| n° 16215 | Fiche technique | 43198 caractères | 43198 7561 Temps de lecture estimé : 31 mn |
08/06/14 |
Résumé: Que faire lorsque l'on se retrouve seule, avec un enfant ? Comment parvenir à survivre ? | ||||
Critères: fh 69 pénétratio | ||||
| Auteur : Bertrand d Envoi mini-message | ||||
Depuis quelques jours la pluie tombe abondante et régulière sur la plaine. La terre avait un besoin urgent d’eau, les agriculteurs se désespéraient de la baisse des nappes phréatiques. À la télévision, tout le monde craignait une véritable catastrophe écologique. Certains même murmuraient le mot d’impôt-sécheresse.
La dépression amenant cette eau du ciel a comblé les paysans. Mais tout de même, dix jours sans discontinuer, cela commence à bien faire. Les terres n’arrivent plus à absorber ces excès, les fossés des routes débordent. Sur certaines départementales, il faut faire très attention pour ne pas quitter le goudron.
Dans le village, la salle du café est le lieu habituel de réunion des agriculteurs inoccupés. La conversation roule naturellement sur le temps. Bien que la température soit assez fraîche, c’est plutôt la bière qui coule que le café. Et ces hommes d’ordinaire calmes, élèvent la voix, se chamaillent pour des riens.
Nadège, attend son homme parti depuis le matin. Elle lui a demandé depuis plusieurs jours de couper et rentrer du bois pour l’énorme cuisinière trônant dans la salle commune. Mais il a grommelé quelques paroles, puis est parti au bistrot. Elle a dû laisser seule sa petite Myriam pour aller dans la remise chercher quelques bûches pas trop lourdes.
Et pourtant, elle se souvient…
À vingt-cinq ans, elle n’avait toujours pas trouvé d’homme. Bernard pour qui elle travaillait lors des récoltes la baratinait. Et, au bout de quelques mois de siège, il est parvenu à la décider de l’épouser. Certes, ce n’était pas le grand amour, ni même l’amour tout court. S’il n’a rien de remarquable, il était plutôt bien physiquement. Et puis elle voulait son indépendance. Ses parents ont approuvé son choix, il est riche, eux qui ne sont que simples ouvriers agricoles. Seul son frère, a tenté de la dissuader. « Riche et travailleur certes, mais il est fils unique, égoïste, il boit, et tu ne seras que sa servante ».
La noce a été brillante, une magnifique robe blanche, de nombreux invités, de superbes cadeaux, et même le passage à l’église. Le repas dans une auberge des environs a comblé tous les participants. Puis le bal a clos la journée.
Elle n’a pas beaucoup dansé avec son mari. Pour fêter cet événement il a trinqué avec tous les invités. Il a même raccompagné certains d’entre eux jusqu’à leur auto. Ne le voyant pas revenir, elle l’a retrouvé, couché dans le parking, ivre mort. Avec son jeune frère, ils l’ont chargé dans la voiture et elle est rentrée à leur logis.
Pour sa nuit de noce, elle a quitté sa belle robe, mais c’est pour mettre un blue-jean, un polo et rentrer son mari dans leur chambre. À ce moment-là, il a vomi et a sali le lit qu’elle avait préparé avec tant de soins. Elle a passé plusieurs heures à nettoyer, puis s’est couchée dans la chambre d’amis.
Au début de leur liaison, il ne s’était pas révélé bon amant, elle avait connu des partenaires plus compétents, elle se promettait maintenant de lui apprendre comment lui donner du plaisir. Mais c’est la catastrophe, elle se souviendra de sa nuit de noces !
Le lendemain, il s’est levé souriant, lui avouant qu’il ne se souvenait pas comment il avait fini la nuit. Folle de colère, elle lui avait donné tous les détails. Et c’avait été leur première dispute.
Pas de voyage de noces, les récoltes ne permettent pas de s’absenter. Il est vrai que Bernard possède de grandes terres, ce qui avait influencé un peu la décision de l’épouser. Et comment il avait raison, son frère François ! C’est bien un rustre, inculte, ivrogne et égoïste. Au lit, une catastrophe. Il fait l’amour quand il en a envie. Il lui dit simplement : « ce soir on baise ». Elle doit se coucher, ouvrir les cuisses et il la besogne quelques minutes, puis bascule sur le côté et s’endort sans même se laver.
