés haut, avec des aréoles brunes qui pointent fièrement.

Maud et son compagnon semblent fascinés. Leurs yeux sont lumineux, des fentes luisantes qui fixent chaque perfection de ce corps offert, attentifs comme ceux de prédateurs affamés. Ils se mettent à briller davantage quand elle retire son slip en le faisant glisser nerveusement le long de ses jambes, l’envoyant promener du bout des pieds à quelques mètres.



Le corps parcouru de frissons, Rachel les défie du regard, s’accrochant au peu de courage qu’il lui reste. Au lieu de croiser ses bras sur sa poitrine ou se cacher le sexe, elle ferme les poings et garde ses bras le long du corps, avec bravade, tête haute et port altier. Inconsciente de la beauté insolente de son corps qui peut attiser bien des désirs malsains. Sa taille élancée, son cou gracile, ses longs cheveux d’un noir flamboyant cascadant en vagues soyeuses sur ses épaules et sa gorge, son ventre plat et surtout son sexe que l’homme ne cesse de fixer d’un regard salace. Autant d’atouts voluptueux qui font presque baver ce dernier, avec un petit sourire pervers qui en dit long sur ses pensées. Son regard est focalisé sur l’entrejambe, fixant avec insistance les replis intimes qui se devinent au cœur du fin buisson parfaitement épilé, aux poils bruns.

Ses rêves érotiques s’éparpillent en mille morceaux lorsque Maud le remet sèchement à l’ordre.



C’est presque à regret qu’elle jette un dernier regard sur la femme nue avant de quitter la pièce.

Rachel ferme les yeux et, pour ne plus penser à l’humiliation du moment présent, laisse vagabonder son esprit dans le passé, se rappelant les derniers événements qui l’ont amenée jusqu’ici.




—ooOoo—




Quinze jours plus tôt



Elle contemple dans la cour les épicéas bercés par le mistral et le mur de pierres inachevé qui la protège à peine de ses voisins. Préférant observer, à travers la baie vitrée, le paysage extérieur plutôt que son propre reflet sur le verre qui lui renvoie une image peu flatteuse. L’image d’une femme à cran, fatiguée, exaspérée. Comme lisant ses pensées, la voix derrière elle la ramène à une triste vérité.



Lasse, elle se retourne vers lui. Son mari, Vincent. Trapu, puissant, une force tranquille qui rassure. Il porte sur son visage large une épaisse moustache et de longs favoris qui se mêlent à ses cheveux broussailleux aussi noirs que ses yeux. Un regard sombre qui exprime le mécontentement, la contrariété, l’inquiétude, autant de sentiments négatifs qui veulent la persuader de tout arrêter, faire marche arrière.



Il prend une profonde inspiration et pousse un lent soupir de colère. Et, comme d’habitude, elle tente de rationaliser et de nier l’évidence.



Sa voix est plus mordante, son débit plus haché. Il veut blesser et faire mal, la ramener sur la voie de la raison, mais il ne fait au contraire que la rendre plus forte et déterminée. Furieux, il appuie sur un point plus sensible.



Au prénom de son fils, elle sent ses yeux se mouiller.



Là, il éclate de rire. Avec méchanceté.



Rachel sent sa colère monter et fait son possible pour ne pas s’en prendre encore à lui. Elle ne veut pas partir ainsi sur une dispute. Son visage prend une expression si attristée qu’il se radoucit et, avant qu’elle ne prenne la valise à ses pieds, il lui tend ses bras en tremblant, d’un geste qui trahit son agitation intérieure.



Avec un sanglot, elle se laisse aller dans ses bras et il la serre dans ses bras puissants.



Elle reste appuyée contre lui, les yeux fermés. Il lui embrasse le front en lui caressant les cheveux.



Il penche son visage vers ses lèvres et glisse tendrement ses mains sur les parties de son corps qu’il préfère, la chute de son dos et ses fesses hautes et fermes. Un corps qui, en toutes circonstances, est d’une sensualité extraordinaire.

Elle se laisse faire, et souhaite que son corps réagisse aux caresses de son mari, mais cela lui semble impossible. Encore une fois…

Elle s’arrache à son étreinte lorsqu’un coup de klaxon intempestif retentit dans la rue.



Elle saisit sa valise. Alors qu’il ne cesse de l’observer, dans une supplique silencieuse, elle fuit son regard. Puis, sans un mot, sans un regard en arrière, elle ouvre la porte et sort de la maison.

Sans faire un geste pour retenir ses larmes, pour ne pas trahir son désarroi…




Quelques heures plus tard…



Alors que la Jeep négocie le virage en cahotant dangereusement, Rachel a l’impression de plonger dans un véritable paysage de Far-West. Une terre aride de collines érodées, de pierres calcaires et jaunies, de canyons et rios desséchés. Paysage lunaire au sol fissuré où le soleil cogne implacablement. Tel est le désert de Tabernas, dans l’arrière-pays d’Almeria, en Andalousie.

Rachel se laisse conduire, goûtant le charme de ce paysage unique qui ressemble à l’Ouest américain. Elle peut presque imaginer des bandits mexicains dévaler sur leurs chevaux les pentes abruptes des collines.



La femme qui conduit, belle et rayonnante, déborde de calme et d’assurance derrière son volant.

Elle tourne violemment le volant pour faire rebondir la Jeep dans le lit asséché d’un rio, soulevant une traînée de poussière.



Tout autour d’eux, c’est une immensité sauvage et désolée, entre vastes plaines arides et chaîne de montagnes nues. Rien ni personne pour rappeler la civilisation. Et que dire de la chaleur étouffante qui découragerait quiconque de venir s’installer dans ce monde perdu…

La femme lui adresse un regard appuyé.



Une phrase lourde de sous-entendus, pour la mettre en garde d’une situation périlleuse où elle se retrouvera seule.

Rachel ne relève pas. Mais cette parole la ramène à une triste vérité : l’enjeu de sa présence ici. Elle n’est pas là pour faire du tourisme, loin de là. Sa démarche dans ce coin reculé du fond de l’Espagne est beaucoup plus grave. Dangereuse même…

La femme sent son inquiétude et en profite pour insister.



La femme insiste avec plus de gravité :



Elle hésite avant de continuer :



La voix est ferme, le ton sans appel.

La conductrice reste un moment silencieuse. Elle sait tout discours inutile. Rachel a cette détermination farouche de celle qui ira jusqu’au bout et, malgré elle, elle la respecte pour son courage.


Le silence s’établit, aussi menaçant qu’étouffant, comme un prélude à ce qui l’attend. Le cœur de Rachel se serre. Elle pense à ce qui l’attend. Même si elle a tout prévu, faux papiers d’identité, faux passé, elle ne peut s’empêcher d’avoir peur. Mais le compte à rebours est lancé. Jamais elle ne pourrait se le pardonner si elle devait abandonner si près du but. Faire marche arrière après tous ces efforts ? Non, impossible : ce serait faire preuve d’une lâcheté qui la détruirait aussi sûrement qu’un cancer qui vous ronge de l’intérieur.



La conductrice pose cette question d’un ton innocent. Mais Rachel n’est pas dupe. Elle sait qu’elle veut semer le doute, la dissuader de commettre cette folie.



Là, elle ne dit rien. Elle ignore la réponse. Ce dont elle est sûre, c’est que sa sœur cadette a disparu deux ans sans donner signe de vie. Et qu’elle a vécu les années les plus longues et douloureuses de sa vie, imaginant le pire : enlèvement, viol, meurtre… avant d’apprendre par la détective privée à qui elle avait confié l’enquête – celle qui conduit hardiment en plein désert de Tabernas – que sa sœur était vivante, intégrée au sein d’une mystérieuse communauté dont les ramifications politiques et financières dépassaient l’entendement, prônant et interprétant la Bible selon l’existence d’une présence divine et extra-terrestre qui sauverait quelques élus de l’Apocalypse. Isolement, refus du progrès, liberté sexuelle, et d’autres inepties auxquelles Rachel ne pourrait jamais adhérer. Pourtant, il lui faudrait faire semblant. Mentir et improviser comme elle l’avait déjà fait dans l’un des Centres de la secte, un bureau cossu dans la banlieue sud de Paris, au cœur des Yvelines, là où l’on recevait et sélectionnait les futurs membres.


