| n° 16237 | Fiche technique | 12490 caractères | 12490Temps de lecture estimé : 11 mn | 16/06/14 |
Résumé: Francis est désespéré : Pauline l'a quitté. | ||||
Critères: fh extracon exercice humour -consoler | ||||
| Auteur : Renaud | ||||
| Concours : Paroles, paroles |
– Ding dong.
– Salut Jean-Louis !
– Tiens, salut Francis. Ça faisait longtemps… Ça va ?
– Bof… Pas terrible.
– Ah bon ? Qu’est-ce qui t’arrive ?
– Attends, sers-moi à boire, d’abord.
– Qu’est-ce que tu veux ?
– N’importe quoi, pourvu que ça mousse.
– Si je me souviens bien, tu aimais bien cette bière-là, non ?
– N’importe… je sais plus.
– C’est vrai que ça fait longtemps que t’es pas venu.
– Ouais…
– Ça fait combien, deux ans ?
– Un an et demi. Dix-neuf mois, pour être précis.
– Tiens.
– Merci.
– Dix-neuf mois ? Comment tu fais pour…
– …
– Eh ben dis donc…
– …
– Ben faut croire que t’avais soif !
– La même, s’te plaît.
– En tout cas, t’as toujours la même descente.
– Buuuurrrrpppp !
– Et toujours la même classe…
– Pardon… Mais tu vois, dix-neuf mois que j’ai plus fait ça !
– Et comment elle s’appelait, ta copine, là, t’es toujours avec ?
– Ah, m’en parle pas ! Dix-neuf mois, j’te dis ! Dix-neuf mois que je fous plus les pieds dans un bistro, rien que pour elle ! Dix-neuf mois que je bois presque plus rien, dix-neuf mois que je me suis mis à faire le ménage, dix-neuf mois que je fais à bouffer, que je fais les courses…
– Ding dong.
– Bonjour.
– Bonjour Monsieur.
– Tout ça pour finir par ce que cette salope me trompe !
– Gueule un peu moins fort, Francis.
– Ouais, pardon. Excusez-moi, Monsieur.
– Je vous en prie. Y a pas de mal.
– Monsieur ? Qu’est-ce que vous désirez ?
– C’est ma tournée, prenez ce que vous voulez ! Je fête ma liberté retrouvée !
– Calme-toi, Francis. Tu vas faire peur au monsieur.
– Euh… un café, s’il vous plaît.
– Tiens, attends, tu vas me remettre une bière avant. … Buuuurrrrppp ! … Excusez-moi. Mais vous savez, Monsieur, je m’étais même remis au sport ! Elle était tellement belle, Pauline, qu’il fallait que je me soigne, que je me montre un meilleur homme.
– Voilà.
– Merci. Combien je vous dois ?
– J’ai arrêté de boire, j’ai perdu du poids…
– Un euro trente, s’il vous plaît.
– Non, c’est ma tournée, je vous dis !
– Non, non, c’est gentil, merci, je vais payer.
– J’ai retrouvé… une vie équilibrée, comme elle disait !
– Tenez.
– Merci.
– Une vie équilibrée, tu parles ! Tout ça pour baiser… quoi… une fois par semaine, en moyenne. Deux peut-être, de temps en temps…
– Ben c’est peut-être pour ça…
– Pour ça quoi ?
– Ben pour ça qu’elle t’a trompé, parce que tu la baisais pas assez.
– Oh, fais pas chier ! Tu crois que c’est moi qui la baisais pas assez ? Fais pas chier, je te dis, et donne-moi mon autre bière !
– Ouais, attends, je crois qu’il va falloir que je change le fût.
– C’est elle qui m’a bien baisé, finalement !
– Ne crie pas…
– Un petit représentant, un commercial… un petit mec de rien du tout, avec juste un beau costume… Tiens, comme le vôtre, Monsieur, pareil !
– Arrête, Francis !
– Je ne sais pas ce qu’elle lui a trouvé, ni où ni comment elle l’a trouvé… mais moi je l’ai trouvé chez moi, et tout nu, dans mon lit !
– Ils auraient au moins pu se planquer.
– Je te le fais pas dire, mon vieux ! Son beau costume bien accroché devant la porte de ma chambre, et lui tout nu, dans mon lit ! Et madame couchée par-dessus !