Pour satisfaire son mari, elle a accepté de lui faire un enfant. Elle aurait préféré attendre un peu, mais lui se voulait un homme comme ses collègues. La naissance de Myriam n’a rien arrangé. Il n’est venu qu’une fois à la maternité, déçu qu’elle n’ait pas été capable de lui faire un garçon.
Aujourd’hui elle est à bout. Sans l’attendre elle commence à manger. C’est une faute impardonnable ici, jamais une femme ne prend son repas avant son mari.
Il arrive enfin vers deux heures. Nadège a débarrassé la table, ne laissant que son couvert. Titubant, il la réprimande, elle répond, il l’insulte. Et là, surprise, elle se met à crier plus fort que lui, lance les casseroles par terre, jette la nourriture dans l’évier.
Elle prend sa fille dans les bras, claque la porte, monte dans la R5 et part chez ses parents dans le village voisin. Elle va leur avouer l’échec de son mariage.
La pluie tombe toujours avec la même intensité, les essuie-glaces ont peine à chasser l’eau du pare-brise. Heureusement qu’il n’y a qu’une quinzaine de kilomètres. Dans la plaine grise, on ne distingue que les poteaux télégraphiques le long de la route. C’est le seul repère. Elle roule lentement, à des moments la nappe efface tout, route, bordures. Elle avance au hasard. Et brutalement, la voiture part sur le côté, elle glisse un peu dans le fossé. Le moteur noyé cale. Le véhicule penche un peu, rien de dangereux. Mais que faire ? Elle ne peut sortir sous la pluie, laisser sa fille seule dans sa coque. Pourvu que quelqu’un passe par là ! Et pas d’habitation à proximité. Le ciel s’obscurcit de plus en plus, aucune circulation, elle est perdue. Sa fille va mourir de froid et elle aussi peut-être. Heureusement qu’elle la nourrit au sein.
Il est cinq heures, il fait nuit, et toujours rien. Elle tente d’allumer les phares, ils fonctionnent. Ils ne tiendront pas longtemps, mais au moins on me verra si quelqu’un passe.
Un choc contre la carrosserie la tire de sa torpeur. Elle baisse la vitre, un homme est là.
Sans un mot, le bonhomme repart. Mon dieu, il m’abandonne ! Quelques secondes plus tard, il apparaît devant le capot, se baisse quelques instants et disparaît. Elle ne sait que penser. Soudain, sa voiture bouge, sort du fossé sans qu’elle ait rien fait. À quelques mètres, une masse sombre se déplace, la tirant. Ça y est, elle est sur la route.
L’homme revient, se baisse à nouveau devant le capot, se relève et s’éloigne. Et le Land Rover qui l’a tirée de là s’en va. Mon dieu, je ne lui ai pas dit que j’étais en panne. Elle est désespérée, elle éclate en sanglots.
Oh, l’engin revient, il a seulement fait demi-tour. À nouveau l’homme vient devant et se penche. Puis il tape sur le capot et du bras lui fait signe qu’il va avancer.
En effet, elle est remorquée, se contentant de suivre le mieux possible son tracteur. Ralentissement, l’engin tourne dans un chemin. Mon dieu ! Où va-t-on ? Fataliste elle se laisse traîner. Soudain le calme, plus de pluie. Elle entrouvre la portière, l’attelage est sous un grand hangar occupé par des engins agricoles. Enfin elle est à l’abri.
L’homme vient, l’aide à sortir. Elle prend Myriam dans ses bras. Il s’avance, devant une porte, quitte ses bottes, enfile des pantoufles, entre dans la maison.
Un long couloir débouchant sur une grande cuisine, claire, bien équipée. Dans un coin une cheminée avec un grand feu. L’homme prend le bébé, le pose doucement sur la grande table, le regarde, les yeux grands ouverts, émerveillé. Il a mis ses mains derrière son dos, comme pour les empêcher de saisir Myriam.