Trois mois plus tôt, grâce à Clara Sinclair, la détective privée, elle avait poussé la porte du Centre et avait joué à la perfection son rôle : celui d’une femme perdue, divorcée, en perte de repères, qui avait quitté sa province natale pour tenter sa chance à Paris. Le profil idéal de la paumée, l’orpheline, la paria, la fragile, celle qui correspond parfaitement aux critères de sélection pour intéresser ce genre de secte. Avec bienveillance et sollicitude, une jolie femme l’avait écoutée et conseillée, lui vantant les bienfaits de leurs préceptes, cherchant à l’influencer pour que Rachel vienne grossir les rangs de leurs adeptes.


Cette femme, Maud, était une très belle femme au charme ravageur. De longs cheveux brillants, noir corbeau et très lisses, encadrant un visage ovale aux lignes pures. Des yeux couleur saphir, avec des reflets rieurs et espiègles. Un petit nez retroussé, légèrement épais au niveau de ses narines. Des lèvres pleines, sensuellement dessinées, et un rien aguicheuses. Mais, pour Rachel, ce fut surtout sa gentillesse qui emporta son adhésion. Aussi douce qu’attentionnée, à l’écoute de ses malheurs, compatissante, et le courant était si bien passé qu’elles s’étaient revues à trois reprises. Jusqu’au jour où, enfin, elle lui avait proposé un stage dans une de leurs « fermes », annonçant cette invitation comme un véritable honneur, réservée à peu d’élus. Et, évidemment, Rachel avait accepté. En suivant le même parcours que sa sœur, elle approchait enfin du but.


La détective écrase à cet instant l’accélérateur, faisant rebondir la Jeep à l’assaut d’une colline. Elle longe un instant un large canyon creusé de profonds ravins, laissant le véhicule au bord du vide, avant de bifurquer franchement face à la pente. Une difficulté qui, au lieu de l’inquiéter, avait provoqué un sourire espiègle, comme un défi à relever. Rachel lui jette un regard intrigué. Décidément, cette femme ne cessait de la surprendre. Elle regarde les longs doigts effilés de la jeune femme, serrés sur le volant, n’arrivant pas à les imaginer tenant une arme à feu. Ayant pris garde de se renseigner sur la détective avant de l’embaucher, elle avait appris que celle-ci était auparavant lieutenant à la police criminelle, l’une des plus brillantes, avant de démissionner pour raisons familiales. Pour créer aussitôt une agence de détectives privés, l’une des plus réputées de la Côte d’Azur, avec à son actif de nombreuses enquêtes résolues.


Rachel ne cesse de l’observer à la dérobée, se demandant encore par quel miracle cette fille si saine et si belle pouvait aimer flirter avec le danger. Ses cheveux d’un roux flamboyant illuminent un visage d’une grande pureté et ses magnifiques yeux verts ont la limpidité des lacs de haute montagne. Un physique de top-modèle qui ne se prête vraiment pas à ce métier d’homme.


Secouée violemment, Rachel s’accroche à la poignée au-dessus de la portière. Elle écarquille les yeux lorsque, parvenue au somment de la colline, la Jeep négocie lentement sa descente. Une vaste plaine s’étend à perte de vue, dont la terre jaunie et ridée semble crier sa soif, où seules quelques plantes grasses, cactus et grenadiers, semblent pouvoir survivre. Et, construite en plein milieu de cette désolation, la « ferme », ou plutôt une immense hacienda formée d’édifices séparés, en chaux blanche, avec annexes, patios, et une chapelle. Les tourelles d’un temple, au fond, pointent vers le ciel, à moitié dissimulées. Tout le périmètre est entouré d’un mur, où quelques cavaliers armés patrouillent lentement, avec une entrée permettant de contrôler les entrées et les sorties. Un complexe sécurisé qui, planté en plein milieu du désert, semble irréel, incongru.

La Jeep s’y dirige. Clara, un peu inquiète, marmonne entre ses dents :



Puis, se tournant vers Claire, tient bon de préciser encore.



À plusieurs reprises, Clara avait tenté de prendre sa place, s’infiltrer dans la secte, mais Rachel n’avait rien voulu savoir, aussi bornée qu’une mule, prétextant qu’il était de son devoir de s’y rendre elle-même, l’obligation familiale d’une sœur aînée qui avait toujours été présente pour soutenir et sauver sa cadette.



Clara hausse les épaules. Ce n’est pas faute d’avoir essayé une dernière fois, et elle ne compte plus les occasions où elle a tout tenté pour la dissuader de commettre cette folie.

Le silence se fait pesant lorsqu’elle arrête la Jeep devant une barrière fermée. Un garde armé, chapeau de paille sur la tête pour se protéger du soleil, avance lentement, comme si chaque pas lui pesait.



Elle lui tend sa convocation et sa carte d’identité. Tout en gardant les yeux rivés sur les papiers, l’homme décroche une radio de son ceinturon et se met à parler en espagnol. Il hoche la tête.



Comme elle fait mine de remonter dans la Jeep, il l’arrête d’un geste autoritaire.



Sans un mot, elle sort sa valise. Un dernier regard vers Clara, avec un bref sourire rassurant, et elle se dirige vers une large cour où un homme vient à sa rencontre.


Clara, en faisant marche arrière, prend son temps pour manœuvrer. Elle garde les yeux rivés le plus longtemps possible sur Rachel. Sur sa silhouette splendide, svelte et élancée, ses courbes gracieuses, sa démarche langoureuse, ses longs cheveux noirs qui ondulent… Une superbe femme qui se jette dans la gueule du loup.

Une brebis dans la tanière.


Elle disparaît derrière un bâtiment.

Clara, le cœur serré, a l’impression à cet instant que l’immense propriété l’avale d’un coup.




—ooOoo—




Au fond de l’hacienda, dissimulé derrière la chapelle et deux vastes bâtiments blancs, le temple semble irréel ; un édifice imposant se dressant au milieu des bâtiments en chaux. Ses tours, tourelles et terrasses sont construites en blocs de pierre ocre, et les statues décoratives qui couvrent l’extérieur représentent une multitude d’hommes nus et de femmes voluptueuses, dont les actes sexuels ou positions lascives sont sculptés dans la pierre avec une précision troublante de vérité.


Lucie, en franchissant l’entrée, cligne des yeux de surprise en se retrouvant dans un jardin paradisiaque. Elle ne s’y habituerait jamais. C’est à chaque fois le même émerveillement en se promenant au milieu de tous ces massifs de fleurs multicolores, hibiscus ou bougainvilliers, noyés dans la palmeraie, avec des allées de bambous. Un cadre onirique digne d’une carte postale, enchanteur et apaisant.

Deux jeunes filles, entretenant les fleurs avec soin, se lèvent d’un bond en l’apercevant et viennent en courant d’un pas léger à sa rencontre. Riant et sautant de joie, elles l’embrassent, se disputant ses faveurs.



C’est Manon, mince, les cheveux couleur de miel, avenante et adorable. Sa peau crémeuse semble translucide et ses petits seins nus semblent ceux d’une adolescente.



C’est Christelle, une peau de rousse sans taches, avec un hâle doré qui brille comme de l’ivoire, aux formes sensuelles. Elle est splendide, dans le plein épanouissement de sa féminité.

En retrouvant ses complices de jeux interdits, Lucie réprime un frisson de plaisir. Avec la légèreté de papillons, les deux prêtresses vêtues de simples robes safran lui prennent la main en gloussant de joie, l’entraînant et la précédant à l’intérieur du temple, dans de longs couloirs frais et ombragés, laissant derrière elles d’agréables effluves de parfum capiteux. Les deux jeunes femmes sont fraîches et parfumées, de vraies tentatrices, la promesse de volupté délicieuse…


Après l’avoir entraînée dans une longue série de galeries, elles finissent par entrer dans une splendide cour où le soleil se reflète sur une fontaine qui alimente un grand bassin. Les deux prêtresses ôtent leur robe et y plongent toutes nues en poussant des exclamations ravies, s’arrosant et se taquinant. Puis, constatant que Lucie reste sur le bord, Christelle sort de l’eau, corps superbe et cheveux ruisselants, pour venir la chercher. Elle lui enlève sa tunique en riant et la tire vers le bassin, non sans jeter en même temps des regards admiratifs sur les formes affriolantes de Lucie.