– Aïe !
– Ouais, aïe, comme vous dites, Monsieur ! Couchée par-dessus, tête-bêche ! Occupée à lui bouffer la bite !
– Pfff ! Et dans ton lit…
– Et une petite bite, en plus, rien d’extraordinaire ! Un beau costume, mais une petite bite…
– La bite ne fait pas le costume…
– Ouais, dans mon lit ! Dans mon propre lit où on avait encore baisé la veille ! Mais moi, c’était pas deux jours d’affilée, non ! Ça lui faisait trop, à madame ! Tu parles, que ça lui faisait trop, elle devait se l’enfiler depuis longtemps, ce connard ! Les cinq autres jours de la semaine !
– T’es rentré chez toi plus tôt que prévu ?
– Ouais, le collègue qui s’occupe des fournitures était malade, donc le patron m’a envoyé récupérer des trucs, et en passant devant chez moi, j’ai vu une voiture dans la cour. Une voiture que je connaissais pas. Alors j’ai appelé à la maison, et tu sais quoi, cette salope ? Ben elle m’a pas répondu !
– Et du coup t’y es allé ?
– T’aurais fait quoi, toi ?
– Ben… je sais pas… je…
– Et vous, Monsieur ? Vous auriez fait quoi, dans mon cas ?
– Euh… c’est difficile à dire…
– Non, c’est pas difficile ! Si on pense que sa femme nous trompe, on débarque et on pète la gueule à l’autre !
– Tu lui as pété la gueule ?
– Pfff… Si tu savais…
– Eh ben, Francis, qu’est-ce qu’il y a ?
– Si tu savais, mon vieux Jean-Louis…
– Arrête, tu vas quand même pas te mettre à pleurer !
– Tu peux pas savoir, quand je les ai vus… Ça m’a pris au ventre, d’un seul coup ! J’avais la rage ! Les poings serrés…
– …
– Fallait que je cogne !
– …
– …
– Et ?
– Et j’ai été un lâche ! J’ai mis un grand coup de poing dans la porte et j’ai foutu le camp ! … On a beau se dire, tu vois, mais quand on y est…
– Ouais, c’est sûr…
– J’avais le cœur au bord du vide, je suis remonté dans ma bagnole, et j’ai roulé, roulé… Et tu sais quoi ? J’ai même fini par m’arrêter pour aller vomir !
– Vomir ?
– Ouais, dégueuler ! Je me suis vidé ! Comme mon verre, tiens ! J’ai été un lâche, j’te dis !
– Et ensuite ?
– Ben ensuite, rien. Je suis venu là.
– Ah ouais, donc en plus t’as plus rien dans le bide ! Attends, je vais te faire un sandwich.
– Non, j’ai pas faim ! Donne-moi plutôt à boire !
– Non, faut que tu manges un peu, sinon tu vas encore dégueuler.
– Roooh tu fais chier ! Je suis venu épancher ma peine, tu comprends ? Et quand on épanche sa peine, c’est pas dans la bouffe, c’est dans l’alcool !
– Bilibilibilibili.
– C’est quoi, ça ?
– Excusez-moi, c’est mon téléphone. Je peux sortir, si vous voulez.
– Non, non, vous pouvez rester. Et toi, Francis, essaie de parler moins fort.
– Ouais, ouais…
– Allô ?
– Tu veux pas un sandwich, alors ?
– Oui, je suis en ville, au café de la place du stade.
– T’as qu’à mettre des cahuètes, plutôt.
– Oui, on peut se retrouver là dès que t’auras fini le boulot.
– Et puis remets-moi une bière, aussi.
– Okay, à tout à l’heure.
– Non, t’as assez bu pour le moment. Mange un peu d’abord. Tiens.
– Pffff…
– Excusez-moi, vous fermez à quelle heure ?
– Oh y a le temps, tant qu’y a du monde, on reste.
– Rrhhh… et puis avec moi, il est pas couché, ce soir, Jean-Louis…
– D’accord, merci.
– Vous désirez autre chose ?
– Je vais vous reprendre un café, oui, merci. Et… euh… Monsieur ? Je peux vous offrir quelque chose ?
– Non, non, non, inutile, il a bien assez bu, déjà.