Se dirigeant vers l’évier, il prend une cuvette, la remplit au robinet d’eau tiède, la porte sur la table.
Il doit être muet, mais au moins il est efficace. Elle déshabille, nettoie sa fille, la sèche avec une serviette qu’il lui a apportée.
L’homme l’a regardé faire, s’est redressé pensif, a ouvert le col de sa chemise. Intriguée Nadège ne dit mot. Il tire une petite chaîne, saisit une clé qui pend au bout. Puis il fait signe à Nadège de le suivre. Il emprunte un long couloir, arrive devant la porte d’une chambre, met la clé, ouvre, allume la lumière. Nadège surprise, voit une chambre d’enfant magnifiquement équipée. Il l’invite à entrer, va vers une commode, ouvre un tiroir plein d’habits de bébé. Surprise, elle se retourne pour le questionner, voit des larmes couler de ses grands yeux gris.
Se retournant brusquement il sort.
Nadège a trouvé tout un assortiment de vêtements pour bébé. Elle a habillé sa fille, est revenue dans la salle commune. Assis à la table, l’homme se tenait la tête à deux mains. Surpris, du revers de la manche il essuie ses yeux.
Arrivée devant lui, elle lui tend le bébé. Effaré, l’homme hésite puis tend ses grandes mains, saisit le petit être délicatement. Un sourire éclaire son visage, son regard ne peut se détacher de sa précieuse charge.
Nadège est heureuse et comprend qu’il y a probablement eu un drame dans la vie de cet inconnu.
Il rend, presque à regret, Myriam à sa mère. Elle s’installe sur une chaise, ouvre son corsage, défait son soutien-gorge et donne à téter. La petite se précipite sur le bourgeon.
L’homme a détourné la tête, ne voulant pas gêner Nadège. Pourtant cette dernière sent qu’il aimerait voir cette scène.
Il se retourne lentement, est obligé de s’essuyer les yeux pleins de larmes pour admirer le couple.
Il se dirige vers la chambre d’enfant et lui ouvre les draps du berceau. Myriam est posée au centre des draps roses. Puis tous deux sortent en silence.
Le mutisme de son hôte gêne Nadège qui ne sait quelle attitude prendre.
La voix a surpris Nadège. Elle est grave, posée, bien en accord avec la grande stature de son interlocuteur.
Il se dirige vers une porte proche de la première, entre, et montre une armoire à Nadège.
Et il sort, fermant la porte.
C’est une garde-robe complète pour une femme de sa taille, depuis la robe simple, le jean, jusqu’à des tenues magnifiques. Sur le côté des tiroirs avec tous les sous-vêtements nécessaires. Le tout, très propre et bien rangé.
Elle choisit une robe simple, assez courte, dévoilant ses jambes que les hommes trouvent belles.
Quand elle regagne la cuisine, l’homme est occupé à peler des pommes de terre. Il la regarde, rêveur.
Ensemble, sans beaucoup de mots, ils préparent un repas simple. À un moment, il se dirige vers la chambre d’enfant, l’entrouvre, regarde le berceau, revient en souriant.
Après le repas, ils ont nettoyé la table, il a fait la vaisselle.
Puis il a quitté la salle sans autre commentaire.
Nadège a dormi près de sa fille. Myriam n’a pas bougé de toute la nuit, ce n’est qu’à six heures qu’elle a réclamé le sein. Sa mère l’a nourrie. Puis ne désirant pas se lever encore a examiné la chambre. Sur un meuble, un album photo. Curieuse, elle l’ouvre.
Un moment après, elle le referme, les larmes aux yeux. Ce sont les photos d’un couple avec un bébé, de l’âge de Myriam. Le bonheur resplendit sur leurs visages. Puis des pages vides, sans explication, sans commentaire.
Dans la cuisine on entend quelques chocs de casseroles. Nadège se décide à y aller.
Il est déjà debout, prépare du café.
Et il est reparti dans la remise où sont garées les voitures.