Grande et sculpturale, jeune et ravissante, Lucie a tout pour elle. De longues jambes et des fesses rondes et fermes. Des seins lourds et épais, splendides de jeunesse. Un visage doux et avenant aux traits réguliers bien dessinés, avec des yeux d’un bleu turquoise étonnant, des cheveux d’un auburn flamboyant, coupés courts à la garçonne, des dents blanches et parfaites. Une vraie lolita sensuelle et lascive.


À peine dans l’eau, elles l’encerclent, l’éclaboussent et batifolent avec l’insouciance des êtres innocents. Toute pudeur oubliée, Lucie se joint à leurs ébats, riant à gorge déployée, consciente des mains baladeuses qui se cherchent sous l’eau, des caresses déguisées qui se font de plus en plus précises. Bientôt, elle se retrouve prisonnière des deux femmes, poussant des cris de plaisir alors que celles-ci usent et abusent de leur talent pour faire monter l’excitation.


Manon presse son corps soyeux contre le dos de Lucie en l’embrassant sur la nuque et lui agaçant les oreilles, son ventre mouillé sur ses fesses, bougeant des hanches pour mieux épouser ses formes. Par devant, Christelle embrasse Lucie d’un baiser affamé, la délaissant de temps en temps pour chercher la bouche de Manon, l’enlaçant de ses bras et ses jambes avec une fougue croissante.

Puis, introduisant sa main entre les cuisses de la jeune Lucie, elle remonte lentement jusqu’au barrage du buisson intime et faufile ses doigts parmi les bouclettes soyeuses.



Entrouvrant la brûlante vallée, Christelle s’enfonce dans les moiteurs d’une féminité secrète, alors que Manon entreprend la même caresse intime, mais par derrière, pénétrant délicatement l’orifice anal.



Ces deux femmes la rendaient folles, avec une maîtrise parfaite de l’art amoureux, l’emportant assez vite vers un orgasme dévastateur.




—ooOoo—




Rachel est presque soulagée lorsqu’elle se retrouve seule dans la chambre qui lui est attribuée. Elle se sent lasse et fatiguée. Elle paie cher son refus de se plier à certaines règles de la secte, où tout le monde appartient à tout le monde, une rébellion qui lui vaut les tâches les plus contraignantes et ingrates, de la lessive au ménage en passant par la cuisine, alors que d’autres vivent d’oisiveté et de plaisirs.


C’est avec horreur qu’elle avait constaté que sa sœur faisait partie des favorites, ce qui voulait dire qu’elle avait fait don de son corps au Grand Maître, obéissant aux coutumes des disciples, ce qui la révoltait. Une colère d’autant plus grande qu’elles n’avaient pas pu encore discuter et s’expliquer. Lors de leur première rencontre, en se croisant sous une charmille dans les jardins du temple, le premier réflexe de Lucie avait été de se précipiter vers elle pour l’embrasser ; mais Rachel avait stoppé net son élan d’un regard impérieux, avec un geste discret de la tête. La moindre faute, et c’était sa couverture qui sautait, ce qu’elle ne pouvait se permettre en étant si proche du but. En deux jours, elles s’étaient croisées à trois reprises, feignant à chaque fois l’indifférence, ce qui était une torture pour Rachel qui n’en pouvait plus d’attendre.


Elle se sent abattue, effondrée. Et terriblement frustrée. Être si près et si loin en même temps… Constamment épiée. Même la nuit il lui est impossible de s’échapper pour tenter de retrouver sa sœur, l’hacienda étant constamment surveillée et gardée. Même sa chambre ressemble davantage à une cellule, dépourvue d’issue, sans fenêtre. Alors il lui faut faire preuve de patience, elle n’avait pas d’autre choix que d’attendre le moment propice et s’enfuir à la première occasion avec Lucie. La possibilité que celle-ci ne veuille pas la suivre n’était même pas envisageable.


Dépitée, elle se fait violence pour se déshabiller, décidée à prendre une douche. Contrairement à la plupart des disciples qui avaient droit à des tuniques ou robes safran, elle devait se contenter de ses affaires qu’elle avait emportées dans sa valise, sans doute pour la démarquer des autres, comme une mauvaise élève que l’on veut désigner. Mais c’était là son dernier souci ; elle tirait même une certaine fierté à ne pas faire comme les autres, à sortir du moule. Des ressources insoupçonnées dont elle ne prenait conscience que dans le danger et l’aventure, ce qui jusqu’ici avait été impossible, de par sa vie banale, triste et routinière. Elle ressent même une certaine excitation à se débrouiller comme une vraie héroïne de film d’espionnage, réussissant à mentir, à protéger sa couverture, à s’infiltrer ainsi sans le moindre entraînement. Oui, elle se sent vivante et intrépide, audacieuse, une exaltation qui la sort de sa vie si ordinaire. Et en espérant que tous ses efforts soient récompensés et s’achèvent sur un dénouement heureux.


Elle est en petite culotte lorsque la porte derrière elle s’ouvre brusquement. Avec un petit cri effrayé, elle se protège aussitôt la poitrine en faisant un petit bond de côté. Puis son visage tendu s’illumine soudain d’une joie immense en reconnaissant la personne qui vient d’entrer. C’est Lucie qui, avec précaution, referme en douceur la porte derrière elle. Puis les deux femmes, en pleurant de joie, se jettent dans les bras l’une de l’autre, s’étreignant avec ardeur, s’embrassant, riant et pleurant à la fois. C’est un moment de joie indicible, un sentiment d’euphorie, de soulagement, de complicité retrouvée. Lucie essuie ses larmes et s’éclaircit la voix avant de demander impatiemment :



Rachel lui adresse un sourire hardi, plein de confiance.



Elle l’observe avec appréhension, attendant qu’elle réagisse, la remercie, approuve sa décision et sa témérité à venir la secourir. Mais rien ne vient. Lucie se dégage avec froideur et l’observe à son tour, avec beaucoup moins de tendresse.



Déboussolée, Rachel s’agite nerveusement.



Lucie la coupe brutalement.



À son tour, Rachel sent sa colère monter. Voilà, c’est reparti, leurs disputes incessantes et intempestives ; deux sœurs qui s’adoraient mais, jamais sur la même longueur d’onde, passaient leur temps à se chamailler et à se contredire, partant toutes les deux dans des excès de colère et d’incompréhension, aussi têtues l’une que l’autre.


Entre elles, les sentiments avaient toujours été aussi complexes que passionnels. Même si elles se considéraient comme de vraies sœurs, nées de pères différents, elles étaient l’opposé l’une de l’autre. Élevées par une mère séductrice, frivole et croqueuse d’hommes, souvent absente pour des raisons sentimentales, Rachel avait vite endossé le rôle de mère de famille, intelligente, forte, dégourdie, trop vite mature et consciencieuse, accaparée par tant de responsabilités qu’il n’ y avait pas de place pour la futilité et la bagatelle… Et ne voulant surtout pas ressembler à sa mère, affichant au contraire une attitude sage et raisonnable…


Tout le contraire de Lucie qui était coquette, féminine, superficielle, à l’image d’une mère qu’elle idolâtrait et qui lui manquait tant. Puis, avec l’âge, prenant peu à peu conscience de l’abandon et du désintérêt d’une mère inconséquente, Lucie était devenue coléreuse, fugueuse, à fleur de peau, une écorchée vive qui se cherchait et se cherche encore… Rachel avait passé son temps à la protéger, la couvrir, la sortant de la drogue et de l’alcool, la libérant de petits copains peu fréquentables, de vrais voyous, jusqu’au jour où, lasse, elle avait baissé les bras, rencontrant celui qui allait devenir l’homme de sa vie, traçant avec lui sa propre destinée.