– Moi ?
– Ou alors un sandwich, à la rigueur.
– Mais Jean-Louis, enfin ! Tu veux qu’il marche ton commerce, oui ou merde ? Regarde, ce beau costumé veut me payer un coup à boire, et toi tu l’en empêches !
– Tu as assez bu pour le moment.
– Alors qu’il allait peut-être me réconcilier avec les costumés… Buuurrrrpp !
– Francis, merde, un peu de tenue ! Excusez-le.
– Non, y a pas de mal.
– Tu vois ? Ça le gêne pas, Monsieur. Il est mieux éduqué que le costumé d’avant, lui. Il débarque pas tout nu dans le lit des autres.
– Bon, allez, tu te calmes. En plus y a du monde qui arrive.
– Ouoh putain !
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– Eh ben regarde voir un peu qui c’est qui se pointe ! Elle manque pas d’air, cette salope !
– Mais…
– Ding dong.
– Oh mon Dieu, Francis, je savais que tu serais là !
– Jean-Louis, sers-moi une autre bière, s’il te plaît.
– Francis ! Regarde-moi !
– …
– …
– …
– Francis ! Je t’en prie !
– Une autre bière, bordel !
– Euh… Francis, je ne sais pas si je dois m’en mêler, mais tu devrais peut-être écouter ce qu’elle a à te dire.
– Excuse-moi, Francis ! Je suis désolée ! Laisse-moi te parler, s’il te plaît…
– …
– Euh… je vous sers quelque chose, Madame ?
– Hmmm… oui, donnez-moi… euh… ça, là, c’est quoi ? Une bière ?
– Et un demi, un !
– Tu bois de la bière, toi, maintenant ?!?
– Oh, Francis ! Enfin tu daignes me regarder ! Oui, s’il faut que je boive de la bière pour que tu me regardes, je le ferai !
– Mais putain, Pauline ! Est-ce que tu te rends compte ?
– Ouiiii… Je suis désolééééeee… Rhmfphsniiiff…
– Mais enfin tu réalises pas ! Tu crois que je vais te pardonner comme ça ?
– Je suis désolée…
– Un costumé ! Tout nu dans mon lit !
– Excuse-moi, Francis ! Je te demande pardon.
– Tu parles !
– Eh, Francis, une fille belle comme ça qui viendrait pleurer dans mon épaule, je crois que…
– Ta gueule ! Tu sais pas ce qu’elle m’a fait !
– Mais si, tu m’as tout raconté !
– Un costumé, merde !
– Écoute-moi, Francis, je t’en prie ! Tu étais trop… trop…
– Moi j’étais trop ? Tu parles ! Conneries ! Jean-Louis, sers-moi une bière !
– Tu crois ?
– Non, tiens ! Pour une fois que Pauline vient boire une bière ! Allez ! Tournée générale ! Vous aussi, Monsieur ! Les costumés comme les autres !
– Euh…
– Et moi je vais pisser !
– …
– …
– Oh putain, merde ! Fais chier !
– Francis !
– Ouh là !
– Ça va, Francis ? Tu t’es pas fait mal ?
– Mais laissez-moi, bordel ! Je vais pouvoir me relever tout seul ! C’est juste l’émotion, vous pouvez pas comprendre !
– Arrête, chéri, tu es ridicule…
– Aaah, lâche-moi ! Chééééérie ! Tu parles ! Laisse-moi aller pisser ! Et puis si tu veux, après, je mettrai un costume ! Monsieur ici présent me prêtera peut-être son beau costume, et là tu accepteras de te coucher tête-bêche dans mon lit ?
– Oh Francis…
– Foutez-moi la paix !
– …
– Pffff !
– …
– Je… je suis désolée… C’est à cause de moi, tout ça… Il est là depuis longtemps ?
– Cinq ou six bières.
– Je… qu’est-ce que… qu’est-ce que je peux faire ?
– Ben… il dit que vous l’avez trompé.
– Bilibilibilibili.
– C’est que… je ne sais plus trop où on en est… Il est… comment dire… trop…
– Allô ?
– Trop parfait.
– Trop parfait ? Francis ?
– Oui, sans problème, c’est bien là. Je suis toujours au bar, je t’attends. À tout de suite.