Nadège a déjeuné, trouvé la salle de bains et s’est préparée. Elle a repris sa robe de la veille qui est sèche. Puis elle est retournée auprès de sa fille. Celle-ci est réveillée. Elle la ramène dans la cuisine.
Son hôte revient, les regarde avec attention.
Ainsi, il l’a dépannée. Elle est décontenancée par ce congédiement poli, certes, mais sans appel.
Elle a pris sa petite, est allé dans la remise. La voiture avait été tournée, prête au départ. Elle a installé Myriam dans la coque, puis a pris place dans sa voiture. Le moteur a démarré à la première sollicitation. Elle a regardé longuement son hôte, lui a fait un signe de main, puis est partie.
Le niveau de l’eau a un peu baissé, il fait clair et on distingue parfaitement la route. Nadège a réfléchi et décidé de retourner chez son mari pour récupérer ses affaires, et repartir chez ses parents.
Arrivé devant la maison, elle a pris sa fille, est entrée d’un pas ferme, bien décidée à mettre les choses au point.
Bernard est assis à la table devant une cafetière à moitié vide.
Le sol étant détrempé, Bernard n’a pu aller dans les champs. Il a amené un stock de bois, de quoi se chauffer jusqu’à la fin de l’hiver. À un moment la petite a grogné. Il l’a prise délicatement dans ses bras. Nadège est restée stupéfaite, c’était la première fois depuis la naissance.
La journée s’est déroulée tranquille, Bernard bricolant dans la remise, venant de temps en temps demander si elle n’avait pas besoin de rien.
Le soir, elle est allée coucher dans la chambre d’amis, il n’a rien dit.
Elle a été réveillée par un choc contre la porte. Surprise elle a dit « entrez ». Elle a vu arriver son mari avec un plateau chargé de tout le nécessaire pour déjeuner.
Il est parti travailler, est revenu manger à midi, puis le soir n’a pas fait sa station au bistrot.
Après le repas, il s’est raclé la gorge puis lui a dit :
Nadège comprend soudain l’attitude de son sauveur. Il a dû voir ses phares et s’est souvenu de ce qui lui était arrivé. Cela explique son admiration devant Myriam.
La vie a repris, Bernard s’est montré exemplaire tout l’été. Il n’a plus fait des abus de boissons alcoolisées. Ils ont refait chambre commune. Mais pas de progrès pour la bagatelle. Puis, il y a eu moins de travail aux champs. Il est allé au bistrot pour rencontrer le courtier. Ce soir-là il est revenu un peu éméché. En parlant, il s’est montré plus agressif. Nadège lui en a demandé la raison.
Dans les bras de Nadège, la petite voit son père et lui sourit afin qu’il la prenne comme les autres soirs. Mais il ne fait rien.
Nadège n’a rien dit, elle a levé le couvert, pris sa fille, est allée dans la chambre d’amis.
Le lendemain quand Bernard s’est levé, sa femme et sa fille avaient disparu. Il a téléphoné aux parents qui ont affirmé ne pas l’avoir vu. Ne les croyant pas, il est allé chez eux et n’a pas vu sa femme et sa fille.
Bernard a été avisé par un courrier d’un avocat de la demande de divorce de Nadège. Il a été surpris, mais sait que les torts ne seront pas de son côté, c’est elle qui a quitté le domicile conjugal. Elle ne pourra obtenir aucun avantage matériel.
Ils se sont retrouvés devant le juge. Naturellement la balance a penché en faveur du mari. Donc pas de pension alimentaire. Mais s’est posée la question de l’enfant, qui en aurait la garde ? Et là, Bernard bien embarrassé l’a laissée à la mère, avec pension et droit de visite.
Ils se sont donc séparés, Nadège habitant maintenant en ville.
La vie n’est pas facile pour elle. Certes elle reçoit une pension alimentaire de son mari pour Myriam, mais cette somme suffit juste à payer la crèche et une voisine qui garde la petite aux heures où la crèche est fermée. Car elle a trouvé un travail. Rien de bien reluisant, mais l’hypermarché qui vient d’ouvrir embauchait des caissières. Avec son bac gestion, elle a été prise. Trente heures par semaine, c’est maigre, d’autant que le loyer lui en ponctionne la moitié. Heureusement elle n’est pas abandonnée par sa famille.