Et, étrangement, du moment où Rachel cessa de protéger et couver Lucie, celle-ci redevint un peu plus raisonnable – sans être un modèle de vertu tout de même – et prit plaisir à voir s’agrandir une nouvelle famille, à être demoiselle d’honneur pour le mariage, puis une tante comblée lorsque Philippe vit le jour. Un bonheur par procuration qui ne pouvait masquer ses blessures, où le passé vint reprendre ses droits, dans l’excès, le scandale et la provocation, jusqu’à ce jour fatidique où elle disparut pour de bon, endoctrinée par cette maudite secte. Alors, pleine de fiel et de rancœur, elle crache maintenant son venin, trop heureuse de se défouler.



Ses émotions suivent leur propre cours comme un torrent incontrôlable que rien ne peut arrêter, tumultueux et invincible. Elle sait qu’elle se montre injuste, blessante, tirant des conclusions hâtives sans aucune preuve, mais elle a peur pour sa sœur, peur de tout.

Des larmes de rage coulent sur les joues de Lucie. À son tour, elle veut faire mal, rabaisser, et s’emporte sans pouvoir se retenir.



Abasourdie, Rachel ne répond pas. Six mois en arrière, elle a frôlé la rupture nette et définitive avec Vincent qui, las de leur passion qui se fanait, dégoûté de rapports sexuels de plus en plus rares et fades, avait fini par trouver ailleurs ce qu’il n’avait plus à la maison. Follement amoureuse de son mari, perdu sans lui, elle s’était remise en question, lui avait pardonné, s’était battue pour le récupérer. Et, sexuellement parlant, s’efforçait depuis de faire des efforts, même si cela ne lui venait pas naturellement, ne retrouvant ni la fougue ni cette curiosité qui avait auparavant dicté ses envies au début de leur rencontre. Elle n’y pouvait rien, mettant cela sur l’usure du temps, la routine qui émousse le désir, son manque d’expérience, ou tout simplement sur sa libido peu volcanique et démonstrative. À moins que, tout simplement, quelque chose s’était brisé en elle depuis la trahison de son mari, une rancœur enfouie qui avait fermé de façon définitive tous les vannes d’un désir déjà peu exubérant.


Peu importe. Elle n’est pas là pour débattre sur sa vie sexuelle. Ses retrouvailles avec Lucie tournent à la catastrophe, un vrai désastre qu’elle veut atténuer en prenant un chemin plus raisonnable. Inspirant à fond, elle se lève et arpente la chambre d’un pas qu’elle cherche à maîtriser, lent et mesuré. Il faut qu’elle se calme. Elle est pourtant dans un tel état d’exaspération qu’elle en oublie sa tenue indécente, tout juste vêtue d’une simple culotte en soie rose pâle.


Tandis qu’elle fait les cent pas, Lucie la regarde sans mot dire. Et plus elle la regarde, si belle, si farouche, rayonnante dans sa nudité, plus sa colère retombe doucement. Elle est perdue dans la contemplation de ce corps étonnamment bien proportionné, splendide, et elle reste stupéfaite, comme si elle n’avait jamais remarqué sa poitrine ferme, insolemment dressée, ses jambes fuselées, son ventre plat, et toutes ces courbes harmonieuses qui appellent le désir. Un corps souple fait pour l’amour qui, si elle en croit son beau-frère qui lui avait fait auparavant quelques confidences avant de ne plus pouvoir la supporter, ne se pliait jamais totalement aux affres de la passion.


Elle se sent honteuse et désorientée lorsque, l’espace d’un éclair, elle l’imagine en amante fougueuse et passionnée dans les bras de Maud ou Christelle. Depuis ses relations saphiques, elle ne regarde plus les femmes de la même façon, et découvre maintenant sa sœur d’une autre façon, un être de chair et de tentation, beau et attirant. Elle s’imagine elle-même en amante de Rachel, et cette idée lui paraît si stimulante et audacieuse que le feu de la passion lui monte aux joues, lui brûlant le visage. Déroutée, elle s’efforce de laisser dériver ses pensées dans des directions plus sages. Leur conversation n’est pas terminée et elle doit convaincre Rachel de la laisser seule juge de son destin, qu’elle doit la laisser ici et repartir seule.


Assise sur le lit, elle tapote le sommier à sa gauche, l’invitant à la rejoindre. Rachel suit son regard et lui sourit, apparemment soulagée de voir sa sœur dans de meilleures dispositions. Elle se laisse vite tomber à côté d’elle, puis écoute, silencieuse et attentive, ses choix, ses motivations, toutes les raisons qui la poussent à rester ici. Lucie sent que sa sœur se recroqueville à mesure qu’elle argumente avec le plus de conviction possible, même si elle n’est toujours pas d’accord. Peu importe. D’accord ou pas d’accord, Lucie se doit de la convaincre de partir vite de cet endroit avant qu’elle ne soit démasquée. Rachel, en l’écoutant ainsi, si naïve, si endoctrinée, ne peut s’empêcher de sangloter.



Lucie, n’y tenant plus, se jette dans ses bras, s’accroche à elle, comme elle le faisait quand elle était une enfant effrayée et perdue, rebelle et haineuse, en voulant à la Terre entière de se sentir si mal dans sa peau.

Rachel, d’un geste naturel, se met à lui caresser les cheveux et Lucie, comme hypnotisée, se calme, son visage pressé contre sa poitrine, sentant sa chaleur, sa douceur, sa peau exquise, son enivrante odeur féminine. Et ne pouvant détacher ses yeux de la superbe poitrine qui, à quelques centimètres, semble la narguer : deux coupoles de chair à la peau veloutée, dont les délicats bourgeons violacés se raidissaient sous la fraîcheur de la nuit… À moins que… À moins que la sage et respectable mère de famille soit à son tour gagnée par un trouble inconnu, d’où le frémissement des tétons qui s’étirent de façon significative. À cette idée, une passion tumultueuse et interdite la saisit brutalement, la faisant trembler comme si on l’avait branchée sur une prise électrique.


Rachel se méprend sur l’origine du frisson et la serre davantage contre elle, approchant le visage enfoui plus près sur sa poitrine.



Le visage de Lucie s’empourpre d’un feu brûlant, les traits déformés par une pulsion animale qu’elle a de plus en plus de mal à contenir. Hésitant sur la suite des événements, se posant mille questions. Consciente d’être un monstre de perversité depuis qu’elle s’est enflammée dans des amours saphiques.


L’effet avait été dévastateur lorsqu’elle avait goûté pour la première fois aux délices lesbiens. Loin de rester insensible ou indifférente, elle avait éprouvé des émotions et des sensations dont elle n’avait jamais imaginé l’existence. D’abord dans les bras de Manon, puis ceux de Maud, puis Manon et Christelle ensemble. Des souvenirs qui la laissaient en feu. Et des expériences qu’elle voulait revivre parce qu’elle trouvait ces plaisirs-là fascinants et extrêmement troublants !


Et voir sa sœur nue contre elle, si belle et si désirable, la possédait d’une ardeur primitive, effrayante dans sa violence, y répondant d’un imperceptible mouvement du bassin pour mieux se coller, l’appelant en silence avec un bruit de gorge qui ressemble à un feulement qu’ont certains fauves que le désir oppresse.


En proie à la plus grande agitation, elle est dans un terrible émoi sexuel qui lui laisse la gorge sèche, affolée par des pensées impures qui la font aussi culpabiliser. Elle est terrifiée à l’idée de se laisser aller à ses pulsions, même si cela est la situation la plus excitante de sa vie, celle de briser un tabou, goûter au fruit défendu de l’inceste. Et comment cela se passerait-il si elles franchissaient l’interdit ? Et Rachel, mariée et profondément hétéro, certainement trop sage et coincée, se révélerait-elle au contraire ardente et endurante, avec cette perversité des femmes au sommet de leur épanouissement sexuel, découvrant tardivement leur vraie nature ?


Honteuse de sa fièvre érotique qui la poussait à la pire folie, elle n’y tient plus, entrouvrant les lèvres, prête à saisir le mamelon qui la tente comme le plus délicieux des péchés. Avec la même pulsion animale qu’un chaton cherchant à téter, tenaillé par la faim.