– Buuuurrrrppp !
– Tenez, même depuis les toilettes on l’entend éructer !
– Ah là là… mais c’est pas du tout lui, ça ! Ce n’est pas le Francis que je connais, ce n’est pas l’homme dévoué qui exauce le moindre de mes désirs, ce n’est pas l’homme qui me chérit à tel point qu’il n’ose rien me dire, qu’il n’ose même pas s’affirmer.
– Euh… on parle bien du même Francis, là ?
– Ce… ce n’est pas d’un esclave dont j’ai besoin, mais d’un homme, un vrai !
– Ding dong.
– Messieurs-dames, bonjour.
– Bonjour Monsieur.
– Ah, salut Hervé ! C’est bon, tu as trouvé ?
– Hervé ?
– Oh, tiens ! Pauline ! Qu’est-ce que tu…
– Oh merde, c’est pas vrai !
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– Il y a que tu peux pas rester là, Hervé ! C’est pas possible !
– Hein ? Pourquoi ? Mais… arrête ! Pourquoi tu me repousses comme ça ?
– Oh putain ! Madame, me dites pas que c’est lui, le costumé de Francis ?
– Bouhouhouhouhou !
– Mais… qu’est-ce qu’il y a, Pauline ? Pourquoi tu pleures ?
– Snif… reste pas ici, Hervé ! Va-t-en, vite !
– Euh, Hervé, je crois que la dame a raison, je ne sais pas ce que tu as foutu avec elle, mais il y a son…
– Raaaaaaaaahhh ! Le costumé !
– Attends, Francis, calme-toi…
– Francis, arrête !
– Monsieur, attendez, je…
– …
– …
– …
– Francis ?
– …
– Francis, ça va ?
– …
– Bon, ben les six bières en quarante minutes, il a pas aimé.
– Francis, c’est moi, Pauline ! Dis quelque chose.
– Surtout s’il était à jeun.
– Bah, c’est bon, on va pas en faire tout un pataquès. Je vais vous prendre un café, s’il vous plaît.
– Hervé, si j’ai bien compris, tu as couché avec la dame cet après-midi.
– Hein ? Mais pourquoi tu dis ça ?
– Ça fait une demi-heure que je suis là, et j’ai tout compris, va. Tu as couché avec la dame, alors que tu m’avais promis…
– Mais enfin, Pierre, arrête ! Tu ne vas pas me faire une scène maintenant !
– C’est comme ça que tu conçois la fidélité…
– Mais…
– Hein ? Hervé… tu… tu…
– Euh… je…
– Hervé, tu es homo ?
– Ben… euh… enfin… disons que… je suis bi…
– Hervé, tu m’avais promis !
– Moi aussi, tu m’avais promis !
– Francis, réveille-toi, tu vas manquer quelque chose, là !
– Adieu, Hervé !
– Ding dong.
– Attends, Pierre, arrête ! Attends-moi !
– Ding dong.
– …
– …
– Eh ben merde !
– Francis ?
– …
– Il ronfle.
– Ouais… V’voulez une autre bière ?
– Oui, c’est pas de refus.
– … Tenez.
– Merci.
– …
– Moi qui pensais avoir trouvé un vrai mec, c’est drôle, finalement.
– Bah, c’est vrai qu’il avait un beau costume…
– Oui mais une petite bite !
– Ah te v’là réveillé, toi ! Ben tu sais que t’as manqué le meilleur ?
– Bah alors ? Qu’est-ce que vous avez fait du costumé ?
– Oh, Francis ! Excuse-moi, pardonne-moi ! Je suis désolée ! Je ne sais pas ce qui m’a pris ! Pardon !
– Mais arrête, tu m’étouffes, je vais dégueuler !
– Je veux te garder, je veux te récupérer ! Mais promets-moi d’être toi-même ! Je t’en prie…
– Beeuuh… oh putain… je sais pas… j’ai trop picolé…
– Je m’en fous ! Je ne veux plus que tu te forces à être quelqu’un d’autre ! Sois toi-même, je t’en supplie ! C’est de toi dont j’ai besoin, pas de faux-semblants. Sois toi-même !
– Buuuurrrrppppp !
– Euh… peut-être pas à ce point-là, Francis…