Pourtant elle se sent seule et retournerait volontiers dans le giron familial. Mais elle sait qu’elle serait une charge pour sa mère qui travaille, il lui faudrait faire un long parcours chaque jour, et puis elle supporterait difficilement le regard de son père. Certes, il a accepté le divorce, mais pour lui c’est une chose qu’on ne fait pas, surtout quand on est avec un mari riche.
Sa mère ne peut venir, elle ne conduit pas et son père ne se déplacera pas. Heureusement, il y a son frère François. Chaque samedi il vient en ville et ne manque pas de passer voir Nadège. Et surtout il arrive avec les bras chargés de victuailles qu’a préparées sa mère. Ainsi, elle arrive à boucler le mois.
Un samedi, elle a eu la surprise de voir arriver son frère beaucoup plus tôt. Il était surchargé de provisions, le double des fois précédentes. Nadège l’a accueilli à bras ouvert. Même Myriam lui a tendu les mains afin qu’il la prenne contre lui.
Plus de visite donc plus de provisions. Nadège est désespérée. Mais elle n’en laisse rien paraître et au contraire félicite François. Il n’est pas sorti en boîte ce soir-là. Ils ont longuement parlé, son frère sait très bien qu’elle aura des difficultés à boucler son budget. À minuit, ils se sont dit au revoir et il est parti.
******
Myriam vient d’avoir deux ans. On célèbre son anniversaire chez les parents. François est là et a fait une surprise. Il a amené Aurélie, une collègue, et même beaucoup plus que cela. Ils vivent en couple depuis plusieurs mois et comptent sous peu régulariser leur situation.
Tout le monde entoure la petite qui sourit à tous. Chacun peut la prendre dans ses bras, même Aurélie qu’elle ne connaît pas.
Nadège et François se sont éloignés, retirés dans une chambre pour discuter. Chacun prend des nouvelles de la santé de l’autre. Puis, le frère demande :
Nadège éclate en sanglots et se réfugie dans les bras de son frère. Puis elle lui raconte.
*****
Après que François ce samedi soir, lui a annoncé ça, elle n’a pas dormi de la nuit. Comment va-t-elle faire maintenant pour survivre ? Elle a même songé un instant à se suicider, mais elle laisserait la petite seule. Se tuer toutes les deux ? Non, ce n’est pas possible.
Le lundi, elle a amené sa fille à la crèche, sa voisine ira la chercher. Au travail elle a été distraite, songeant à sa situation. Dans une dizaine de jours elle n’aura plus de nourriture et devra en acheter. Mais avec quoi. Elle ne peut rogner sur les frais de garde et la nourriture de Myriam ni sur le loyer. Elle a étudié la gestion et sait calculer : il ne lui restera qu’une cinquantaine d’euros pour vivre tout le mois. C’est impossible. Mais comment faire ?
Sa mine triste a inquiété sa collègue au travail. Cette dernière lui a demandé si elle avait des ennuis. C’est la santé de ma fille qui m’inquiète lui a-t-elle répondu.
Le soir, elle calculait comment elle allait rémunérer la dame qui gardait Myriam. Un coup de sonnette l’a tirée de ses réflexions. Elle est allée ouvrir avec sa fille dans les bras. C’était sa copine qui s’inquiétait pour la santé de l’enfant. Mais voyant la petite rire, elle a immédiatement compris la raison de sa mine inquiète.
Et elle est partie, laissant Nadège en pleine réflexion. Enfin, avec ces cent euros elle allait pouvoir payer la femme qui s’occupe de Myriam.
Après avoir réfléchi toute la nuit, le lendemain, elle a décidé de tenter l’expérience. Elle soigne son maquillage, sa coiffure, bref décide de se rendre désirable. Comme à la pêche, elle va lancer sa ligne.
Mais le soir, elle est bredouille même si par deux fois des hommes se sont intéressés à elle. C’était des jeunes qui la félicitaient, mais rien à attendre de côté-là.