Un cri d’alarme retentit alors dans la nuit, un garde qui hurle après une personne qui ne respecte pas le couvre-feu. Une voix effrayée y répond, puis le calme revient.

À contrecœur, Lucie s’écarte. Le charme est brisé et, pire que tout, elle se sent maintenant sale et coupable.



Dans un bruissement de soie, elle glisse par la porte entrouverte et disparaît dans la nuit, laissant Rachel désarçonnée. Elle se reprend et veut partir à sa poursuite mais ses jambes vacillent et elle doit se rasseoir sur le lit, seule avec ses larmes qui ne cessent de former une flaque à ses pieds.




—ooOoo—




Rachel sursaute malgré elle en entendant le bruit de clef et la porte s’ouvrir.



C’est Maud qui vient de parler au garde avant de pénétrer dans la chambre. Elle adresse un sourire chaleureux à Rachel tout en s’avançant vers elle. Cette dernière y répond timidement. Elle n’est pas dupe. Elle a appris ces dernières heures à ne pas se fier aux allures douces et avenantes de cette superbe femme. Un personnage à double facette, déterminé et dangereux, mais avec lequel elle doit s’efforcer de compter. Sans doute sa seule alliée.



Deux heures ligotée nue avait été la pire expérience de sa vie, un sentiment d’humiliation et d’impuissance qui l’avait anéantie moralement. Heureusement, Maud – qui ne faisait qu’obéir aux ordres – avait usé de son influence pour la faire libérer. C’est elle-même qui l’avait détachée, lui remettant des vêtements propres et des affaires de toilette avant de l’enfermer dans une chambre qui disposait de toilettes et salle de bain séparées. Lorsque Maud s’était excusée de ce traitement qu’on lui infligeait et contre lequel elle était en désaccord total, Rachel joua la femme naïve, crédule et reconnaissante.



Elle ne peut éviter l’ironie. Maintenant qu’elle a repris des forces, elle a l’esprit clair et aiguisé. Une résolution froide, déterminée, s’empare d’elle, comme cela s’est déjà produit depuis qu’elle s’est aventurée dans cette intrépide mission, découvrant un courage et des ressources infinies.



Elle appuie sur ce dernier mot, la fixant avec un curieux petit sourire qui lui procure une sensation désagréable. Au même titre que la tunique légère et terriblement provocante qu’elle porte avec une sensualité déroutante. De couleur bleue, si courte qu’elle laisse apparaître la culotte assortie dès qu’elle bouge un peu trop… Comme une envie de plaire et de séduire.

L’observant toujours de ses beaux yeux verts, Maud s’assoit doucement sur le bord du lit.



Le silence qui s’ensuit est pesant. Rachel a l’impression que les battements désordonnés de son cœur résonnent dans toute la chambre. Mais, malgré tout, elle continue d’afficher un visage impassible. Et elle cherche surtout à comprendre, avec un défilé de questions qui s’entrechoquent dans sa tête.

Comment Maud est-elle au courant ? Est-elle la seule ? Qu’est-ce qui a bien pu la trahir et y a-t-il un moyen de sauver les apparences ?



Rachel ne nie plus. À quoi bon. Elle suit des yeux les mains de Maud qui ne cessent un instant de se caresser les cheveux, tortillant quelques mèches avec langueur et grâce. C’est sans doute une sacrée garce, mais une garce terriblement jolie et séduisante. Une garce dont elle ne connaît toujours pas les objectifs.



Elles s’observent en silence, s’étudiant mutuellement. Étrangement, maintenant qu’elle connaît ses vraies raisons, Rachel n’est pas pour autant rassurée. Il y a quelque chose en elle qui la met mal à l’aise et lui fait sentir que tout n’est pas si simple.

Elle soutient son regard sans ciller mais son cœur se met à battre à un rythme accéléré lorsque, d’un geste presque naturel, Maud avance sa main, lui caressant la joue avec une grande douceur.



Maintenant, ses longs doigts effleurent la courbe d’une épaule nue, descendent jusqu’aux seins.



Sa voix s’enroue quand sa main s’infiltre entre les deux ravissantes coupoles qui se dressent avec fermeté. Une caresse plus précise à l’extrémité du sein gauche lui laisse percevoir le soudain raidissement du téton sous ses doigts, ce qui lui arrache un petit gémissement de victoire. Un sentiment de courte durée quand Rachel retient son geste et lui saisit la main pour la poser durement sur les draps.



Mais elle connaît la réponse. Comme elle comprend pourquoi elle s’était sentie assez vite mal à l’aise avec cette femme un peu trop gentille. Il fallait qu’elle tombe sur une lesbienne…

Sourde à ses protestations, Maud se penche en avant et enfouit son visage au creux de l’épaule nue, levant la tête pour respirer l’odeur de son cou.



Mais son désaccord manque de fermeté. Elle a peur de la froisser et de perdre la seule alliée capable de trouver un dénouement heureux à cette lugubre aventure. Indécise, elle ne sait pas comment réagir. Maud en profite pour se coller contre elle, frottant tendrement sa joue contre la sienne, s’approchant sournoisement de sa bouche. En même temps, elle pose une main sur sa cuisse, la glissant entre ses deux jambes, remontant vers l’aine.



Le ton de Maud se durcit alors.



Rachel saisit le message, une menace à peine déguisée. Elle doit se laisser faire pour continuer de la garder comme alliée. Dans le cas contraire, elle prend le risque de voir cette femme l’abandonner. Ou pire, la dénoncer. Elle est pieds et mains liés, totalement à sa merci.


Comme les caresses se font plus hâtives, Rachel se colle contre le mur, comme cherchant à disparaître. Sa seule défense est de se recroqueviller sur elle-même, jambes serrées et repliées. Désemparée, elle jette un regard éperdu à Maud, cherchant à l’attendrir par des suppliques muettes. Vain espoir… Maud continue de se rapprocher d’elle, passe son bras autour de ses épaules. De son autre main, elle caresse délicatement sa joue. Rachel retient son souffle, figée, tétanisée par l’effroi et l’appréhension. Elle s’agrippe à la bretelle de sa robe quand Maud, l’air de rien, tente de la faire glisser sur ses épaules. Et, lorsque celle-ci se penche ensuite sur elle pour chercher à l’embrasser, elle tourne la tête, fuyant le baiser. Nerveuse, elle ne sait pas quelle contenance prendre, fixe ses genoux, les mains croisées sur ses cuisses.


Maud suit son regard. Ses yeux brillent de convoitise en se portant sur les cuisses de la jeune femme. Incapable de résister plus longtemps, elle coule sa main à l’intérieur de la robe et la remonte lentement sous le vêtement. Son souffle s’accélère lorsqu’elle sent avec ravissement la douceur de sa peau. Du velours qui lui brûle le bout des doigts… Sa main quitte la courbe des hanches, frôlant la base du torse nu et frémissant. Un léger contact qui fait brusquement tressaillir Rachel.


Maud marque un temps de surprise, levant les yeux pour croiser le regard de Rachel. Celle-ci rougit en détournant vite le regard, sans cesser de trembler. Peur ou excitation ? Ou les deux à la fois ? Maud, persuadée d’avoir trouvé un point sensible, s’attarde sur le torse, le parcourant d’une insidieuse caresse qui s’arrête juste sous les seins. Rachel ne cesse de respirer de plus en plus fort, si difficilement qu’elle ouvre la bouche pour happer l’air. Alors Maud en profite pour prendre possession de ses lèvres, glissant sa langue et partant à la recherche de la sienne dans une spirale infernale. Affolée, Rachel se laisse faire mais ne répond pas à son baiser. Sans en tenir compte, Maud la relance dans une débauche de ballets effrénés, jouant à cache-cache avec la langue de sa partenaire. En même temps, ses mains ne restent pas inactives. Sous la robe, elles dessinent du bout des doigts de sournoises arabesques, effleurant les rondeurs de la poitrine.