Pendant dix jours, elle a continué à présenter ses appâts, mais rien. Puis, un soir, elle remarque, qu’un homme, la cinquantaine, très élégant, s’attarde, attend que sa femme se soit éloignée avec son chariot pour régler avec sa carte bleue. Mais aucune invitation, juste les mots de politesse. Et surtout son regard qui s’attarde sur elle tandis qu’il s’éloigne.
Elle décide de tenter d’amorcer ce client. Quelques jours, le couple passe à nouveau devant elle. Elle est particulièrement aimable aussi bien avec la femme que l’homme. D’ailleurs la cliente lui dit combien c’était agréable d’être servie d’une manière si plaisante. Son mari tarde comme la fois précédente, ajoute quelques mots sur sa beauté. Il termine par un « à bientôt peut-être ». Ça y est, elle a une touche.
La fois suivante, ils se présentent à nouveau devant elle. Le mari, au moment où sa femme quitte la caisse lui dit :
Manœuvre habile, probablement longuement calculée. En effet le lendemain, elle voit le client, un article dans les mains, qui déambule devant sa caisse, attendant qu’il y ait moins de clients. Il vient quand elle est libre. Pendant qu’elle scanne les lames de rasoir, il lui dit qu’il la plaint de terminer à des heures impossibles. Entrant dans son jeu, elle lui répond, qu’en effet, c’était contraignant, d’ailleurs cette semaine, il n’y a qu’un jour, le vendredi où elle termine à dix-huit heures.
Comme elle l’espérait, le vendredi, au moment où elle va faire ses comptes, il se présente. Après l’achat il lui dit :
Nadège avait pris les mesures nécessaires en prévision de cette invitation. La voisine garde Myriam pour la nuit. Elle a mis une robe simple mais jolie. Dès qu’elle a terminé, elle se dirige vers la sortie. Il est là qu’il l’attend. Il sourit, elle s’avance vers lui. Tous deux, marchant côte à côte sans être remarqués vont vers le parking. Belle voiture dont l’homme ouvre la porte pour qu’elle s’installe.
En partant, elle lui demande de choisir un endroit discret, elle ne veut pas être vue en compagnie d’un homme.
Il sourit. Ils sortent de la ville et s’arrêtent devant une auberge réputée pour être le lieu de rendez-vous des amants discrets.
Le garçon les installe à une table discrète. Elle choisit une boisson sans alcool, ne voulant pas perdre ses facultés.
Nadège lui a dit qu’elle était divorcée, ce qui indique sa liberté, mais aussi une certaine expérience. Elle s’est bien gardée de lui indiquer qu’elle avait un enfant.
Ils rejoignent la salle de restaurant. Un peu étonnée devant la carte indiquant des mets inconnus, il vient à son secours, lui donnant des précisions.
Pendant le repas, c’est lui qui parle de la pluie et du beau temps, la questionne sur son travail ses loisirs.
Le repas terminé, il lui propose de la raccompagner. Elle accepte, se demandant s’il osera lui faire la proposition attendue. Elle va le provoquer, le tenter.
En s’asseyant, elle remonte sa robe, laissant voir ses jambes. Il entre, la veilleuse restant quelques secondes allumées. Frédéric admire le charmant spectacle et pose une main sur le genou. Nadège le regarde en souriant. Alors, il se penche et l’embrasse longuement. Elle lui répond ardemment, et ainsi ils se caressent comme de jeunes tourtereaux.
Ils se dirigent vers l’arrière de la bâtisse, empruntent une entrée dérobée, montent à l’étage. Frédéric se dirige vers une porte et l’ouvre. Dans la chambre, une lumière tamisée éclaire un intérieur très classe. Il avait déjà tout prévu.
Dès la porte fermée, il reprend le baiser, lui caresse les fesses, les seins. Puis, délicatement, il la déshabille, la déposant toute nue sur le lit. Rapidement il se dépouille et vient la rejoindre.
Il reprend le baiser, de la bouche il glisse vers les seins et les honore en connaisseur. Ses mains, puis son visage glissent vers le buisson. Des lèvres il trouve le bouton.