Horriblement confuse, Rachel frissonne de plus belle. Pire, ses seins, cernés par de délicieux attouchements, commencent à se tendre de désir. Là, elle commence franchement à paniquer. Elle a toujours été extrêmement sensible de la poitrine, du moins au début de ses relations avec son mari, à un tel point qu’il lui arrivait, par cette simple caresse, de frôler l’orgasme, le seul moment où elle se permettait de perdre le contrôle, se laisser briser par la fureur d’un désir impétueux. Mais, à chaque fois, il y manquait la flamme magique ou le déclic dévastateur pour connaître l’orgasme, la laissant plutôt sur sa faim. Puis, engluée par la routine de leurs rapports, cette sensation exquise s’était estompée, pour finalement disparaître à jamais. Et voilà que, sous les caresses de cette femme, la sensation revient, plus vivace, plus aiguë. Elle ne sait pas pourquoi, mais ce n’est vraiment pas le moment.


Elle met cela sur sa fatigue, ses nerfs à vif, trop d’émotions depuis qu’elle s’est lancée dans cette folle aventure. Toujours est-il que Maud, consciente de sa faiblesse, ne compte pas laisser sa chance. Dans un geste aussi brusque qu’impatient, elle lui arrache sa robe, la mettant en lambeaux, des épaules au ventre. Puis, sans ménagement, lui saisit les seins, décrivant sur les mamelons des cercles de plus en plus insistants et appuyés. Rachel, abasourdie, se cambre soudain avec un long frémissement. Sa respiration plus forte se mêle à celle de Maud qui, terriblement émoustillée, émet un grand soupir quand elle perçoit sous sa paume le raidissement des tétons qui s’érigent de façon significative. En proie à une ardeur presque féroce, elle se met à caresser fiévreusement les seins avec une passion déchaînée, arrachant à Rachel des plaintes égarées. Cette dernière, consciente de son trouble grandissant et de son propre corps qui échappe à tout contrôle, se débat avec la force du désespoir, serrant les poings, se mordant les lèvres jusqu’au sang, cherchant à contrôler sa respiration sifflante de plus en plus forte. Elle s’arque en arrière d’un brusque sursaut avec un cri de révolte quand Maud se penche vers le bas pour chercher de sa bouche active le mamelon du sein gauche.


Rachel, affolée, ne lui en laisse pas le temps. Dans un geste désordonné, elle lève brutalement son genou gauche d’un brusque bond, atteignant Maud sur les côtes qui craquent sous le choc. Maud part en arrière avec un cri de douleur et se tord sur le lit, n’ayant pas la force de jeter un regard sur Rachel qui, superbe et hautaine dans sa nudité resplendissante, remet à la hâte de l’ordre dans sa tenue.

Malgré ses tremblements, Rachel s’est vite reprise, affichant un calme absolu. Elle inspire à fond avant de déclarer d’une voix ferme :



Elle est tellement indignée que, sur la fin de la phrase, elle en perd son souffle.

Maud, les larmes aux yeux de douleur, se redresse tant bien que mal, se tenant toujours les côtes. Ses traits se déforment sous l’effet de la rage, dans un rictus abominable.



Paniquée, Rachel sort de la chambre, s’efforçant de ne pas trahir sa peur par une retraite trop précipitée.




—ooOoo—




Tournant comme une lionne en cage, Rachel arpente sa chambre de long en large, poussant malgré elle des râles de fureur et de frustration. Ces deux derniers jours avaient été une torture morale insupportable. Craignant des représailles ou la vengeance de Maud, elle avait vécu dans la peur, s’attendant à chaque moment à être interpellée par les gardes pour subir le courroux de Maître ou de Maud. Mais rien ne s’était manifesté, ce qui la rendait encore plus méfiante et paranoïaque, toujours sur la défensive, à bout de nerfs. Et le plus intolérable avait été d’être privée de sa sœur qui, depuis, semblait avoir disparu. L’idée qu’elle pouvait être retenue contre son gré, simple hypothèse au début, s’était imposée de plus en plus à son esprit enfiévré. En subissant peut-être la vindicte de Maud qui s’acharnait et se vengeait sur elle, en attendant de s’en prendre à la vraie responsable…


Cette hypothèse lui donne envie de vomir. En sueur, elle décide de prendre une douche pour se remettre les idées en place. L’eau lui fait un bien fou, la calmant un peu. Puis, nue, elle se glisse dans son lit sous le léger drap, sachant par avance qu’elle aura du mal à trouver le sommeil. Elle tente de garder l’esprit clair, pensant à son fils qui lui manque tant et qu’elle retrouvera bientôt, plus tôt que prévu après l’échec de sa mission. Et elle entend d’avance les reproches et critiques de son mari qui, étrangement, durant toute son absence, n’avait jamais auparavant occupé son esprit, comme s’il n’avait jamais existé… Un contact qui soulevait bien des questions… Mais ce n’était pas le moment de penser à son mari. Elle pouvait s’en passer…


… pas Lucie. Un lien très fort les unissait, tendre, fusionnel, et pour Rachel encore plus intense depuis qu’elle culpabilisait de l’avoir abandonnée lorsqu’elle avait fondé une famille, un goût amer de trahison qu’elle ne se pardonnerait jamais. Ce qui expliquait en partie son acharnement à vouloir la sortir des griffes de cette secte, corriger ses fautes, une rédemption nécessaire pour trouver enfin la paix. Ce qui s’avérait pour l’instant très mal engagé… Mais, même si le pire était à venir, son bannissement de la secte, elle reviendrait coûte que coûte et n’abandonnerait jamais le combat, employant tous les moyens pour arriver ses fins, ce qu’elle se jure maintenant…


Brusquement alertée par un léger bruit, Rachel tourne la tête et voit tourner la poignée de la porte.

Elle fixe avec appréhension la porte en train de s’ouvrir lentement, se demandant si l’heure de la vengeance n’a pas sonnée. Et le fait d’être totalement nue ne contribue pas à lui donner le moral. Jamais elle ne s’est sentie aussi impuissante et vulnérable… Son cœur bat la chamade.


Une silhouette nue apparaît dans l’entrebâillement de la porte, à peine éclairée par la lumière diffuse du couloir. Après un rapide coup d’œil dans la chambre, la silhouette entre et referme la porte derrière elle, laissant de nouveau la pièce dans la pénombre. Folle d’inquiétude, Rachel se redresse, prête à se battre jusqu’au bout ; mais le corps nu qui se colle brusquement à elle ne représente aucune menace. Bien au contraire… La silhouette se blottit avec tendresse et douceur dans ses bras, l’étreignant avec un amour débordant.



Lucie, en la serrant de plus près, fond en larmes. Folle de joie, Rachel répond à son étreinte, la cajolant et lui susurrant des mots rassurants. D’instinct, elle allume la lumière de la lampe de chevet, ayant besoin de voir sa sœur, se rassurer, graver son image, s’enivrer de son odeur fraîche et capiteuse, une odeur de lavande pour le corps et de pomme verte pour les cheveux. Comme elle sent bon ! Et comme elle est jolie !


Elle apparaît à la lumière tamisée dans une insolente beauté, la poitrine nue, avec les étroites aréoles des mamelons agressifs qui se gonflent d’insolence. Malgré elle, Rachel ne parvient pas à détourner son regard de cette magnifique poitrine, brusquement consciente de la sensualité de sa sœur, de l’érotisme qu’elle dégage, l’observant pour la première fois d’un regard nouveau, trouble, ambigu… Consciente de l’admiration qu’elle suscite, Lucie s’étire avec volupté. Et c’est avec fougue qu’elle se jette dans les bras de sa sœur pour la serrer encore de plus près, éperdument.



Anéantie, elle lui caresse les cheveux. Elle est heureuse comme jamais elle ne l’a été, en communion parfaite avec ce jeune corps qui se blottit contre elle.



Tout en parlant, elle baisse la tête, se rapprochant de la poitrine nue. À travers la finesse de la peau se dessine le tracé des vaisseaux sur les coupoles de chair ferme. Du bout des doigts, Lucie les parcourt d’une caresse précise, épousant leur ligne, traçant un arrondi lent et appuyé tout autour des mamelons érigés.