Pour elle c’est un éblouissement. Rarement on l’avait butiné là et jamais aucun de ceux qui l’avaient fait ne lui avait donné tant de plaisir. Elle pivote, un sexe important, mais surtout bien ferme apparaît devant elle. Elle le prend en bouche et le trouve à son goût C’est un moment que tous les deux apprécient. Puis il se redresse et vient terminer l’ouvrage. Elle est toute humide et c’est sans difficulté qu’il s’enfonce en elle ! Depuis plus de deux ans, elle n’avait pas fait l’amour. Elle sent monter son plaisir et bientôt explose. À son tour, il se soulage en elle.
Les deux amants sont retombés côte à côte, un moment silencieux.
Tous deux ont regagné la voiture aussi discrètement qu’ils l’avaient quittée. En route il lui a renouvelé son offre, lui demandant lors de son prochain passage, si elle était d’accord, de lui indiquer le jour et l’heure à laquelle elle serait libre.
Silencieusement, la voiture s’arrête devant chez elle. Je pensais qu’il me ferait un petit cadeau. Enfin j’ai bien mangé, c’est toujours ça. En cherchant les clés dans son sac, elle trouve une enveloppe. À l’intérieur cent euros. À ce tarif-là, je suis prête à recommencer
Trois jours plus tard, le couple passe en caisse.
Bien se dit-elle, il a mon horaire et semble d’accord.
Le jeudi, Nadège se dirige vers la sortie. Sourire aux lèvres, il est là. Pivotant, il se dirige vers le parking, elle le suit, tous deux marchant comme deux étrangers.
Départ vers l’auberge. En descendant de voiture, il lui dit :
En tant qu’apéritif, ils font l’amour. Puis sont descendu manger. Après le repas, il l’entraîne vers la chambre, et à nouveau et elle connaît le plaisir.
Arrivée à la maison, elle a trouvé dans son sac l’enveloppe et surtout son contenu.
Dans le mois, ils se sont retrouvés quatre fois, de quoi payer le loyer, sans compter les moments de bonheur avec ce merveilleux amant. Elle lui a avoué qu’elle avait un enfant. Sa copine avait raison, c’est une manière agréable et sûre de compléter son salaire.
Lors d’un passage en caisse, c’est l’épouse qui a demandé quel était son jour de repos. Et cela avec un certain sourire. Nadège s’est interrogée : connaissait-elle la liaison de son mari ?
Quelques jours plus tard, la cliente passe seule à la caisse, à un moment creux.
Elle est partie avec un petit sourire. Désormais, au passage en caisse, c’est elle qui demande le jour de repos. Elle rectifie si son époux n’est pas disponible.
*****
Voilà à quel point j’en suis dit-elle à son frère. Avoue que ce n’est pas très reluisant, mais rien de répréhensible. Il l’a rassurée, comprenant maintenant son moyen de survivre. Ils sont revenus avec les autres membres de la famille, trouvant Myriam choyée par tous.
Le lendemain, elle est repartie chez elle avec sa fille.
*****
Bientôt un an qu’a débuté la relation avec Frédéric. Elle se sent beaucoup mieux depuis que son épouse lui a révélé être au courant. À chaque passage à la caisse, qu’ils soient en couple ou bien toute seule, les deux femmes échangent quelques mots. Et Nadège est toute heureuse quand elle les voit arriver.
Un jour, pourtant, Hélène, la femme de Frédéric, est arrivée avec une mine contrariée. Nadège lui demande quelles sont les causes de ses ennuis.
La tristesse a été contagieuse. Nadège se rend compte combien elle tenait à ces rencontres, elle perd une source de revenus, mais surtout un amant et des amis. Il va falloir trouver un remplaçant.
Quand ils se retrouvent le mardi, les deux amants ne songent pas au sexe. Tous deux se trouvent privés d’une relation agréable, même si leur rapport est vénal. Ils discutent longuement des conséquences de ce départ. Frédéric lui promet de chercher une solution afin qu’elle puisse continuer à vivre décemment. Puis ils s’unissent quand même, comme deux vieux amants chacun cherchant à fondre dans un plaisir commun. Ils se fixent un dernier rendez-vous pour la semaine suivante.
Lors de cette ultime rencontre, après s’être longuement aimés, Frédéric dit à Nadège :
Cette proposition bouleverse Nadège. Comment se comporter chez eux, en présence des deux époux. Elle fait le nécessaire pour faire garder sa fille cette nuit-là.
Le samedi, elle était prête depuis longtemps. Pour la première fois elle allait entrer chez eux, partager un repas.
Arrivés sur le palier de l’appartement, Frédéric sonne. La porte s’ouvre immédiatement indiquant qu’Hélène les attend avec impatience. Elle saute au cou de Nadège, la serre dans ses bras.
Le dîner s’est déroulé dans une ambiance chaleureuse. Les époux ont parlé de leur famille, ont expliqué les raisons de leur départ. Nadège ne pourrait plus bénéficier des cadeaux de son amant. Aussi ont-ils cherché à la dépanner. Ils voudraient leur faire connaître un client, qui est en même temps un ami.
Comment elle veut que je reste dans leur maison et si j’ai compris que je couche avec son mari.
Elle prend congé et part seule dans sa chambre. Frédéric, souriant, lui prend la main et l’amène dans une pièce à l’opposé de celle de sa femme. La nuit a été très chaude, l’amant a vidé toutes ses forces. Ils se sont endormis tard dans la nuit.
Vers dix heures, quelques coups frappés à la porte tirent Nadège de son sommeil. Frédéric n’est plus là, Hélène lui apporte le café.
En mangeant, Hélène lui dit que Frédéric est allé chercher l’ami dont on a parlé la veille. Puis elle lui fait une étrange proposition.
Une heure plus tard, Myriam découvre avec joie, les corbeilles de jouets. Avec enthousiasme, elle les sort, sous le regard émerveillé d’Hélène.
Un coup de sonnette retentit. La porte s’ouvre, entre Frédéric suivi d’un homme plus jeune. Nadège le regarde, intriguée, se demandant si elle ne l’a pas déjà vu. Lui, s’avance en souriant timidement. À cet instant débouche la petite qui regarde ce grand bonhomme et finalement s’approche de lui.
Frédéric fait les présentations, le nom de cet inconnu ne lui rappelle rien. Et pourtant… Lui par contre regarde cette jeune femme, mais encore plus Myriam.
Pendant le repas, Myriam est assise entre Hélène et Nadège. Rémy en face, contre toute attente examine plus la fillette que sa mère. L’intérêt attentif qu’il porte à l’enfant déclenche chez Nadège ses souvenirs. C’est l’homme qui l’a sauvée lors des inondations.
Après avoir fait leurs adieux à Frédéric et Hélène qui partent deux jours plus tard, Rémy, Nadège et Myriam s’en vont. Elle reconnaît la Land Rover qui l‘a tirée de son mauvais pas.
Là aussi Myriam trouve des jouets pendant que les adultes discutent.
La semaine suivante, Rémy lui a demandé quel jour elle serait disponible. Elle avait deux jours de repos. Il est allé chercher Nadège et Myriam. Toute la journée elle a fait le ménage et le rangement. Le soir il lui a proposé de rester sur place. Nadège a accepté.
Ils ont couché la fillette dans la chambre d’enfants. Revenus dans le salon, il lui a demandé quand elle serait à nouveau libre.
Nadège a volontairement utilisé le tutoiement voulant lui prouver combien elle apprécierait qu’il lui fasse l’amour. Rémy, effaré, ne sait que répondre. Il rêvait d’elle mais ne savait comment le lui faire comprendre. Nadège s’est levée, est allée vers lui, s’est penchée et la embrassé sur la bouche.
Le contrat a été conclu dans le lit à la satisfaction des partenaires.
Pour quelques jours, Nadège s’est installée dans la maison en tant que bonne-à-tout-faire. L’essai a été concluant. Après quelques mois, quand son ventre s’est arrondi, le contrat a été modifié, transformé en contrat de mariage. Myriam adore son nouveau papa.