Elle continue de jouer avec les pointes des seins, irritant et provoquant les mamelons au passage. Stupéfaite, la bouche ouverte, Rachel la laisse faire… Après toutes ces émotions, ces dangers, elle a tant besoin de réconfort, de paix, de douceur… Encouragée par son silence, Lucie bouge la tête, se baissant davantage pour frotter délicatement sa joue contre la pointe d’un sein frémissant, enlaçant sa sœur avec plus de fougue. Elle n’a plus qu’à ouvrir la bouche pour prendre entre ses lèvres le délicat bourgeon rose qu’elle titille aussitôt d’une langue aiguë. Rachel sursaute violemment comme si elle venait de prendre une décharge électrique et, malgré l’intensité du plaisir ressenti, prend brusquement conscience que les caresses de sa sœur n’ont plus rien d’innocent. Elle prend cela pour un moment d’égarement passager et, pour ne pas la brusquer, lui prend doucement la tête et la repousse gentiment.



Mais, alors qu’elle ne s’y attend pas, Lucie l’embrasse sur les lèvres. Sa surprise est si totale qu’elle ne fait aucun geste pour la repousser. Elle veut parler, mais la langue de Lucie se glisse entre ses lèvres, étouffant ses protestations. La sensation est si exquise et si forte qu’elle doit se cramponner à sa sœur pour ne pas tomber à la renverse, s’étendre écartelée sur le lit, offerte, abandonnée. Mais sa morale le lui interdit.



Rachel ne comprend pas jusqu’au moment où elle prend conscience du rai de lumière qui filtre à travers la porte entrouverte, où une silhouette se dessine. Sans aucun doute, quelqu’un les observe.



Elle sent les larmes qui coulent sur le visage de sa sœur alors qu’elle lui dit doucement :



Rachel se crispe alors que Lucie se colle étroitement à elle, frissonnante de désir, ouvrant une de ses jambes pour l’enrouler sur les siennes. Rachel doit se remettre sur le dos pour reculer au maximum mais elle est vite coincée contre le mur. Lucie en profite pour resserrer son étreinte et elle perçoit nettement contre sa hanche la chaleur d’une féminité presque glabre, à peine ombrée d’un fin duvet.



Des paroles douloureuses qui ravivent des remords qui la rongent depuis tant d’années. Avec aussi un sentiment de défaite humiliante où elle s’est fait piéger par Maud qui manipule tout le monde. Elle avale difficilement sa salive. Cette garce de Maud ne lui laisse aucune chance. Refuser de se prêter à cette horrible comédie, c’est la certitude que tout s’achève ici. La défaite absolue.

Tant d’efforts pour rien…



L’enlaçant maintenant de ses deux jambes, elle se glisse au-dessus d’elle et met en contact les pointes de leurs seins, les frottant lascivement les unes aux autres. En même temps, elle presse son pubis contre le sien tandis que sa bouche cherche la sienne. Un contact d’une sensualité redoutable qui laisse Rachel toute molle, totalement abasourdie, dans l’incapacité de réagir. Aux gémissements de sa sœur et sa façon impérieuse de se frotter contre elle en tremblant comme une jument en rut, elle comprend vite que Lucie se prend au jeu et que la situation va vite prendre une tournure incontrôlable.



Elle devrait protester avec plus de véhémence, la repousser, mais voilà qu’elle se met à répondre au contraire à ses baisers, faisant tournoyer sa langue autour de celle de sa sœur dans un bruit de succion goulue, aspirant sa salive, dévorant ses lèvres. Éperdue, elle ouvre les yeux, comme cherchant à échapper à son emprise, mais elle ne fait que plonger dans les yeux de Lucie. Et ce qu’elle y lit la désoriente encore plus : du désir à l’état brut. Son regard est envoûtant, déroutant, embué d’une excitation primitive. Il l’emprisonne dans cette même fièvre. Rachel gémit comme une petite fille perdue.


De nouveaux frissons la parcourent, encore plus violents. Il lui semble perdre la raison, se détacher de toute morale, toute pudeur, se jetant à corps perdu dans ce plaisir nouveau. Elle se cabre comme une jument en rut. Lucie, voyant la poitrine se gonfler de désir, n’y résiste pas, baisse la tête, saisissant avidement entre ses dents le bout des seins qu’elle agace insidieusement. Rachel râle de plaisir et de stupeur, encore abasourdie par la fureur de sa libido qui semble s’éveiller à des plaisirs interdits. C’est si nouveau et effrayant que cela la fait paniquer un instant. Elle a mis six mois avant de coucher avec son mari, et voilà qu’elle est prête à coucher la première nuit avec une femme. Sa propre sœur.



Mais Lucie, impitoyable, active la tension érotique en mêlant ses mains aux jeux buccaux, exerçant des caresses insistantes sur les deux seins, les dévorant littéralement. Rachel sent ses forces faiblir, bouleversée par les frissons qui naissent à l’extrémité de ses seins et descendent en vagues brûlantes vers son bas-ventre. Une chaleur diffuse l’irradie toute entière. Quand Lucie grignote les mamelons avec gourmandise, s’y attardant sadiquement, un frisson plus violent prend Rachel par surprise. Elle se tend brusquement, creusant les reins, appuyée sur les coudes, la tête penchée en arrière, et cette position fait saillir davantage ses seins.



Elle redoute ce qui risque d’arriver, un orgasme par cette seule caresse sur ses seins. Un point de non-retour aussi fulgurant que dévastateur, un plaisir auquel son mari n’a jamais réussi à la faire accéder, proche du but, mais il y manquait cette flamme, cette magie… Maintenant, ses seins semblent vivants, brûlants et frémissants, réagissant divinement bien aux attentions de Lucie qui, ravie de les sentir si sensibles, continue de les happer, léchant les pointes avec une avidité perverse, s’amusant sans relâche à les provoquer et exacerber jusqu’à l’insupportable.


Un spasme la parcourt ; elle crie de stupeur, affolée par l’incroyable sensation qui la brûle, au bord d’un gouffre si vertigineux qu’elle va s’y laisser tomber, vacillante, tombe à la renverse, tremblante, gémissante, écartelée sur le lit, s’efforçant de retenir la houle qui anime son bas-ventre. Puis, mue par une peur presque religieuse de briser un tabou dont elle ne se remettra jamais, elle a la force de saisir entre ses mains le visage de sa sœur et la repousser fermement.



Mais elle regrette aussitôt d’avoir détourné le visage de sa poitrine lorsqu’elle sent le souffle tiède de Lucie sur son ventre. Presque aussitôt, elle sent l’insidieux contact des lèvres qui frôlent l’intérieur de sa cuisse, au bord de l’aine. La bouche se faisant plus audacieuse, elle comprend que tout va dégénérer et qu’il lui faut de suite se débarrasser de la personne qui les surveille, pour cesser ce jeu dangereux. Tournant la tête, elle s’adresse à la silhouette inconnue d’une voix agressive :



Peine perdue. La silhouette reste immobile. Hélas, elle ne peut pas en dire autant de la bouche de Lucie qui s’active sur ses poils pubiens, cherchant à s’infiltrer au cœur de son intimité. Comprenant qu’elle doit s’en sortir seule, elle se tortille, basculant sur le côté, fuyant la bouche trop entreprenante. Mais elle ne fait que repousser l’inévitable. Lucie remonte sur elle comme un serpent, se coulant sur elle en frottant toutes les parties possibles de son corps nu avec une agilité incroyable.


Sa morale lui dicte de tout stopper, mais son corps qui vibre se noue d’impatience, appelant le plaisir de toutes ses forces. À cette constatation, la panique la gagne, trahie par son propre corps qui reste de moins en moins insensible à cette tornade de volupté féminine qui ne cesse de la provoquer.


Incapable de prendre une décision, elle continue de se laisser faire. Un gémissement lui échappe, encore plus fort quand la main de Lucie descend encore, jouant à cerner le nombril avec une langueur délicieuse.

Sournoisement, elle pose doucement la paume de sa main sur le ventre plat. Celui-ci se rétracte de plaisir. Puis, délaissant sa poitrine pour l’embrasser fougueusement, relançant sans cesse l’excitation de plusieurs degrés, elle remonte cette même main vers sa poitrine et se remet à la malaxer tendrement, longuement. Une éternité qui devient un véritable tourment. Jamais ses seins n’ont été aussi réceptifs, se tendant de désir. Lorsque la bouche de Lucie quitte la sienne et lèche son menton, son cou, avant d’arriver de nouveau à la poitrine pour la titiller d’une langue vorace, passant d’un sein à l’autre, Rachel se met à geindre sans discontinuer, perdant tout contrôle. En reprenant possession de sa partie la plus érogène, sa sœur vient de reprendre le pouvoir. Rachel sent toutes ses défenses se briser.


Elle encourage même sa partenaire en la saisissant aux cheveux, glissant ses doigts dans la crinière brune, guidant la tête pour qu’elle continue. C’est une sensation unique, divine, qu’elle n’a jamais ressentie avec aucun homme. Ses caresses, sa douceur, son parfum enivrant… tout cela l’emporte, la grise. Puis, quand la main glisse entre ses jambes, elle n’a même pas conscience d’écarter impudiquement les jambes, avançant le pubis au-devant de la main qui appuie sur le clitoris, le pressant avec insistance. Sans savoir comment, elle se retrouve écartelée, la gorge sèche, haletante comme une éperdue. Et embrassant sa sœur avec un désir presque primitif. Vite, leurs mains partent à la découverte l’une de l’autre. Sans cesser de la dévorer avec gourmandise, Lucie la coince sous elle. Elle veut mener la danse. Des baisers et des caresses qui pleuvent sur chaque parcelle de sa peau, avides et insatiables. Avec une telle fougue que Rachel en a des étincelles dans tout le corps. Elle se sent si faible et excitée. Sans volonté, trahie par des pulsions dont elle ignorait jusqu’ici l’existence. Elle écarte les jambes et se tortille de plaisir quand Lucie prend possession de son sexe, titillant le clitoris avant que sa langue ne s’enfonce plus loin dans un vagin aussi béant que trempé. Elle se sent perdue, définitivement perdue, ayant franchi la ligne jaune, le point de non-retour. Mais ses pulsions ont pris le dessus sur toute morale.


Elle est brûlante de désir. Jamais elle ne s’est sentie aussi réceptive, prête à toutes les folies, encore plus ouverte et femme-objet lorsque les doigts féminins écartent ses grandes lèvres, glissent dans une vallée bouillonnante, rejoignant la langue pour se mêler au jeu. Rachel se cambre, s’écartèle, s’offre toute entière. Une houle dévastatrice la secoue violemment lorsque l’orgasme l’emporte vers des contrées inconnues, immenses, fabuleuses. Un territoire qui recèle bien des mystères et des surprises. Et qui ne cesse de l’émerveiller quand d’autres orgasmes la secouent, la faisant crier de stupeur. Et, quand elle croit que c’est fini, d’autres désirs remontent à la surface, la réveillant d’appétits toujours plus grands. À en perdre la raison…


Mais, jusqu’ici, elle ne fait que recevoir. À la façon dont Lucie se frotte sur elle, laissant des traces humides sur sa cuisse, il est incontestable que sa partenaire est au bord de l’orgasme. Alors Rachel se décide à participer également, mais non sans certaines réserves. Sa bouche explore chaque parcelle de cette peau douce et onctueuse comme le plus délicieux des nectars ; mais, en s’approchant de la fente luisante du sexe bombé, surmonté d’un fin duvet de poils bruns, elle hésite… L’intimité ruisselante la met en face de leurs actes contre-nature ; un dernier sursaut de conscience. Une pudeur depuis longtemps déplacée, mais elle est consciente qu’en prodiguant à sa sœur ce genre de caresse intime elle franchit un pas définitif vers une déviance aussi dangereuse que fatale. Le risque d’y prendre goût et de ne plus jamais pouvoir faire marche arrière. Des conséquences qui l’effraient…


Lucie, consciente que sa sœur se débat avec sa morale, use de tout son pouvoir de séduction pour la faire basculer de l’autre côté. Elle la coince sous elle, la chevauche avec une frénésie contagieuse. Quelle sensation de sentir un corps féminin, souple et ferme, glisser ainsi contre le sien, jambes entrelacées, seins contre seins, sexe contre sexe, à s’en arracher la peau de plaisir ! Rachel se joint à cette danse endiablée. Elles ondulent du bassin en de longues et lancinantes étreintes qui les grisent d’extase. Et, en basculant sur le côté, c’est Rachel qui se retrouve sur elle, lui renvoyant ses bonds, donnant son rythme, avec une audace incomparable.


Alors, quand Lucie lui présente une seconde fois son sexe brûlant, Rachel n’y résiste plus. Elle se noie dans un délice de liqueur capiteuse quand sa bouche se délecte du fruit défendu, grisée par contact glissant de cette vulve enflammée. Elle se régale de sentir cette intimité humide palpiter au gré de ses caresses. Alors elle plonge son visage plus en avant et tombe vite en extase en dégustant plus abondamment ce doux nectar féminin. Enivrée, elle sort la langue, lapant et aspirant comme on se délecte du plus savoureux calice. Puis ses doigts, sa main entière, tout ce qui peut offrir le maximum de plaisirs s’enfonce, explore, vrille et titille. Rachel y prend goût, s’y noie, s’y éternise, possédée par des démons aussi facétieux que lubriques, se régalant des sursauts et des petits cris qu’elle provoque chez sa partenaire. Et des orgasmes simultanés qu’elle déclenche avec un plaisir presque pervers.




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Les volutes de fumée montant au ciel étaient le signal. Les gardes alarmés, criant et gesticulant, courent comme des fourmis affolés, abandonnant leur poste, se dirigeant à l’autre bout de la propriété.


C’est le moment. La main de Rachel se crispe et elle sent celle de sa sœur trembler dans la sienne. Elles échangent un regard à la fois inquiet et déterminé avant de s’élancer ensemble au milieu de la cour, sans se lâcher la main. Juste au moment où un énorme hélicoptère militaire surgit du ciel, plonge du nez et fonce vers le sol. Le rotor soulève la poussière quand l’engin reste en position stationnaire à quelques centimètres du sol, dans un bruit assourdissant.


Les deux femmes courent de toutes leurs forces à découvert, fonçant tête baissée vers l’hélicoptère. Malgré la poussière qui l’aveugle, Rachel aperçoit dans le compartiment ouvert la silhouette élancée de Clara qui crie des ordres au pilote. Même en treillis, la détective lui paraît la femme la plus belle et sexy du monde, celle qui va les sauver. Maintenant, celle-ci les regarde, leur criant des encouragements tandis qu’elles se hâtent vers l’appareil. Plus que quelques mètres…


Rachel, les larmes aux yeux, tourne à cet instant la tête, apercevant à travers un nuage de poussière tournoyant un garde qui, en retrait par rapport à ses camarades, cesse de courir, tourne les talons, épaule son fusil, mettant du temps à les mettre en joue. Impuissante, Rachel continue de courir, sans cesser de tenir sa sœur par la main. La scène semble tourner au ralenti ; elle voit avec horreur l’homme les viser, prêt à appuyer sur la détente.


Le coup part. Sec et bruyant, couvrant le bruit du rotor.

Le garde hurle, tombant à terre en se tenant le genou.


Rachel aperçoit avec soulagement Clara en position du tireur, genou à terre, arme au poing. Puis, rangeant son revolver encore fumant dans son holster, elle leur faire signe de continuer à courir, sans cesser de surveiller les alentours d’un œil vigilant.


Enfin, Rachel et Lucie atteignent la queue de l’appareil. Dans l’ombre des portes ouvertes, Clara, à genoux, leur tend les mains. L’hélicoptère se cabre, comme secoué par son effort pour se maintenir près du sol, pris d’une embardée en reculant. À la seconde même où les deux sœurs tendent aussi leurs mains, saisissant au vol les bras de Clara qui les tire avec énergie à l’intérieur de l’appareil.


Toutes trois tombent à la renverse quand l’hélicoptère se penche en prenant un visage serré, montant en même temps à la verticale. Disparaissant vite derrière les pentes arides et pierreuses.

Et laissant les cris de joie et les rires des trois femmes se perdre dans le désert.



FIN